MINISTÈRE SOULT-GUIZOT
deux peuples, prêts à se battre pour une si misérable cause, n'étaient pas pris d'un accès de folie!... Mais, si on se rappelle que la France était encore frémissante de rbumiliation que TAngleterre lui avait fait subir dans Taifaire d'Orient, que la veille encore les deux tribunes de Paris et de Londres échangeaient les plus amères récriminations à l'occasion du droit de \isite, on comprendra mieux que l'affaire Pritchard, sur>'enant dans ces circonstances, ait été comme une étincelle jetée sur un brasier à peine éteint et l'ait ranimé avec violence. On le comprendra mieux encore si on veut bien faire attention vis-à-\is de quel ministre se produisaient ces nouvelles exigences du gouvernement anglais, et dans quelles formes ces exigences, d'abord repoussées, avaient été subies : ce ministre était le même qui, oubliant trop vite les procédés de lord Palmerston, avait consenti à rentrer sans conditions dans le concert européen, le môme entre les mains de qui la Chambre venait de déchirer les nouvelles stipulations sur le droit de visite, le même enfin qui venait, siur les sommations de l'Angleterre, de désavouer l'amiral Dupetit-Thouars.
De plus, la négociation à la suite de laquelle l'indemnité avait été concédée offrait des incidents des plus blessants pour notre fierté.
M. Guizot, après avoir reconnu, sur le rapport de ses agents, que la révolte armée des habitants de l'Ile contre notre occupation avait été provoquée par Pritchard, qui aurait mérité, il en convenait, un traitement bien plus sévère que celui qu'on lui avait infligé, venait néanmoins nous demander une indemnité pour cet homme, et cela uniquement parce que le gouvernement anglais l'avait exigée avec menaces.
On ne s'étonnera plus, si on considère toutes ces circonstances, que cette malheureuse affaire, d'ailleurs assez maladroitement exposée par M. Guizot à
la tribune, ait provoqu<!'* une explosion d*indîgnation dont les contre-coups ont Hé funestes à la monarchie de Juillet.
Conduite avec plus d*habileté, et sous tout autre ministère, cette affaire n'eût pas môme provoqué un débat sérieux; grâce à la maladresse et à Timpopularité de M. Guizot, elle faillit mettre le feu à toute l'Europe.
Quand on est fort de son droit et qu'on commande à une grande nation, disais-je en terminant le discours que je fls à celte occasion, on ne craint pas les menaces; et tous les saints de l'Angleterre auraient formulé un anathème contre la France pour s'être refusée à payer une indemnité à qui a voulu faire égorger nos soldats , que si j'avais l'honneur de diriger les affaires de mon pays, je ne les craindrais pas. On vous propose cependant de déclarer, dans l'Adrcssf, qu'il y a équité à payer cette indemnité. Non! il n'y a ni équité ni dignité à indemniser celui qu'en même temps on reconnaît avoir été l'instigateur d'une guerre de la barbarie contre la civilisation; il n'y a pas non plus réciprocité de bons procédés et de bons vouloirs entre les deux nations, alors que l'Angleterre ne nous donne aucun dédommagement pour le sang de nos soldats versé par les armes que ses agents ont eux-mêmes fournies à ces barbares. Payer cette indemnité sous le coup de menaces de guerre, après un(^ dépêche comme celle du 2S août ci en réponse aux pa» rôles arrogantes qui sont parties d'une autre tribune, c'est prorondément blesser le sentiment national : je repousse dune celte indemnité.
Le Moniteur dit qu*en descendant de la tribune je fus entijuré, féliiité de toutes parts, et que ragitation fut tellr, i\\u* la séance demeura suspendue.
L'aiiiniatiiin était en clfet très-grande dans 1* Assemblée, plus grandt* eni'ore au dehors : c'était une goutte d'eau (|ui avait iini par faire déborder le vas4*.
In ordre <lu jour propiisé par M. le c<»mte de Morny, et dans lequel la Chambre se déclarait salis-
MINISTERE SOULT-OUIZOT. 389
faite des explications du ministre, fut cependant voté, mais à très-peu de voix de majorité, et sous la pression non dissimulée des ministres, qui destituèrent avec éclat un des hauts employés du ministère des affaires étrangères, M. Drouyn de Lhuys, pour avoir silencieusement voté contre Tindemnité Pritchard. C'était Va encore une de ces victoires qui sont funestes à ceux qui les obtiennent.
Le coup porté au ministère par ce débat avait été terrible. Les centres, dirigés par un faux point d'honneur, et comme s'ils eussent été solidaires avec M. Guizot, crurent devoir y répondre par une démonstration collective : ils se réunirent le 29 janvier i845, au nombre de 190 députés; et, sous la présidence d'un M. Hartmann, fabricant de i'Âlsace, excellent homme, mais d'un esprit très-étroit, ils décidèrent que « la réunion ferait connaître au cabinet la résolution où elle était de maintenir intacte la politique de ces dernières années, et de prier le ministre, au nom de cette politique à laquelle il empruntait tant d'honneur, de demeurer aussi ferme à son poste que les conservateurs étaient décidés à rester fermes au leur. » Ils nommèrent séance tenante une commission permanente, afm de donner au parti plus de force et de cohésion, tout en veillant incessamment sur ses intérêts, et ils chargèrent cette commission d'aller^porter leurs résolutions au président du conseil, qui, bien entendu, les en remercia avec une grande effusion. Nous avons sous les yeux les noms des membres qui composaient cette commission : c*étaient presque tous des hommes fort honorables et très-bien intentionnés, mais qui prenaient leur ténacité et leurs irritations personnelles pour de la bonne politique; ils croyaient soutenir un ministère aux abois, et ils ne faisaient que s'amoindrir eux-mêmes et s'annuler pour le jour de la crise suprême.
300 MÉMOIRES D'ODILON BARRCT.
l'n sorours I>i*»n uuln*nient oflicace vint à ce minfsttn* i\o la part d'un dt» srs adviTsaircs les plus proiHMin''s, <li' M. I)uvi*r^'i«*r <lt» llauranne.
O <I»''pulr, sinc(Ti*nn'iit et loura^^ouscmcnt parlemoiitain*. trop mtraiix'* par son culte bien prononcé p4>ur les iustitutinus de l'Angleterre, proposa à la ('Jianilav de déeidfr rpir désormais les votes seraient pnhiir*;. (Irtti' pn^positioii était une de celles qu'il était liii'ii dittirile à uaivn opposition de repousser : nous ne pouvions ^uère (pi'a|>prouver un projet qui tendait à nit'Ilrr incrssainnh'nt le député en présence de ses eoniiut'ltants cl à le plaecr sous la salutaire discipline de la puldicité. Ceprn<laiit |)lusi(*urs dVntre nous, mieux avisés ou plus poiitirpics, M. Vivien entre autrrs, eimibattirent fjar de trîs-bonnes raisons cotte m«*sure, cumnie contraire à la vérité et à la sincérité des vi>tes.
J'avoutt <pie, dans cette circonstance, une fausse prudrrie l'emporta chez moi sur le sens politique : je parlai en laveur du vote public.
Que l'oppo<;ition, à l'aitlo du serrât du scrutin, dis-je, ait pu oMi'iiir (|uel4|Ui's n\aiitaL'i'> partira, renverser tel on tel iiiini>t«T«\ c(.' suiit là dr> axantau'c:: arridenteL«, qui ne di^ pciisnit pa< de con^iilt^nM' ^•i la puitlicilc ilu vote n'est pas plii> faxnralilc i|Ui: ^; voti' M-rrrl à riioniirur et à l'avenir (le iinn jn^titiitiniis. La iiii>-'iMii de i'oppositiou nVst pas <rnl»t«'iiir par tics \n\r^ si.Tivli's et drlnu niées qui'lqucs î^iim-. parljil- sur \r parli nppnsé; imn, sa mission est plus iiiihli'. plii-i'li'\.r :rlli'rMii'.»i>ie avant tout à ftirtiHcr,à moralîsiTiM»^ iii^litiiti.iiis par «lohaliilndi'sde >inri'*ritt'. Tn^j^bien!) (Ml a parli' «in iii>pMti««nii' i\w li's pa>^i(>ns |Hipulaires peu* vnil r\i irrr >iir imo ;i^<i mlilrr, i-l mm a rilé l'exemple à jainai*' tli-)fl<iralt|i' «Ir la ruinlaniiialioii ili» Luuis X\I. Croyez liii-n iiiif, ilaiiH lie pai'i-ilU'^ riivnnMano'S, unr asscmÛtie s» 'l'ait mal pri»tii'»''r par !•• M-iT«'t di-s volrs; c'e>t par uue n-^i'^taiiri' piililii|ii.', >a\Miiaiit iiaiitrim-nt, n^'anlant lenjiL-nii laco a la«'r, ijurliv puiirrail ri':ïJ>tt.T à ce dcapotismet
MINI8TÉRB 80ULT-OUIZ0T. 891
et c'est dans cette publicité môme qu'elle puiserait assez de force pour arrêter la Terreur. (A gauche : Très-bien ! trèsbien!) Lorsque j'ai entendu à cette tribune revendiquer la garantie du vote secret contre les honteuses corruptions pratiquées sur des hommes avides ou vaniteux, j'en ai rougi pour cette assemblée. (Très-bien I ) Si nous n'avions qu*une telle garantie contre les séductions offertes aux intérêts individuels, il faudrait fermer cette Chambre et renoncer à jamais au gouvernement représentatif en France. Quant à moi, dût le ministère en recueillir plus de force et de durée, je ne m'en plaindrais pas, si nos institutions en sont plus honorées, et si dans la lutte des opinions les victoires sont ducs à des convictions qui ne craignent pas de s'avouer, car de telles victoires ont au moins un lendemain. (Mouvement d'approbation. — Auxvoix!...) On vous parlait naguère du courage de nos soldats : qui se permettrait de nier ce courage dans le monde?... Mais, je le dis avec douleur, le courage civil n'est pas à la même hauteur. (C'est vrail) Pour fonder le courage civil dans notre pays, il faut commencer par l'enseigner et le pratiquer dans cette enceinte. C'est pour cela que je donne hautement mon approbation à un mode de voter qui impose à chacun le courage de ses opinions en substituant au secret le devoir facile pour toute conviction honnête de se maniiester ouvertement. (Trèsbien!)
Mes paroles étaient applaudies par une grande partie de mes amis de la gauche, car elles exprimaient des vérités qu'il était difficile à tout cœur honnête de désavouer; mais elles n'en étaient pas moins trè&-peu politiques.
Le but principal dans tout gouvernement libre étant en effet d'assurer la sincérité des votes, ce qu'il s'agissait de constater avant tout, c'était le côté d'où pouvait venir la plus grande pression sur ces votes. Or, dans une Chambre dont près de la moitié se composait de fonctionnaires ou de membres aspirant à le devenir, il était bien évident que c était du côté du pouvoir que les influences étaient les plus grandes, éi
302 MEMOIRES D*ODILOX BARROT.
que c'était par conséquent de ce côté qn'il fallait surtout se prémunir, ce qu\>n ne pouvait fain» que par le secri't du vote : c'élitit là, au reste, une question toute de cireonslance et de position; j'eus le tort d'eu faire une question générale de moralité et d'honneur. Les centres ne commirent pas la mémo faute ; ils ne mirent pas, comme nous, le sentiment au-dessus des calculs de la politique : qu4*lques-uns d'entre eux avaient combattu la proposition de M. Duvergier de Ilauranne pour la forme; mais prescpie tous, obéissant a la consigne donnée en secret par les ministres, la votèrent au scrutin, et elle devint article du règlement.
A partir do ce moment, on voyait M. Guizot, dans tous l(»s scrutins un peu importants, placé au pied de la tribune, observer avec une certaine affectation les votes de chacun.
On comprend quelle intimidation un pareil procédé devait exercer sur ces quelques fonctionnaires timides qui, ayant la conscience du danger <iue la politique ft <»utrance suivie par b* roi et ses ministres faisait courir ù la France, auraient bien voulu, comme dans d'autres circonstances antérieures, faire échec à cette politique par un<^ boule déposée en secret, mais qui ne l'osaient pas dès (fu'ils étaient obligés de voter publi(iuement, sous l'ieil scrutateur du ministre. Le sort de .M. hrouyn de l'IInys n'était pas fait pour les enc<»uragi'r : il y a peu de personnes qui consen* tent à* v<iir se fermer p<mr eux une carrière déjh avaiiréi* dans laciuelle ils ont rendu de longs et honorabb's scrviees.
Les qu<'l(|ues voix dont se composait la majorité étaient ain^i encliainées d'avance aux volontés du p(»uvo)r : on wrvix plus tard que, dans plusieurs votes <léeiMfs, ces quelques voix eussent déplacé la majorité, si elb*> n'avaient été retenues par cette publicité du vote. C'est ainsi que tout poussait fatalement ee
MINISTÂRB 80ULT-0UIZ0T. 888
malheureux gouvernement à sa perte : les fautes de ses amis eomme les honnêtes maladresses de ses ad« versaires.
QUESTIONS ÉCONOMIOUBS
Cest surtout du mouvement politique qui a précédé la chute du gouvernement de Louis-Philippe que je fais rhistoire; je n'ai que peu de chose à dire du mouvement administratif, financier et économique qui a caractérisé ce gouvernement.
Seulement, je dois faire la remarque qu'il portait dans les questions économiques la même timidité, la même résistance à toute innovation, qu'il opposait aux progrès politiques.
S'agissait-il des chemins de fer, de la puissance de l'association, de la liberté du commerce, des banques, de la réduction de la rente, il manifestait toujours et partout le même esprit de résistance : il fallait que la civilisation le traînât, pour ainsi dire, à sa remorque. C'est à grand'peine que nous parvînmes à faire prévaloir pour la confection des chemins de fer le système des associations privées, et le mauvais vouloir que le gouvernement opposa jusqu'au dernier jour contre ce système fut en grande partie la cause des embarras et des lenteurs que la réalisation de notre réseau national éprouva; c'est grâce à ces résistances que notre France resta longtemps en arrière des autres pays par ses chemins de fer. De même pour les canaux, de môme pour la modification des tarifs de la poste.
Nous ne pûmes pas faire comprendre à nos ministres, malgré l'exemple que venait de nous en donner l'Angleterre, que dans l'abaissement de ces tarifs il y
aurait tout 5 la fois accroissement du revenu, grand pr(jlit pour les affaires, pimr nos relations de toute espèee, et justire rendue aux provinces éloignées.
La (pu'stion de rtMiiancipation des esclaves nous offrit un autn* exemple de cet excès de timidité: l'Angleterre nous avait encore devancés sur ce terrain, et nons pouvions mettre k profit son expérience en l'imitant. Le gouvernenitMit ne le voulut pas; il nous proposait des mesures <jui, tout en alarmant les col(»nies, laissaient encore en suspens la redoutable question de rémancipation. L'affaire traina en longueur, et la révolution de 4848 vint bientôt la trancher avec beaucoup d'autres d'une manière toute ra- <licale.
C'est surtout à l'occasion de la conversion des rentes, que le gouvernement montra ses répugnances invincibles pour toute innovation quelconque; elles étaient aussi aveugles qu'opiniâtres.
La (|uesti4in était cependant bien simple : grâce aox développements de notre crédit, la rente avait de beaucoup dépassé le pair; le gouvernement pom'ait, en payant 4 pour 400, rembourser un capital dont il payait îj pour 100 ; il trouvait ainsi le moyen très-facile et très-légitime de réduire considérablement sa dette et (*n même temps d'exercer une influence favorable sur l'intérêt des capitaux, ce qui était considérable. Il ne le \(Hilut pas: il alléguait pour s\ refuser que la <lette publique londée à T» pour 400 avait été appelée, 4hins la loi qui iuNtituait h* grand-livre, dette ptrpé^ tuelle: très-pauvre argument, qui ne re|M>sait que sur une mi.séralde équivo(|ue; car cette qualification de detir ffer/fêlufllt' n'a\ait été donnée à cette partie de la dette (|ue pour la dlMinguer de celle qui était simplement viayrre. Comment i'Ktat se serait-il interdit il jamais le droit de rembourser sa dette, alors qnll établissait comme un priuci|M.* général et absolu que
lUNISTÈRE SOULT-OUIXOT. 806
tout engagement perpétuel, même privé, était soumis à remboursement, et que toute clause contraire était comme non avenue. En vain, à trois reprises différentes, la majorité de l'assemblée s'était prononcée en faveur du remboursement; rien ne put vaincre la résistance du roi, qui trouva dans ses ministres des instruments dociles de son obstination. Il est difficile d'expliquer une telle conduite autrement que par des motifs intéressés peu avouables.
D*un autre côté, il n'y eut jamais possibilité de faire consentir nos ministres à permettre à la Banque de France d'émettre des billets au-dessous de 500 francs ; ils auraient cru tout perdu si, lorsque nous eûmes à renouveler le privilège de cet établissement, nous y avions inséré la faculté, ainsi que je le demandais dans la conmiission, d'émettre des coupures de 400 francs.
Ce n'est pas seulement dans l'ordre économique et financier que nous eûmes à subir les effets de cette résistance opiniâtre : nous la rencontrâmes dans les traités de commerce, et là elle avait des conséquences encore plus graves.
La Belgique, depuis qu'elle s'était séparée de la Hollande, gravitait naturellement vers nous; ses sympathies, comme ses besoins et ses intérêts, la poussaient invinciblement dans cette direction : le roi avait refusé pour un de ses fils la couronne belge, et cela par une timidité, selon moi, excessive. Nos voisins nous sollicitaient de les relier du moins à nous par un traité de commerce qui établirait entre les deux nations une communauté d'intérêts.
La politique la plus simple nous conseillait de céder à ces instances vives et réitérées. La Prusse, par l'or- ^'anisation de son Zollverein, travaillait dans ce moment à se rattacher les petits États allemands, et nous donnait un exemple que tout aurait dû nous
soo miSmoires D'ODILON darrot.
portor à suivre. Eh bien, non! Louis-Philippe et se» ministres se refusèrent opiniûtrément à consentir un I a 'eil traité. Il est vrai que quelques manufactures (lu Xord, quelques propriétaires de houillères, craignant la concurrence belge, repoussaient tout traité qui aurait abaissé les tarifs protecteurs ; mais le gouvernement aurait bien facilement triomphé de cette résistance, s*il l'avait voulu. Il ne le voulut pas, soit par cette timidité qu'il apportait dans toute sa politique étrangère, soit par la crainte de s^aliéner quel- (|ues influences électorales dont il avait besoin.
« Pour diriger et senir avec intelligence les intérêts matériels, disais-je à ce sujet, il faut pouvoir les d(»miner et ne pas s'asservir à toutes leurs exigences. Mais, pour cela, il faut avoir une situation politique très-f(»rte et qui vous mette au-dessus de tous les petits calculs électoraux. »
O que le gouvernement ne pouvait empêcher, c'est qu'à défaut de traité d'union la facilité et la rapidité (les communications ne rendissent les relations des deux pays de plus en plus intimes.
Le chemin de fer de Paris à Bruxelles, qui reliait la Belgique à la France, venait enfin d'être terminé : c'était un véritable événement pour ces deux peuples; et, le io juin i8IG, rinaugurati(»n s'en fit dans la capitale belge avec une grande soh^nnité. Le monde officiel des deux gouvernements s'y trouvait : princes, ambassadeurs, ministres, y faisaient foule; les députés de l'opposition y avaient été également conv(»qués, et je n'avais pas manqué de m'y rendre. Le soir, tout ce monde fut réuni dans un vaste banquet, où les toasts d'usage, aux nus des deux pays, a leur famille, aux ministn*s, etc., furent portés. J'assistais en simple et très-silenci(*ux spectateur à cette misc^ en scène, qui, comme t(»ut ce (|ui est ofticiel, avait (|uelque chose de froid et de guindé, lors(|uc M. Kogier, chef de l'oppo-
MINISTÈRE SOULT-OUIZOT. 897
sition libérale dans le parlement belge, s'avisa tout à coup et sans m'en avoir prévenu de porter ma santé en ces termes : A rUlustre orateur, fune des glorieuses personnifications de la Chambre française/ Il était curieux de voir Tespèce de stupéfaction que ce toast causa dans toute cette réunion de hauts fonctionnaires ; il semblait que la Révolution en personne fût venue planter son drapeau au milieu d'eux : on se regardait, on murmurait. Cependant, malgré mon propre embarras et ne pouvant m'empôcher d'en vouloir un peu à mon ami du tour qu'il venait de me jouer, je m'étais levé et m'apprêtais à répondre. La musique continuait toujours à remplir la salle du fracas de ses instruments, sur l'ordre qui lui avait été probablement donné de m'empêcher de parler ; mais les cris de : Silence à la musique/ poussés par les libéraux nombreux qui se trouvaient mêlés à cette armée de fonctionnaires, l'emportèrent enfin : les instruments s'arrêtèrent, et je pus parler. Je remerciai d'abord M. Rogier de l'honneur inattendu et très-peu justifié qu'il m'avait fait, et je félicitai les deux pays du nouveau lien que le chemin de fer qui venait d'être inauguré établissait entre eux. Je m'en tins à ces lieux communs, soulageant ainsi la partie ofTicielle de l'auditoire, de la crainte d'une excursion compromettante de ma part dans la politique générale; mais, par contre, je désappointais un peu l'autre partie des convives, qui s'attendait à un discours plein d'allusions à nos luttes parlementaires. Je me suis trouvé quelquefois, dans une pareille situation, provoqué ainsi à exprimer hors de mon pays mes opinions sur son gouvernement. Je m'y suis toujours refusé; je suis un peu comme la femme dt» Sganarelle : je veux bien dire à mes concitovens toutes leurs vérités, mais entre nous et chez
nous. Quand je suis à l'étranger, je n'éprouve plus qu un seul sentiment et un besoin unique, celui de les
cl/'fi^ndre si on los attaque et de les louer quand
niùine V
Lu incident d'une tout autre nature nie mit en rapport n)(»ni(*ntanément avec le roi et ses ministre».
Loiiis-Napolron, après avoir séjourné assez peu de tnnps en Aniériffue, avait rompu son ban et était venu vu Angleterre. Avait-il inan(|ué en cela à une promesse donn<'*(* et qui aurait été la condition de la fn'î^ee que Loiiis-lMiilippe lui avait faite à la suite de la tentative de Strasboiu*^? Les journaux ministériels l'ont anirmé: !e prince l'a formellement nié: il importe peu de véritier (|iii est dans la vérité. Quoi qu il en soit, le prince avait repris dans ce nouvel asile, ses projets de restauration impériale, et, sous les apparences d'une vie leurre et plus que dissipée, il poursuivait sa pensée tixe avec toute Topiniàtreté d'un homme qui a une pleine foi dans sa destinée. Je me rencontrai, vers crtte épocpie, accidentellement avec lui à Londres chez madame CIj. Laftitte, Anglaise d*origine, qui m'avait invité h dîner, quoique je ne la connusse que par mes relations avec la famille de son mari: elle voulait apparemment me faire rencontrer avee le prince. J'étais venu faire à cette dame ma visite d*ei-
I . C*est r« qui in*eflt airivA l'galcrnmt h l*inaufruralion du rhenii di> fi-r fil' VfVAv, en Suin^t*. Ki: pirM d'un de» dè|»Artrmi*nU «oitiM A'i'l.itt a\i>i* ili* «'i)iii|An!r la driiiiKTiti^ «uit-ie à la démocntie fn^ r.iii*!' il di- A \i PI m VIT lii'aijrou|i Kur ctrttf .iriali};;ic pK'U'nduc dcf dcu l»«>u|i|i-4. In di'!* roinixf!* Hiji>:*r<( in^av.iil porlr un loa«t, ap|iireiiiiiiriit l'iMir nu: ilniiiifr r«irc.ijiiuii du n'(iondre. J'aTai» bien envie de fairr Jii<»Uiv tic ri'iti* l'-ir.uiffu aH^iiiulatiuii filtre une dfmocraUe qâï >r 'j'iMMTuv p:irraili'iii«-iit rlli'-iin^iiii' l't iiutn* di'*iiiotTati<r,qui ac rroU jindui- di'-t «iii'rlliî ii'.i |i.i« !U> [ipi'fi"!* rt **'* p'iidariiii*^ A le» rôléf; l'iilre uni'! driiKX'ratii: qui. au iiiilit'ii di'l a;;it:itiiini de la lîbrrir, lail n-^pi'i'ti r le» lum et h;^ Tairr n'uiivrliT |»ar le pimvuir, el erllc aalft dt'-iiiorr.iiii' qui iii* ^alt ipu* i>n«rr n-* ^'outerneiiieiila au lieu de lei rrlnriniT. fpu a ln'iiiun irrin- sau«t'-e ilf iii'ji pnqtre* i*\t'^a loua les douzr ou ipnnie ann : \r thî^iiir rtait Immu rt lum SiduiHnt: mait II uie n'-pugnail d'arruaer luun (M^avu faee de l'éiraDger, ri je m\
MINISTÂRB SOULT*aUlZOT. 800
case et de départ, car je retournais en France le lendemain, lorsqu'au moment où je me retirais je fus suivi par une personne qui m'arrêta dans Tantichambrc et me témoigna le désir d'avoir avec moi une conférence de quelques heures. Cette personne se nomma : c'était Louis-Napoléon. Je ne l'avais jamais \ii, quoique nous eussions correspondu à l'occasion de son affaire de Strasbourg. Je déclinai son invitation en lui annonçant que j'étais à la veille de mon départ; mais, pressentant bien le sujet de l'entretien qu'il voulait avoir avec moi, je lui adressai ces quelques paroles : c( Mon prince, vous êtes un prétendant, et, comme tous les prétendants, vous devez être entouré d'intrigants et d'ambitieux qui spéculent sur votre avenir; ils ne manqueront pas de vous pousser à quelque nouvelle folie : défiez-vous-en. Je ne sais quelles destinées vous sont réservées ; mais, croyez-moi, si elles doivent se réaliser, ce sera par la force des événements. Tout ce que vous feriez pour les précipiter ne ferait que les entraver et les compromettre. Nous passerions des jours et des mois ensemble, que je n'aurais pas autre chose à vous dire. » Et, là-dessus, je le quittai. — Quelques jours après, il faisait sa ridicule expédition de Boulogne. Dans son manifeste, il désignait M. Thiers pour le président de son ministère. Ayant été arrêté à la suite de son échauffourée, il ne s'adressa plus à moi, comme après l'affaire de Strasbourg, pour le défendre ; il choisit Berryer: il avait deviné que je n'étais rien moins que bonapartiste, et en cela il me rendait justice.
Cependant six années s'étaient écoulées depuis qu'il expiait, au fort de Ham, sa criminelle folie, lorsque je reçus de lui une lettre dans laquelle il me priait d'appuyer la demande qu'il avait faite au gouvernement du roi, pour obtenir la permission de sortir de sa prison, afin d'aller fermer les yeux de son père.
alors retiré à Florence et au moment de mourir. Il s'engageait d'ailleurs à se reconstituer prisonnier aussitôt qu'il aurait accompli ce devoir pieux. J'en parlai à MM. Guizot et Duchâtel, qui se montrèrent assez disposés à conseiller au roi d'accorder au condamné une libération non pas seulement temporaire, comme il la demandait, mais défmitive, sous la seule condition qu'il ferait acte de soumission au roi et lui demanderait cette faveur en prenant des engagements pour Tavenir. Je n'avais pas d'objection sérieuse à faire à cette exigence toute naturelle des ministres de Louis-Philippe; et cependant, sentant combien il ré* pugnerait au prince de demander grâce, je lui avais envoyé un projet de lettre au roi, dans laquelle j*avus tourné, autant que possible, la difficulté, en mettant sur le compte du pore le vœu que le fils exprimait. Louis-Napoléon me répondit, dans une lettre qui n*est pas sans noblesse, que mon projet était, après tout et malgré les ménagements que j*y avais mis, une demande en grdcc ; qu'il ne pouvait se résoudre à s'humilier jusqu*à faire une telle demande; que je comprendrais mieux que personne les susoeptiMÎtés dis malheur. Je n'avais rien à répliquer à une telle lettre, et je croyais cette nflaire terminée, lorsque mon ami, M. Vatout, qui était lié h la famille Bonaparte (il avait dans le temps occupé, je crois, le poste de secrétaire des conmiundements auprès de la mère du premier Napoléon), vint me trouver pour reprendre, sous une autre forme, la tentative qui avait échoué. Il avait inia^'iné, pour eoncilier la répugnance que le prince avait à demander grilee avec son désir de sortir de prison, de lui faire éerire une lettre dans laquelle, supposant la faveur qu'il sollicitait accordée, il en remerciait le roi, protestant de sa reconnaissance et de sa résolution de prouver cette reconnaissance en n'abstenant désormais de toute attaque contre un gou-
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vernement qui se montrait aussi généreux à son égard. Il y avait, il faut en convenir, quelque chose de puéril dans cette tournure. Le prince faisait après ce qu*il refusait de faire avant la grâce accordée ; cependant, comme il déclarait son orgueil satisfait par cette distinction, je reçus en dépôt cette lettre de remercîment et me chargeai de la montrer au roi.
Ha conversation avec Louis-Philippe fut des plus étranges. Comme je lui représentais que la détention de Louis-Napoléon durait depuis six ans ; que cette détention, en se prolongeant, fmirait par appeler l'attention et même l'intérêt sur celui qui en était Tobjet, et qu'une saine politique conseillait peut-être d'y mettre un terme, le roi m'interrompit. « Son oncle, me dit-il, a traité bien plus cruellement mon cousin, le duc d'Enghien, qui était bien loin d'être aussi coupable. — Ahî Sire, lui répondis-je avec vivacité, quel exemple!... Si quelque chose caractérise votre gouvernement et l'honore, c'est certainement la générosité, parfois même excessive, qu'il a montrée vis-àvis de ses ennemis. Il n'y a. Dieu merci, aucune comparaison à établir entre les deux gouvernements... — Vous plaidez bien chaleureusement, me dit le roi avec une certaine ironie, la cause de ce fou : quelles raisons avez-vous donc de vous intéresser autant à lui?... — Pas d'autre. Sire, lui répondis-je froidement, que l'intérêt que je porte à l'honneur de votre ri'gne : l'occasion se présente d'écraser ce prétendant sous votre générosité, il me parait bon de la saisir. D'ailleurs, ce ne sera pas à lui, c'est à son père, dont la conduite a mérité l'estime et les respects de l'Europe, que vous accorderez cette grâce, et cela ne pourra que vous faire honneur. — Au reste, ajouta le roi en terminant l'entretien, parlez-en à mes ministres : c'est eux que cela regarde. — Non, Sire : dans de pareilles questions de délicatesse et de générosité»
r\»sl à VOUS à prononcer. » Et je me retirai, ne répon- (iunt pas même uu\ protestations banales du rui. qui, voyant (|u*il nfavait blt'ssé, me disait u qu'il n'avait pas onldié les st>r\*iees de son elier aneien prt*fet. »
Unit jours après cet entretien, Louis*\apoléoii. prenant les liai)its d'un mavon qui travaillait à quelques ré|Kiratioiis du château, trompait ses (gardiens et sortait de sa prJNon. Un a su|iposé dans le public que Louis-IMii lippe avait facilité sa fuite : on en peut ju{;er par le rt''eil que je viens de Taire.
IMiis le ^Gouvernement s'entêtait dans sa politique. plus b's ressorts se tendaient. Le roi et li.*s ministres, uniqueuient oi*cu|)és de ce (|ui se passait <lans b* peut eerele du pays lé^'al, croyaient tout sauvé par cela seul <iu*ils retenaient à ^rand'pfine dans les Chambres une majorité (pii dimimiait <le join* en jour. Pour pr«>lon^'er erttt* Nitualion, ils usaient toutes l(*s ressources, toutes les l'orers de leur administration, et ils ne Voyaient pas qu'ils révoltaieut ainsi di* plus en plus la eon^eieure publiqut* |>ar le sraudale et l'immoralité de li'iirs uioyrus. Plus ils Taisaient d'efl'orls pour retenir Irur douteuse niaji>nlé, plus ils s'aliénaient la ma>se de la nation, qu'ils avaient eu riniprudenee de laisser en <lehors de ce pays lé^al qui, pour eux, était toute la Kranc«*.
he uion côié, à mesure (|ui* je voyais Tora^e approelii>r. je nie croyais obli^'* de redoubler mes a\ertis- ^eniciiiN et de les r«*ndre plus si^nitieatiTs.
Oui. M.«»«-iiur-, !.• iiial a ::rainli, dis.ii*-]e à la Chainhn*. N \i.ii- [miivii/ \iiiis «-Mn<.iilii<'r vi\ L'raïul jury et que \0U9 • 'ii>''iiv .» ii*j"»iith'i ''Il \iilrr àiiir l'i ritii^riiMice a cette •lui'^ li'iii: r.-î-il M.ii i|ii.- laihiiini-tralinii. a)Hlj<piaiit ynn carartri-i- •!•> li.Hiti' iniii.irti^ilili'. .m [im de |>ri»(i'j(T les rilnyms ilarj* I «Arriii-f (!■• Ii-rit'"* iliMiti |Mi|itiipii'<i, s'iinniiM*t* «hms
ItAiT»- i«! »••- «In-it-, |ii.nr |.> lau>siT? — KM-il \rai que
ia priiicipali; pi'iisrt-, Je LrraïKl luit, W but presque unique
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de toute Tadministration dans ce pays, c'est de faire prévaloir à tout prix, dans les élections , ses candidats sur ceui d'une autre opinion, et que tous les services publics sont subordonnés à cette pensée? — J'affirme que, sur cette question ainsi posée, la déclaration de cette Chambre serait affirmative aune très-grande majorité. (Pas de réclamations, môme sur les bancs ministériels.) Nous avons vu les électeurs perdre jusqu'à la conscience de leur mission politique; ils ne se sont plus considérés comme appelés à donner des représentants à la France entière, mais seulement à nommer des délégués auprès du gouvernement pour soigner leurs petits intérêts de localité : dans la plupart des collèges, au jour de l'élection, la pensée politique est absente. {A gauche: C'est vrai!) On ne demande plus au député quelle est son opinion, mais ce qu'il peut rapporter; et cet égoîsme local s'est développé avec une telle énergie, qu'aujourd'hui le gouvernement n'a plus même de grands efforts à faire pour l'exploiter au profit de sa politique: on va au-devant de son action. On a souvent dit que l'électeur corrompait le député, et cela est devenu malheureusement vrai. Si le député s'avisait, dans un esprit d'indépendance, de résister au pouvoir et de se fermer ainsi la source des faveurs administratives, il verrait bientôt son mandat menacé. Je pourrais vous en attester tous : ne se trouve-t-il pas parmi vous un grand nombre de députés qui se sentent un peu humiliés de lobligation où ils sont de satisfaire à toutes ces exigences de rintérét local ou privé? et, s'il en est ainsi, la représentation nationale ne doit-elle pas elle-même en subir un grand discK'dil? Lorsqu'on aura réduit nos institutions à ne plus être que l'exploitation du budget par quelques hommes , croyez-vous qu'aux jours d'épreuves ce gouvernement en sera plus assuré ?... Vous tendez à former au sein du pays une espèce d'oligarchie qui se partage tous les avantages du pouvoir sans être tenue d'aucune obligation ; croyez-vous qu'une telle exploitation puisse se soutenir longtemps devant la publicité et qu'elle ne finisse pas par soulever, si et» n'est au sein de cette assemblée, très-certainement an dehors el dans les masses, de telles répulsions, que têt on tard il eu sera lait éclatante justice? Alors, ces belles et glorieuses institutions, que nous avons si chèrement payées^ à lurce d'être dégradées et perverties, tomberaient en un jour devant la réaction du mépris public. (Vive approbation à
gauche.) Il est encore temps de prévenir ce malheur; mais il faut se hâter: demain il serait peut-être trop tard. Il y a des moments critiques dans la vie des nations: il faut savoir les saisir. Combien de gouvernements sont tombés devant nous, qui ont reconnu qu'ils avaient fait des fautes! ils l'ont malheureusement reconnu le lendemain, jamais la veille, et alors il était trop tard. (Sensation.) Je fais appel à tous les sentiments honnôtcs et vraiment patriotiques de cette Chambre: oublions nos dissentiments passes, n'offrons plus à la France, en face de pareils dangers, le triste, lo douloureux spectacle de nos divisions; ne nous jetons plus à la tête nos antécédents , mais réunissons-nous dans un effort commun pour réaliser ces réformes, qui seules, peuvent arrêter le mal et en prévenir les fatales cons<^quences. Je ne m'adresse pas à ceux qui, se plaçant en dehors delà Constitution, ne croient pas à la possibilité de fonder en France la monarchie constitutionnelle: car, pour ceux-là, les déviations que je signale sont une bonne fortune, qui tend à la réalisation de leurs espérances. (3f. LedrU'RoUin demande la parole.) Mais j'adjure tous ceux qui veulent fonder et consolider nos institutions, à quelque parti qu'ils aient appartenu, je les appelle à former comme une sainte ligue contre la corruption qui nous perd : ce ne sera paa trop de tous nos etlorts réunis pour en triompher; bien des difficultés nous attendent, bien des reproches de coalition nous seront adressés: qu'importe? il n'y a que cela d'honnête et d'utile à faire.
Ce discours fut suivi, dit le Moniteur, d'une longue agitation ; mais h^s partis étaient pris, et mes avertissements restiTont inutiles.
y vu lis liiiMitot réprouve dans un débat qui sVIe^'a à l'occasion d'une violation flagrante de la loi sur la garde nationale : eett<* loi autorisait le roi a dissoudre les légions de la gardr nationale, mais sous la cuudition expresse de l(*s réorganiser dans l'année: or plusieurs annéi's s'étaient éeoulées depuis la dissululion par <»rdo[inanee royale des gardes nationales de plusieurs grandes villes, sans que le gouverueniciit son-
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geftt à les réorganiser : la violation de la loi était flagrante et donna lieu à des interpellations. Les ministres n'avaient rien à opposer à un texte précis et à un fait avoué ; ils se jetèrent dans la voie des récriminations, nous reprochant de nous être montrés plus tolérants pour les ministres du centre gauche.
Se défendre par des récriminations, leur répondis-je, c'est mal se défendre, surtout quand ces récriminations n'ont rien de juste ni de vrai. Je ne nie pas Tappui que j'ai prêté à des ministres qui s'annonçaient comme devant déplacer le pouvoir et le rapprocher des conditions de son origine : ils avaient pris l'engagement solennel de nous accorder de grandes et éclatantes réparations ; la première, qui devait nous être accordée était la restitution au jury, dépouillé par les lois de Septembre^ de ses attributions constitutionnelles : l'opposition ne donnera jamais son appui que sous la condition de cette réparation (adhésion à gauche); la seconde est due à la garde nationale. Ainsi que le disait le générai Foy : peur qui veut mesurer la liberté politique dont jouit un pays, il n'a qu'à considérer le plus ou moins de respect qu'on y porte à ces deux grandes institutions, le jury et la garde nationale; là on ces institutions sont violées, ou eorrom' pues y ou éludées, ne dites pas qu'il y a les réalités de la liberté politique ; il n'y en a, tout au plus, que les vaines apparences. Or, pour la garde nationale, la loi est ouvertement violée, vous n'en disconviendrez pas; vous ne prenez pas même l'engagement ou de l'exécuter à l'avenir ou de la faire abroger. Non ; vous vous bornez à répondre : Nous aviserons!.... Vous aviserez! alors qu'il s'agit d'exécuter une loi impérative? Hais il n'y a pas à aviser. Aviser, c'est se réserver de faire ou de ne pas faire : c'est donc subordonner à votre convenance, à votre bon plaisir, l'exécution d'une loi fondamentale de l'État... Messieurs, le jouroùvous laisserez des ministres qui ont violé la loi organique d'une aussi grande institution que celle de la garde nationale, vous donner pour toute satisfaction ces mots : Nous aviserons ! le jour où vous approuveriez par vos votes un pareil mépris de nos lois fondamentales, ahl Dieu veuille que le peuple ne cherche pas ailleurs que dans le parlement une sanction plus efûcace à ses droits I (Vive approbation à gauche.)
r/(*tuit, en ofiVt, un symptôme bien inquiétant que Cftir (lélianoe, crlto hostilité de notre gouvernement ecMilro la prardc nationale; ce gouvernement devait sa naissance à reflorl sublime de la bourgeoisie armée, e'est-à-dire de la garde nationale, et il avait si bien fait, (jur non-s(MiIrnieiit il désobéissait à la loi, craignant de réorganiser la garde nationale dissoute dans plusieurs grand<*s villes; mais, depuis près de (|uatre ans, Lnuis- IMiilippi* nuisait plus passer une revue de cette garde dans Paris : ce fait seul était une accusation pour le passé et un tt»rrible pronostic pour Tavenir.
(Cependant W terme de la législature approchait; le e(md)at électoral qui allait se livrer devait être décisif, et de son issue dépendrait la ruine de ce systi'me qui, battu en brèclie en 1839 par H. Guizot lui-mùme, restauré par lui en 1840, ne se soutenait depuis six ans que par les moyens les plus forcés et les plus dan;;ereux.
Par un a<-eord tacite, avant de se séparer pour cette suprême lutte, on se donna rendez-vous pour s*explîquer à la tribune.
r/est à cette occasion que je iis un grand discours qui embrassait tout riiistorique di*s différentes phases qn^ivait traversées la pulitiffue du gouvernement et d(*s (lliambres depuis 1830 : c'était le manifeste de mon parti ; en voici «pielques passages :
Ji' m' muMii ferai pa« si haut qui' les deux orateurs qni ont niiiiiiiiiii-f If lii'h.'it MM. (iiiizikt et iKichltel) : ils oui di^liiJL'iir triii< piTiinlrs <laii«» la iinlitiquc depuis ihdi\ et fait rriii.-in|iirr ipie d:iii< la prfiuirro, qui s'e^^t passée an iiiilii II ili> aL'itatiMii<i «le la nu* et «le« attentats, il n'v avait pniiit l'ii lit* ili«<i'nliiii>'ii: «laiis la majorité : M. Tliiers et M. (iiii/ot ctaiiMil en «'(Ti-t alnrs nuis dans un ctTort eomniUB. <^Mianl à nmis, savez-\nu«i pnnniuoi nous combaltiom» dès ce niitnirnt. ri*ttc p(»lilh|ne? C'e^l qu'elle rpDlennait déjà en rllo le ^'urme de la politique actuelle, (Vive approluiliou à
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gauche.) On nous a reproché d'avoir trop tôt averti le pouvoir et le pays : Dieu veuille que ceux qui nous font un tel reproche ne s'aperçoivent pas un jour que c'est trop tard qu'ils ont, eux, vu le mal et songe sérieusement à y porter remède!.... (Très-bien !) Je prendrai la politique à une époque plus rapprochée de nous, et marquée, de Taveu de tous, par un changement notable dans les esprits. Cotait après le rejet de la loi d'apanage et de disjonction; à ce moment, un libéralisme modéré parut avoir reconquis la faveur du parlement. C'est à celte époque que, par une première concession, l'amnistie fut proclamée ; malheureusement le pouvoir, au lieu de s'avancer dans cette voie, s'arrêta tout à coup : alors se forma la coalition dont les principes furent hautement proclamés, éloquemment soutenus par les membres dirigeants du ministère actuel. Ces principes, ai-je besoin de les rappeler? ils se résument en ceci : Pour que la paix soit durable, il faut qu'elle soit digne, et elle ne peut l'être lorsqu'elle est achetée au prix de concessions qui blessent l'orgueil légitime de la nation : ri l'intérieur, il ne suffit pas pour un gouvernement de vivre ^ de grouper autour de lui une majorité quelconque, ou même d'assister à une sorte de prospérité matérielle. Non : ce gouvernement est en outre obligé de prévoir, d'étudier attentivement V action des institutions ; de voir si elles ne sont pas faussées par quelque vice radical, afin d'y pourvoir. C'était là le cri universel de toutes les oppositions d'alors, et elles étaient dans le vrai : aussi rencontrèrent-elles les sympathies générales du pays; la passion politique de la France se ranima : passion légitime, car elle .était excitée par les plus nobles sentiments, par l'amour de nos institutions et par le besoin impérieux alors et généralement senti de relever la moralité publique ainsi que l'honneur de la nation. Quoique arrivés au pouvoir par suite d'un accident de la politique étrangère, vous vous deviez à vous-mêmes et à votre pays de garder quelque souvenir de ces sentiments, de ces passions dont vous aviez vous-même puissamment contribué à remplir tous les cœurs. On ne se joue pas impunément d'un grand pays. (Adhésion à gauche.) Six ans se sont écoulés depuis; vous êtes le seul ministère qui ait duré six ans. Le ciel est serein, dites-vous, le calme règne partout... Le pouvoir, croyez-moi, a ses illusions, et elles sont bien autrement dangereuses que celles de l'opposition : car les
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illusioQS du pouvoir, l'histoire nous l'enseigne, se soldent par des révolutions. (A gauche : C'est vrail) Eh bien, qu'estce que depuis six ans le pouvoir a fait pour relever la dignité de votre politique extérieure ? qu'a-t-il fait, soit cd faveur de la liberté intérieure, soit pour le soulagement des charf^es publiques, et mi^mc pour le bon gouvernement de CCS intérêts matériels dont il vit et qui devaient être son triomphe... ?
Ici, je passe en revue les actes de la politique extérieure du ministère : le droit de visite concédé et l'inviolabilité (lu pavillon sacrifiée aux exigences de TAngletrrre, (*t cela au lendemain <le Foutragc sanglant que nous avait infligé lord Palmerston; notre prise <ie possession des lies Marquises bientôt suivie du désaveu de Tamiral Dupetit-Thouarset de rindcmhité payée à Pritrliard; puis la déception du traité du Maroc, d*autant plus douloureuse, qu*ellc contraste plus trist<'ment avec les victoires de nos marins et de nos soldats: enfin, notre étrange inter\'ention dans l'airaire du Texas.
Pour justiner cette intervention, dis-je, on a imaginé la grande théorie d*^ l'équilibre américain. Ainsi voilà lequilibn; américain qui parait dans le monde politique; c'est l'honorable M. (iui/ut qui lui a donné le baptême. (H ne se doutait fourre qu'un jour un .Napoléon la reprendrait pour son compte à ses risques et périls à roccasion da Mcxiqur.) Vous vtius dites eii^Mf^és à résister à cette ten* danct; inévitable de l'Amérique, qui, dans son STStème tlt'xibli' du fcilt'ralisnic, ab<iorbe successivement tous les Ktals qui siint «mi contact avec elle; mais celte tendance n'est qu'uih' conséquence forcée de rinlluencc irrésistible qu'exerce toujours une civili>ation pleine du vie et de jen» ness<' sur un«: civilisation caduipie et mourante. Vous vous faites une lui d'employer b'S forcis de votre pays à combattre rette exten*^ion forcée de la ;rraiitle république américaine, qui, il faut bienliMlireJniu d'être un danger pour la Crance est au contraire une espérance. ;Apitation.) Politique insensée, que repousse le peuple dans sou admirable bon sens:
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le public français sait bien qae sar les mers l'équilibre ne peut s'obtenir que pai^ l'union des forces américaines aux forces françaises; il sait bien qu'au jour de la lutte, plus l'Amérique sera forte, plus la France le sera et plus son action sera indépendante. (A gauche : C'est vrai ! très-bien ! ) Vous nous parlez des éloges que vous recevez des chancelleries des gouvernements absolus; quoi, vous, ministres d'un gouvernement issu d'une révolution populaire, vous vous gioriûez des suffrages de la coalition! Ah! ne vous en vantez pas trop, car si votre orgueil personnel en est flatté, votre pays n'a aucune raison d'en être Ûer. (Approbation à gauche.) Que dirai-jennaintenant de ces réformes modérées et libérales qui formaient le programme que les hommes même les plus conservateurs se disaient naguère prêts à signer des deux mains (mot d'un des conservateurs les plus enragés dans le parti de la résistance)? qu'est devenue cette disposition générale qui se traduisait par ce cri poussé sur tous les bancs, même des centres conservateurs lUya quelque ckose à faire, quelque chose sur les incompatibiUlés^ sur l'adjonction des capacités, sur le jury, sur la presse, Qu'avcz-vous fait de toutes ces promesses? D'abord, défiants de votre majorité, vous avez cru qu'il était prudent de désavouer le programme d'immobilité de votre ami M. JoufTroy; mais vous vous êtes bientôt rassurés, et alors, à toutes ces réformes, vous avez opposé un veto formel, systématique. Il s'est cependant trouvé dans votre majorité quelques membres qui, plus préoccupés que vous des dangers de la corruption, ont voulu y porter remède; vous les avez repoussés. Sachez qu'il n'y a pas de véritable immobilité en politique: quand on n'avance pas on recule. (Très-bien I ) Vous vous faites un titre de n'avoir pas employé la violence; la violence, après tout, suppose une certaine force de conviction que tout le monde n'a pas; la violence, disait Royer-Collard, est une immoralité moins odieuse que la fraude, et il avait raison : la violence a quelquefois ses réactions généreuses, elle peut retremper les caractères ; la fraude les énerve et les dégrade...
Ici, je passe en revue toutes les grandes institutions de la France, et j'accuse le ministère d'avoir imprimé sur chacune d'elles les stigmates de la fraude.
Ain>i, le tri âpre arl)ilrairo dos jurés par les pré fols; le jury <lf^pouilIé de ses altrihutions cnnstitutionnellc? et par rattriltuti«ui faite à la Cour des pair<t et par le droit reconnu aux juL'ts civils di' punir, par de fortes contlamnatioMs |>écuuiairi'S, les écrivains que les jurés ont act]uittés; la presse périodique indépendante ruinée par les subventions payées à ciTtains journaux et par le privilège des annnuci.'s armrdc à d'aiitn.'s. Knlin, pour résumer toute votri* a<hninistration dans une phrase, vous avez tout accordé à rétrauL'er et vous avez tout refusé à riiitérieur. {\ijnwhr ; Trés-hifu !) Passons aux tinances. Vuus auriei du protitcr de l'état de paix, de la prospérité matérielle, de l'arcrnisscment des revenus qu'il amène pour réduire U flrlti* puhlique et soulager la France d'un fardeau qui sera bien lourd pour elle au jourdu danger (préxision qui devait liicnlMt sf réaliser-, la conversion <les rentes vous en otTrait les rimyens; toutes Ifs voix vous la demandaient, vous ne l'ave/ pas voulu. C'est un spectacle déplorable «]ue celui des subtrrtuL'i's (|ue vous avez employés pour éluder, sur ce point, la \o|onté persévérante de la Chambre... Quant ani intérêts matériels..., vous les avez flattes au gré de toutes It'urs «'xiL't'ures..., vous Ifur avez cédé tanl/>t la fortune pnbliquf, comme par le njet di; la conversion des rentes; lanh'tt notre puissance, rouinie par votre refus du traité de coniniirrt' réclamé par la liek'iqui' : c'est que pour gouverner 1rs intérêts d'une manière i n tell i L'en te, il faudrait les dominer; et, pour cela, il serait néct'ssairc de prendre son point d'appui en dehors du ces intérêts eux-méuies, c'est-àdire sur iU'> forces morales ou p«ilitiquesque vous repuussei. Cri>>i'/-\ons que sir Holn-rt Peel, s'il n'avait pas été le représentant néeessiiredes sent imi'nt> politiques de son pays, eût pu iairi*ri> luis sur les réréale-i qui blessaient si profoudémenK b"^ inl«rvls des ^'rand^ propriétaires lonciers.et qu'il aurait eu le e«. lira je de jt>ter Ce deli <i hardi à la haute aristocratie de r.VnL'Ieierre'/Niin.quanil i>n ne puise sa force ijue dans les coni»'>*ion-l'aite-an\e\i:.'enee>derinlérèt pri\éon en devient reM-l.i\e,..n en arri pli- Inlf^puti^nitt rapi ieieux et égoï>le; et c'est fi- ipiie-^l ai-ri\e. lJiUini'/-\ons, après cela, que le cercle M> soit >uceessi\t nient rétréci autour de mius; que les boaiiues même les plus prononcés dt* votre majorité s'en soient sépnn's. La même chose est arrivée sous la Restauration, on a vu successivement se détacher d'elle des hommes émineatt
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qui avertissaient le gouverDemcnt et le pays, avertissement dont elle n'a pas voulu profiter et dont vous ne profiterez pas plus qu'elle, (itcoutez I écoutez I) Messieurs, l'empire a pu séduire le pays, mais il ne le corrompait pas; ce sont les petits gouvernements qui corrompent. (Vive approbation à gauche.) Chacun a sa vie propre; les gouvernements qui n'ont pas la gloire, qui ne donnent pas la liberté, cherchent ailleurs leurs moyens de vivre, ils les trouvent dans cette misérable pratique de la corruption : or, la corruption appelle la corruption, car il est impossible d'éteindre cette soif ardente une fois qu'on Ta allumée , et tout gouvernement qui vit de la corruption périra inévitablement par la corruption. (Vive adhésion à gauche.) Croyez-vous que lorsqu'on a surexcité jusqu'au délire dans un pays le sentiment de l'intérêt sordide et de l'égoïsme, les conséquences ne s'en feront pas sentir jusque dans les mœurs privées : je n'ai pas besoin de fouiller dans le drame vivant des Cours d'assises pour apercevoir la relation fatale qui existe entre l'immoralité publique et l'immoralité privée. En outre, le propre d'une administration réduite à de pareils moyens, c'est de tout compromettre avec elle , c'est de ne pas craindre de risquer même l'avenir de tout un pays, et cela pour prolonger de quelque temps une misérable vie ministérielle..* Quand j'entendais tout à l'heure M. Guizot (écoutez 1 écoutez! ) se vanter de son effacement et faire remonter à la couronne tout le bien qui, selon lui, se faisait dans le pays, je me demandais si je n'étais pasdupc de quelque mirage et si celui qui parlait ainsi était bien ce même homme qui, naguère à cette tribune, en face d'une majorité soulevée d'indignation contre lui, dénonçait le ministre Mole comme ne couvrant pas assez la couronne. (Mouvements divers.) Les grands ministres, tels que Pitt, Chatam, tels que Casimir Périer dont j'ai été l'adversaire politique, mais dont j'ai toujours hautement apprécié le caractère , n'ont été vraiment grands que parce qu'ils ont eu cet orgueil intelligent de s'interposer sérieusement et de couvrir la royauté. (Vive approbation à gauche.) Ils ne permettaient pas que la responsabilité des actes du gouvernement remontât jamais jusqu'au roi, môme en mettant sur ces actes cette étiquette de flatteur que vous y mettez. (A rjnuche: Très-bien I très-bien ! ) Mais ne savez-vous pas que ce qui est bien pour vous est mal pour d'autres, et que ce qui vous parait Û^n aujourd'hui à vous-mêmes peut.
selon les évcDtualités de la politique, vous paraître Tuneste dans quelque temps? Attribuer à la couronne ce hienrelaiif^ c'est donc charger Je roi de la responsabilité de tous les rvéneinrnts. (A gauche: Très-bien! très-bicu!) Quant à moi, quoique résolu à remplir dans toute son étendue mon devoir de loyal député, je ne veux pas être expose à rencontrer le roi dans nos luttes. Non, je ne veux même pas avoir raison sur lui. (Trrs-bien! trrs-bien!; La politique que vous suivez, vous l'appelez imprudemment : la pensée du régne^ et vous avez mis ces paroles si compromettantes dans le discours do lacouronne, et puis vous nous dites que la mo* narchie est diffieile à établirdansce pays; je le crois bien; dans de pareilles conditions, elle n'est pas seulement dirflcile, elle est impo>sible. Ou bien la monarchie constitutionnelle se renfermera dans son suprême arbitra^^e, planant sur nos débats sans y prendre part : elle ne rencontrera, dans ce cas, que des respects «très-bien 1 tK'S-bien^,); ou bien, elle rencontrera des ministres que vous caractérisiez si justement na.LMiêre par une cit«ation brûlante de Tacite, que vous ne ré|)étenoz pas aujourd'hui (rires approbatifs à fauche ; de ces ministres qui mettent leur gloire à s'efTaccr, à faire remonter à la couronne la responsabilité de toute une politique qu'il leur piail d'appeler bonne, et alors dans les luttes que cette |)olitiqut; provoquera, c'est elle qui se trouvera en but te aux attaques. Comme les dieux d'Homère, qui se mêlaient aux combats des mortels, elle s'exposera à rccevoirdes blessures, et s'il arrive que, par une de ces réactions de l'o* pinion qui sont dans les conditions de tout gouvernement re|»rési>ntatit', ce que vous considérez comme bien soit aux \«Mi\du public un mal; que, par exemple, cette paix honorable di»nt \iiiis \iiiiN vantiv. ne >oit à ses yeux (fu'une suite de conc«>>ii)ii>(li>||i»iiorantes; que ce que \ous appelez le libro jeu de> iii>titutiMii<i 110 Miii, dans sou opinion, qu'une pratique onverli- «t pt rmanentr tb- fraudes et de corruptions? Ali! si une telli' reartinii se produit, que du uioius elle ne dépasse pa** ces banc-.. Tiis-bim ! tiv>-bien! ) Les prestiges du droit di\in, di* la traditinn même si^ si>nt é\auuuis;si la main du roi M'lai>M' apercevoir dans la lutte et ^i c'est elle qui frappe 1rs coiip^ «innt souMre rnpinjnii, elle ne sera, cn»yez-moî, ni honorce, ni bénie! (A>M'ntinit'nt à :.MUche.) Je suis profondément iN-vnué à la tuonairliie constitutionnelle de mon pa}s; je l'ai couâidéree et je la considère toujours comme
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une nécessité absolue, et mes convictions, malgré de bien tristes déceptions, ne se sont pas afTaiblies depuis 1830. Eh bien I gardons-nous de donner raison aux ennemis secrets de cette monarchie, car si elJe est attaquée en bas de l'échelle sociale par l'ignorance et la passion, elle l'est plus encore peut-être dans les sommités par les préjugés. Elle n'a pas encore acquis son droit de cité dans la vieille Europe où elle n'est que subie : savez-vous ce qu'on dit dans certains cabinets? Oui, ce gouvernement révolutionnaire marche , mais cela tient à la vie d'un homme ! (Mouvement.) Donnez un démenti à ces espérances de vos ennemis, comme à ces inquiétudes de vos amis ; préparez la transition que la Providence nous refuse; par la vérité, la vigueur des institutions, remplissez le vide immense que ferait cette haute personnalité, le jour où Dieu l'appellerait à lui. (Mouvement prolongé.) Vous dites que vous avez fait de grands sacriOces pour reconstituer ce que vous appelez le parti conservateur? Grands, en effet, ont été vos sacrifices, car il vous a fallu franchir un bien immense espace pour, en sortant des rangs de la coalition, en venir au point où vous en êtes. Eh bien, c'est là qu'est le secret de votre impuissance à donner au pays les satisfactions qu'il réclame. Non, vous n'êtes pas libres !... Savez-vous pourquoi ? Dussé-je vous blesser, je dirai ce mpt parce qu'il est vrai, c'est que vous êtes un ministère d'amnistiés. Oui, amnistiés aux yeux de votre majorité qui a eu beaucoup à vous pardonner ; on ne commande pas à ceux de qui on a reçu le pardon. Au lieu de vous mettre résolument à la tête de la petite fraction de ce parti qui aurait été disposée à suivre une politique plus saine et plus libérale, vous avez dû vous attacher à suivre la volonté de cette autre fraction plus nombreuse, mais aussi plus obstinément cramponnée à l'immobilité, aveuglée qu'elle est par une terreur fanatique de tout ce qui est progrès ou réforme quelconque. Le pays seul peut faire cesser une aussi périlleuse situation. En 1839 et 1842, il a voulu la sincérité du gouvernement représentatif, l'honnêteté dans le jeu des institutions, le progrès modéré, la dignité dans la politique extérieure, il l'a voulu résolument, il Ta voulu avec vous et comme vous, il ne se démentira pas et il le voudra au besoin contre vous. (Vive approbation à gauche.)
Ce discours embrassait tout le passé en même temps
414 MEMOIRES D'ODILON BARKOT.
(firil donnait un suprême av(Tti:>senient pour Tavenir, tout à la lois au pays et à la couronna : malhoureusmu^nt II* pays Irf^al ne le eoniprit que trî-s-imparfaitenuMit, et la 4'nuronih^ s'obstina de plus en plus dans ses voies.
L'élection eut lieu après ce débat, et la nouvelle <^hanibre lut convoquée pour le 17 août 1846
Oau^ un banquet donné à Lisi(*ux, M. Guizot, parlant à ses électeurs, avait prononcé ces paroles : Taufis les politiques vous promettent la réforme; mais il iCy a que celle des conservateurs qui puisse vous la donner. Ces paroles lircnt-elles perdre quelques voix à l'oppositioUf nous ne pourriims pas railirnier. Uuoî qu'il en soit, une majorité ministérielle sortit du serutin électoral ; mais celte majorité, quoifpie aufrmenttV en nombre, était devenue moins confiante dans la bonté du système piditiqut* Mii\i jusipialors : (|U(*lques iloutt'S sur les dan^^ers de ce système connue niaient à se répandre, surtout parmi les nouveaux «lépulés. Il arriva même un joiu'. à la ^Tande stupéfaction des centres, où l'un des nôtres, M. de 3laleville, obtint la maJMriié pour la vice-préNideiice : «-'était encore un av« rliN>enu'nt; il ne tut pas plus écouté que tous les autres.
La \éritication des pouvoirs tut l'occasion d'un débat prolongé et très-animé :
■I'.i>Iriiir>', <lis:iis-je, autant que j'honore la couraeeiise pi;i>i-\fi'<iiiri- ili* iiirs anii> ii.'iii*> une lutte où le^ chances x'Ut .iiir.'^i irh'.'al<-<. l n lunl • rliappi; aux iiiiuistres t;\plH que li'iir i'iHiti.iiit:*' il:iii< cr^ iiH>\rhs de corruptiuu que ui>u*« !>• ii--iiiiis a\i>ir tli-lri^ r\ rnuiianinès à jamais et qui c> |>t'n>i.iiit -I* ^"!il rt'|»i"»'luiN axi-c pins de oniMiic : Vetf ipht' f-iil' itf tit'iit'.- 'Ir l^iJ na Ml I i 1} rr./*, a dit un de ces niiit>iii'«. Llif u'a >i'r\i a ri^ ii! 4'rla u'i'^t ipie tnip vrni;car ce qui ia Ir.'i^l.iture prerediiiti' u\ail euldidu p«»ursuiVK et repriunr < ii ISt^u'a fait qu** se reprutluirecn IHitt avec uuc uuu\eilo furet* et uuc plus grande audace. Celte mesure
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n'a rien prévenu; elle n a servi qu'à une chose: à faire sentir aux ministres la nécessité, une fois entrés dans une pareille voie, de s'assurer à tout prix le succès, qui pour eux était l'impunité. (Approbation à gauche. — Kéclamations au centre.)
M. Guizot, sans trop désavouer les procédés de corniption et dintimidation que nous l'accusions d'avoir employés dans l'élection, cherchait ainsi à en atténuer la gravité :
Je me suis étonné et affligé, disait-il, de voir chercher pendant près de quinze jours dans tels ou tels petits incidents, telles ou telles petites causes, la véritable origine, la vraie explication de ce qui vient de se passer dans les élections dont cette Chambre est sortie... Un grand fait s'est manifesté dans les élections qui viennent de s'accomplir : le pays a donné son adhésion sérieuse et libre à la politique qui se présente devant lui. Ne cherchez pas l'explication de ce fait dans quelques prétendues manœuvres ou misères éleetorales : prenez-la dans les véritables sentiments du pays, dans son intelligence, dans l'idée qu'il se fait de sa situation et de la conduite de son gouvernement. (Mouvement prolongé d'adhésion au centre.)
Je ne demanderais pas mieux, répondis-je au ministre, que de reconnaître à nos institutions le caractère de grandeur et de moralitéqu'elles devraient avoir, et si nous combattons avec quelque vivacité le ministère, c'est parce que nous sommes profondément convaincus qu'il les abaisse et les altère : nous ne demandons qu'une chose, la liberté de discussion et la loyauté dans les élections. Nous acceptons les résultats du combat, pourvu qu'il ait lieu à armes égales: or, la lutte est-elle loyale et égale, lorsque vous mettez dans un dt's deux plateaux de la balance toutes les faveurs dont vous disposez et que vous vous adressez, non à des opinions, iHais à de vils calculs égoïstes? Vous taussez ainsi le verdict du ^'raiid jury national; vous pervertissez jusque dans son es>ence le L'ouvernement représentatif et vous appelez cela (bs ;/</sr/vs. Ali î croyez-moi, il ne peut se produire un mal plus grand, plus dangereux pour notre pays que ces mtsêres,
«16 M1^:M0IRE8 d'odilon barrot.
et je rcfrrctte profondement que ce mal ne soit pas ref^ sonti comme il devrait l'être de tous les côtés de cette Chambre.
\)o tout c(* débat il ne resta qifun peu plus d'obstîiiation (luiis W ^Gouvernement ci la majorité, et plus d'irritation dans les masses.