VOYAGE EN ORIENT. 4S
Au diner du sultan, les ministres et les ambassadeurs étaient également conviés : nous partîmes, Tambassadeur de France, celui d'Angleterre et moi, de la maison de plaisance de l'ambassade anglaise qui est
tobre : a ... M. Odilon Barrot, qui afait aMisté dans la foule à l'inaoguralion du TÉcole polytechnique par le sultan, n*a pu garder l'espèce d^ineognito qu'il foulait s'imposer. L'honorable député est devenu l'objet de l'empressement de tous les hauts fonctionnaires turcs ; la Juste considération dont il jouit en France, la haute et importante position quMl y occupe, auraient suffi pour lui assurer ici uue brillante réception ; mais comme il connaît d'ailleurs, de longue date, plusieurs des membres du cabinet : le grand fixir, Reschid- Pacha; le ministre des affaires étrangères, Ali-Effendi; Fethy-Achmet-Pacha, etc., aussi a-t-on pour lui les plus grandes prévenances. Nous dirions qu'on veut V enguirlander, si ce mot dont on se sert en Russie pour indiquer tous les moyens auiquels on a recours dans le but de tromper les étrangers sur le compte du gouvernement et rétat du pays pouvait s'appliquer dans cette circonstance. Le ministère turc ne veut qu'une chose, c'est de bien persuader M. Odilon Barrot de ses bonnes intentions et le convaincre des progrès qui, quoi qu'on en dise, se sont réalisés à l'ombre de la paix, avec un sultan qui veut le bien et grice souvent à Tinterrentîon bienveillante des gouvernements occidentaux. Samedi , N. Odilon Barrot s'est rendu à la Porte, où il a successivement visité le grand vixir, le président du conseil suprême de Justiee et le premier drogman de la Porte Ottomane. Partout il a été aecueilli comme un homme qu'on a |...iisir à voir, pour lequel on a une extrême considération, dont on tient infiniment à se concilier U bienveillance. L'illustre orateur sera présenté au sultan un de ces jours ; il assistera avec le corps diplomatique à un grand dîner que Sa Hautesse doit donner au prince Léopold de Bavière. L'ambassadeur de France lui-même s'est mis en frais pour M. Odilon Barrot : M. le baron de Bourqueney s'est empressé de mettre à la disposition du chef de la gauche dynastique des personnes de son ambassade, chargées de l'accompagner partout et de lui servir « d'interprètes. •
Plus Urd, dans son numéro du 33 novembre, la même Journal décrivait ain»i, d'après le Journal des Débats^ l'audience que le sultan avait dai^mé me donner : « S. M. L le Sultan, qui n'ignorait pas la haute réputation de l'illustre député français qui se trouve en ce moment à Constanlinople, M. Odilon Barrot, a daigné lui ftiirCy le 21 ootobro. au palais de Tchéragan, un accueil dont M. Barrot a été touché et dunt il gardera longtemps le souvenir. S. M. L lui a dit : « Je suis enchanté de vous voir : J'ai beaucoup entendu parler de
au fond du Rosphoro, prt^s du son embouchure dans la mer Noiro : h* kutoau à vapeur qui nous portait rencontra, en route, celui sur lequel était Tambassadeur russe, et nous le dépassâmes à la grande joie
« voufi; Je coniiaifl vos lympathiei pour mon empire. J*ctpère que •< l'opinion piilili<|ue, en France, inu tiendra compte de niee effbrli c en faveur de la civtluation, » (Le sultan a prononce ee mol en fronçait. )
t Bl. Odilon Barrot a K-pondu : c Sa Majetté Im|iériale me pa^ H donnera l'émut ion que j'éprouve «■n sa présence. J'étais loin de « nratlijndre h ThonniMir d'élre admis devant Klli?, honneur dont Je a êiui rede\ aille h la «inrérité de« vii'uv que Je forme pour qu'EIk (I réuMïMe dand i'acc'onipliit«iMnrnt d<i la grande et diRIrile minaion K que «on |M>re a comineiicéi* et qu'Elle e«t chargée d'accomplir. La « puiiFtianrc «lu l'empire ottoman im|>orte non-neulement à la Turn quiit. niaîM elle inlére«»e,à un haut de^rré l'indépendimce dceaulm « |»i'uplei et la |k-ii\ du monde auMi ; our ee |ioinl il n*j a qu'une <' opinion en Franrr, et Je «uis hi*ureu\ de pouvoir en donner Vi
• ranre i-n tiMite siiirériti'; & Sa Hautcue, tant être (!éiié par c convenante oillenlli*. »
« 1^ aultan a repri:^ : o Je tonnait le» vieux teniimeHttde la Frmmee. H et je cnmpli' tur ton appui, u
m KiiKiiili' S. M. I. li> Sultan demanda m M. Odilon Btrrot arait visité ConManliniiple et xe» ninivunuii étaliliMeinent*? -^ M. Otlilon liarrol répondit : « Qu'il a%ait ad min'' tuute* lei menreillei que le c Providenee ii'e>l plu à K'unir Kiir ce |>oint du plobe : mai* que ee t qui a^ail le pliJi« exrité imn inlénM. c'étaient le» profsrèe que le
• sultan avait tU'yX réalinéii ; que déjiï il avait triomphé de deus « liteau i qui défilaient ce« iiintréeH et décimaient «on |»euple : la petle
• et la |M>lite vérule; que IKurope n'aiail pat vu lana admlrâlioa - io ninruiir^ que S. M. I. a daigné ai'corder i la propagation de In t vaeeine ; qm* de liU hiriifjitii rn\en Mm pava et riiumanité
• valent lui donner runtiaui*r et reiiciiumgerà penéiërcr dana •• nitlili* voie. •
« l.i' Hilian a invité M. Odilon Darnit à aMi*ter au banquet Sa ll.iiili )*-•• dniiiiait rr jniir-liï .\ S. A. H. le priiiii> L>tqiold de viiTe. l/illiiMri^ liiali-iir a nru du aultan de« témoignages nombfwn d'eatinie et de considération.
• Le 3U, il n'i-u ri'iidu à Thérapia pour prendre rongf de Tani» hawadeurde Krand*. aprr« aïoir fait une eicunuon Jutifu'à fh 1 g rade où il a VI m té les ai|iieilue« et le<i lieau\ K'MTvoirf d'eau du mIIM Sé'liiii et du Miilijii Mahmoud. Il part aujourd'hui |Miur Aleiandnc lur If liateau ég\ptii>n que S. A. Néhémet-Ali, |iarlia d'I'^gvptCf a niM à sa di0|H>aitiun p:ir l'urgaiie de S. £. Arlim-Bey. e
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des Anglais, qui poussèrent des hourras en Thonneur de ce puéril triomphe. La table, ehez le sultan, était splendidement servie, les grands officiers étaient derrière chaque convive, faisant l'office d*échansons ; du reste, des Tins de toutes provenances étaient prodigués, ce qui annonçait un certain relâchement dans Tobservance de la loi musulmane. Le sultan n'était pas présent; il était représenté par le grand vizir qui porta sa santé avec un grand verre de vin de Champagne qu'il avala en Thonneur du représentant du prophète; et nous rimitàmes. Après le diner, on se réunit dans une grande salle entourée de divans : le café et les pipes furent apportés, et bientôt nous fûmes environnés d'un nuage qui laissait à peine la faculté de respirer, ce qui me força à sortir avant les autres con- Tives.
Du reste, la conversation, quoique très-réservée, porta il peu près exclusivement sur les affaires d'Europe : le parti de la réforme était alors en grande faveur à la Porte, et presque tous les membres du vieux parti turc avaient été exilés ou disgraciés ; aussi, bien des palais sur les bords du Bosphore étaient-ils fermés du côté de la mer, et lorsque j'en demandais la raison, on me répondait que, lorsqu'un Turc a le malheur de tomber dans la disgrâce du Grand Seigneur, il doif s'interdire la lumière.
Mon attention fut particulièrement fîrappée par un de ces magnifiques palais qui bordent le Bosphore, et qui donneraient une grande idée de la richesse de ce peuple, si on ne savait pas que derrière ce rideau de riches habitations, et à quelques centaines de mètres à peine, règne le désert et se déroule une contrée à peu près inculte, ob les routes ne sont pas autrement tracées que par le piétinement des chevaux et des chameaux : c'était celui de la sœur du sultan, et ce n'est pas sans étonnement que j'appris que c'était là
i\\u* s'élevaienl et étaient préparées, pour le sérail, les jeunes filles qui, un jour, se disputeraient les faveurs (lu maître : c'était aussi dans ce palais que, pour assurer la sueeession et prévenir les guerres civiles, les nouveaux-nés étaient présentés au sultan sur un plat <rarg<*nt et immédiatement étranglés. Quels usages et quelles mieurs