‹ Mémoires posthumes (volume 2)Chapitre 50 sur 65 · VOYAGE EN EGYPTE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN EGYPTE

Le vi«'e-roi d'Egypte, ayant appris que j'étais à Constantinople, avait fait avec mon frère Adolphe, alors consul général de France en Egypte, ce singulier m an* hé : J'enverrai chercher votre frère à Constantiuople ftar un de mes bateaux à vapeur; il viendra au Caire^ et iti, je ie retiendrai pendant quinze jours ; après quoi^ je le rendrai à sa liberté, et mettrai à sa disposition j pour remonter le IVil et visiter la Haute*Kgypte<t et mes bateaux et mes serviteurs. — J'acceptai et me voilà voguant vers Alexandrie par une assez mauvaise mer et sur un petit bateau à vapeur en fer, manœuvré par des Arabes. Lorsque la nuit je montais sur le pont, au milieu des vagues qui souvent balayaient ttnit le navire, les marins 4'ouverts de leurs <'apuebons bruns m*apparaissaient, resM'inbiant plus à <les esprits infernaux qu'A des htnnains : tiMitt*fois, je dois leur rendre cette justice, qu'ils étaient beauetiup plus attentifs k remplir leurs <ievnirs religieux que nous autres chrétiens. Ils n<' manquaient jamais de se prtisterner matin et soir, lo visage tourné vi>rs la Mee(|ue, et ils avaient tous de gr4»s eliapi'letsù la main : j'aurais souvent désiré qu'ils ^oerupiisM-iit un peu plus dr leurs manœuvres, et un peu moins de leurs dévotions.

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Nous arrivâmes à Alexandrie pour entendre le fatal coup de canon qui annonçait la fermeture du port, et nous fûmes obligés de itopper toute la nuit, ballottés par les vagues, ce qui est une position fort désagréable.

Je ne dirai rien d'Alexandrie, qui ressemble fort à Marseille par ce mélange étrange de toutes les races, cette confusion de tous les costumes, de toutes les langues du monde qu'on retrouve dans ces deux ports de mer. Alexandrie est assez peu orientale ; la colonne de Pompée n*est qu'une ruine et un souvenir mélancolique. Le palais du vice-roi est vaste, admirablement situé, mais n'a pas de cachet particulier.

Mon frère m'attendait : nous fîmes quelques visites dans les environs , entre autres au fils de Méhémet- Ali, Saïd-Pacha, qui devint lui-même vice-roi, après la mort de son frère aîné Ibrahim. Il était relégué dans un palais d'été fort élégant, où il menait joyeuse vie : son père, après avoir payé deux ou trois fois ses dettes, lui avait imposé cette espèce d'exil. Enfin, j'arrivai au Caire : le profil lointain des Pyramides qui se dessinent à l'horizon ; l'immensité du désert, dont les sables mordent sur le NU ; les palmiers, les processions de chameaux chargés ; les derviches à barbes blanches, portés gravement sur des ânes ; les fortes senteurs des plantes aromatiques ; le cri aigu des marchands ; le grincement des sacquias, espèces de pompes à Taide desquelles on fait monter l'eau du Nil pour arroser les terres riveraines ; tout jusqu'aux misérables huttes de boue des fellahs , leurs haillons hideux et trop souvent leurs yeux affectés d'ophthalmies, tout vous avertit que vous êtes entré en plein Orient.

Dès mon arrivée au Caire, je fus présenté à Méhémet-Ali à Schoubra, pavillon d'été, où il passait régu-

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librement toutes les matinées : il me fit le meilleur aceuoil, et tout de suite commença cette série de questions et d'informations qui devaient durer quînie jours. Son esprit ardent et curieux était avide de codnaitrc toutes les particularités de notre organisatîoB française.

La conversation à la turque, avec les repos qne l'usage di' la pipe et Tintervention d*an interprète rendent nécessaires, a quelque chose de grave et de réfléchi qui ne me déplaisait pas. Je vois encore ce vieillard, avec sa figure expressive, ses regards habituellement doux et presque paternels, mais prenant parfois des reflets fauves qui inspiraient une sorte de terreur : je le vois encore nous racontant le massacre des mamclucks et celui dtïs janissaires, et se soulevant à moitié de son divan pour revendiquer tout rhonneur de ce dernier fait : je vois ce même homme avec son exprt>ssi(»n bien difi'érente et pleine de bonté, nous invitant, m4)n frère et moi, à prendre place k coté de lui sur son divan; puis les esclaves nous apportant, l'un le café, l'autre des pipes magnifiques dont je ni(* stTvais, par parenthèse, assez gauchement d'abord, mais auxquelles j'avais fini par iii*habituer. Ije ministre des affaires étrangères, Artim-Bejr, nous ser\'ait d'interprète : il se tenait humblement à quelques pas (le distance, attentif à recueillir et traduire n«ts pandrs. Il serait trop long de reproduire tons nos entretiens, qui roulaient surtout sur la politique, tmt Tadministration et siu* les événements conteraponins : je n'en ai pas, d'ailleurs, tenu note; je le regrette, car ils ot1'rai<>nt pres€{ue toujours un grand intérêt.

Je me rappelle qu'il témoignait un assez grand mépris pour l(> gouvernement turc, m Ce sont des enfants. répétai l-il Miuvent, ils ne savent pas gouverner, ib perdent l'empire ottoman. >» (kmime je me permettais d'objecter que cependant le sultan Maliniond,

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qui avait conçu et exécuté la destruction des janissaires, ne pouvait guère être traité d'enfant ; Ce ne$t pas lui, c'est moi, s'écria-t-il, qui ai tout dirigé d'ici: sans moi il n'eût rien pu faire. Ses yeux lançaient des éclairs, et je retrouvais alors en lui l'homme qui, après avoir réuni les mamelucks dans la citadelle du Caire, avait froidement donné Tordre de les massacrer tous.

Une autre fois, nous parlions de la guerre de la Grèce dans laquelle son fils Ibrahim et les troupes égyptiennes avaient joué un rôle principal, et je me permettais de vanter le courage des Grecs et leur patriotisme. — Il m'interrompit : « Ce ne sont pas des hommes, me ditril, ils sont plus forts en vanterie qu'en action ; je leur ai fait dire, un jour, d*avoir à se souvenir que j'étais de la race et du pays de Pyrrhus et d'Alexandre et que je les traiterais comme l'avaient fait mes ancêtres. » — Il était, en effet, né en Épire : entré au service de la Turquie, il avait fait son chemin à force de courage et d'intelligence; plus tard, il avait été envoyé en Egypte à la tête d'une troupe de soldats recrutés dans son pays ; il avait combattu et vaincu les mamelucks et rétabli la domination turque, qu'il était parvenu à faire tourner à son profit : c'était, en effet, une très-vive intelligence et surtout un caractère de fer.

S'il n*avait aucun des préjugés des Turcs, il en avait du moins l'orgueil. Il m'avait invité à visiter la mosquée dans laquelle il faisait d'avance préparer son tombeau, et le lendemain il me demanda l'impression que ce monument m'avait laissée. — <c J'en ai fort admiré, lui répondis-je, la situation ; elle est, en effet, dans la partie supérieure de la citadelle et domine la ville (lu Caire et ces belles campagnes arrosées par le Ml; les pyramides et le désert forment le fond du tableau ; les matériaux en sont admirables (elle est tout entière construite en albâtre), mais rtrcbitec-

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turc en est déplorable. » — Et comme H manircstait sa surprise : — « Oui, lui dis-je, comment, vous avez sous les yeux, tout autour de vous, des spécimens de celle archileclurc arabe, si svelte, si riche, si variée! et c'est larchitecturc bysantine si lourde, si écrasée, que vous allez choisir? je ne vous comprends pas. — Quoi, vous ne voyez pas^ me répondit-il, que cette ar^ chitecture arabCy que vous vantez tant^ est l'architecture des vaincus..,'^»

Apres les conversations du matin, nous nous retrouvions le soir à la citadelle où nous dinions ensi^mble; et en passant, je dirai que sa table était assez mal si*rvie, bien qu'il eut la prétention d'avoir le meilleur cuisinier du monde. Je me rappelle qu'il était trèsfier de me présenter des pommes assez médiocres et qu4' je rhumiliui fort en lui disant que, dans mon pays, on en donnait de pareilles aux animaux: on voit que je le ménageais peu.

Un jt»ur <h* gala auquel ses fils et ses grands fonctionnaires avaient été invités, il s avisa de me demander à brùle-pourpoiiit,en présence de tout ce monde, ce que je pensais de Teselavage. La question était délicate, et je lui demandai s'il me permettait de dire toute ma pensée. — « Oui! oui! s'écria-t-il. — Eh bien, dis-je, je sais que généralement vous traitez bien vos esclaves; qu'ils font, en quelque sorte, partie de la fan)ille, et que vous prenez même quelquefois parmi eux vos fonetitmnaires. Il y aurait cependant «Mit'orr beaucoup à dire, même à ce point de vue« ear je ne crois pas que irs moyens que vous employei piMir recruter vos marchés (l'esclaves ij*en avais visité un la vi'illi', ri j'y avais fort remarqué deux pamres abyssini(*nnes (|ui n*avai<'nt pas l'air d'être là par le fait df b'ur v«)li)nté' .soient des movens de doueeur. Mais je nr veux «'nvisager l'i^schivage qu'au point de vue de rinthience qu'il exrrce sur les maîtres : lors-

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que nous parlons ensemble des réformes qu'il serait bon d'introduire dans votre gouvernement , vous m'objectez toujours.que les hommes vous manquent. Je le crois bien ! Et comment pourriez-vous avoir des hommes avec l'éducation que reçoivent vos enfants? Ils s'élèvent dans vos harems, au milieu d'esclaves, et ils s'y corrompent avant même qu'ils aient atteint l'âge viril. Pourquoi étes-vous devenu, vous, Altesse, un grand homme?... C'est parce que vous êtes né dans un pays où la famille se compose d'êtres libres et où les enfants apprennent de bonne heure à lutter contre les difficultés de la vie. Tant que vous maintiendrez l'esclavage, n'espérez pas faire sortir de vos harems autre chose que des hommes manques et ignorants. »

Pendant et après cette allocution qui dura quelque temps, tous les visages étaient composés et vous eussiez entendu voler une mouche.

En retournant au Caire, Artim-Rey qui m'accompagnait me disait : « Ah ! qu'avez-vous dit à Son Altesse? Si j'en avais dit seulement la dixième partie, j'aurais été bien sûr qu'on aurait va le lendemain ma peau accrochée aux créneaux de la citadelle. » Mes paroles avaient, en effet, produit quelque impression sur le vice-roi, car, le lendemain matin, lorsque je vins h Sohoubra pour déjeuner, selon l'usage, avec lui, il m'aborda avec un air préoccupé et me salua par ces mots : Vous m'avez empêché de dormir. Quelque temps après, les marchés d'esclaves furent supprimés pour le public. J'avais fait naître en lui la pudeur, et c'était déjà un progrès.

Au reste, cet homme, dont la vie avait été marquée par des drames si terribles et qui inspirait à tous ceux qui l'environnaient une telle crainte, qu'Ibrahim luinu^me, son fils aine, le chef d'armées victorieuses, ne s'approchait jamais de lui qu'en tremblant, avait pour moi des bontés toutes paternelles, en dépit et peut-

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rire à cause dos vérités que je lui disais. Cela lui paraissait si nouveau !

Après dîner, et lorsque nous avions pris le café et épuisé la conversation, il nous conduisait, mon frère et moi, à un billard qu'il avait fait monter à odté de la grande salle de réception. Il suivait notre partie avec intérêt et se fAchait tout de bon contre mon frère, prétendant qu'il n'avait pas le droit de gagner son aîné en Age et en science.

Un jour, il nous donna, dans la citadelle m(>me, nn bien singulier spectacle, celui des tableaux vivants; il s'en trouvait de fort peu pudiques. Une partie des soldats de la garnison remplissait le part(Tre, et je ne pouvais m'empécher de m'étonner que, dans un pays où une femme se croirait déshonorée à jamais si elle laissait apercevoir son \isagc par un étranger, de telles nudités fuss4'nt seulement tolérées. Ce spectacle se donnait à quelques pas de la cour où avaient été égorgés les malheureux mamclucks, non loin du puits bii>lique de Joseph.

3Iéhém('t-Ali tenait beaucoup ù me persuader que la propriété privée était parfaitement établie et garantie en Egypte: elle l'était, en effc^t, en principe, mais, dans le fait, elle n'existait réellemi>nt pas. L'imp<)tqui pesait sur les fellahs était si élevé, que ces malheureux pouvaient rarement le payer; alors tel village, telle contrée en nrtard. était livré à un des seigneurs on à un des banquiers de la cour qui en usait h discrétion, s'fmparait des récoltes, les faisait vendre pour son roniptc i't finissait par en tirer l<i double, le triple et quelqueftus plus, <lt* la s(mnne qui était t)riginairement due au fise. Le despotisme n*a pas besoin des levons du socialisme pour Inuiver le moyen, par Timpât, de neutraliser b'S drf»its de la propriété!

Flnlîn. les (|uin/e jours de cimversation rnuTenns étant écoulés, un magnifique bateau ù vapeur tout

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installé, monté par les gens de la maison du vice-roi, fourni de vivres en abondance, nous emporta, mon frère, sa femme et moi, jusqu'aux premières cataractes en remontant le Nil.

Nous visitâmes successivement toutes les ruines dont les f ives de ce fleuve sont parsemées. Je ne dirai rien des incidents de ce vayage, qui ressemble trop à celui de tous les touristes qui ont grand soin de communiquer au public leurs impressions. Seulement, il nous arriva que notre bateau s'étant engravé, nous vimes, au bout de peu de temps, arriver une foule de pauvres fellahs qui se jetèrent à l'eau, et, à force d'efforts, nous remirent à flot. Je doute qu'ils fussent là par le seul fait de leur bonne volonté, et que le fouet de nos cavas ne fût pour rien dans leur zèle.

Je ne saurais trop engager ceux qui visitent les ruines des temples célèbres dont les rives du Nil sont semées, à ne pas se contenter de les voir à la lumière du soleil, mais à les visiter de nouveau au clair de la lune. L'impression toute différente de ces monuments vus à travers les clartés un peu voilées de cet astre semble se ranimer et se peupler de fantômes. J'en ai fait l'expérience pour les ruines de Thèbes, pour le temple de Karnac spécialement.

Après avoir touché à Tilc de Philœ et déjeuné sur les blocs gigantesques dont se composent les ruines du temple, où une inscription rappelle la visite du général Desaix et de ses braves soldats, nous revînmes sur nos pas, et, cédant au caprice de ma belle-sœur^ nous commîmes Timprudence de descendre la cataracte en bateau, au risque d'être brisés contre les rochers dont cette cataracte est semée et contre lesquels nous précipitait un courant furieux.

Près de Tile de Philœ, nous rencontrâmes une pauvre femme qui conduisait son enfant par la main ; les yeux de cet enfant étaient littéralement couverts

de mouchos, et comme nous reprochîons à la mtT«^ (le laisser ainsi dévorer son enfant : « Dali ! nous répon<lit-olle, ne voyez-vous pas que ces mouches mangent le mal ! » L'ignorance, la superstition, la misère*, voilà c<' que ni Méliémet-Ali, ni ses successeurs, malgré leur puissance et leurs bonnes intentions, n&parviendnmt facilement à vaincre dans ce pays.

Knfin, après avoir assisté à un carrousel que le général d(» la cavalerie , officier venu de France et

entré au service du vice-roi, nous donna ; après avoir été faire une visite aux Pyramides sur lesquelles nous montâmes, non sans Taide des Arabes et sans avoir éprouvé en descendant une sorte de vertige, je songeai a quitter TÉgypte ; la saison s*avancait et, l'ouverture de la session s'approchant, mes amis me pressaient de revenir à Paris.

J'acceptai cependant avant de partir une invitation dWbbas-Pucha, un des fils de Méhémet-Ali, celui dans lequel il avait le plus de confiance et dont il avait fait son ministre de Tintérieur. Ce prince avait, à quelques lieues du Caire, dans le désert, un haras dont il était fort jaloux et (|u'il ne laissait voir & aucun étranger, eraignant. (lisait-il, \e mauvais œii. Apparemment que ine> yeux ne. lui paraissaient pas dangereux, car, par niir faveur toute particulière, il me pressa de venir d(''jenner dans sa campagne pour voir son haras. Nous travf'r-iànies en voilure les sables du désert, et, après avoir vit les chevaux et visité tout rétablissement, Abba'^-Pacha nous proposa de monter à cheval et d'aller voiries ruines d'Iléliopolis (la ville du soleil^, où on ét:iit <»eeupé h déterrer un magnifique oIn-Hs- (|ue. Nous aeeept;)mes la parti<': on mms amena de trèvlhMiix chevaux <»rnés de selles k la turque |i»ul étiriee|;irite< d»* brotlerii'S (»t de pii»rres précieuses, et, (*hennii t';iiN:irit. nous iiou*; arrêtâmes dans une pelile oasis ralraieliie par une source et au milieu de laquelle

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s'élève un platane monstrueux ; ses racines sont sorties de terre et forment autant de troncs qui surgissent à plus de vingt pieds au-dessus du sol : c'était, selon la tradition du pays, Tarbre sous lequel Joseph et Marie s'étaient reposés avec le Christ dans leur voyage de Palestine en Egypte. Aussi ce malheureux arbre estil mutilé par les pèlerins qui passent par là pour aller à Jérusalem et qui ne manquent jamais d'en détacher quelques morceaux pour en faire des reliques. Je m'aperçus de cette mutilation et je priai Abbas-Pacha de protéger ce malheureux arbre contre cet excès de vénération qui finirait par lui être funeste. J'ai su depuis qu'il l'avait fait entourer d'une barrière. Le prince poussa la bonne grâce jusqu'à choisir un des plus beaux chevaux de son haras, qu'il m'ofirit comme souvenir de sa bienveillante hospitalité. Les embarras du transport me décidèrent à le laisser à mon frère.

Enfin, je pris congé de Méhémet-Ali, et le remerciai de toutes ses bontés, lui faisant promettre que, s'il venait en Europe, ainsi qu'il m'en avait manifesté l'intention, il permettrait que je lui servisse de cicérone f Il y >int, en efi'et ; mais ayant appris en route la révolution de février, il en fut comme foudroyé, et son intelligence n*y résista pas; il fut ramené en Egypte oii il est mort fou.

Dans cette audience de congé, une vieille demoiselle anglaise fut introduite, a Vous allez donc parcourir les déserts (elle allait en Syrie) seule et sans protection : vous êtes donc bien courageuse? lui dit le vice-roi, avec une certaine coquetterie. — Votre Altesse $ait bien y répondit la vieille demoiselle, que je n'ai pas besoin dauire protection que celle que m assure partout la terreur que la sévère justice de Votre Altesse a inspirée aux méchants. »

On ne pouvait pas lui faire un compliment qui le flattât davantage.

Au moment de nous quitter, le vice-roi qui aTait, d'ailleurs, pourvu avec un soin minutieux à tous les détails dr mon voyage, poussa ses bontés ju$qu*à me taire dtinntT un panier d'oranges dc3[alte cueillies dans ses jardins de Sclioubra, ce qui me fut très-agréable p4>ndanl ma traversée.

Enfin, au moment de nous séparer, il me dit finement : «Je <levrais bien rendre un grand service & mon ami Guizol. — Et lequel, Altesse? — Ce serait de vous retenir ici, près de moi. » Et, en eflet. allait commencer à mon retour en France cette terrible session dtf 1847 (]ui devait être comme le précurseur de la fatale révolution de i8i8 : le vice-roi la pressentait.

Je retournai à Paris par Trieste, pour éviter la quarantaine de Marseille; surpris par une tempête furieuse dans la mer Adriatique, et une des roues de notre hate:ni avant été brisée, nous fûmes forcés de relâcher dans la célèbre ra<le de Navarin ; lorsque nttns délKirqnàmes sur les quais de Trieste, une foule anxieuse était sur la jetée : le bruit s'était répandu que notre bàtinii*nt s'était pt^rdu, et nttus fûmes accueillis avec des témoignages d'un vif intérêt. Je passai par Vieiuie où j(> séjournai tr4)is J4)urs et vins traverser le Rhin devant (loblentz; ce lleuve charriait dans ce moment d'énnrnies ghic<»ns, et il y avait queh|ue danger à le tra\crser ; mais, étant pr(*s>é d'arriver sur Tautre boni, ji* me contiai à une petite barqin* montée par deux lll>nMne^, (hmt l'un était occupé ù écarter les glaçiniN à I':iith> «l'une longue perche, lors<|ue l'autre dirigeait le li:it(>au. J'arrivai à Paris a temps pour prendre pari à la discussion de FAdresse.

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