RÉVOLUTION DU 24 FÉVRIER
En même temps que les passions populaires s* exaltaient ainsi, à la suite de ee cruel incident, le découragement gagnait les régions supérieures du pouvoir : M. le comte Mole se déclarait impuissant à former un cal)in('t qui pût traverser une pareille crise ; M. Thiers, appelé à son tour, n^hésitait pas à reconnaître qu il ne pouvait rien sans moi, et le roi, après avoir beaucoup bataillé, se décidait enfin à m'appeler pour, de concert avec M. Thiers, composer un ministère. En même temps il persistait à désigner le maréchal Bugeaud pour commander la garde nationale de Paris et toutes les troupes de la l'* division militaire. La nouvelle en était immédiatement transmise au Moniteur pour qu*il Tannonçât au public; il était alors de deux à trois heures du matin.
M. Thiers voulait m*avertir tout de suite, afin de mettre à profit ce qui restait de la nuit pour aviser aux mesures qui devaient préparer la journée du lendemain, et en cela il avait bien raison; malheureusement le roi, soit qu*il ne fût pas assez convaincu de rimminence du danger, soit qu'il comptât encore sur
roi BIKMOIUES D'ODILON BARROT.
<|Ui'l<|iio retour Ao la fortune, répondil qu*il avait l)t*soiii (le se reposer et qu'il ne nous recevrait qu'à huit heures (hi mutin.
II était d(* trois à quatre heures lorsque je fus éveillé par mon domestique «pii m'annonçait ({ue M. Tliiers, aeetuupa^'ué de M.Sf. de Kémusat et Ihiver^ierde Huuranne, m'attendait dans le salon. Je nriiuhillai à la h;Ut\ <»t M. Tliiers m'annonça que Kî roi nous appelait à former ensemhh* un ministère. Je réponilis que j'étais prêt à me rendre aux TuiltTies, et j'appris avec une viv4' eontrariété le retard que le roi nous imposait.
Fji attendant Theun» du n»ndez-vous, nous nous rendîmes elle/ M. Tliit*rs, (fui nous lut une longue lettre du man'MJial Hu^^eaud. fort peu «'neourageante: le maréchal se plaignait de ee que les soldats bivouaquaient dans li>s rues et les places publiques, depuis plus de quarante-huit Ik'Iums: ils étaient, disait-il, épuisés (h> fatif;u4', et ils man(|uaient de vi^TCS et de muiiilinns, et<*.
Vouhint neutraliser, autant que possible, le mauvais efl'rt que ne manquerait p:*s de prtMhnre sur le peuple le nom du marérlial Ituj^eaud et sachant, d'ailleurs, (jue le p'uéral Jac(pn*minot avait donné sa démissjnii de commandant (h> la ^arde natitmale. nous décidâmes (pn> nous proposerions au roi de routuTce commandement au général «le Lamoriciere.
Puis ciiacun de nous se charpsi de s*assurer du concnurs di* quelques honnues piditi(|U(*s : j'allai chez M. nillault qui, malgré l'appel chaleureux qu«« je fis à s<m patriotisme, ri*fusa d'entrer dans le futur ministère: et entiii, vers >ept heures et demie, nous nous aeheiniiKuiies. MM. Tliiers. IbivtT^ier «le Hauraiiiie, Kénm^at. de .Malh^vilh*, le général de Lamoriciere, Abbatucci et moi, vers les Tuileries. Il faisait déjà grand jiuir. Les gardes nationaux groupés dans les
rues et sur les places s'interrogeaient avec anxiété : nous voyant passer, ils nous demandaient ce qu'il y avait à faire?La chose la plus simple, leurrépondimesnous : Vous réunir, couvrir la ville de vos uniformes et de vos armes; le pavé de Paris doit appartenir aujourd'hui à la garde nationale; sans quoi^ tout est perdu 1 11 était en eflet évident que le sort de la journée dépendrait de l'attitude de la garde nationale. Malheureusement cette recommandation ne pouvait s'adresser qu'à des individus isolés; elle eût produit un bien autre effet si, contenue dans une proclamation signée de nous, imprimée à trente ou quarante mille exemplaires pendant la nuit, elle avait été suivie d'un rappel général dès le point du jour.
Lorsque nous arrivâmes au guichet des Tuileries, ce ne fut pas sans surprise que nous vimes les gardes du château occupés à riposter à des coups de fusils qui étaient tirés du haut des maisons qui font face ù ce guichet; quelques soldats, des pompiers au besoin, auraient suffi pour déloger et éloigner ces incommodes tirailleurs : cela n'avait pas été fait. Pourquoi? C'était là déjà un bien fûcheux symptôme.
Entrés dans la cour, le général Dumas, aide de camp du roi, vint au-devant de nous pour nous introduire : « Avoz-vous ici une presse, lui demandai-je? — Non, » me répondit-il ; autre désappointement.
Kniin, nous sommes devant le roi :
« Je suis bien aise de vous voir, monsieur Odilon Barrot, je ne doutais pas de votre dévouement, etc. » Va autres banalités auxquelles je répondis en faisant observer que les événements se pressaient : « qu'on avait déjà |)erdu un temps précieux, et que, par tous les moyens, il fallait se mettre en communication avec la population afin de séparer l'élément réformiste de j'éiément révolutionnaire; cette séparation une fois opérée, tout le reste serait facile. »
536 MÉMOIRES D'ODILON DARROT.
H. Thi^rs se mit aussitôt à rédigrr un bout de proclamation dans ce sens. « Nous vous proposerons en outre, Sire, de donner au général de Lamoricière, que nous avons amené avec nous, le commandement de lu garde nationale, sous la direction du maréchal Bugeand, bien entendu... » — Le roi, après quelques 4d)jt>('ti<»ns, nous dit: «¥A\ bien, arrangez cela avec Itugcaud. »
« II y a un autre point sur lequel nous devons insister avant t^ut, dit M. Tliiers, c/est que Votre Majesté nous donnt' l'assurance de dissoudre la Chambre, sinon inimédiattMnent, au moins prochainement. — «OA/wr ce point, dit le roi,ye n entends prendre aucun engagement, — .Mais, Sire, dit M. iKivergier de llauranne, comnit* lit Votre Majesté comprend-elle que nous puissions nous charger du pouvoir avec une majorité qui virnl (!•• nous traitt-r d'atufuyles on d'ennemis. — Onid, répli<|ni' le roi avec un t<in df sarcasme, vt>us avez v<itrc n'-Innue, monsieur Duvergier, et vous n'êtes pa^ ('onttMit? »
M. Thins et moi, nous insist:\mes en déclarant - ((u'il ni»ns serait iniposMblt' de prendre le |H3Uviiir ^i nitUN n'avioiiN pas la ra<'ulté assurée de dissoudre la Chanihrf. **
u yon, nnn^ » flit le mi avec (d>stination. et en se n-tiraiit vir> sou eahinet d«' travail où était M. Guizot, il H<)M<s t'rruKi la pnrte au ne/^
CJu«" ll^vion^-nou^ l'aire?
Ihin^ loute autre eireonstance, nous nous serions tran(inilli*nient retirés elnv. nous, laissant les événement> Nui\n> leur ciiurs. Aucun de nous, cependant.
1. Oit ii'i'it Ifciuroiip Atonn^ de \,\ pr^urnce de M. GainM l«r roi, ilaiiii i'v iiioiiifnt : |ioiir moi, jt* trouve I0 Ikil trèt-BAlaiTl; taiil quf lu iiuiivcau niinUUrn: ii'i''Uit |iaf formé, cl, eoauno on la voit, il i'-iiiit liieii luin de l'âlre, la plaiv dei aucieni ninùlrci élut prêt
du rui.
n*en eut la pensée; il s'agissait de bien i*utre chose, ei) eflel, que de convenances parlementaires : le feu était à la maison, nous ne pouvions pas nous en aller avant d'avoir au moins essayé de l'éteindre. Nous restâmes donc, et, nous prévalant du demi-consentement du roi, nous conduisîmes, M. Thiers et moi, le général de Lamoricière à Tétat-major de la garde nationale ; là, nous expliquâmes au maréchal Bugeaud que le roi nous avait autorisés à lui proposer le général de Lamorici^Te pour commander la garde nationale sous SCS ordres.
Le maréchal paraissait de fort mauvaise humeur; il nous renouvela ses plaintes sur le dénûment de ses soldats; puis, faisant une excursion dans la politique : « Je vous dis. Messieurs, qu'il est impossible de gouverner avec la liberté de la presse. » Et il s'apprêtait à nous développer sa thèse, lorsque je l'interrompis : « Nous reprendrons, si vous le voulez, maréchal, cette discussion en temps plus opportun ; dans ce moment, il n'y a pas une minute à perdre. Voulez-vous, oui ou non, que le général de Lamoricière commande la garde nationale de Paris? — Eh bien! faites comme vous voudrez, » me répondit le maréchal avec un dépit mal dissimulé *.
Nous prîmes alors le général de Lamoricière par le bras et le présentâmes aux officiers qui se trouvaient dans le salon d'attente, leur déclarant qu'ils devaient le reconnaître pour leur général. Puis, je dis à Lamoricière : « Prenez le premier uniforme venu et venez me retrouver sur les boulevards, où je vais me rendre. »
1 . Je n'ai pas en diantre convereaUon avec le maréchal dans cette journée, et je ne sais par quelle hallucination il a prétendu, dans une lettre publiée par les journaux, qu'il m^aurait revu à mon retour aui Tuileries. Il me prête même tout un discours que je lui aurais tenu ; il Tant ({u'il y ait eu dans son esprit confiuion de temps ou de personnes.
En clesoondant rescalier, jt* ma croisai avec le peintre célMint Horace Vernrt, (Milont*! d 'état-major d«* la garde nationale, qui venait de parcourir tous les po>tes «les quartiers voisins.
« Que se passe-t-il? lui demandai-je. — Je viens dan^ noncer, nie répondit-il, an fxjste du Théâtre- Franrai$ gve M. Iniers était chargé de former un cabinet. Voyant que cela ne produisait pas f effet que f en espérais, je voum ai nommé j M, Odilon /Jnrrot^ et ils n'ont pas wuiu me croire. Je leur ai lu le Moniteur lU' ce matin. — OdUon Barrot et le mnrichal Buijtnudt isi" sont-ils écrié. Allons donc, cela ne peut pas aller emcmùle ; on se moque de nous!. . . — Eh bien, puisquils nont pas voulu vous croire, lui disje, je vais aller leur parler moi -même* »>
J'étais suivi de quatre à cinq députés de mes amis. M. Tliiers voulut se joindre à nous : « /lestez iti^ lui dis-je en riant, <*// y a quelque balle à attraper^ il est inutile que nous y soyons tous. H'ailleurs, le rtti aura iM'soin de vos conseils: seulement, et pendant que je vais tâcher de faire entendre raison à la population, dé fendez 'VOUS ici. >>
La vérité est que M. Thiers eût été plus |{oiiant qu'utile dans la can)pa^'nc que j'allais faire sur les l»arri<*a<îcs: il resta au|)rrs du roi. avec MM. de Kému- >{\[ et iMiveri^'ier de Ilauranih'. jusqu'au démmement: je ne le revis plus de la journé*».
Sur ce. je sortis f»ar h' fçuichet de la rue de Kivoli avec le petit f^roupi* d'amis «(ui m'cnttuirail : M.V. Abhatuc<i. (Juinette. de HeaunionI, (Iliamholle, lia\in« iltirace Vernet. «*n faisaient partie; il était alors environ neuf li-ures et demie. Le f^énéral de Lam«>rieièrtf nous rejoignit plus tard .sur les houlevards.
La première harricade que nous rencontrilnies était bien rapprocliét* des Tuileries, car elle barrait la rue de l'Hclielle, qui est à deux ou trois cents pas au plus du guichet par lequel nous étions sortis. Autre siyeC
d'etonnement. Comment, en effet, le maréchal Bug(*uud, avec les troupes dont il disposait, avait-il laissé cerner les Tuileries de si près? Nous nous avançi\mes vers la barricade ; mes amis me nommèrent en criant : Vive la réforme/,.. Alors les hommes armés qui gardaient cette barricade vinrent à nous, poussant à leur tour le cri de : Vive la ré formel.., et nous passâmes outre.
Ce premier' succès était de bon augure. Nous arrivâmes ainsi en remontant la rue Sainte-Anne jusqu'au boulevard des Capucines: là stationnait un régiment d'infanterie qui, au lieu de se garder militairement, était confondu péle-méle avec une foule de curieux qui l'entourait : les officiers, aussitôt qu*ils nous aperçurent, vinrent à nous; ils paraissaient livrés à la plus pénible incertitude ; ils avaient reçu Tordre de ne pas tirer et ne savaient que faire : cet ordre avait été donné dès sept heures du matin, c'est-à-dire avant notre arrivée aux Tuileries. Je suis loin de l'incriminer: dès qu'on avait pris le parti de céder, il fallait bien éviter tout ce qui aurait pu de nouveau exas|)érer la population ; mais alors on aurait dû retirer les troupes et ne pas les laisser dans une inaction forcée et en contact avec la population, en même temps qu'on aurait appelé pour les remplacer toute la garde nationale. Le malheur de cette journée, c'est qu'un n'a su faire ni la paix, ni la guerre.
Nous n'avions pas d'ordre à donner ; nous ne pûmes que (lire à ces ofliciers que nous allions annoncer à la population le triomphe de la réforme et que nous espérions par là prévenir tout conflit. La foule était compacte et nous avancions difficilement: des gardes nationaux se mirent en devoir de nous frayer un passage et formèrent devant nous une espèce d'avantgarde.
Sur le boulevard Montmartre, un peu au-dessus de
la rue de Richelieu, était une batterie d^artillerie légère : les caissons étaient ouverts et des hommes du peuple, des enfants surtout, y prenaient à pleines mains des gargousses; les officiers laissaient faire et affectaient de regarder d'un autre cAté : cette batterie faisait partie sans doute des renforts envoyés de Vincenncs. Comment le ministre de la guerre, ayant eu toute la nuit pour faire arriver cette batterie à sa destination, Tavait-il dirigée en plein jour par les boulevards où elle devait infailliblement être interceptée par Tinsurrection?
Plus loin, sur le boulevard Poissonnière, à la hauteur du bazar, recommençaient les barricades, et à mesure que nous avancions, une plus grande exaltation se remarquait dans la foule. Cependant lorsque notre groupe pacificateur aborda la barricade qui barrait toute la largt^ur du boulevard et était surmontée d'hommes pivts à faire feu, la conflancc avec laquelle nous nous présentions, les cris de : Vive It réforme/ poussés par les gardes nationaux qui marchaient devant nous, mon nom proclamé par la foule, prévinrent les hostilités ; dos cris sympathiques répoir daient aux nôtres, des mains nous furent tendues et m*aidi*rent à monter sur la barricade, du haut de laquelle j'adressai à ces hommes quelques paroles inspirées par la situation, paroles qu'il me serait bien difficile de reproduire, mais qui répondaient à ce qu'il pouvait y avoir de légitime dans la passion des insurgés, car ils se mirent immédiatement à démolir la barricade*. Toutefois, il y avait parmi eux de ees fanatiques qui éprouvaient visiblement une sorte de rage en voyant que je venais leur arracher les chances d'une révolution au moment oii elle allait éclater. Du premier coup d'œil, je distinguai ces hommes de tous les autres ù leurs regards sinistres. Je m'avançai alors vers eux, et au moment où ils saisissaient leurs
LA RivOLUTION. 531
armes, je leur tendis la main en leur souriant : il arrivait toujours qu'après un moment de surprise et d hésitation leurs mains serraient la mienne. J'ai reçu depuis bien des lettres, dans lesquelles tels et tels se sont vantés de m'avoir sauvé la vie. Je ne refuse certes pas ma reconnaissance à tous ces prétendus sauveurs; mais je persiste à croire que je n'ai pas couru un danger sérieux dans cette journée.
Je me rappelle les paroles qu*un de ces hommes m'adressa sur la barricade même, au moment où il paraissait se rendre à mes exhortations : — « Nous te connaissons, Barrot; tu es un brave et honnête citoyen; tu as toujours défendu le peuple, tu nous assures que la réforme a triomphé/ On te trompe comme on t'a trompé en 1830 1 » — Je lui donnai un énergique démenti. Mais Louis- Philippe, par ses déclarations réitérées, même en Angleterre, et reproduites par ses panégyristes, semble avoir voulu justifier les défiances de cet ouvrier.
Arrivés à la porte Saint-Denis, nous trouvâmes, à notre droite, au débouché de la rue de ce nom, une barricade formidable qui s'élevait jusqu'au premier étage des maisons; elle était surmontée de drapeaux rouges : c'était la société des Droits de l'Homme qui l'avait dressée et qui la défendait. Ceux qui la gardaient ne répondirent que par un silence de mort aux acclamations de la foule qui m'entourait; aucun d'eux, ainsi que cela était arrivé pour les autres barricades, ne s'avançait vers moi ; mais rien, non plus, n'annonçait qu'on s'opposerait à notre passage. Que faire?... fraiu liir cette barricade et nous engager dans la rue Saint-Denis pour nous rendre à l'Hôtel de ville. Mais, après nous avoir laissé passer, ces hommes que nous avionsdevant nous, et qui évidemment voulaientautre chose qu'une simple réforme, nous laisseraient-ils pousser plus avant et ne s'opposeraient-ils pas, dans tous les cas, à notre retour? Et alors toute actioD,
toute influciioc» de noire part ne se trouverait-elle pas paralysée? Ces réflexions, faites rapidement, nous décidèrent h rétrograder. Aussi liien, notre principal J)ut était atteint; nous avions, autant qu*il était en nous et dans une partie considérable de Paris, proclamé le tri<miphe de la réforme et annoncé à la population (^u'il n*existait plus de cause sérieuse à un conflit*.
Au retour, nous trouvâmes que les barricades qui interceptaient les boulevards avaient disparu: les régiments effectuaient leur retraite sur la place de la Concorde, la foule était devenue immense: le cercle iU* gardes nationaux qui me protégeait était impuissant à la contenir; on me fit monter sur un cheval que le général de Lamoricière avait fait approcher, et plusieurs cordons de gardes nationaux se tenant fortement par le bras formèrent autour de mtii comme une digue contre cette masse d'hiimmesqui me suivaient. C'est avec ce cortège que je parc<mrus toute l'étendue des bnnl(*vards depuis la rue Saint-Denis jusqu'i la place Vendôme. La marcln* était lente, souvent interrompue, et cependant le> mêmes acclamations qui m'avaient accueilli jusqu'alors éclataient sur monpa^ sagi» : Vive IJarrot I Vive la rv forme I A bat ies miniiirr$! Veugvanve pour nos frères làchumeut ansasstnhf Tel* étaient les cris qui partaient de cette foule. Jusquelà, pas un cri <le : Vive la République ; rien qui an- Monràt une révolution. Seulement, Kmmanuel Arago, Tavocat, parvint à s'approcher de moi, à la hauteur
I. J'ai lu din# qiiHqtif* puMir.iUnnt, failn par des irnit trff* mal inrunin'ii, qu'il v aurait «mi vur re |iuinl une sorta de conflit: que j'aurai 4 ^ti> IiuuacuIk rt muvi'* par la ganle mIioimU*. — Il b*j a rien de ^rai daiit ce rrnt : ir n'y eut m cri, ni acte d'hoOiUi^. M encore muint de conflit tur ce point, et c'eut bien libraintat, •! apto un avoir délibéré cnlr« noua, que noua noua décidàiMa à nvMir mt nusp.-is«
de la rue de la Paix, et à demi-voix me dit ces paroles: « Avant ce soir, f abdication du roi; sinon^ une révolution! » — Je n'attachai pas alors une grande importance à cette communication.
Nous étions arrivés près de la place Vendôme; je me laissais entraîner par ce vaste et irrésistible courant d'hommes, épuisé de fatigue et hors d'état de le diriger, lorsqu'un cri formidable poussé par la foule : u Aux Tuileries/ aux Tuileries L,. » vint tout à coup m'éclairer sur la situation ; je vis les conséquences de ma rentrée aux Tuileries à la tète de cette masse armée. Sorti du cabinet du roi avec la mission d'apaiser l'insurrection, je ne pouvais, sans manquer à l'honneur, venir à la tête de cette même insurrection imposer l'abdication de Louis-Philippe; et c'était au moins cela que cette foule aurait exigé. Je me penchai vers les gardes nationaux qui conduisaient mon cheval et leur dis avec vivacité : « Non, non, mes amis^ pas aux Tuileries; vous le voyez^ je suis épuisé, et puis fai besoin de rentrer chez moi pour rassurer ma femme! Je demeure rue delà Ferme-des-Mathurins. » Ces braves gens me comprirent, ils détournèrent mon cheval, et au lieu de lui faire traverser la place Vendôme, ils le dirigèrent par la rue des Capucines, vers la rue de la Ferme-des- Mathurins, où je demeurais : la foule suivit en partie cette direction, et, après avoir inondé ma rue comme une avalanche, pénétra dans ma maison. Une femme la précédait portant uu drapeau tricolore qu'elle \int planter sur une de mes fenêtres, pendant que des hommes, à l'aide d'une échelle, appendaient au commencement de la rue cet écriteau qui s'y remarquait encore quelques mois plus tard, et sur lequel étaient tracés ces mots : Hue du Père du peuple. Triste témoignage (lune faveur populaire de quelques instants.
iV'iulant que les gardes nationaux faisaient évacuer ma maison, et que la foule s'écoulait peu à peu,
jo me hâtai de sortir pour me rendre aux Tuileries eo passant par le ministère de Tintérieur que M. Duchitel avait abandonné depuis le matin ; M. de Malleville, qui s'y éU\i installé avec quelques-uns de dos amis, m'y appelait par des avis pressants.
Dans ma voiture, étaient Garnier-Pagès , Hann, Ahbatucci et Biesta; MM. Pagnerre et DegouTe- Di'nuncques, ne trouvant plus de place dans riotérienr, étaient montés sur le siégea côté du cocher : je donne ces détails pour montrer quelles étaient alors les dispositions du parti républicain dont les chefs se réonîssaiont ainsi à moi et me répétaient que tout ce qu'ils désiraient, c'était la proclamation de la duchesse d'Orléans comme régente, et qu*ils étaient si éloignés de vouloir la république que, « s'ils favaieni dtms iemt maint, ils se garderaient bien de les ouvrir. » Et en cela ils avaient bien raison, même dans Tintèrèt de leors \'ues d*avenir; l'événement ne Ta que trop prouvé. Ma voiture ayant été reconnue fut aussitôt entourée de la foule qui la suivit en poussant toujours les mfimfls cris. Kn traversant la place de la Concorde, je troBfai les troupes massées sur cette place. On batttt aaz champs, et les rangs s'ouvrirent. Un général se |irésenta à la portière de la voiture, c*était le général Bedeau; ce général savait donc qui j'étais el ofc j'allais.
Arrivé dans la cour du ministère de Tintérienr, j'adressai du haut du perron à la foule l'exhortation de ne pas laisser compromettre par l'anarchie la vicloira que la cause de la liberté venait de remporter. Met paroles furent accueillies par des cris d'approbation.
Je trouvai au ministère un grand nombre de donneurs d'avis, véritable cohue qui s'agitait sans utilité; je dois cependant fain* une distinction : parmi eea oflicieux était le général Oudinot qui m'offril de se mettre à la tête de la 10* légion» offre que j'aoceptai
aussitôt, mais qu'il ne put mettre à exécution. Je me dégageai de cette foule et me retirai dans le cabinet du ministre où je signai à la hâte des dépèches télégraphiques pour rassurer les départements. « J*y annonçais que Tordre un moment troublé dans Paris allait être rétabli, grâce au concours de tous les bons ci* toyens. » Puis, j'envoyai à THôtel de ville MM. Garnier- Pages, de Malleville et de Beaumont pour en prendre possession. Cela fait, je sortis du ministère de Tintérieur et me rendis aux Tuileries, ayant soin de passer par une porte de derrière qui donne rue de Bellechasse, afin d^éviter d'être suivi par la foule qui encombrait les cours du ministère.
Mais, en mon absence, de bien graves événements s'étaient accomplis aux Tuileries : la nouvelle de l'accueil qui m'était fait sur les boulevards, la démolition des barricades à ma voix y avaient d'abord porté quelques lueurs d'espérance qui avaient bientôt fait place à une véritable panique. Le roi ayant cru devoir monter à cheval et sortir dans la cour du Carrousel fut accueilli, par les gardes nationaux qui s*y trouvaient, aux cris de : Vive la réforme I cris que, dans sa préoccupation, il prit pour des manifestation* hostiles à sa personne, et il rentra découragé'. Quelques instants après, une vive fusillade se fit entendre du côté de la place de la Concorde ; elle provenait du conflit qui s'était engagé entre un poste de gardes municipaux et les insurgés ; un aide de camp envoyé sur les lieux et aveuglé par la peur en rapporta des nouvelles sinistres : le peuple, disait-il, était prêt à forcer les grilles des Tuileries. Ce rapport exagéré causa un moment de trouble et de confusion ; on par-
1 . Des gent de TinUiBité du roi m'oot iMuré que ce prompt retour tenait à une drconttanee toute particulière : Louit- Philippe portait un bandage qui t'était dérangé et ne put être remplacé , «e qui ne hii permit pluf d« renonter à ebefil*
530 uiSImoires D'ODILON barrot.
lait déjà de préparatifs de départ. Puis \înrenc .es porteurs de nouvelles alarmantes et les donneurs d'avis : e*êtait d'abord M. Crémieux qui annonçait que mon nom aurait seul assez de pouvoir sur le peuple pour le désarmer, et alors le roi, à l'instigation de M. Tliiers lui-même, faisait une ordonnance pour me nommer président du conseil. Mais, formaliste jusqu'au bout, à défaut de ministre en exercice, il envoyi chercher le général Trézel, ministre de la guerre , pcnir contrc-signer cette ord<mnance que, du reste, je n*ai jamais eue en ma possession, et dont on n'a pas retrouvé la trace au chdteau. C'était ensuite M. Emile de Girardin qui venait déclarer que l'abdication du roi était devenue nécessaire pour prévenir une révolution plus radicale.
On se battait , en effet, en ce moment aux portes mêmes du Louvre, car pendant que je parcourais les boulevards, une masse d'insurgés composée surtout des sociétés secrètes s'était portée par l'intérieur des rues sur h* Palais-Koyul. où rlle n'avait rencontré qu*unerésistaiice insignitiaiite. Mais, arrêtée par le poste des gardes municipaux qui s'étaient retranchés dans leur corps de gardiMlu Château-d'Eau, la lutte sYtait engagée sur vv. point avec un grand acharnement. Les gardes municipaux tirant à bout portant sur cette fouir compacte y faisaient de nombreuses victimes; la fureur des assaillants en redoublait. Vainement, le )>ruve général de Lanioriciere seul, sansescorte, étaitil arrnuru pour s'interposer entre les combattants et faire rt'Nscr Ir l'en, un coup de fusil l'avait abattu de son chrval, t*t sans le secours d'un de ses anciens zouaves, il eût iiit'ailliblcment péri.
La fusilladi- était tmp rapprochée du château pour qu'on n<* l'entendit pas; les troupes restaient eependant inactives. Le vieux maréchal Gérard lit à son tour une tentative de pacification, il sortit une branche
LA RâvOLUTIOK. 537
d*olivicr à la main, mais ne fut pas plus heureux que ne Tavait été le roi.
Cest alors que Louis-Philippe, cédant aux instances de ses fils, le duc de Nemours et le duc deMontpensier, se décida, malgré la résistance de la reine, à signer son abdication ; et, ce que Thistoire lui reprochera, il ne donna, dans ce moment si critique, aucun ordre et ne prit aucune mesure pour assurer la transmission de son pouvoir.
J'ignorais tous ces faits, et ce n*est qu*en sortant du ministère que, voyant le régiment de cavalerie caserne au quai d*Orsay rentré dans ses quartiers, j'appris du colonel de ce régiment que le roi venait d'abdiquer, et que les troupes n'avaient reçu d'autre ordre que celui de rentrer dans leurs casernes.
Je courus alors plutôt que je ne marchai vers le château : je sentais que le moment était venu de tout risquer pour essayer de tout sauver.
La cavalerie débouchait au galop par le guichet du Pont-Royal ; j'essayais de me glisser entre les chevaux pour pénétrer dans le château, lorsqu'un aide de camp du prince de Joinville, M. Hernoux, officier distingué de marine et député, voyant mes efforts, me demanda où je voulais aller? « Hais, vous le voyez, je veux entrer au château, je n'ai pas ub moment à perdre. — Vous ne savez donc pas, me dit-il, qu'on se tire des coups de fusil? — Que m'importe... il faut que j'entre à tout prix et que je trouve la duchesse d'Orléans à l'instant même. Vous qui êtes de la maison, chargezvous de faire approcher une voiture ou des chevaux de selle. » Et sur ce, nous pénétrâmes dans la cour qui était alors à peu près déserte. Pendant que la cavalerie évacuait par les guichets latéraux, l'infanterie, suivie de quelques pièces d'artillerie, était sortie par le guichet du milieu et accompagnait le roi. Deux petits fiacres avaient été envoyés à la grille du pont
638 M iS MOIRES D'ODILOX BARROT.
tournant; la famille royale y montait, et, sous la protection d*une escorte de cavalerie, elle se dirigeait vers Saint-Cloud. Il ne restait plus au milieu de la cour lorsque j'y entrai qu*un groupe d^ofliciers supérieurs : je m'en approchai et leur demandai, avec autorité, oii était madame la duchesse d'Orléans. L'un d'eux me répondit qu'il croyait qu'elle s'était réfugiée au pavillon du pont tournant, originairement dit le pavillon du roi de Rome, J'y courus, je priai H. Hernoux, qui était connu de tous les serviteurs, d'entrer dans ce pavillon et de dire à la duchesse avec quelle impatience je l'attendais, pour la conduire à l'Hôtel de ville. J'étais au bas de la terrasse, près d'un tas de sable sous lequel était enseveli le corps d'un de mes collègues, M. Jollivet, qui venait détre tué en voulant s'interposer entre le peuple et les soldats; après quelques moments d'une attente anxieuse, je vis sortir M. Hernoux, qui m'annonça qu'il avait fouillé loimême toutes les pièces du pavillon du haut en bas, mais en vain, que la duchesse n'y était certainement pas.
Désespéré de ce contre-temps, je priai MM. Havin et-Biesta qui m'accompagnaient de rester en ce Ken et à cette place; dès qu'ils auraient découvert la dnclicsse d*0rléans, de me faire avertir au ministère de l'intérieur ob je retournais; mais je recommandai surtout qu'on ne la conduisit pas à la Chambre : je sentais que, plus impopulaire que le ministère lui-même, cette chambre ne pouvait rien protéger, et je ne me trompais nialheureusement pas.
Voici maintenant ce qui était advenu lors dn départ du roi : je tiens ces détails de la bouche même de madame la duchesse d'Orléans, qui me les a retracés, lorsqu'en 1853, me trouvant à Chamounix et sachant qu'elle prenait les bains de Saint-Gervais» en Savoîe. j'allai lui porter mes hommages.
LA RiVOLUTION. 599
Au moment où le roi s'éloignait, la princesse lui ayant demandé ses ordres en avait reçu cette réponse : Je nai plus (Tordres à donner. Le duc de Nemoun eH régent ; c'est à lui quil faut vous adresser. Sur quoi la duchesse, ne prenant conseil que de son dévouement de mère et de son courage, s'était retirée avec ses enfants dans son appartement, et là, pktcée en face du portrait du duc d'Orléans, était résolue à attendre les événements. C'est dans cette situation que H. Dupin serait venu la trouver et lui dire que j'étais à la Chambre et que je l'avais chargé de l'y conduire ; ce qui la décida à l'y suivre.
Lorsque mes amis MM. Ha\in et Biesta virent s'avancer, à travers les Tuileries, la duchesse au bras de M. Dupin, ils l'abordèrent et s'acquittèrent de ma commission, ils lui dirent que j'avais expressément recommandé qu'on ne la conduisit pas à la Chambre. M. Biesta ajouta même : <( Savez-vous monter à cheval, Madame? — Oui, certainement, répondit cette courageuse femme, et même si on ne trouve pas une selle de femme, qu'on démonte un de ces dragons, je monterai son cheval.
— Ce sont des folies, s'écria M. Dupin ; votre place est à la Chambre où votre régence va être proclamée. » Et il entraîna la mère et les enfants au palais Bourbon. Le duc de Nemours la rejoignit à ce moment; la foule qui remplissait la place de la Concorde fit entendre sur leur passage les cris de : vive la duc/iesse d'Orléans. Les mêmes cris eussent probablement accompagné cette princesse à l'Hôtel de ville.
Encore si le duc de Nemours, qui restait le commandant général des troupes, se fût abouché avec le général Bedeau et lui eut donné les ordres nécessaires pour protéger la Chambre, ce dernier asile de la famille? Mais rien de cela ne se fit. Le prince ne pensa
540 MÂM0IRK8 D'ODILON DARROT.
pas même à se mettre en rapport avec les troupes €*t leur général ; ce qui manquait à ce prince, d^ailleurs doué de si nobles qualités, c'était la confiance en luimême et le don de Tinitiative.
Pendant ce temps les insurgés avaient emporté le poste du Palais-Koyal, après y avoir mis le feu, et se précipitaient sur la place du Carrousel, menaçant les Tuileries ; il est constaté qu*il y eut alors, de leur pari, un moment d'hésitation ; ils ne pouvaient croire à un si facile triomphe. Sur la sommation d*un officier de la garde nationale, ordre fut donné de leur ouvrir les portes des Tuileries, et alors ils inondèrent le palais.
Kn un instant les appartements du roi furent envahis et saccagés, les objets d'art détniits, les papiers dispersés : c'est avec beaucoup de peine que quelques élèves de THcole Polytechnique mêlés aux insurgés purent sauver les diamants de la couronne. Le trône arraché de son estrade fut trainé à travers les boulevards f>t brûlé au pied de cette même colonne élevée en commémoratitM) de la révolution de juillet.
Mais ee qui est bien remarquable, c*est qu'au milieu de c(* tumulte aggravé par l'ivresse, car les caves du château avaient été vidées tout d*abord, pas un meuble ne fut dérangé dans les appartements du duc d'Orléans. 11 V avait eu ehez tous ces hommes comme un aeeord tacite pour respecter ce qui avait appartenu à ce priiiet*; il semblait que les ouvriers de Paris voulussent, dans eet instant, acquitter leur dette de reconnaissanee envers celui qui avait songé ù eux dans scm t4'Stanient.
J'ai visité nioi-niéme ees appartements un ou deux mois après la révolution de lévrier, et j'y ai trouvé t<»utes choses en place et rangé«>s comme au moment où la princesse les avait quittées. Sur une table de travail, était encore ce bouquet qu'elle portail aa moment où elle avait reçu la nouvelle da la mort de
son mari ; cette chère relique était restée intacte à sa place.
Retournons à la Chambre. Conformément à son ordre du jour de la veille, elle s'était réunie dans ses l)ureaux, pour y discuter notre ode d'accusation, la séance publique ne devait s'ouvrir qu'à deux heures seulement. Mais tout était bien changé depuis la veille; il ne s'agissait plus pour la majorité de repousser nos accusations par un vote triomphant ; non-seulement les ministres accusés n'étaient plus, mais le roi lui-mùme avait abdiqué. Un grand nombre de députés s'étaient réunis dès midi dans les salles d'attente; ils tirent venir M. Sauzet qui monta au fauteuil et ouvrit la séance. Il était environ midi et demi. Où est Barrot? où est Barrot? disait-on de toutes parts ; et les conservateurs eux-mêmes ne s'y épargnaient pas. Us avaien* bien raison de compter sur mon dévouement quand même; malheureusement ils y recouraient trop tard et lorsque tous les points d'appui me manquaient.
II est bien h regretter, puisque ma présence était iuç^i'Q si nécessaire, que pas un de mes collègues, dont plusieurs savaient que j'étais au ministère de Tintérieur, ne se soit avisé de m'y envoyer chercher tout de suite. Il y eut encore là un temps précieux de perdu.
Comme on ne peut pas retracer cette fatale séance du 24 février plus fidèlement que ne l'a fait le /Voniteur lui-même, je le laisserai parler, me bornant à compléter par mes souvenirs les épisodes qui se sont passés en dehors de la séance.
Une vive agitation, dit le Moniteury règne dans rAssemblce, dont tous les membres paraissent gravement préoccupés. Le nom de M. Odilon Barrot qui, dit-on, a été nommé piTsidoiil du conseil, est prononcé par beaucoup de membres (lui s( mbieiit étonnés de son absence. — Le bruit se répand de l'abdication du roi en faveur du comte de Faris, sous la régence de madame la duchesse d'Orléans. Un mem-
bre demande que rAsscmblée se déclare en permanence.
If. SauzKt élude , cii disant quu la séance durera tant qu'il ne la lèvera pas. A une heure et demie on annonce que la duchesse d'Orléans et le comte de Paris vont se rendre à la séance. Au même instant, en effet, la duchesse entre, tenant le comte de Paris d'une main et le duc de Chartres de l'autre. — De vives acclamations parties des divers côtés de l'Assemblée l'accueillent. La duchesse et SCS enfants prennent place sur des sièges qu'on a disposés à la h«\te dans l'hémicycle au pied de la tribune. Le duc de Nemours accompagne la duchesse; plusieurs officiers et des gardes nationaux en uniforme lui servent d'ofcorte. Un certain nombre de personnes étrangères à la Chambre entrent aussi dans la salle et se tiennent debout dans les deux couloirs. Une grande anxiété se peint sur toutes les physionomies.
If. Lacrosse appelle à la tribune M. Dupîn, qui vient d'amener le comte de Paris dans la Chambre.
If. Dupin, Je n'ai pas demandé la parole.
Voix nombreuses. Parlez! parlez!...
M. Dupin, à la tribune. Le roi a abdiqué et transmis le pouvoir au ctmite de Paris avec la régence de la duchesse d'Orléans. (MiMi«onge officieux : le roi avait formellement niainti'iiii la ré;;eucf: du duc de Nemours.) Cris nombreux: Vive le roi l vive In rôjniU' ! (Les centres faisaient alors bon marché do leur loi ih* réjL'ence.)
Phisii'urs membres. M. Barrot, M. Harrot.
Af, Dupin, de sa place. Il me semble que la Chambre, par ses acclamations unanimes, vient d'exprimer un sentiment non éiiui\o(}ue et qui doit être constaté.
Plusi*urs membres de la gauche extrême. Non, non; atten* dons M. Uarrot. — l'n gouvernement provisoire!...
Et. Thtpin. Je demande qu'en attendant l'acte d'abdication qui nou< sera prubabloment remis par M. Qdilon Karrot (au tir «-rn-ur, je n'avais jamais eu entre les mains cet acte d'abiiication * ), la Chambre fasse inscrire au procès-verbal les acclamations (|ui ont accompagné ici et salué
L D«ni la préripitation rt le IroiiMc de la ftiite du roi, cet arlc ^Uit rnlè tur la lalilo on il avait M rAilif^ et tifraé : il éUil. aa momenl où parliit M. Dupin, vntro les maint dcf insurgés j le Lagraoge s'en Ckiaait un trophée.
dans cette enceinte le comte de Paris comme roi des Français, la duchesse d'Orléans, sa mère, comme régente, sous la garantie du vœu national. (Oui! ouil bravos. — Non! non ! vive et universelle agitation.)
Le Président, Il me semble que la Chambre par ses acclamations unanimes... (Approbation aux centres. — Réclamations à gauche et à droite et de la part des spectateurs étrangers qui garnissent les couloirs.)
M. Dupin. Je constate avant tout les acclamations du peuple et de la garde nationale.
Jtf. Marie demande la parole et monte à la tribune ; il ne peut se faire entendre.
M. de Lamartine demande que, par respect et pour l'Assemblée et pour la personne de la princesse, la séance soit suspendue. ( Non ! non ! — Oui I oui ! )
Le Président annonce qu'il va suspendre la séance, jus* qu'à ce que la duchesse et le nouveau roi se soient retirés. ( Non ! non ! )
Ce n*est pas la duchesse et son fils qui étaient dépla* ces dans Tenceinte législative; ils étaient là, sous légide des représentants de la nation. C'étaient les étrangers qui, sans faire partie de TÂssemblée, avaient la prétention de siéger et de se mêler au débat. M. Sauzet aurait dû, en effet, suspendre la séance, mais pour faire sortir ces intrus et prévenir leur retour par une consigne sévère, au lieu de sommer cette auguste princesse et ses enfants de quitter le dernier asile qui leur restât.
Le duc de Nemours et plusieurs députés, dit le Moniteur, s'approchent de la duchesse et paraissent l'engager à se retirer. La princesse parait s'y refuser et garde sa place. (Elle éiait bien mieux inspirée que ceux qui la conseillaient. )
J/. Lherhette. La princesse désire rester ici... — Le bruit et ragitation redoublent.
Le Pnstdmt. Tout le monde, sans distinction, doit comprendre qu'en présence d'une auguste princesse et de ses fils, le silence et le respect sont le devoir de tous I (Bmtto
//il ers. M. Marie occupe toujours la tribune. — La duchesse et SC3 enfants restent dans riiémicycle.)
Le général OudinoU Si la princesse désire se retirer, que les issues lui soient ouvertes; que nos respects l'entoureot, comme elle était entourée tout à l'heure des respects de la \ille de Paris: accompa^Mions-la où elle veut aller. (Interruption.) Si elle demande à rester dans cette enceinte, qu'elle y reste, car elle sera protégée par noire dévouement. ( Très-bien !) ( Nobles paroles qu'on aime à trouver dans la bouche de ce pi-néral qui passait cependant pour avoir des all'ections légitimistes, mais qui n'écoutait, dans ce mo« ment, que son patriotisme.)
Le Président. La première mesure à prendre c'est d'inviter toutes les personnes étrangères à laLhambre àsortir del'eneeinle. -Non! non!) La Chambre ne peut pas délibérer ainsi, par respect pour la Constitulion. Veuillez vous retirer. A ce moment la duchesse semble céder aux invitations qu'on lui réitère; elle monte les degrés par l'escalier du centre, précédée du duc de Nemours et suivie de ses deux enfants; mais elle s'arrête tout à coup et se refuse à sortir de la salle; elle s'asseoit sur les derniers bancs, au milieu des a('clamations de la Chambre presque tout entière* Les députés do l'extrême gauche restent impassibles; le nomlm drs pp paonnes étrangères et des gardes nationaux augmente à chaque instant dans les couloirs.
Ainsi I insistance du président aboutissait à oo résultat (réldi^Micr la duchesse d'Orléans et ses riifaiiLs et d\m((nientrr h* nombre des envahisseurs! Il eût été plus siinpli* et surt<mt plus offieace de suspendre la séunre vi d'envoyer au (général qui commandait les troupes sur lu place de la Concorde l*ordre de protéger l'Assenihlée. Il y avait à cela une n<^cessit«^ d'autant plus urgente que, dans ce ni<mu*nt, M. Sauzei recevait l'avis qu'une noi:velie colonne d'insurgés s'avanrait sur le palais Hourlxm. (Témoignage de M. (Lereh'l, ^eerétaire «le la Chambre.) De pareils avis parvenaient également au due «le Nenniurs : comment ni les uns, ni les autres ne se sont-ils souvenus qu'à
quelques pas du palais Bourbon, sur la place de la Concorde, il y avait trois ou quatre mille hommes de cavalerie et d'infanterie, plus que suffisants pour protéger le Corps législatif contre toute violence du dehors.
M. Sauzet a prétendu qu'il n'avait pas le droit de requérir les troupes : étrange scrupule!... La vérité est que, comme tous les autres, il avait perdu la tète et surtout toute confiance en lui-même.
Le Moniteur reprend :
Le Président. J'invite de nouveau toutes les personnes étrangères à la Chambre à se retirer. La Chambre va délibérer.
M. Marte s'adresse aux gardes nationaux en armes. Messieurs, sortez, pour que la Chambre puisse délibérer. (Non I non ! ) En ce moment, M. Odilon Barrot entre dans la salle. Un grand nombre de députés l'entourent.
M. Osmont, 11 faut laisser parler M. Odilon Barrot.
M. Mariey toujours à la tribune, se dispose à parler*.
Plusieurs voiœ, Odilon Barrot ! Odilon Barrot !
M. Crémieux, Laissez parler M. Marie; M. Odilon Barrot viendra après.
M. Marie, Quel parti prendre? On vient de proclamer la régence de la duchesse d'Orléans: mais vous avez une loi qui a nommé le duc de Nemours ; il faut obéir à la loi. (Loi fatale î ) Je demande qu'un gouvernement provisoire soit con^ stitué, (Bravo! dans les tribunes.)
Et c'est pour obéir à cette loi, que la présence du duc (le N(MTiours près de sa sœur suffisait d'ailleurs à (Warlor, que M. Marie proposait d'abolir la constitution (Mitiorc et de détruire le gouvernement établi, en le remplaçant par un gouvernement provisoire : singulière logique des partis.
1 . Il doii y avoir une erreur de la part des tténographes du JToniteur ; loritquc je suis entré à U Chambre, il n'y avait personne à U tribune et M. Marie avait déjà fait sa motion.
Enfin, je parais à la tribune, au milieu des cris: Écoutez I écoutez/...
Mais avant de reproduire mes paroles, je dois rendre compte d'un incident dont ne pouvait parler le Moniteur.
Lorsque j'entrai dans TAssemblée, je fus étonné de la prrst'nce des étrangers en armes qui encombraient les couloirs de la salle : j'allai demander au président de faire sortir ces étrangers afin d'assurer la liberté de nos délibérations et de suspendre la séance jus(|u à ce que cet ordre fût exécuté ; j*avais même déjà franchi quelques degrés de rescalier qui monte h la tribune, lorsque plusieurs de mes amis m'entraînèrent pour ainsi dire de force dans un bureau où se trouvaient réunis, avec la permission de H. Sauzet, quelques chefs du parti républicain, entre autres M3f. Arago, Bastide, Clément Thomas et autres. u Que comptez-vous faire, monsieur Barrot?.. me dir«^nt ces messieurs des qu'ils m'aperçurent... — Proclamer ù l'instant même Tavénement du comte de Paris et la régence d(î sa more la <hich»*sse d'Orléans. — fl est trop tard ; les événements ont marché; ils ont traversé la régence : déjà, un gouvernement provisoire a été proposé. Appuyez cette proposition; vous ferez partie de ce gouvernement; vous y aurez votre influence... — Ce que vous nu* proposez, m'écriai-je, osl un crime et une folie!... Ne voyez-vous donc pas que créer un gouviTueinent provisoire, c'est consommer une révc^ lut ion, c'est jeter la France dans les horreurs de la guerrt* civile? Mille fois plutôt mourir que d'y partieiper... - .Miii^ vous méconnaissez les droits da peuple souverain.^ — Le vrai peuple, celui qui a voulu v[ vcul eneore l'établissement de Juillet, m'approuvera 1... '• — Je ni' m'étais pas assis, cl apKs ces quelques niots, jt* ni'urraeliai des bras qui sVfl'orvaieDt de me retenir et courus à la tribune.
LA RÉVOLUTIOIf. 547
Pendant cette courte absence, la situation de TAssemblée s'était encore aggravée; de nouveaux flots d'insurgés avaient pénétré dans Tenceinte, et désormais il devenait difTicile, à moins d'une bataille, de faire évacuer les couloirs et Thémicycle.
Les députés du centre étaient de plus en plus consternés ; impuissants contre l'insurrection victorieuse, ils semblaientrésignés à en subir la loi ; ils s'étaient peu à peu retirés sur les bancs les plus élevés de la Chambre. MM. Berryer et de La Rochejaquelin s'étaient, au contraire, emparés du banc des ministres, et au pied de la tribune se pressaient plusieurs députés de la gauche qui, au moment où j'allais y monter, me supplièrent d'appuyer la proposition de M. Marie.
Lorsque je parus, un silence profond se fit dans Venccinte et même dans les tribunes. Je me recueillis un instant; le langage que j'avais à tenir devant ce pèlo-mùle de peuple et de députés était, en effet, embarrassant. Si j'avais été devant le peuple seul, je n'aurais pas été plus embarrassé que je ne l'avais été sur les barricades : je me serais adressé à la passion pour combattre les passions, je n'aurais pas hésité à faire chorus avec le peuple contre les ministres et contre la majorité, pour sauver la dynastie; mais en présence du parlement lui-même et alors que j'allais lui demander un grand acte de son autorité, je ne pouvais commencer par le dégrader. Mon discours se ressentit de cette situation complexe; il ne fut ni franchement révolutionnaire, ni entièrement parlementaire. Le voici tel que le Moniteur l'a reproduit:
Mi'ssieiirs, jamais nous n'avons eu plus besoin de sangfroid ol (le prudence. (C'est vrai !) Puissiez-vous tous ôtre unis dans un môme sentiment, celui de sauver le pays du plus délt'stable des fléaux, la^uerre civile. (Très-bien! Irès-bit'ii!) Les nations ne meurent pas, cela est vrai, mais elles peuvent s'adaiblir dans des convulsions intestines et
jamais la France n'a eu plus besoin dans le monde de cooscrver toute sa force et toute sa grandeur. (Allusion au\ afTairrs d'Italie, de Suisse et d'tispagne.) Notre devoir est tout tracé; il a heureusement cette simplicité qui saisittoute une nation ; il s'adresse à ce qu'il y a de plus généreux, de plus intime, à son courage, à son honneur!... La couronne de Juillet repose désormais sur la tête d'un enfant et d'une temme. (Vives acclamations au centre.)
La duchesse se levo et salue rAssomblée : elle invite le nmite de Paris à l'imiter, ce qinl fait. > 1^ .I/oniteur ne dit pas qu'elle s'apprêtait il parler.) — Je m'interrompis, à l'instant où je la vis se lever, p4iur lui laisser la parole : mais les personnes placées à coté d'elle la firent se rasseoir. Il fallait que jusqu'au bout et»tte noble femme fût contrariée dans ses courup'uses inspirations : un peudéooncerté, je reprends ainsi mon discours.
Je lais un appel solennel. (If. de Lnrochcjnquelin : Voas m* s.iMz ce que vous faites. — Lui le savait bien.) C'est au nom //'• l't Ufn.)'tt\;i\inom de l'ordre ^ et surtout pour conserver notre iiiil'iii dans des circnnstnnces si difflciles, queje vous adjure, que je demande à mon pays de se rallier autour de cette temme, de cet enfant, nobles représentants de la révolution do Juillet. IMus il y a de grandeur et de générosité à prolégiT, à rclexer ainsi la puretr* l't l'innocence, et plus la l-'raiirr s'y dé\niHTaavec couriige. ^Miant à moi, je serai heureux de consacriT t«jut ce que j'ai de facultés à faire triompher cette cause, car •■lie est celle de la liberté. (Bra«os aux cf'iilri's. — If. de Laroche jaquiUn demande la parole.) Alurs nir ristournant vers le légitimiste : Est-ce que, par hasanl. inVeriai-je, on prétendrait remettre en question ce qiii- n>iii^ a\oiis décidé par la révolution de Juillet? iTrèt- Meu ! trts-bien!)
(l'i'tait. en ctlet. le mot de la situation. I^>s parti- .san^ de la révolution di' Juillet, tonIi*s les masses auraient (tùlecomprendn-rt me venir tous en aide, mai» il y u i\\:'> jours où les partis les plus oppu&és oublient
tout pour satisfaire en commun leur passion du moment; c'était le cas entre la légitimité et la république. Ah î si j'avais été devant le vrai peuple de Juillet, il m'eut compris, lui. Je continuai.
I.a circonstance est difficile, j'en conviens, mais il y a dans ce pays de tels éléments de générosité et de bon sens, qu'il suTHra de leur faire appel, pour qu'à l'instant toute la population se lève et salue son étendard. (Oui 1 oui 1 ) C'est là, et là seulement, que nous sommes assurés de trouver la plus grande somme de liberté à laquelle notre France puisse prétendre, en môme temps que des garanties d'ordre, dont la liberté a besoin. Là seulement est le moyen de rallier toutes les forces vives du pays afin de pouvoir traverser heureusement les grandes épreuves qui nous sont peut-être réservées. Si nous ne savons pas remplir ce devoir avec fermeté et persévérance , Dieu sait quelles peuvent en être les conséquences!... S'il y a quelqu'un ici qui aille courage de prendre la responsabilité de la guerre civile, je le déclare coupable au premier chef envers la liberté, envers la France, envers le monde entier. Pour moi, je regrette toute part dans une telle responsabilité ; la régence de la duchesse d'Orléans (MM. Berryer, de Larochejaquelin et Ledru-Rollin, et la loi! la loi!), un ministère pris dans les opinions les plus éprouvées, voilà ce qui donnera plus de gage à la liberté que toute autre combinaison. Alors le pays consulté pourra se prononcer librement et sans s'égarer au milieu de prétentions rivales dont la guerre civile sortirait inévitablement.
Ce discours était raisonnable, trop raisonnable peut-être pour cette partie ardente de la population qui avait envahi l'Assemblée et allait bientôt se substituer violemment à la représentation nationale.
Dans ce moment, M. Emmanuel Arago, voyant les hésitations de l'auditoire, se détache pour aller chercher au dehors un renfort d'insurgés et il revient bientôt à la tète d'une nouvelle bande qui se précipite dans l'hémicycle et les tribunes : le général Bedeau lui avait livré passage.
550 MÉMOIRES D*ODIL0N BARROT.
Ici je reprends le récit du Moniteur^
II. (k Larochcjaquelin. Il appartient à ceux qu:, dans le pays, ont toujours servi la royauté, de parler maintenant du pays ot du peuple... (puis s'adressant aux dt''putés:; maiatrnant, vous n'êtes plus rien 1... {Au centre: Comment donc ! ) Il faut convo<]ucr la nation, et alors... (Le tumulte qui s«^ lait dans rAsscml)iée force l'orateur à descendre de latriliuno; la plupart des centres refluent sur les bancs supérieurs. — Des cris : Nous voulons la déchéance du roi, se font entendre.)
M. h' Komtc de Morny. Monsieur le Président, suspendez, mais no li:vez pas la séance !...
Le Prisidcnt se couvre et déclare qu'il n'y a pas de séance dans ce ninment.
3/. Cht'vallier, ancien journaliste, un des envahisseurs, escalade ia tribune : « ^>ue la durliesse et le comt*^ de Paris s*écrir-t-il, aient le courape de s»^ r«*ndre sur les I iilevanls au milieu du peuple et de la frarde nationale. Je réponds de leur saint!... Il faut que le cuinle de Paris soit porte sur le pa\ois aux Chambres : si vous hésitez, vous êtes sûrs devoir proclamer la République!... ■ L'intention de i 'orateur éUil bonne, mais il était tr'»p tard.
In ipimmé Dumoulin, ancien offîcier d'ordonnanee de Napoléon (rpie je connaissais bien, pour l'avoir défendu devant la Cour des Pairs), monte à s>mi tour à la tribune et j plante un drapeau tricolore, en s'écriant : Vous savez 'jws le trôtiK vùnt(i'*:tic bribé mix Tuileries tt jeté par les fenêtres!
Voij'fl. la foulv. Plus de liuurbons! à bas les tnltn-sl à bas lis satisfaits! — l n guuvt-rnemenl provisoire immédiat «.-m eut I...
Au milieu de ce tumulte effroyable, la duche«se et le< prinri-< «^nriiMit par la porte du milieu, le duc de Chartres es! s<-|iarê de sa mrrt> par la foule, il est recueilli par an hni-^ii r de l'AssiniMée On lait revtMir à la h&le à II. le doc de Nemiur> un uniform«* de ^arde national; l'hôtel de la prê^i•i< lire leur sert (|ui|ipie> uiumeiits d'u^ilc.
Al<>r<. \\. l.e.lni.i(i»Iiiii m-iiite à la tribune. Voix du peuple : Ce-t L*'«lru Knllin; sileneel...
L'orateur m' ti\re à une diMMission toute lépale sur ledroil d<' piiurvuir à la re^t^ice. « Ce droit, dit-il, n'appartteot qu'au peuple souverain ; aussi, toutes les fois qu'on • essoré
LA R8V0LUTl0ir« &51
de se passer da Tote populaire, le peuple a refusé de ratifier. ■ 11 ci le l'exemple de Napoléon I*'', désignant pour lui succéder le roi de Rome; Charles X, désignant son pelit-ûls, et dans ces divers cas, la nation refusant de ratifier.
Berryer, dont la dernière de ces citations blesse les susceptibilités légitimistes, lui crie : Assez! nous eonnaiss(ms Vhisioire, concluez.
M. Ledru-Rollin conclut alors et demande un gouvernement provisoire et une convention qui régularise les droits du peuple.
If. de Lamartine parait à son tour à la tribune. (Les applaudissements éclatent.)
Plus instruits que je ne Tétais de ses intentions, les républicains savaient d'avance ce qu'il allait dire : pour moi, resté au pied de la tribune, j'eus, je Tavoue, un moment de complète illusion; je me souvenais de son discours en faveur de la régence de la ducbesse d'Orléans et je m'imaginais que, trouvant Toecasion de tirer la conséquence de ce discours, il allait naturellement la saisir, et se montrer au moins une fois dans sa vie conséquent avec lui-même : aussi mon désappointement fut-il bien grand lorsque, après une première phrase, qu'en style de rhétorique on appelle : une précaution oratoire, phrase dans laquelle il s'apitoyait sur l'infortune de cette auguste princesse, il tourna court et déclara :
Qu*une acclamation spontanée, arrachée à rémotion, ne pouvait pas constituer au profit de la duchesse cTOrléans un droit solide au gouvernement de trente^inq millions cT hommes; qu'il importait de cimenter un gouvernement populaire, solide, inébranlable, en descendant jusque dans le fond du pays; quil fallait aller ^ en quelque sorte f extraire ce grand mystère du droit national, d'où sort, tout ordre, toute liberté, toute vérité; qu'il appuyait, de toutes ses forces, la double demande d'un gouvernement qui arrêterait d'abord la guerre civile. {Acclamations,) Un des hommes de la foule remet son sabre
clans le fourreau, en criant : » A la bonne houre. >» — « Un gouvernement, ajoute M. de Lamartine, qui ne préjuge rien, ni de nos droits, ni de nos rrssfntiments, sur le gouvernement défmitif qu'il plaira au pays de se donner quand il aura été consulté. » — « C'est cela! »
On verra plus tard comment cette dernière condition a été respectée.
A ce moment, reprend le Moniteur ^ on entend des coups redoublés rotoiitir à la porte d'une tribune qui est enroncèc et aussitôt envabic par un nouveau flot d'hommes armés qui crient : A bas la chambre! pas de dîqmtés ! Un de ces hommes dirige le canon de son fusil vers la tribune. —On lui crie: .Vf tirez pas, c'est Lamartine 7uipar/e; ses camarades relèvent son arme.
M. Sauzct disparaît par une petite porte secri'te placée à côté du fauteuil. M. Ihipont (de l'Eure) est appelé alors an fauteuil, il y monte; il sanctionne et couvre de sa re«f»eetabllilc une violence que, certes, il ne pouvait pas approuver. Lamartine, toujours à la tribune, se propose poor lire les noms des membres du Gouvernement provisoire. Il prononce ceux d'Arago, Lamartine, Dupont (de l'Eure), Crâ* mieux. (Uruit et agitation; quelques protestations se font entendre.)
Une voix. Il faut qu'on sache que le peuple ne veut plus de royalistes. Vive la République!...
lut autre voix. Allons nous asseoir à la place des rmdicj.'... (Les bancs des centres s'étaient peu à peu vidés. i
Autre voir. Pins de ISourboiisI un gouvenicraent provisoire et après c<*la la Hépublique...
If. dv Ln Rnchrjtirqui'Un. Ils ne l'ont pas volé.
If. Ifupont iW l'Kure) reprend la lecture commencée par M. de Lamartine et propose les noms suivants à la foule:
Lamarliiie? (Oui!)
Ledru-Kullin? .Oui!)
Dupont (d<- l'Eure)? (Oui!)
Bureaux d«' Puzy (petit LTiidre de La fay et te}? (Oui! non!) Il refuse.
Voir nombreuses, LaKépubliquc! la République I
Une voix. Il faut que les membres du Gouvernemeat provisoire crient vive la République avant d'être proclamés.
Une autre voix* Il faut conduire le Gouvernement provisoire à l'hôtel de ville.
Autre voix. Oui! à l'hôtel de ville, Lamartine en tête.
Le Moniteur nomme cette fois celui qui poussa ce cri : c'était Vecteur dramatique Bocage^ le môme qui, délégué par les sociétés secrètes, était venu le matin trouver Lamartme et en avait reçu la promesse d'appuyer la république. M. de Lamartine avait tenu parole, et, à son tour. Bocage s'acquittait de la sienne.
Ledru-Rollin demande à compléter la liste du gouvernement provisoire; il engage les sténographes à noter les noms qui sont approuvés. Il lit :
Dupont (de l'Eure)? (Oui!)
Arago? (Oui!)
Lamartine? (Oui I)
Garnier-Pagès? (Oui I non ! )
Marie? (Oui ! non !)
Une voix de la foule. Crémieux ; pas Garnier-Pagès!
Un élève de l'École polytechnique. Vous voyez qu'aucun des membres de votre Gouvernement provisoire ne veut crier : Vive la République! Nous serons trompés comme en 18301
Plusieurs voix. Vive la République!...
M. Lcdru-Rollin. A l'Hôtel de ville !...
Un jeune homme. Ce n'est pas à l'Hôtel de ville qu'est le centre du gouvernement. C'est ici!...
Un citoyen monte sur la tribune et brandit son arme. On crie : Vive la république! partons pour l'hôtel de ville.— Deux hommes qui sont montés sur le siège du président se disposent à sabrer le grand tableau placé au-dessus du fauteuil, et qui représente le serment prêté, en 1830, par le roi à la Charte lors de son avènement. — Un ouvrier leur crie : Attendez, je vais tirer dessus I et deux coups de feu éclatent.
Un autre ouirter s'écrie : Respect aux monuments ! pourquoi détruire ce tableau? Nous avons montré qu'il ne faut pas malmener le peuple : montrons maintenant que le peuple
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sait honorer sa victoire. (Applaudissements.) La salle est évacuée.
Ici se tormine le récit du Moniteur^ dont ce numéro riMifrrnu' ct»rlain(*ment une des plus tristes pages d** noire histoire.
Que dire de ces furieux qui trouvent que le gouvernement <le Juillet n'avait pas été assez légitimé par le vo'U national et qui improvisent à eux seuls, sans consulter la France, au milieu d'une véritable orgie, une révohition radicale? Que dire de ces insensés qui. ayant une maison fort bonne, qu'ils avaient fondée eux-inrnif s dix-huit ans auparavant et à laquelle il y avait. tout au phi'^. quelques réparations à faire, la rasent jusfiiTaux fondements sans trop savoir sous que! toit ils s'abriteront le lendemain? Que dire de ces préleiMlu> libéraux (piî, alors qu'ils s'étaient levés pour une sini))le réforme, font une révolution violente et radieale? Qjie «lire de e«*s prétendus sectateurs du grand priiieipe de la souveraineté nationale qui \iolenteettesouverainirté les armes à la main, etîmposent ù toute une nation une forme de gouvernement qu'elle repousse?
Que pouvait-il sortir d'uiu* telle orgie? la ruine de ceux-là mêmes qui y avaiiMit pris part. «lU une guerre ci\ile atroee et, en définitive, b* despotisme militaire.
Tou^ eeux <[ui, daus celle fatale jnumve, ont poussé ù la ré\uhilion, (»nt été trompé^ dans leur attente; on poiirniit ra)ipeler justement lajnurn''e des dupet. Les répnbiieairiN et b'S légitimistes, qui espéraient en profiter, ont \u. eu efb't, sneeessivement bmtes leurs espérauers s'évanouir. Il n'y eut qu'un liomme qui ne se trouipa pa^ ee jour-là et qui fle\ait voir se réaliser scN \ues. et cet homme était un fou : car bumoulîu a été le précurseur de Nupolémi III.
Pour moi, j'avais quitté l'Assemblée au moment où
LA RÉVOLUTIOir. 665
on commençait à publier les noms des membres du gouvernement provisoire. Ne pouvant me résigner à abandonner tout espoir, j'étais retourné au ministère de rintérieur, où les nouvelles les plus décourageantes m'attendaient. Les émissaires que j'avais envoyés dans les mairies pour y requérir la convocation de la garde nationale tout entière étaient revenus; ils me rapportèrent, les uns, des refus formels de .convoquer celte garde, et entre autres celui de M. Berger, maire du deuxième arrondissement, sur lequel j'aurais compté entre tous, et dont M. Bixio, qui le pressait d'obéir à ma réquisition, avait reçu cette réponse : quil ne reconnaissait plus d autre gouvernement que celui de t Hôtel de ville; les autres, des regrets impuissants.
Ayant appris que la duchesse d'Orléans et ses enfants s'étaient retirés à l'hôtel des invalides, j'y avais envoyé tout de suite MM. Biesta et d'Aragon, pour établir des rapports entre cette princesse et moi. Je sus par eux que le maréchal Molitor, gouverneur des Invalides, n'était rien moins que sûr de ses hommes, et qu'il déclarait ne pouvoir opposer aucune résistance sérieuse à une attaque des insurgés : ayant d'ailleurs appris qu'une masse populaire se dirigeait de ce côté, je me décidai à m'y rendre moi-môme.
La duchesse d'Orléans, à la suite de toutes les émotions de cette cruelle journée, avait éprouvé une légère défaillance; elle reposait, lorsqu'on la prévint de ma présence. Je lui rendis compte, en peu de mots, de la situation : « Tous les moyens de résistance nous manquent à la fois dans Paris ^ lui dis-je; les troupes sont dispersées et démoralisées^ ta garde nationale est divisée^ et les vieux invalides eux-mêmes font entendre des murmures; dans de telles circonstances, il ne faudrait pas risquer un conflit avec les insurgés qui s'avancent,
— £h bien ! que faut-il faire ? me dit la duchesse d'Orléans.
— Vous éloigner de Paris pour quelque temps^ et cepen-^ dont rester à la portée des événements ; il me parait impoêsible que la population de Paris^ lorsquelle sera plus calme et quelle mesurera f abîme ou on f* entraîne^ ne réagisse pas. D'ailleurs les vainqueurs du jour sont eux-mêmes divisés; il y a la faction du National et celle de la Tribune qui^ hier encore^ se battaient et pourront bien se battre demain,., »
Lo duc (le Nemours écoutait et termina l'entretien par ces mots : « Eh bien/ il faut partir/,. ,9
Mon ami, M. de Mornay, emmena la duchesse et ses deux enfants dans son chdteau de Mont-Chevreui^ k queUiue distance de Paris: un autre de mes amis, il. Biesta, se chargea du duc de Nemours, c|u*on avait pour ainsi dire oublié et qui ne savait que devenir : il donna asile à ce prince pendant la nuit dans sa maison, et trouva le moyen le lendemain, par l'intermédiaire du général Courtais, de le faire embarquer au Havre pour TAngleterre ^
Uuant à moi, après avoir accompli ce dernier devoir envers la princesse, je la quittai : je l'avais saluée à son arrivée en France, alors que le peuple de Paris l'acclamait avec enthousiasme, et maintenant ce même peuple la forvait à fuir sans paraître se douter qu'avec elle s'éloignait aussi et pour touj<nirs la plus belle occasion (pii eût jamais été otterte à la France de fon<]cr sérieusement et à jamais sa liberté. Mais non, ce n'est pas U* peuple qui agissait ainsi; ne le calomnions pas, en le chargeant d'une telle responsabilité: 4*'étai(*nt quelcpies fanatiques ù qui il faut fHtrdouner leur eriniinelle folii% car ils ne savaient ce qu'ils faisaient;
1. Pdr une étrinpd coïncidence, lor«(|U*il rcvcnail après atoir M'inpii cftte niiMîtin, il se r«nrunlraa\ec L,ûuii-\apoli>unqui,aii prv« III ler bruit de la K-vohilion, accourait i Paris pour cMaTer de la Mi« tourner A sdu profit. lU durent patacr la nuit eniemble daaa ac & A III te n».
ils Font, pour la plupart, cruellement expiée. Non, la France n'a pas été complice de cette révolution ; elle la laissée s*accomplir,et c'est déjà beaucoup trop.
Mais aussi quelle série de fatalités sont venues coup sur coup déjouer tous mes efforts! Il les fallait toutes pour rendre possible la chute de ce gouvernement en pleine progression de ses forces organiques, et cela à la grande stupéfaction de la France entière.
Que le roi nous eût appelés et investis du pouvoir pleinement et sans arrière-pensées, quelques heures plus tôt, nous aurions pu le sauver : car, après avoir séparé les partisans de la réforme des révolutionnaires, la répression de ces derniers eût été non-seulement possible, mais facile. De ses hésitations, il résulte qu'il s'est trouvé sans ministres au moment où il en aurait eu le plus besoin. Les anciens ministres avaient disparu, et Ion a su rendre aux nouveaux l'acceptation du pouvoir impossible ; de là aussi le décousu et môme la contrariété des résolutions prises: les unes appelaient la conciliation, les autres provoquaient au combat ; mon nom, qui signifiait paix, accolé à celui du maréchal Bugeaud qui signifiait guerre; les ministres de la résistance renvoyés, ceux de la réforme appelés, mais rendus impossibles à ce gouvernement aux abois, suspendu entre la paix et la guerre, ne sachant faire ni Time ni Taulre, contrariant l'une par l'autre, privé de ministres au moment où il aurait eu le plus besoin d'une ferme direction, périssant par où il avait péché, par son défaut de franchise.
Que dire, en outre, de ce défaut de résolution et d'initiative qui se rencontre chez les fonctionnaires de tout ordre et de tout rang? du roi qui part sans donner aucun ordre, du régent auquel il a laissé tous ses pouvoirs, qui fait ouvrir les portes des Tuileries aux insurgés et qui, traversant la place de la Concorde pour aller chercher un asile dans le sein du
Corps législatif, n*a pas irirnie la pensée de s*aboucher avec le général qui commande les troupes massées sur cette place? Que dire de ce président qui, voyant Tenceinte de la représentation nationale forcée par des envahisseurs, ne se croit pas des pouvoirs suffisants . pour requérir la force armée , faire évacuer ces étrangers et suspendre la séance jusqu'à ce que cet ordre soit exécuté? Que dire de ce général qui assiste impassible, du liaut de son cheval, à IVnvahissenient de la Chambre, h ces violences dont elle est r<ibjt't, alors que quelques soldats barrant le pont de la Concorde eussent suffi pour les prévenir, et qui attend, dit-il, un ordre pour remplir ce que le devoir et l'honneur lui prescrivent si impérieusement? Que din* de ce défaut complet d'initiative qui se retrouve à tous les <h*grés de cette vaste et puissante hiérarchie gouvrrnementalr?Que dire surtout de l'ignoble spectîH'Ii' ((iii sipiale le b*ndemain de cette révolution: Ions 4TS «'orps iidministratifs, judiciaires, empressés d'aller porttT à rib'»ti'l dt* vilh» leur hommage men* tt'ur, rt les généraux de la m<»narehie constitutionncMe offrant h>ur épéi* a la rr*|»ublique. et ces juges inslrnisant au criminel eontri' <h's ministres dont les moindres v(»lontés eussent été la veilh* p<iur eux des oracles? Ah ! il n'y a <|n'nn pays au monde où de telles rln>se>se passent, et ee pays est noire France, et cela ^ràci' à eettt* ciMitralisation qui. ilétrniNant toute spontan<''ité in<li\i(lnelle. fait <iépendre la vit* des gouvernements (l'un iriéranisme très-savant et tout-puissant dans 1rs jours c>nlinaires, mais qui, lorsqu'il se ilésiir- ^aniNi» sumn riiiipreNsiiHi dune surpri>e on d'un danger imprévu, iitlMu! suppléé par rien, huNse tondier ce
gouvernenn'Ut tout d'une pii
i)\U'\ avertiNNcnienl, et e'tniliien de fois faudra-l-il que di* telles leçons nuus hoieut données pour que nous en profitions !
Apres avoir quitté la duchesse d'Orléans \ je rentrai encore au ministère de Tintérieur, où rien n'était changé, si ce n'est que le gouvernement provisoire avait nommé ministre de Tintérieur M. Ledru-Rollin, lequel ne se pressait pas de venir prendre possession (le son ministère. 11 était plus de cinq heures lorsque je me retirai. Obligé de faire un long détour pour gagner ma maison, par suite de Tincendie du pont des Invalides, je rentrai chez moi, alors qu'il faisait déjà nuit, le corps brisé de fatigue, le cœur navré et rempli des plus tristes pressentiments pour l'avenir de mon pays.
J'étais à peine couché, cherchant un sommeil qui
1. La duchesse d'Orléans, depuis son veuvage. éUit, on ne sait trop pourquoi, de la part de Louis-Philippe Pobjet d*une sorte de suspicion ; il se faisait remettre tous les jours la liste des personnes qui l'avaient visitée dans la journée. Cela tenait surtout à cette susceptibilité jalouse qu'il éprouvait A Tégard de tout ce qui n'était pas lui ou de sa famille directe ; sentiment qui lui avait fait commettre l'énorme faute d'attribuer d'avance la régence au duc de Nemours. Ses soupçons avaient même pénétré jusqu'à la vertueuse reine Amélie, à laquelle il était échappé, au moment où le roi venait de si^'ner son abdication, un de ces mots cruels qu'elle dut bien reprttltT ensuite : Eh bien! vous devez être contente ^ Hélène^ auraitell<; dit à sa belle-nile, vous avez ce que vous vouliez. — Une opinion assez génf^raienient répandue dans le parti conservateur était qu'une conspiration au proflt de la régence de la duchesse d'Orléans existait dans l'opposition. Un Jour, M. de Carné, dans une visite qu'il me faisait à Tuccaision de sa candidature à l'Académie, m'adressa ceUe question : a Voyons, monsieur Odilon Barrot, maintenant que nos luttes sont terminée;* et que nous appartenons tous à l'histoire, je vous dentande s'il n'y avait pas parmi vous un complot formé pour faire arriver la duchesse d'Orléans à la régence. — Bien loin de là, lui dis-je, je connaissais à peine cette princesse ; depuis le jour où, à son arrivée à Pans, je lui avais été présenté avec tous les autres dépuli's, je n'avais eu aucun rapport, ni direct ni indirect, avec elle, et j'aurais «H»'* bien embarrassé de la reconnaître au milieu d'autres femnits. Ooyez l)ien que s'il y avait eu un accord quelconque entre ellr et noiH, j'aurais su où la trouver le 2\ février, elne l'aurais pas «lirnhre \aiui'n»»'nt pendant une heure. Non, mon chrr monsieur de Carné, il n'y a\ail pas de conspiration en 1848, ou plutôt, comme en 1830, c'est le gouvernement qui a conspiré contre lui-même. »
me fuyait, lorsqu'un émissaire de l'Hôtel de ville vint me porter uni* Irtlre de Garnier-Pages, qui s'(*\(ni<»uit de s'être rallié ù la république et (l'avoir cédé à Tmtrainemrnl drs événements; il me demanilait mon eoneours oi eclui de mes amis pour le nouveau guuvenHMiKMil.
Ji* lui répondis que *(je ne pouvais donner mon cou^ cours à une révolution^ que non-seulement je n avais pas approuvfje^ tnais que /'avais combattue; que cependant je n imiterais pas les émigrés^ et que tant que jejtourrais être utile à mon pays, je le servirais...; que le nouveau gouvcrniMuent allait se trouver en face df bien graves difticnltés; qu'il aurait à cmpéeher la révolution de tourner au socialisme^ et surtout à maintenir la liberté des sufira^'s; ((ue, danseette double tûebi*. il pouvait être assuré que. mes amis et moi. lui serions en aide: mais (juil ne nous demandât pas autre eb<»se. »
II parait (pi'on tenait beaucoup à l'IIotel de ville à laiss(*r supposer au publie que j'adhérais au nouveau gouvernt>n)ent, car on s<' permit d4> faire insérer au Moniteur que mes amis et nn)i avions été lui porter notre adhésion, ee «[ui était faux. Jt* n'ai pas mis les pieds à rilotel <1(* \ille p<>ndant toute la durée du gonvernemeiit provisoire: mais je n'en ai pas moins rem|di la double promesse que j'avais faite àGsrnier- Paî^ès.