‹ Mémoires posthumes (volume 3)Chapitre 4 sur 31 · MORT DE LOUIS XVIII · texte numérisé non relu

MORT DE LOUIS XVIII

du Globe, qui s'était fait une certaine réputation et par le libéralisme de ses principes et par le courage avec lequel il avait revendiqué, au péril de sa carrière brisée par un acte arbitraire, les droits et les immunités du professorat.

M. Dubois et ses amis voulaient faire rejeter je ne sais plus quelle proposition; ils nous annoncèrent qu'ils se retireraient si la proposition était acceptée. Ils avaient trop présumé, ou de leur nombre, ou de l'eftet de leur menace ; la proposition fut acceptée, ils se retirèrent et la société, au lieu de se dissoudre, comme ils s'y attendaient, continua ses opérations sans eux, et, ce qui était plus piquant , chez l'un d'eux.

Telle était l'impulsion donnée aux esprits que la mort même de Louis XVIII en 1824 et l'avènement de Charles X n'avaient pas interrompu d'abord ce progrès des idées et des mœurs constitutionnelles.

On put espérer un instant que le représentant obstiné du vieux régime était enfin converti aux nécessités de la situation et qu'il consentait loyalement et sans arrière-pensée à se réconcilier avec la Révolution sur le terrain de la Charte constitutionnelle, mais ce n'était là qu'une apparence trompeuse.

Charles X était entraîné fatalement par ses qualités mêmes à rompre violemment avec cette Révolution ,. dont tous les principes blessaient profondément ses croyances et dont les souvenirs lui étaient odieux : moins sincère dans sa foi, moins absolu dans ses affections et ses haines, il eût pu fléchir sous les nécessités politiques et, comme Louis XVIII son frère, transiger avec l'ennemi. Mais pour lui, le temps n'avait pas marché, la société française n'était pas changée. C'était de lui qu'on pouvait dire, avec vérité, qu'il n'avait rien appris, rien oublié : son intelligence était trop invinciblement enchaînée à ses préjugés pour com- I. 6

prendre que de nouveaux besoins s'étaient produits dans cette société et dans quelle mesure il était devenu indispensable d'y satisfaire ; et d'un autre côté le souvenir de la mort violente de Louis XVI , de la reine Marie-Antoinette surtout, à laquelle il portait une tendre amitié, les douleurs et les humiliations de l'exil entretenaient dans son cœur un sentiment de haine et même de terreur qui aurait suffi pour troubler son jugement, alors même qu'il eût été assez sûr et assez vigoureux pour triompher de ses vieilles idées.

On a aussi attribué une fâcheuse influence sur son esprit aux personnes de son intimité : c'était d'abord la fille de Marie-Antoinette, madame la duchesse d'Angoulême ; cette princesse, qui portait encore dans le cœur le deuil de son père et de sa mère, était peutêtre trop disposée à en rendre responsable une génération toute nouvelle qui non-seulement était innocente de ces violences, mais toute disposée à sympathiser profondément avec ses malheurs et à honorer ses vertus. C'était aussi le prince de Polignac qui, impliqué dans une conspiration royaliste sous l'Empire, avait échappé à la mort, et avait recouvré sa liberté par l'intercession de l'impératrice Joséphine ; il avait repris auprès de Charles X cette position de confident intime, qu'il occupait plus de trente ans auparavant auprès du comte d'Artois.

Toute cette société du pavillon Marsan, qui n'avait rapporté de l'émigration que des préjugés et des haines, se trouvait reformée ; mais le sceptre était dans ses mains et elle n'était plus réduite à conspirer soit contre les faiblesses et les hésitations de Louis XVI, soit contre les ménagements calculés de la politique de Louis XVIII ; tout au contraire, elle se trouvait face à face avec la Révolution, sa vieille ennemie, et il était humainement impossible que le conflit ne s'engageât pas. Le parti libéral et constitutionnel qui, tout en

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