‹ Mémoires posthumes (volume 4)Chapitre 20 sur 50 · PROCÈS RELIGIEUX · texte numérisé non relu

PROCÈS RELIGIEUX

mité et do la révolution ne fut-elle nulle part si pas* sionnée et si persévérante que sur ce terrain.

D'abord, des ordonnances prescrivaient la suspension de tout travail pendant les jours fériés de l'Église catholique, ce qui parut une première tentative dans cette voie de la restauration d'une religion d'État.

De la part d'un gouvernement autre que celui de la légitimité, ces ordonnances eussent pu n'être considérées que comme des actes de pure administration, fondés sur la nécessité de marquer des repos dans la vie laborieuse d'un peuple. Mais de la part d'un gouvernement qui semblait vouloir régner par et pour l'Église catholique, elles éveillèrent toutes les inquiétudes et provoquèrent toutes les résistances du parti qui voulait maintenir le grand principe consacré par la Révolution de la séparation de l'Église et de l'État.

Le clergé catholique était poussé par un zèle religieux irréfléchi dans la même voie que le gouvernement ; heureux de pouvoir s'affranchir de ces étreintes légales qui le retenaient dans le sanctuaire, il en sortait triomphant; ses processions, si longtemps retenues dans les églises, se produisaient au dehors avec éclat ; il semblait qu'il reprît possession de la vieille France.

La police, on le pense bien, n'avait garde de rappeler les dispositions de certaines lois encore en vigueur, qui interdisaient ces processions dans les villes où se trouvaient des croyances mélangées ; ces lois n'avaient-elles pas disparu avec la Révolution qui les avait enfantées ? mais ce n'était pas assez de triom- ' pher, il fallait encore traîner pour ainsi dire les vaincus enchaînés au char du triomphateur; il fallait forcer tous les dissidents à s'associer à ces solennités catholiques, au moins par une soumission apparente.

C'est dans cette pensée qu'une ordonnance près-

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erivit à tous les habitants de tendre leurs maisons, selon les vieux usages de la monarchie, sur le passage des processions du Saint-Sacrement.

S'il ne se fût agi que d'un acte de déférence extérieure, l'ordonnance n'eut rencontré probablement aucune résistance sérieuse, mais dans la circonstance cette prétention de la police et du clergé avait un tout autre caractère ; c'était la consécration solennelle de la domination de l'Église catholique sur tous les autres cultes ; c'était l'État mettant sa force à la disposition des exigences du clergé, en forçant les citoyens, au nom de la loi, à s'associer aux cérémonies du culte officiel et dominant.

Aussi les refus d'obéir ne se firent-ils pas attendre. C'était surtout dans les départements qui avaient été le théâtre des guerres de religion que les prétentions du clergé étaient les plus exorbitantes, mais aussi que les résistances étaient les plus vives.

Les protestants des départements du Gard, de l'Hérault, refusèrent de se soumettre aux exigences de l'ordonnance. Traduits pour ce refus devant les tribunaux, ils furent condamnés à des amendes ; ils se pourvurent en cassation, mais un premier arrêt avait rejeté leur pourvoi, en se fondant sur ce que des ordonnances de police sont exécutoires pour tous les citoyens, et sans examiner le caractère légal de ces ordonnances. Ils n'en persistèrent pas moins, et, comme il arrive toujours en pareille circonstance, la résistance se généralisa : les consistoires prirent parti ' pour leurs coreligionnaires et la question prit les proportions d'une question tout à la fois politique et religieuse.

De nouvelles condamnations intervinrent contre les récalcitrants, et cette fois le vénérable Boissy d' Anglas, le même qui s'illustra dans la séance du 20 mai 1795 par son attitude pleine de courage et de dignité,

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