PROCES DE8 MINISTRES
à V archevêché; j'y trouvai M. le baron de Schonen avec sa légion ; je lui fis porter des vivres, des matelas pour passer la nuit, et l'avertis qu'il pourrait bien être attaqué le lendemain. De là je parcourus la ville, visitai les postes, particulièrement celui du Chàtelet, qui avait été attaqué, et enfin je me rendis au Palais-Royal, où les ministres étaient assemblés; j'y rendis compte de ce que j'avais vu et fait, et déclarai que je me mettais à la disposition du conseil et attendrais ses ordres. Voilà ce que M. Pépin appelle de l'inaction ! et cependant, pendant les trois jours que la sédition a duré, je n'ai pas reçu un ordre, pas une instruction du ministère de l'intérieur; je n'ai pas été appelé une fois au ministère, où les maires étaient pour ainsi dire en permanence : il m'était permis d'éprouver après cela quelque étonnement, lorsque M. le procureur général Persil, qui était tranquillement resté chez lui, vint me reprocher à la tribune de n'avoir pas arrêté Y émeute, moi simple édile, ne pouvant requérir un seul gendarme ni signer un seul mandat, et laissé complètement à l'écart par l'autorité supérieure.
Je dus rendre compte des faits à la Chambre des députés, et c'est à la suite de cette discussion que M. de Montalivet observa que la susceptibilité de haut en bas était plus naturelle que celle de bas en haut. Je n'y tins plus, et je lui jetai à la tête et du haut de la tribune ma démission, qu'on s'empressa de ramasser : car j'imagine que la petite scène parlementaire n'avait été arrangée que pour en venir là.
M. Pépin a rapporté que j'avais approuvé la descente de la croix de V église Saint-Germain-l'Auxerrois; le fait cité est complètement faux. Je n'ai jamais approuvé ni improuvé la conduite du maire dans cette circonstance. M. Pépin pourra consulter les cartons du ministère : il y trouvera mon rapport et il y verra avec surprise comme on écrit l'histoire.
Je sais que M. de Montalivet, je ne me souviens plus dans quelle circonstance, a commis cette erreur, que j'ai négligé de démentir, fatigué que je suis de donner des démentis à tout propos et dans un intérêt personnel. Bien loin d'approuver les violences du i3 février, je voulais opposer à ces violences une manifestation éclatante, surtout pour la province comme pour les étrangers.
Le clergé de Noire-Dame voulait dire sa messe au milieu des ruines et portes closes : j'ordonnai que la messe fût célébrée portes ouvertes, et je m'y rendis en grand uniforme; et, en sortant de l'église, trouvant des groupes assemblés, je leur fis sentir par une allocution combien il était slupïde de se livrer à des dévastations qu'il fallait ensuite réparer avec l'argent pris dans la bourse du peuple.
Telle a été ma conduite dans cette circonstance. Je ne croîs avoir mérité aucun reproche d'inaction ou d'indulgence pour la sédition.
A la suite de cet événement, M. Odilon Barrot reçut de Mgr l'archevêque de Paris la lettre ci-jointe, qui montre comment sa conduite était jugée par le prélat même dont l'habitation avait été dévastée.
Monsieur le Préfet,
J'ai appris dans le lieu de ma retraite, que l'on m'invite à garder strictement, l'intérêt que vous avez mis à visiter
l'archevêché, et les ordres que vous avez donnés pour que l'on commence à faire disparaître les traces de l'horrible dévastation que vous avez vue de vos propres yeux. Veuillez en recevoir tous mes remerClments.
Il est possible qu'effrayé de l'état où l'on a mis ce bâtiment et des dépenses qui seront jugées nécessaires pour les réparations, on ramène devant vous une idée que je voudrais essayer de combattre d'avanceicrllf d'abattre l'arcbevèch.-, pour le reconstruire sur un nouveau plan cl d'une manière plus solide. Cette pensée, qu'on oserait il peine essayer Ae réaliser dans les plus beaux jours <]f prospérité, doit, ce me semble, être rigoureusement écartée dans le moment prisent : les motifs en sont si palpa: ctu'iL n'est pas nécessaire de les déduire. Je vous demande donc, Monsieur !*■ Préfet, d'anéantir jusqu'à l'espérance de ce projet, aJjn qu'une fois perdue, les personnes rhar^éi-s de la rép" s'occupent avec toute la promptitude possible d'u«
PROCBK r>EB MINISTItKS. SOL
si juste et si nécessaire. Je vous en aurai «ne véritable obligation.
Veuillez agréer l'assurance de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, Monsieur le Protêt, votre très-humble et l ras-obéissant serviteur.