‹ Mémoires posthumes (volume 5)Chapitre 10 sur 57 · CENT JOURS · texte numérisé non relu

CENT JOURS

la préserver du dernier des malheurs , une invasion triomphante, ce fut la défiance qui inspira les membres de la majorité libérale. Même vaincu, Napoléon les effrayait plus que l'étranger avec lequel ils se croyaient d'ailleurs en mesure de pouvoir traiter. Prenant au sérieux les manifestations de la coalition qui signalaient Napoléon comme la seule cause de la guerre et le seul obstacle à la paix, ils ne songèrent donc qu'à désarmer Fhomme en qui ils n'avaient cessé de voir Tennemi de toute liberté. Le mot d'abdication fut prononcé, et, après de violents orages parlementaires, une députation fut envoyée à l'Elysée pour demander à l'Empereur l'abandon de son pouvoir; une commission gouvernementale fut nommée pour remplir l'intérim, et des députés partirent pour le quartier général des puissances étrangères avec mission de traiter de la paix. Fouché, l'ancien conventionnel, terroriste, puis ministre de la police de r£m« pire, puis disgracié pour quelques intrigues suspectes, puis repris par Napoléon, qui savait cependant qu'il ne pouvait avoir confiance en lui, mais qui ne croyait pouvoir se passer de son habileté, Fouché (duc d'Otrante) fit si bien qu'il fut nommé président de cette commission, c'est-à-dire en mesure de précipiter un dénouement auquel il travaillait déjà depuis longtemps en secret. Carnot faisait sous lui partie de cette commission. La Fayette se trouvait parmi les commissaires envoyés au camp ennemi. Ces hommes de moralité si différente, de sentiments et d'opinions si opposés, se trouvaient cependant concourir au même résultat, l'un le sachant, les autres ne le sachant pas ; l'un par corruption, les autres par un patriotisme pur, ftiais peu élevé. Vainement Napoléon, retiré à la Malmaison, maison de campagne dans laquelle il avait passé les beaux jours du Consulat, apprenant un faux mouvement des années alliées, fit-il offrir au gouvernement

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de reprendre le commandement pour un jour seulement, s'engageant à le déposer après la victoire. Il reçut pour toute réponse Tintîmation de presser son départ. Sa présence près de Paris et de Tarmée était le motif que les puissances alliées donnaient pour refuser de traiter et pour continuer leur marche sur Paris. Lui éloigné, il n*y aurait plus, disaiton, de prétexte à la continuation de la guerre. Les membres de la commission gouvernementale, TAssemblée presque tout entière, une grande partie du public parisien le croyaient ; il fallut enfin partir. Le général Becker, vieux soldat plein d'honneur, fut, en qualité de commissaire, chargé de veiller à ce que TËmpereur ne s'éloignât pas de l'itinéraire qui lui était tracé jusqu'à Rochefort, où il devait s'embarquer pour l'Amérique.

Le dénouement de cette glorieuse destinée n'est pas un des traits les plus honorables des assemblées de l'Angleterre : toute l'Europe, en s'employant à river sur un rocher lointain cet homme qui avait dominé le monde et qui, sous beaucoup de rapports, lui avait donné une salutaire impulsion, cette réaction violente de l'Europe contre un seul homme n'a pas peu contribué à donner à Napoléon cette sorte de consécration que le malheur seul peut donner. Napoléon, citoyen d'Amérique, pouvait mourir, sinon oublié, au moins bien amoindri; Napoléon, à Sainte- Hélène, prisonnier et martyr de l'Europe coalisée, mourait avec tout le prestige de sa gloire, et c'est ce qui explique le sentiment en quelque sorte superstitieux qu'il a laissé dans l'âme des peuples, sentiment qui, après plus de trente ans, vient de se manifester tout à coup par un de ces actes éclatants qui prouvent an moins que le peuple sait garder le souvenir, le culte des grandes choses : cette fois comme toujours, la peur et la haine furent de mauvaises conseillères.

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Tai déjà dit avec quel sentiment j*avais accueilli ce

retour de Vile d'Elbe ; je n*bésitai pas à inscrire sur le

registre ouvert au Palais de Justice mon refus d'adhé

sion à TActe additionnel. Ainsi que je Fai raconté,

le chancelier Dambray, dans les premiers jours de la

première restauration, en réorganisant le conseil

d'État, avait consenti à substituer & M. Mailhe le

jeune avocat que celui-ci avait lui-même destiné à

loi succéder ; mais, au retour de File d*Elbe, un décret

impérial rétablissant les choses dans leur état primitif,

j'avais rendu à M. Maiihe ses anciennes fonctions et je

continuai à travailler avec ardeur sous sa direction.

J'avais continué mon service dans la garde nationale, j'avais même été nommé officier, lieutenant-rapporteur, faveur que je devais à mon oncle le général Borelly, qui était, je crois, major- général de la garde nationale de Paris. C'est en cette qualité d*offider que j'assistai à quelques scènes qui sont restées profondément empreintes dans ma mémoire. Ainsi, le jour de la consécration des drapeaux au Champ de Mai , j'étais près de Festrade sur laquelle avait été dressé le trône de Napoléon. Je me demandais avec surprise pourquoi, dans une circonstance si grave par elle-même, on n'avait pas évité cette pompe, cette mise en scène, ces oripeaux, tout au plus convenables dans des jours heureux. Il me semblait que Napoléon, avec son simple uniforme de général des chasseurs de la garde impériale, eût paru plus grand, eût excité un enthousiasme plus vrai qu'avec le costume si étrange sous lequel il nous apparaissait et qui nous faisait sourire. Le Champ de Mars dans ce moment était le péristyle du champ de bataille sur lequel allaient se décider les destinées du monde. Tout y devait 6ire sérieux et grave, comme l'était la dispofition générale des esprits dans l'attente d'un grand événement.

Il n'y eut de vrai et d'intéressant dans cette solennité que Taspect des députations de ces régiments qui, déjà réunis sur la frontière, envoyaient chercher leurs drapeaux; la vue de ces hommes couverts de cicatrices, leur attitude résolue, leur enthousiasme qui éclatait lorsqu'ils venaient à reconnaître leur général sous les ornements dont on Tavait si mal à propos surchargé ; tant de braves qui retournaient dans la soirée même à la frontière et qui pouvaient dire, eux aussi, en passant devant Napoléon : Morituri te salutantôt Cœsar; tout cela faisait un spectacle qui, à part la reproduction assez inopportune des pompes de TEmpire, formait un tableau profondément émouvant.

J'assistai quelques jours plus tard à la revue que Napoléon passa, la veille de son départ pour Tarmée, de la garde nationale et des fédérés ; je vois encore cette longue procession d'ouvriers s'avançant en colonnes, divisés par corps d'état, et saluant l'Empereur de leurs cris enthousiastes. La garde nationale, au contraire, froide et réservée. J'ai encore présente devant moi la figure de cet homme qui allait jouer sa dernière et suprême partie; j'étais très-rapproché de lui et l'observais attentivement; un embonpoint qui commençait à être excessif lui avait enlevé un peu de sa distinction, et une blancheur mate recouvrait ses traits ; mais sous une apparente impassibilité se . trahissaient les anxiétés inévitables d'une position qu'il savait lui-même désespérée ; ses mouvements mêmes me paraissaient avoir quelque chose de brusque et d'incertain.

Il parut d'abord, entouré de grenadiers à pied et l'arme au bras qui suivaient en courant le galop de son cheval ; il les éloigna un peu, et s'avançant devant la garde nationale, il lui adressa d'une voix émue et brisée quelques mots pour lui annoncer qu'il allait

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partir pour Tannée. Cette allocution commençait, je m'en souviens, par cette qualification : Soldats de la garde nationale^ etc Elle était justifiée par les circonstances, car le moment était venu où la patrie étant menacée d*une seconde invasion, tout citoyen devait shonorer d'être appelé soldat. Hé bien, telle était la préoccupation des esprits, que ces mots provoquèrent quelques murmures dans les rangs. On croyait y voir la prétention toute impériale d*absorber dans Tarmée l'institution civique de la garde nationale.

Ainsi, César, quand il était mécontent de ses soldats, les châtiait par le titre de citoyens. Napoléon blessait, au contraire, les citoyens de la garde nationale en les appelant soldats.

Tout dans ce monde est affaire d'opportunité. J'étais de service le jour de là capitulation qui ouvrait les portes de Paris à l'armée coalisée; la veille, j'avais parcouru, grâce à mon uniforme, les lignes de nos braves soldats, qui s'étendaient en avant de Vanves et de Montrouge. Le coup de main heureux du général Excelmans à Roquencourt, près Versailles, avait un peu relevé les courages; les soldats paraissaient joyeux et bien préparés dans leurs bivouacs. Je dois même dire que, dans les rangs de la garde^nationale, toute division d'opinion cédait au sentiment national et qu'elle eût appuyé l'armée avec vigueur.

Au moins tel était le sentiment dominant dans la légion dont je faisais partie, et qui était d'ailleurs signalée pour son attachement aux Bourbons.

Je ne parle pas des fédérés, ils demandaient des armes que la commission gouvernementale leur refusait.

Nous nous attendions tous à une action pour le lendemain, et je passai la nuit à la tête d'un détachement de la onzième légion qui faisait des patrouilles dans les quartiers menacés. Au milieu de la nuit nous

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reçûmes Favis que l'armée faisait un mouvement de retraite, et que des détachements allaient traverser Paris. Et, en effet, bientôt après nous assistâmes à cette douloureuse opération. La discipline, comme on le pense bien; était fort ébranlée. Quelques cris « à la trahison » se faisaient entendre parmi les soldats; les officiers avaient peine à contenir les rangs, et cependant ils parvinrent à comprimer tout désordre grave. Le lendemain les troupes de la coalition entraient dans Paris.

Une proclamation des généraux étrangers chargeait la garde nationale de maintenir Tordre : la prophétie de mon vieil émigré venait de se réaliser ; la France expiait cruellement la folle témérité du 20 mars.

Pendant cette période de cent jours si remplie de catastrophes, mon père, fatigué de la vie publique, s'était retiré à Planchamp, me laissant le rôle et les devoirs de chef de famille. J'avais eu quelques rapports avec M. Laisné, avocat de Bordeaux, que la nouvelle restauration plaçait naturellement au sommet de la faveur et du pouvoir ; il avait été le collègue de mon père et avait conçu pour lui beaucoup d'estime. Il me proposa de le faire comprendre dans la réorganisation des tribunaux du département de la Seine ; j'y consentis sans toutefois consulter mon père, pensant que cette honorable retraite après une vie aussi agitée lui conviendrait. Je me trompais. Mon père, nommé au tribunal civil de la Seine, résista aux instances que je lui adressais pomr venir prendre possession de son siège.

Le charme de ses montagnes, le calme de sa retraite, l'y retenaient invinciblement : pendant ce temps, la réaction légitimiste, d'abord timide, éclatait avec violence; les députés nommés sous l'entraînement de cette réaction arrivaient des départements animés par les passions les plus vives ; ils attribuaient

SECONDS BESTAURATION (1815-1830}. 80

de le succès de ce qu*ils appelaient la conspiration du ;^r 20 mars aux ménagements que Louis XVIII avait à eus envers la Révolution ; ils étaient bien résolus à m faire prévaloir un système politique tout contraire, et la leur première exigence fut de faire un grand exemts pie de tous les conventionnels qui avaient voté la 1. mort de Louis XVI.

^ La trop fameuse loi de 1816, appelée comme par

U dérision Loi tTawmisiie, frappait ces hommes, la plupart sur le déclin de Tàge, d'un exil perpétuel, et les ( contraignait à vendre leurs biens situés en France f. dans un délai de six mois ; cette loi frappait mon * patron M. Hailhe, elle menaçait mon père. L'un avait voté pour la mort du roi ; Tautre avait voté contre, mais il avait repoussé par son vote le sursis.

Le premier se résignait assez facilement à son sort, il en avait redouté un plus rigoureux, et surtout il éprouvait quelque soulagement à voir enfin cesser cette cruelle anxiété qui, depuis la seconde rentrée des Bourbons, troublait ses jours et ses nuits.

Quant à mon pauvre père, tranquille au milieu de ses rochers, entouré d'une population dont il était le bienfaiteur et Fami, il était bien loin de se douter des violents orages soulevés dans le monde politique à son occasion ; sa nomination comme juge au tribunal du département de la Seine devint le texte d'attaques ardentes contre le nouveau garde des sceaux, M. Barbé- Marbois : faire siéger sur les fleurs de lis un conventionnel, n'était-ce pas un horrible scandale? et que ferait-os pour les vieux et fidèles serviteurs de la monarchie, si on récompensait, si on honorait ainsi ses ennemis, etc....? I Tel était le thème que le parti qui s'efforçait de

J pousser le gouvernement dans les voies d'une réaction violente avait choisi et développait sans cesse dans les conférences des députés, dans les Journaux royalis-

tes. Les magistrats eux-mêmes s'en émurent. Si mon père fût venu à Paris lorsque je Ten priais, il eût été compris dans l'installation du tribunal et eût prêté serment avec ses collègues ; la haine et la passion politique n'eussent probablement pas essayé de revenir sur un fait consommé. Mais son absence prolongée rendait nécessaire une installation et une prestation de serment séparée et individuelle.

On m'a assuré, je n'ai jamais su au juste ce qu'il en était, que la Cour royale et le tribunal, cédant à l'entrainement des passions qui dominaient alors, peutêtre même au désir secret de plaire et de faire du zèle, avaient délibéré une protestation contre la nomination de mon père et l'avaient envoyée au garde des sceaux. La situation était critique : devions-nous céder à la tempête ou la braver ? si la question nous touchait personnellement, elle n'intéressait pas moins le gouvernement, car il s'agissait d'un de ses actes; il avait à décider jusqu'à quel point il lui convenait de résister à ce mouvement de réaction qui se manifestait avec une telle violence.

Je posai la question au garde des sceaux : je le trouvai faible, hésitant. C'est de M. Barbé-Marbois que Talleyrand de Périgord disait : c'est un roseau peint en fer. Je vis bien qu'il ne se souciait pas d'engager une bataille avec la réaction royaliste.

Mon père seul, privé de l'appui très-décidé du gouvernement, ne pouvait entreprendre de lutter : une crainte m'avait d'ailleurs saisi, c'était que, pour dénouer la difficulté, le ministre de la police ne vint à comprendre mon père sur la liste des votants exilés.

C'eût été une interprétation fausse et abusive de la loi : d'abord, parce que mon père avait, au péril de sa vie, voté contre la compétence de la Convention , contre la mort, pour l'appel au peuple, et ne pouvait être à aucun titre compris dans la catégorie des

Yotants ; d*autre part, depuis la rentrée des Boiirbons, il n'avait accepté aucune fonction du gouvernement de Napoléon.

Hais que n'avions-nous pas à craindre de la passion d'un parti alors toutrpuissant et des nécessités politiques d'un gouvernement faible? Aucun recours d'ailleurs ne se fût ouvert' pour nous contre l'inscription sur cette fatale liste de proscription : je conseillai à mon père de céder et d'envoyer sa démission,ce qu'il fit.

Un homme d'un cœur excellent, quoique la passion politique l'ait entraîné à des actes qui pouvaient ressembler à de la dureté, M. Bellart, s'était intéressé à mes premiers essais dans le barreau; il voulut bien m'aider de ses conseils dans cette circonstance si critique ; c*est alors que j'écrivis ce mémoire dans lequel je faisais valoir la motion de mon père au Corps législatif lors du débarquement de Cannes, mes propres .sentiments contre l'essai de restauration de l'empire, tit m'efforçais même, en chargeant^un peu les couleurs, de conjurer ainsi le danger qui menaçait mon père. C'est dans ce mémoire, qui est un des actes pieux de ma vie et dont le souvenir satisfait le plus ma conscience, que le parti ministériel avait le bon goût dans les derniers jours du gouvernement de Louis-Philippe de chercher des armes contrô moi. Les journaux ministériels et les journaux rouges se concertaient à merveille pour me présenter comme un légitimiste d'origine, un volontaire de Gand ; il y fut même une fois fait allusion à la tribune, et j'en profitai, ne voulant pas répondre à des journaux, pour donner un démenti à cette assertion : « /e rectifie un fait erroné^ disais-je,ye ne me justifie pas^ car alors que j'aurais cru devoir prendre les armes en 1814 pour défendre mes opinions, je ne croirais pas avoir à me justifier. » Mais une fois que la polémique passionnée et déloyale des partis s'est emparée d'un fait, elle ne lâche pas si facilement.

43 MÉMOIRES B'ODtLON BARROT.

Le démenti, quoique bien donné et fait avec assez de solennité, est laissé de côté et Tassertion est journellement reproduite. On voit, par le récit exact de tous les actes de ma vie dans ces jours, quelle est la vérité. Assurément, j'avais vu avec anxiété le retour de nie d'Elbe ; j'aurais très-résolument combattu avec la partie de la garde nationale qui partageait mon sentiment contre ce retour: je n'avais même pas hésité à voter contre le rétablissement de l'Empire, au risque de perdre ma carrière ; mais c'était une étrange méprise que d'attribuer le sentiment qui m'animait au culte de la légitimité. C'était au contraire, comme ami de la liberté, comme partisan des principes de notre grande Révolution que je pensais et agissais ainsi, et je n'étais pas le seul. Aussi, bien loin d'avoir un seul instant la pensée de quitter la France et d'émigrer comme volontaire à la suite des Bourbons, j'étais tout prêt à donner ma vie pour repousser l'étranger lorsqu'il s'avançait vers Paris. Je me souviens très-bien de mes impressions d'indignation, lorsque j'appris lacapitulation, et de ma douleurlorsque j'assistai à la retraite de notre armée et vis entrer à Paris les uniformes étrangers : je ne crois pas que ces sentiments, quoique divers, fussent contradictoires.

H. Mailhe, frappé d'exil, m'avait laissé son double titre d'avocat au conseil et à la Cour de cassation ; j'avais alors à peine vingt-trois ans et cette transmission prématurée me chargeait d'un fardeau que, dans mes prévisions et dans le cours ordinaire des choses, je ne devais être appelé à porter que cinq à six ans plus tard.

Je sentais que j'étais écrasé si je ne faisais un grana effort; je redoublai donc d'ardeur et de travail. Ma jeunesse intéressa les magistrats, mes vieux confrères me vinrent en aide ; mon prédécesseur, avant de partir pour l'exil, m'avait recommandé en termes tou-

SECONDS RXSTAURATION (1815-1880). 48

chants à ses nombreux correspondants des départements. D*an aatre côté, le rétablissement ou plutôt le premier établissement sérieux du gouvernement représentatif sous une monarchie constitutionnelle ouvrait pour la France une ère nouvelle et apportait de graves modifications non-«eulement dans le monde politique , mais même dans le caractère des débats judiciaires.

Peut-être aurais-je été bien moins préparé à comprendre ces modifications, si j'eusse été plus âgé. le remarquai, en eifet, un certain embarras dans nos vieux avocats, lorsqu'ils avaient à traiter quelques questions se rattachant au jeu des institutions constitutionnelles; ils étaient pour ainsi dire déroutés, et même la plupart d'entre eux avaient une répugnance instinctive pour les affaires de cette nature et les abandonnaient volontiers aux jeunes avocats contemporains de ces institutions, qui les aimaient et s'étaient facilement initiés à leur esprit. Je n'hésite pas à assigner à cette circonstance la principale cause de mes premiers succès au barreau. Ainsi ma jeunesse, au lieu de m'étre un obstacle, me fut un avantage.

Quoique la plus heureuse et la plus belle partie de ma vie se soit écoulée au barreau, cependant, comme ceux qui liront ces mémoires y chercheront bien plus l'homme politique que l'avocat et le jurisconsulte, je se parlerai que de ceux de mes travaux judiciaires qui ont eu quelques relations avec les événements politiques de mon pays.

Dès les premiers jours de la seconde restauration, la lutte s'engagea, ardente, passionnée, entre les hommes de la Révolution et de l'Empire et les partisans de la légitimité.

Lors de la première restauration, il n'y avait eu aucun conflit entre les partis : les Bourbons s'étaient trouvés substitués, comme par la forée des choses, à

Tempereur vaincu, et la France, épuisée, avait pour ainsi dire laissé faire : lorsque les révolutions se font ainsi, leur lendemain n'est en général marqué par aucune violence; alors qu*il n*y a eu ni combat, ni résistance, les passions n*ont pour ainsi dire pas d'ali* ment, les vengeances pas de prétexte. Mais il en avait été autrement pour la seconde restauration. La lutte avait été ardente pendant les cent jours, le sang avait coulé dans différentes parties de la France, et le parti qui venait de triompher par la défaite de nos armées avait soif de vengeance.

Ce furent d'abord les chefs du parti impérial qui furent, pour ainsi dire, d'avance dévoués au bourreau ; il fallait, disait-on hautement dans le monde politique, de grandes et illustres victimes expiatoires.

Le maréchal Ney fut désigné pour Tarmée, Lavalette pour Tordre civil. Le crime de ce dernier était d'avoir repris possession de Tadministration des Postes dont il était chargé sous l'Empire, quelques heures avant que Napoléon fût réinstallé aux Tuileries : c'était puéril et odieux. La culpabilité pouvait consister dans le fait d'avoir conspiré pour préparer le 20 mars et non dans celui d'avoir cédé à l'entraînement général qui, à l'approche de Napoléon des murs de la capitale, s'était déclaré dans presque toute la population.

Lavalette n'en fut pas moins condamné à mort, et son échafaud était déjà dressé sur la place de Grève, lorsque sa courageuse femme, aidée par un généreux étranger que j'aime à nommer, le général sir Robert Wiison, parvint à soustraire son mari au bourreau qui l'attendait.

Le maréchal Ney n'eut pas le même bonheur. Traduit d'abord devant un conseil de guerre composé de maréchaux, parmi lesquels il comptait certains de ses compagnons d'armes, ses avocats lui inspirèrent

la fatale idée de récuser une juridiction que ie sentiment de rhonneur, la solidarité de gloire et de danger, lui rendaient inévitablement favorable. Et, en effet, le conseil de guerre se déclara incompétent au risque d'encourir la disgrâce de la cour.

Le même sentiment qui commanda Tarrét d'incompétence eût rendu impossible un arrêt de mort.

Le vieux maréchal Moncey qui, comme doyen des juaréchaux de France, présidait le conseil de guerre, fut mis aux arrêts pour cet acte de courage et d'indépendance ; et cependant , en se déclarant incompétent, ce brave et loyal soldat ne se doutait pas qu'il venait de livrer son camarade au bourreau.

C'est ainsi que, dans les révolutions, persécutés et persécuteurs s'abusent bien souvent : les uns, dans leurs moyens de vengeance; les autres, dans leurs voies de salut, et que ce qui devait sauver tue, et tnce vena.

J'étais simple asmtant à ce procès, admis comme jeune avocat, et j'occupais une des places réservées au barreau : j'ai pu suivre ce drame judiciaire dans tous ses détails et ses cruelles péripéties.

Bellart occupait le siège du ministère public; il avait passé sa vie dans les luttes du barreau où il portait une grande fougue de caractère et une chaleur de cœur qui, dans la défense des accusés, était une qualité, mais qui, dans l'exercice du redoutable ministère dont il était investi, était plus qu'un défaut.

On se souvenait, d'ailleurs, que, comme membre du conseil municipal de Paris, en 1814, c'était lui qui avait pris l'initiative de la déchéance de Napoléon, et qu'à raison de ce fait, lors du 20 mars, il avait dû quitter la France. Dans cette situation, ses emportements ressemblaient trop à la vengeance : j'avais une véritable affection pour lui, et je souffrais de voir ses qualités mêmes ainsi perverties par le rôle que son

dévouement aux Bourbons et sa haine contre Tempereur lui avaient seuls fait accepter.

Berryer père était chargé du rôle principal de la défense, et 8*était adjoint Dupin aîné ; il devait cet honneur à une vieille réputation acquise dans la pratique des affaires commerciales, c'est-à-dire que, si sa réputation Tavait d'avance désigné comme défenseur du maréchal Ney, les causes de cette réputation le rendaient complètement impropre à Taccomplissement de cette difficile mission. Il n*y avait pas dans tout le jeune barreau un seul avocat qui n'eût mieux compris ou plutôt mieux senti cette défense. Au lieu de se traîner sur les exceptions et les fins de non-recevoir, comme s'il se fût agi d'une cause civile ordinaire, il fallait mettre l'accusé sous la protection de ses glorieux services; l'homme qui, par un dévouement héroïque, avait sauvé toute une armée au passage de la Bérésina, devait-il. périr par la main du bourreau pour n'avoir pas su résister à un entraînement que toute l'armée avait partagé ? N'était-ce pas aussi une épreuve trop forte pour l'humanité que de mettre ainsi des soldats en contact avec leur empereur de la veille qui, pendant si longtemps, leur avait donné la gloire et à qui ils devaient tout ce qu'ils étaient?

Ces sentiments eussent trouvé de nombreux échos dans cette Chambre des pairs oi: siégeaient un grand nombre de vieux serviteurs de l'Empire, et où ceux-là mêmes qui appartenaient au parti légitimiste n'étaient pas insensibles à la gloire de nos armées. Le cardinal de Retz l'a dit, et cela est profondément vrai : toute assemblée, de quelques éléments qu'elle soit composée, pour peu qu'elle soit un peu nombreuse, est peuple^ et obéit plutôt à la passion qu'à la raison.

Devant un tribunal composé de quelques juges, on peut chercher à éveiller les scrupules du juriste et

dSCONDK BBSTAURATIOK (]615-18d0). 47

saurer son client par des moyens de droit; mais la cour des pairs, avec la prétention d'être un tribunal, n'était qu'une assemblée politique trës-passionnée. Le défenseur du maréchal Ney, pour Favoir méconnu, resta au-dessous de sa mission ; en plaidant ses moyens préjudiciels avec des développements et une insistance qui ne produisirent sur toute Tassistance, juges et auditeurs, qu'une impression pénible, il avait réussi à dégrader son client et à lui enlever même le prestige de son passé et Tintérèt de sa situation présente. Il en était même arrivé, dans ses habitudes du métier et ses préoccupations malheureuses de patrociner, jusqu'à vouloir exdper de la qualité d'étranger de son client^. C'était trop fort. A ce moment le maréchal Ney imposa rilence à son défenseur et se leva; ses paroles sont consignées dans tous les journaux du temps. Il revendiquait, avec une noble fierté , ce titre de Français qu'il s'était e£forcé pendant toute sa vie de rendre si glorieux. Du reste, il renonçait à toute défense ultérieure et se déclarait prêt à mourir. Ces quelques paroles, dites avec simplicité et résignation, produisirent plus d'émotion que les plaidoiries de ses avocats; mais elles mettaient un terme au débat et le débat n'avait rien produit qui pût détruire cette charge accablante de la proclama-

I. Je me nppeUe an dËtail biea paéril, maii qui me frappa péniblement : an milieu de son plaidoyer et dans la partie la plus animée, Berrjer père, aUnterrompant , appelle l'huiMier, lui désigne nne feaéire oaverte qui le plaçait dans mi eourant d'air dangereux et TiDYite à la fermer; puis il reprend sa période, et le maréchal Ney était à ses côtés, et il était chargé de disputer au bourreau cette tête qu'arait épargnée le fer ennemi dans vingt batailles, et tons les yeux de la Franee, tooi les ceeurs des patriotes étalent suspendus à sa parole, et le malheureux songe au eourant d'air 1... Ah 1 me disais-Je, tout haletant d'émotion, si j'étais à sa place on pourrait bien tirer le canon à mes oreilles que Je ne fentendrais pas ; et je suis bien sûr qoe ton Ala en eût dit toot autant*

48 HEMOIRSS B'ODILOK BARROT. '

tion du maréchal Ney à ses soldats en faveur de Napoléon, alors qu'il était parti avec la mission de le combattre.

Le seul moyen de droit qui fût sérieux était dans la capitulation de Paris, par laquelle la vie de tous ceux qui avaient combattu contre Tarmée coalisée était garantie. Or, ce moyeu fut à peine énoncé. Il est vrai que c'était surtout aux généraux de cette armée, au général Wellington particulièrement, à le faire valoir. Leur intervention dans cette circonstance eût été un devoir d'humanité envers dlntrépides adversaires, alors même que la stipulation formelle de la capitulation dans laquelle ils avaient engagé leur foi n'en eût pas fait un devoir d'honneur; sollicités par la famille, par les amis, par les compagnons d'armes du malheureux maréchal, ils se refusèrent à réclamer l'exécution de la capitulation. L'histoire dira si, en cela, ils n'ont pas manqué tout à la fois à l'humanité et à l'honneur.

La condamnation à mort fut votée à une grande majorité, et dès le lendemain, à la pointe du jour, l'arrêt recevait son exécution dans l'avenue qui sépare l'Observatoire du Luxembourg. L'opinion des contemporains ne pouvait être que partiale pour ou contre cette condamnation : les uns la flétrissant comme un assassinat, les autres l'exaltant comme un acte de justice évidente; les uns proclamant le maréchal Ney martyr, les autres le représentant comme un traître qui avait justement expié son crime ; les uns appelant l'exécration publique sur le coupable, les autres demandant une éclatante réhabilitation de la victime. L'histoire sera plus juste; elle reconnaîtra que le maréchal Ney, en tournant contre le gouvernement qu'il « représentait les armes et le commandement qu'il avait reçus de lui, s'était rendu coupable d'un crime que les lois de toute société organisée ont reconnu digne de

la peine capitale ; mais elle admettra aussi TatténuatioD résultant des circonstances plus fortes que notre humanité, et dans lesquelles le devoir semblait ne pouvoir lutter contre d'inévitables sentiments. Elle reconnaîtra surtout que c'était aux vainqueurs à faire respecter la capitulation qui avait fait cesser le combat, et à s'interposer entre leurs adversaires et le bourreau : c'est sur ceux-là surtout qu'elle fera peser la responsabilité de la mort violente du maréchal Ney.

Si encore ces condamnations contre les quelques sommités du parti vaincu avaient pu désintéresser la vindicte publique et désarmer les ressentiments du parti victorieux? Mais il n'en fut pas ainsi; la mort du maréchal Ney ne fut que le signal d'une réaction qui sévit avec fureur dans toute la France et particulièrement dans le Midi. Cette partie du territoire avait été le théâtre, sinon de combats bien sérieux, au moins de rencontres entre les troupes que conduisait le duc d'Angoulème et celles qui avaient repris le drapeau de l'empereur.

La duchesse d'Angoulème, après avoir montré à Bordeaux un caractère digne de la petite-fille de Marie- Thérèse, avait dû se retirer, la douleur et l'humiliation dans le cœur, devant la défection des troupes qui tenaient la garnison de cette ville. Il avait suffi au général Clauzel, à la tète de quelques soldats réunis à la hâte, de se présenter de l'autre côté du pont de Bordeaux le drapeau tricolore à la main.

Dans l'Ouest, une armée légitimiste s'était formée et avait essayé de renouveler la guerre de la Vendée ; les vieux noms les plus honorés de l'ancienne guerre contre la république y figuraient : les Larochejaquelin, les Lescure, etc.; mais les temps étaient bien changés, plus de vingt années s'étaient écoulées depuis la pacification de ces contrées. Pendant ce temps h vente des biens des émigrés et de ceux de l'Église,

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les partages de successions, y avaient créé de nouveaux intérêts. L^infiltration des idées et des principes de la Révolution, par suite des communications rendues plus faciles, une administration éclairée, respectueuse pour les croyances et pleine de déférence pour les traditions de ces populations ; une sorte de partialité même en leur faveur dans la distribution des travaux publics ; la conscription elle-même, qui avait été le signal de la première insurrection, tout cela avait contribué à rendre une seconde prise d'armes plus difficile; les soldats libérés du service étaient revenus successivement, pendant cette période de vingt ans, dans leurs foyers, après avoir reçu l'éducation du régiment. Ils avaient rapporté dans leurs familles leurs habitudes militaires, leurs sentiments, leurs idées, et avaient profondément modifié autour d'eux les populations au milieu desquelles ils vivaient; ensuite les intérêts et les mœurs étaient changés, et les chefs, lorsqu'ils donnèrent, en 1814, le signal de la prise d'armes, s'en aperçurent bientôt.

Vainement, dans le pressentiment d'une catastrophe, le premier gouvernement des Bourbons avait-il tout fait pour organiser en quelque sorte, par avance, dans ce pays une nouvelle Vendée ; les cadres avaient été formés à grands frais, mais au jour de la prise d'armes ces cadres restèrent à peu près vides. L'état-major était nombreux, mais l'armée insurrectionnelle l'était fort peu. Aussi le général Lamarque en triompha-t-il aisément ; tout était pacifié dans le Midi et l'Ouest, lors de la funeste journée de Waterloo, mais dans le cœur des vaincus fermentaient la honte et la douleur de la défaite.

Des cours prévdtales furent organisées pour rendre la justice plus expéditive contre tous ceux qui seraient reconnus coupables de participation à la conspiration du 20 mars; mais cette justice militaire paraissait

P&OCis POUTIQUIS 11815-1890). 51

encore trop lente an gré des passions ; des massacres ensanglantèrent la plupart des villes du Midi : Nîmes,' Montpellier, Toulouse, Marseille, Avignon, Bordeaux.*

Des bandes qui s'étaient seerètement organisées pour combattre TËmpire, mais qui avaient été promptemenl comprimées, se trouvèrent toutes prêtes pour accomplir d'atrœes vengeances.

Les partis extrêmes n*ont rien à se reprocher en France; ils ont successivement atteint, dans leur cruelle émulation, le dernier terme de la frénésie et de la férocité I 4815 peut servir de contre- partie à 1193, et la terreur Uanchi n'a pas grandement différé de la terreur rouge.

Ce devrait être une raison pour les partis d'éviter ces récriminations violentes qu'ils s'adressent journellement ; encore si, en évoquant ces sinistres souvenirs, c'était pour les détester et rendre le retour de ces représailles atroces impossible ; mais non, c'est pour raviver les passions, rouvrir le cercle fatal des accusations et des vengeances.

Comme avocat, j'ai vu de près la partie judiciaire de ce drame sanglant, et c'était la plus odieuse, car, lorsque la violence et la vengeance revêtent le masque hypocrite de la justice, elles n'en sont que plus hideuses.

Ces malheureux que poursuivait la passion politique devant les cours prévôtales essayaient tous de décliner cette terrible juridiction, qui n'admettait aucun recours, et s'adressaient à moi pour contester devant la Cour de cassation la compétence de ces cours.

Je citerai, entre autres, le colonel de Chambure ; il avait été mon camarade au Prytanée de Saint-Cyr, et en était sorti pour entrer dans la grande] armée , oii il avait servi avec la plus haute distinction.

Il commandait au siège de Dantzick une troupe d'élite que les assiégés avaient surnommée la troupe

53 MÉMOIRES D'ODILON ^ARROT.

infernale, titre qui Thonorait et qu'elle avait bien mérité, car elle s*était signalée par les actions les 'plus inouïes d*audace. Un jour, une bombe étant tombée dans la casemate où se tenait cette compagnie, Ghambure, après Texplosion, en ramasse quelques débris et dit à ses soldats : « Mes amis, à ce soir la réponse. » Au milieu de la nuit, ces braves, dirigés par leur chef, se glissent à travers les avant-postes de Tarmée assiégeante, surprennent les soldats et les canonniers de la batterie, tuent les uns, dispersent les autres, et Ghambure dépose dans le mortier même qui leur avait envoyé la bombe un billet de sa main, avec les débris de cette bombe.

Sur le billet étaient écrits ces mots : l/ne politesse en vaut bien une autre. Hé bien, cet homme si brave et si Français à la fois, tout mutilé de blessures, avait été, pour ainsi dire, contraint par Napoléon de quitter le service et d'accepter un emploi civil. Mais rinvasion du territoire par l'étranger na pouvait le trouver paisible spectateur. Il avait levé un corps franc en Bourgogne et fait tout le mal qu'il avait pu à l'armée autrichienne : soit qu'il n'eut pas eu connaissance de la capitulation de Paris et de Tordre du gouvernement de cesser les hostilités, soit qu'entraîné par son patriotisme et son courage il espérât que la résistance pouvait être utilement prolongée dans les . départements, même après cette capitulation de Paris, il avait continué ses hostilités et fait prisonnier quelques officiers étrangers qu'il avait d'ailleurs traités avec les plus grands égards.

G'est là un fait de guerre qui relevait du droit des gens et non du Gode pénal. Mais la haine et la violence des partis n'admettent pas de telles distinctions; il y avait un certain raffinement dans la vengeance à frapper par le bourreau des hommes dont on n'avait pu se défaire par l'épée : tuer son ennemi, c'est quelque

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