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s'offre peut-être aux yeux de Thistoire avec le caractère le plus prestigieux, à raison de Faudace de Tentreprise, de la sûreté du coup d'œil, et de la rapidité du succès; mais aussi Tacte le plus criminel, car il rouvrait des blessures qui commençaient à se cicatriser, nous replaçait en face de la coalition et livrait ainsi une seconde fois la nationalité française aux hasards d'une lutte désespérée. Et ce n'était pas pour déchirer des traités humiliants et donner ainsi une satisfaction éclatante à l'orgueil national blessé. Non, car le premier mot de Bonaparte débarquant à Cannes fut qu'il reconnaissait et acceptait ces traités : c'est donc par un pur sentiment d'égoïsme et d'ambition personnelle qu'il remettait ainsi en question les destinées de sa patrie, et c'est ce qui m'autorise à appeler un grand crime le fait que tant d'autres ont glorifié.
Notre poste étant relevé, je me retirai triste et préoccupé des conséquences trop probables du drame qui venait de s'accomplir sous mes yeux.
La situation de Napoléon était, malgré sa facile victoire, des plus périlleuses. A l'intérieur, il se trouvait en face de ce même libéralisme que les gloires de l'Empire n'avaient fait qu'éblouir un instant, mais qui s'était réveillé plus vif que jamais, lorsque le prestige de la victoire avait fait place à l'humiliation de la défaite et aux désastres d'une invasion ; il avait tout à la fois à satisfaire aux exigences de la guerre qui aurait nécessité la plus grande concentration de pouvoir, et à satisfaire aux aspirations d'un parti qui venait d'éprouver ses forces dans les luttes de la presse et de la tribune contre la Restauration.
A l'intérieur. Napoléon était menacé par une formidable coalition qu'il avait bien pu surprendre par Taudace et la rapidité de son retour, mais qui n'était pas dissoute et qui ne pouvait tarder à se réunir pour l'écraser.
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II lui aurait fallu une véritable dictature militaire, car sa situation n'admettait ni hésitation, ni division, ni détournement de forces ; mais alors c'eût été tout au moins un despotisme momentané, et il s'était annoncé comme le vengeur de la liberté. Obligé plus que jamais de compter avec le sentiment libéral et de se défendre contre toute pensée de despotisme, il se trouvait ainsi dans la nécessité d'affaiblir son pouvoir et de le laisser discuter par une tribune libre et par une presse émancipée, alors que tout débat était mortel à sa cause. Il aurait pu satisfaire à cette double exigence, s'il eût franchement déclaré à la nation que la question des institutions devait être ajournée jusqu'à ce que la question extérieure fût vidée et que la France eût recouvré sur la Sainte -Alliance et sa liberté d'action , c'est-à-dire le droit de disposer d'elle-même, et ses frontières naturelles, le Rhin et les Alpes, que jusque-là il ne se considérait que comme général en chef des armées françaises investi de la mission momentanée d'atteindre ce double résultat; mais que, dès qu'il serait réalisé, il résignerait son commandement, et qu'alors une assemblée constituante réglerait dans sa pleine indépendance la constitution du pays. Une pareille déclaration eût à la vérité rencontré bien des doutes, bien des défiances, surtout dans les classes élevées, mais le sentiment de nationalité était si vif chez les masses que les oppositions eussent été entraînées par les premiers élans; mais pour cela il ne fallait pas perdre un instant, il fallait, après avoir rallié à la hâte les débris de son armée, se porter tout de suite à la rencontre d'un ennemi dispersé et surpris... Et siu*tout un premier succès eût devancé l'action et prévenu toute discussion I
Ses premières proclamations, datées de Cannes et de Lyon, contenaient bien quelque chose de cette
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pensée, mais une fois à Paris et installé aux Tuileries,. entouré de toute cette clientèle officielle qui dispa* rait et qui se refonne si vite dans notre pays autour du gouvernement, il se fit illusion, caressa Tidée qu'il pouvait encore diviser la coalition, entamer des négociations et perdit un temps précieux. Napoléon, dans cette circonstance, oublia trop le général pour Xempereur. C'est alors que, suivant un système mixte, e*est-à-dire le plus dangereux de tous, il concédait au libéralisme une tribune et une presse libres, en même temps qu*ii reprenait à TEmpire ses sénatus-consultes organiques, dans Tespoir bien téméraire de réconcilier TEmpire avec la liberté, la guerre la plus formidable avec les discussions les plus passionnées. Il entreprenait rimpossible, et il est étonnant que son grand génie ne Teùt pas de suite pressenti.
L'Acte additionnel aux sénatus-consultes de l'Empire inaugura ce système de conciliation et produisit le plus détestable eifet. On dit que Benjamin Constant en fut l'inspirateur; ce n'est pas le seul exemple d'un grand écrivain se montrant un fort pauvre politique; nous en verrons bien d'autres et non moins funestes dans le cours de ce récit.
La France consentait bien à suivre Napoléon comme général sur les champs de bataille ; elle n'était pas également disposée à lui servir de marche-pied pour reconstituer l'Empire ; elle avait repris goût à la liberté, et elle ne voulait pas y renoncer, aussi l'opposition soulevée par cet acte fut-elle vive et presque universelle. Les registres ouverts dans les communes pour recevoir les adhésions et les refus, quoique présentant comme toujours une majorité imposante d'adhésions en faveur du fait accompli, offraient aussi de nombreux et d'importants refus. Enfin, cet acte eut l'effet de nous diviser avant l'action contre l'étranger; ce fut une faute irréparable.
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Les élections de la Chambre des représentants s*en ressentirent; le parti libéral constitutionnel y fut envoyé en grande majorité. La Fayette y reparut environné de tout le prestige de son passé , et il n'avait rien abdiqué de ses principes ni de ses sentiments. — Là, reparurent d'anciens membres des assemblées de la Révolution : tels que Lanjuinais, Barrère ; d'anciens conseillers d'État de l'Empire : Regnault de Saintr . ïean-d'Angély, Boulay (de la Meurthe) et quelques hommes de la nouvelle génération qui s'étaient déjà fait un nom, soit dans la presse, soit dans le barreau : Manuel, Dupin figuraient parmi ces derniers. Lanjuinais fut choisi pour présider l'Assemblée; ce choix était par lui-même très-significatif. Comme membre du Sénat il avait fait constamment de l'opposition, ou plutôt il avait été longtemps le seul opposant... Il n'avait du moins pas attendu les désastres de nos armées pour apprécier et condamner la politique de l'Empereur.
Les partis ne tardèrent pas à se dessiner. Le premier acte de l'Assemblée fut de mettre à l'écart les sénatus-consultes de l'Empire et de décréter qu'elle avait mission de donner une Constitution à la France. Il était trop tard pour entamer une lutte de pouvoir et de prérogative.iNapoléon le sentit : il partit pour aller prendre le commandement de son armée, confiant dans son étoile et sachant bien que la victoire lui donnerait raison tout à la fois de ses ennemis de l'extérieur et des opposants à l'intérieur.
Les libéraux avaient de leur côté le pressentiment de cette position; ils prenaient leurs sûretés contre une telle éventualité : aussi, lorsque la nouvelle de la catastrophe de Waterloo arriva, au lieu de faire trêve à toute opposition et d'armer de tous les pouvoirs que réclamait la situation critique de la France celui qui, après tout, était le seul en état de