‹ Mémoires posthumes (volume 5)Chapitre 19 sur 57 · VOTA6E DE CHERBOURG · texte numérisé non relu

VOTA6E DE CHERBOURG

serviteurs restés fidèles venaient, en secret, offrir leurs hommages et leurs sympathiques regrets à la famille royale ; mais Timmense majorité des populations, on pourrait dire l'unanimité, tout en respectant le malheur de cette famille, et en rejetant sur de mauvais conseils et sur d'indestructibles préjugés de naissance le tort des fatales ordonnances, adhérait avec enthousiasme et sans réserve à la révolution qui venait de s'accomplir. On s'attendait cependant partout aux efforts d'une nouvelle coalition.

La Sainte-Alliance avait garanti dans de solennels traités la couronne à la branche aînée des Bourbons : or cette couronne venait d'être brisée par le peuple qui renvoyait fièrement à l'étranger le gouvernement que rétranger lui avait donné. Il était donc tout naturel de considérer une nouvelle lutte avec l'Europe armée, comme une conséquence inévitable de la révolution de Juillet ; cette perspective ne semblait nullement effrayer même les classes qui auraient eu le plus à souffrir d'une pareille guerre, telles qye les cultivateurs et les artisans ; partout la défense s'organisait, sans attendre l'impulsion du gouvernement.

Dès que nous paraissions, on nous entourait, on nous demandait des armes qui seules manquaient, et les jeunes hommes, les enfants même pleins d'enthousiasme, s'écriaient qu'ils étaient tout prêts à courir aux frontières. C'est pour moi un bon et doux souvenir que celui des émotions que j'éprouvais à la vue de ce peuple, cette fois si généreux et si brave au lendemain d'une victoire pure de toute violence. Fort de son droit, il était prêt à tout risquer, à tout souffrir pour la défense du libre exercice de sa souveraineté : en se montrant ainsi, il se montrait vraiment grand et digne des bienfaits de ce gouvernement représentatif dont il venait de faire triompher le principe sur les absurdes prétentions du droit divin.

Plût à Diea que le même esprit qui avait fondé ce gouvernement eût servi à le maintenir et à le féconder l...

Pendant que cet enthousiasme se manifestait de mille manières sur la grande route autour de nous, souvent il arrivait que, derrière et à quelque distance, la malheureuse duchesse d*Angoulème, fatiguée de la voiture, marchait, silencieuse et absorbée dans sa douleur. Alors à sa vue le silence se faisait, on s'éloignait avec respect et attendrissement à Faspect de ce monument vivant des plus grandes vicissitudes et des plus cruelles épreuves qu'il ait été jamais donné à un être humain de subir.

Le malheur extrême et immérité la sanctifiait en quelque sorte aux yeux de ce peuple si admirable par la délicatesse et la sûreté de ses instincts.

Pour moi, lorsque les détails du service me faisaient la rencontrer par hasard, je m*empressais de m'éloigner aussitôt, ne trouvant pas d'autre moyen que cette réserve respectueuse de lui prouver ma profonde sympathie pour ses malheurs.

Mon collègue le baron de Schônen, pour n'avoir pas eu la même discrétion et s'être hasardé à lui adresser quelques paroles, s'était attiré une de ces rebuffades par lesquelles se trahissait trop souvent, dans cette princesse, un caractère aigri par la souffrance. « Suis-je donc condamnée, s'était-elle écriée, à avoir toujours devant moi le visage de cet homme ! ... »

Cette parole était dure et non méritée, car c'était un sentiment bienveillant qui portait de Schônen à offrir ses services et ses consolations. Seulement son cœur, dans cette circonstance, n'avait pas eu assez d'esprit.

La ville d'Argentan était marquée par Charles X comme un lieu de séjour et de repos, et, en effet, nous y séjournâmes le 9 et le 40 août : ces deux journées furent remplies de bien des agitations.

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La lenteur du voyage excitait des inquiétudes de plus d'un genre à Paris, et surtout dans le gouvernement.

D*une part, on craignait que la Bretagne et la Vendée et plusieurs départements du Midi, travaillés par les intrigues du parti légitimiste, ne fissent explosion ; on faisait courir, comme il arrive toujours dans ces temps de crise révolutionnaire, mille bruits mensongers : tantôt c'était Charles X qui, échappant à notre sarveillance, allait se jeter dans le Bocage, pour donner le signal d'une prise d'armes dans ces contrées où fermentaient encore les vieilles passions royalistes ; tantôt c'était notre sûreté qui était menacée par les gens de la suite du roi. On s'effrayait surtout de cet appareil militaire, de ces canons qui Taccompa* gnaient, on y voyait un noyau d'année tout préparé pour l'insurrection.

D'autre part, le parti parlementaire, qui craignait de voir la révolution échapper à sa direction et s'égarer dans des voies de désordre et d'anarchie, était très-impatient de la fixer, en lui donnant un dénouement.

La nécessité de concilier la forme monarchique et le principe de la souveraineté nationale indiquait forcément la branche cadette conune pouvant seule concilier ces deux grands intérêts de sincérité et de liberté.

Le duc d'Orléans avait été vivement pressé d'accepter la couronne avec une constitution librement votée et non octroyée : il s'y était décidé. Hais il fallait motiver ce changement de dynastie autrement que par le fait seul d'une insurrection victorieuse. Le gouvernement de juillet à peine né avait peur de son origine, et songeait à masquer son principe : c'est sur le fait matériel de la vacance du trône qu'on voulait motiver l'avènement de la nouvelle branche ; on conçoit dès

lors avec quelle impatience on attendait le moment où Charles X aurait quitté réellement le territoire.

Voici la dépêche que nous recevions à Argentan, datée du 8 août 1830 :

Messieurs,

S. A. R. apprend avec étonnement que la marche du roi Charles X devient de joui* en jour plus lente, qu'il se propose de s'arrêter dans certaines villes, et qu'il ne vous permet pas de porter la cocarde tricolore. Ces faits déjà connus de la population dans une foule de départements accroissent son irritation et sa méGance. La sûreté du roi Charles X et de sa famille en pourrait être gravement compromise et vous-mêmes, Messieurs, vous vous trouveriez bientôt hors d'état de la garantir. S. A. R. vous ordonne de demander à entretenir le roi Charles X sur cet état de choses, et de lui en représenter fortement les funestes conséquences possibles. Dans la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire ce matin, je vous a; déjà transmis à ce sujet les instructions de S. A. R. Elle se décide à envoyer pour commissaire M. le ^colonel Jacqueminot, afin qu'il insiste de nouveau auprès du roi Charles X sur la nécessité de se rendre promptement et en poste au lieu de son embarquement, et d'éviter ainsi les mouvements populaires qui pourraient se manifester autour de lui. S. A. R., convaincue que, pour l'efflcacité de votre mission, il est indispensable que la population vous voie revêtus des insignes qui la caractérisent, vous invite à porter constamment la cocarde tricolore, qui est celle de la France, et pense que S. M. le roi Charles X ne peut voir, dans cette mesure, qu'une nouvelle marque de Tardent désir de S. A. R. que la sûreté du roi Charles X et de sa famille ne soit jamais menacée. Si le roi Charles X se refusait à vos représentations, S. A. R. vous ordonne de suspendre les payements auxquels vous êtes chargés de pourvoir pour la suite du roi, suite dont la composition et le nombre paraissent à S. A. R. plus propres à compromettre la sûreté du roi qu'à la garantir.

Agréez, Messieurs, l'assurance de ma haute considération»

Le Commiasaùre provisoire au département de Flntérieitr,

Signé : GuuoT.

Paru, le 8 août 1830.

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A cette dépêche était jointe une lettre confidentielle que H. Guizot m'adressait :

Paris, 8 aodt 1830.— Une henra da mz\m»

{Confidentielle.)

Mon cher ami» S. A. R. m'ordonne de vous demander quelles sont précisément, dans une si pénible mission, les garanties de voire sûreté personnelle et les moyens de les rendre complètes. Ne manquez pas de lui répondre à ce sajet; elle me l'a expressément recommandé.

Tout va bien ici, au delà môme de notre attente. Les deux Chambres ont déclaré aujourd'hui la vacance du trône et l'urgente nécessité d'y appeler Mgr le duc d'Orléans. L'effet de cette déclaration et de la bonne tenue de la Chambre des députés a été immense. La séance des deux Chambres où S. A. R. prêtera serment aura lieu demain lundi.

Vous pouvez vous fier au jeune homme que je vous envoie pour secrétaire. Il est intelligent et sûr.

Adieu, mon cher ami. Il est près de deux heures, et je n'ai pas dormi depuis longtemps. Je vais me coucher. Mille compliments de ma part à M. de SchCnen. Vous savez si je suis tout à vous.

Signé : Guizot.

On peut juger par ces lettres de Tétat d'anxiété où Ton était à Paris sur notre voyage : le sang-froid et la patience sont des qualités assez rares chez les hommes qui se trouvent engagés dans une révolution ; ils sont naturellement impatients des dénouements; rarement ils ont assez de confiance dans leur droit pour en avoir beaucoup dans le temps.

Pour nous, qui étions sur les lieux, en contact direct et de tous les instants avec les personnes qui entouraient Charles X et avec les populations que nous traversions, éclairés d'ailleurs par des rapports journaliers et très-exacts du directeur de la poste et de divers agents sur ce qui se passait dans les autres parties de la France, nous étions beaucoup plus rassurés

158 MEMOIRES D'ODILON BAREOT.

qu'on ne Tétait au Palais-Royal. Bien loin de craindre les populations que nous traversions, nous n'avions qu'à contenir leur zèle et leur enthousiasme. Quant à Charles X, une guerre de buissons n'était guère ni de son goût, ni do son âge ; et il ne nous paraissait nullement disposé à courir les aventures et à braver les dangers d'une nouvelle chouannerie.

Cependant, et par surcroit de précautions, nous avions fait éclairer la route que nous suivions, du côté surtout de la Bretagne, par le général Protheau qui avait ordre de marcher parallèlement à nous, avec quelques bataillons, mais de manière à nous masquer ses mouvements et à ne pas montrer ses soldats. Ce général avait parfaitement compris nos ordres et les exécutait avec beaucoup de réserve et d'intelligence.

Nous étions donc en pleine sécurité contre les éventualités que le gouvernement paraissait redouter si fort; aussi nous primes sur nous de ne pas obéir aux ordres qu'il nous transmettait.

Voici comment j'expliquais et justifiais notre conduite dans une dépêche adressée au lieutenant-général et dans une réponse que je faisais à M. Guizot, alors ministre de l'intérieur, et dont voici le texte :

MOX CHRR AUl ,

Je pense que vos dépêches officielles ont pour objet de faciliter les efforts que nous fesons pour hûter un voyage qui se prolonge beaucoup trop. C'est ainsi que je les explique à mes collègues, qui en sont assez blessés, et surtout le maréchal Maisofiy pour qui l'annonce de l'envoi de Jacqueminot parait une insulte personnelle, en ce qu'elle semble condamner son insufûsance et sa mollesse.

Vous savez quel est le caractère de notre mission : elle est toute de déférence et d'humanité ; les recommandations intimes du prince et de la princesse ont rendu, à cet égard, nos ménagements plus nécessaires; comment donc voulezvous que nous allloDS brutaliser le roi, un vieillard malheu-

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reux, et des femmes, en affectant devant enx de montrer avec ostentation des signes qui les blessent profondément ! Ln senlimenC de déférence et de convenance nous a fait, toutes les fois que nous avons approché du roi et des princesses, dissimuler nos couleurs ; mais en cela, nous n'avons suivi que l'impulsion de nos cœurs et nulle menace ne nous a été faite; et, comme vous pouvez bien le penser, elle eût été impuissante. Du reste, en public et devant la suite du roi, nous n'avons jamais quitté nos couleurs*

A la suite des communications que nous venons de faire au roi, il est décidé que nous partirons demain à quatre heures du matin pour aller coucher à Condé, de là à Vire ou peut-être plus loin, près Saint-LÔ, Garentan, Valognes et Cherbourg. Le roi nous fesait proposer d'aller à Grandville, mais comment y faire venir les bâtiments? P'ailleurs, nous n'eussions trouvé là aucune ressource pour le licenciement des gardes du corps, et au cas d'hésitation du roi pour l'embarquement, aucun moyen de commander cet embarquement ; il faut se résigner à subir encore ces deux ou trois jours : ils sont sans inconvénients si tout se passe avec ordre, comme nous l'espérons, et, plus le voyage aura été long, plus son effet moral en France et à l'étranger sera décisif.

Recevez, etc.

Cependant, avant même la réception des dépêches de Paris, nous avions senti la nécessité de simplifier le convoi et de le dégager de tout ce qui pouvait lui donner Tapparence d'une marche militaire : les pièces de canon surtout offusquaient les populations; cet appareil do. la force faisait naître en elles la tentation de se mesurer avec l'escorte.

Nous avions plus d'une fois remarqué ces impressions sur notre passage, et nous résolûmes de demander péremptoirement que les pièces d*artillerie et les détachements provenant de différents corps de l'armée fussent renvoyés, pour ne laisser le soin do l'escorte qu'aux seules compagnies des gardes du corps.

Le duc de Raguse, ayant été chargé par nous de

100 miSmoirks d*odilon barrot.

signifier notre demande à Charles X, rencontra une vive résistance. Le roi invoquait la dignité de son malheur; les détachements dont on voulait le séparer, disait-il, représentaient Farmée entière; et cette représentation, toute de fidélité et d'honneur, qui était pour lui une consolation dans son infortune, ne pouvait inspirer aucune sérieuse inquiétude. Il nous suppliait de ne pas affliger ses cheveux blancs, etc.. Quoi qu'il nous en coûtât, nous dûmes persister, résolus que nous étions à n'user d'aucune contrainte pour accélérer le voyage et résistant en ce point aux instances réitérées de notre gouvernement. C'était pour nous un motif de plus de rendre à l'escorte un caractère pacifique et purement honorifique, afin d^éviter jusqu'aux prétextes les plus indirects d'une collision. Notre responsabilité était trop engagée pour céder sur ce point ; nous fimes connaître notre résolution définitive et irrévocable à Charles X.

Le maréchal Maison fut chargé de la lui rapporter en ces termes :

« Les commissaires chargés, sous leur responsabilité, de la sécurité du roi trouvent qu'elle est compromise par un appareil militaire que les populations sont disposées à mal interpréter.

« Les quatre compagnies des gardes sont suffisantes pour honorer la retraite de Charles X ; quant aux canons et aux détachements de diverses armes, c'est trop pour une escorte d'honneur, ce n'est pas assez pour se frayer un passage par la force.

« Que le roi choisisse entre la protection morale que notre mission lui assure, et les garanties qu il croirait trouver dans les canons qu'il traîne après lui. S'il met sa confiance dans cette force matérielle, notre mission auprès de lui est inutile : nous nous retirerons.»

Charles X céda.

Les artilleurs et les pièces furent renvoyés à leurs

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batteries, les divers détachements à leurs corps respectifs ; et lorsque, le 1 1 août, nous quittions Argentan, après un séjour de deux jours, les compagnies des gardes accompagnaient seules le roi.'

On a pu voir par les dépèches échangées entre le Gouvernement et nous Fimportance qu* avait prise à Paris rincident de la cocarde tricolore dont Charles X avait horreur.

On a vu aussi que notre itinéraire fut Fobjet d*une longue et vive discussion : quelle route prendrionsnous en quittant Argentan ? nous dirigerions-nous sur Caen? c^était le désir du gouvernement, et parce que la ligne était plus directe et plus courte, et parce qu*elle nous éloignait du Bocage, qui était toujours fort suspect.

Charles X, au contraire, redoutait beaucoup de traverser cette ville de Caen, dont on lui avait dépeint la population comme lui étant très-hostile. Ainsi que je récrivais à M. Guizot, il nous proposait, pour concilier le désir du gouvernement avec ses propres appréhensions, de choisir Grandville pour lieu d'embarquement*; mais rien n'était disposé dans ce port pour embarquer tant de monde : il aurait fallu y faire venir les vaisseaux de Cherbourg et les attendre; nous eussions perdu plus de temps par cette attente que nous n'en pouvions gagner en prenant la route plus directe de Grandville. Nous adoptâmes un terme moyen. Nous maintînmes Cherbourg comme lieu d'embarquement; seulement, pour nous y rendre, nous primes la route de Vire oii nous arrivions à onzç heures du matin.

Les dépêches suivantes font suffisamment connaître ce qui s'y passa:

Vire, le 4 aodt 1830, S htarei après midL

Sire y Nous sommes arrivés dans cette ville sur les onze heures,

lei HitfOIRES D'ODILON BARROT.

et avons traversé ce Boeage> si renommé dans nos dissensions civiles. Le passage de Charles Xt annoncé depuis plusieurs jours, avait attiré toute la population sur la route; mais nous n'avons remarqué aucune manifestation qui pût nous donner la moindre inquiétude. Le drapeau tricolore était arboré sur le clocher du plus petit village. La popu-lation de Vire paratl encore plus prononcée que celle de Cùndé-iur-Noùrea», Falaise, Argentan et des autres villes que nous avons parcourues. La garde nationale y est organisée; les cadres pourraient en être beaucoup plus étendus, s'il y avait des armes. C'est un objet que nous ne saurions trop recommander à la sollicitude de Votre Majesté.

Le roi Charles X vient de nous faire appeler ; il avait quelque inquiétude sur les mouvements de gardes nationales et de troupes de ligne qui ont eu lieu de Caen et de Domfl^ont : nous l'avons complètement rassuré à cet égard, en lui disant que nous avions arrêté ce mouvemenU

M. de La Pommeraie avait déjà donne contre-ordre aus troupes détachées de Caen ; il en est arrivé cependant un bataillon aux portes de Vire, mais nous ne l'avons pas fait entrer en ville : il est resté cantonna dans les eavirons et retournera à Caen demain.

Le roi a paru satisfait et a protesté de l'intention loyale où il était d'accomplir l'engagement qu'il avait pris avec nous de se rendre à Cherbourg sans aucune arrière-pensée. Il nous a entretenus d'une question qui l'intéresse personnellement. Il a placé à Paris, chez des banquiers, 2,000,000 environ, provenant de ses économies; ces fonds ont été placés avant son avènement au tréne, car il paraît que, depuis, sa liste civile était annuellement plus qu'épuisée ; il demande si ces fonds privés lui sont conservés, et c'est sur CCS fonds qu'il veut faire rembourser les 600,000 francs que nous lui remettrons à Cherbourg.

Sans rien préjuger sur cette question, il nous a pam que Ifi principe appliqué aux capitaux placés par la Dauphine devait être également appliqué dans celto circonstance. Le roi a aussi soulevé une autre question qui nous a paru plus susceptible de controverse : il s'agit de bois qui lui appartenaient en propre, parce qu'il les possédait avant la Révolution et qu'ils lui avaient été rendus en vertu de la loi de 1814, comme biens invendus; il les avait fait passer sur la tête du duc de Bordeaux, avant «on avénemeat au tréne, et

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précisément pour éviter la confusion que cet avènement établissait entre sa propriété privée et les propriétés de l'État. .

Ces bois devront-ils être considérés -comme constituant encore une propriété privée? Gomme telle, écbappe-t-elle à la main-mise de l'État et doitrelle être conservée au duc de Bordeaux, qui en est nominativement investi ? La même question se reproduit pour les châteaux de plaisance achetés par la danphine pour la dachesse de Berry?

Nous avons répondu au roi qu'il ne nous appartenait pas de décider d*aussi graves questions; que nous ne pouvions qu'en référer à Votre Majesté ; que nous l'engagions seule* ment à désigner des personnes de confiance à Paris, avec lesquelles ces affaires pussent être traitées.

Il nous a donné le nom de M. de La BouUlerie^ pour tout ce qui concernait sa liste civile, et M. de BellevUlej demeurant rue Royale-Saint-Honoré, n» 12, pour ses affaires privees*

M. Charies a procuration de madame la Dauphine ; mar dame la duchesse de Berry a fait demander si ce qui lui était dû sur sa liste civile, avant l'abdication, lui serait payé? Il s'agirait d'une centaine de mille francs. Mademoiselle avait aussi droit à quelque arriéré dont elle avait consacré l'emploi à l'éducation de jeunes orphelines.

11 nous serait agréable de pouvoir rapporter à cette malheureuse famille des réponses favorables sur toutes ces questions, sur celles, du moins, qui ne sont pas nécessai* rement du ressort des Chambres ou des tribunaux. 11 nous semble qu'il est d'une bonne politique de se montrer à leur égard très>généreux sur les questions d'argent.

Nous partons demain à sept heures du matin^ nous rafraîchissant à Thorigny^ et allons coucher à Saint-Lé. — Neuf lieues.

On nous avait promis les journaux tous les jours; nous en manquons. Il importe cependant que nous soyons parfaitement au courant, ne fût-ce que pour donner l'impulsion convenable autour de nous.

Nous rencontrons, du reste, sur toute notre route, des hommes qui ont une parfaite intelligence de la position, et nous voyons avec plaisir que, même dans cette Basse-Normandie, il y a une assez grande diffusion de lumières et surtout de bon sens politique.

164 ujSmoirbs d'odilon barrot.

Nous sommes avec le plus profond respect, Sire^ de Votre Majesté, les très-humbles et très-obéissants serviteurs.

Signé : OoiLON Barrot.

Il avait été beaucoup question entre Charles X et nous, à Vire, de ses besoins d'argent et de ses biens personnels. C'était un bon signe : nous y apercevions un symptôme de résignation, non-seulement de la part du roi, mais de sa famille ; et notre insistance auprès de notre gouvernement pour donner une large satisfaction à ces intérêts n'était pas seulement de la justice et de l'humanité, c'était de la bonne politique.

Le roi Louis-Philippe (car il reçut la couronne le 9 août) le sentait bien de son côté et n'avait pas besoin de nos incitations; il était trop heureux de cette diversion : aussi ne marchanda-t-il pas, et non-seulement il reconnut tout ce qui était légitime dans les prétentions de Charles X, mais il avança même sur ses deniers la somme de 600,000 francs dont Charles X avait besoin et qui furent remis à celui-ci à Cherbourg. Je n'ai pas vérifié si cette somme lui fut remboursée par le Trésor.

Charles X fut touché de cet empressement et nous chargea d'en témoigner sa reconnaissance à son cousin; mais la duchesse de Berry, plus vive et plus franche, ne put retenir un trait sarcastique. « Oui, Louis-Philippe a grand soin de nos nippes^ et il nous prend notre couronne^ »

Au surplus, nos explications firent évanouir toutes les terreurs chimériques qu'on avait conçues au Palais- Royal, et notre conduite reçut la pleine approbation du gouvernement, ainsi que cela résulte de la dépèche suivante :

Farii, la 12 «oAt 1830, 7 heuretda soir»

Messieurs, Nous recevons à l'instant même vos dépêches d'hier, à Vire.

TOTAGB DB CHBRBOURO. 165

Vous a^ez bien fait d'arrêter le mouvement de^ gardes natio* nales et des troupes venues de Caen et de Domfront, puisqa il n'était point nécessaire, et nous sommes persuadés avec TOUS que le voyage du roi Charles X se terminera sans incident fâcheux.

Quant aux questions qui vous ont été adressées sur les affaires personnelles du roi Charles X, de madame la Dauphine et de madame la duchesse de Berry, il nous parait qu'elles doivent toutes être résolues selon leurs désirs. Nul doute ne peut s'élever sur les deux millions provenant des économies du roi Charles Xet qu'il a placés à Paris chez des banquiers avant son avènement au trône, non plus que sur les châteaux de Villeneuve et de Rosny, achetés par madame la Dauphine et par madame la duchesse deBerry; ce sont là évidemment des propriétés privées dont le roi Charles X et les princesses peuvent librement disposer. Quant aux bois rendus au roi Charles X en vertu de la loi de 181 4« le roi, en qualité de membre du conseil de famille, a eu pleine connaissance de l'acte qui les a fait passer sur la tête du duc de Berry, et, plus tard, du duc de Bordeaux et de Mademoiselle, sa sœur, avant l'avènement du roi Charles X au tr6ne ; c'est donc encore là une propriété privée, qui ne cesse pas d'appartenir aux possesseurs. Le roi vous autorise à répondre en ce sens à toutes les questions qui vous ont été adressées.

n ne doit être nullement question de rembourser sur les fonds privés du roi Charles X les six cent mille francs que vous êtes chargés de lui remettre à Cherbourg.

Le roi Charles X est parfaitement libre de se rendre, si* cela lui convient, dans le nord de l'Allemagne; mais il ne saurait prendre terre à Ostende : le royaume des Pays-Bas, et spécialement la Belgique, est Tun des points où les commandants des bâtiments envoyés à Cherbourg pour le recevoir ont ordre de ne pas le débarquer.

Madame la duchesse de Berry a reçu les nouvelles qu'elle désirait avoir sur Pétat de santé de son père.

Nous regrettons que des journaux vous aient manqué; nous donnons de nouveaux ordres pour qu'ils vous parviennent exactement.

Ci -joint des lettres que nous vous invitons à remettre im« médlatemenl à leur adresse.

Le roi me charge de nouveau. Messieurs, de vous expri-

mer toute sa satisfaction de la prudence, de la fermeté et de la délicatesse avec lesquelles vous vous acquittez de votre importante mission.

Agréez, Messieurs, Tassurance de maliaate considératioa

et de celle de tous mes collègues.

te ndnistn. Secrétaire éCÉtai au iiparîemnt âe TTnténaer,

Signé : Guizot.

Toutes les diffienltés paraissaient ainsi aplanies, et nous nous félicitions déjà de Fheureuse facilité avec laquelle s'accomplissait ce voyage tant redouté, lors-» qu'une mesure imprudente, un zèle inconsidéré, faillirent tout compromettre et donner 'pour dénoûment à notre pacifique mission ime sanglante catastrophe.

Arrivés à Saint-Ld, après avoir fait une station à Thorigny, nos dispositions étaient prises pour Fétape du lendemain, qui était indiquée à Carentan. Nous venions de nous coucher, et je commençais k reposer, lorsqu'un exprès, arrivé en toute hâte de Carentan, vint me réveiller : il nous apportait des lettres du général Hulot et du général Proteau, et, de plus, la nouvelle que la ville de Carentan était occupée par un nombreux rassenoblement de troupes de ligue et de gardes nationales venues, les unes de Cherbourg, les autres de différentes parties du département de la Manche.^

Un rapport de gendarmerie, daté du 12 août, à onze heures du soir, nous annonçait que tous les hommes dont se composait ce rassemblement armé étaient dans la plus vive exaltation ; qu'ils refînaient d'obéir à l'ordre qui leur avait été donné de se retirer ; qu'ils annonçaient hautement leur résolution de ne pas retourner chez eux avant d'avoir embarqué Charles X à Cherbourg, déclarant qu'ils ne voulaient auprès de lui d'autre escorte qu'eux.

« Conune ils sont très-exaltés, joutait le rapport,.

▼OTAGX m CBS&BQimtw 187

il esl néeeBsaire qu'ib sdeiit tous ét»tiM aTant Tar* mée de Sa Majesté, |M>ar sa sûreté^ atteDda qu'ik ont aussi exalté ceux de Carentan. »

Yoiei, en effet, ee qui éteh arriré : le général Hnlot, eomnandant supérieur du déparleiaent de la Hfanche, araîl reçu de Paris Tordre de B*avaneer au-deyant de noitt, autant ponr liftter la marehe du eonvoi que pour rassurer.

Quelles instruetions particuIAres étaient jointes à cet ordre? nous Tîi^rions. n est! évident que cet ordre et ces instructions avaient été donnés sous Finflueiice de Fanxiétéque les lenteurs du Toyage avaient fiât naître et des fausses terreurs qne nous arions eu tant de peine à dissiper. Ce qui le prouve, e*est le pas» sage de la lettre que le général Hulot nous adressait à la date du II août, et dans lequel il noua mandait de lui écrire : m fions itim^ UbrH.

Le général Proteau nous faisait part, de son côté, du mouvement du général Bulot, à la tête de six bataîll<ms de ligne, des gardes nationales de diverses riDee, et de six pièces de canon r lui-même avait Tordre de se porter à Tembrandiemeot de la route de Carentan à Sidnt-»Ld el Bayenx.

Ce qui nous inquiétait le plus dMs ces dépêches, c'étaH Texaltatiofli des gardes fiationales et le reftis qu'elles avaient fait d*obéir aux ordres du général qui leur avait commandé de se retirer.

Tons les firnits de notre produite réserve allaient donc être perdus? Il était trop évident poer nous que les quatre compagnies des gwdes ne céderaient pas volontairement leur poste près de la famille royale : an coniKt devenait inévitable, et il était facile d'en prévoir TborriMe issue.

Il était trois heures et demie du matin, et le rapport (|a*on nous transmettait était de onze heures et demie Âi soir : il nous donnait donc le dernier état de^

168 MÉKOIRES D*ODILON BARROT.

choses, et il n*y avait pas un moment à perdre, car rheure du départ du convoi était indiquée pour six heures du matin.

Nous avions heureusement avec nous H. de la Pommeraie, député du Calvados, brave et loyal gentilhomme qui avait honorablement servi Tempire, et qui, dans la Chambre des députés, appartenait à cette opposition libérale et traditionnelle qui aurait voulu concilier les droits de la couronne avec ceux de la souveraineté nationale : on nous Tavait envoyé de Paris, à raison de la juste influence qu'il exerçait dans' ces contrées et pour nous aider dans les communications que nous pourrions avoir avec cette partie de la Normandie.

Nous le dépéchâmes tout de suite à Carentan, avec nos pleins pouvoirs pour dissoudre immédiatement le rassemblement qui interceptait la route à Carentan, et Tassurance que nous le suivrions de près. Nous avions déjà donné directement au général Hulot Tordre formel de se retirer avec ses troupes, mettant sous sa responsabilité les conséquences que le moindre retard dans Texécution de cet ordre pourrait produire. Nous étions à Carentan dès huit heures du matin ; le convoi dont nous avions recommandé de ralentir la marche ne devait y arriver que vers midi.

H. de la Pommeraie, avant notre arrivée, avait déjà réussi, par son influence personnelle et en partie aussi par ses menaces, à faire retirer les garde^ nationales des villes voisines, et avait requis pour cela tous les véhicules du pays.

Quant au général Hulot, il avait tout de suite obéi à Tordre que nous lui avions intimé. Il restait cependant encore à Carentan, quand nous y arrivâmes, des groupes fort animés de gardes nationaux appartenant, soit à la ville de Carentan elle-même, soit aux campagnes du voisinage : postés sur la route, ils visitaient

VOTAOB DB OHBRBOUBO. 169

toutes les voitures qui venaient à passer et avaient la prétention d*en faire autant des voitures de la famille royale, sous le prétexte qu'elles pouvaient renfermer quelques-uns des ministres signataires des ordonnances, et spécialement le prince de Polignac, alors Tobjet de toute la colère populaire.

Déjà un évêque qui venait au-devant de Charles X pour lui rendre ses hommages avait subi cette visite et était arrêté : nous commençâmes par faire rendre la liberté à ce prélat ; puis quelques paroles de fermeté eurent bientôt fait rentrer dans Tordre ces gardes nationaux, qui n'étaient qu'égarés par des bruits mensongers.

Nous les rassurâmes sur la pensée qu'ils avaient que les voitures de la famille royale pouvaient renfermer les ministres coupables, et toute cette effervescence était calmée lorsque les premières voitures du convoi parurent. Toutefois nous avions eu la précaution, de peur de quelque incident fâcheux, de rester au milieu de cette population qui faisait haie sur le passage de la famille exilée, afin de pourvoir à toutes les éventualités.

J'assistais donc à pied, et mêlé à ce peuple de curieux, à ce triste et solennel défilé, qui s'avançait lentement et au milieu d'un silence profond à travers cette foule à peine calmée.

Les premières voitures qui parurent étaient celles qui renfermaient le duc de Bordeaux et sa sœur, avec leurs gouvernantes. On avait appris à ces enfants, dans le temps de leur grandeur, à distribuer à la foule des saluts et des sourires gracieux toutes les fois qu'ils paraissaient en public ; on ne les avait pas déshabitués de cet usage depuis leur triste déchéance, et, lorsque le peuple vit ces deux charmantes petites têtes blondes paraître aux portières et envoyer à droite et à gauche des baisers, l'attendrissement fut général ; les hommes

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mHFmnrfltient tout bas dans leur langage ntf f : « Hs sont cependant bien gentils, ces pamrres in&ocŒits, » et les femmes pleuraient.

En un instant Fboslilité avait fait place à un vif et unirersel intérêt.

Ainsi est fait le peviple : il a la naïveté et la mobt* lifté des impreesicns de T^afance : quekpies heures auparavant, il n'aurait pas hésité à se jeter dans un oon* Ait sanglant, et, dans ce moment, il était prêt à se prosterner devant cette infortune qui se produisait à ses yeux sous les formes de Tenfance avec ses grâces et son innocence.

Notre rôle était désormais parfaitement inutile ; et, après nous être assurés que tout le convoi avait traversé sans aucun conflit, nous reprimes la route de Valognes, où nous devions aller coucher.

La couchée avait d*abord été indiquée pour Caren* tan ; mais Tincident de la nuit avait fait changer cet itinéraire, et Charles X avait consenti cette fois à dé* roger à ses habitudes et à imposer à son monde un peu plus de fatigue pour éviter Thospitalité menaçante de la ville de Carentan.

Ainsi se termina cette journée, qui nous avait causé de si vives inquiétudes et dont le seul résultat, Oiem merci, fut d'abréger d*un jour ce voyage, que nous voyions enfin avec un grand soulagement de coeur et d*esprit s'avancer vers son terme : à Valognes, en effet, nous nous considérions comme arrivés au port. C'est là que nous devions faire toutes nos diq>ositioDs d'embarquement; et nous nous mimes, dès notre arri* vée, en communication avec les autorités maritimes de Cherbourg, dont nous n'étions distants que de quelques lieues.

Il s'agissait d'abord de déterminer le nombre des personnes qui s'embarqueraient avec la famille royale €t la suivraient dans son exil : à Argentan, Charles X

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mons avait parlé de deni à trois cents personnea, îadépendainment des domestiques» des voitures et des chevaux. Nous avions écrit à Cherbourg de faire des dispo6Îlk>as en conséquence, ee qui avait nécessité radjonetion d'un navire à ceux qui étaiaat déjà désignés pour la traversée.

A Valognea, ce n'était pins que soixante à soixantedix personnes qui devaient suivre le roi déchii.

A Cherbourg, c'était un nombre moindre encore» C'est que ie temps aviût produit son effet inévitable : le ttouveaa gouvernement se consolidait» la France se prononçait tous les jours avec plus de force et d'unanimité en sa faveur; la réilexion, les influences de posHîon et de famille dominaient peu à peu les premiers élans de la fidélité, et le calcul prenait le dessus sur l'enthousiasme. Il ne restait plus, pour braver les douleurs de l'exil, que ces quelques dévouements toujours bien rares, qui sont à réfHreuve de toutes les secousses.

Le choix même des vaisseaux qui devaient transporter Charles X n'était pas sans difficultés : serait-fl transporté sur des vaisseaux français ou étrangers?

Oiarles X avait témoigné le désir de monter sur des vaisseaux anglais ; il avait même adressé à ee sujet wne demande au gouvernement anglais, qui la rejeta, « pour ne pas troubler, disait la dépêche, ses bans rapports avec le nouveau gouvernement de la France. >>

Le motif de l'instance que le roi apportait à préférer des vaisseaux étrangers à des vaisseaux français était qu'il voulait au moins paraître libre pendant la traversée, et surtout n'être pas blessé par la vue de couleurs qui lui étaient odieuses.

Par une sorte de compromis, il fut convenu que Charles X s'embarquerait sur des vaisseaux américains, frétés pour le compte du gouvernement français ; les capitaines et les équipages de ces vaisseaux

relevaient bien de Tautorité française et obéissaient à ses ordres, mais ils ne portaient pas le pavillon tricolore, et cela suffisait au vieux roi.

Un sujet de discussion beaucoup plus sérieux portait sur la destination que devaient recevoir les bâtiments de transport et sur le lieu de débarquement.

Charles X, soit par ressentiment des procédés du gouvernement anglais à son égard, soit par une combinaison dont nous n'avons pas eu Texplication, manifesta d*abord Tintention de se faire débarquer à Ostende ; mais sur Texclusion formelle que le gouvernement français fit de ce port, il désigna Amsterdam.

Unenouvelle dépêche du gouvernement ayantétendu Texclusion à tous les ports des Pays-Bas, c'est-à-dire de la Belgique et de la Hollande alors réunies, Charles X se rabattit sur Hambourg. H ne nous appartenait pas de pénétrer les calculs qui se faisaient de part et d'autre : le roi déchu avait-il le pressentiment de la révolution qui allait éclater en Belgique ? espérait-il trouver dans le parti catholique, qui préparait cette révolution et allait l'accomplir, un appui pour ses desseins ultérieurs ? ou bien, cédant à une illusion commune à tous les rois détrônés, n'avait-il d'autre objet que de s'éloigner le moins possible de la France, afin d'être toujours à portée de profiter de la réaction qu'il espérait voir se produire bientôt en sa faveur?

Toujours est -il que, par les mêmes motifs sans doute qui avaient dicté sa détermination, le gouvernement français s'opposait à ce qu'elle se réalisât, et voici l'ordre formel qui nous était transmis à ce sujet.

Dépêche du ministre de la marine à M. Dumont d'Urviîle, de Paris, le 14 ootU 1830, à i 1 heures du soir^ arrivée par esta-fette, le i^,à3 heures du matin,

14 août 1830.

Monsieur le capitaine, Vos iiistruclions n'ont pas prévu le cas où le roi Charles X

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