‹ Mémoires posthumes (volume 5)Chapitre 20 sur 57 · TA6B BB CHERBOURG · texte numérisé non relu

TA6B BB CHERBOURG

ne iroudrait pas indiquer, avant de quitter Cherbourg, le point où il veut se rendre, et qu'après être parti, il insisterait sur une volonté immuable de relâcher dans l'un des ports du royaume des Pays-Bas. Dans ce cas, je vous ordonne de conduire le roi Charles X et tous les princes de sa famille dans le port de Portsmoutb, de les y débarquer, et de rentrer immédiatement après en France avec les bâtiments qui sont sous vos ordrest

Agréez, etc.

Foor eopis i

Signé : Hobagb Sébastiàm.

Le ConteOUr d'État, Préfet maritime.

Signé : Pooykr.

Nous ne pouvions que nous conformer strictement k cet ordre et aux moyens d*en assurer Texécution. A cet effet, nous dûmes rédiger des instructions conformes, que nous remîmes à Tamiral Dumont d*UrvilIe, commandant de la petite flottille. Ce marin était le même qui venait de faire le tour du monde, qui avait découvert les débris de la célèbre expédition de la Pé rouse ; le même aussi qui, après avoir échappé à tant de périls, devait, à quelques années de là, périr d'une mort affreuse dans une partie de plaisir. Il était au nombre des victimes qui périrent dans le convoi du chemin de fer de la rive gauche de Versailles ; son corps carbonisé et entièrement méconnaissable fut retiré de Tun des viragons, qui avait été broyé et incendié dans cet horrible sinistre. Tristes et cruels jeux de la destinée L...

Afin de ne rien laisser au hasard et de tout préparer pour qu*au moment de rembarquement aucun obstacle ne vint entraver cet acte si important, nous nous rendîmes à Cherbourg de nos personnes, tandis que Charles X se reposait à Valognes et faisait ses préparatifs avant de quitter la France.

Nous visitâmes avec un soin minutieux les vaisseaux

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qui devaient porter Charles X et sa suite afin de nous assurer qu'il y serait convenablement •.

Nous nous concertâmes avec le préfet maritime et Tamiral Dumont d'Urville sur le moyen le plus assuré de maintenir à la petite flottille la direction qu'elle devait conserver ; cet amiral ne pouvait, par les raisons que nous avons données, monter Tun des bâtiments américains, mais les capitaines de ces bâtiments devaient recevoir ses ordres et être attentifs aux signaux qu'il leur transmettrait du brick sur lequel il s'embarquerait et qui les suivrait à courte distance.

Ce brick devait être lui-même en communication avec un petit bâtiment de la douane, fin voilier qui au moindre incident devait se détacher, aborder le port le plus rapproché, et nous avertir.

Les bâtiments devaient aborder la rade de Spitkead^ et là, attendre la réponse du gouvernement anglais à la nouvelle lettre que lui avait adressée Charles X, et aux communications de notre gouvernement. L'ordre formel était donné d'empêcher toute déviation de cette destination et tout débarquement partiel ; au cas de résistance, l'emploi de la force était autorisé.

Notre gouvernement, pour mieux assurer l'exécution stricte et rigoureuse de ses instructions, avait décidé que l'un de nous, le maréchal Maison, monterait de sa personne sur le vaisseau oii Charles X serait embar* que et ne le quitterait qu'au moment même du débar* quement.

Nous crûmes pouvoir négliger cette dernière partie de Tinstruction, dont l'exécution inspirait une vive

1. C'est dans cette Tisite.que, m'enquérant de la destination d*«ne chambre dans laquelle on lit d'une grandear innsilée dans les aménagements de la marine «Tait été Introdait, J'appris que le due et la duchesse d'Angouléme avaient conservé, à travers les vicissitude* de leur vie si longuement et si cruellement éprouvée, les habitudes de rintimité la plus lofuehante.

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r^ugnance au maréchal à qui ce rôle donnait un peu trop le caractère d'un geôlier. Les précautions prisé» par nous rendaient d'ailleurs parfaitement inutile la présence de Tun de nous sur le vaisseau.

Après nous être ainsi assurés que tout était disposé pour rembarquement, nous retournâmes à Valognes.^ Charles X, de son côté, avait terminé ses préparatifs et était prêt à s'embarquer ; il était plus gai et plus expansif que dans les jours précédents, soit qu'il se sentit dégagé désormais des appréhensions qu'il avait eues pendant le voyage, soit que la résignation religieuse qui le soutenait dans cette grande épreuve reçût de l'approche du dénouement une nouvelle force. Il avait toujours montré dans les rapports que nous avions avec lui une politesse bienveillante et digne,mais froide et réservée. Peut-être son langage avec moi avait-il eu un peu plus d'abandon et de familiarité, à raison de ma jeunesse et surtout parce que, n'ayant appartenu par aucun lien quelconque à son gouvernement, je lui paraissais, dans ses idées de fidélité et de loyauté, moins chargé que mes collègues du reproche de félonie. Il avait même porté parfois cet abandon jusqu'à me parler de la Révolution, sujet sur lequel, eu général « il déclinait toute conver-* 8ation«

u Je n'avais pas le choix, me disait-il, les ordonnances étaient une nécessité impérieuse et absolue : une fois placé sur la pente des concessions on ne peut plus s'arrêter. J'avais devant les yeux l'exemple de mon frère ; j'ai mieux aimé monter à cheval qu'en charrette.

« Du reste, je connais tous les fils de la conspiration qui était ourdie et sur laquelle je n'ai Qdt que prendre l'initiative ; je pourrais vous nommer le banquier qui a soldé tout ce mouvement populaire. » (II luisait, sans doute, allusion à Lafitte. ) Je l'écoutais

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avec un intérêt mêlé d*étonnement' . Comment, me disais-je, les hommes qui sont chargés des destinées des peuples, sont-ils presque toujours si mal informés de rétat des choses ; malgré la crainte que j'avais de détruire les dernières illusions de ce vieillard et de le blesser sans nécessité, je ne pus m'empécher de lui dire qu'il me paraissait avoir été entretenu dans une erreur complète et sur les hommes et sur les choses : « Vous pouvez m'en croire, sire, lui disais-je ; car tout est désormais consommé et les faits dont nous parlons appartiennent à l'histoire. Au moment ob le conflit provoqué par les ordonnances avait éclaté, il n'y avait plus de conspiration ; les sociétés secrètes étaient à peu près complètement dissoutes et ne comptaient plus que quelques-uns de ces aventuriers politiques pour lesquels l'éiat de conspirateur est une manière de vivre, une habitude invétérée, mais qui, dans leur isolement, ne sont plus pour un gouvernement, ni un danger, ni même une menace sérieuse.

<( Le danger pour votre gouvernement et la cause de sa chute a été précisément dans ce que l'insurrection n'était ni préparée, ni dirigée par quelques-uns ; elle a éclaté comme une explosion spontanée et universelle de toutes les classes de la population reliées entre elles par une passion, une colère commune : insurrection d'autant plus redoutable, d'autant plus invincible, qu'elle ne se personnifiait dans aucun chef, et qu'on ne savait par conséquent où la frapper.

« Ainsi, loin que la révolution qui vient de s'accomplir ait été l'œuvre des sociétés secrètes, tant que ces sociétés ont agi et attaqué votre gouvernement, elles

1 ' Je lisais tout récemment dam Macaulay Thistoire de la révolution de 1688, qui prête à Jacquet il des paroles idenUquee. La France pouvait-elle ne pas être saislo par l'analogie des aituations; malheureusement cette analogie ne s^est pas continuée entre les sueeesseurs des deux rois détrônés

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n'ont réussi qu'à le fortifier. Ce n*est que lorsqu'elles ont cessé et qu'à votre tour vous êtes devenu agressif contre le parti constitutionnel, que le danger a commencé. La conspiration n'était nulle part, mais Tirritation et la défiance étaient partout et la révolution était dans Tair. Croyez bien qu'il n'aurait été au pouvoir ni de quelques conspirateurs ni d'un banquier de préparer ni de solder un tel événement. »

Il m*écoutait avec une bienveillante et indulgente attention ; mais je voyais bien, à son demi-sourire et à ses hochements de tète, que je ne l'avais pas converti et que la leçon que les événements venaient de lui donner lui avait si peu profité qu'il aurait été tout prêt à recommencer.

Ce fut cependant dans un de ces moments d'effusion et lorsque nous venions de lui faire part des mesures que nous avions prises pour lui procurer à lui et à sa suite toute la sécurité et toutes les aisances qu'il pouvait désirer, qu'il nous adressa ces paroles :

« Nous allons bientôt nous quitter, Messieurs. J'éprouve le besoin de vous remercier des soins dont vous m'avez entouré dans des circonstances tout à la fois si pénibles et si périlleuses. »

Je lui exprimai combien nous étions touchés de ce témoignage de sa reconnaissance ; que nous n'avions lait que suivre les instructions de notre gouvernement, à qui nous serions heureux de reporter les expressions qu il venait de nous adresser.

Le maréchal Maison, encouragé par le ton qu'avait pris la conversation, crut le moment favorable pour hasarder ime sorte d'apologie personnelle : « Croyez bien. Sire, dit-il à Charles X, que je ne me serais jamais chargé de la mission que j'ai remplie auprès de Votre Majesté, si je n'y avais vu l'occasion de lui prouver mon dévouement et ma reconnaissance, »

Ce dernier mot réveillait de pénibles souvenirs»

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« Ne parlons pas de eela, » répondit sèchement Charles X, et il se tourna d'un autre côté. Le mot de « reconnaissance » venait de rappeler au vieux roi que c'était de sa main que le général Maison avait reçu le bâton de maréchal de France ; et il lui était pénible de le voir parmi ses adversaires, même et peut-être surtout en qualité de protecteur.

Étrange et bizarre rapprochement : en 4814, c'était le général Maison qui, en sa qualité de commandant la division militaire du Nord, avait donné la main à Louis XVIII pour débarquer à Calais ; c'était le même homme devenu maréchal qui allait donner la main à Charles X pour l'embarquer à Cherbourg. On comprend que tous ces souvenirs jetassent quelque froid et mêmequelque aigreur dans les rapports de Charles X avec ce maréchal Maison, qui, d'ailleurs, en avait la conscience et évitait ces rapports autant que les nécessités du service le lui permettaient.

Enfin, le jour fixé pour l'embarquement se leva, jour si impatiemment attendu par le gouvernement que nous représentions, jour auquel nous aspirions nous-mêmes avec une bien vive impatience, car il devait nous décharger de la plus lourde responsabilité.

Il avait été convenu d'abord que les gardes du corps se sépareraient du roi à Valognes, mais ils nous supplièrent par leurs chefs de leur permettre d'accompagner le roi jusqu'au moment de l'embarquement. Nous ne crûmes pas devoir les empêcher de donner à leur maître ce dernier témoignage d'une fidélité que nous ne pouvions qu*honorer. Seulement, nous eûmes à prendre quelques mesures pour prévenir tout conflit entre la population de marins, dont la chaleur d'opinion nous était connue, et messieurs les gardes.

Nous arrêtâmes que l'enceinte du port militaire serait rigoureusement fermée ; que Charles X, sa suite

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