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et les qaatre compagnies de gardes du corps y pénétreraient seuls ; qu'aucun cri ne serait poussé et que les gardes retourneraient immédiatement après Tem* barquement à Yalognes, sans se livrer à aucune manifestation qui pût blesser la population ou la provoquer : les choses s'accomplirent comme nous l'avions prescrit.
Le 16 août, sur les midi, le cortège entrait à Cherbourg, traversait silencieusement la ville et pénétrait, sans s'arrêter, dans l'enceinte murée du port militaire, dont les portes se refermèrent aussitôt. Le temps était magnifique et le soleil éclairait de toutes ses splendeurs cette triste et solennelle cérémonie.
Nous avions fait une dernière inspection des bâtiments, et debout, découverts, nous attendions le roi et sa famille pour assister à son embarquement; ses vieux et fidèles serviteurs, dont la plupart avaient déjà connu et éprouvé les douleurs d'un premier exil, étaient là, tristes, consternés, attendant aussi que leur maître parût. Ce fut un moment d'attendrissement universel que celui où nous vîmes descendre ce vieillard sur lequel tant d'infortunes s'étaient appesantieSy sans altérer en lui les grâces de la jeunesse, et sans troubler cette sérénité d'âme que lui donnaient, au milieu des plus cruelles épreuves, ses croyances profondes et sincères. L'attendrissement redoubla et les sanglots recommencèrent à éclater autour de nous, lorsqu'après lui descendit, couverte de ces vêtements de deuil qu'elle n'avait jamais quittés, la duchesse d'Angoulème, cette sainte femme, à qui la Providence n'avait épargné aucune douleur; puis vint un jeune enfant, et à son apparition un frémissement se fit entendre au milieu de cette foule d'exilés. Les gardes du corps firent retentir leurs armes, sans cependant pousser aucun cri.
M. de ClermontpTonnerre saisit cet enfant avec une
sorte d-exaltation et le montra aux assistants avant de remporter dans le bâtiment. La duchesse de Berry vint ensuite. Nous les suivions, profondément émus nous-mêmes de cette scène, que le génie d'un grand artiste devrait transmettre à la postérité, ne fût-ce que comme une leçon éclatante pour les peuples et pour les rois.
Avant de donner le signal du départ, nous crûmes devoir prendre congé de la famille royale et lui demander si elle n'avait pas quelques dernières recommandations à transmettre à notre gouvernement. C'est alors que Charles X me remit ces quelques lignes écrites de sa main :
Au moment où je vais m'embarquer, je dois vous témoigner. Messieurs, que, dans la commission dont vous avez été chargés près de moi, je n'ai eu qu'à me louer des soins et des altentions que vous avez eus personnellement pour moi, pour ma famille et pour les personnes qui m'ont accompagné.
Je vous dois cette justice et je vous la rends, comme vous m'en avez témoigné le désir. (11 faisait allusion à notre conversation de Valognes.)
Signé : Charles.
Et ce post-scriptum, toujours écrit de sa main :
Messieurs les Commissaires qui m'ont accompagné de Rambouillet à Cherbourg, Messieurs le maréchal Maison de Schonen, Odilon Barrot, de La Pommeraie.
Puis la conversation porta sur les intérêts que Charles X laissait en France : nous lui avions déjà donné sur la plupart de ses demandes pleine satisfaction ; mais il avait à cœur surtout de continuer la ponsion qu'il faisait à de pauvres vieux émigrés, vis-àvis desquels il se considérait comme personnellement obligé. Seulement, tout en nous recommandant cette dette, qu'il qualifiait de dette d'honneur et d'huma-
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nité, il aurait bien voulu n'être pas redevable de son acquittement au gouvernement de la révolution, et voici comment il raisonnait :
« Vous savez, Messieurs, qu'il a été trouvé un trésor considérable dans la Casauba d'Alger. Il est inutile que je vous rappelle les principes de notre droit public. Ce trésor m'est acquis par les droits de la conquête, et j'en dispose en faveur de mes malheureux pensionnaires. »
Dans un tel moment, toute discussion eût été une souveraine inconvenance et une inutile brutalité. Nous nous inclinâmes, nous bornant à répondre que nous en référerions à notre gouvernement.
Nous nous retirions lorsqu'une femme de la suite de madame la duchesse d'Ângoulême s'approcha de moi , et me remit de sa part une lettre non cachetée, en m'avertissant que dans quelque temps une personne de sa confiance viendrait la retirer de mes mains : c était un blanc-seing qui devait servir pour la gestion des intérêts de cette princesse. Je fus d'autant plus vivement touché de cette marque de confiance de sa pàJrt, que, par respect, je m'étais constamment tenu éloigné d'elle et ne lui avais pas une seule fois adressé la parole ; il semblait qu'elle eût deviné les profondes et vives sympathies qu'elle m'inspirait.
J*avoue que, dans le cours de ma vie, jamais distinction n'a eu plus de prix pour moi.
A deux heures et demie après midi, nous quittâmes le navire et nous donnâmes le signal du départ. Un vent favorable éloigna bientôt des rivages de France cet infortuné monarque, qui ne devait plus revoir une patrie qu'il avait eu le malheur de ne pas comprendre. A trois heures, les bâtiments étaient hors de vue et nous rentrions dans notre hôtel pour dresser le procès-verbal de l'embarquement et écrire la dépêche suivante :
182 MÉMOIRES D'OPILON BARROT.
Cberbonrg, 3 béons après midL SlR£|
Le roi Charles X, avec toute sa familie, est embarqué; une brise de terre les porte rapidement sur les côtes d'Angle-* terre, où il arrivera probablement avant minuit. La corvette la Seine est prèle à appareiller et rejoindra le convoi hors du port. Le Rôdeur le suit déjà immédiatement, ainsi que le coutre de la douane, qui doit, dans deux ou trois heures, venir rendre compte de la direction des bâtiments.
II résulte des instructions définitives qu'emporte le capitaine Dumont-d'Urville,.que les deux bâtiments qui portent les princes doivent se rendre directement, et sans dévier,, dans la rade de Spithead ; que là, il leur sera permis de faire relâche, jusqu'à ce que le roi Charles X ait pu arrêter sa destination définitive ; que, si cette destination était contraire aux instructions données, le capitaine débarquerait toute la famille royale dans Portsmouth et se retirerait avec ses vaisseaux; que, si cette destination s'accorde avec les instructions, les bâtiments y conduiront le roi Charles X et toute sa famille ; mais qu'une fois cette destination fixée, il en sera de suite donné connaissance au gouvernement fran* çais et qu'il ne pourrait plus y être fait aucun changement. Le capitaine devra s'opposer à tout débarquement partiel de tels ou tels membres de la famille. Il a tous les moyens d'assurer l'exécution de ses instructions : les équipages améri<cains des deux navires sont, de fait et par suite de convention expresse, sous ses ordres. La corvette la Seine et le Rôdeur, armés en guerre, reçoivent ses signaux, et, au cas tout à fait improbable de résistance, ils trouveront dans le concours de ces deux vaisseaux tous les moyens de la vaincre. Le roi Charles X, auquel nous avons dû faire part des instructions données au capitaine, nous a déclaré qu'il se rendrait dans la rade de Spithead^ qu'il y resterait proba-r blement de sept à huit jours pour recevoir les réponses du gouvernement anglais à ses demandes, et qu'il était pro« bable que sa destination ultérieure serait Hambourg,
Ces communications ont eu lieu sur le navire même, après nous être assurés par nos propres yeux que toute la famille royale était embarquée, et un moment avant le départ des vaisseaux Ces dispositions, arrêtées entre le préfet marw
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Urne, le capitaine Diufiont-dlIrviUe et nous, nous ont paru, à totts et unanimement, assurer complètement le but que Votre Majesté parait s'être proposé dans les instructions qn'Elle a daigné nous transmettre.
La dernière dépêche da 14 août, qui, par surcroît de précaution^ prescrivait à l'un de nous, le maréchal Maison, de s'effibanjner sur le même bord qui porte Charles X et sa famille, ne nous est arrivée qu'au milieu de la nuit, à Yalognes. Il était alors trop tard pour faire faire à Cherbourg les dispositions qu'aurait nécessitées ce changement au plan d'abord adopté. Les navires n*ont même été entière^ ment prêts qu'au moment même de l'embarquement, et il importait avant tout qu'il ne fût pas retardé. D'ailleurs, les engagements que nous avions pris avec Charles X et que Votre Majesté a daigné approuver étaient entièrement inconciliables avec ces nouvelles dispositions. Ce prince avait très-expressément déclaré qu'il ne s'embai^erait pas, s'il se trouvait à bord un seul homme qui portât la cocarde tricolore ; qu'il ne céderait qu'à la violence. Le maréchal, représentant officiel de son souverain et de la France sur un bâtiment étranger, et eu présence d'un équipage étranger, ne pouvait pas ne pas porter les couleurs nationales ; d'ailleurs, sa suite, présente sur nn bâtiment américain, faisait que ce bâtiment n'était plus pour la famille de Charles X un territoire neutre, une sorte de lieu d'asile; cette attention si délicate et si généreuse qui avait inspiré à Votre Majesté de choisir un bâtiment étranger, de {Référence à un bâtiment français, se trouvait entièrement pervertie. Il n'a pas été un seul instant douteux pour nous que Charles X ne fût bien profondément blessé par cette di^osition, tout à fait contraire à nos conventions; que la vue de cocardes tricolores au chapeau de quelques obscurs matelots nous exposait à un conflit violent; qu'une fois les ordres de Votre Majesté communiqués, nous devions, pour ne pas compromettre sa dignité, en assurer l'exécution, même par la force; que les populations et les gardes présents à ce débat pourraient bien ne pas rester indifférents, et qu'une catastrophe, qu'il était, avant tout, dans notre mission d'éviter, pouvait venir en un seul instant compromettre le succès presque miraculeux d'une mission dont l'issue toute paisible importait tant à l'avenir et i l'honneur de notre révolution.
Dans cette position, Sire, placés entre cette condition première et fondamentale de notre mission, de prévenir toute violence, et un ordre dont l'exécution pouvait amener de graves désordres, nous rappelant que nous étions partis de Paris et avions été agréés par le roi Charles X comme de simples sauvegardes, et non comme des surveillants; convaincus, d'ailleurs^ que les dispositions par nous prises et les instructions données au capitaine Dumont-d'UrvUle rendaient complètement inutile l'intervention personnelle de l'un de nous à bord des navires, nous avons cru devoir prendre sous notre responsabilité de laisser subsister intacts les arrangements convenus avec le roi la veille même du départ.
Nous osons espérer, Sire, que Votre Majesté ne verra dans cette détermination, qui a été unanime, qu'une nouvelle preuve du dévouement que nous avons apporté à l'accomplissement de l'importante mission dont elle nous a honorés.
Du reste, ainsi que nous l'avions assuré d'avance, l'embarquement s'est opéré avec le plus grand ordre. La population, les troupes de ligne ont été parfaitement calmes et réservées; pas un cri, pas une insulte ne sont venus aggraver la douleur de cette famille : les gardes du corps, qui ont voulu assister tous au départ, ont été respectés; ils sont repartis immédiatement, ainsi que tous les équipages, pour Valognes, où ils coucheront ce soir.
Le roi et les princesses ont daigné, lorsque nous avons été prendre congé sur le navire, nous témoigner leur satisfaction et leur reconnaissance pour la manière dont nous avons accompli notre mission; — le roi a même cru devoir nous en donner un témoignage écrit de sa main.
Dans un dernier entretien qui a eu lieu sur le vaisseau^ le roi nous a parlé de ses créances personnelles qui n'ont pas été payées en 1814; il recommande le payement de ces créances au gouvernement. Un travail de liquidation qui doit être déposé dans les bureaux du ministère de la maison du roi les porte à cinq millions environ : il destinait à ce payement une partie des trésors du dey d'Alger, qu'il con* sidérait, s'étayant des précédents de l'Empire, comme devant faire partie de sa liste civile. Il annonce qu'il pourrait en payer une partie sur les ressources qui lui restent ; mais il craint, s'il épuise ces ressources, d'être à la merci des étrangers.