‹ Mémoires posthumes (volume 5)Chapitre 23 sur 57 · ORDRE DU JOUR · texte numérisé non relu

ORDRE DU JOUR

Messieurs les Commiesaires délégués pour accompagner le roi Charles X et sa famille jusqu'à Cherbourg éprouvent le besoin, au moment où leur mission vient de se terminer, de rendre témoignage de la conduite loyale et honorable que Messieurs les gardes du corps ont tenue dans cette grave circonstance : appelés à remplir un devoir d'honneur et de fidélité, ils ont su parfaitement concilier les exigences de ce devoir avec le respect dû au gouvernement établi.

Messieurs les Commissaires se plaisent à déclarer que c'est à ce sentiment de réserve et de convenance qu'ils doivent en grande partie d'avoir heureusement accompli mie mission dont l'issue importait tant à l'honneur de la France.

Signé : Le maréchal Maison ; Le baron de ScH02isir ; Odux)n Barbot.

Chdimirg, le 16 août iS30.

Un dernier épisode de ce grand drame politique nous attendait à Saint-Lô, comme pour compléter et terminer notre mission* On vint nous annoncer que le prince de Polignac, arrêté sur les côtes de la Manche, au moment où sous un déguisement de domes*tique il allait s'embarquer, était détenu dans la prison de la ville, et qu*il invoquait notre autorité pour le faire délivrer : nous nous rendîmes aussitôt dans sa prison, en traversant une foule exaspérée, qui faisait entendre des imprécations contre le prisonnier. Quelle ne fut pas ma surprise de voir cet homme qui avait

été l'instrument, sinon Fauteur, d'un cataclysme dans lequel un trône s'était abîmé, et dont la portée et les conséquences devaient être si graves pour la France et l'Europe entière, venir à nous avec un visagd niaisement épanoui, nous remercier de notre visite et nous prier de donner tout de suite Tordre de son élargissement en vertu de nos pouvoirs I « Je ne sais pas, nous disait-il avec un air de surprise réelle ou seulement jouée, pourquoi j'ai été arrêté. Il n'existe contre moi aucun mandat de justice, et on ne peut me retenir un seul instant dans cette prison, sans violer dans ma personne les droits de la liberté individuelle.

— Mais vous n'entendez donc pas les cris de la foule qui se presse aux portes de votre prison ? lui dis-je. En supposant que nous eussions le pouvoir et la volonté de vous faire sortir de prison, nous ne le ferions pas, par humanité. Ne comprenez-vous donc pas que ces murs en ce moment protègent votre vie et que vous ne pourriez en sortir sans rencontrer une mort certaine ?

— Qu'ai-je donc fait pour mériter une telle haine? répliquait -il d'un air tout étonné. Dans le passé, je n'ai fait qu'obéir à des ordres sacrés pour moi ; et, quant à l'avenir, je ne demande plus qu'à me retirer à la campagne, pour y vivre loin des affaires. »

Ce dialogue aurait pu se prolonger longtemps; je coupai court par ces mots :

« Monsieur de Polignac, lui dis-je, je vois bien qu'il faut faire cesser vos illusions. Vous avez commandé le meurtre de vos concitoyens, non pour la défense des lois, mais pour leur violation flagrante. Hé bien, d'après notre Code pénal et d'après celui de toutes les nations civilisées, un pareil crime est puni de mort. » Et, comme je voyais sur sa figure une impression.de terreur, j'ajoutai : « Vous me pardonnerez la brusque franchise de cette déclaration ; vous n'avez

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