MINISTÈRE DU 1« MARS. 3S
t-il, de leur sincérité. » Et alors il me raconta ce qui s était passé entre le roi, la reine et leurs fils : je me retirai à peine convaincu.
Lord Palmerston avait des raisons particulières d'être encore moins crédule que moi : on sait que la diplomatie du roi était toujours double; à côté de la correspondance officielle, qui se poursuivait par les dépèches échangées entre les ministres, il y en avait une confidentielle, la seule sérieuse, qui émanait directement du roi. C'est probablement dans cette dernière correspondance que lord Palmerston avait puisé Tassurance que toutes ces démonstrations belliqueuses de Louis-Philippe n'avaient rien de sérieux. On cite de lui un mot insolent que la France ne lui a jamais pardonné; on lui parlait des menaces de guerre de Louis-Philippe : « Lui, aurait-îl dit, faire la guerre ! vous plaisantez ! sachez bien que, quand je le voudrai, je le ferai passer par le trou d'une aiguille. »
Et, en effet, cette prédiction ne devait que trop se vérifier : les quatre puissances ayant résolu d'exécuter le pacte conclu entre elles pour régler, sans la France, et au besoin contre elle, le différend entre le gouvernement ottoman et Méhémet-Ali, le roi changea tout à coup d'attitude et de langage : « Puisqu'ils ne cèdent paSy il faut bien que je cède, » disait-il, avec cet air dégagé, plus italien que français, qu'il prenait souvent. Il céda : en effet, notre flotte reçut l'ordre de s'éloigner des côtes de l'Asie ; l'Angleterre s'empara de SainIrJean d'Acre ; l'armée d!Ibrahim-Pacha abandonna la Syrie en toute hâte et rentra à grand'peine en Egypte.
M. Thiers avait été dupe de bien des manières : il avait été trompé par les quatre puissances qui, à son insu, s'étaient coalisées contre la France : il l'avait été par ses agents sur les forces réelles de Méhémet- Ali en Syrie, et enfin il s'était laissé abuser par les