ÉDUCATION (179I-18U
tion Toulût combaltre la réaction que le régime sanglant de la Terreur avait provoquée. Une si flagrante illégalité souleva plusieurs sections dans Paris, celles particulièrement dites de la Butte-<[es*Moulins et du Théâtre Français, les plus rapprochées des Tuileries où siégeait la Convention.
Nous habitions alors dans une des maisons de la rue Saint-Roch qui faisait face aux croisées latérales de réglise : nous étions à diner, lorsqu*un coup de feu retentit ; il était dirigé sur un cavalier qui portait un miîssage de la Convention. Mon père ouvrit la fenêtre, vit tout de suite ce qui se préparait, et, après nous avoir embrassés, après avoir bien recommandé à notre mère de fermer les volets et de nous transporter dans une espèce de galetas au grenier, il sortit pour aller où rappelait son devoir.
Les canons que le général Bonaparte avait braqués contre la rue et Téglise Saint-Rocb, dont Finsurreetion avait fspt une sorte de poste avancé contre la Convention, retentirent une partie de la nuit; et le matin, IcMrsqu'on ouvrit mes fenêtres, je vis des hommes occupés à jeter dans des tombereaux les cadavres de ceux qui avaient succombé dans le conflit de la veille.
La Convention croyait avoir sauvé la république, elle n'avait fait que fournir un précédent à Thomme qui devait à son tour Fabsorber.
Ce fut un peu plus tard que se passa à Plancbamp un horrible drame qui plongea mon père dans une profonde douleur. Il s'était organisé dans les montagnes de TArdèehe des bandes que le fonatisme religieux et politique avait pu réunir à Forigine, mais qui, sous le prétexte de combattre la Révolution, se livraient contre les personnes et les propriétés à des actes de véritable brigandage; elles sont connues dans rbîsloire tous le nom de Cmnp de Jota. Or, il
arriva un jour qu'une de ces bandes composée de huit à dix hommes armés s'abattit sur Planchamp. Mon grand-père s'était obstiné à y rester malgré les vives instances que lui adressait mon père pour le presser de se retirer dans la petite ville voisine où il aurait été plus en sûreté sous la protection des soldats qui y tenaient garnison ; heureusement l'arrivée des bandits fut annoncée à mon grand-père qui eut le temps de s'enfermer dans sa maison, avec ses domestiques, et de les armer, de manière que les assaillants furent reçus par une fusillade qui en mit hors de combat deux ou trois : les autres se retirèrent, mais en annonçant qu'ils reviendraient. Aussitôt que mon père eut connaissance de ce fait, il redoubla ses instances auprès de mon grand-père pour qu'il quittât au moins momentanément Planchamp : mais ce fut en vain : ce vieillard courageux, âgé de plus de quatre-vingts ans, répondait aux lettres pressantes de mon père que les brigands avaient été trop bien reçus une première fois, pour oser y revenir; que, d'ailleurs, il n'avait plus que bien peu de temps à vivre et qu'il aimait mieux mourir sur son rocher que de le quitter.
Les craintes de mon père ne se vérifièrent que trop: une nouvelle bande, cette fois plus nombreuse et mieux renseignée, survint un jour, au moment où les domestiques étaient à leur travail; mon grand-père était chez lui avec une de ses filles et un prêtre assermenté réfugié dans sa maison. Au cri de : Voilà les brigands I son hôte et lui eurent à peine le temps de soulever une trappe qui était dans la cuisine et de se glisser dans un caveau; malheureusement leur cachette, sur les indications de quelque homme du pays, fut découverte ; ils en furent arrachés pour être fusillés, le prêtre devant la porte de l'église, et mon gràndpère sur la petite place qui précède notre cour.
La plupart des misérables qui trempèrent dans cet