‹ Mémoires posthumes (volume 5)Chapitre 53 sur 57 · M0II8IBUR LE MARÉCHAL · texte numérisé non relu

M0II8IBUR LE MARÉCHAL

Je viens de recevoir votre lettre du 10 par laquelle vous

me faites connattre ritinéraire du roi Charles X, et tous m'engagez à arrêter ma marche et, si je n'ai pas dépassé Saint-Lô ou Garentan, à y rester.

J'arrive à Garentan, qui est le point que j*avaîs choisi pour fermer rentrée du Coten tin ; j'y arrêterai les gardes nationales qui m'accompagnent et j'attendrai que vous veuilliez bien m'éclairer sur l'escorte du roi Gharles X, sur sa composition, sa force, l'esprit qui l'anime, et surtout si vous êtes libre dans vos démarches. Il serait bien nécessaire que vous pussiez faire réduire cette escorte ]e plus possible; le pays qui vous reste à traverser est calme, mais très-prononcé ; si les habitants ne sont pas irrités par la vue d'une couleur qui n'est plus la leur et par l'apparence de la résistance, je suis sûr que vous serez content de votre passage; dans la supposition contraire, je crains des scènes désagréables.

 Cherbourg, il n'y a point de fourrages, presque point d'écuries, et l'administration sera très-embarrassée des chevaux qui resteront. Demain soir vous serez à Saint-Lô; les trois grands dépôts de cavalerie sont dans ma division; si vous le pouvez, il serait très-facile de diriger cette escorte de cavalerie sur les dépôts de Gaen, Alençon et Saint-Lô; les chevaux y seraient bien traités et se trouveraient de suite tout naturellement dans les mains où ils doivent tomber. Je livre ces réflexions à votre sagesse, en vous priant de me répondre ici.

Le maréchal de camp Proteau, qui commande le département de la Manche, et que j'ai envoyé au-devant des commissaires du gouvernement, a ordre de faire tout ce qui pourra nous être utile ou agréable. Quant à moi, j'ai, à Garentan, beaucoup plus de forces qu'il ne faut pour exécuter les ordres du gouvernement. Je désire que cette assurance vous donne la liberté d'agir pour le plus grand bien de la tranquillité publique. Je resterai toute la journée du 12 à Garentan; si je n'entends point parler de Votre Excellence, je retournerai le 13 à Cherbourg.

J'ai l'honneur d'être, avec respect, monsieur le maréchal, votre très-huiible et très-obéissant serviteur.

Iê9 lieutenant généra!.

Comte HuLOT.

FIBOBS JUSTIFICATIVES. 681

GarenUn, le 12 août ISSO» à 11 heum daioir.

Mon CAPiTAms,

En réponse à votre lettre de ce jour. Les gardes nationaux de Bayeux sont repartis pour Isigny seulement. Ceux de Goutances ne sont pas arrivés ; ceux de Cherbourg et Valognes sont ici depuis midi, accompagnés de deux pièces de quatre, avec 450 gargousses et 9,000 cartouches, avec un chariot de fusils; malgré Tordre que M. le général Hulotleur a donné de rétrograder sur Cherbourg demain matin, ils ont tous répondu qu'ils ne voulaient pas retourner sans accompagner le roi, et qu'ils ne voulaient d'autres escortes près du roi Charles X qu'eux. Comme ils sont très-exaltés, il est nécessaire qu'ils soient tous évacués avant l'arrivée de Sa Majesté, pour sa sûreté, attendu qu'ils sont aussi exaltés que ceux de Carentan : ils sont au nombre de sept à huit cents bien armés.

J'ai l'honneur d'être, avec respect, mon cher capitaine» votre trè»-humble et tout dévoué subordonné.

Lé brigadier f

Bouvet.

Garentani le 13 aoAt 1830, à 4 henrcf da mitio.

Jtfofuieur le maréchal et messieurs les membres de la Commission»

Nous venons à l'instant, mais avec beaucoup de peine, de réussir à mettre en marche pour Cherbourg la garde nationale : nous l'avons vue défiler devant nous. Ils n'ont pas hésité à se rendre à la sommation que nous leur avons faite au nom de la Commission du gouvernement; et d'après cela, Sa Majesté peut se mettre avec toute confiance en route pour Valognes.

Monsieur le lieutenant général comte Hulot nous a aidés de tout son pouvoir.

Signé : Db Làpokhebayi.

L$ nuaréehai de camp

Vicomte PROTSArr.

SSa HiMOIBSS VODILOR SÀSHOT.

Garentân, le 13 août 1830» à raldL

Mmsiewr le maiichfiU et mesMun Imcammiaittires -du

J'ai rbouneur de tous informer que rarrière-garde de Chades X pari daofi ce moment de Carentan^ et que le passage de ce àé&)é s'est opéré dans le plus grand ordre, et avec le plus grand calme et tranquillité de la population.

Je suis en arrière le mouvement, et vous donnerai exaelement avis de ce qui pourrait se passer.

Je suis, avec la plus haute distinction et 2e plus profond respect, votre très-obéissant et très-dévoué subordonné.

YioomÉe Bunsavj

Parifl, le 14 août 1830.

Uessiears les commissaires chargés d'accompagner Sa Majesté Charles J.

Le roi a reçu voire dépêche datée du i& août, àSaint-L6. Sa Majesté nous charge de vous mander qu'elle approuve lou'ftes les idispositîons tpxB «vous iivez prises et la rnadii'ttr -que TOUS avez tempie éepwm •votre «dernière défiècl».

M. le ministre de la mariae, qui non» «nireie cette dépèche par «stafelte, donne <eA iBéflie temps -des ordres àCher^ bourg pour vous faire fournir le suppléoieiii de naviras nécessaire a« transport des |»eaiofines de Ja saite de Sa Majesté le roi Charles X.

Agrées, Messieurs, rassufiaaee de na kaute oonsidérayoD.

Le mtuttfre ieerétaire dÉtat au département de ritUériêHr,

Signé : Gouot.

PliCBS iirSTIPICATIVBS. 68S

Lettre de M. OMon Barroi, commtsMti^e près S* M. Courtes J,

ou roi Loaii»-FhxUppe f^.

Nous voici enfln anîTés à Valognes, que nous pouvons considérer comme le terme de notre voyage, puisque le roi Charles X et sa suite ne partira de cette ville que pour monter sur les vaisseaux qui doivent le porter en pays étranger. Il résidte d'une lettre de ce prince à l'ambassadeur d'Angleterre^ que le duc de Luiembourg nous acoa^ muniquée, et que nous faisons parvenir à son adresse, sous notre couvert, que les bâtiments se rendront dans laradede Spitkeady que là le roi Charles X attendra, sans débarquor, la réponse du gouvernement anglais à sa dépêche, et la fixation de sa destination ultérieure et définitive.

Le projet primitif était de débarquer à Ostende; il a fallu y renoncer par suite de rexdusion des cAtes de la Belgique.

Nous parlions, dans notre dernière dépêche, des embarras que nous suscitaient les ordres donnés aux gardes nationales de se porter sur la ligne que nous avons à par» eourir; ces embarras ont pris, à Carentan, un caractère assez grave. Les gardes nationales de Cherbourg, de Bayeuz, de Valognes, et des troupes de ligne s'étaient rendues sur ce point avec de l'artillerie; il ne s'agissait de rien moins que de désarmer les gardes du corps, de leur faire arborer la cocarde tricolore, et de conduire ensuite le roi et sa famille au lieu de l'embarquement; Dieu sait quelle catastrophe eût amenée un pareil projet, s'il eût été seulement tenté.

11 était d'une haute importance de dissoudre ce rassem* blâment inquiétant, et nous avons donné des ordres itératifs au général Hulot pour cet objet; les troupes de ligne et la garde nationale de Bayeux obéirent à la première intimation de se retirer; mais les gardes nationales de Cherbourg et de Valognes ne voulaient pas s'être déplacées pour rien; elles méconnaissaient les ordres du général. Les têtes s'exaltaient; mais nous avions pris le parti d'envoyer de suite M. de La Fommeraye avec tous nos pouvoirs^ et de le faire accompagner par le général Proteau.

M. de La Pommeraye^ connu de la plupart de ces gardes

naiionaleSy a réussi à leur faire entendre raison, et à deux heures du matin, la garde nationale de Cherbourg évacuait Carentan en charrettes, suivie de ses deux pièces de canon.

De notre côté, nous partions de Saint-Lô à quatre heures du matin. Arrivés sur les sept heures à Carentan, nous avons trouvé la garde nationale de Valognes à laquelle s'étaient réunis quelques hommes exaltés du pays qui occupaient la route et arrêtaient toutes les voitures pour vérifier si elles ne renfermaient pas quelques-uns des ministres de l'ancien gouvernement. A force de pérorer les groupes, nous sommes parvenus à rétablir le calme et la liberté des communications, le roi et sa suite ont traversé cette population sans être insultés. Nous avons retrouvé à Valognes un bataillon de la garde nationale de Cherbourg et son artillerie ; mais elle ne faisait qu'une halte pour se reposer, et avait évacué avant l'arrivée du roi.

Nous avons voulu laisser reposer ce prince, le soir d'une course assez longue ; mais demain matin, nous irons prendre ses dernières résolutions sur le nombre des personnes qu'il doit emmener. Aussitôt après, nous irons à Cherbourg pour vérifier par nous-mêmes si tout est en état, et nous reviendrons chercher le roi et la partie de sa suite qui doit s'embarquer. L'heure du départ sera combinée avec celle de la marée, afin que les bâtiments puissent sortir immédiatement du port. Nous espérons toujours que rembarquement s'effectuera le 15 août, au plus tard.

Cependant, le surcroît de monde qui s'embarque, la préparation de la gabarre qui doit suppléer à l'insuffisance des deux b&timents, pourraient nécessiter un jour de plus ; nous ferons tout, cependant, pour éviter ce nouveau retard.

J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, de Votre Majesté, Sire, le très-humble et très-ûdèle sujet»

Paris, le 14 août 1830, 11 beoraf da loir. MONSIBUR LV PRÉFET,

Voici des instructions supplémentaires à ajouter à celles que vous êtes déjà chargé de remettre à M. Dumont-d'Urville.

PlÂCES JUSTIFICATIVES. 685

Vous voyez combien il serait important d'obtenir qu'avant de partir de Cherbourg le roi Charles X fixât, d'une^ manière positive, le lieu où il veut être conduit, en exceptant toujours les ports de la Hollande, de la Belgique, de la France, des lies Jersey, de Guernesey, etc., déjà cités dans la correspondance. Cette fixation obtenue, les instructions ci-jointes n'auraient plus d'application, et s'il survenait en route un changement de volonté, M. d'Urville n'hésiterait pas à déclarer qu'il ne peut pas changer la destination indiquée avant le départ et qu'il doit absolument y aller. Dans ce cas, il ne serait plus question de Portsmouth, mais seulement du lieu fixé par Charles X lui-même avant de quitter Cherbourg, et où il serait conduit et débarqué avec tous les princes de sa famille et toute sa suite.

Mais si le roi Charles X ne veut pas absolument indiquer, avant son départ, le lieu où il veut aller, M. d'Urville se conformera rigoureusement aux ordres ci-joints.

Je vous prie de communiquer cette lettre à M. le maréchal Maison ; elle est écrite après celle que lui adresse le ministre de l'intérieur et dont les dispositions sont les mêmes.

Recevez, etc.

Le miniatrê teeréiaire éTÉtat au département de ta Marine et dee Colomee,

Signé : Hobacb Si^basti ani.

Pour copie :

Le CmueiUer dTÉtat, préfet maritime^

Signé : Poutrr.

Pirii, le 14 août 1830.

A Messieurs les commissaires chargés d'accompagner Sa Majesté

le roi Charles J, à Valognes.

Le roi. Messieurs, m'a fait Thonneur de me communiquer le rapport que vous lui avez adressé de Saint-LÔ, le 12 de ce mois.

Je vois que le roi Charles X emmène avec lui environ deux cents personnes, trois ou quatre voitures, ainsi qu'une quinzaine de chevaux, et que, d'après cet état de

8B6 HÉltOIBSS X/ODILON BÂRftOT.

-dioseSyToos avez écrit à X. Pooyer, préfet narilnneii Cherbourg, de disposer aa ou deox b&timents indépendamment •des deux paquebots américains.

Je m*empresse de vous annoncer que des mesures avaient été prises k Favanoe pour augmenter les moyens de transport, et qu'en ce moment, outre les deux navires américains, quatre bâtiments de l'État, entièrement disponibles, se trouvent à Cherbourg, savoir :

La corvette la Cérès; La corvette de charge la Seine; La gabarre la Loire ; — la Ménagère.

Ces bâtiments seront, sans doute, plus que suffisants; mais, à tout événement, j'écris à M. le préfet maritime à Cherbourg pour l'autoriser à affréter, au besoin, des navires de commerce entièrement prêts à appareiller.

Ainsi donc, rien ne s'opposera à ce que le roi Charles X, sa famille et leur suite s'embarqaent dès leur arrivée à Cherbourg.

Veuillez bien, Messieurs, agréer l'assurance de ma haute considération et de mes sentimenU du ^lus nnoére tMiche' mentK

^Le mmûtn teerétcàre et État m département de la Maine et du Colonies,

Signé : Hob^qb SAusium.

Valognes, le 15 aoâl 1830t

Messieurs les commissaires de S. M» le roi des Frcmçais»

Messieurs,

Je compte, aussitôt que les bâtiments destinés à transporter le roi et sa famille et sur lesquels je dois prendre passage seront arrivés dans la rade de Spithead, prendre congé de S. M. et passer quelque temps à voyager en Hollande, en Suisse et en Italie. Vous avec bien voulu me pro»

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