‹ Mémoires pour servir à l'histoire de la campagne de 1812 en RussieChapitre 12 sur 24 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Marebe des ô' et 6* corps de Ncmogrodek sur Mir. — GomMts cte Koreliczi le 9. — De Mir le 10 juillet. — Lettre du ttiajor-feénéral relativement à l'affaire du 10. — Réflexions sur les reproches adressés par ordre de l'Empereur à Jérôme et à Latour- MaWKtorg. ~ Déjjiêches du il juillet. — irrivée àe iérôme à Ne$vij. — Ordre secret adressé au prince d'Eckrfr&hl en cas de* réunion des troupes sous son commandement avec celles du roi de Westphalie. — Démarche de ce dernier vis-à-vis Davout. — Réponse inconvenante de Davout. — Différend entre le roi et le prince d'JCckmuhl. — Con$é(}u«Beè de ce différend^. — Sé^ causes. — Jérôme quitte Tarmée. — L'Empereur veut qu'il reprenne son commai^éPèment. — Réflexions à ce sujet. — Blâme adressé par Napoléon à Davout.

Arrivé le 8 juillet au soir à Nowogrodek avec trois de ses quatre corps d'armée et ayant à queïques lieues sur sa droite les 20,000 Saxons de Reynier, le roi de Westphalie était enfin parvenu sur les derrières de Bagration.

Sa marche, quoi que l'on ait pu dire et écrire, avait été assex rapide, puisque Grodno est éloigné de trentecinq lieues de Nowogrodek, et que parti le 4 de la première de ces deux villes, il se trouvait le 8 dans la seconde, après avoir parcouru un pays marécageux dont ïes routes étaient abîmées par les pluies. Le prince Poniatowski, lancé avec sa cavalerie, avait gagné près d'une marche. Le même jour, Davout

était entré à Minsk, coupant la ligne secondaire d'opération par laquelle le conunandant de la deuxième armée russe de Touest espérait rejoindre Barclay de Tolly. Ainsi la première partie des instructions de l'Empereur, qui était d'empêcher Bagration de rallier le général en chef, paraissait rçmplie ; il n'y avait plus qu'à pousser les Russes et à les forcer à livrer bataille.

Le 9, le prince d'Eckmûhl^ comprenant l'importance du rôle de Poniatowski, lui écrivit de Minsk la lettre suivante en chiffres :

Déchiffrement de la dépêche de S. Eœc. le maréchal

prince d'EckmùhL

« Minsk, le 9 juillet 1812.

» Motiseigneur, il est du plus grand intérêt que nous fassions notre jonction, et que nous agissions de concert pour détruire le corps du prince Bagration.

)i Je suis arrivé hier après midi à Minsk ; j'y ai appris que le prince Bagration, qui était 1q 8 à. Nowoï- Swergenn, ne pouvant plus arriver avant nous à Minsk, en était. parti le même jour é pour Nesvij, et qu'il doit se diriger par Sloutsk sur Bobrouisk.

» Il me semble que vous devez le poursuivre Fépée dans les reins pour ralentir sa marche et nous donner le temps de combiner une opération contre lui.

» Je suppose que le corps des Cosaques de Platof,

EN aussiB. 169

qui a repaasé le Niémen le 6 et le 7, suit la même direction.

» Ce serait un grand coup de partie si vous le pressiez au point de le forcer à prendre position, afin que pendant que vous le combattrez je puisse attaquer ses derrières.

» Vous pourrez diriger les officiers que vousme ferez passer par Kamen, Wolma et Minsk. Je vous écris de préférence qu*à Sa Majesté le roi de Westphalie, parce que vous êtes chargé de suivre le prince Bagrafion.

» Pdursuivez-le l'épée dans les reins, je sais que c'est rintention de l'Empereur.

» Je vous prie de faire connaître ma position à Sa Majesté le roi de Westphalie.

» J'aurai ce soir l&^OOO hommes de troupes devant Ighoumen.

» N'oubliez pas le canal Oginski, lorsque vou$ pourrez y envoyer des partis. Yous savez que c'est là leur grande conmiunication. »

Informé inimédiatement par le prince Poniatowski de la position et des projets de Bagration, Jérôme donna ordre à la cavalerie de marcher sur Koreliczi, et lui-niême se dirigea avec toutes ses forces sur cette petite ville, située à moitié chemin de Nowogrodek à Mir. Elle venait d'être réoccupée par un détachement des Cosaques de Platof, qui l'avaient abandonnée la veille pour rallier à Nesvij la deuxième armée de l'Ouest. Yoiei comment :

Bagration forcé, comme nous l'avons vu au livré précédent, d'abandonner successivement tous ses projetsi par suite de la marche de Èiavouf ef de la poursuite du roi de Westphalié, s'était replié d'abord sur Nowoï-Swergenn pour attendre et rallier Dorothof; puis 3ur Nesvij, où il avait été rejoint par Platof. Ses troupes étaient épuisées de fatigue, et malgré ïa résignation, et le stoïcisme qui sont les vertus caractéristiques du soldat russe, il était urgent, indispensable* même, de leur laisser quelques instants de repos. lïy avaiit d'ailleurs nécessité à donner aux bagages et aux parcs le temps de filer 'sur Sloutsk et de (ïébarrasser la route. Le général russe s'était donc décidé, malgré sa répugnance, à rester trois Jours à Nesvij. Le* 6, c^est-à-dire le jour même où il parvint à réunir autour dé lui toutes ses forces, il apprit l'arrivée d!u prmde d'Èckmûhl à Minsk et celle de Jérôme à Nowogrodek. Il prescrivit aussitôt à Platof de se porter sur Mir et de détacher des troupes légères sur Koreficzî pour observer l'avant-garde française. Il avait eu soin de renforcer le corps de Thetman dfe deux régiments de Cosaques de son armée, ôt le général tVassilczikof le suivait avec trois régiments de cavalerie et un d'infanterie (1).

(1) A propos du dernier changement de projet de Bagration et de la résolution qu'il prit d'échapper aux Français en gagnant Éobrouîsk, nous trouvons dans Boutonrlin, page 188 : «r l£ ^iàc6 » (Bagration), voyant que Ton ne pouvait jplus gagner Mi0l^^8àA^ » combattre Davout, ne crut pas devoir en courir les risques. A la

' Le 9, vers te milieu de la journée, le régiment dé cavalerie légère polonaise qui formait Textrême avantgarde des troupes de Jérôme s'avança jusqu'à Koreîîczî, et vint se heurter contre les Cosaques de Platof^, occupant en force cette petite ville. Malgré rinférîorite du nombre, les Polonais, pleins d'ardeur et de hamé, voulurent attaquer les Russes. ÏIs furent ramenés avec perte. Le lendemain, le général ftosnietzky, furieux du petit échec qu'avait éprouvé un des régiments sous ses ordres, poussa avec une partie dé sa division de cavalerie légère jusqu'à Mir , où Platof s'était replié après le combat, dans une bonne position. Pour arriver jusqu'à Mir, il faut traverser une chaussée étroite, longue d'une demi-lieue, adroite et à gauche de laquelle se trouvent des plaines marécageuses où les chevaux ne peuvent marcher. Flatof avait laissé libre cette chaussée, enfilant avec

» vérité, réuni à Platof et à Dorokhof, il pouvait se présenter deif fxmt Davout avec une armée presque égale en nombre aux *â9kt&mè méUe qu'U M supposent; mais Us chances é^une ba^

9 taille eussent été à l'avantage des Français. Bagratioa

» battn , n*ayant d*autre retraite que la route de Nesvij par » iffowoi-Swergenn, aurait vu cette rouie coupée par le roi de

* WesêphaUe, ete »

Ceci prouve : V Que BagntioB avait avec lai soixante mUie hommes et non sue trentaine de mille, comme Berthier Tavail dit dans sa lettre du 6 Juillet; 2* que le 8 juillet, le général russe 9tr ffôntaSt s? bien coupé de sa ligne et rejeté sur la droite en MMTf éoL cetffre d'opération, qu'il se décidait, pour rejoindre Bavotafy de Mly, à use marclie des plus dangereuses et des plos pénibles.

173 MéMOIRBS SUR Ik CAMPAGNE DE 1813

une batterie Tétroit défilé. Ainsi que s*y attendait le chef des Cosaques, Rosnietzky, brûlant d'en venir aux mains et dé prendre sa revanche de Taffaire de la veille, se lança inconsidérément sur cette chaussée, qu'un petit peloton de cavalerie pouvait tout au plus aborder de front. Trois régiments polonais s'y précipitèrent et arrivèrent ainsi jusqu'auprès de l'embuS' cade des Cosaques, soutenus . par le général Wassilczikoff. Dès que les Russes virent la cavalerie polonaise bien compromise, ils démasquèrent leur batterie, l'accueillirent par un feu des plus vifs et la repoussèrent avec une perte assez considérable. Le roi de Westphalie se trouvait avec le général Latourr Maubourg à une petite lieue en arrière de la tête de la chaussée, lorsqu'on vint le prévenir que son avantgarde était aux prises d'une manière sérieuse avec l'arrière-garde russe, et môme se trouvait compromise par suite des mauvaises dispositions du général Rosnietzky. Jérôme se porta à l'instant, avec le général Latour-Maubourg, sur le lieu du combat. Voyant lp3 Polonais très mal menés, il ordonna à Latour-Mau* bourg de faire avancer sur la chaussée une division de grosse cavalerie, de repousser les Cosaques qui venaient de s'y engager, enhardis par leur premier succès, et de forcer Platof à se renfermer dans Mir, Les cuirassiers français et westphaliens n'eurent pas do peine à obtenir ce résultat et à dégager la cavalerie polonaise ; mais cette dernière avait éprouvé des pertes assez sensibles, et malgré les termes du bulletm

de la Grande Armée où il est question de ce fait, il n'en est pas moins positif qu'il produisit un fâcheux effet sur nos troupes, tandis quMl exalta outre mesure les esprits dans Tàrmée de Bagratioh et remonta le moral de ses soldats, découragés de se voir pris en queue et en flanc par des forces considérables, et de n'avoir, pour échapper, au danger qu'une seule issue à travers des forêts marécageuses.

L'Empereur ne pardonnait pas facilement .un revers, surtout au commencement d'une campagne ; il était déjà fort peu satisfait de son aile droite, sur la-quelle il recevait des rapports dont il n'avait pas encore été à même de reconnaître la fausseté. Lorsqu'il apprit l'affaire du iO, il fut très mécontent; mais au lieu de s'en prendre au général Rosnietzky, seul responsable en cette circonstance, c'est sur le général Latour-Maubourg qu'il fit peser sa colère. Il écrivit & Berthier :

« Mon cousin, témoignez mon mécontentement au général Latour-Maubourg de Taffaire du 10, qui ne répond pas à la confiance que j'avais en lui. Depuis quand un général, qui a déjà fait la guerre en Pologne, peût-il suivre une arrière-garde ennemie où il sait qu'il y a 6,000 Cosaques et 4,000 hommes de cavalerie régulière, c'esWi-dire 10 ou 11,000 hommes de cavalerie, seulement avec une division de cavalerie légère ? Que s'il avait suivi l'ennemi avec les deux divisions de son corps et les & brigades de cavalerie légère des 5* et 8* corps, soutenus par 12 ou

174 MEMOIRES StJR La GàHPAGNE BB 181^

18 pièces d'artillerie légère, il aurait eu ravaptogSf porté la terreur dans les rangs de l'enneini et accéléré sa retraite ; que Sa Majesté est extrêmement mécofltente que, de i^a personne^ il ne se soit pas trouvé h son avant-garde ; que lorsqu'une division de cavalerie donne, il doit y être. Vous lui donnerez Tordre formel de vous envoyer un détail positif sur Talfaire (Ju 10; que le rapport du général de division Rosmetsky est oblique et insignifiant ; que je veux avoir le rapport des colonels et l'état des pertes en ofiiciers, sousofficiers et soldats tués, blessés et prisonuierfi^t avec l'état nominatif des officiers, par compagnie. Vpus lui ferez comprendre que je n'entends pas être trompé sur les détails et que je veux connaître \a, vérité tout entière. Vous lui demanderez qij'il ait h envoyer ^u Roi, exactement, tous les rapports des reconnais8anc§3| des^ grand'gardes et tous les renseignements qu'ils procure ; que son corps est le seul qui n'envoie ri<^u j que l'Empereur ignore le nombre de divisions et de régiments (et leur force) qu'a avec lui Bagratîon; que cela est la faute du général Latour-Maubourg ; que depuis dix jours, qu'il est dans les pays qu'a oc pupés Bagration, il devrait avoir recueilli une foule do renseignements qui permettent de savoir h quoi s'en tenir ; que le roi de Westphalie n'est instruit de rien ; que j'espère qu'il répondra mieux à m^i, confiance { qu'il imite les généraux Nansouty et Montbrun ; qu'il me donne des détails nombreux sur les forces enno^ jai^s qui. sont devant lui, qu'il se tienne tQ^jo^r3 à 909 avant-garde.

EN htmiB. i75

?> Mandez au roi de WestphaUe que je 3His très/iiécontent de l'aifoire du iO ; qu'il a (J^onné upe pcia.uVq4fie organisation à son armée; que son armée est la seule PU Ton ne fait pjis spn devoir ; que si le général La; tpur-Maubourg avait été à la tête de sa division, il IH)r^.it été le maître de la conduire convenablement ; qu'il est inouï, et que c'est n'avoir pas les premières potions de la guerre que de poursuivre 6,000 Cosaqijes et 4,000 Jjommes de cavalerie de ligne, o' est-àdire 10 ou 11,000 hopimes de cavalerie, seulement avec une division de cavalerie légère ; qua si les brir gades de cavalerie légère des 5* et 8' corps, si les cuirassiers, avec 12 ou 18 pièces d'artillerie légère ftVaient été ensemble, il eût eu une • cavalerie supérieure à celle de l'ennemi , les Cosaques ne pouvant pSLS, à la rigueur, compter en ligne ; qu'on aurait ^u en. même temps une affaire brillante, au lieu d'une espèce de défaite ; que de sa personne il devrait être à son avant-garde ; que rien ne rengiplace le chef 4 que ce n'est pas ainsi qu'en agissent les commandants des autres corps ; qu'il est honteux et sans exemple dans l'histoire de la guerre, qu'après avoir été huit jours à la suite d'une armée ennemie, on ignore le nombre de divisions et de régiments qui la composent ; qu'il ne se donne la peine de prendre aucun renseignement, de sorte que ne sachant pas ce qu'il a devant lui, il est impossible qu'il puisse diriger ses corps ; que c'est la seule partie de l'armée où cela arrive ; que tous les autres commandants savent à point nommé, et ren-

dent compte en détail des changements qui ont lieu chaque jour dans les corps ennemis quMls ont devant eux ; que je suiâ bien mécontent du peu de renseignements que je reçois de lui ; que sMl n*en reçoit pas d'autres que ceux qu'il m'envoie, il n'a pas les premières notions du commandement; que s'il en reçoit d'autres et qu'il ne me les envoie pas, il a tort ; que je reçois des autres corps une centaine de rapports par jour, des grand'gardes, des partiis, des reconnaissances qui rentrent, des interrogatoires, etc. , qui sont envoyés par les divers officiers commandants aux généraux d'avant-garde, et par ceux-ci au commandant des corps qui me les transmet ; que son corps est le seul duquel je ne reçois rien ; qu'il ne m'est parvenu aucun rapport en règle de l'affaire qui a eu lieu le 10; que je veux avoir un détail circonstancié de cette affaire, avec l'état, par compagnie et par régiment, des hommes tués, blessés, prisonniers, le nom des officiers, etc.; quMl se fasse remettre ce rapport sans délai, et ne perde pas de temps à me l'envoyer. » Sur ce , etc.

)/Wilna, \eili juHIet 1812 (l). »

La colère de Napoléon éclate à chaque phrase dans cette lettre, mais il n'est pas difficile de prouver que

(i) Naus avons cru devoir donner cette lettre avant ceUes du il juillet, afin de ne pas avoir à revenir sur ce qui est relatif aux combats des 9 et 10 du même mois.

BN aosaiB. 177

ces reproches nombreux sont poor la plupart dénués de fondement L'Empereur se pliant de ce que le général Latour-Maubourg n'était pas à la tête de sa division, de ce qu'il a poursuivi l'ennemi avec de la cavalerie légère, et de ce qu'il ne fournissait pas aa roi de Westphalie des renseignements précis sur Tarmée de Bagration. D'abord l'affaire du IQ était une simple affaire d'avant-*garde dans laquelle Je général Rosnietzky avait engagé inconsidérément et fort inutilement sa cavalerie légère, sans recevoir aucun ordre et sans même faire prévenir, les troupes qui le suivaient. Les Polonais entraînés, par leur ardeur et voulant à tout prix se mesurer avec les Russes , avaient donné dans une embuscade. Le , général Latour-Maubourg, qui commandait, non pas seulement une division, mais bien un corps de cavalerie tout entier, et sous les ordres duquel ne se trouvaient pas les brigades de cavalerie légère polonaise attachées aux 5' et 8* corps, n'avait pas à s'immiscer dans la marche de Rosnietzky^ et n'était pas tenu, ce nous s^nble, de se trouver à l'extrême avanjt-garde avec les lanciers polonais chargés d'éclairer les têtes de colonnes. Sa place, au contraire, était marquée, ainsi que celle du roi de Westphalie, à la tête de la cayalerie de son corps d'armée, où il était effectivement. L'Empereur avait d'autant moins bonne grâce à réprimander le général Latour-Maubourg, que c'était lui qui, avec une de ses grosses divisions, avait sauvé les débris des régiments polonais, rétabli le combat et

178 tfl^MOIRES SUR Là OAMPAGNB DE 1812

forcé Platof à se t'epliér, quoique vainqmor, jusque sur Nesvij , pour ' suivre le nouveau mouvement de retraite que commençait, ce jour-là même, 10 juillet, le i^ince Bagration. Le général Lataixr*-Maubotyrg suivait si pra les troupes russes avec de la cavalerie légère seulement, que son corps de grosse cavalerie n'était pas à plus d'une lieue en arrière de rextrtoie avant-garde, et qu'en peu d'instante il put, h la tète d'une partie de ses cuirassiers, tèinédîer au mal. Nous avons déjà fait observer qu'il n'était pas si facile que l'Empereur seiriblait le croire, de se procurer, au commencement de cette campagne, et dans ces provinces, des notions exactes sur la deuxième armée de l'Ouest, fuyant à marche forcée et changeant à chaîque instant de détermination et de route ; la meilleure preuve , c'est que Davout qui se trouvait tout audsi près que Jérôme de Bagration, qui avait les mêmes moyens que le roi de Westphalie pour se procurer des renseignements, n'eïi savait pas phis que ce d^^ nier sur la force et la composition des corps enneiftis, et ne fournissait pas à rEmpereur de meilleurs documents.

Napoléon parle encore de la mauvaise organisation donnée par son frère à son armée; mais il oubliait, en disant cela, que cette organisation avait été faite entièrement d'après ses propres instructions (1).

Rétrogradons de quelques jours et revenons à la marche du 7* corps. On se souvient que lé roî de

Cl; Voir au livre I* pages 16, 15 et 16.

EN ittTSdîË. 179

We6t{^alié, eapérant toujours atteindre Bagration et h cwnbattTB dès qu'il aurait pu être en Gommunication avec le prince d^Eckmûhl, avait prescrit à Reynier de maiHshei* paraHèlement à lui par la droite, de ttiwiièm à être toujours à portée de recevoir des t>r* flres et d'arriver à temps sur (e terrain, en cas de bataille. Il avait cru agir d'autant mieux, que les Autrichiens, destinés primitivement à relever les Saxons, étant à Textrême droite et sûr le Bug au èommeiicement de juillet, pouvaient couvrir Varsovie <4 laisser dii^onibles les troupes du T corps. Quelques jours plus tard, s'apercevant de la tendance du )irmce de Schwartzemberg à ôe pas s'éloigner des f rentres de la Pologne, il en avait pris méfiance, et avait appelé sur. oe fait et sur l'inertie des Autrichiens Tcit- Iteition de l'Einpereur. Le 9, Jéi^ôrae rendit compte à a» frère des ordres qu'il avait donnés au général Rey- «er et de la direction qu'il lui faisait suivre* Napd- Kon éCTivit le il , à ce sujet, au major-général :

« Mm cousii), r^Kmdez au roi de Westphalie que TOUS recevez avec étonnemcnt sa lettre du 9 juillet à* . , heure après ttiidi ; que l'ordre du âO.est positif ; qu'on s'y exprime en ces termes : vous deve^ vous diriger fittr Himk, Le général Reynier, sans cependant perdre de vue de couvrir Varsovfe, se dirigera sur Nesvij. Ceci veut dire que le premier but du géftéral Reynier doit être de couvrir Varsovie ; le second, « r^miemi relirait toutes ses troupes de laWolhynîe f* quTI ft'y eôt plus rien à craindre pour le Grand-

Duché, serait de se diriger sur Nesvij. Mais comme tQus les faits tendent à prouver que Tennemi a laissé 2 divisions dans la Wolhynie, il est donc conveDa,ble que le général Reynier ne perde pas de vue son prin* cipal but, qui est de couvrir Varsovie ; arrêtez donc son mouveitiant à Slonim. Le prince de Schwartzemberg passera devant lui pour se porter d*abord sur Nesvij, et ensuite sur la Dwina. Que le géqéral Reynier envoie des pjartis sur Pinsk et se place en échelon de manière à tomber sur les flancs de tout ce qui voudrait déboucher sur Varsoyie. Dans cette position il rétrogradera sur Varsovie si ce pays est menacé ; mais tant que r ennemi le saura sur les débouchés dé Pinsk et ayant des <îorps prêts t. tomber sur ses flancs, et que d'aiHeurs il aura à craindre notre entrée en Wolhynie, il sera horô de mesure de se porter sur le territoire de Varsovie, et s'il le faisait, ce ne serait pas impunément. La général Reynier doit aussi- renvoyer & Praga (faubourg de Varsovte) le régiment qui était destiné pour la garnison de cette place et qui en a été mal à propos ôté — La position du général Reyrtier sur les der** rlères est donc utile. — Sa Majesté n'est pas surprise que vous ne compreniez pas que des instructionsdonnées à 100 lieues de distance ont des buts opposés que les événements doivent éclaircir ; maiB ce dont elle se plaint, c'est qu^au lieu d'étudier ces instructions, vous n'en teniez aucun compte. Pour couvrir le duché de Varsovie, il n'est pas du tout nécessaire d'étris sur le Bug, et d cela était, le premier but du général Reynier

étant de couvrir le Duché, il aurait dû laisser des troupes sur le Bug, apprenant que Tennemi avait laissé 2 divisions en Wolhyniè. Mais comme vous n'étiez pas informé de ce que Bagration avait laissé en Wolhyniè , que vous ignoriez combien de divisions il avait avec lui , que vous ne vous êtes pas même mis à sa pourâuite et qu'il a pu faire sa retraite aussi tranquillement quesMI n'avait personne derrière lui; tout cela étant à rebours des usages de la guerre, il n'est pas extra* ordinaire que tout soit de même. Le général Reynier, selon ce que l'ennemi aura laissé en Wolhyniè, est donc le maître soit de retourner à Brezecz, soit de rester à Slonim en envoyant des partis sur Pinsk. Mais le principal est, jusqu'à ce que l'ennemi ait retiré ses troupes de la Wolhyniè, qu'il laisse un corps d'observation à portée de couvrir Varsovie et de tomber sur tout ce qui, de la Wolhyniè, menacerait le Duché et les derrières de l'armée. Donnez ordre au général Reynier d'écrire directement au major-général et d'envoyer les renseignements qu'il a. Sa Majesté juge convenable que ce soit le général Beynicr qui reste en observation pour garder ^e Grand-Duché, et non le prince de Schwartzemberg; bien des raisons ïa déterminent sur cet objet. Le Boi doit faire connaître au prince de Schwartzemberg que son désir est qu'il se dirige, si Varsovie n'est imminemment menacé, sur Nesvij.

» Sur ce, etc.

n Wilna, le 11 juillet 1812. »

IS^ MEMOIRES SUR Là CAMPAGNE DE 1812

GQnf{u*mément $tux ordres d^rCmpeteur, Berfhtef s'empressa d'adresser 4 Jérôme dea ÎDstructions danci ce sens, et le mênie jour il écrivit une nouvolle tetiro aiusi conçue :

« Sire» 4e prince d^Eckmûhl est airivé le 8 à }tmk où il a pris des magasins assez considérables.

» Votre Majesté va arriver incessamment à Neavij» il serait convenable de se porter h Ighoumeu ou è Svis* lotsch suir la Bérézina, si Ton peut trouver une roule qui de Nesvîj se rende sur ces points. Sa Majesté profèrerait que vous coupasses la Bérésdna entre Bobrouiflk et Borisow, vous dirigeant entre Minsk et BoIutHiislCà Dans ce cas, une avant-garde poursuivrait Q^agraUon» afin de s'assurer qu'il suit toujours son mouvement rétrograde sur Bûbrouisk, Les probabilités devraient porter à penser que Bagration, après avoir passé la Bérézina, prendra position entre Orcha et la Dwin)^,

» Le prince d'Ëekmûhl v^se porter sur Borisow, A la Bérëzina se trouvera par là j^ssée. Il continuera son mouvemept poiur couper k Bagration la Dwina et wriver avant lui entre la Dwina et le Dnieper ; mais il se* rait désavantageux qu'il dût, seul et sans aide, lutter contre l'ennemi. Un mouvement que vous feriex di Nesvij sur votre gauche vous tiendrait lié au prince d'Eckmûhl et vous mettrait à même, où d'attaquer Bagration dans le même temps que lui> ou d*envoyer des renforts au prince d'Eckmûhl. Mais le pays étant couvert de marais, il reste à savoir si de Nesvij à la Bérézina, en traversant le pays entre Mijusk et Bo-

8N' AUSSIS, 18&

brouisk, les cheioins aont praticables. Vous w pourrez savoir cela cfoe sur les lieux mêmes. De Nesvij» il faudra avoir soin d'écUârer les débouchés de Pisusk et de Mozyr.

x> P. S. Au moment où je ferme cette lettre» j'en reçois une de Votre Majesté du 9 , à onze heures du soir. Sa Majesté me charge de vous dire, Sire, que les deux divisions de Doctorof ont effectué leur mou* vement sur Dunabourg ^ la division qui n^a pas pu percer est la 27% Bagration est parti avec 7 <li visions, donc il n'en a plus que &• 11 a deux divisions de cavalerie qui forment environ /i,000 hommes et 6,000 Cosaques. Ainsi, tout compris, on peut estimer sa foïce à /iO,000 h(Mnmes, Votre Majesté devait savoir à NQwogrodeck quelle était la composition et la force véritable de son corps ; pour le porter à 60,000 hommes d'infantarie» txuame vous dites» il faudrait qu'ileût dix divisions.

» Wtlia, le 11 juUlet 1S12. t

Les deux lettres de TËmpereur et du major-général sont curieuses par les contradictions qu'elles renferment. Ainsi, dans la première, Napoléon écrit en toutes lettres : a Répondez au roi de Weslphalie » quQ l'ordre du âO est positif; qu'on s'y exprime » 6» ces termes : Fous devez vous diriger sur Minsk. » Le général Régnier, sans cependant perdre de vue de » couvrir Varsovie, se dirigera sur Nesvij. »

Or, qu'avait fait Jérôme ? Il avait dirigé Pieynier

18/ii: MEMOIRES SUR LA CAMPAGNE DE 1812

par Slonim sur N€svij\ à tel point, que le commandant du T corps était, à la date^ du 12, à une marche de Slonim à Polouka, sur la route et à deux journées de Nesvij, Puis, lorsque le roi de Westphalie s'étant aperçu que le nouveau projet de Bagration était de passer par Minsk, il écrit à son frère que lui-même va marcher sur cette ville, ce qui était bien suivre en tout point ses instructions. Que lui fait répondre TEmpereur?

1" Le 5 juillet, d'envoyer le prince Poniatowskt avec le 5* corps appuyé ^r le 8* pour poursuivre Bagration l'épée dans les reins jusqu'à Minski s'il se dirige sur ce point ; et quant au général Reynier, il peut suivre le mouvement en arrière mr la droite i en continuant toujours d'observer les corps ennemis qui pourraient inquiéter Varsovie (1).

2*Le 6 juillet , -qu'il n'est pas question J^ aller à Minsky ni dans tout autre point déterminé, mais de suivre vivement Bagration sur la route qu'il a priçe (2) •

Comment expliquer ces contradictions, ces ordres si différents, donnés à vingt-quatre heures d'intervalle? Comprend-on davantage pourquoi l'Empereur, en prescrivant d'arrêter le mouvement de Reynier à Slonim^ et de faire passer devant le T corps les trùupes du prince de Schwartzemberg^ pour les diriger sur Nesvij d'abord, sur la Dwina ensuite, ne dit pas pure-

(1) Lettre du major-général en date du 5 juillet (livre IV).

(2) Lettre du major-général au général Marchand, en date du 6 juillet (livre IV).

BN AU8SIK. 185

ment et simplement à son frère la cause déterminante?

Quoi qu'il en soit, et en vertu de ces nouvelles dispositions, voici ce qui arriva :

Le T corps reçut Tordre de pousser sur la droite, vers Pinsk, et les Autrichiens de le relever ; en donséquence, Reynier, qui s'était avancé lel^, de Slonim sur Polouka , le 13 de Polouka sur Stalovitsch, se jeta le 1& sur sa droite et prit position le 15 à Kletsk, à cheval sur la route de Pinsk à Ne^ij pour observer Tarmée de nouvelle organisation de Tormassof et être prêt à se jeter sur ce qui voudrait, de Pinsk, déboucher sur le flanc gauche de Taile droite. Le 16, continuant ' son mouvement^ il se rapprocha de la Wolhynie, et gagna Medvéditschi; le 1711 vintàLipsk^ tandis que le prince de Schwartzemberg s'élevait vers le nord.

Pendant ce temps; le roi de Westphalie continuait sa marche sur Nesvij avec les 5' et 8* corps et le 4* de cavalerie, pressant toujours le mouvement du T corps, ainsi que le prouvent les dépêches suivantes de Marchand à Reynier :

a Moqsieur le général, le Rt)i sera avec le 5' corps demain 11 à Korelitzci, et le l& avec les 5* et 8* h

Min

» Toute la cavalerie poursuit renneirû. Hier un engagement a eu Heu pour entrer à Mir. Les 3* et 16* de lanciers se sont bien battus contre les huit régi-* monta de Platof.

186 MJ^MOiaES SUR LA CAMPAGNE Dfi 181 2

» Les Aotrichî^is ont reçu ordre de se porter sor NesTij. Qu»d anriverez^vous?

» Nowogrodek, 10 juillet 1819. »

« Monsieur lé général, je n*al reçu qo-aujowd'hoi y^tm lettre du 10. Le Roi ira s'^bHr aujourd'hui à Mîr, où il attendra Tartivée do 8* oorps qui ne pourra y être arrivé quo demain*

» l\ parait que ie prinee Bagration s'est arrêté aveo toute son armée à Nesvij , et Tintention du Roi n*est pasrde l'attaquer avant d'avoir réuni toutes ses forces; ainsi, il est bien intéressant que vous pressiez votre marche pour arriver promptement à Polouka, et eonn mutuquer de suite avec Mir.

, 1^ Vous sentez combien il est in^KMtant da forcer votre marche. Il doit y avoir 1,500 Cosaques à Po* loiika, laals je pense que vous ne les trouvères ptas.

»KoreUtael, 13 juillet lSi2. »

' a Monsieur le général, le RiÀ vient d'arriver à Nés* vij que l' ennemi a abandonné hier à dix heures du soir* Ainsi, dirigez de suite votre corps d'arnîée sur cette ville au lieu d'aller à Polouka. Il serait possible que le Roi passât ici la journée de dmiain, el Sa Msîesté serait bien aise de vous y voir.

» Noos ayons eu une affaire de cavalerie assez sérieuse entre Mir et Nesvij. Nous y avons ^mnivé une perte asses; considérable.

» L& prince d'Eckmûhl a communiqué aveonoiis»

ia7

Le il, il avait dé|à 1&,00Q hommes à Ighramto, et allait droit sur Bobtouisk» Il me semble que le piinee BagmtioD aura hieD de la peine à y arriver avant lui*

» nûÉe»*moi le plainr de me faire savoir de suites! le Roi peut con^yter de vous voir desnain, vers les deux ou trois heures de l'après-midi, de voU^ personne seu* lioimt.

»NesTij, le 18 Juillet ISll»

Une fois à Nesvij, le roi Jérôme s'empressa de faire connaître au prince d'Eckmûhl qu'il était prêt à unir ses efforts aux siens pour contraindre Bagration à accepter la bataille et pour l'écraser avec leurs forces réunies. Un aide de camp du Roi partit avec une lettre pour Davout. Ce dernier, au lieu de répondre à cette ouverture avec les égards dus au roî de Westphalie, envoya un oflBcier porteur d'un ordre secret de FEmpereur, en date du 6 juillet, ordre dont nous avons parlé dans le livre précédent, et que voici en entier :

Ordre de par F Empereur.

a Sa Majesté ordonne qu'en cas de réunion des 5% ?• et 8* corps, et du 4" des réserves de cavalerie avec le corps commandé par le maréchal prince d*Eckmflhl, le eommandemrat général soit déf^é an prince d'Eckmuhl, comme le plus ancien g^érah

»^ conséquence, TEmpereur ordonne à Sa Majesté le roi de Westphalie de reconnaître M. le prince

188 MÉMOIRES SUR LA XlAMPAONB DB 1812

d'Eckmûhl comme commandant supérieur, tant que les corps d'Armée seront réunis. Il est ordonné au général Marchand, chef d'état-major, au général La** tour-Maubourg, a,u prince Poniatowski, au génénd Reynier et au général Tharreau, de se conformer aux dispositions ci-dessus. Il est également ordonné aux généraux de division et de brigade, et aux officiers et soldats des 5% T et 8* corps d'armée et du h* corps des réserves de cavalerie, d'obéir «et de se confintner aux ordres qui leur seront donnés par le prince d'Eckmûhl.

y WilDa,.le6jaiUetl8i2. »

Le prince d'Eckmûhl ajouta & l'envoi de cet ordre secret une lettre très peu convenable, dans laquelle il disait au roi de Wéstphalie que l'Empereur, étant mécontent de sa manière d'agir et lui ayant donné le commandement en chef de l'aile droite, il allait pren*» dre ce commandement.

C'était outre-passer les intentions et fort mal intef^ prêter la pensée de l'Empereur, puisque Tordre portait lEn eas de réunion, et que le commandement n'était déféré alors au prince d'Eckmûhl qu'en vertu de son titre de plus ancien général. Il n'était donc nu^ lement question du mécontentement de Napojéon dans cette circonstance, et les troupes de l'aile droite, loin d'être réunies à celles de Davout, étant encc»^ sépa*rées par un intervalle ââsez considérable, cet ordre secret ne devait pas recevoir encore son exécution»

Jérteie, à cause de sa position de frère del'Empe*

BN RUSSIfi. 189

leur, de Roi, de lieutenant de Napoléon et de commanr dant^n chef, non pas seulement d'un coips d*année, mais d'une des trois grandes fractions de la Grande Armée française ,. fut blessé de cette façop plus que cavalière de répondre à une lettre polie et affectueuse» et de reconnailxe la démarche toute de convenaocç qu'il avait faite le premier m écrivant à Davout et en lui envoyant un de ses aides de camp. Il ré{>ondit au prince d'Ëckmûhl qu'il croyait l'Empereur trompé par de faux rapports ; qu'il avait toiyours rempli les in« tentions de son frère, puisque Bagration n'avait pij^ malgré tous ses efforts, se réunir à l'armée russe de Barclay de Tolly ; que le moment présent était décisif, et que, malgré les termes formels de l'ordre secret de l'Empereur donnant le ponmiandement au maréchal, dans le cas seulement de réunion de la droite avec le 1*' corps, kû, roi de Westphalie, était tout prêt àfiure le sacrifice de stm amour-propre,^ dans l'intérêt du bien des affaires ; qif.en conséquence, il lui laissait le choix entre trois partis : ou donner la bataille aux Russes en adoptant le plan arrêté par luîr et alors.ii iui laisserait le commandement en chef, se bornant À commander sous ses ordres ses propres troupes ; ou donner la bataille en adoptant tel. plan qu'il voudra, et alors, lui Jérôme, servirait comme simple volontaire; ou enfin lui Idsser les troupes de. l'aile droite, et se tennr à Técart avec ses gardes du corps.

Le prince d'Eclonûhl, persévérant dans sa première résolution, et satisfait de trouver l'ocêasion de faire quelque chose de désagréable au roi de Westphalie,

i9ê Bf^MOIAES SUR LA CAlii»AONfi DE 181^

M écrivit : Qu'il ne pouvait discuter lee ortroâ ^ TEsipereur, et qu'il réclamait le comiûandemént de toute Taile droite comme lui appartenant Jérôme, eii recevant cette seconde dépêche, pluâ inconvenante eÉmore que la première, pensa quMI était une limite à Tabnégalion ; que ea dignité ne liii permettait pas dé mcrifief davatitli^ aux exigeaices singulièred de D^ ?out, et pensant que son départ de Tutnée, aplaniissant les difficultés, ne nuirait pas aux opérations, ilee décida à se retirer^ n'emmenant que ses propres gafdes dki corps.

C^ discussions, ces pourparlers, cet échange dé Jettres entre Jérdme et Davout avaient malheureuse^ ment fait perdre près de trois jours, pendant lesi^elè Bagration continuait sa retraite , aBsez mollement poursuivi. Le 16 juillet, Jérôme, décidé à en finir avec le prince d*Eckmûhl, prévint rEmperéiir de ce qui venait de se passer, et quittant son armée de son propre mouvement, après en avoir informé Davout^ il 8e mit en route pour la capitale de ses États, en rétrogradant par Mir et Korelitzci. Le général Hai^ chand resta chargé provisoirement des détails du sei^

Le jour même où il se retirait, le roi de Westphalie reçut encore les deux lettres d-dessous :

« Mon frère, je reçois votre lettre par laquelle vous me faites connaStre que Bagration a 60,000 hommes et que Tormassof le rejoint avec 60,000, ce qui ferait lâO,000 hommes. Gela est fort exagéré. Si au lieudeoela» voua me fassiet connatti^ le nombre dns

divisionâ qu*a Bagratibn, on pourrait évaluer au juste toutes ces exagérations ; > mais vous lie prenez pas If peine de vous informer du principal.

1» Selon toutes les probabilités, — jedis probabilités, car vous ne m'avez donné aucun renseignement positif, H que le point où vous êtes est le seul où je ne eonnaisee p» les forces de Tennemi, parce que je ne pcBs les c(Hinaître que par vous> — Bagration a la dirvîsioii tle grenadiers de Mecklembourg et deux autres divisions dMnfanteriç. Tormassof ou Kamensky lui en a ramené deux, la 9* et la 15*. Ce serait donc cinq divisions d'infanterie, qui forment dO,000 hommes, li a avec lui Platof, qui a 6,000 Cosaques, deux divisions de cavalerie, et une troisième qui kd a été amenée par Tormassof ou Kamensky; ce qui fait 6,000 hommes de cavalerie, et avec lès Cosaques, 12,000 chevaux. Il aurait donc en tout &2,000 hommes d'infanterie et de cavalerie. Avec l'artillerie et le g^nie, cela peut faire une armée de 50,000 hommes. La division d'infanterie est de six régiments, le régiment n'a que deux bataillons, et en génà'al les bataillons ne sont que de 500 hommes.

» Wilna, le 15 Juillet 1S12. »

A Sa Jàajesté le Roi de Westphalie.

« l^re, l'Empereur me charge de faire connaître à Yotre Majesté qu'il est nécessaire qu'elle Uiisse des forces à Nesvîj , afin de surveiller ce que fait l'ennemi du côté de Pinsk, jusqu'à ce que le prince de Schwartzenberg y soit arrivé avec son corps d'ar-

idS MlÎMOIRES sua hk CàUFAGfiE DE 1813

mée. Je mande , au ^prince de Schwartzemberg de presser son mouvement pour arriver le plus tôt possible dans cette position,

»Wilna, le 16 juillet i8i2:i>'

L* Empereur fut fort étonné lorsqu'il apprit le départ de son frère et inqualifiable conduite du prince d'Eckmuhl. Très courroucé, il commença à s'aperce^ voir qu'il pouvait bien, avoir été trompé par des rapports peu bienveillants, pour ne pas dire plus. Voyant en résumé que le roi de Westphalie avait rempli ses intentions, puisque, malgré les difficultés de sa piarche de Grodno à Mir, il avait toujours empêché Bsrgration de percer, et avait tenu Tennemi en respect jusqu'à l'arrivée de Davout, il regretta les lettres dures et violentes qu'il avait écrites ou fait écrire à Jérôme, et il s'empressa de donner des ordres pour qu'un officiel intelligent courût après le Roi de Westphalie. Cet officieryitait porteur d'une lettre (1) par laquelle Napoléon demandait av^ciiistance à son frère de reprendre le commandement de son armée.

ce Mon cousin, il est indispensable d'envoyer un officier de confiance sur la droite : il se rendra d'abord à Minsk, et de là auprès du prince Poniatowski Si le

(i) Nous avons fait de vains efforts ^ur retrouver cette lettre de TEmpereur, perdue avec une partie des papiers du roi Jérôme, brûlés dans Tincendie du palais de Cassel ; mai^ la preuve qu'elle a été envoyée découle de la dépèche portée par le capitaine Waleski et de celles adressées à Berthier, ^ la date du 20 juillet, lettres que nous citons textuellement. >

^ RliâSIB. 19S

Roi de Wesiphalie est revenu, il lui portera des instructions ; si le Roi a continué sa pointe, il portera des ordres au prince Poniatowi^ pour commander la droite, et des instructions* Le général Marchand continuera à être chef d'état-major de la droite. Les instructions du prince Poniatowski et du Roi seront de tenir le général Reynier^ à Nesvij , afin qu'il puisse appuyer sur Pinsk et marcher au secours du Grand* Duché, jusqu'au moment où les opérations seront tel* lement avancées, que les troupes russes auront re^ passé le Rorysthène. Le général Reyniar formera à Nesvij un corps d'observation. Le prince Poniatowskii avec les5Vet 8** corps, et le /i* corps de cavalerie, doit se lier avec le prince d'Ëckmùhl par sa gauche, et cependant harceler Ragration et le suivre. Dans Téloi* gnement où il se trouve, il doit agir selon les circonstances, et. avoir pour but (jl^empôcher Ragration de faire du mal et de tomber sur le prince d'EckmûhL

«Vous enverrez un officier au prince de Schwartzemberg,^ qui doit être aujourd'hui à Nesvij , pour qu'il appuie, en .cas d'événement, le prince Poniatowski, et pour que,, s'il n'y a là aucun danger, il se porte sur Minsk, pour qu'il fasse connaître quand il y arrivera, afin que je lui envoie des ordres,^ et pour qu'il forme des colonnes mobiles pour arrêter les traîneurs et les maraudeurs, de quelque nation qu'ils soient. Vous lui ferez connaître que l'ennemi a évacué son camp retranché de Drissa, où il avait fait de grands travaux et formé des magasins qu'il a détruits ; que

loi MJÉMOIRES SUR LA GAMI^AGNB DB 1812

nous sommes à' Drissa^ à Orchà, à Mohilew, et tju'ôii marche sur Witepski Sur ce, etc.

h (Shl&Qblokoé, le 20 jaillet 1812. »

« Sire, l'Empereur m*ordonne dé faire coânaïtft â Votre Majesté que son intehtiotl est qu'elle tieniie legé* nërafl Reynier à Neswij, afin qtfil puisse appuyer sur Pinsket marcher au secours du Grand-Duéhé jU^u'aU moment où les opérations seront tellement i^vancéeâ que les troupes russes auront repassé lé Borysthètie ': te général Reynier formera à Neswij tin corps à'ob^ servatiotté

» Quant à vous, Sire, vous devez, avec les 5* et 8* corps d'armée, et avec le 4' corps de réserve de cavalerie, vous lieraveô le prince d'Eckmûhlparvbtre gauche et cependant harceler Bagration et le suivre i dans réloîgnemeht où se trouvé Votre Majesté, )ôllë doit agir selon les circonstances et avoir pour but d'empêcher Bagration défaire du irial et de tôrabéf Sur le prince d'Bckmûhl.

» Je donne l'ordre au prince de Schwartzeniijerg, qui doit être aujourd'hui à Neswij , dé vous app'UV^ eu cas d'événement el^ s*ll n'y a là aucun dahgèt, de se porter àur Minsk.

» Le ptîncê de Neuchâtel, iiiàjôi*-géhèràl.

n Ghlotiblokoë, le 20 juillet 1812. »

Lé 18, le major-général écrivit par otAfB de i'Ëhîpèreur au prince d'Eckmûhl :

EN jfitjssife. 195

tt Écrivet léUrt ènr lettre au roi rfé fVeslphaliey ôU, en cas qu'il soit parti, au prince Poniatowski polir i|u'ils s'approchent de vous.

» J'ai mandé au roi de >Ves^)halie de rtitérer Tordre qiiè j'ai donné que le général Reynier restât' h Neswij jusqu'à ce que le prince de Schwartiembei'g y Boit arrivé.

» Chloublokoé, le 18 juillet 1812. »

Le même jour» il lui adressa les^ instructions suivantes» qui semblent prouver que l'Empereur n'était paê sans inquiétude relativement aux mouvements de Davout :

« Le major-général, au nom de l'Empereur, au t>Hnce d'EcIcmûhl.

to L'Empereur, monsieur le duc, a reçu votre lettre du 46 à 7 heures du soir. Sa Majesté suppose qu'avant de vous être engagé sur Mohilew, vous vous serez assuré que le 5* corps s'est dirigé sur Ighoumen afin de coU- VHr votre droite et silrtout Minsk. Sa Majesté, qui confiait votre prudence, n'a aucune ioquiétude sur ce que Vous fer^ t toutefois hfiarchez avec précaution et avec ftagesse. Fornïez un dépôt d'infanterie et de cavalerie pour Vos hommes et vos chevaux écloppés à Minsk et pour te géhéî^l Grouchy; Marchez de manière à pouvoir vous réunir* Lé secours du général Grouchy n*est pas à dédaigner. »

■ Deux joui* après, Napoléon, tout éti écrivant à Son frère pour le ptéssw dû reprendre son comiflànde-

ment, faisait témoigner son mécontentement à Davout et mandait à Berthier :

c( Mon cousin, écrivez au prince d'Eckmùhl que je ne puis pas être satisfait de la conduite qu'il a tenue envers le roi de Westphalie; que je ne lui avais donné le commandement que dans le cas où la réunion ayant eu lieu et les deux armées étant sur le champ de bataille, un commandant eût été nécessaire ; qu'au lieu de cela, il a fait connaître cet ordre avant que la réunion fût* opérée, «t lorsqu'à peine il communiquait par quelques postes ; qu'aprèff avoir fait cela, et après avoir appris que le roi de Westphalie s'était retiré,'îl devait conserver la direction et envoyer des ordres au prince Poniatowski ; que je ne sais plus aujourd'hui comment va ma droite; que je lui avais donné une preuve de la grande confiance que j'ai en lui, et qu'il me semble qu'il ne s'en est pas tiré convenablement; que puisqu'il avait pris le commandement^ il devait le garder ; mai$ qu'H eût mieux fait de ne pas le prendre, puisqu'il n'était pas réuni au Roi ; qu'à présent que je suis très éloigné, j'ignore ce qui se passe sur ma droite , que mes affaires en souffrent ; tandis que s'il avait écrit au prince Poniatowski que le roi ayant quitté Iç commandement, il lui donnait une direction, mes affaires n'auraient pas souffert. Sur ce, etc.

«^ Ghloublokoé, le 20 juillet 1812. ».

Jérôme se trouvait à quatre marches en arrière de Nesvij, lorsqu'il reçut la lettre par, laquelle son frère

EN RUSSIB. 197

le priait de revenir à son armée* 11 hésita et fut sur le point de rejoindre ses troupes; puis il réfléchit que depuis son départ la bataille avait été sans nul doute livrée aux Russes, qu'il arriverait après le combat , lorsque le danger serait passé; il continua sa route vers Cassel.

Ce qu'il y eut encore de plus fâcheux, à la suite de ces démêlés entre Jérôme et Davout , c'est que ce dernier, comme effrayé, en apprenant le départ du Roi, de sa propre conduite et du résultat qu'elle venait d'avoir, sembla ne pas oser disposer du commandement en chef qu'il avait exigé si impérieusement et qu'on lui abandonnait si complètement.

Dans les instructions qu'il envoya et qui sont indiquées dans une lettre ci-dessous au général Reynier, on ne retrouve pas l'énergique conduite habituelle de Davout {i).

(i) Voici cette lettre du prince d^Eckmûhl au commandant du V corps :

« Monsieur' le général, je reçois à Tinstant une lettre de Sa Majesté le roi de Westphalie, qui m'annénce avoir quitté le commandement de Taile droite. Je jne trouve autorisé à donner des ordres aux différents corps qui la composent, parles ordres del'Empereur qui ont dû vous être communiqués par Sa Majesté le roi de WestpbaHe.

» Je dirige le 8* corps commandé par le général Tharreau sur Borisow par Minsk , le 5' corps que commande le prince Poniatov¥ski sur Mohilew par Ighoumen et Lapitchsie.

V Pour ce qui vous concerne, monsieur le général, il me sera suffisant de vous communiquer l'extrait d'une lettre du ma^or-général au roi deWestphalie, que Sa Majesté m*a communiquée avant

Il ne donna aucun ordre pour presser Bagration, neprit aucune disposition pour lui livrer bataille, et laissa le général russe se retirer sur Bobrouiak, plutôt ojbservé que poursuivi par la c^v^lerie de Latour^ Mî^Mbourg. Le 14, cependÉj-nt , le i" régiment de chasseurs polonais formant la tête de colonne da 4? corps, ayant pu joindre Textrême arrière-garde de Blatof, selança contre une masse de Cosaquea qui lui firent éprouver des pertes considérables.

Gomme à Mir , Latour-M^ubourg «|,FriYa à teoips avec une division pour rallier les débris de ce régiment, rétablir le combat et foroer rhetman à repasser précipitamment le pont de Romanow. Les Busses bordèrent le ruisseau marécageux de Morvez, et bien établis dans une bonne position, ils firent échouer ieq efforts de la cavalerie fr3.nçaise.

Cette affaire est assez peu importante, par eUe«

son départ : les opérations dont vous êtes chargé y sont trop bien expliquées pour qu'il soit nécessaire d'y ajouter aucune explication. J'invite le prince Poniatôwski à se mettre en communication avec vous par dès partis. Vous pourrez m'envoyer les rapports sur vos opérations, soit par ce moyen, soit par des- officiers que vous m*enverrez,, et adresser, ainsi que cela est dit dans la lettre du majorgénéral, des rapports à Son Altesse Sérénissime. » Je serai demain à Mohilew.

» Recevez, etc.

^ Le maréchal duc cmue^sUi^^ » Princç d'Ëcmiuiif^.

» Esmoui, le i9 juillet 1812. »

(k heures^ appès midi.)

£N QUSSIB. i99

ipém0, mais e))e indique ^i) flottement dans leconr mandement, suite de la mésintelligence «HTy^fffl entrp leiB deu3^ qpciera g^népaiix do))|; loi pHF^i^i 4er< yoir était de 3'eQtendre e); de retenir leurs p^qftQ 4pm un but cqminuD. f^e gépéral Latour-M^ubqiir.g ^ivit a^ roi de Westphalie à 1^ fiqite de ce pQi^bftt 4e ]^oîpapow ;

r< Sire, j'ai eu Thonneur 4'f>^i?s^9 cettp pit, fiYotra Majesté mes deux rapports, celui du matin ^'^yia^t pu partir à cause des circonstances dont j'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Majesté. J'attends le rapport de l'affaire que \e 1" régiment de chasseurs a eue hier; ce rapport m'est annoncé ainsi que celui de l'affaire de la division Roznietzki, le 10, et que je n'ai pu avoir jusqu^à présent»

» L'ennemi est toujours derrière le pont de Romanow avec de Pinfanterie et douze pièces de canon.

» Diaprés le rapport de quelques paysans revenus de Sloutsk , il paraît que le corps de Bagration est entre Romanow et Sloutsk et qu^il attend Tarrivée d'un corps de la Moldavie qu'on dit n'être pas éloigné.

» D'un autre côté, l'incendie du pont de Romanow annonce que l'ennemi fait une retraite; il est probable qu'il attend l'arrivée du corps qui vient de la Wolhynie, ou que ses gros bagages soient en arrière et en sâreté.

»0n m'assure que l'on peut se porter d'ici à Sloutsk par Kopouïlé et Ghresk sans passer la rivière près de

laquelle se trouve Romanow. Ce chemin serait de six milles environ.

» rai donné Tordre à la division Kamienskî de se mettre à la poursuite de Tennemi au moment où il s'apercevra que Tennemi a quitté le pont de Romanow. Au moment où Fennetni mettait le feu à ce pont, ses Cosaques passaient la rivière à la nage ou à gué & une portée de canori du jpont.

» Je suis, Sire, etc. ,

» Timkoviscbi, le 15 Juillet 1813. »

Le départ de Jérôme, dès qu'il avait été connu à Taile droite, causa parmi ses troupes, et principalement dans le 8' corps, une profonde consternation. Les Westphaliens aimaient beaucoup leur jeune roi. Rrave, généreux, prodigue même, son caractère plein d'aménité était fait pour plaire. Dans cette guerre désastreuse du reste, les Westphaliens eurent bien raison de regretter l'absence de leur souverain, car le malheureux 8* corps n'eût certainement pas été éprouvé aussi cruellement , et sacrifié comme il l'a été, si Jérôme eût encore été à sa tête.

Voici une lettre adressée par un des généraux de division, le baron D'Ochs, au comte de Furstenstein, ministre à Cassel, et qui prouve combien on fut triste à l'armée en apprenant que le Roi abandonnait volontairement le commandement de l'aile droite :

« Monseigneur, le départ de Sa Majesté nous a sen-

siblement frappés. Jamais une marche D*a été plus silencieuse que celle du 16 juillet. Personne n'osait se demander si le bruit du départ du Roi était réel ou controuvé. Lorsqu'il se fut confirmé à la fin de la journée, il régna une espèce de consternation dans toute la troupe, consternation dont il n'est pas difficile de se former une idée quand on connaît Tamour et TattachêmeAt . que porte Tannée à son souverain si bien aimé. Nous sommes, depuis, un peu revenus de cet état de tristesse, et nous nous efforçons d*en prévenir les suites, par la pensée que Sa Majesté daignera toujours, quoique absente, nous honorer de sa protection et de ses bontés.

» Au cagy) près Ighoumen, le 20 juillet 1812. »

Qu'on nous permette maintenant quelques . réflexions . sur ce départ jugé si sévèrement par la^ plupart des auteurs militaires.

Nous avons expliqué au commencement de cet ouvrage les motifs qui ay aient porté F Empereur à confier à des princes de sa famille, fort jeunes encore, de grands commandements, et à les nommer ses lieutenants. Il avait été poussé à agir ai];isi par là nécessité d'avoir sous la main des hommes dévoués à sa politique, sur lesquels il pût compter en toute circonstance, et pour qui ]a guerre n'était pas encore saQs attraits, comme pour beaucoup de ses autres généraux. Mais en élevant ainsi des jeunes gens qui n'avaient pas pour cette immense faveur les titres de quekrues uns

20Si MifllOIRES SUR LA CAMPAGNE DE 1812

das maréchaux , de ceux sartout qui avaient gagné tûU8 Jeurs gracies sur les cbaoïps de bataille, depms i7d3f il excitait natureHement la jalousie des eem* pagQons da sa gloire* L'un des plus braves, des plus habiles jet sans contredit des plus méritants, était biea le vainqueur d*Auerstaedt, le maréchal Davout. de dernier ne vit pas sans un vif mouvement de conwi-* tise le magnifique rôle que l'Empereur assignait à son fri^re, au commencement <le la campagne de 1812^ Il espérait ôtre investi de ce commandement. 8e trouvant réduit à faire la guerre à la tête d'un simple corps d'armée, lui qui en 1809 ay ait été le chef de 50,QPO hommes des meilleures et des plus vieilles troupes du monde, il trouva dur de voir, à sa droite, un jeune prince , qui non seulement avait franchi , à la suite de la campagne de Silésie, les marches d'un trône, mais qui, à sa couronne de. roi, ajoutait encore Tépée de commandement de quatre corps formant un total de près de 80,000 hommes.

Davout fut d'autant plus peiné et piqué de cette préférence- de l'Empereur, et de ce qu'il considérait comme un déni de justice, que l& roi de Westphalie, par suite d'une circonstance particulière et de famille que nous croyons inutile de rapporter^ était en hostilité avec lui. On comprend donc et la cause des rapporte qui arrivèrent à l'Empereur sur l'aile droite, et la joie qiÉe ressentit le prince d'Eckmûhl, lorsqu'il reçut 4es instructions secrètes qui mettaient Jérôme sous ses ordres , et enfin combien il avait hâte de

BN RUSSIB. 9M

voir s^ réaliser oe rêve qu'il avait si longtemps cuff"

Voilà qui doit expliquer biea des choses. La dér mi^he iocoovenante de Davout après la démacc^ pleine de convenance de Jérôme, à qui le major-gér n^al avait adressé le 6 juillet, en mêmç temps qu'au pfûqçe d'EelfmùW, le fameux qrdre secret de l'Empor lï^ur ; )4 réponsf^ du Roi ; rinsistance déplacée du lnf)»r r<^c^^) , et , enfin la résolution raisonné^ du cojDmandan^ de Taile dr^iite de quitter Tarmée plutôt que de sô soupettr^ aux exigences exagérées du prince d'Ëefe: mîlhL

Itipus sommes loin de vouloir absoudre compléter iD^pt le J^oi de Westphalie et de dire qu'il eut raison en agissant conune il le fit ; mais nous croyons que les plus grands torts ne peuvent lui être attribués^ Napoléon, très au courant dû dissentiment qui existait eaicfi spn fr^re et Davout, ou ne devait pas mettre le premier sous les ordres du second, après lui avoir donné ime supériorité si considérable, ou s'il ne croyait pas Jérôme en état de commander 80, 000 homr oies, ^oit à cause de spn âge, soit pour tout autre motif, devait s'abstenir d'en faire un de ses tieuter nants. Vm reste, la meilleure preuve qu'il ne pensait pas ainsi, et que lorsqu'il confiait une armée tout en? tière à des metnbres de sa famille, il le faisait avec connaissance de cause, c'est qu'il sut toujours fort bi^n refu§p| des commandements, même secondaires, aux prjnç^ qu'il en crut incapables, et qu'il ne s'avi^ jaip^is de mettre dés corps d'açf^ée sous les ordres de

20& MEMOIRES SUR LA GAHPAeNE DE 1812

ses autres frères. Il leur dotanaitdes couronnes, mais il ne leur donnait pas de troupes à diriger ; Jérômo fut le seul qui eut des commandements réds devant Tennemi, et c'est la grande cause du faible que TEmpereur eut toujours pour ce jeune prince.

Davout fut coupable dans cette circonstance ; car au lieu d'imiter Texemple d'abnégation que lui don nait Jérôme et de faire violence à son ressentiment personnel pour ne songer qu'au bien de la France, à la gloire de l'armée; au lieu d'adopter ce que lui pro* posait le Roi et de combattre Bagration, il perdit trois jours à échanger des dépêches plus inconvenantes les unes que les autres, et pendant ce temps le général russe put gagner du terrain. C'est à cette fâcheuse circonstance, et non au séjour de Jérôme à Grodno et à la marche de ce prince sur Nowogrodek, aussi bien qu'à l'activité et aux talents du général russCr qu'on doit raisonnablement attribuer le salut delà deuxième armée ennemie.

En arrivant le 22 à Bielîtza, le roi de Westphalie trouva des dépêches importantes lui donnant des nouvelles fâcheuses du Grand-Duché. L'archevêque de Malines lui envoyait un rapport du ministre de la guerre de Varsovie, d'où il résultait que l'ennemi venait de se montrer en force sur le Bug, et commençait à menacer sérieusement les provinces situées sur les bords de la Vistule.

Jérôme fut alors sur le point d'arrêter sa marche sur Gassel, et de se mettre à la tête des corps de Reynier et de Schwartzenberg, occupés, en ce mo-

BN EUSSIH. â05

ment même» à faire le mouvement qui devait porter le preinier sur le Bug, le second vers Minsk. Toutefois^ voulant s'as3urer d'abord que la nouvelle de rentrée des Russes dans le Grand-Duché était bien réelle, n'était pas exagérée, et qu'on n'avait pas pris quelques partis de Cosaques pour une armée ennemie, il écrivit au général Reynier :

a Monsieur le général Reynier, je vous envoie la copie d'une lettre et d'un rapport que je reçois de Varsovie. Je désire savoir quand vous pourrez être rendu à Praga, car je suppose et je pense que vous vous y portez à marches forcées si vous avez connaissance des mouvements de l'ennemi,

M Je n'ai point de .troupes avec moi, mais je serai de ma personne dans quatre jours h, Varsovie.

» Je présume également que vous avez donné connaissance au prince de Schwartzemberg de la lettre de l'ambassadeur ; je désirerais bien savoir s'il suivra, comme je le suppose, votre mouvement.

30 Je ne crois pas, à moins que ce ne soit un corps très considérable, que l'ennemi veuille faire autre chose qu'une incursion dans le Duché, et qu'il ose s'aventurer jusqu'à Varsovie.

» J^uttends votr^ réponse. Je serai demain au soir à Grodnoj et après-demain à Bialystock.

» Cette lettre n'étant & d'autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, monsieur le général Reynier^ en sa sainte et digne garde.

» Bielitza, le 32 juUlet 1813. »

(7 heures du soir.)

Reynier répondit ati roi, le surlendemain :* a Sire , le prince de Schwartzemberg à reçu hiei*, lorsque nous étions ensemble, et m*a communiqué des lettres de Varsovie , pà,reilles à celles qUe Vott^ Majesté a reçufefS ; mais^ en même temps^ un officier ve^ fiant de Lembetg lui â apporté des lettres An gèttèi-âl commandant à Zamosc, du 18 , qui tui annonce ^ùé 6 à 600 hortimes. Cosaques et infanterie légètë hiSse, ont passé te Bûg à Dubîenko, et font, avec beaucoup de précautions, des reconnaissances où des côufëeé de pillage dans le pays. îl ne paraît pas croire que cette troupe jsoit Tavant-garde d^un corps destiné & une îtl^vasion dans le Gràrid-Duché. L'officier, en allant dé Eartiosô à Lublin , s'est détourné de là route , parce qu'on liri a dit que les Cosaques occupaient KragnoSii taw ; mais il a appris que ce n'étaient que dedt Co- Saques qui étaient venus à l'entrée de ht tille. Le pimcé de Schwartzemberg croit que c'est une fausse alerté qu'on a eue à Varsovie, que nous ne pottvons pas empêcher des Courses tle Cosaques sur la frontière que nous né gardons pas, et que Varsovie n^est pas menacé. Ainsi, il compte continuer son mouvement sur Nèfevîji après avoir séjourné aujourd'hui à SloniîH. Je Pàî ce* pendant engagé à faire séjourner davantage la tîoîonne qui passe par Pinisk-, et il a fenvoyé l'ùrdre ôu général Frimônt de faire de grandes démonstration» de marche sur la route de Pinsk h Loutsk ; afin de menacer titré le corps qui est en Wolhynie de marcher sûr ses def-« rières. Il doit faire attaquer aujourd'hui les postes ennemis. J'ai des troupes en marche pour le remplacer

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lorsqu'il partira, et tâcher de contitiuer l'âttilude offensive sur tes routes qui mènent de Pinsk et Kobrin en Wolhynie; mais Votre Majesté sait que j'ai bien peu tite troupes , et. particulièrement de cavalerie , pouî* m'étendre autant et empêcher l'enïiemi de faire des incursions danè le Grand-Duché. Je penâe conserve!* l'attitude menaçante pendant quelques jours, tant que les ennemis ne connaîtront pas le peu de forces que j'ai ; mais ils sont plus forts que moi , et le général Tormassof était encore , il y a quelques jours , à Loutsk. Tous les rapports s'accordent à annoncer qu'on évacue sur Kiew les magasins de la Wolhynie, et qu'une partie des troupes doit prendre cette direction.

» Je vais voir, d'après les rapports que je recevrai du Grand-Duché et de la Wolhynie, si je dois continuer à me placer sur les débouchés de la Wolhynie ou à me rapprocher de Varsovie. Si à Varsovie on a su réunir et tirer parti des dépôts de T infanterie et de la cavalerie polonaises , qui sont dispersés dans le Grand- Duché et qui reçoivent des recrues, on aura pu former des garnisons pour Praga et Modlin. »

Cette lettre du général Reynier, chargé de veiller à la sûreté du Grand-Duché avec le 7" corps, étant très rassurante, le roi de Westphalie abaiidonna son idée de réunir les Saxons et les Autrichiens, et de se mettre à leur tête pour défendre les pays menacés ; il continua à se retirer vers Cassel.

La sécurité de Reynier ne fut pas de longue durée ;

208 MtiMOIAES SUR LA GÂMPAONB DE 1812, ETC.

car bientôt les mouvements de rarméé rassemblée en Wolhynie par Tormassof furent as^ez prononcés et assez menaçants pour déterminer le prince de Schwartzenberg à arrêter de sa propre autorité sa marche et pour venir réunir ses forces à celles du T corps. L'Empereur approuva cette résolution , et donna au général autrichien le commandement supérieur dans cette partie du théâtre des opérations.

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