CHAPITRE XXX
cabinets des Souverains et du Gouvernement provisoire , les deux causes de la Régence et de la Restauration. L'inquiétude parut sur les visages : Tespérance et la crainte agitèrent en sens opposé les^ esprits , et de violens débats s'engagèrent entre ceux dont les opinions ou les intérêts se rattachaient à la. cause de Nappléon ou à celle des Bourbons. Des controverses moins passionnées, mais toutefois vives et pressantes reproduisirent tous les argumens favorables ou contraires à l'une ou à l'autre.
Les défenseurs de la^ Régence s'attachèrent surtout à prouver que le règne des Bourbons ramènerait infailliblement avec tous les privilèges et les abus de l'ancien régime, les effrayantes réactions que produisirent en Angleterre la restauration des Stuarts et la seconde révolutiou^ que ces violences entraînèrent.
Les partisans de la Restauration tiraient de cet exemple même un gage des garanties que les Bourbons s'empresseraient de donner ou de consentir contre les vengeances et le froissement des intérêts créés par la révolution. Us ne dissimulaient pas que les passions et les intérêts de la classe dépouillée par elle l'égareraient peutêtre au point de vouloir recouvrer en entier ce qu'elle avait perdu , et profiter de son ascendant naturel sur des princes à la c^use àes-
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quels elle sut enchaîner Id sienne ; «mais n'ëtail<« » il pas évident que ces deux causes , bien que » )iées entre elles par Tinfortune , différaient es^ >» sentiellement dans leur principe? Si l'intérêt de » l'ancienne noblesse et du clergé visait à recou« » vrer leurs biens , lear« rangs , leurs honneurs , » leur puissance à l'exclusion *ou aux dépens du y> peuple, celui des Bourbons ne leur commandait* )>il pas de régner sur la France entière, sur » toutes les classes de la société? Soùffriraieqt^ » ils qu'on opprimât ou qu'on avilit la classe » plébéienne , où une foule d'hommes avait ac- 3> quis dans les armes , le commerce et l'indus- 3> trie, dans les arts et les Sciences une grande » illustration et un rang élevé sur l'échelle so^ » cîale de l'Europe? Qu'avait -on à craindre des « Bom'bons , de cette famille qui affranchit les » communes et protégea leurs chartes contre les }> privilèges ? Hésiteraient - ils à garantir dans » une charte générale et commune à toute la » France , les intérêts anciens et nouveaux » sans exclusion ? Balanceraient*ils à j consa-> 3) erer l'oubli des torts et des erreurs du peuple » dans la révolution , eux. dont les ancêtres avaient )) si sagement , si généreusement pardonné les 3) torts de la noblesse dans les troubles de la 3> Ligue et de la Fronde ? La nécessité de cette » grande transaction n'était-elle pas reconnue
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)i 0% prQolâmée par des membres distinguas de n Tatideii derg^ , de FaDoienne noblesse ? Plu- » sieurs même , daus le.moment âotuel, ne cou* 3» courâient-ils pas à la rédaction du projet de » oot>siitution que le Gourememeut provisoire » devait présenter au Sénat? Etait-il donc impos^ » sibleque la Restauration fut en effet et sans re- 31 tour la 6n de la révolution? N'était-ce pas au » contraire, avec la Régence , qu'il fallait craindre » des révolutions nouvelles ? Pouvait-on en cou- » ronnant le fils tenir le père captif? La crainte u ou- l'espoir d'un retour ne lui conserverait-il )> pas ses partisans? Lui serait-il si difficile, dans » une crise réelle ou factice d'écarter la main y> d^une femme , pour reprendre la couronne sur »Ia tète d'un enfant? Gomment échapperait-on va la faiblesse d'une minorité? Serait-ce par » l'appui de l'Autriche ? Mais , sans parler des » premières années de la révolution , ne se i^es- » souvenait-on plus des clameurs que causa sons »les derniers Rois l'influence fiutrichienne? La » France ne verrait - elle pas , dans cet appui , » l'humiliation d'un joug étranger? N'appellerait- » elle pas Napoléon même pour la secourir ?
» Et si cet homme recouvrait sa puissance , que n deviendrait la paix de l'Europe et laliberté de la )i France? Quelle garantie espérer de celui qui » renversait ses propres institutions et sapait '
I) lui-même les bases de Fédifice politique qu'il )) avait éJevé, pour rester au sommet, seul et i> sans freiu ? 3>
Ces argumens et beaucoup d'autres retentissaient autour des Souverains et de leura ministres. . Mais c'était dans leurs cabinets mêmes qu'il s'agissait de les faire triompher.
Les commissaires de Napoléoqi , indépendamment des autres considérations, avaient surtout à faire valoir les immenses ressources qui lui restaient après tant de revers , pour continuer la guerre sur un théâtre moins favorable au nombre et à la composition des armées alliées ; son armée, celles du Rhône, d'Italie et du Midi, les garnisons, les levées des départemens .fatigués de l'occupation, formaient encore une force imposante : il pouvait tenter la fortune , attendre un événement heureux , traiter par lui-même ou entraîner par une chute plus glorieuse, la ruine des armées étrangères.
Aux considérations militaires, à tous les raisonnemens de la politique se joignirent des motifs secondaires et spécieux , * tirés de la précipitation même avec laquelle avait été donnée la, déclaration du 3i mars.
Dans le conseil où cette mesure fut arrêtée, la cause de la Régence avait été pour ainsi dire jugée par défaut. Les défenseurs de la Res-