CHAPITRE XXI
Position des armées française et autrichienne sur VAdige. — Défection du roi de NapTJes ^ et jonction de son armée au corps autrichien de NugenL — Retraite des Français sur le Min-cio^ — Bataille du Mincio. — Affaires de BorghettOj Gardone et Solo. — Mouvement des Austro- Napolitains sur la Nura. — Le Vice-roi détache le général Grenier sur de
. Pô. — Combats de Sacca et dé Guastalla.
— Retraite de Joachim sur la Secchia. — Débarquement du corps anglo - sicilien à lÀçQurne^ et ses premières opérations.
( Consultez pour les marches, la carte des ponts et cfaaus* sées de TEmpire français ; et pour les positions, les feailles du théâtre de la guerre en Italie , par le général Bâcler d' Albe , n** xii , xiii , xxy ; xvii , xyiii et xix. )
xj'iTÀLiE, par son éloignement de la capitale de TEmpire frauçais , semblait devoir être préservée du malheur de servir de théâtre au^L armées étrangères. Ce n était pas sur les bords du Pô qu'on pouvait porter les coups les plus sensibles
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à Napoléon , puisqu'au-delà des sources de ce fleuye, une barrière naturelle permettait aux dé* bris de Tarmëe battue d'arrêter la marche des vain^ queursj mais l'Autriche avait trop à cœur de recouvrer les belles possessions qu'une longue suite de revers lui avait enlevées, pour ne pas songer à enfaire là conquête; d'un autre côté, l'Angleterre était trop intéressée à ouvrir les ports de la Toscane et de la rivière de Gênes, depuis si longtemps fermés à son commerce , pour ne point la lui faciliter par une diversion sur les côtes. Ainsi, jpend^nt que les armées alliées se pressaient sur le Rhin et menaçaient de le franchir, le maréchal de Bellegarde rassemblait une armée formidable sur la rive gauche de l'Adige^, et lord Bentinck pré^ parait en Sicile une expédition contre la Toscane. Quoique dénuée de troupes , l'Italie ne parut pas si facile à conquérir au cabinet de Vienne , qu'il ne crût mécessaire de préparer l'exécution de ses projets au moyen d'une nouvelle alliance. he royaume fondé par l'Empereur y avait pris de la consistance : sous l'administration du prince qui le gouvernait depuis dix ans, les décret^ les plus rigoureux de Napoléon avaient subi des modifications réclamées par les mœurs du peuple italien 9 il était à craindre que, menacé dans son existence, il ne formât à la voix du Vice-roi , au milieu de la péninsule , un foyer de tés^stance capable d'arrêter la marche des batail*^
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Ions antrichiens. Pour contrebalancer l'effet de cette levée , le conseil aulique ne vit qu'Hun seul expédient , celui d'engager le roi de Naples à faire \3ause commune avec lui. L'ouverture et les résultats de la campagne en Italie dépendaient done entièrement de l'issue des négociations.
Quelle détermination ce Souverain , qui tenais pour ainsi dire , les destinées de l'Italie entre ses mains , allait-il prendre ? Prince français, beau* frère de Napoléon , couronné par lui , combien de^ motifs d'entraînement ! quelle dette sacrée à acquitter ! l'opinion publique pouvait-elle un seul instant douter de son dévouement à celui dont il tenait tout? Mais la métamorphose de Joachim alors entière et complète , ne s'était pas bornée à un travestissement de titre et de costume : il n'avait pas seulement échangéla cuirasse pourla pourpre. D'ailleurs, sous l'influence climatérique du pay& auquel la politique doit son apôtre et son suppôt , le nouveau roi de Naples pouvait-il entièrement se soustraire aux insinuations itiachiavéliques que rendait si spécieuses le bruit déjà répandu de l'invasion prochaine de la France ? L'ambi*tion dont elles flattaient l'oreille devait les accueil* lir en raison de l'intérêt que l'on attache à la conservation du pouvoir. L'enivrement de la puissance, cette dégi*ada tion morale , qui éteint toutes les affections de parenté et de patrie , était presque une maladie de Ëeunille : lé Français avait
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disparu dans Joachim, il ne restait plus en lui qu'un roi étranger à la France. C'est donc sous cet aspect qu'il faut l'envisager aux prises avec les événemens : les faits concourront seuls au développement de son caractère , et si le siècle reste indécis sur le jugement à porterde sa con« d)aite,la postérité, étrangère à tous les intérêts de circonstance, condamnera peut- être en lui le Français, pour absoudre le Souverain.
Joachim, tourmenté par la crainte d'être précipité d'un trône où la force l'avait élevé , et dont elle cessait de former le support, était moins disposé à écouter les conseils de la générosité que ceux de la prudence. Le front ceint du diadème , il ne se dissimulait pas que les devoirs d'un roi consistent bien plus à éparguer le sang de ses sujets qu'à le répandre pour de vaines querelles de famille : et si d'un côté , les malheurs de son ancienne patrie, le cri de ses vieux compagnons d'armes et le voeu de son armée l'appelaient au secours de Napoléon, de l'autre, son conseil, la noblesse et le peuple, ne cessaient de lui représenter les dangers auxquels il s'exposait en joignant ses armes aux siennes. Le royaume dégarâi de troupes, allait rester à la merci des Anglais qui faisaient en Sicile d^s préparatifs formidables: comment une fois engCHgé avec les Autrichiens, dans le nord de l'Italie, défendra-t-il ses côtes ? quels moyens lui. reste-
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ront pour comprimer les Calabrais toujours prêts à se soulever? de quelle manière assurer la rentrée des contributions, le recrutement de l'armée, la tranquillité de l'intérieur; en un mot, la marche du gouvernement au milieu des séditions qui vont éclater dans les provinces, des complots qui s'ourdiront en son absence, dans la capitalç même? et quel sera le dédommagement, le prix de tous ces sacrifices en cas de victoire ? Un simple témoignage de satisfaction de la part de l'Empereur des Français, auquel il doit tout , il est vrai , mais son peuple , rien. Si au contraire , ce colosse succombe sous les coups redoublés de la ligue européenne , est-il probable que son dernier allié trouvera grâce devant elle, lorsqu'assis sur un trôn^ usurpé , il avait encore à redouter l'animadversion attachée à sa parenté ? Une alliance avec l'Autriche paraissait détour-r ner tous ces malheurs*. Cette puissance lui promettait sa médiation vis-à-vis de l'Angleterre , la garantie de ses États, peut-être même une augmentation de territoire , en compeinsatiou des frais d'armement. Ces propositions séduisantes devaient être écoutées; car il n'est pas dans la nature humaine qu'un prince , placé entre ses affections et ses intérêts, sacrifie les seconds aux premières; mais sa conduite comme Sour verain sort de la ligne ordinaire, et l'homme privé aperçoit souvent de l'ingratitude la où les
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nations ont peine à trouyer des motifs de culpa* bilité. Telle fîit la position de Joachim : il sacrifia son bienfaiteur aux intérêts du peuple auquel il sentait le besoin de donner, dans ces graves circonstances , la garantie la moins équivoque de son entier dévouement.
piesseVappro' A peiuc fut-il dc retour dans ses Etats après les d«*v?enneTt désastrcsdc Leipzig, que le prince de Caria ti , son de Londres, ambassadcur à Vienne , reçut ordre de répondre aux ouvertures du ministère autrichien, et qu'une ordonnance, en abrogeant les décrets qui repoussaient de ses ports les navires anglais , moni tra tout le désir qu'il avait de se rapprocher du cabinet de St.-Jame^ de^w^fidéiité ^^* événemens étaient cependant encore inàjîapoicoii. certains. Refoulé sur le Rhin, Napoléon pouvait y arrêter l'invasion qui menaçait FEmpire , et sortir de la lutte imprudente où il se trouvait engagé, sinon victorieux, du moins avec honneur. Il entrait donc dans la politique du roi de Naples de garder des ménagemens, et tout en activant des négociations avec ses ennemis, d'affecter un dévouement dont la situation déplorable de ses afikires relevait encore l'importance. Ce rôle de duplicité ne pouvait man^ quer de réussir , car quel que fût le parti qui dût triompher, il laissait à Joachim l'avantage de se prévaloir de ses intentions , et de recueillir de simples promesses , tout le fruit que d'auti es