CHAPITRE I
5Qn instractioti si long-temps la première de TËurope, conserve à peine quelques pointeurs. Ajoutez que depuis Texpédition de Russie , la discipline s'est cousidérablemeut relâchée. Un grand nombre d'officiers sert avec insouciance et dégoût;* les soldats sont démoralisés. L'appât de lavancement est devenu sans attrait pour eux, et la soif dç la gloire s'est éteinte dans leurs coeurs brisés par le malheur. Enfin comme si ce n'était assez de tous ceà màttx pour achever la di^olution de l'armée, u|ie maladie épidémique venait d'enlever par ses ravages,. dans le court espace de six semaines , plus de 60 ' mille hommes accourusi de tous les dépôts de l'intérieur pour périr entassés dans les hôpitaux.
^ fallait sans doute une force de caractère peu commune pour se flatter de.créer encore durant l'hiver, avec ces tristes débris , une armées en état de tenir la campagne au printemps prochain ; cette fermeté , il faut en convenir , était uiaie des qualités de Napoléon^ Ypulant remédier .aux abus qui s'étsuent ilitroduits .dans le service , il l^emit en vigueur les anci^wes ordonnances^ réduisit le nombre des employés et des équipages à la suite de l'armée, et par un ordre du jour enjoignit à tontes les femmes qui avaient suivi leurs maris en Allemagne , de quitter les cantonbemens.
Ces dispositions n'étaient que les préliminai-»
aS CAMPAGNE DE ldl4»
res d'un traTail plus difficile , celui de la recom* . position de rarmée. Quoique Teupérience accise à cet égard , à rouverture de la campagne précédente, dût en applanir les difficultés, la réunion des divers élémens ne pouvait s-effectuer dans les dépôts sans recherches pénibles. Il n'y restait que des honunes mutilés attendant leur retraite; à peine trouvait-on dans les bataillons ou escadrons de guerre de la plupart des corps revenus de Leipzig , assez d'anciens soldats pour former un bon cadre de sous-officiers.
tiô^iri^ï. Nonobstant la pénurie d'officiers et de sous- ""iSaoterie ^^^^^^ » ^^ formation de la grande armée reposa sur la création de 343 bataillons qui , au complet de 84o hommes, auraient formé une masse de 388 mille hommes, partagée en 8 corps (i). Le nombre des divisions dans chacun d'eux variait de a à 5 , mais TEmpereur avait l'intention , si les circonstances le lui permettaient , de les porter tous à 3 de i4 bataillons chacune, ce qui eût donné a4 divisions et 336 bataillons. Pour activer cette organisation , l'on ne laissa à l'armée que le 1®' bataillon de chaque régiment, lequel dans
(1) Ces. corps étaient les i*% a% 4*, 5% 6% 7% ii* et » 3* formant ensemble a 8 divisions d'infanterie, représentées par un effectif ac* tnel de 56,078 anciens soldats ou ayant fait la dernièjre campagne ^ non compris cens faisant partie des i*', 7* et i3* corps ^ui se trou- Talent encore au-delà du Rhin.
GHAPIfftE h 2g
]a plupart était loin de son complet } et ron fil refluer sur les dépôts , tous les^ officiers et sous^ <>fficier$ ejscédant le complet du cadre de ce bataillon.
Pour obtenir Tavantage qui résulterait sôus les rapports d'administration et de discipline , de la; réunion de tous les bataillons qui avaient leurs dépôts enjtdie , on en forma 3 nouveaux régimens «qui prirent les n^ 19, io4 et 107 dans la ligne ;^ on augmenta aussi d'un 6^ bataillon les cadres des i8 régimens des 1®' et 1^4^ corps.d'armee faits prisonniers à Dresde , afin qu'ils, pussent fourair leur 5* à l'armée active.
Au moyen de ces mesures l'organisation coiu;^ menca, sinon avec fecilité du moins avec un certain ordre. Prévoyant les obstacles qu'il y au-r rait à former à la fois tant de bataillons , Napoléon ne dirigea d^abord sur les dépôts que )es 160 mille conscrits de 181 5 , mis à sa disposition par le sénatus-consulte du g octobre ; mais devant rejoindre l'armée active , aussitôt après avoir été habillés et armés , ils auraient été remplacés suct cessivement par des contingens sur ^ cciçtscriptipn appelée par le sénatus-consulte du l5 . nor vembre.
" Db tous les objets nécessaires à ces formldabkîs levées, ce qui embarrassait leplus;, c'était l'armement. On désarma tous les étrangers, à l'exception des Suisses, qui figuraient encore dans
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les raugs de l'armée française ; et dans cette cir^ constance critique, l'Empereur s'estima heureux d'avoir ^5 mille fUsils de plus et ^5 mille ennemis de moins.
«avaierié. L'organisatîon de la cavalerie éprouva plus d'obstacles; si la France pouvait fournir autant d*infanterie qu6 l'Empereur en demandait , ses ressources pour remonter ]a cavalerie étaient très-bornées, et paraissaieiit devoir mettre* en défaut tous ses calculs. C'est pour obvier en partie à la pénurie de chevaux , que l'ordre fut donné de remonter l'artillerie à cheval, ainsi que les sous-officiers du train d'artillerie et des équipages sur deâ chevaux d'un mètre 417 millimètres, et de formet^'S nouveaux régîmens montés sur des chevaux de cette taille, armés de lances et auxquels on donna le nom d'éclaireurs (1).
Là cavalerie établit ses dépôts généraux de reiùôïite sur la Meuse moyeniie et la Sarre. C'est là que furent dirigés tous les chevaiii jprovenant de la réquisition du 3o® cheval , et que durent se remonter d'abord les 3*à 4 mille vieux cavaliers démontés qui avaient repassé lé Rhin. Céfs dépôts étaient indépendaris de ceux 'des ; régiiïiens vers
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' (() Les progrès de rintcsioii tié pelrftiirent pas»dd réaliser ce (iro» jet. n n'y e|ut que 3 régimens <l*ép]«iireuFs formas : ils ne dépassë» rent jamais 3oo lances et furent attachés aux 3 divisions de cavalerie de la garde.
CHAPItRÉ té 3l
lescjuels on dirigea ; ainsi' <|ué cela s'était pratiqué pour rînfântérie, tous lès officiers' et sous-officîers excédant le cadre du i** escadron , ajfin qu'ils pussent s'y* recruter et 'rejoindre l'armée dans lé plîis court délai. Les' cïievaux étaient fdurnis à ces dépôts, par les éoîris des conseils d administration , aux dépens deâ fonds spéciaux mis à leur disposition pour cette remonte pressée. Par suite dé ces mesurés, îï n'y eut que lé 5* corps de cavalerie , composé deè régiméns rappelés d'Espagne vers là fin dé la dernière campagne , qui conserva son aîicîenne organisation. Les 1*' et 2® furent réduits à une seule division chacun; le 3® à 2 ; le 4* fut dissous, et le peu de lanciers polonais , qui en restait ,' fut envoyé en remonte à Reims.
A mesure que rinfanterie de lignç perdait ^J^* "■'^'" de la force propre à sa constitution , l'Empereur sentait le besoin dé la soutenir par une forcé auxiliaire. Pour atteindre ce Jbut,' uq décret du 2 1 décembre accrut la garde de 8 nouveaux régiméiis et augmeiita dé 2 compagnies les* cadres de chaque bataillon des anciens.' / '
La garde se composa alors de Ô divisions , dont 6 de jeune garde de i^ ï>ataîllons cbacunè,'de lô bataillons de moyenne et de 8 i>a taillons de vieille infanterie; en totalité 102 qui ,^au complet de 846 hommes, auraient formé une réserve de plus de 84 mille cômbattans. Napoléon trouvait
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un (double avantage à augmenter ainsi sa galrdé f parce qu'il obtenait en peu 4e temps des régi-" mens passables, par I^ zèle et le dévouement des ofiiciers et sous-o0iciers , et que c'était un moyen de donner le change à l'ennemi , en lui présen^^ tant des tètes de colonne dont la renommée se plaisait encore à exagérer la vaillance.
Si l'on en avait eu le loisir , on eût recruté ces corps avec difTérentes espécesd'hommes; la vieille garde par d'anciens soldats de l'armée d'Espagne; les fusiliers par des jeMnes gens de famille; les flanqueurs par des forestiers et chasseurs ; les véirtespar des Toscans et des Piémontais; mais de peur que le temps ne vint à manquer , on y incorpora indistinctement les premiers conscrits dis-ponibles. Les voltigeurs qui auraient dû se for* . mer à Metz , ne purent y achever leur organisa* ^ ' tion, et les tirailleurs ne firent, la leur qu'avec peine aux environs de Paris.
Il ne fut rîeh changé à l'organisation de la cavalerie de la garde; seulement chacune de ses divisions fut augmentée d'un régiment d'éclairèurs y et recruta isSo hom^mes dans chaque régi* ment de sardes d'honneur.
rv>i3sû^de4é« ' Tandis que toutes ces dispositions s'exécu* taîent avec trouble et précipitation, un comité de défense présidé par le premier inspecteur-gé* iî^ral du génie , éclairé par les documens des dépôts dé la guerre et des fortifications , discutait
ictii^.
ïà, sîtùatîoil, rartnement^ ràpprovisionneiûeDt 'et la garnison des places , les positions ou lignes â occuper d'après la marche présumée de Tentoemi, et minutait en sileidce les instructions de détail à transmettre aUl maréchaux dan^ les di'^ Verseà hypothèses^
Ainsi malgré le niécontentemetit de la nation, l'épuisement de ses ressources ^ la mauvaise vo^ lonté delà plupart des autoHtés, le découragement des officiers généraux et des troupes , au simple geste d une main despotique , tout courait prendre le poste qui lui avait été assigné , et pro^ mettait à Napoléon de remplacer, du moins eu nombre , les armées dévorées à Moskow et à Leîpzîgk
Cependant les Souverains alliés poursuivant avec persévérance l'exécution de leur projet , employaient utilement le temps que leurs troupes mettaient à se réunir des divei'ses parties de l'Allemagne sur la rive droite du Rhin.
A peine les têtes de colonne eurent-elles atteint ^^^ç*^***^
^ ^ ^ des alUes.
ce fleuve , que leurs ministres fiers de l'accession successive des Princes de la confédération rhénane à la grande alliance , se réunirent à Francfort, et délibérèrent si les Princes signataire^ de l'acte fédératif du 12 juillet 1806, conserveraient l'exercice de la souveraineté. Due question poli- 4ique de celte nature ne pouvant se résoudre • iw 3 •
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négatîvement sans entraîner de graves conséquences, elle fut ajournée dans le conseil , et ou leur garauiit pravisoirement la possession des acquisitions faites depuis cette époque ; mais afin de prévenir en eux l'effet de toute arrière-pensée en faveur de leur ancien protecteur , on les plaça sous la tutelle d'un département central , espèce de comité de salut public , à la tête duquel se trouvaient le baron de Stein, et les plus ardens zélateurs de l'association connue , sous le nom de Tugend-bund (i).
Départemeut Q^ département central cumula l'administration «onfédérâûon (Jgs pajs couquis avec la surveillance de l'exécution des stipulations des Princes confédérés ; la garde et l'entretien des places fortes , la levée des hommes , la rentrée des contributions de guerre , et généralement de toutesles fournitures de vivres et autres prestations à faire aux alliés , tombèrent aussi dans ses attributions. L'on voit par-là que l'ancienne confédération du Rhin fut soumise momentanément à une sorte de régime révolutionnaire, et que la souveraineté de ses Princes fut reslrejnle au simple droit de rendre justice.
(i) Cette association , qui signifie littéralement lien de Vertu, ne ressemble pas mal à la société des Amis de la Constitution , dans son origine en France , car elle eut pour motif la iiherté et Tindépendànce deTAUemagne, et se prop.-^gea comme elle par affiliation.
iToiis ceux qui entrèrent dans la grande àl- comiugens iiance fui-ent taxes, ainsi que la Saxe et le grand- gés^desprLwa duché de Francfort, à un éotilingent double de r^/on!''"'''^^' celai qu'ils fournissaient à Napoléon, dont moitié en troupes de ligne , moitié eu milice^ (lahdwehr)) de manière que l'Allemagne, les villes anséatiques comprises, dut mettre sur piedune armée de 149 mille hommes, divisée en 8 corps ^ sans préjudice à la levée en masse (^landsturrnj ^ ijue.lô département central eut la faculté de mettfre en activité partout où il le jugerai t nécessaii*e' ( i ).
La Russie, l'Autriche et la Prusse, ne pou- Contribution
, / . 1 , ». de guerre qui
vaut tn*er de leurs états , dans la mauvaise sai- leur est imposon , les subsistances et autres approvïsionnemens nécessaires à l'entretien de leurs armées , «lies imposèrent les petits Princes de ïâ confédération du Rhin à une contribution de /\^ millions aSo mille francs , égale au produit net d*uiié année de revenu : cette contribution partagée entre les trois hautes puissances, à raison de VV poili* chacune d'elles et de ^ pour la Suède et lé Hanovre (2) , les mît à mêmre àé pourvoir à leurs pfus pressans besoins. ^ './
Les efforts que les alliés avaient fâi ta poiirrècompléter leurs armées de|^ti.i^ la Wtàille de
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(i) Voyez le recueil de Martens, tome XII , page 6a6. {%) Ibid^ tome XII » page 6a a.
Leipzig , étaient inouïs : toute la population tIgoureuse de la Prusse , de rAllemagne et de r Au triche courait aux armes; c'était moins une coalition des Princes qu'une croisade de tous les peuples de l'Europe contre Napoléon; du Volga au Guadalquivir tout se soulevait contre son despotisme. Les alliés comptaient, il est yrai, beaucoup de recrues dans leurs rangs, mais placés à côté des vainqueurs de Leipzig , ils ne devaient pas tarder pas à en prendre l'esprit. Aiii< s de Ka- Daus cc bouleverscmeut général , l'Empereur
pwléou. •11» 11» / 1
ne comptait plus d autres allies que les royaumes d'Italie, de Naples et de Danemarck et la confédération Suisse ; encore les cours de Naples et de Copenhague étaient-^Ues à la veille de renoncer à une alliance qui ne devait attirer désormais sur elles que des calamités. D*un autre côté , les efforts que le royaume d'Italie allait faire pour repousser l'invasion dont il était menacé par l'Autriche , u^ pouvaient être efficaces qu'autant que la Suisse observerait la neutralité.
L'occupation de ce dernier pays par les Français \ eût facilité leur offensive en Souabe et en Italie; c'était une raison pour qu'elle fût enviée des f^\è% , auxquels elle offrait par réciprocité deux excellens débouchés en France, et les moyens de couper ses communications avec l'Italie.