CHAPITRE XIV
«aques des hauteurs de Crecy , reprit bientôt sa position , à Faide de la bx*igade Semery,
Le duc dé Raguse ne pouvant , après la X'etraite de l'Empereur , rester davantage au confluent de la Suippe, se replia sur la rive gauche de la Yesle , aux environs de Fismes , où il établit son quartier-général. Le feld - maréchal Blucher qui aurait dû éti^e aux aguets pour tomber sur les Français, sembla vouloir, quoi qu'en disent les historiens allemands , faire un pont d'or à Napoléon , puisque les avant-gardes de son aile gauche ne dépassèrent pas Béry-au-Bac , et que celles de sa droite, cantonnèrent sur les bords delà Lette.
Tel fut donc le résultat du mouvement offensif obsOTTadoos. de l'Empereur au-delà de l'Aisne : gagner une bataille sans fruit à Graone, et venir échouer devant Laon , comme pour donner un exemple de l'opiniâtreté la plus condamnable.
La conduite du feld- maréchal prussien dans ce court espace , offre un mélange assez remarquable d'aplomb et de faiblesse. Rejeté sur la rive droite de l'Aisne , le point essentiel à conserver pour lui était Laon, et il dirigea sage* ment ses manoeuvres vers ce but. La position intermédiaire de Graone, choisie pour arrêv ter la poursuite de l'armée française , était la plus convenable. En effet , l'Empereur ne pouvait déboucher par la route de Reims à Laon
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sans la laisser sur son flâne gai;iche. Le feldmaréchal décidé à tenir sur le plateau , fit de bonnes dispositions; et si le chanjgèm.ént de front , la caralerie du baron de Winzîngerode en avant , pour tourner la droite de TËmperenr ^ ne lui réussit point K cause de là difficulté dés chemins , il faut convenir qu^il n'en fut pas moins bien conçu.
Quelles que soient les raisons qui déterminé» rent le mouvement offensif de l'Empereur, il est difficile de le justifier. Le grand coup qu'A éspé^ rait porter à l'armée de Silésie étant manqué par la reddition de Soissoiis , tous les militaires ont pensé que des manœuvres au-delà de l'Aisne ne pouvaient réparer ce malheur. Coilper le feld-maréchal Blucher de la Belgique , n'était se* Ion eux , qu'une opération secondaire , laquelle imposait une tâche d'autant plus difficile à l'armée française , qu'en isolant l'armée combinée de Silésie et du Nord de ce côté, on lui laissait le champ libre pour se rapprocher de la grande armée.
Parvenu au pied du plateau de Craone , l'Empereur ne pouvait se dispenser de l'attaquer. Par tm hasard heureux, il n'eut affaire qu'à la gauche du maréchal Blucher , pivot du motivement projeté sur Fétleux, et qui se trouvait séparée par la Lette du reste de l'armée ; mais par cela même aussi la bataille devait êtte sans grand résultat.
puîsqu^oh rejetait le comte Woroûîow sur sa base,
Vaîiiqueur à Graone et décidé à. se porter sur Laon , Napoléon avait à choisir entre deux partis. Le premier , de suivre avec toutes ses forces la route de Soîssons ; l'autre , de diriger le duc de Baguse par celle de Reims : mais tous deux présentaient de graves incoûvénîens. En s*arrêtant au premier, il risquait d'être arrêté par une simple arrière -garde au défilé d'EtOttvelle ;' en adoptant le second , il se morcelait ; et sa droite séparée du corps de bataille par un terrain dépourVu de communication , était exposée h être écrasée loin de lui. On a vu ce qui en est résulté. A la vérité , des officiers ont cru qujB le duc de Raguse n'aurait pas éprouvé réchec de la, nuit du 9, en marchant avec plus de prudence et s'arrêtant à Fétieux. Mais , quand bien même des mesures de précaution l'eussent garanti de surprise , il n'est pas moins évident que sa position était précaire , et qu'il risquait d'être accablé à la moindre manoeuvre du maréchal Blucher.
L'opinion partagée à cet égard est unanime en celui-ci : Napoléon informé de l'échec éprouvé par sa droite , devait se retirer sUr-le-champ , et commit une imprudence qui eût creusé le tom^ beau de son armée, si le feld- maréchal , rappelant les corps à la poursuite du duc de Raguse ,
fut tombé de Laon sur le centre et la gauche des Français avec des forces quintuples ; ou bien encore , si les amusant devant le plateau, il les eût fait entièrement tourner par les' Prussiens déjà en si beau chemin. Heureusement, il ne saisit point Ta -propos ; et par une pusillanimité égale à la témérité de l'Empereur, redoutant encore le lion pris au piège , il le laissa s'échapper criblé de blessures , lorsque d'un seul coup il pouvait rétendre à ses pieds.