CHAPITRE VI
Aéunion des corps de V armée Jrançid^ sous Châ-
Ions. — Projets et dem^èPes mesures dé Nctpa^
léon. — Son départ de Péris. — // prend Vof-
Jensis^e. — CombatsdeSainihDiziéretdeBjriemie^
( Consultez pourleft marches la carte des ponts et chaussées de TEmpire Français , et pour Jes positions les feuilles de Gassiniy n*8o etdi.)
V oiGi donc les armées de Wînzingerodé , de Blucher et du prince de Sèhwarienberg réttûies sur la Meuse et la Marne , et en mesure d'agir sut* P»îs.Pèux autres, celles de* Bulow en Belgique, et de Bubna dans lè bassin du Rhône, sont destinées à des entreprises collatérales, subordonnées aux succès des opérations des trois premières auxquelles sont opposés cinq corps firauçais.
Le maréchal duc de Tarenté est en pleine marche de Namur sur Ghâlons ; le prince de la Moskowà ainsi que les ducs de Raguse et dé Belluhe sont à Vîtry; le dite deTrévise s'est retiré de Ghaumont'sur Trdyes, Cest donc sur la Marne et la Seine que Vont se'frapper les grands coups ; c'elst par leurs Vallées que se dirigeront lès lignes d'opérations. Dès-lo^s toute incertitude disparaît,
a 38 càmpache de 1814»
et d'après l'ofiensive, il est facile de déterminer la défeme.
La disposition générale des esprits ne permet pas de compter sur le ccmcours unanime de la population, et les moyens de résistance consistent uniquement dans, ce qui reste de tJ^oupe» régulières , et dans le petit nombre de couscrita et de gardea nationales en iictivité; encore &ut-il )e temps d'encadrer et de former ces nouvelles, levées, et de réunir au centre toutes les troupea qui ne spnt point indispensables à la défense des extrémités. Quel sera donc ^ dans l'état actuel des affaires , le genre de guerre le plus convenable à suivi;e?
Projet de de- Cette, question n^était pajs du nombre de celles
fensire pré- - * , • » ^ i * r
sente à r£m- que. L r^mpereur donnait à resotwe au comité perenr. ^^ défcnse. Il ne Iç consultdit que sur les po^ sitions. ou sur l'armement et l'approvisionne^ ment des places; et depuis sa création, les. pro^ grès de l'ennemi ,^ la faiblesse et le dénuement de l'armée ne permettaient pas de profiter de ses avis.. Cependant, un de ses membres crut devoir résumer dan5 un court mémoire, des. vues qu'il avait émises de vive voix, en- Êivenr d'une guerre ^éfensive^ Paus son pl^n « l'armée principale, eût dé&ndijiJle terrain ,pie.d k pied, t^ndi3 que des corps d'armée de 1,5 à 30 mijlebommes, eussent agi sur les flancs et sur la %nç d'opération . de
V^un^mi, en partant au nord. d§s ^places dç la
iÛHA^ITllÉ ▼!• i3§
Meuse et de là Moselle , au midi des chàiîiés de monlagnes qui séparent les bassins dii Rhône, dé l'Yonne et de la Loire.
On insistait surtout dans ce projet ^ siii' la né>' cessité de ne point livrer de bataille , à moins tjfiû l'ennemi , par des fautes graves , n'en mit toutes lés chances contre lui, « Sans doute une victoire d complète, ajoutait*on, déciderait la question » avec plus de promptitude et d'éclat; mais si » l'armée ennemie n'est pas rompue , ce succès » augmentera notre faiblesse ; si les alliés nous o> battent , même sans nous entamer , il faut à » l'aiFaiblissement ajouter le discrédit de Topi; I) nion. Il serait trop affligeant de calculer les 3) suites d'une grande défaite : les journées d'A^ » zincourt et- de Poitiers ont conduit le roi Jean » à Londres et Henri Y à Paris. »
Mais dans l'opinion même de l'auteur , le svLCr ces de ce plan eût exigé que l'Empereur changeât son système de guerre , qu'il rendît son gouver^ nement indépendant de l'occupation de Paris , et qu'il s'associât par des mesures politiques les volontés et les ressources de la nation.
Soit que ce plan s'écartât trop du genre de ^ •<( rt^^^ guerre si femilîer à l'Emperetir, et qu'il exigeât de sa part des sacrifices et des combinaisons aux^ quelles son génie ne pouvait s^e ployer, soit que •a politique jugeât nécessaire de ne pas dévier du
k40 tAMJÉ»AGN& OÉ ldl4,
système d'oiFensivè auquel il était redevable dé tant de victoires et de T^ceudaiit qu'il exereail sur tous les généraux de la coalition ^ i résolut de réunir sa principale armée au centre ou audelà de la sphère des opérations des alliés , et d'y frapper un coup décisifs bcrniert prr- Persùadé qu'il rétablirait ses afl&iires eu une
jeta de MauiH , ,
lion, seule bataille , il ne rabattit rien de ses premiers
projets- Menacé déjà dans Paris, il prescrivit néanmoins le 30 janvier au général Maison de concentrer ses troupes Sous Anvers , et de veiller uniquement à la conservation de cette place , pour le salut de laquelle il devait sacrifier la Belgique et laisser à découvert Tancienne frontière du Nord,
Le maréchal duc de Castiglione , avec la i*** division de son commandeipent, et les gardes nar tionales des 19* et ao^ divisions militaire^ , eut pour instruction de ifaire occuper les routés de Ly ou à Paris par Màcon et Tarare i tandis que \^ général Marchand, a^v^c la Pt^ et les gardes natio* X!^jktsdes 7® et S® <iivisious territoriales , prendrait poste à Chamhéry , Grenoble et Vi^ne^ Cjbs d^w^ petits corps d'armée devaient ce porter ensuite simultanément $ur Lyou, en cl^^^er les alliés s'ils s'en étaient rendus maîtr0$ y çt 4e là marcher sous le commandement du marjéphal , vers Ge* iiièv^ièt la Suisse, sur i^ws derrières;
CfiÀPITRË Tt, l4l
Le vice-roi eut l'ordre vague de se rapprocher des Alpes , et d'eutrer en communication avec le gênerai Marchand.
U ne fut rien changé dans ce qui avait été pres^ crit aux ducs de Dalmatie et d'Albufera ; leur rôle devait être entièrement défensif dans les Pyrénées comme dans la plaine du Lampourdan ; seulement Je premier eut ordre de diriger sur Orléans deux divisions d'infanterie , et moitié de sa cavalerie et de son artillerie légère ; et le second d'envoyer à Lyon une forte division d'infanterie, les deux tiers de sa cavalerie et toute son artillerie légère.
Les divisions de réserve qui s'organisaient à Bordeaux , Toulouse , Nismes , et Montpellier , fiirent désignées pour remplacer le vide que ces détachemens opéreraient dans les cadres de leurs armées*
Ainsi, malgré l'imminence du danger, Napo* léon prétendit faire face partout; et dans un moment où mille considérations lui imposaient le devoir de couvrir sa capitale avant tout, il laissa ses meilleures troupes sur des points secondaires , où les plus grands succès n'auraient eu aucune influence dans les résultats de la campagne.
A la vérité , dans les premières alarmes de l'in- Projet de forvasion, l'Empereur avait témoigné le dessein de 1^" pîéS saisir par des ouvrages de campagne les hauteurs S^d^.^^"^'* qui dominent la capitale dont il avait ordonné la reconnaissance secrète. D'après cette reconnais-
l^l CAMPAGNE DE lÔl4»
sance, un projet fut soumîft au conseil de défeiiM» U consistait en ouvrages en terre détaches et fer^ mes, sur les principales sommités et k la tête des &ubourgs extérieurs qui auraient été barricadés « crénelés et rattachés à l'enceinte de Paris par des tranchées. Leurs habitans , organisés en compagnies , eussent fait partie des légions les plus voi* siues de la garde parisienne. Toutes les troupes de la garnison , à l'exception de 3 à 4 mille hommes nécessaires à la garde des ouvrages avancés , au-* raient été ainsi disponibles pour la défense active* Ce projet fiit arrêté le 3i janvier parle comité de défense et mis sous les yeux de l'Empereur , qui le rejeta et posa lui-même dans une note du i4 les hases d'un autre dispositif; c'était de couvrir Il «>t wjetc les barrières de tambours en charpente , percés rêur î^r^en dc créucaux et d'embrasures , prenant des flancs '* sur l'enceinte , pour diriger quelques feux de mousqueterie et d'artillerie sur les boulevards extérieurs et les principales avenues. En bornant la défense matérielle de Paris à des ouvrages en bois, on veut que Napoléon n ait cessé d'avoir l'i^ dée de conserver la supériorité sur les alliés, et de croire que cette ville n'avait à craindre qu'un hùrra de troupes légères. U est vraisemblable pourtant qu'il n'a été amené à cette résolution que par des considérations politiques. En effets que n'avaitril pas à craindre, si la malveillance parvenait à faire envisager à la multitude de sim-
trace un autre.
CHÀPITAB Vf» 14^
pies rédoutes comme suusoeptibled d'uae résistance qui devait attirer sur elle de longs malheurs, si même elle réussissait à lui persuada* qu'il désespérait d'arrêter l'euDemi autre part que sous cesretranchemens ? L'intervention du ministre de l'intérieur et du corps des ponts et chaussées dans ces travaux , le mystère avec lequel on prépara les tambours dans des chantiers particuliers , de manière à être transportés à volonté , et prêts à être montés sur le terrain , décèlent assez les iur quiétudes de l'Empereur à ce sujet*
Non-seulement il se méfiait de la population ouvrière de la capitale , mais même de l'élite des citojens appelés à concourir à la formation de la garde nationale» Ne cédant , en la créfint , qu'à rinviocible nécessité , il avait pris toutes ses précautions pour qu'elle nepût , en aucun cas , s'opposer à la volonté du gouvernement. On chercherait en vain dans les instructions adressées la nuit de son départ^ à son lieutenant, le service qu'il exige d'elle en cas d'alerte , tandis qu'il s'ingénie à chaque ligne , pour lui épargner Vembarr ras de sa mise en activités , >
D'après ces instructions , le roi Joseph la com- Le roiXosepU mandera en son absence , et lui transmettra ses na^e r£m' ordres par l'intermédiaire du maréchAl duc dp^*"^** Castiglione , qui en est nommé major-généraL
Joseph cumule en même temps le comnpiande- !• 10
l44 CAMPAGNE DK l8l4»
ment de la i'* division militaire et celui de la garde impériale.
Tronp^s en Paris doVonu tout-A-coup le centre d'activité ^ Parif. la place de dépôt de la grande armée, renferme pour le moment une foule de troupes , mais qui toutes sont destinées k rallmenter.
Sa garnison actuelle se compose de 3o cadres de bataillons qui , après avoir été complétés avec des conscrits de 181 5, sercmt dirigés sur Tarmée, et successivement remplacés par dan* très qui ne sout éloignés que de deux ou trois journées de marche de la capitale.
La jeime garde y a réuni a 3 cadres de batail^ Ions, dont 4 tenus au complet formeront resserve et feront le service extérieur du palais, pour l'intérieur duquel 3oo vieux grenadiers on chas-^^ seurs ont été réservés.
Le dépôt central des remontes , que les progrès de rinvasion ont forcé d'établir à Versailles , sous , le commandement du général Roussel, a amené
dans les environs de cette ville, près de dix mille cavaliers à remonter. Le dépôt fournissant mille chevaux tous lès trois jours , Paris sera gardé par un détachement de troupes à cheval de cette force, qui y restera trois jours avant de continuer sa route vers l'armée.
La garde impériale n'ayant que 3 mille hommes à remonter, et 100 chevaux sortant de sop dépôt
chaque }oùr , le comte Omano aura au 1^' février mille à 1 ,300 cavaliers d élite disponibles.
Cent boaches à feu provenant dû grand parc , Matériel d*ar. anîvaient de ChÂlons , 80 de Bordeaux , 5o de Brest, Le matériel ne manquait paâ encore , mais la disette de canonniers se &isait sentir vivement. Pour j suppléer en partie, 4 compagnies de mâtelots-canonniers formées à Cherbourg , sont appelées à Paris; les élèves de l'E.cole polytechnique et les invalides sont exercés au tir du caiM>n, et les vétérans de la garde chargés du service d'une batterie de 8 pièces attachée à leul" réserve. Par la •réunion de ces moyens « l'Ëmper^Ur se flatte d'être toujours maître de Paris.
, Ainsi, plein de confiance en V entier dévoue* ment de ses ministres et du sénat, et dans un dis* positif de. troupes que les événemens ordinaires de la campagne tendent journellement à affaiblir, qu'une seule dé&ite peut ruiner , il laisse l'Impératrice et le roi de Rome dans une ville sans défense , exposée aux machiDations de ses ennemis secrets et à la merci des troupes légères des alliés.
D'autres soins occupent les derniers momens Dernières mt-
1 f' 1 »* • •! 1 r «nres relatire*
de son seiour a Pans : il songe a se former une * laformaUc» armée. La rapidité des evenemens a trompe tous ses calculs; l'envahissement d'un quart du territoire de l'Empire , Ta frustré des hommes et des ïessources qu'il s'en promettait. Au commencement de décembre^ il ne semblait craindre que
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de manquer de cadres ; mainlenanl il s'en tronre beaucoup plus qu'il n'a de conscrits. Pour obvier à cet inconTenient, les bataillons qui, dans le premier projet de réorganisation, devaient être portés à 840 hommes, entreront en ligne dès qu'ils en auront 4oo. L'on n'attendra pas même qn'ik soient habillés; et pourvu qu'ils soient coi^ fés , équipés et armés, ils seront en état de sa^ montrer à l'ennemi.
Les préfets reçoivent de nouveaux ordres pour hAter le départ des gardes nationales mises en ac'> tivité par le décret du 6. On n'exige d'elles ni armement, ni équipement; elles recevront l'un et l'autre des arsenaux et magasins de Paris , dana les camps de Troyes , de Provins, de Montargis , de Meaux et de Soissons , on leur rassemblement doit s'effectuer au plus tard les premiers jours de février.
La garde royale d'Espagne est dissoute (i)* Le
(i) La garde royale d'Espagne ftit créée à Naples le i*' août 1806. Elle consistait en an régiment de grenadiers « un de voltigeurs , formés de 1 bataillons de 8 compagnies chacun , d'un régiment de dievau-légers de 4 escadrons , d'un escadron de gendarmerie d*éiite et de denx compagnies d'artillerie.
Les 12'régimens d*inlSmterie y la légion corse et la légion polo>naise , ainsi que les 6 régimens de caralerie de l'armée de Naples-, concoururent à sa formation , en fournissant chacun dans l'infanterie une compagnie de grenadiers et une de yoltigeurs , dans la ctTûlerie une compagnie d'élite, toutes an grand complet. Le i*'*^
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duc de Dalmade i^t autorise ày prendre, comme dans une pépinière, tous les sujets propres à passer
régiment d'artillerie à cheval et le 1* à pied , donnèrent chacun une compagnie. La geudannerie dMlite Tcnaîr de Pari».
Le 7 juillet 1808 9 tous ces corps furent dédoublés; moitié se rendit en Espagne , moitié resta à Naples pour la garde de Joachim.
Le 10 octobre » TEmpereur qui commençait à éprouver pénurfe de vieux soldats , incorpora à la partie dont il est cpiestioi» , la S* légion de réserve, et le a octobre suivant , tous les prisonniers francs délivrés à San-Femando près Madrid. Le i*' février 1809, sur les représentations de son frère que ces moyens dé recrutement ne lui procuraient point assez de sujets pour réorganiser -son- régiment de chevau-légers » il Tautonsa à choisir dans les dépôts généraux de remonte, jusqu'à lacon^rrence de 400 vieux cavaliers démontés.
C'est avec ces élémens , que' la garde royale fut reconstituée à Madrid le i3 mars 1809 , telle qu'elle l'avait été à Naples. Elle comptait alors 3^0 grenadiers ou voltigeurs et 800 ehevau^égers oa gendarmes. Cette petite division se fit dès-lors remarquer par aa belle tenue , son instruction et sa discipline : plus tard elle se montra digne de marcher de pair avec la garde impériale, et comment nTaurait-elle pas été animée du même esprit , puisqu'elle renfermait dans ses rangs , mille de ces soldats deux fois conquéraji^s de.FI- Ulie ?
Le sort des braves qui la composaient fut aussi malheureux que peu mérité. Après avoir été désirés pour faire partie de la garde de Joseph , en récompense d'anciens services « ils fnnmt bientôt •près regardés comme étrangers par leàrs frères d'armes ^ dont on les força de.quitter les couleurs, et par les Espagnols qui ne virent en eux que des soldats vallons. Joseph au comble dé la fortune , ne les dédommagea pc»nt de la perte du titre de citoyens français , que la tyrannie de Napoléon leur avait ôté par le décret du a6 août 181 1 , et lorsqu'il résigna sa couronne, il poussa l'ingratitude jus* qu'à les frustrer d'une année de solde, que 5 à 600 mille francs aurait acquittée*
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6ous-6fficier$ dans la ligne ; mais les cadres de ces vieilles bandes sont appelés k former les i3^ régimens de tirailleurs et de Yoltigeurs , le 3^ d'éclaireurs et 2 nouyelles compagnies d'artillerie dans la garde.
On presse par toutes sortes de moyens Torgar nisation d'une réserve de troupes de ligne : 34 ^~ taillons tirés des dépôts les plus voisins de la capitale , j sont afiectés et doivent former deux divisions , dont le général Gérard prendra le commandement
La première , forte de 1 3 bataillons et commandée par le général Dufour, est déjà en ligne sous le duc de Trévise; le général Hamelinaje rassemble l'autre à Troyes avec la plus grande peine.
En même temps, le général Pajol forme à Melun deux brigades de dragons et dé chasseurs des dépôts des régîmens employés à l'armée d'Eîi;pagne ; le comte BordesouUe réunit à Meaux le noyau de 4 brigades de cuirassiers , de dragons » de lanciers et de chasseurs.
Des ordres sont donnés pour mettre à labri d'un coup demain Troyes et Nogent, sur la route de Bâle; Vitry^ Ghàlbns et Meaux sur celle d'Allemagne ; Soîssons sur celle de Reims. Des ingénieurs et des géographes sont chargés de reconnaître le terrain compris entre la Loire et l'Aisne^ et d'indiquer les positions défensives comprises dans ce vaste théâtre.