CHAPITRE PREMIER
NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR MGR. J.J. LARTIGUE, PREMIER EVÊQUE DE MONTRÉAL.
L'Eglise de Montréal n’a pas oublié son illustre fondateur dont les brillantes qualités peuvent illustrer | tout à la fuis et la Religion dont il fut un digne ministre et le Pays qui l’a vu naître. Nous venons 1 d’atteindre le jour anniversaire de la perte immense que fit ce Diocèse, lorsque la mort lui enleva Mon. J. J. LarriGuE de si heureuse mémoire. Les pré- { cieux monuments élevés par le zèle et les vertus de ce vénérable Prélat devant éterniser sa mémoire et le faire à jamais bénir dans ce diocèse, il suffirait, ce semble, de laisser parler les faits mémorables qui
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lui assurent une place parmi ces justes, dont il est écrit: in memorid æternd erit justus ; ab auditione mal non timebit. ( Ps. CXI. ) Néanmoins la postérité nous saura gré de lui avoir transmis ces faits
par la présente notice, que nous publions sur ce jour-
nal, qui, pour avoir paru après sa mort, ne lui doit pas moins son origine.
M. JEAN JACQUES LARTIGUE naquit à :
Montréal, le 20 Juin 1777, de M. Jacques Lartigue, médecin de cette ville aussi religieux que zélé dans sa profession, et de Marguerite Cherrier dont la haute piété a fait longtemps l’ornement de cette ville, et dont la famille se rattache à ce qu’il y a de plus distingué dans cette Province. Né après plusieurs années de mariage, il fut regardé comme un présent que le ciel accordait aux vœux ardents de ses vertueux parents, qui, en reconnaissance, s’attachèrent à lui former l'esprit et le cœur par une excellente éducation et par toutes sortes de bons exemples. Ses premières années furent marquées par cette vivacité d'esprit, qui fait augurer un génie transcendant. Aussi fit-il, sous la direction des MM. de St. Sulpice, des études dont le succès semblait annoncer qu’il était appelé à de grandes choses. Il est à remarquer que sa classe à été la première qui ait terminé son cours dans l’ancien collége de Montréal, dont les élèves allaient auparavant faire leur philosophie à Québec. Il n'avait que 14 ans quand son père mou-
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rut. La perte de ce père qu’il aimait avec une tendresse plus qu’ordinaire et dont il était aussi extraordinairement aimé, lui causa une si grande douleur qu’elle influa sur son caractère, qui d’enjoué qu’il avait été jusqu'alors, devint grave et sérieux. Ce fut à cette époque que ce jeune étudiant se livra à Pé. tude avec une ardeur incroyable.
Ayant achevé son cours en 1793, il étudia d’abord la langue anglaise, puis la Loi successivement sous M. Foucher et M. Bédaid, avocats de cette ville, Il commença dès lors à faire connaître son talent admirable pour la parole, en s’exerçant à la déclamation devant ses compagnons de cléricature, qui se plaisaient à Pentendre débiter les plaidoyers qu’il composait pour se préparer à faire triompher un jour la justice et la vérité. Il étudia la Loi avec beaucoup d’application ; et il fit ensuite servir à avantage de la Religion les connaissances du Droit Civil, qu’il acquit alors. En même temps il apprenait la Loi Divine en étudiant avec ardeur la Religion et ses dogmes sacrés, pour pouvoir défendre sa foi contre les attaques des incrédules qu’il devait rencontrer dans le monde ; et ce fut avec un tel succès, qu’il lui
arrivât de dire ingénument, après son élévation à
PEpiscopat : “ J'étais aussi capable de soutenir les “ intérêts de la Religion: contre l’impiété des Philo- “ sophes, pendant que J'étais dans le monde, que “ maintenant. ”
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Mais le monde n’était pas digne de lui ; aussi lui dit-il adieu pour toujours, à âge où tous les plaisirs semblaient conspirer à l’y retenir. Quoiqu’il püt pré-
tendre aux situations les plus honorables de la socié- < té, dont il lui était facile de devenir un des brillants
ornements, néanmoins il ne résista pas à la volonté P de Dieu, qui voulut faire servir plus directement à M Pavantage de la religion les riches talents dont il était m orné. La vie édifiante qu’il menait dans le monde et avait préparé à sa vocation. Voici un trait de sa jo: délicatesse de conscience. Pendant qu’il suivait son fai cours de droit, il s’était lié d’amitié avec un jeune sia clerc-avocat, protestant, doué de beaucoup de talents qui et qui montrait en toute occasion une grande réserve. un Un jour qu’ils se promenaient tous deux aux envi- son
rons de l’Hôtel-Dieu de cette ville, la conversation tomba naturellement sur les Religieuses, qui ladininistrent et sur les services qu’elles rendent, par leurs soins charitables, à l’humanité souffrante. Pendant cet entretien, qui leur offrait des réflexions d’un bien utile intérêt, il arriva au jeune protestant de dire : qu’il regrettait une seule chose ; c’élait de voir que ces bonnes Religieuses ne se mariassent point ; et qu’il était impossible pour elles de vivre ainsi sans tomber dans le Libertinage. “ Vous me prenez donc “ pour un libertin, moi aussi, puisque je ne suis pas ‘ marié: ” reprit avec vivacité M. Lartigue qu’un
pareil discours jeta dans un grand étonnement ;
ssi lui plaisirs ut pré- 1 sociérillants volonté »ment à it il était monde it de sa jvait son in jeune le talents » réserve.
Lux enviversation i l’admipar leurs Pendant d’un bien de dire :
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gue qu’un nnement ;
‘ vous êtes dont vous-même un débauché, puisque ‘ vous n'êtes pas marié, vous non plus.” Une réponse aussi ferme dut rendre son ami plus discret à l'avenir.
Dégoûté du monde et docile à la voix de Dieu qui
l’appelait au service de lEglise, il se présenta à Mgr. Pierre Denaut, Evêque de Québec, qui Padmit dans la milice sacrée en lui conférant la tonsure et les Ordres moindres le 23 Septembre 1797, le Jour même que ce piélat, qui résidait à Longueuil, faisait son entrée épiscopale dans PEglise paroissiale de Montréal. Ilne prévoyait pas sans doute que cette entrée à Ville-Marie dûüt étre marquée par une grâce aussi singulière que celle de lui préparer son premier Evêque. Mais il suflisait que cela füt réservé dans les vues de la Divine Providence. Les MM. de St. Sulpice le demanderent à PEveque et Penvoyèrent à leur collége où il étudia, sous ces habiles maîtres, la th'ologie avec un succès distingué. Mais son application trop soutenue à une étude aussi sérieuse le fit tomber, en 1799, dans une maladie grave dont les suites furent d’affaiblir si considérablement son tempérament et de le réduire lui-même à un tel état de langueur que, pendant sept ans, il ne fut pas un seul instant sans souffrir, en sorte qu’il avait perdu la sensation délicieuse que fait éprouver la santé.
Mgr. Denaut, qui avait un discernement admirable
pour découvrir les hommes de mérite et un rare talent pour en tirer parti au profit de l'Eglise, voulut attacher M. LarriGug comme secrétaire. Il Pavait fait Sous-Diacre le 30 Septembre 1798 ; il ordonna Diacre le 28 Octobre de l’année suivante et alla, le 21 Septembre 1800, lui conférer la prêétrise à St. Denis, dont M. Cherrier, son Oncle, Vicaire-Général et homme d’un mérite distingué, était Curé. L’application du nouveau secrétaire aux affaires du diocèse, son talent pour discuter et approfondir toutes les matières ecclésiastiques, son ardeur à acquérir de nouvelles connaissances par une étude méthodique, sa prudence «. sa discrétion Jointes à ses autres qualités le mirent bientôt en état d’aider puissamment au gouvernement de PEglise. Aussi son Evêque ne voulut-il jamais consentir à se priver de ses services jusqu’à sa mort, qui arriva le 17 Janvier 1806, quoique celui-ci lui eut souvent demandé la permission d'entrer à St. Sulpice. Ce fut avec une égale appréciation de ses talents qu’il le recommanda à son successeur, Mgr. J. 0. Plessis, comme un sujet digne de PEpiscopat, si par la suite il se trouvait dans la nécessité de présenter au St. Siége quelque prêtre pour occuper ce poste éminent. [l'est aisé de remarquer en tout ceci Paction de la providence, qui préparait de loin son serviteur à remplir le haut minis-
tere dont elle devait le charger un jour.
Mgr. Denaut étant mort, M. Lartigue n’éprouvait
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plus d’obstacle pour entrer à St. Sulpice, où ses inclinations le portaient depuis longtemps. Mgr. Plessis ayant donné son consentement, les MM. du Séminaire reçurent ce nouveau membre à bras ouverts et le regardèrent comme une acquisition précieuse pour leur maison. Il entra dans cette Compagnie le 22 Février 1806, et le ier. Février de Pannée suivante, il fut agrégé comme directeur. Pendant quinze ans, il fut l’ornement de cette communauté par, son zèle infatigable, par son rare talent pour la prédication, son ardeur incomparable pour la conversion des plus grands pécheurs et sa grande charité envers les pauvres. Malgré les nombreuses occupations qui devaient, ce semble, absorber tout son temps, il mettait un si bel ordre dans l’accomplissement de ses devoirs, qu’il trouvait toujours le loisir de visiter régulièrement les faubourgs dont on Pavait chargé, d’y maintenir l’ordre, comme l’attestent les personnes qui ont eu le bonheur d’être sous son administration, de passer une partie considérable de la journée au confessionnal, d’étudier avec profit la théologie et l’Ecriture Sainte, comme le prouvent les manuscrits qu’il a laissés, et de se tenir encore au courant de toutes les affaires de son pays qui lintéressa toujours bien vivement.
Le gouvernement n’eut qu’à se féliciter de son habileté à manier les esprits de ses concitoyens, pendant la dernière guerre américaine. Car. un certain
Légiste, d’origine britannique, ayant essayé de persuader aux milices Canadiennes, alors sur pied, qu’on ne pouvait pas légalement les retenir au-delà d’une certaine époque, elles menaçaient de se débander. Sur linvitation du gouverneur général, Sir Georges Prévost, M. Roux se décida à envoyer un des Messieurs de sa maison pour retenir ces braves miliciens dans la ligne de leurs devoirs. Le choix tomba sur M. LarrTiGuE qui n’eut pas plutôt paru au milieu de ses chers citoyens que l’ordre fut à linstant rétabli.
Mgr. Plessis, qui avait hérité de son prédécesseur de l’estime et de la haute idée qu’il avait conçue de M. LarriGuE, voulut que tout son Diocèse partageñt avec Montréal les fruits abondants que produisaient dans cette ville ses vertus et ses prédications. Il le tira six fois de sa chère solitude de St. Sulpice pour le produire au grand jour, en l’associant aux travaux de
son vénérable Coadjuteur, Mgr. B. C. Panet, pour
les Visites Episcopales. Dieu qui le destinait au gouvernement spirituel du district de Montréal, disposa toutes choses pour que ce zélé coopérateur des travaux de l’Episcopat fût principalement et presque exclusivement envoyé vers les paroissiens de cette partie de la province qui forme aujourd’hui un diocèse séparé ; de manière qu’il eut constamment occasion de connaître les besoins du district dont il
devait un jour être si spécialement chargé. On peut
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donc dire que, depuis 1799 qu’il entra au secrétariat, il n’a pas discontinué de travailler pour le bien général dc Montréal.
L’on sait que l’année 1819 fut l’époque où quelques agens secrets engagèrent le gouvernement de la métropole à faire des tentatives pour dépouiller le séminaire de Montréal de ses biens. Cette maison députa aussitôt vers le Ministère, M. LarriGue, que ses connaissances légales et sa qualité de sujet britannique rendaient très-propre à faire triompher la justice de cette cause. Il eut l'avantage de faire le voyage avec Mgr. Plessis et M. FI. Turgeon son secrétaire, aujourd’hui Evéque de Sidyme. Il s’acquitta de cette mission délicate avec tout le zèle qu’on devait attendre de son attachement à sa communauté. Quoique fort des solides raisons que lui fournissaient les titres à la longue et paisible possession des biens contestés au Séminaire, il comprit qu’il devait, pour assurer le succès de sa cause, employer les ressources de la prudence humaine et recourir à l’immense influence que Mgr. Plessis venait d'acquérir, en rendant au gouvernement des services signalés pendant la guerre de 1812. Il demanda et obtint de ce prélat, pendant la traversée, un mémoire conçu en des termes si énergiques, que Sir J. C. Sherbrooke, à qui ce mémoire fut com-
muniqué avant d'etre présenté à Lord Bathurst,
alors ministre de sa majesté George III, déclara
qu’il le trouvait si concluant, qu’il craignait qu’il ne pût nuire aux autres affaires que Sa Grandeur allait traiter avec le gouvernement. Il fut néanmoins présenté, parcequ’il était du devoir de l’'Evêque de ne rien épargner pour soutenir les droits d’une communauté si chère à PEglise et si précieuse au Diocèse, L’envoyé du séminaire n’hésitait pas à dire que, si les ministres avaient cessé alors de poursuivre cette affaire, il fallait l’attribuer principalement au crédit de PEvêque de Québec. Lorsqu’en 1826, quelques mois après la mort de cet illustre prélat, les poursuites recommencèrent contre St. Sulpice de Montréal, M. Larrieue dit à quelqu'un qui lui était familier : On voit bien que Mgr. Plessis est mort.
Pendant que M. Larrieue s’occupait à Londres des affaires de sa maison, Mgr. Plessis pressait à Rome Pexécution du plan, qu’il avait formé, de faire diviser son diocèse en quatre districts épiscopaux dont le premier devait coinprendre le Haut Canada, le second être formé du district de Montréal, le troisième du Nouveau Brunswick &c. et le quatrième du territoire de la Baie d'Hudson. Dans
cette même circonstance, ce prélat obtint du St. Siége, en faveur de M. J.J. LarrTiGue, deux brefs
apostoliques en date du premier Février, 1820, dont l’un le nommait à l’évêché de Telmesse en Lycie, et l’autre le préposait au gouvernement spiri-
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lqu’un Plessis
tuel du District de Montréal, en qualité de sufragant et auxiliaire de l’évêque de Québec. L’obéissance seule obligea ce vertueux prêtre à accepter la charge terrible que lui imposait le chef de l'Eglise. Muni de ces pouvoirs et pleinement autorisé par la cour de Rome, Mgr. de Québec revint en Canada, où il arriva le 20 Juillet 1320, accompagné de M. Turgeon et du nouvel élu M. Larrieue, qu’il présenta, sous ce titre, aux Messieurs du séminaire de Montréal, comme une nouvelle preuve de la contiance et de l’estime qu’il avait toujours reposées dans les membres de cette maison. Néanmoins des raisons diverses firent que, cet arrangement présentant quelques difficultés, le sacre de l’évèque de Telmesse fut différé jusqu’au 21 Janvier de Pannée suivante. A cette époque, Mgr. Plessis monta lu: même à Montréal et fit la consécration du nouveau suffragant, dans léglise paroissiale de cette ville, au milieu d’un concours considérable de fidèles qui s’applaudissaient de pouvoir conserver, au milieu d’eux, le pasteur bien connu, dont la providence venait de les gratifier. Le 20 Février suivant, fut donné le mandement qui annonçait au clergé et aux fidèles du district, qu’ils eussent désormais à recourir à Mgr. J. J. LarTiGuEe, dans tous les cas où ils recou-
raient auparavant à l’évêque diocésain; de plus,
qu’ils lui rendissent tous les honneurs qu’on rendrait à lOrdinaire lui-même, s’il était sur les lieux. On
sait que cette mesure ne rencontra pas l'approbation générale; cependant le mandement du 22 Décembre 1822, tranquilise un peu l’agitation, qui toutefois se fit encore seutir jusqu’en 1836, alors que l’érection de la ville et du district de Montréal en Evêché, réunit parfaitement tous les partis. S. E. lord Gosford, qui tenait alors le gouvernement général de cette colonie, ne fit aucune difficulté de recevoir le serment de Mgr. LaRTIGUE, coinme Evêque en titre, et de le reconnaître comme tel au nom de son gouvernement. Cette mesure avait été non-seulement agréée, mais même sollicitée par tout le clergé du district de Montréal, qui en avait fait la demande au St. Siége, par une requête générale, en Septembre 1835, ct déposée aux pieds de S. S. le Pape Grégoire XVI, par le vénérable Evêque de Juliopolis, qui Pappuya de toute son influence.
Nous avons touché à une époque bien critique de la vie de notre illustre Evéque. Fonder un siége Episcopal, opérer ce difficile ouvrage sur des plans qui n’étaient pas goûtés de tout le monde, avoir contre soi Popinion civile, être gêné par le découragement des faibles, manquer des ressources pécuniaires indispensables pour une si grande œuvre, telles étaient quelques-unes des difficultés nombreuses et tout-à-fait graves, qui se présentaient tout d’abord contre la formation d’un évèché et même contre la résidence d’un Evèque à Montréal. Ce furent cependant ces
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obstacles divers que l’intrépide fondateur de Pétablissement de St. Jacques, en cette ville, sut noblement surmonter. D’une part, justifier son droit par la force de ses écrits ; de l’autre, se procurer l’assistance des personnes et des choses ñécessaires à l’exécution prompte et complète de cette mission apostolique, tel fut le grand mérite de M. Larricue, sous le titre d’Evêque de Telmesse. Cet ouvrage, il le commença en 1821 et le termina en 1825. Pendant la construction de son palais et de son Eglise, l’Evêque de Telmesse résida chez les Religieuses de PHôtel-Dieu de Montréal, avec son secrétaire M. Ig. Bourget, le fidèle confident de ses pensées, Pinfatigable coopérateur de ses travaux et son digne successeur dans l’Episcopat.
Ce serait bien à tort que pour expliquer les difficultés et les dissidences qui se rencontrèrent sur cette carrière orageuse, on voudrait s’en prendre à Panbition ou aux vues particulières du personnage qui fut si longiem)s, l’objet d’une opositioa locale ou étrangère, faite dans des intentions sans doute plus louables qu’utiles. Non ! en excusant l’homme, rendons plutôt justice aux sacrifices pénibles que lui imposa le devoir de défendre ses droits, qu’il croyait ceux de la religion et de son pays. D’ailleurs, ne sait-on pas que la même obéissance aux ordres du St. Siége, qui lui fit accepter la charge
Episcopale, le força encore de la retenir, lorsqu’à
deux fois il demandait si instamment sa démission ; prêt à se sacrifier, comme le prophète Jonas dont il empruntait les paroles avec S. Grégoire de Nazianze, si propter me, &rc. Si c’est par rapport à moi que celte tempéle s’est élevée, jetez-moi à la mer. Mais quand la tombe s’est refermée sur cet homine qui aima toujours si sincèrement ceux-mêmes qui lopposèrent, nous ne devons avoir d’amères paroles pour personne. La mort est un grand conciliateur.
Nous ne devons pas omettre ici un autre fait bien propre encore à faire connaître le courage invincible de l’héroïque Evèêque de Telmesse ; nous voulons parler de sa force admirable à supporter la terrible épreuve que lui ménagea la providence, en 1835, lorsque, par la mort inattendue de M. Ant. Tabeau, au moment même où le St. Siége le lui donnait pour coadjuteur, sous le titre d’Evêque de Spiga, il sembla que tous ses plans dussent être abandonnés, puisque le ciel lui refusait ce puissant soutien, Néanmoins le ciel fléchi, se hâta bientôt de récompenser ce grand sacrifice, en facilitant, plus que jamais, la création d’un Evéché, à Montréal, et la promotion d’un nouveau coadjuteur dans la personne de l’Evèque actuel.
Enfin, comme si aucun genre de mérite ne dût manquer à sa vertu, la tempête même de nos jours mauvais est venue l’assiéger à ses heures deruières,
et contrister son cœur. Mais cette fois encore il n’a
pas failli sous l’épreuve ; et l’orage, au lieu de lébranler, ne servit qu’à l’affermir. C’est ce dont la postérité tiendra compte mieux que nous encore. Au surplus, rien n’a été plus prompt que la réhabilitation, dans l’opinion publique, de cet homme que son pays a successivement applaudi, injurié et béni, Il faut apparemment qu’il y ait dans cette éternelle séparation qui nous attend tous, quelque chose à la fois de bien inviolable et de bien touchant, pour qu’à la vue du tombean, les passions se taisent, le cœur s’émeuve et chacun se hâte d’être juste pour celui qui ne demandera et auquel on n’enviera plus rien.
Homme de lutte et d’action, ce pontife fut donc véritablement le mur d’airain, dont parle PEcriture, mis autour d’Israël pour défendre PEglise de Dieu. Prêtre intrépide, il aurait pu, fort de sa conscience et sûr de son devoir, se poser seul, s’il Peut fallu, en face d’un pouvoir quelconque et lutter contre lui, pendant de longues années, pour les droits de PEglise, le triomphe de la vérité, et cela avec la constance d’un martyr et la grandeur d’un apôtre.
Maintenant, si des actes publics de la vie de Mgr. J. J. LarriIGuE, nous descendons au détail de sa conduite privée, nous trouverons encore abondante
matière à Ja louange. D’abord, une tendre piété
dans ses exercices spirituels auxquels il fut, jusqu’à ses derniers moments, scrupuleusement attaché ; son
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assiduité à l'étude comme À tous ses autres devoirs ; son obéissance au St. Siége qu’il regardait comme la source des lumières, et pour lequel il avait une vénération sans bornes ; Sa modestie dans son ameu- Llement et dans tout ce qui servait à son usage ; Sa bonté de cœur, qui n’a Jamais été bien connue, que par ceux qui ont eu l'avantage de vivre avec lui, parcequ’elle fut cachée sous l'écorce d’un caractère vif, qui donna beaucoup d'exercice à sa vertu et que Dieu lui laissa, sans doute, comme un contre-poids qui l’empéchât de voir, avec complaisance en lui, des qualités éminentes ; sa charité pour les pauvres, qui lui fit sacrifier tout son patrimoine, tant qu’il fut au séminaire, et qui lui donnait la force de surmonter tout respect humain, lorsqu'il fallait remplir une bonne œuvre: c’est ainsi qu'on le vit traverser la ville, portant lui-même la nourriture du pauvre, ou les vêtements dont il allait couvrir les membres de Jésus-Christ, fournissant les ustensiles de cuisine qui étaient nécessaires à ceux à qui il avait preeuré des aliments, vendant secrètement les objets dont il pouvait disposer, afin d’avoir de quoi satisfaire ce penchant qu’il gottait à faire du bien.
Le même zèle qui Pa porté à se sanctifier, l'a embrâsé d’ardeur pour la sanctification du prochain. Ce zèle a été éclairé, parce qu'il fut toujours dirigé
par les règles de l'Eglise, dont ce savant théologien
ne cessa jamais d'étudier la discipline et les lois ;
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ce zèle a été ardent comme le prouvent les grandes œuvres qu’il lui a fait opérer ; efficace, comme l’atteste le succès qu’a eu l’exercice de son ministère. M. LarrTiGuE a été aussi un évêque attentif qui ne cessa de veiller sur son troupeau pour le préserver du poison de l'erreur, discernant avec une précision admirable le vrai du faux, et sonnant le premier l’alarme, lorsque la vérité était en danger; calculant aussi, dans toutes les mesures publiques, ce qu’il y avait d’avantageux ou de nuisible, pour l’encourager ou en détourner ; étant d’ailleurs lui-même le pasteur vigilant et intrépide qui s’exposait généreusement le premier, en toute occasion, à la fureur des ennemis de lEglise, chaque fois qu’il fut question de maintenir les règles saintes de la discipline ecclésiastique ou la doctrine de PEvangile ; s’épuisant enfin de travaux et de fatigue à faire les visites pastorales, malgré sa faible santé qui succomba enfin en 1837, où il faillit mourir, par deux fois, des suites de la pénible mission qu’il avait entreprise, malgré le dépérissement visible de ses forces.
Rappelons encore son assiduité au confessionnal où afluait, sans cesse, un très-grand nombre de pénitents qui ne se retiraient jamais que la conscience soulagée et le cœur contrit, comme Pattestaient souvent les larmes qu’on leur voyait répandre en abondance. Puis, quels fruits précieux de salut ne pro-
duisaient pas ses énergiques prédications ! elles re-
tentissent encore, toutes les chaires de ce diocèse,
du bruit de sa majestueuse éloquence, qui nous à si souvent dédommagé de n’avoir pas entendu les Chrysostôme, les Basile, les Bourdaloue et les Massillon. En un mot, il a été un pasteur accompli, grand par ses éminentes qualités, utile, nécessaire par ses vastes connaissances, SES VUES profondes et ses immortels travaux. Que Montréal donc se réjouisse d’avoir été son berceau, et que ce nouveau diocèse se glorifie de Pavoir eu pour fondateur ! il est la pierre angulaire de ce brillant édifice qui ne ‘élève aujourd’hui avec tant de hardiesse, que parce qu’il repose sur ce solide fondement.
Une vie, si pleine de bonnes œuvres, devait être couronnée par une fin digne d’eile. Le premier évêque de Montréal avait achevé glorieusement la forte tâche que le ciel lui avait imposée ; il avait soutenu ses combats, passé à travers les jours mauvais, sanctifié son âme dans la tribulation, puis fondé canoniquement et civilement un évèché ; meme, par les bienfaits de ses amis et de ses parents, i] avait assez richement doté cette créatio® nationale et religieuse ; sa mission était donc remplie. Il ne lui restait plus qu’à recevoir le juste prix de ses travaux; il acheva de s’en rendre digne par les souf-
frances de ses dernières heures
Déjà depuis quelques mois, son état habituel de langueur et de débilité avait pris un caractère très-
prononcé qui annonçait une fin prochaine. I} fallut donc le déterminer à laisser entièrement louvrage, qui pour lui avait été si longtemps une jouissance et un besoin, plutôt qu'un travail ; bien plus, il fallut le décider à aller recevoir les soins des vertueuses hospitalières qui, non contentes de Pavoir si bien accueilli, lors de sa sortie du Séminaire, voulaient encore lui rendre, à la fin, les précieux devoirs de leur intarissable charité. Mer. Larrieue fit alors courageusement son éternel adieu à tout ce qu’il avait possédé et fait à St. Jacques, pour la religion, et se laissa conduire à PHôtel-Dieu où les soins les plus empressés des religieuses et des prêtres de la ville, ne cessèrent de lui étre prodigués jusqu’à son dernier moment. Convaincu qu’il allait bientôt quitter la terre, Monseigneur vit arriver le terme de ses jours avec le calme et la fortitude d’un apôtre. Il donna ses derniers et impérissables conseils, reçut les secours de la religion, le viatique des mourants, ce gage si doux de Pimmortalité ; puis, ce vénérable pontife bénit ses assistants, les communautés religieuses, les prêtres de son diocèse, enfin son diocèse tout entier. Ce furent Mer. Bourcer, son Coadjuteur, et M. le G. V. Quiblier, Sup. du Séminaire qui Passistèrent dans cette triste et solen-
nelle circonstance. De :ce moment, le vénérable
prélat ne tint plus à la terre. Le mal qui le minait
avait purifié tous ses membres ; déjà sa vue s'était
éteinte, ses mains et ses pieds avaient perdu leur mouvement ; la faiblesse qui l’épuisait avait réduit tout son corps à une impuissance complète, il n’y avait plus que son esprit qui püt agir et son cœur qui palpitât. Le malade prolongea de la sorte sa douloureuse existence jusqu’à huit jours et, rendit enfin, dans un calme parfait, son dernier soupir le dimanche, 19 Avril, jour de Pâques, à midi et un quart.
Sa mort fut un jour de deuil pour le diocèse, et changea la joie de nos solennités pascales en accents de douleur. Les devoiis funèbres furent acquittés avec un élan d’unanimité qui proclamait bien haut le mérite du défunt. Il y eut chapelle ardente à PHôtel-Dieu, pendant les deux premiers jours ; le troisième, on transporta le corps à l’église paroissiale où la tenture était magnifique et le catafalque des plus élégants. Le service fut chanté pontificalement et M. Quiblier prononça éloquemment l’€loge de cet illustre pontife. Après les absoutes, le convoi funèbre se dirigea vers léglise cathédrale de $t. Jacques, où devaient être déposés les restes
du fondateur évêque. Le clergé était extraordinai- rement nombreux, la foule immense, et cette affluence inouie donnait à cette pompe lugubre Pair religieux d’un véritable triomphe. Le Jeudi, eut lieu
le troisième service solennel ; l’évêque successeur
y officia et prononça une seconde oraison funèbre,
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avec un pathétique qui excita encore, bien vivement,
l'émotion générale.
Avec le cérémonial d’usage, la dépouille mortelle du vénérable pontite fut descendue dans la voûte qui se trouve immédiatement sous le sanctuaire, et placée dans un caveau particulier en brique, en face du maître-autel. Là repose le premier des évèques de Montréal, que l’histoire placera sans doute à un rang bien élevé, parmi les pontif:s qui ont illustré la chaire épiscopale sur ce continent.
ANNIVERSAIRE DE FEU Mr. J. J. LARTIGUE
Pour mieux faire connaitre l'illustre fondateur de l'Episcopat à Montréal, nous devons ajouter ce qui suit tiré des “ Mélanges rélgieux T. 1. page 233.
Hier, une touchante célébration réunissait un grand concours dans l'Église cathédrale de St. Jacques. Plus de 50 prêtres de toutes les parties du diocèse étaient venus prier sur la tombe d’un illustre pontife, dont les vertus avaient honoré le sacerdoce et signalé l’Episcopat. Un peuple nomi-
breux, compusé de diocésains de tous les rangs,
s’associait à son clergé et témoiguait par sa reli-
gieuse attitude du profond souvenir qu’il garde à la mémoire de feu le vénérable Evêque J.J. LARTIGUE, dont le digne successeur célébrait la commémoration. Toute la vaste cathédrale était tendue de noir et ses croisées étaient fermées et recouvertes, I n’y avait qu'une clarté sombre que produisait, sous ces voûtes en deuil, le reflet de quelques centaines de Haimbeaux. On se rappelait alors, bien vivement, celui qui avait été, pendant 19 ans, le chef spirituel de ce district, qui avait exercé, dans cette ville, un sacerdoce si efficace, pendant 40 ans, qui avait traversé tant d'épreuves et montré une si prodigieuse activité, un zèle si infatigable dans l'exercice d’un auguste ministère.
Mais combien ces pensées se sont mieux pres sées dans notre mémoire, et ont mieux attendri toute la sensibilité de notre âme, lorsqu'un pathétique orateur est venu nous retracer complètement la belle vie de Pimmortel prélat, dont nous pleurions la mort, Elle a été vraiment profonde, l’impression qu’à laissée dans notre cœur l'éloge qu’à prononcé, en cette solennelle circonstance, M. C. La Roque, Curé de l'Acadie. Nous voudrions pouvoir y faire participer tous nos lecteurs ; mais l’espace ne nous permettant point de reproduire le discuars en entier, nous n’en poulrons publier que
jueiques parties que l’auteur a bien voulu nous
ssser, Le texte de ce discours était ces paroles
prophétiques du premier livre des Rois, qui avaient,
désigné le ministère du grand-prêtre Sadoc :
SusCITABO MIHI SACERDOTEM FIDELEM, QUI JUXTA COR MEUM ET ANIMAM MEAM FACIET ; ET ÆDIFICABO EI DOMUM FIDELEM ; ET AMBULABIT CORAM CHRISTO MEO CUNCTIS DIEBUS. — Je me suscilerai un prétre fidèle, qui agira selon mon cœur et selon mon me ; et je lui bätirai une maison fidèle et stable, et il marchera devant mon Christ, tous Les jours de sa vie. Après cet énoncé qui renfermait très-bien l’ensemble de son sujet, M. La Roque a fait entendre au milieu d’un silencieux auditoire, exorde suivant :
‘ Nul doute, mes chers frères, qne tous ceux qui se trouvent aujourd’hui réunis dans cette enceinte sacrée, ne sçussent, avant de s’y rendre, le motif qui les y appelait. Si quelqu'un l’ignorait, pour l’apprenre, il ne lui a fallu qu'apercevoir, en y entrant, ces autels revêtus de deuil, ces murs tendus de vastes et sombres voiles, ces lumières qui brillent au milieu de cette obscurité factice et ce concours nombreux de tant de personnes de tout rang, de tout âge, de tout sexe; il ne lui a fallu qu’entendre ces chants plaintifs et lugubres et ces harmonies pleines d’élan et de douleur; voir cette foule de lévites, accourus de toutes parts et groupés autour de ces trophées de la mort qui s'élèvent dans ce sanctuaire, couronnés des insignes de l’épiscopat et au milieu d'eux le pontife du Seigneur, qui se dispose à offrir pour quelque fière défunt la victime de propitiation. Cette pompe, cet appareil funèbre, cette tristesse peinte sur tous les visages, ce je ne sais quoi mélancolique et morne qui me semble empreint sur tout le matériel de cet édifice; tout cela indique clairement qu’il y a quelque grande perte à déplorer, quelque personne chère à pleurer; et l’on eut compris, sans autre avertissement, que la Religion avait appelé ses enfants à venir, encore une fois ensemble, donner des larmes à la mé.
moire du premier époux de cette église ; de celui auquel on peut appliquer en toute vérité ces paroles, par lesquelles l’Esprit- Saint annonçait, des siècles à l’avance, le sacerdoce d’un pieux pontife de l’ancienne loi: Je me suscilerai un Prêtre fidèle, qui agira selon mon cœur el selon mon âme; et je lui bâtirai une maison fidèle et stable, et il marchera devant mon Christ, tous les jours de sa vie, c'est-à-dire, de l’illustrissime et révérendissime Mar. J. J. LARTIGUE, premier évêque du diocèse de Montréal. En effet, vous le savez, M. C. F., c’est sur le tombeau de cet illustre prélat que nous venons aujourd’hui associer nos soupirs et nos prières, et si je parais en ce moment dans cette chaire, c’est parcequ’il m'a été imposé de vous rappeler combien il fut digne de nos regrets par ses vertuset ses mérites ; et combien de. titres il eut à la reconnaissance de tout cœur sensible et chrétien, par les services signalés qu’il a rendus à la Religion. Il s’agit donc de faire l'éloge de cet évêque dont la primitive Eglise se fut glorifiée à bon droit; et je tremblerais de rester en arrière de mon sujet, si je n'étais persuadé que la plupart de mes auditeurs sauront suppléer à mes défauts, et remplir les vides que je pourrais laisser. ”
‘4 Cest à vous, Esprit de grâce et de sainteté, de me donner l'intelligence et les lumières nécessaires pour louer dignement vos dons, dans celui que les desseins de la divine Providence avaient destiné pour enrichir d'une vigne nouvelle le champ du Père de famille. Quelques unes des plus belles pages des livres que vous avez inspirés, sont consacrées à la louange des pontifes vertueux de la loi des ombres et des figures. Je ne mérite point l'inspiration; je ne vous demande que du sentiment et des paroles pour célébrer la mémoire et les grandes qualités d’un digne pontife de la loi de grâce et de vérité.
A la suite de ce sentimental exorde, le prédicateur est entré dans son intéressant sujet ; il a mentionné d’abord le vœu par lequel Madame Lartigue s'était adressée au ciel, pour obtenir un fils que, d’a-
vance, elle consacrait au Seigneur. Puis, parcourant
les premières années de cet enfant de bénédiction, il nous le montre doué de dons et de talents précieux, d’une conception précoce, d’une imagination vive, d’un Jugement exact, d’une mémoire heureuse et d’une pieuse inclination pour la prière, l’étude et la lecture ; le suivant dans ses années de collége, il r rappelle les succès brillants avec lesquels il termina
son cours de classe et de philosophie, à l’âge où les | autres l’ont à peine commencé. Au sortir du col-
; lége, il le fait entrer dans le monde avec sa science À f . . . ° û LA p à et surtout avec sa religion et sa piété ; il nous ré- | e vèle ensuite les voies particulières par lesquelles la
providence le ramène à sa destination, en le faisant sortir du barreau, comme les François de Sales et | x les Liguori, pour le conduire aux pieds des autels } dont il devient un des plus beaux ornements. Il le | suit dans cette nouvelle carrière, et nous l’y fait voir 1 jetant les fondements de cette science profonde qui | en fit l’homme, généralement reconnu pour le plus instruit de ce pays sur toutes les matières, et parti-
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culièrement en Ecriture Sainte, en théologie et en droit civil et canonique. Il en donne pour preuve, lopinion publique, l’opinion des prêtres éclairés, le discernement et la critique qui ont présidé à la composition de la précieuse bibliothèque dont il a enrichi son évêché ; cette science, il l’a puisée non-seut lement dans l’étude, mais aussi dans la prière et la méditation. Après avoir fait l’éloge de lillustre dé-
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port. Ps
funt, le prédicateur nous le montre travaillant à se sanctifier lui-même et à sanctifier les autres, travaillant pareillement pour la gloire de Dieu et Putilité de la religion, d’abord dans sa carrière de Secré-
‘taire auprès de Mgr. Denaut, puis en sa vie de com-
munauté, au Séminaire de St. Sulpice de cette ville, d’où il le fait sortir, par une disposition bienveillante de la providence, qui en veut faire le premier Evêque du diocèse de Montréal. C’est alors que le panégyriste présente à ses auditeurs un tableau raccourci, mais expressif, où se peignent les vertus qui ont illustré la vie publique et la vie privée du grand Prélat. Le prédicateur s’est suitout appliqué à démontrer que toute la carrière de ce digne successeur des Apôtres, avait été tracée par la main de la providence elle-même, qui ne le fit naître que pour servir la Religion et ses intérêts, et occuper le premier siége Episcopal de la ville où il reçut le jour. Nous ne pouvons donner que ces idées, prises çà et là de Pensemble du discours, dont voici la terminaison :
‘ Pour louer dignement tant de vertus, possédées dans un si éminent dégré, il eut fallu l’éloquence d’un Bossuet ou d’un Fléchier ; mais ce que j'ai dit, suflit sans doute pour persuader que je n’ai point faussement appliqué à l’évêque de Montréal les paroles que j'ai mises en tête de ce disconrs: car en me résumant, j'en apporte pour preuves sa naissance extraordinaire, les voies par lesquelles il fut conduit à l'épiscopat, le zèle qu’il a déployé pour les intérêts de l'Eglise et le salut du prochain,
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l'établissement d’un diocèse, d’un palais épiscopal, d'un séminaire, d'une église cathédrale, de son vivant et en son nom.
‘ Oui, grand Dieu ! vous l’avez suscité pour la gloire de votre nom et le bonheur de votre Eglise, ce pasteur fidèle qui a agi en toutes choses selon votre cœur ; qui a modélé toute sa vie sur celle de votre Christ; et dont vous avez voulu vous-même éterniser le souvenir, en érigeant, par les seules richesses de votre providence, des monuments qui doivent perpétuer sa mémoire, et sur lesquels il serait à souhaiter que l’on vit gravé, en caractères ineffaçables: Diairus DEI EST HIC, LE DOIGT DE Dreu Es 101.
“ Non! non! chers et vénérables confrères, il ne serait plus temps de le méconnaître ; l'Eglise de Montréal n’a pas été moins privilégiée que la plupart des vieilles Eglises de la chrétienté, qui ont eu pour fondateurs des saints et des hommes d’un caractère extraordinaire. Celui que nous regrettons tous aujourd’hui, fut comme eux l’homme de Dieu, l’homme marqué au coin de sa providence. Glorifions-nous donc d’avoir eu le bonheur de travailler sous ce vertueux pontife à la vigne du Seigneur, et d’avoir même, plusieurs d’entre nous, reçu de ses mains l’onction sacerdotale.
‘“ Ettoi, peuple chrétien, bénis le Dieu des miséricordes, qui, dans ces jours où l'enfer semble conjuré, pour te ravir la foi de tes pères, qui te reste seule comme leur plus précieux héritage t'a donné un gardien fidèle, qui non content de veiller soigneusement à ton salut durant sa vie, t'a encore dans sa prévoyance et sa sollicitude, préparé les moyens de défense nêcessaires pour résister à ses attaques. Publie à jamais la mémoire de ce zélé et charitable pasteur!
‘ Et vous, pieux prélat, qui par la sagesse de votre administration commandez le respect et l'affection du clergé et des fidèles de votre diocèse ; souftrez que j'enlève quelque chose à votre mérite, pour en faire hommage à celui qui se plut à vous désigner sous le nom d’un autre lui-même. Si l'on est forcé de reconnaître en vous le nouveau suscité de Dieu, c'est sans doute parceque vous êtes toujours docile à la voix du mentor qui vous a formé; et que, par une heureuse pensée, vous avez su vous placer élevé sur son tombeau, comme sur un lit de parade, d’où vous aimez encore à l’interroger dans vos doutes et vos per-
plexités. Chaque fois que pour apaiser votre juste douleur, vous êtes venu vous pencher, pleurer et prier sur sa tombe, ne veniezvous pas en même temps lui demander, comme le fidèle disciple du prophète, de faire passer en vous son double esprit, afin de gouverner sagement comme lui le peuple de Dieu passé de ses mains dans les vôtres? Obsecro ut fiat in me duplex spiritus tuus ! Dieu a récompensé votre piété filiale, en vous instituant l'héritier des dons et des lumières dont il avait enrichi votre vénérable Père.
‘ Toi enfin, prélat vénérable et vénéré, dont la grande âme aime saus doute à errer en ces lieux, pour observer et surveiller encore tout ce qui s’y passe, permets au dernier de tes enfants de t’évoquer du lieu de ton repos, et de se prosterner devant toi, pour te rendre aujourd’hui l'hommage plein et entier, que j'eus peut-être le malheur de te refuser autrefois. Pardonne à mon erreur, et daigne écouter ma voix quite fait amende honorable, et te conjure d'accepter, en réparation du passé, la promesse que je fais de n’oublier jamais ce que tu fus et ce que j'aurais dû être à ton égard!... Du haut du ciel, où j'ai la ferme confiance que tu règnes pour toujours, bénis-moi; bénis tous tes enfants! bénis tout ton troupeau ché:i, et garde-lui éteruellement ton : nour et ta protection.
‘ Mais il est temps que je m’arrête, et que je vous prie, pontife du Dieu vivant, de continuer le sacrifice que j'ai trop longtemps interrompu... Les jugements de Dieu sont quelques fois bien différents de ceux des hommes; et qui sait, si pendant que je le loue en ce monde, l'illustre défunt ne souffre point dans un autre ? Hâtez-vous donc de plonger son âme dans le sang de l’agneuu saus tache, pour achever de la sanctitier et de la rendre digue de voir et d'aimer, dans le ciel, celui qu’elle aima assurément beaucoup, mais peut-être imparfaitement, sur la terre... Nos prières vont se joindre aux vôtres; et dans les sentiments d’une foi vive et d’une humihté sincère, nous disons comme vous et avec vous: Mous vous supplions, Seigneur, de lui accorder le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix : locum refrigerii, lucis et pacis ut indulgeas, deprecamur. Amen.
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