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et s’accroissent tous les jours ; ce qui attire à ces pères du peuple une multitude d’affaires auxquelles ils ne peuvent sufire seuls ; c’est ce qui les oblige à se décharger sur d’autres d’une partie de leur solliciude. En cela ils imitent la conduite de Moïse, ce sage législateur du peuple Juif, qui voyant qu’il ne pouvait seul terminer toutes les affaires que lui attirait la charge éminente qu’il avait à remplir, suivit
le conseil que lui donna son beau-père Jéthro, de choisir parmi le peuple des hommes puissants et craignant Dieu pour l’assister, lui assurant que s’il se rendait à son avis, Dieu serait avec lui. En eflet Moïse ayant choisi soixante-dix hommes prudents pour Paider, Dieu répartit à chacun de ces chefs su-
alternes les dons célestes dont Moïse avait la plénitude : ce qui fit qu’il pût facilement gouverner une grande multitude.
Aussi voyons-nous, dans la primitive Eglise, les Evêques se choisir un certain nombre de Prêtres, vivre avec eux en communauté et former ensemble comme un Sénat Apostolique et un Consistoire sacré. On le remarque dans la vie de St. Martin, de St. Augustin et de beaucoup d’autres. En cela ils se conformaient à l’exemple du souverain Pasteur des âmes, Jésus-Christ lui-même, qui a formé la première communauté apostolique et religieuse, en
vivant avec douze de ses principaux disciples, dans la plus intime union.
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L'Evèque en partageant avec ses Chanoines et autres membres de son Clergé sa sollicitude sur les fidèles de son diocèse, loin de diminuer Pautorité, qui réside en lui dans toute sa plénitude, ne fait qu’acquérir de nouveaux moyens de exercer avec plus de puissance et de fruits. Le fardeau de l’Episcopat qu’il porte est très-pesant ; plus il y a de coopérateurs zélés et qui lui aident à le porter, plus ce fardeuu devient léger. Mais c’est toujours lui qui préside à toutes les opérations des ministres inférieurs. Ilest, dans son Diocèse, ce qu’est l’âme dans le corps humain, c’est-à-dire, qu’il donne à l'Eglise le mouvement et la vie. Tous ceux qui agissent sous sa direction reçoivent par là la sève spirituelle qui découle du cielen lui, comme dans un réservoir
sacré.
VinGT--uN Janvier... jour de réminiscence et de joie! Glorieux anniversaire qui s’environne des plus doux souvenirs.
Il y a vingt ans, une heureuse célébration signala ce quantième ; le sacre d’un Pontife fixait, parmi nous, cette époque, qui désormais appartient à l’histoire. L’Illustrissime J.J. Larrieug, de mémoire si durable, s’asseyait sur un trône et foncait nne chaire Épiscopale dont jouit maintenant, en pleine assu-
rance, la Cité, le pays qui l’a vu naître. Certes, les
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talents, les vertus, le savoir de cet homme adm: rable devait bien dès lors faire augnrer les succès qui couronnent aujourd’hui son œuvre! Ce n’était donc point assez qu’à ce temps favorable un Illustre Pontife, à jamais regretté, Joskpn Ocrave PLessis, autre gloire de Eglise du Canada, eut inscrit dans nos pages un nom qui ne se peut perdre ? Il fallait qu’à côté de ce nom fmpérissable un nom semblable se gravât! Bénissons-en le ciel et célébrons à jamais le ViNér-un Janvier. Citoyens de Montréal, Canadiens, Catholiques de ce pays, ne l’avons-nous pas bien nemmé lanniversaire des souvenirs les plus doux !
Eh bien ! Il s’'embellit encore ce jour déjà si beau! une fondation nouvelle, une hicrarchie sacrée apparait parmi nous. Vous l'avez vue, pleins de joie; et vos vœux réunis à ceux de trois Pontifes ont salué ce bienfait, ont conjuré le ciel d’en bénir pour toujours les travaux et les religieux desseins, Notre ville, cette Église, possèdent uésormais un S'énct Apostolique, un consistoire sacerdotal. Le Caaprrre de la Cathédrale de Montréal, est donc, de ce jour, érigé et constitué. Ah! Puisse ce diocèse, (fondé par PIllustrissime et Ré verendissime J. J. LARTIGUE, de puissante mémoire, fürmé par ses actes, arrost par ses sueurs, fécondé par son génie, ne jamais
s’effacer du catalogue immense des diocèses de
la Catholicité! Le dign: successeur d’un si digne
fondateur devait à bien des titres, recueillir les fruits de ses travaux. Puisse cet Evêché, parfaitement soutenu par le sage, le pieux Pontife Seigneur IGnace BouRGET, oui, puisse cet Evêché, immortel comme son Patron le Glorieux SaiNT JACQUES, passer de siècles en siècles et atteindre la durée de PEglise de Jésus-Christ !
Religion sainte, combien de milliers de tes heureux enfants te furent redevables en ce jour de suaves impressions, de délicieuses jouissances. Oui! nous en attestons la ville de Montréal et la foule nombreuse qu’un pieux empressement avait réunie de différentes localités, ce jour semblait à tous un reflet anticipé d’un de ces jours qui composeront l’éternelle vie des habitants de la céleste Cité. Deux grandes solennités sont venues à la fois déployer aux yeux les magnifiques scènes du culte Catholique, savoir : l’installation des Chanoines du Chapitre de la Cathédrale et la clôture de la Retraite qui durait depuis plus de quarante jours. Il était dix heures du matin, les flots du peuple s'étaient portés vers la Cathédrale, lorsque le nombreux Clergé du Diocèse de Montréal réuni presqu’en totalité, pour cette mémorable circonstance, s’avança processionnellement vers le temple. C’était sans doute un spectacle imposant que le coup-d’œil de la foule imimense qui remplissait les nefs et les galeries, dont les yeux pétillaient de la joie causée par cette nou-
ani DT ou velle pompe religieuse ; et la vue de ces longues files d’Ecclésiastiques, à la suite desquels s’avançaient trois Pontifes: MMgrs. de Forbin Janson, Gaulin et Bourget. Mgr. Gaulin et Mgr. de Montréal prirent leurs places sur des siéges dressés pour la circonstance, au haut du chœur, du côté de PEvangile. Mgr. de Forbin Janson, déjà associé à de si grandesœuvres dans l’Eglise de Montréal, voulut encore s'associer à celle-ci, en faisant Pinstallation du Chapitre. Après que dans la chapelle intérieure du Chapitre même, sous Le vocable de St. Jean, PEvangéliste, le mandement de création et d’érection du dit Chapitre eût été lu ; après que les lettres de provisions et de collations de Chanoinie eussent été répétées, en présence des notaires, faisant fonctions de notaires Apostoliques ; après que Sa Grandeur eût entendu la profession de foi et reçu le serment des Chanoines Titulaires, Pillustre Primat de Lorraine procéda au complément de Pinstallation du dit Chapitre dans l'Eglise Cathédrale de St. Jacques.
Sa Grandeur s’étant agenouillée devant le Maître Autel, entonna solennellem nt le Veni creator ; les onze promus, sous leur nouveau et splendide costume, formaient un demi-cerle autour du Pontife : le spectacle était grand et l’émotion bien vive, De suite l’'Evêque Collateur, conduisant processionnellement chaque membre du Chapitre au baiser de l’autel, à Pindication du lutrin, à la sonnerie de l'Eglise, au
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siége de sa stalle, le mit en possession de son titre et de son Canonicat. L’insertion de ces faits, dont actes par Notaires, complèta la prise de possession.
L'installation terminée, Mgr. de Nancy fut conduit au fauteuil d’abord occupé par Mgr. de Kingston ; et ce dernier Prélat, que des sympathies réciproques rattachent si bien aux Eglises du Bas- Canada, officia Pontificalement, avec cette dignité qui le caractérise.
Après le chant de l'Evangile, Mgr. de Montréal a invité à monter en chaire l’éloquent Primat de Lorraine, qui, trouvant déjà trop grande la part qu’il avait eue dans les honneurs et les cérémonies de la fête a refusé d’y porter la parole. Alors Mgr. de Montréal qui semblait vouloir s’effacer totalement, dans cette pompeuse circonstance, est lui-même monté en chaire. Il a débuté par ces paroles du Sauveur à ses disciples, qui les convainquaient de la nécessité de sa mort par les fruits qu’elle devait produire : ‘ Si le grain de froment que l’on jette en ‘terre n’y "meurt, il reste seul; mais sil y meurt, il produit beaucoup de fruits. ” (Sf. Jean, c. 12, v. 24, 25.) Puis ayant rappelé à son auditoire que le 21 Janvier fut l’épooue mémorable de la consécration épiscopale de feu le vénérable J. J. Lartigue, premier Evêque de Montréal, il fit part à l’assemblée d’un mot, en quelque sorte prophétique, que
Pillustre défunt avait dit, peu de temps avant d’être
lue
sacré Evêque : Quelqu’un lui observait que le 21 Janvier avait été, pour la France, un jour bien malheureux, ( c’était Panniversaire de la décapitation de Louis XVI. ) “ Eh bien, j’espère, avait répliqué le prélat, en faire un jour heureux pour mon pays. ” Mgr. de Montréal fit ensuite observer combien il y avait eu de vérité dans ce mot : le 21 Janvier avait donné à l’Eglise de Montréal un premier pontife dont le savoir et la piété étaient au-dessus de tout éloge ; dont le zèle avait été infatigable ; qui n’avait soupiré que pour procurer au troupeau, confié à ses soins, tout le bien, tous les moyens de salut possibles. Il avait formé tous les plans, préparé toutes les mesures qui devaient donner à ce diocèse, encore naissant, une assurance de prospérité si grande ; surtont il avait pourvu à tout ce qui était nécessaire pour l'érection du Chapitre en sa Cathédrale, et c'était le 21 Janvier que s’accomplissait cette œuvre de ses désirs. Ce jour est donc encore, sous ce rapport, un jour heureux pour les fidèles de ce diocèse.
Le Prélat défunt avait ardemment souhaité que son diocèse participât aux bienfaits des missions, qui régénèrent la France ; défaillant et sur son lit de mort, il demanda au ciel que ce vœu soit exaucé ; et voilà que la providence conduit en Amérique l’illustre fondateur même de ces Retraites on Missions. Déjà plusieurs localités ont recueilli les avan-
tages de ce bienfait immense, et le 21 Janvier est encore pour Montréal le jour fortuné où se terminent, dans cette paroisse, des exercices qui ont ramené au bercail tant de brebis égarées. Il n’en fallait pas autant, pour rendre à jamais heureux et mémorable ce jour que illustre Prédicateur du soir qualifiait de jour du Seigneur, dans lequel on devrait se livrer à la joie, à une sainte allégresse. Hœc dies quam fecit Dominus. etc.
Mais de même qu’il avait fallu que Jésus-Christ grain véritable de froment divin, fût jeté en terre et mourût pour produire les fruits abondants de la grâce ; ainsi, avait-il fallu que celui que l’on pouvait en quelque sorte appeler la semence de l'Eglise de Montréal, mourût et füt jeté en terre, pour que Pon vît s'élever, dans ce champ du Seigneur, cette moisson abondante de bénédictions et de faveurs toutes spéciales. La cendre de son tombeau a fécondé la terre qu’il a ensemencée.. Dieu nous a bénis. Il faut l’en remercier par notre persévérance... Il faut Pen remercier par Jésus-Christ Notre-Seigneur, par Marie, patronne de cette ville, de ce diocèse! Et le prédicateur a prié...
Enfin Mgr. a terminé toute cette éloquente allocution par un de ces traits de zèle et d’amour qui caractérise son brand cœur. Il souhaitait ardemment voir Mgr. de Nancy continuer la grande œuvre
de régénération qu’il avait commencée dans son
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diocèse. Du haut de Ja chaire, il lui présente les vœux de son Eglise ; et c’est en empruntant les paroles de deux disciples à Jésus-Christ : mane nobiscum, Domine, qu’il lui en adresse la prière :
Oh! vous, à qui Dieu a départi des dons et des ‘“ talents si rares et si précieux, demeurez avec ‘ nous, et nous en faites part: mane nobiscum, Do- ‘ mine. Le prince des ténébres, plus que jamais ‘ nous fait la gucrre, et cherche à étendre son em- ‘ pire au milieu du troupeau : Demeurez avec nous, ‘€ puisqu'il se fait tard! Nous avons sujet de crain- ‘ dre que ces Jours de foi et de piété si beaux pour ‘“ ce pays, qui en avait hérité de la France, ne soient ‘ sur leur déclin. Le démon de l’hérésie et de lim- ‘« piété nous attaque de toutes parts ; c’est ce Jort ‘ armé que vous avez délogé du milieu de nos villes, ‘€ où il semblait régner en vainqueur ; il vous reste ‘ à le poursuivre à travers nos campagnes, votre “ victoire est assurée et pour être facile, elle n’en ‘“ sera pas moins glorieuse à la Religion ni moins “ utile à ce pays. Demeurez donc avec nous, puis- “ qu’il se fait déjà tard; mane nobiscum, Domine. ”
Puisse le vénérable fondateur des retraites se ren-
dre à d’aussi instantes prières, et en remplissant les
vœux d’un Pontife aussi zélé que lui, combler nos souhaits et notre attente !
A trois heures, P. M., les cloches de l'Eglise Paroissiale couvoquèrent les fidèles pour la clôture de
ces exercices qui, depuis le commencement de lAvent, présentaient à toute la ville un si puissant intérêt, et la source de tant de bienfaits et de jouissances spirituelles. Oh! nous regrettons maintenant que nos expressions ne puissent dignement décrire ce qu’il y eut ici de propre à plonger dans un délicieux délire toute âme tant soit peu susceptible de sensibilité religieuse. Dix mille personnes remplissaient la magnifique basilique. À peine refroidie des émotions du matin, cette foule pieuse venait s’enivrer de délices nouvelles, boire aux ondes si pures du céleste fleuve de la Religion, dont on ne saurait se rassasier. Les trois Pontifes dont s’était honorée la Cathédrale le matin, environnés des membres du Chapitre en grand costume, venaient apporter les splendeurs du culte dans l’éplise paroissiale. Comme Pillustre Primat de Lorraine entrait au chœur, à la suite des cent Prêtres qui étaient venus contribuer à rendre auguste la solennité du jour, il fut prié de s’arrêter aux balustres. Là C. Mondelet, Ecr. avocat de cette ville, lui présenta une adresse au nom de toute la paroisse, qu’il accompagna d’un compliment à Sa Grandeur, où la beauté de lélocution rivalisait avec la délicatesse du sentiment. À la suite Mr. le Supérieur du Séminaire monta en chaire pour annoncer d’un accent ému, qu’on allait entendre, pour la dernière fois peut-être
la voix éloquente qui avait proclamé, avec taut de
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succès, les vérités saintes de la Religion. Après quelques autres réflexions analogues à la circonstance, il céda la chaire au puissant prédicateur. Lecteurs qui avez entendu depuis un mois, figurezvous un de ces plus nombreux suditoires qui soient venus se presser autour de cette chaire éloquente ; figurez-vous comme l’écho lointain du cri d’admiration de toute une ville en jouissance, et vous aurez quelqu’idée de l'émotion profonde qui s’emparait de tous les cœurs. Une fois encore, et puisset-il se faire que ce ne soit pas la dernière! une fois encore, Mgr. est entré dans toutes les pensées, dans dans tous les sentiments, daus toutes les affections de ses dociles auditeurs. [Il s’est complu à exalter nos joies, à féliciter ses bons, ses tendres enfants de Montréal, du Canada, d’avoir reçu avec tant de docilité et de profit la parole Evangélique ; il aimait à congratuler le premier Pasteur surtout, puis ces vénérables Prètres de la ville comme de la campagne, qui ont, en toutes occasions, fait des prodiges de zèle et de valeur; à applaudir, en un mot, à l’œuvre, au succès de tous et à trouver moyen encore de s’oublier lui-même au milieu de ses triomphes! Il a donc été, en cette ineffaçable journée, l'expression fidèle de toutes les joies, de tous les biens, de toutes les gloires de l'Eglise de Montréal. Puis remontant de ces joies, de ces jouissances, de ces gloires de la
terre aux joies, aux jouissances, aux gloires du Pa-
radis, il a ouvert devant nous ce séjour, des éter-
nelles félicités. Oh! Comme il était beau, ce ciel, qui devait soutenir les travaux de notre persévé-
rance ! Qu'il était ravissant! Le ciel. sublime et dernier mot d’une Religion qui, embrassant toute la destinée de l’homme, lui montre au terme de la course, le prix; à la suite du devoir, la récompense ; et à la fin de cette journée courte et laborieuse que nous nommons la vie, l'éternel repos an sein de Dieu même ! C’est là que le prédicateur nous a conduits par ses souhaits et par ses désirs; c’est là qu’il nous a donné un dernier et solennel RENDEZvous !
Ce jour, si plein de grâces pour la ville et pour le diocèse, a donné lieu au chant de deux Te Deum, l'un à la Cathédrale, le matin, et l’autre à la Paroisse, le soir. ( Mél. Religieux. )
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