‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 18 sur 61 · CHAPITRE Via · texte numérisé non relu

CHAPITRE Via

Six^tfarHeduCodeiUurAinéî ClassTi^ médiaire: Chevalier écossaisde l'IUumimsme,

Sous le Bom de classe intermédiaire dans l'illu- n..»,. immsme, onoourroiten quelque sorte comprenâ^e «-""^« tous les grades que Weishïupt emprunS de^a'^'^- W-maçonnene. ^En ce sens, il faudroit y faire entrer aussi les trois grades d'apprentif, l^Z gnon, etma^e maçon. MaisjeTaidit,ces3^

Z"^ r' *" '"'^ •I"''? "^7^ d'int^usioK les loges maçonniques. Afin L rendre son obiet

moins sensible, elfe les laisse lels qu'ils sontpX

ï« franc-maçons ordinaires. Par ce moyen^ ï

frère lUummé s'introduit dans les logrjans'au!

tun signe d»tinctif , çt se contente §'y Ze^:,

Jif^ii^' T*"*.** cW*tW n'eat qa'an extrait da 1

nte de ce Coda , iuu le véritable Illuminé.

Ga

ipo Conspiration des Sophistes ceux des maçons qu'il pourroit attirer dans son Ordre. Il n'en est pas de même des grades supé^ rieurs.de la franc-maçonnerie écossaise. La secte a cru trouver ici quelque chose de plus conforme à son objet. Il lui falloit d'ailleiurs quelques-uns de ces grades supérieurs , soit pour diriger les loges maçonniques qu'elle compose de ses propres élèves , soit pour chercher à dominer et à présider dans les autres. La vénération générale des maçons pour leurs chemliers écossais détermina Ta*

i grade

et intermédiaire. Il est stationnaire pour ceux des élèves qu'elle désespère de rendre jamais dignes de ses mystères ; il n*est qu'intermédiaire pour ceux dans qui elle trouve de meilleures dispositions. ., ^. .: : Ecrits orig. t. 2 y L partie , sect. 11.)

Prch- Quelle que doive être sa destination , aucun de ce Frère n arrivera à ce nouveau grade, sans avoir ^^' préalablement donné des preuves spéciales des progrès qu^il a faits dans cet art scrutateur , dont le Code a dû être sa principale étiide depuis son admission au grade dllluminé majeur. Le chapitre secret des chevaliers a eu soin de lui faire parvenir de temps à autre diverses questions , pour savoir à quel point il sait juger de l'état de tante par les signes extérieurs. Il a eu , par exemple , à répondre : « Quel est le caractère d'un homme » aux yeux mobiles , au regard inconstant ? A quels » traits peuvent se reconnoître le voluptueux , le » mélancolique , le pusillanjime. ^. ce grade , ( sect. IF, N.^« 2 et '6.)

Une autre preuve encore de ses progrès , doit être la vie du héros dont le nom lui fut donné pour caractéristique , à son entrée dans l'Ordre. Sa propre histoire qu'il a tracée dans le grade

DE lImpiété et de l'Anarchie. ioi antérieur , a dit tout ce qu'il est et tout ce qu'il a fait : celle-ci doit montrer ce qu'il admire ou ce

Su'il blâme dans les autres , et sur-tout s'il a su , ans la vie de son héros , découvrir les qualités ou les services que l'Ordre s'attendoit à le voir imiter, en le lui donnant pour patron. ( Voyez Instruct. 2 pour ce grade , N.^ 8. ) Enfin s'il lui restoit dans sa propre histoire quelque important secret échappé aux frères scrutateurs , il pourra donner de sa confiance une preuve toujours plus méritoire, en dévoilant cette nouvelle partie de sa vie, qu'il est cependant maître de ne révéler qu'au chef même de l'Ordre. ( Ibid. N.^ 8.) Tous ces premiers devoirs remplis , il lui reste à donner par écrit l'assurance qu'il regarde les supérieurs de l'illuminisme comme les supérieurs secrets , inconnus , mais légitimes de la franc-maçonnerie ; qu'il adhère et qu'il veut adhérer pour toujours au système maçonnique de rilluminisme , comme le meilleur et le plus utile qu'il connoisse; qu'il renonce à toute autre association ; enfin que , convaincu de l'excellence de l'illuminisme, il en conserve toujours les principes ; qu'il se croit obligé de travailler sous la direction et sous les ordres de ses supérieurs , dans le sens et suimut le but de V Ordre , pour le bonlieur du genre humain. ( Ibid. Letrres rei^ersales. )

Munis de ces promesses , les chevaliers écos- Céréajosais invitent le nouveau frère au Chapitre secret ; r^ctptioo. c'est le nom que prend la loge de ce grade. Tille est tendue en vert; richement éclairée et décorée. ^

Sous un dais orné et sur un trône de la même couleur , est assis le préfet des chevaliers , en bottes , en éperons. Une croix verte brille sur son tablier , et l'étoile de l'Ordre sur son sein : le l*uban de St. André en sautoir de droit à gauche ; le maillet à la main- A sa droite , est le frère porte-glaive, tenant l'épée de l'Ordre; à sa gau-

103 Conspiration des Sophistes

che, le maître des cérémonies, tenant un bàtOB d'uqe main et le rituel de Tantre.

„ Les cheyaliers en hottes , en éperons , Tépée B,n côté y la croix suspendue à leur cou par un ruhan vert ; les officiers de l'Ordre distingués par un panache , et un prêtre de l'Ordre en robe blanche , composent la loge* Le préfet adressant la parole au Récipiendaire , lui dit : « Tu vois ici » une partie des légions inconnues, unies par des :» liens indissolubles pour combattre en faveur de o> rhnmanité. Veux-tu te rendre digne de veiller » avec eux pour le sanctuaire ? Ton cœur doit 3» être pur et ton esprit brûlant d'un feu divin , > pour la dignité de la nature. Le pas que tu » fais est le plus important de ta vie. Nous ne ». faisons point un jeu de vaines cérémonies. En >> te créant chevalier , nous attendons de toi des » exploits nobles , grands et dignes de ce titre. » Salut de notre part , si tu viens peur nous être 30 fidèle ; si, bon et honnête , tu réponds à notre » espoir. Ne dois-tu être qu'un faux frère ? sois y> tout à la fois maudit et malheureux. Que le » grand architecte de l'univers te précipite dans » l'abîme. -* A présent fléchis le genou , et fais D sur cette épée le serment de l'Ordre. » Scrtieni \ ce3 mots, le préfet s'assied , les chevaliers l'hâtié. debout , tiennent a la main Tépée nue , le Récipiendaire prononce le serment suivant : « Je pro- » mets obéissance aux très«excellens Supérieurs » de l'Ordre.

» Autant qu'il dépendra de moi , je m'engage 3^ à ne favoriser l'adinission d'aucun indigne aux ». grades saints ; à travailler à faire triompher » Fancienne franc - maçonnerie de tous les faux n systèmes qui y sont introduits ; à assister , en » vrai chevalier , l'innocence , la pauvreté , et » tout honnête malheureux j ix nêtre jamais jlat'^

DE lImPIÉTÉ t¥ DE l'AkâKCHIE. io3 » tetir des grands ou esclwe des princes ; à V combattre courageusement ^ mais prudemment , 3» pour la ifertu , la liberté et la sagesse ; à résister » fortement y pour l'avantage de TOrdre et du p monde , à la superstition et au despotisme^ 3» Jamsûs je ne préférerai mon intérêt personnel jt au bien général. Je défendrai mes frères contre 3» la calomnie. Je me consacrerai à découvrir la » vraie religion et doctrine de la franc - maçon-« 9» nerie y et je ferai part à mes supérieurs de meè » découvertes. J'ouvrirai mon cœur à mes supé- » rieurs comme à mes vrais amis. Tant que je » serai dans TOrdre y je regarderai le bonheur 3» d'en être membre comme ma suprême félicité. 9 Au reste y je m^engage à tenir pour saints 9 mes devoirs domestiques y sociaux et civils* 9 Ainsi Dieu me soit en aide y et sur le bonheur 3» de ma vie y le repos de mon cœur. »

En récompense de ce serment , le préfet déelare au Récipiendaire, qu'il le crée chevalier de FOrdre de St. André , suivant l'antique usage écossais* I^ve-toiy lui dit-il ensuite , et désormais garde^ !' toi defléchir le genou demnt celui qui est homme | comme toi, ( la. sect. 7* ) '

A ces cérémonies ,, l'adepte K^iigge en ajoute un certain nombre d'autres y purement dérisoires des rites religieux. Telle est entre autres , la triple bénédiction que le prêtre illuminé prononce sur le nouveau chevalier ; telle est sur-tout la Gène par laquelle se termine la cérémonie. C'est une atroce singerie des mystères eucharistiques. Toute impie qu'est cette imitation, Weishaupt la trouve dégoûrtante , parce qu'elle lui semble encore religieuse^ \ théosophique , et sentant la superstition. ( Voyez \ le dernier mot de Philon , p» i oc. ) Mais ce qui ' est tout entier dans le goût du fondateur Bavarois, ce sont les instructions données au nouveau che«

ho4 Conspiration des SopmsTEs valier. C'est surtout ce discours , où Ton voit Torade 'l'ini" teuf Illumine , entre tous les systèmes maçonniques, ******* choisissant le plus artificieux , le plus impie , le

Îdus dësorganisateur y pour en faire tout à la fois es mystères de sa maçonnerie et la préparation la plus inunédiate à ceux de son illuminisme.

Qu'on se rappelle ici ce qu'on a vu dans le second volume de ces mémoires . sur cette apo- ^calypse des Martinistes , intitulée Des erreurs et de la yérité. Là, il fut une époque où l'homme, dégagé de ses sens, libre de la matière, étoît bien plus encore libre des lois et du joug politique auquel il ne s'est trouvé soumis que par sa chute ; là , tout l'effort de l'homme doit être aujourd'hui , de secouer le joug de nos anciens gouvernemens, pour recouvrer son ancienne pureté, son ancienne liberté , et réparer sa chute. Là encore , j'aurois pu montrer l'absurde idéalisme faisant de nos sens une vaine apparence , pour ne ' faire de leur prostitution qu'im crime chimérique (a) ; là enfin , ce système de tonte corruption

(a) £a exposant clans mon second volume la doctrine religieuse et politique des Martinistes ^ fe ne suis pas entré dans ces détails sur leur espèce ii Idéalisme , et j*avone franchement que je n avois pas assez conçu le sens de leur Apocalypse sur cette partie de leur doctrine. J'ai vu depuis ce temps-là un homme assurément de beaucoup aesprit , et bien en état de saisir tout système tant soit peu intelligible ; c'est M. Tabbé Bertins, résidant aujourd'hui à Oxford. Il ma fait sur les Martinistes le même reproche que d'autres m'ont fait sur les Rose- Croix , en me disant que tout ce que j'avois dit et oit vrai y mais que je navois pas dit toute la vérité. J'en ai pourtant bien dit sur ces Messieurs-là j d'ailleurs il ne faut dire que ce dont on peut donner les preuves. Ici M. Bertins voulut bien entrer dans quelques détails sur les leçons du fameux Saint-Martin même. Elles confirïnent parfaitement tout ce que j'ai extrait de la doctrine 4les Martinistes, sur la nature do l'amc, sur la prétendue origine de cette ame î^\^?i\A partie de Dieu , de Fessence de Dieu 9 de la même substance; mais ce que je n uvois

DE l'Impiété et de l'Anarchie. io5 et de tonte désorganisation , a ëté de tout temps la doctrine et le secret de la philosophie. Le grade

pas dit, c*est que d'après le même système, la matière n'a pas ane existence rebelle , ou du moins qu'elle existe tellement à part, qu elle est tellement nulle pour l'ame , qu'il n'y a et ne peut y avoir aucun rapport entre elle et l'ame; qu'elle est enfin pour nous comme si elle n^toît pas. J'avois vu les conséquences de cette doctrine , dans ce que m 'a voit dit un jeune homme fort estimable , ( M. le Vicomte de Maimbourg ) que des Martiuistes Touloient aussi entraîner dans leurs erreurs ou leurs horreurs. Lorsqu'il s'agissoit des plaisirs des sens, au feu tout cela, lui disoient-ils dans leur morale, au feu; donnez au feu tout ce €ju*U vous demande ; ce n*est pas là tesprit ; tout cela ri affecte pas Vante ; et ce feu , c*esl la matière , ce sont les sens , cest le corps. Ne scroit-ce pas dans le même sens que les Martinîstes nous disent : « En yain l'ennemi me poursuit par ses illusions. Il ne faut pas {pi'ici-'bas la matière ait mémoire de moi. Les délices de la matière , est-ce t homme qui les goûte t lorsque ses sens ont de la peine ou du plaisir , tie lui est-'il pas aisé de voir que ce fi est pas lui qui ëprous^e cettepeine ou ceplaisirH ( L'Homme de désir, par l'auteur des Erreurs de la Vérité , N.® 255. ) Quels affreux logogrîphes I Si toutes les passions des sens sont étrangères \ rhomme , s'il peut les satisfaire sans que son ame en soit meilleure ou pire , quelles monstrueuses conséquences pour les mœurs ! Aussi un Martiniste Danois , consulté par M. de Maimbourg , et plus franc que les Frères Enroleurs, lui disoit>il ; Mon cher Monsieur^ gardez-^ous bien d entrer dans nos mystères. J'j' suis malheureusement engagé , moi ; j'e uoudrois vainement me retirer , je ne le puis. Pour vous^ gardez-yous bien. de tH>us livrer à ces gens-^là. Le conseil fut suivi par le jeune Vicomte. Quant à M. Bertins, la partie étoit trop forte pour Saint-Martin. Il falloit raisonner avec un homme qui objecfoit sans cesse : Si mon ame est partie de Dieu , et substance de Dieu , mon ame est Dieu. Après trois mois de leçons auxquelles on sent ])îen que IVI. Bertins ne se prêtoit que par curiosité , le sicur Saint-Martin 6uit par dire : Je vois bien que jamais je ne coni^ertirai un Théologien ; Qi il abandonna un homme plus fait pour riustruLrc que pour recevoir ses lcçi»ns.

f o6 Conspiration bks Sophistes intermëdiaire de Weishaupt ëtoit destiné è servir de lien entre son illuminisme et les loges maçon* niques ; il ëtoit naturel que de tous les systèmes des loges il s'appropriât le plus arUficieux et ie plus monstrueux. Qu'on ne s'étonne donc pas de Toir ici Tantithéosophe , l'athée y le matérialiste Weisbaupt, emprunter dans ce grade les leçons du Martiniste au double principe , au double esprit* Mais qu'on observe bien : quand cet artifice le force (l'employer les mots (f esprit ou d'amCj c'est en avilissant l'initié que la secte ne les admet dans son code que pour se conformer au langage vulgaire. Cette précaution une fois prise , l'initiant peut répéter sans crainte les leçons des sophistes au double principe. Celles qu'il donne ici à ses chevaliers écossais, sur le grand objet de la franemaçonnerie , semblent en effet toutes prises de ce système. C'est d'abord une grande révolution, qui dans des siècles reculés dépouilla les honunes de leur dignité primitive. C'est ensuite l'homme maître de recouvrer son ancienne splendeur , mais par l'abus de ses facidtés , ajoutant à ses souillures et à sa dégradation. C'est jusqu'à ses sens émoussés qui le trompent sur la nature des choses. Tout ce qu'il voit dans son état actuel n'est que mensonge y apparence y illusion. Ce sont sur-tout des écoles de sages , depuis cette grande révolution , conser* vaut en secret les principes de Tantique doctrine ^ la vraie maçonnerie. Au nombre de ces sages est ' encore Jésus de Nazareth. Le monstrueux Hiérophante ne craint pas de faire du Dieu des Chrétiens un des Grand-Mail res de l'illuminisme. Mais bientôt la doctrine du Christ s'altère ; bientôt les prêtres et les philosophes bâtissent sur ce fonder ment divin , un édifice dHnepties , de préjugés et d'intérêt. Bientôt encore , la tyrannie des prêtres et le despotisme des princes oppriment y d!un

DE hlMPlÈTi ST DS L'ANARCHIE. 107

commun accord y la malheureuse humanité. La Iraac-maçoDnerie s'oppose à ces désastres, essaye de conserver la vraie doctrine ; mais elle la sur-* charge jde symboles , et ses loges deviennent en<^ core celles de Terreur et de Tignorance. Les illu-* minés seuls sont en possession des secrets du vrai franc-maçon. Il reste même aux illuminés une grande partie de ces secrets à découvrir. Le nou* veau chevalier doit y consacrer ses recherches. Il est bien spécialement averti que c'est par Vétude des anciens Gnostiques et des Manichéens , <juUl pourra faire de grandes découi^ertes sur cette i^é^ ritable maçonnerie» On le prévient que dans cette recherche , ses grands ennemis sont l'ambition et tous les vices qui font gémir l'humanité sous Vop^ pression des prêtres et des princes. Voyez dans ce grade y article 8 y Instruct. sur les hiéroglyphes maçonniques. )

. Ce n'est pas un des moindres artifices de Weishaupi y que l'obscurité dans laquelle toutes ces leçons laissent ici son élève sur la grande révolution y dont il faut réparer les ravages par une nouvelle révolution. Pour les adeptes de la classe des princes, ce grade est la dernière faveur de la secte. Il faut les laisser croire que l'antique révor lution ne. fut autre chose que la réunion aes Puis^ sonces aux prêtres , pour soutenir l'empire de la superstition et des préjugés religieux ; que la nou-* velle révolution à faire est l'union des princes à la philosophie , pour la destruction de cet empire et le triomphe de la raison. Si le sérénissime adapta s'étonne que Ion ait commencé par lui faire jurer de VLétre jamais flatteur des grands ou esclave des princes y la formule sur la fidélàé aux de^ voirs sociaux et ciçils pourra le rassurer. Quel^ que idée qu'il ait de son initiation , fidèle cheva<^ her y il n'en a pas moins fait le serment de protéger

io8 Conspiration des Sophistes ses frères iliuminés contre la superstition y le despotisme ; le serment d'obëir aux très - excellens Supérieurs , de favoriser de toute sa puissance les progrès de TOrdre , qu*il croit désormais seul en possession de la vraie franc-maçonnerie. . Si parmi les adeptes moins importans il en est qui ne puissent pas s'élever au-dessus de leur Théosophiej c'est-à-dire s'il en est que Weishaupt désespère d'élever à ses principes d'atliéisme et d'anarchie , ceux-là sont condamnés à languir sta-*^ tionnaires dans la classe intermédiaire. Weishaupt leur a fourni pour aliment tous les hiéroglyphes de la maçonnerie à expliquer par la grande révolution. Sous prétexte de découvrir une religion plus parfaite , il leur a persuadé que le christianisme du jour n'est que superstition et tyrannie. Il leur a soufflé toute sa haine pour les prêtres et pour l'état actuel des gouvernemens. C'en est asse& pour Taider à détruire ; il se garderoit bien de lem: dire ce qu'il veut édifier.

DcToin Mais parmi ces frères chevaliers , en est-il que «iioisde 1q secte voie entrer d'eux-mêmes dans le sens de ^^^ ^'^ cette grande révolution , qui ne priva l'homme de sa dignité primitive qu'en le soumettai^t aux loi» des sociétés civiles ? En est-il qui entrent dans le sens de cette autre révolution , qui doit tout réta* blir en rendant à l'homme son indépendance pri-^ . mitive? Ceux-là sont distingués par les frères scrutateurs. C'est de ceux-là qu'il faut entendre plus spécialement ces paroles du code : Que les Che-paliers écossais de VlUuminisme pèsent mûre-' . ment quih président à un grand établissement pour le bonheur de Vhutnanité» C'est -en effet un rôle supérieur', c'est celui d'inspecteurs^ de direc-^ teurs de tous les grades préparatoires que ces Chevaliers ont à jouer dans l'Ordre. Ils ont pour cela leiu^ assemblées propres , appelées Chapitres^ scr

DE lImpiété et de l'Anarchie^ icg frreîs. Le premier soin de ces chapitres sera de veiller , dans leur district , sur les intérêts de rOrdre. Les Chevaliers écossais , dit formellement leur première instruction, doivent s'occuper à imaginer des plans propres à augmenter la caisse de V Ordre ; — il est à souhaiter qu!ils trouvent le moyen de mettre V Ordre en possession de rei^enus considérables dans leurs proçinces.^ Celui d^eux qui aura rendu ce service ne doit pas hésiter à croire au noble usage qui sera fait de ces retenus. — Tous doivent travailler de toutes leurs forces à consolider peu à peu V édifice dans leur district , jusqu'à ce que les fonds de l'Ordre se trouvent suffisons. ( Première instr. de ce grade.)

La seconde partie de leur code confie à ces mêmes Chevaliers le gouvernement de la classe préparatoire. Chacun aeux doit prendre sur lui la correspondance avec un certain nombre des frères qui dirigent les académies mînervales. Ils voient dans ce code y quels sont les objets sur lesquels ils peuvent décider eux-mêmes ; quels sont les frères dont il faut hâter ou arrêter la promotion; et quel compte ils doivent rendre aux chefs. Us ont , pour correspondre avec leurs inférieurs , le chiffre ordinaire de l'Ordre ; et pour écrire aux chefs , un chiffre spécial en caractères vraiment hiéroglyphiques.

Un soin particulier leur est confié sur les illuminés majeurs ; « Les Chevaliers écossais , dit le code, doivent veiller à ce que les illuminés majeurs ne négligent pas dans les lettres qu'ils écriront chaque mois ^ démarquer les. emplois quils auroient à donner • » (Voyez cette seconde Instruct. N.*^ 12.)

J'ai dit , dans le chapitre précédent , combien cette préparation étoit utile pour récompenser le izèle des frères ; l'adepte Knigge a soin de nous

î I O CONSPIIUTION DÉS SOPHTSTËS

faire observer combien elle pourroit être utile atik princes mêmes y en la combinant avec le code scratateur. «Supposons y nous dit-il , qu'un prince » ayant pour ministre un illuminé , lui demande » quel sujet il croit propre à tel emploi vacant (moyennant le code scrutateur) ; le ministre pourra » sur«-le-champ offrir le portrait fidèle de divers 3f> personnages , parmi lesquels il ne restera au prince 10 qu^à clioisir. » ( Derniers éclairciss* de Philorty page 95. ) Tout lecteur ajoute ici de lui-même : moyennant la promesse de disposer de toutes les plates vacantes , en faveur des frères , et moyen* nant la surveillance des frères Chevaliers, le mi« tiistre Illuminé ne présentera pour ces places que les adeptes choisis par l'Ordre même ; et rillumi* tiisme se trouvera bientôt disposer seul des béné* fices y des emplois , des dignités^ de toute la puissance de TEtat.

£n attendant que la secte exerce toute cette

influence sur les Cours , il en est une autre que

les Chevaliers écossais sont chargés d'acquérir

clans les loges maçonniques. Les lois sur cet objet

ne méritent pas une attention moins spéciale; en

Toici les principales dispositions :

lattrnc- « Daus chaquc ville tant soit peu considérable

cS^atier * ^ ^^^^ dfslnct, les cbopitres secrets établiront

iUnmraé, » des logcs maçonuiqucs des trois grades ordi-

h^R^incN naires. Ils feront recevoir dans ces loges des

BCaçoDoe-^ hommes de bonnes moeurs y jouissant de la con-

^^' s> sidération publique , et d'une fortune aisée. Ces

» hommes -là doivent être recherchés et reçus

» franc-maçons , quand même ils ne des^oient

^ pas être utiles à Vllluminisme pour nos projets

p ultérieurs, f^ ( Troisième Instruct. pour le même

|[rade, N,** i.)

a S'il se trouve déjà une loge maçonnique or^ » dinaire dans ces villes^ les Ghevaliers de llikw

DE LlMPltTÉ ET DE L'ÂKARCHIE. i m

^ minîsme essayeront d'en établir une plus légitime. Il ou du moins n'éparfi^oeront-ils rien pour obtenir 1» la prépondérance oans celles qu'ils trouyeront » établies , ou pour les réformer y ou pour les faire » sauter. » ( Ibid. N.® 3. )

tf Ils insinueront fortement aux nôtres de ne » fréquenter , sans Tagrément des Supérieurs , 9 aucune de ces prétendues loges constituées , » dont les frères j à l'exception de leurs pancartes^ » ne tiennent des Anglais que quelques symboles^ I» et des cérémonies qu*ils ne comprennent pas. n Tous ces maçons se trouvent dans une grande » ignorance sur la vraie maçonnerie , sur son » grand objet et ses vrais Supérieurs. Quoiqu'il y I» ait des hommes d'un grand mérite dans ces v» loges , nous avons de grandes raisons pour ne » pas les laisser facilement visiter les nôtres. *»

(Ibid. JV.05.).

a Nos Chevaliers écossais auront soin que toat Si se fasse régulièrement dans les loges subordon- 9 nées* Leur principale attention sera la prèpa^ n ration des Candidats. C'est ici qu'il faut y entre » deux yeux y montrer à son homme , qu'on le j» connoit bien. Embarrassez4e par des queS" s» lions captieuses y afin de voir s^il a de la pré* n sence d'esprit. £st-il peu f^me dans ses prin- M cipes y montre-t-il son côté foible ? faites-lui sentir » combien il lui manque encore de cboises et le > besoin qu'il a d'être conduit par nous ? » ( Ibid*

If.- 9.)

¥ Le député maître des loges y ordinairement » réviseur des comptes y doit être aussi membre » de notre chapitre secret. // /era croire aux 9 loges y au' elles. seules disposent de leur argent; » mais il doit employer cet argent suivant le but y> de notre Ordre. S'agit-il d'aider un de nos con« 9 frères ? on en feit la proposition à la loge, ^i

lia Conspiration des Sophistes » ce confrère n'est pas maçon , n'importe ; il of> n'en faut pas moins venir à bout par quelque » expédient* »

«( On ne prendra point sur le capital , afin que -p nous puissions trouver un jour des moyens ou » des fonds pour de plus grandes entreprises. 11 » faut annuellement envoyer au chapitre secret » le dixième de la recette de ces loges. Le Tréx> sorier à qui ces fonds sont remis, les ramasse, et » cherche , par toutes sortes d'entreprises à les > augmenter. » ( Ibid. N.** 1 2. )

« Avant que de toucher à nos propres fonds , 9 pour aider nos confrères , il faut , autant qu'on » le pourra , chercher à leur procurer des secours » ou leur entretien, sur les fonds des loges qui ne » sont pas dans notre système. En général j il « faut faire servir à notre grand but l'argent » que ces sortes de loges dépensent si inutile- » ment. » ( Id. N.*^ i3.)

«c Lorsqu'un savant maçon s'enrôle dans notre j> Ordre , il entre immédiatement sous la direc- » tion de nos Chevaliers écossais.» ( fb. N.^ 16. )

Dans quel code Weishaupt et Knigge son ré-

.dacteur, ont-ils donc pris des leçons de celte

. espèce , pour en faine les lois de leurs Chevaliers

.écossais ? Bien des lecteurs répondent sans doute :

dans celui de Mandrin ou de Cartouche , et de

tous les héros du brigandage ; mais ni l'un ni

l'autre n'ont besoin de ces génies. Celui de

Weishaupt lui suflit. Il avoit inventé ce principe:

La fin sanctifie les moyens ; il Tappliquoit an vol

que ses adeptes pouvoient faire et faisoient dans

les bibliothèques des princes ou des religieux ;

Knigge son rédacteur l'applique à la caisse des

franc -maçons honnêtes. Nous verrons la secte

en faire des applications bien ■ plus importantes.

Que rilliuniaé ^ plus zélé pour la gloire de son

instituteur

DB lImpïété et de l'Anarchie. 1 1 3 iastUuteur que pour celle du rédacteur , ne nous objecte point que Weishaupt n'aimoit pas ce grade de Chei^alier écossais. Weishaupt ne Taimoit pas ; mais ce qu^il y blâmoit , ëtoit-ce les leçons de larcin et de filouterie qu'il y yoyoit tirer de ses principes ? 11 n'est pas un seul mot dans ses lettres qui marque cette impro'bation» Knigge auroit répondu : Que font de leur argent ces imbécilles franc-maçons ? comme Weishaupt avoit répondu : Que font ces moines imbécilles de leurs lim-es précieux ? Weishaupt blâmoit ce grade y non qu'il le crût au delà des principes , mais parce qu il le voyoit trop misérable encore ; ce sont les expressions de son mépris : Der elende scottische Ritter grad. Dans les changemens qu'il y fit , il se garda bien d'en retrancher les vols et les larcins à faire pour le service de l'Ordre. Tel enfin qu'est ce grade dans le code de la secte , Weishaupt consentit au moins qu'il servît de préparation aux mystères de ses Epoptes , c'est-à-dire des prêtres de son Illuminisme ; et certes p en le considérant sous ce jour , peut-être étoit-il vrai de dire encore dans le sens de la secte , que ce grade de Chevaliers brigands étoit mesquin et misérable. Je vais mettre le lecteiu* à portée d'en juger.

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