‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 19 sur 61 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Septième partie du Code illuminé ; classe des Mystères ; VEpopte ou Prêtre illuminé ; petits Mystères.

v2uELQUE assurée que la secte puisse être des . Oo««progrès de ses élèves , dans la classe des prépara- «u^» tiens , Weishaupt redoute encore d'en trouver , p'«ï»n»ique le dernier objet de son Ultuninisme révohe- Tome III. H

lUttCi*

lit 4 Ctmf lAÀTtOff tïES SoraisTES

tm* Il lui âiol de nonteHes gradations ponr les Cûndôite -a^ vrai t^rme de ses cpinplols. De là cèlVe division de pecîls et 4e wands mystères ; êè là 4cetle sous^liVfsiold de gra&s éaftis les petits tiystèi'es .méroès% L« ^emier ^ t|àe tait l'adepte éatis cette daâM ^Timiie au sacerdoce de la secte ; àt Chevalier ë(30S5ais il devient Epùpte ; c'est sous èe ^ttom seul -cfu'il 4(Ht "éiré <x>tinii de la classe înlârieuFe ; potar 4es ^i^es strpérieiïrs , il est appelé S^i^. ( Vô^(^ Pbilêià et ^^macus , Imu pour «è gtiade« )

Que ce nom de péths ttiystères ne diitûnlié pas Pettipressemerit du lecteirr aies tronnoUre ! Sous ce ttoùi peu sigtiifîaïiit , ils n'en déchirent pas lùoifnS la jplns ^rtdè partie du voile. Avant d'y être ladmis , ilfaiut d'abord ^e l'aspirattt réunisse dans ^on esprit , dans sa tnëmoire , tout ce qu'il a reçu de leçons xoitiïeiigieuses et antisociales, pour donner pût éciit sia réponse aux questions suivantes :

i.^ « L'état actuel •dès peuples répond-il à » Tob^et pour lequel lliomme a été placé sur la 3> terre? par exetnplei^ les gouvememens, les » associations civiles^ les religions des peuples 9> ffemplissent-elles le but pour lequel les hommes » les ont adoptés ? Les sciences dont ils s'occupent i> en général» leur donnent-elles de vraies lumiè* y> rës, les conduisent-elles au vrai bonheur? Ne 9 sont-elles pas les ^enfans "des besoins variés de i> l'état antinaturel où se trouvent 4es hommes ? 3»!Ne sont-elles pas iiniquement l'intervention » dés tervaux viaes et laborieusement subtils ?»

2.^ «Quellesassociations civiles, quelles sciences » irons semblent tendre ou ne pas tendre au hxk ^ I» ^'a-t-il pas existé autrefois un ordre de choses » plus simple? Quelle idée vousiaites^vous de cet » ancien itat du monde ? ^

DE LifMPIÉTÉ ET DE l'ANART^nE. ïiR ' 3.^ « A présent que nous sommes passés par » toutes les nullités ( ou par toutes les former, I» vaines et inutiles de nos constitutions civiles .) y» séroit-il ipossible de retenir à «ette fresnière et » noble simplicité de nos pères ? £n ndus y suppôt

• sant revenus , nos maUieia-s passés ne rendroient* p ik paë cet état plus durable? Le genre bumaia m ne seroit-tl pas akirs semblable à un komme qui ^

• après avôitr joui dans son «eiifaace du bonheur 9 de J^innocenoê ; après tivdir suivi dans S4 9 jeuiuessie -toiues le^ ^erreurs des passions » itisp truit par ses dangers et par rexpéritliHje^ tâth^ 1» de i^eviénir à \ltfiooceoce '^t «à la pureté de 1» son '6irfance ? >

4*" « OomoaeHit landroit-il sV prendre pomr ra«- 4> mener cette heureuse période ? Est-ce par des }» meaupespublii^es^ par des réyolutions violea<- « tes 9 ou bien )par ^ueiqae autre voie qu'ion y. 3» réossîrott ? i»

5.^ «c ha. feli^iôn chi^cienne d^s sa pur^t^ » ne £barait-e)le pas .<{uelq^es indices ? n'smnonr* 9 ce-t^eUe pns un étsA et ha b0nbeur se«iblables t 9 ne les |>répare4-*eHe |»as ? s»

6.^ M GeiJte ireligiQn simple et j^ainte» est-^Ila » anîoiBxi'buli celle que pri^e^sent l^s différe^t^^ » sectes, ou est^elle fim^Ueure ? »

7.^ « Peulhon connoitse et enseigner ce tt^il- » lair dbristianiame ? Le monde 9 t^ qu'il est à 9 pnéseiit, âupporteroit * il j^lus -de lumières ? 91 Groyess-vons qo'avant d'a;vo»r levé des obstacles » sans nombre, il ser<»t Ibop de prêcher aux » homiaes^ d'abord une retigioaiplus épurée, un^ » philQSophie pins élevée , et ensuite Tart de se » gouverner çbacun wi^aaéme à son avantage ? »

p.^ « N'estH:e point de nos rs^oris moraux I» et politiques que viendroit l'opposition des hopi-* » nés À ce bienfait? ;N'est«ce point de nos rap*

Ha

1 16 Conspiration des Sophistes

» ports moraux et politiques, ou bien d'un înté- » rét mal entendu , ou bien encore plus, de nos » préjugés enracinés , que viennent ces obsy> tacles ? Si tant de gens s'opposent au rétablis* » sèment du genre humain , n'est-ce point parce p qu'accoutumés aux formes antiques , ils rejet- » tent et blâment tout ce qu'ils n'y voient pas , » même ce qui auroit tout le naturel , toute la y> grandeur et toute la noblesse possibles ? L'in- » térêt personnel , hélas ! ne Temporte-t-il pas D à présent sur le grand intérêt général du genre » humain ? »

9.^ a Ne faut - il pas remédier en silence , et » peu à peu', à ces désordres, avant qu'on puisse V se flatter de ramener le temps heureux du siècle » d'or? Ne vaut-il pas mieux , en attendant, se- » mer la vérité dans des sociétés secrètes ? »

1 o.*^ « Trouvons-nous des traces d'une sembla^ 9 ble doctrine secrète dans les anciennes écoles » des sages, dans les leçons allégoriques données » par Jésus - Christ , sauveur et libérateur du » genre humain, à ses disciples les plus intimes? » N'observez -vous pas les mesures d une éduca- » tion graduelle, dans cet art que vous voyez » transmis à notre Ordre depuis les temps les » plus anciens. y> ( Ibid* )

Initia- ^i Ics répouses du candidat à touîtes ces question de lions montrent qu'il n'a pas assez bien profilé

^^^' de son éducation graduelle, il solliciteroit en vain la faveur qu'il croyoit obtenir. Ses réponses sontelles équivoques , il recevra de nouvelles ques«tibns , ou bien l'ordre de s'expliquer plus clairement. ( Id. Instruct. uJtér. sur V admis, au grade de Prêtre. ) Mais se roontre-t-il assez bien disposé pour qu'on ne prévoie plus de répugnance aux leçons du Hiérophante sur tous ces grands objets, les supérieurs consentent; le synode du sacerdoce

DE l'Impiété et de l'Anarchie. ii f illuminé est convoque , le jour de Tinitiation est fixé. A rheure convenue, Tadepte introducteur se rend chez le prosélyte, et le fait monter dans une voiture. Les portières se ferment ; les tours et les détours du cocher instruit à prolonger , à varier sa route, et un bandeau jeté sur les yeux du prosélyte, ne lui permettent pas de deviner le lieu où enfin on s'arrête. Conduit par la main, et toujours le bandeau sur les yeux , il monte lentement au vestibule du temple des mystères. Son guide le dépouille alors des symboles maçonniques , lui met à la main une épée nue , lui ôte son bandeau, et lui défend d'entrer, jusqu'à ce qu'il entende la voix qui le doit appeler ; il est livré seul à ses méditations.

Pour la pompe des mystères, quand les frères les célèbrent dans toute leur splendeur , les murs du temple sont couverts d'une tapisserie rouge ; la multitude des flambeaux en relève l'éclat. Une voix se fait entendre : « Vienç , entre , malheureux fugitif! les pères t'attende;it. Entre, et ferme la porte derrière toi. » Le prosélyte obéit à la voix qui l'appelle. Au fond du temple, il voit un trône surmonté d'un riche dais; au devant du trône, une table couverte d'une couronne, d'un sceptre , d'une épée , de florins d'or , de bijoux précieux qu'entrelacent des chaînes. Au pied de cette table , sur un coussin d'écarlate , sont une robe blanche., une ceinture , et les omemens sim*. pies du costume sacerdotal. Le prosélyte est au fond du temple « et en face du trône : « Vois et. 3» fixe les yeux sur Téclat de ce trône , lui dit le » Hiérophante. Si tout ce jeu d'enfant, ces cou- » ronnes , ces sceptres et tous ces monuraens » de la dégradation de l'homme ont des attraits A pour toi , parle , et nous pourrons peut - être • satisfaire tes vœux. Malheureiu ! si c'est là qu'est

fiî8^ Conspiration dk Sophiste»

!>• ton cœur , si tu veut t'ëlever potif aider à op- 9 primer tes frères, va, essaie à ton propre péril. ^ Cberehes-tu k p«îs6aH€», le force et de faux » honneurs, 4e6 sopéfflmtés? Nous trayailloiis » pour K)ir; nou» te procurerons ces avantages » passagers; nous te mettrons aussi près dis trône » aue tu Ife désires, et t'abandonnerons aux suites » oe ta foke ; mais notre sanctuaire te sera fermé }^ pour toujours.

» Yeux* tu, au contraire, apprendre la sagesse f !>' Teux*tja montrer Tart de rendre les hommes SX meilleurs , libres et heureux ? Ah ! sois trois 3»^ fois pour nous le bien venu. Ici tu vois briller » les attributs de la royauté ; et là , sur ce cous- 9» sin , tu découvres le modeste vêtement de Tin* -» nocence. Décide-toi , choisis et prends ce que » ton cœur préfère. i» Si le caqdidat, contre toute attente^ s'avise de choisir la couronne , il sera arrête par ce cri : « Monstre , retire-toi ! 11^ cesse de souiller ce lieu saint* Va , fuis , tandis !► qu'il ea est encore temps, i» — A ces mots , il $era éconduit par le frère qui l'a voit introduit. S'il choisit la robe blanche : — « Salut à l'anie grande yy et noble. C'est là ce que nous attendions de loi. » M^is arrêta , il ne t'est pas encore permis de » te vêtir de cette robe ; il faut d'abord que tu 3^ apprennes à quoi nous t'avons destiné. » (IbidJ)

Le Candidat s'assied ; le Code des mystères est ouvert ; les Frères , dans un profond silence , ^coutetit lies oractes du Hiérophante. Vous qui dans ce long cours d'épreuves , de questions , de Htes , de grades insidieux ; vous qui dans ce dédale de l'éducation i tf umînée , seriez encore à découvrir l'objet de tant de soins et de tant d'artifices » prêtez l'oreille à ces oracles. Suivez-nous dans cet ' antre que la secte appelle son lieu scUrU , mettez* ^ous à côté de l'adepte qu'elle initie. C'est ici \%

jelief-d'osairre dp spa fon^sieor» Vmie kidignaiÎMi dût--eUe se ti oaver feijguëe p«r la BtonstrtMufie fécondité de ses sophismies , de ses impiétés ,. de, sas blasphèmes contre votre Évaj^^ile et votre Dieu » contre vos Magistrats , contre votre Patrie ; contre vos Loi&, vos tiue»et. voft di!9«Uf:^C0«lie tous ceux de vos ancêtres et de. vos eni^ns ;^ Rois et sujets » riches ou artisans, laboureurs , et çommerçans ^ citoyens de tous les ordres , éqoujtez et apprenez eor fin à eonnottre ce q^ui $e traçgie contre vous dans le fond de ces antres. Que votre léthargie nç nous accuse pas sur-tout d^une ciiédulité légère ou de vaines terreurs. Ces leçons que la Secte regarde comme le chef-d'œuvre de son Code , '|e les ai sous les yeux telles qu^et(es sprtii^ent de la oaain de son législateur , telles qu^elîes parurent sortant de ses archives publiées par ordre du Souverain , qui ne les livre à rimpres$ion que pour avertir toutes les nations des complots qui s'ourdissent con-» tre elles. ( Ecrits originaux des Illuminés ft» 2^ part. 2. ) Je les ai encore telles qu'elles parurent embellies par le premier Orateur de la. Secte ^ revues et approuvées pai le consMeîl et èêa» aréopages , attestées par te même Orateur eomoie vraies et e<mformes, à Fexempfaire muni du si:eau de la Secti^ ( Philqn et Spartacom. ^ f • lo ^^ lusqu^à 70 certi^ Jicats de Philon* )

Lisez donc ; et ^ vow. le pooves , rqposea&^voos encore traBqmtlei&ent sur le coussin de tlgnorance volontaire, conteps de vous être répét<$ À vous-même : Toute conspiration contre l'exis^ tence même des sociétés cWite« e£ d'un go«n- ▼ernement quelconq&e , toute ceaspiFatio» eontt^ Tezistence de la propriété ^ n'eçt qu'une conspiration chimérique.

C'est au Candidat et en présence des Frères déi

^2o Conspiration des Sophistes

îà initiés aux mém€s mystères y que le Président

lilumioë adresse rinstrucdon suiyante.

pfujk^y^^^*^^^^^^ O r^B 5 du Hiérophante pour le grade de 'jL^ 4^ Piètre Gu d^Epopie illuminé» ( * )

ïHscoiin Le Hiérophante a l'Initié:

t^hânie* « Aux épreuves d'qne préparation assidue suc-

p cède le moment de la récompense. Tu te con-

p nois en ce moment toi-même ^ et tu as appris à

*> connoître les autres ; te voilà ce que tu de-

rt vois être , et tel que nous voulions te voir.

» Il va t'appartenir à présent de conduire les

x> autres. Ce que tu sais déjà , ce que tu vas

-» apprendre en ce moment ^ te dévoilera leur

» foiblesse. C'est dans cet avantage qu'est la

îo seule vraie source du pouvoir d'un hqmme

» sur un homme» Les ténèbres se dissipent , le

» soleil de lumière se lève , les portes du sanc-

V> tuaire s'ouvrent; une partie de nos secrets

^ va être révélée. Fermez aux profanes les por-

» tes du Temple ; je veux parler aux Illustres ,

{a) J*ai compare les deux ëditions de ce discours. Dans la première , il est tel que Weisliaupt le composa , et le prononça au moins dans ses premières Initiations. Dans la seconde, il est corrigé par son adepte le Baron Kniggc, dont le nom de guerre est Philon. Je n*ai trouvé

Sour toute correction qu'un langage un peu plus ëpurë. ans certains endroits, et des longueurs dans d'autres. J'ai observé que le Rhéteur Knigge copioit précisément et mot à mot Weishaupt , partout où les leçons de ce^ lui-ci sont le plus impies, le plus séditieuses et le plus frénétiques. J ai préféré l'original. — Au lieu d'ajouter, j'abrégerai ou ne ferai qu'indiquer les endroits moins marquans , en me reservant les réflexions que les circonstances pourront exiger. — Weishaupt , suivant l'usage commun des Allemands, s'adresse à l'Initié par la troisième personne du pluriel. Je suivrai là-dessus la correction de Knigge, plus conforme au génie de nôtre lasgue.

DE lImPIÉTÉ et de L' ANARCHIE. 121 3» aux Saints , aux Elus. Je parle à ceux qui 1» ont des oreilles pour entendre, une langue 7> pour se taire , un esprit épure pour com* » prendre.

» Entouré des Illustres , te voilà aujourd'hui » entrant dans la classe de ceux qui ont une » part intéressante au gouvernement de l'Ordre » sublime. Mais sais-tu ce que c'est que gou- » verner , et sur-tout ce que c'est que ce droit » dans une société secrète ? Exercer cet empire, 1» non pas sur le vulgaire ou sur les grands du » peuple ; l'exercer sur les hommes les plus ac- » complis , sur des hommes de tout état , de y toute nation , de toute religion ; les dominer » sans aucune contrainte extérieure , les tenir » réunis par des liens durables ; leur inspirer » à tous un même esprit ; gouverner avec toute » l'exactitude, avec toute l'activité, et dans tout > le silence possibles , des hommes répandus sur 9 toute la surface du globe et dans ses parties » les plus éloignées ; c'est là un problème que » toute la sagesse des politiques n'a pas en- » core résolu. Réunir les distinctions et l'égaa» lité ., le despotisme et la liberté ; prévenir 3» les trahisons et les persécutions qui en se- 9 roient l'inévitable suite ; faire de rien des cho- » ses ; arrêter le débordement des maux et des » abus ; faire partout renaître les bénédictions » et le bonheur : c'est là le chef-d'œuvre de la » morale unie à la politique. Les constitutions » de l'état civil nous ofi'rent ici peu de moyens » utiles. — La crainte et la violence sont leur 3» grand mobile ; chez nous , il faut que cha- » cun se prête de soi-même. .... Si les hommes » étoient d'abord ce qu'ils doivent être , dès 1» leur entrée dans notre société, nous pour- 9 rions leur manifester la grandeiu* de noir»

saB Conspiration des Sophiste»

» plan ; mais l'attrait <lu secret se trouve près»»

•3» qne le seul moyen de retenir des hommes qui

3» bientôt nous tourneroient le dos, si l'oO' se

» hâtoit de satisfaire leur curiosité : l'ignorance

» et la grossièreté d-un grand nombre exigent

» d'ailleurs qu'ils soient formés par nos leçons

,p morales. Leurs plaintes » leurs murmures sur

.» les épreuves auxquelles nous nous voyons foc-

9» ces de les condamner , te disent assez les pei-

)/^ nés qu'il faut prendre , la paûence , la consr

» tance dont nous avons besoin ; combien U

,» faut que l'amotu* du grand objet nous domine ,

m pour conserver notre poste au miUeu d'u«

» travail ingrat , el pour ne: pas perdre à j^

» mais tout espoir de rendre le genre humaia

» meilleur. ^ .

s> C est à partager ces travaux que tu es ap-

» pelé aujourd'hui. Observer les autres jour et

» nuit, ^ les former, les secourir, les surveiller ;

» ranimer le courage des pusillanimes, l'acti-

» vite et le zèle des tièdes j prêcher et ensei^

3» gner les ignorans ; relever ceux qui tombent ,

» fortifier ceui: qUi chancèlent, réprimer l'^r^

» deur des téméraires , prévenir la désunion ^

» cacher les fautes et les foiblesses , s^ tenir

» sur ses gardes contre la curiosité 4u bel esr

p prit , prévenir l'imprudence^ et la trahison ,

» maintenir enfin la subordination , l'estime eiv-

» vers les Supérieurs , l'amour des Frères «n^-

» tr'eux : tels et plus grands encore sont les

I» devoirs que nous t'imposons.

f> Mais enfin sai^-tu même ce que c'est que

» les sociétés secrètes ; quelles places elles tien--

1^ nent , et quel rôle elles jouent dans les évé--

» nemens de ce monde? liCs prends -tu pour

» des apparitions insignifiantes et passagères ?

» O Frère! Dieu et la I^atur^ di^po^aat <maque^

DE hTiMTïiri ET DE l'Anarchie. t23 « diose pour le temps et les lieux conveRables^ » OBt leur but admirable ; et ils se sentent de, m ces sociétés secrètes » comme d'un moyen um-^ » çue j indispensahle , pour npus y conduire^

9 Ecoute , et spis rempli d'admira&ion. C'est » ici le point dé yue auquel tend toute la mo-^ m raie; c'est d'ici que dépend fiulelligence da V droit des sociétés secrètes , et celle de toute » notre doctrine , de toutes nos idées sur le bien< « et le mal 9 sur le juste et Tinj^sis. Te voilà » entre le monde pa^sé et k monde à venir.. » Jette un coup dœil hardî sur ce passé ; à B rinstant les dix mille verrou:)^ do Tavepir tom-« » bent , et toutes ses portes sont ouvertes pour » toi« — * Tu verras la richesse inépuisable de 9 Dieu et de la Nature, la dégracktioii et la 1$ dignité de Thomme. Tu verras le monde et m le gemre humain dans sa jeimesse , sinon dans. 9 son enfance , là oii tu avois cru le trouver m dans sa décrépitude , voisia de sa ruine et de? » son ignominie. »

Si le lecteur se trouve fatigué par ce long ezorde , que j'ai cependant abrégé en sa faveur , qu'il se repose , et se livre un instaflvt à ses ré« flexions. Ce ion d'enthousiasme qu'il y voit dominer, il le trouvera dans tout le reste du di^. cours» Weisbaupt en a beseiu , pour ôter eqi qselque sorte à. ses pnosél^ytes le tenips ^ ré-s fléchir. D'abord îJk les échauffe ; il leur pron?^^ de grandes choyés ; et l'impie , le ruaé (jiorktan sait^iesi qu'il ne va leur débîlîer que d^ grandes; soitisesy mé^es de grandes eireurs et de grandes impiétés. Je dis l'impie , le rusé charlataii;^ et, txs expiassions sont bien foibles enccnre » car lesi preuves em disent beaucoup plus. Wej^hai^ sai^ qu'il trcmipe ; et il veut atrocement tromper ses. pœséljrtes. Quand il les. a trompés p il se joue 9,

^24 Conspiration des Sophistes il se moque de leur imbëcillitë avec ses confidens. Mais il sait aussi pourquoi il les trompe , et à quoi il pourra les employer avec toutes leurs erreurs et toutes leurs sottises ; et plus les hommes qu^il a trompes jouissent d'une certaine considération , plus il se moque d'eux secrètement^ C'est alors qu'il écrit à ses intimes : • Vous ne V sauriez croire quelle admiration mon grade » de Prêtre produit sur notre monde. Ce qu'il » y a de plus singulier, c'est que de grands j» théologiens protestans et réformés , qui sont » membres de notre illuminisme , croient réel- » leuient que la partie relative à la religion » dans ce discours renferme le véritable esprit , » le vrai sens du christianisme. 0 hommes! » que ne pourrois-je pas cous faire croire ? Fran- ; j> chement , je n'aurois pas imaginé devenir /}^'/cv,. -tv/i • fondateur d'une religion.» (/Ecrits origin. t. f / Z ; /, letL i8 de Weishaupt a"Zwach.) Voilà

j^ -.<,•£ 7 . comment ce gueux-là trompe de gaieté de cœur, et comment il se joue de ceux qu'il trompe. Au reste, ces grands théologiens étoient sans doute pour les Protestans ce que sont pour nous ceux que nous appelons nos apostats , tels que nos Syeyes et nos d'Autun ; car pour peu qu'il reste de bonne foi et de jugement à un homme, it n'est pas possible de ne pas voir que tout ce long discours tend très-directement à renverser toute religion comme tout gouvernement.

Une seconde réflexion que je suggérerai au lecteur, c'est combien la secte montre ici l'importance qu'elle met aux sociétés secrètes , et tout ce qu'elle se flatte d'obtenir par celte existence mystérieuse. C'est aux chefs de l'Etat à voir s'ils ont su apprécier jusqu'ici les moyens et l'importance de ces sociétés secrètes , comme ceiu squi les fondent } si la crainte et les pré-

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 12$ cautions d'un côté ne doivent pas au moins égaler la confiance et les moyens de i!autre. Revenons à la loge où Weishaupt initie ses adeptes.

Conservant toujours le toçi de l'enthousiasme , le Hiérophante apprend à l'initié que la nature ayant un plan immense à développer , commence par les termes les plus petits et les plus imparsfaits y qu'elle parcourt régulièrement tous les termes moyens pour conduire les choses à un état de perfection, qui ne sera peut-être luimême que le plus petit terme , dont elle partira^ ensuite pour les élever à une perfection d'un ordre supérieur.

« La nature nous fait commencer par l'enfance ; » des enfans , elle fait des hommes ; elle les fait » d'abord sauvages, ensuite policés; peut-être pour p nous rendre par le contraste de ce que nous j» fûmes, plus sensible , plus ravissant , plus pré- 9 cieux ce que nous sommes ; peut - être pour » nous dire que ses richesses ne sont pas épuî- » sées ; que nous et notre espèce sommes destinés » à des métamorphoses d'un ordre infiniment plus j> important. »

L'initié maître de sa raison , concluroit de ces principes que le genre humain s'est perfectionné , en passant de son état prétendu primitif et sauvage , à la société civile ; que s'il doit arriver à un état plus parfait encore , ce ne sera rien moins qu'à son premier état. Mais les Sophistes ont leur tournure , et les Initiés leur sottise , ou bien l'aveuglement dont Dieu les frappe en les laissant tromper , parce qu'ils veulent l'être , pour n'être plus Chrétiens.

« Comme chacun des hommes , continue le > ^Hiérophante , le genre humain a son enfance , » sa jeunesse , sa virilité et sa vieillesse. Dans

juS Conspiration dés Sophistes

» chacune de ces périodes » les hommes con-«

9» noisseht de iiott^anx besoms : — de là naissent

3^ leurs tévaltfliofis ttorales-^ 'polkic^ues. — C'est

» dans l'âge viril que se montre toute la dignité

V du genre hunïam. Ce^ alors seulement qu'ins-

V truit par tme longue expérience, il conçoit :i> enfin qtlel malheur c'est pour lui d'envahir les 3> droits tfantrui , de se prévaloir de quelques

> avantages purement extérieurs, pour s'élever

> an préjudice -des autres. Cest alors seulement

> que l'on vdit^ ^uel'on sëncle bonheur et l'hony «eur -d'être tun homme.

^ . » Le premier âge -du ^enre humain est celiïî

fjVM^Ai'J 3>: de la nature sauvage et grossière. ïja famîllfe

jzr* S'^l 5» est la seuk société ; la faim , la soif faciles à

V contenter, un abri contre Tinjore des saisons, » une femme , et après la fatigue le repos , sorft ^ les seuls besoins de trette période. En cet éiatj 3> Vkomtne jouissoit des deux biens les plus » estimables , ^^f^^ ^^ /a liberté* îl en jouis^ » scrit dans touietëuf^pîëmtuJF) il en awoii » joui pour toujours , sHl açoit çoulu suivre là ^ route -que lui indi^uoitta nature — où bien s'il » n'a voit pas été dans le plan de Dieu et de In, » natture , de lui montrer d'îibord auel bonheur » lut étoit destiné ; bonheur qui oevoit lui être » d'imtantj^lns précieux, qu'il avoit commencé » pîfr 'le gciiitèr; bonheur perdu si vite, mais » regretté }^^ant d'après > et qu'en vbin il re- » cherche , jusqu'à ce cpi'il apprenne à feireenfin y^ tm juste usage de ses farces , à dirigei* sa con^ )> duite dans ses rapports avec les autres hommes. » ©aïK tîe premier état , les commodités de la » vie lui manquoient , îl n'en étoit pas pi<is » matheurefux ; ne les connef»sa»t pas , il n'en » sentoît pas la privation. La santé faisoit son » état ordinaire ;• la doujieur phj^âiqu^ étoit le

BE l'Impiété et de l'Anarchie. 157 » seul mëcontentement qu'il ëprouvàt.— jF/iei^y reux mortels , qui nétoieni pas encore assez » ëclairës pour f>erdre le repos de leur ame , pour » sentir ces grands mobiles de nos misères , cet » amour du pouçoir^t des distinctions , le pén* » chant aux sensualités , le désir des sig^gies re«- » présentatife de tout bien , ces çéritabl^s péchés » originels arec toutes leurs suites , Ten vie , Tava* ^ rice , rinteiii|)ëFance, les maladies , et tous les ^ supplices de Timagination. »

Dans la bouche du Hiérophante illuminé, Toilà donc cet état primitif et si sauvage , le premier esaai de la nature , devenu déjà l'état le plus heu^ reiui des hommes ; voiià V égalité , la liberté ^ principes souverains deleur boniieur dans ce même état. Si le lecteur ne sent pas mieux que Tlnilié à ^uoi tend ^Hiérophante , qu'il le suive encore ^ qu'il prête ToreiUe à ses principes , et qu'il Técoute encore , apprenant aux adeptes comment l'homme a perdu ee bonheur par l'institution des sociétés civiles :

« Bientôt se développe dans les hommes un » germe malheureux ; et leur repos , leur félicité » originaires di^aroissent.

» A noiesure que les familles se multiplioient , !^ les moyesis nécessaires à leur entretien com- 9 mencèrent à manquer ; la ine nomade ou er- 9 rante oeesa ; Impropriété' naquit ; les hommes 9 se cfaoisirefnt une demeure fixe ; l'agriculture les » rapprocha. Le langage se développa; en vivant » ensemble , le^ommes commencèrent à mesurer » leurs forces les uns contre les autres , à distin^ » guer des fbibles et des forts. Ici sans doute ils » virent commem ils pourroient s*entr'aider ; com* » naent la ppudenceet 4a force d'un individu pou- » voient gouverner diverses ff^nilles rassemblées, » ^ ^urvoir à la sûreté de leurs chaneips centre

128 Conspiration des Sophistes

5> rinvasioii de rennemi; mais ici la liberté fui

^ ruinée dans sa base , et légalité disparut.

3» Avec des besoins inconnus jusqu'alors ^ » Fhomme sentit que ses propres forces ne lui » sufGsoient plus. Pour y suppléer , le foible se y soumit imprudemment au plus fort ou au plus y sage j non pour en être maltraite , mais pour 3> être protégé , conduit , éclairé. -^ Toute sou- ^ mission de la part de l'homme même le plus y> grossier , n'existe donc que pour le cas où j'ai y besoin de celui à qui je me soumets , et sous

V là condition qu'il peut me secourir. Sa puis-- "» sance cesse ai^ec ma faiblesse ou ai?ec la su- » périorité d'un autre.^ Les Rois sont pères ; la » puissance paternelle cesse , dès que Venfant » acquiert ses forces. Le père offenserait ses en^ y fans , . ^il prétendait proroger ses droits au y delà de ce terme. Tout homme dans sa majo^ y rite peut se goui^erner lui-même ; lorsqu'une

V nation est majeure , il nest plus de raison » pour la tenir en tutelle. »

£n mettant ce langage dans la bouche de ses Hiérophantes , le fondateur illuminé avoit trop étudié le pouvoir et l'illusion des mots ; il avoit mis trop de précautions dans le choix et la préparation des adeptes , pour s'attendre à les voir lui répondre : Toi qui rends ces oracles , qu'enlends-tu par ces nations entrées dans leur majorité ? Sans doute celles-là qui ^ sorties de l'ignorance et de la barbarie, ont acquis les lumières nécessaires à leur bonheur. A qui les devront-elles ces lumières et ce bonheur , si ce n'est aux lois mêmes de leur association civile ? C'est donc alors aussi qu'elles sentiront plus que jamais , et la raison et la nécessité de rester sous la tutelle des lois et du gouvernement , pour ne pas retomber dans toute la barbarie de tes hordes errantes y ou bien

dans

D£ LlMPIÉTé ET DE L'AnâRCHIE. 129 dans tontes les horrears de l'anarchie , on biea encore de révolutions en révolutions , sous le joug saccessif des Sophistes brigands , des Sophistes bourreaux, des Sophistes despotes et tyrans, sous celui des Syeyes et de ses Marseillais , de Robespierre et de ses guillotines , des Triumvirs et de leurs proscriptions. La populace seule dans la minorité de l'ignorance , et les Sophistes seuls dans la majorité de la corruption y de la scélératesse j applaudiront à tes mystères.

Assuré de trouver peu d'adeptes disposés à ces réflexions , le Hiérophante continue , inculque ses principes , donnant tout à la force des bras , an* nnllant toute celle de la raison et des moralités, quoiau'affectant toujours les mots de vertu et de morale, jugeant l'honune en société comme il juge les lions et les tigres dans les bois ; et voici ses nouvelles leçons :

« Jamais la force ne s'est soumise à la foiblesse* » La nature a destiné le foible à servir , parce » qu'il a des besoins ; te fort à dominer , parce > qu'il peut être utile. Que l'un perde sa h)rce,

V que l'autre l'acquière ; ils changeront de place , p et celui qui servoit deviendra maître. Celui qui » a besoin d'un autre , en dépend aussi; il a lui-

V même renoncé à ses droits. Ainsi peu de besoins, m voilà le premier pas à la liberté. Cest pour cela ^ que les sauçages sont oiè suprême degré les- » plus éclairés des hommes y et peut-être ausst^ / -; r\^.f -3» les seuls libres (darum.sindwildeundimhochs^ '.^1. .V 9 ten grad aufgehltgrte , i^ieilleichty dieeinzige / / ^ / ^Jreyemensdien.) — Lorsque le besoin est durable, . .,.'./,, . » la servitude l'est aussi. La sûreté est un besoin '

» durable. Si les hommes s'étoient abslenus de ^ ^, ' y

a^ toute injustice , ils seroient restés libres ; Tin* 9 justice seule leur fit subir le joug. Pour acquérir- 9 la sûreté , ils mirent la force dans les maina Tome QL I

1^ CONSPIIIÂTION DES SOPHÏSTES

» d'un seul , et par là se créèrent un nouremi n besoin , celui de la peur. L'ouvrage dé leurs 9 mains les efiraja ; pour vivre en suret ë , ils h s'ôtèrent à eux-mêmes la sûreté. C'est là le cas n de nos gouvernemens. — Où trouverons-nous » aujouru hui une force protectrice ? Dans Funioh ; !^ mais cru'elle est rare cette union , si ce îi'esc » dans de nouvelles associations secrètes ^ mieux ^ conduites par la safi[esse9 et unies par des liens » plus étroits , et de là ce penchant que la nature 9 même inspire pour ces associations. )r

Quelques embiiches que couvrent ce tableau du genre humain en société , et cette afTectatiôn de ne voir d'un côté que tyrans et despotes , de Fautre, qu'esclaves oppriméîs et tremblans dans cette société ; quelque part sur-tout qu'ait à l'institution des lois sociales le cri de la nature , appelant le genre humaiA hors des forêts pour vivre sous des lois et des chefs communs , ici l'Hiérophante ne s'en écrie pas avec moins de confiance : « Telle est la vraie et la philosophique histoire ». du despotisme et de la liberté , de nos vœux s» et de nos craintes. Le despotisme naquit de la s» liberté , et du despotisme renaît la liberté. La » réunion des hommes en société est le berceau n et le tombeau du despotisme } elle est en même » temps le tombeau et le berceau de la liberté* » Kous aidons eu la liberté , et nous raisons jT perdue pour la retrousser et pour ne plus la yt perdre , pour apprendre de sa privation même » Vart de mieux en jouir. » Observez ces paroles , lecteurs. Si elles ne vous disent pas assez claireoBJent f objet de la secte ; si vous n'y voyez pas le vdbu de ramener l'homme au temps qu'elle appelle elle-même le temps des hordes nomades^ et des hqokmes sauvages , sans propriété y sans lois €t sans eoùvememens-}lii$ez>.pe$e2C encore ce qui

DE L*iMPîÉTÉ ET DE L'AnARCHIE. l3f, mit : « La nature a tiré les hommes de Vêlai » sauifoge et les a réunis en sociétés ciçiles ; de 9 ces sociétés nous passons à des s>œux , à un ^ choix (a) plus sage. De noui>e/Ies associations f s'offrent à ces çœux ; et par elles nous rei^eî> nons à Vétat dont nous sommes sortis ; non 3> pour parcourir de noui>eau l'ancien cercle ^ » mais pour mieux jouir de notre destinée. )^J EcIaircissoQS encore ce mystère :

« Les hommes étoient donc passés de leur état f paisible au joug de la sen>itude. Eden , ce » paradis terrestre étoit perdu pour eux. Sujets ^ au péché et à tesclai^age > ils étoient dans Vas^ ^ sen^issement , réduits à mériter leur pain à: » la sueur de leur front. Parmi ces hommes , n^ il s'en trouva qui promettoient de protéger les » autres , et devinrent leurs chefs. — Ib le furent 1^ d'abord des hordes , des peuplades. -* Celle&<:i ^ 9 ou bien furent conquises , ou bien se réunirent » et formèrent un grand peuple. Alors il y eut » des nations et des chefs, des Rois des nations» ' » A t origine des nations et des peuples > le monde 9 cessa d^étre une grande famille et un seul em- » pire ; le grand lien de la nature fui rompu. » ,

L'impudence de' ces assertions étonne le lec-teur ; il se dit à lui-même : comment se trouver t-ii donc des êtres démentant à ce point révi-dence , prétendant nous montrer 1 univers ne formant qu'une même famille , et le grand lieli de la nature dans des hordes éparses , où Tenfant peut à peine marcher , qu'il n est plus à son père? Conunent peut-on ne voir les hommes ceisser de faire une famille , qu'au moment où ils se réu« ^ ' 1 1 ■ I II. Il

{a) A un choix plas sage, c'est la traduction littérale ÀVL texte : aus den staaten tretten wir in neue klûg^r gewœhlte. La phrase d'après exprime asses clairejiieiit ot f «e c'est que ce choix.

'i32 Conspiration des Sophistes Dissent pour n« plus rivre qae sous les mêmes chefs et sous les mêmes lois , pour leur protection > leur sûreté commune ? Mais suspendons notre indignation. Appelons en ce moment sur^ tout y aux leçons de la Secte , ces malheureux brigands eux*mcmes , qu'elle flattoit de mériter eux seuls le nom de Patriotes , et dont elle guidoit le brigandage ou les atrocités , par ces mots si })uissans de Peuple , de Nation j de Patrie. Dans e temps même où elle fait sonner si haut , pour eux et en public y ces noms chéris , écoutez les malédictions yomies dans ses mystères , contre tout ce qui est peuple y nation y patrie.

A l'instant où les hommes se réunirent en nations ' « ils cessèrent de se reconnoitre sous im nomcom- 7^ mun. — Le Nationalisme ou V Amour national p prit la place de l'amour général. Avec la division » du globe et de ses contrées , la bienveillance se » resserra dans des limites qu'elle ne devoit plus » franchir. Alors ce fut ime vertu de s'étendre aux y dépens de ceux qui ne se trouvoien t pas sous notre V empire. Alors il fut permis y pour obtenir ce bnt^ » de mépriser les étrangers , de les tromper et de les » oSenser.Cettei^ertuJiit appelée Patriotisme.Ce^ » lui4à fut appeléPa/nfo/e, qui juste envers les siens, 9 injuste envers les autres , s'aveugloit surle mérite » des étranfi'ers j et prenoit poiu: des perfections » les vices de sa patrie. — £t dès lors pourquoi ne » pas donner encore à cet amour des limites plus » étroites ? Celles des citoyens vivans dans une » même ville, ou bien celles des membres d'une » même famille ? Pourquoi mépae chacun ne Tau- » roit-il pas concentré dans soi-même ? Aussi » vit-on alors du Patriotisme naître le Loca-- » lisme y V esprit de famille , et enfin VEgo'isme. 3» Ainsi V origine des états ou des goui^ernemeris^ • de la société ci\nle y fut la semence de la dis*^

i>£ l1mpi£t£ et de l'Anarch1& i33 » corde ; et le Patriotisme trouça son châtiment » dans lui-même.^** Diminuez y retranchez cet • amour de la Patrie , les hommes de noui^eau » apprennent à se connoitre et à d aimer comme s» hommes : il n'est plus de partialité ; le liea des » cœurs se déroule et s'étend. — Ajoutez au » contraire à ce Patriotisme , vous apprenez à » l'homme qu'on ne sauroit blâmer un amour qui j> se resserre encore , se borne à la famille , et se » réduit enfin au simple amoiu: de soi , au plus » strict Egoi'sme. »

Abrégeons ces sophismes et ces blasphèmes du Hiérophante illuminé . ÏSous prétexte de son amour universel , laissons-le s'indigner contre ces noms de Grecs et de Romains^ de Français et d'Anglais^ d'Italiens ou d'Espagnols , de Payens et de Juifsy de Chrétiens et de Musulmans , qui distinguent les nations ou les cultes. Laissons-le répéter qu'à trayers tous ces noms celui d^homme s'oublie ; qu'en résultera-t^il, si ce n'est que pour le Hiérophante illuminé , comme pour les Sophistes désorganisateurs , ce prétendu amour universel est le manteau de la plus odieuse hypocrisie ? Il ne prétend aimer tous les honmies également que ponrse dispenser d'en aimer un seul véritablement* Il déteste l'amour national et patriotique , parce

Ïu'il hait les lois des nations et celles de sa patrie. I déteste jusqu'à l'amour de la famille , et il y substitue l'amour universel , parce qu'il n'aime pas davantage et ses concitoyens et sa famille ^ qu'il n'aime le Chinois , le Tartare et le Hottentot, ou le barbare qu'il ne verra jamais ; et parce qu'il lui faut pour tous la même indifférence. Il étend ce lien pour anhuller sa force et son action. Il se dit citoyen de l'univers, pour cesser d'ctre citoyen dans sa patrie, ami dans ses sociétés , père et enfant dans sa famille^ Il nous dit aimer tout d'un

|ï34 Conspiration des Sophistes

pôle à l'autre » pour n'aimer rien autour de \nu

Voilà ce que c'est que nos Cosmopolites.

L'initié que séduisent ces mo)ls d'amour univerm1 , se livre à une stupide admiration. Le Hiérophante en vient aux Codes des nations ; l'adepte qu'éblouissent toutes ces leçons , apprend encore à voir ce Code en-pleine opposition à celui de la nature ; et ne s'aperçoit pas que son nouveau Code an nulle lui-même ces premières lois du Codé natmel , l'amour de la famille et celui de la Patrie. Il ne demande pas pourquoi ce qu'il fait pour «es frères ou ses concitoyens , l'empécheroit de remplir ce qu'il doit à l'Etranger ou au Barbare ? De nouveaux sophismes viennent lui persuader que la faute originelle du genre humain est réellement d'avoir abandonné l'égalité , la liberté de la vie sauvage, par l'institution des lois civiles.

Ici plus que jamais , le Hiérophante mêlant aux traits de l'enthousiasme tous ceux de la hainp et de la calomnie ; parcourant-les diverses époque!^ du genre humain , depuis l'institution civile, ne voit dans les fastes de la société qu'oppression , despotisme, esclavage , la guerre succédant à la •guerre , les révolutions aux révolutions , et tou«- |purs finissant par la tyrannie. Tantôt ce sont les fiois 9 s'entourant de lésions de troupeaux qu'on appelle soldats , pom: satisfaire l'ambition par dés conquêtes sur l'Étranger , ou pour régner par la terreur sur des sujets esclaves ; tantôt ce sont les peuples armés eux-mêmes pour changer de t^Tans, mais n'attaquant jamais la tyrannie dans sa source. S'ils croient se donner des représentans , ce sont ces représentans mêmes oubliant qu'ils tiennent leur commission et leur pouvoir du peuple; formant des aristocraties et des oligarchies qui qui touties vont se fondre de nouveau dans la monarchie et dans le despotisme. C'est toujours It

DE l1mpi£té et de L'ÂNAHCnTE« i35 genre humain avili sous le joug de l'oppression et de la tyrannie. Etourdi par ces dëdamations qu'ao compagnent les gestes , et les yeux et la yoix des Py thonisses, Tlnitié s'ëcrie, comme le Hiérophante: Telles sont donc les suites de cette institution de$ états ou des sociétés civiles 1 O folie des peuples de ri avoir pas pré^u ce qui detnyit leur arriver ; di avoir aidé leurs despotes mêmes à ravaler Vhomme jusqu'à la servitude y à la condition de la brute !

Suj^sons un véritable sage présent à ces leçons 9 son cœur s'indifi;nera , et il interrompra le Hiérophante pour lui dire : insensé ! quel oracle t'apprit à ne voir dans les fastes de la société que ceux de ses brigands et de ses monstres ? N'est-ce donc que dans la peste ^ la famine, les oracles , la foudre , les tempêtes « et dans les élémens déchai^ nés que se trouve Thistoire de Tunivers ? N'est*il donc point de jours sereins pour Thonmie en société ? Le soleil n'est-il pour lui qu'un astre mal« faisant y parce qu'il est des temps pour les frimats^ des temps pour les nuages? Et faudra-t-il quitter le toit que tu habites, parce qu'il est des incendies? Maudiras-tu la vie et la santé, parce qu'il est aussi des temps de douleurs et d'infirmités ? Pourquoi ce tableau rembruni des désastres qui viennent se mêler dans le cours des siècles , à l'histoire de la société ? Et pourquoi cet absolu silence sur les maux dont elle nous délivre , sur les avantages qu'elle procure à Thonmie en le tirant de ses forêts ?

Mais cette voix de la raison ne pénètre pas dans •Fantre de Weishaupt. Le Hiérophante , son écho, répète avec confiance ses oracles. Il en vient au grand objet de Tlnitiation , aux moyens de faire disparoitre ces malheurs ,'dont il ne voit la cause que don» Tinstitution des lois ou des Gouverne-

$36 Conspiration dss Sopmimb

mens. « O nature ! combien tes droits sont grands et » incontestables ! C'est du sein même des désastres » et des destructions mutuelles que naît le moyen de

> salut! L'oppression cesse, parce qu'elle trouve des 3» fauteurs ; et la raison conunence à rentrer dans » ses droits , parce qu'on s'efforce de l'étouffer. t« Celui- là même qui %'eut aveugler les autres , » doit au moins chercher à les dominer par les p avantages de l'instruction et des sciences. — Les 3» Rois eux-mêmes en viennent à concevoir qu'il

> est peu glorieux de régner sur des hordes igno- T rantes. — Les Législateurs commencent à de- » venir plus sages ; ils favorisent la propriété et y» l'industrie ; — des motifs pervers propagent les » sciences ; les Rois les protègent pour les faire » servir à l'oppression . . . • D'autres hommes en » profitent pour remonter à l'origine de leurs » droits. Us saisissent enfin ce moyen inconnu de » hâter une révolution dans l'esprit humain , et » de triompher pour toujours de l'oppression. Mais » le triomphe seroit court , et les hommes retom- » beroient bientôt dans leur dégradation , si la » Providence , dans des temps reculés y ne leur » avoit pas ménagé des moyens qu'elle a fait » arriver jusqu'à nous pour méditer secrètement » et opérer enfin un jour le salut du genre hu- » main. »

« Ces moyens , continue VOracle illuminé , sont les écoles secrètes de la Philosophie. Ces écoles ont été de tous temps , les archives de la nature et des droits de l'homme. Far ces écoles ^ un jour sera réparèe-la chute du genre]humain ; les Princes et les Nations disparottront sans piolence de dessus la terre. Le genre humain deviendra une même famille \ et la terre ne sera plus qne le séjour de l'homme raisonnable. La morale seule produira insensiblement cette révo*

de'lIbipiété et de l'Anarchie. i3j luùon. Il viendra ce jour où chaque père sera de nouveau ce que furent Abraham et les Patriarches^ le Prêtre et le Souverain absolu de sa famille. La raison alors sera le seul liin-e des lois > le seul code des hommes. »

« Cest là un de nos grands mystères* Ecoutes^ en la démonstration > et apprends comment il 8* est transmis jusqu'à nous. »

Je l'ai dit : si mon objet se réduisoit à prouver Inexistence d'tme conspiration formée par 1 llluminisme , contre l'existence même de toute société ^ de toute loi civile , de tout corps national ; ces leçons du Hiérophante rendroient toute autre preuve superflue ; mais pour apprécier nos dan^ gers, il faut voir par quel art ces complots du délire deviennent dans la Secte les complots de la scélératesse ; par quel art elle sait en faire le vœu de l'enthousiasme et enflammer ses légions d'à* deptes. Ne nous lassons donc pas d'écouter les leçons du Hiérophante Illuminé. S'il faut à mon lecteur de la patience pour les entendre y il ne m'en faut pas moins pour les traduire :

« Par quel étrange aveuglement des hommes » ont-ils pu s'imafi[iner que le genre humain devoit » toujours être régi et dominé cooune il Ta été s> jusqu'à présent? »

« Où est-il donc celui qui a connu toutes les » ressources de la nature ? Où est celui qui près- » crit des homes , et qui a pu dire : Tu farréte^ » ras là y à cette nature , dont la loi seule est 1» l'unité dans une variété infinie ? Qui lui a or- » donné de parcourir toujours le même cercle » » de se répéter perpétuellement ? — Quel est « celui qui a condamné les hommes , et la^ meil-- 1» leurs » les plus sages y les plus éclairés des hom« ^ mes, à un éternel esclavage ? ^Pourquoi seroit-p il impossible au genre humain d'arriver à sa

j 38 Conspiration des Sophistes

» p/us haute perfection , à la capacité de segqu-»

i 9 cerner lui - même ? Pourquoi faudroit - il

j » qiCilfût toujours conduit , celui qui sait se

\ » conduire lui-même ? Est-il donc impossible au

* genre humain , ou du moins à la plus grande

» partie du ^enre humain , de sortir de sa mi-

% norité ? Si celui-là le peut , pourquoi celui-ci

» ne le pourroit-il pas ? Montrez à l'un ce que

9 tous avez appris à l'autre ; Montrez-lui Te

» grand art de dominer ses passions , de régler

» ses désirs.. Dès sa tendre jeunesse apprenez-lui

> qu'il a besoin des autres ; qu'il se doit abstenir

> aofTenser , s'il ne veut point souffrir d'offense ; » qu'il doit se rendre bienfaisant , s'il veut rece- » voir des bienfaits. Rendez-le patient , indul- ». gent , sage , bienveillant. Que les principes ^ I» l'expérience , l'exemple lui rendent sensibles »• ces vertus ; et vous verrez s'il a besoin d'un » autre pour se conduire ? S'il est vrai que la 9 plupart des hommes soient trop foibles , trop 9: ]>prnés pour concevoir ces vérités si simples ^ 9 et pour s'en laisser convaincre ; oh ! c'en est r fait de notre bonheur. Cessons de travailler à » rendre le genre humain meilleur et à l'éclairer. »

« Maisô préjugé ! ô contradiction des pensées 9 humaines ! l'empire de la raison , l'aptitude à » se gouverner soi-même ne seroit pour la plupart 0» des hommes qu'un rêve chimérique ; et d'un » autre côté le préjugé en fait l'héritage privilégié » . des enfans des Rois , des familles régnantes , j> et de tout homme que sa propre sagesse ou ;» que des circonstances heureuses rendent indé- 3» pendant 1 »

Quelle ruse scélérate dans ces tournures du Hiérophante ! Le pauvre Initié s'imagine réellement -ici ne. voir dans les bases de nos sociétés civiles ^qu'jtme contradiction frappante. Il les voit bonne*

DE l1:^iptétè et de l'Anarchie, iSg ment fondées sur ce que nous croyons à ce privw l^ge héréditaire pour les Rois et leurs enfans y de naître avec toute la sagesse nécessaire pour se conduire eux-mêmes, tandis que la nature a refusé ce don à tous les autres ; Weishaupt qui se joue en secret de la crédulité y de la sottise de ses Ini^ liés , sait aussi-bien que nous , que jamais cette idée n'entra dans Fesprit de la populace même la plus brute. Il sait bien que pour nous lès Rois naissent enfans comme le commun des hommes , avec la même faiblesse , les mômes passions et la même incapacité ; il sait tout aussi-bien que nous, que ce don de se conduire et celui de conduire les autres , s'acquièrent par l'éducation, et par les secours , les lumières dont un homme peut être environné ; et nous savons tout aussi-bien que Tui y qu'avec les mêmes secours y l'enfant de la naissance la plus obscure seroit souvent un roi meilleur que bien des souverains ;. comme il seroit aussi , avec une éducation proportionnée un excellent magistrat , un très-grand général d'aiw mée« Mais s'ensuit-il de là quelque contradiction pour les sociétés qui y dans l'mcertitude des sujets les plus propres au gouvernement , et dans la certitude des brigues et des troubles qui accompagneroient l'élection des Rois , préviennent ces desastres par la loi des empires ou des couronnes héréditaires ? D'ailleurs quelle sottise encore que ce prétexte fondé sur le pouvoir de se conduire soimême ? Prenez Fhomme le plus prudent et le plus sage , il sera le premier à vous dire : Si je n'ai'pas besoin de lois, de magistrats, de souverain , pour ne pas être injuste moi-même envers les autres y )our ne pas opprimer ou voler ; J'en ai besoin )our n'être pas volé et opprimé par a autres .Moins e veux faire tort aux autres , plus j'ai besoin 4jii6 e gouvernement empêche les autres de m'en faire*

j4o Conspiration des Sophistes U vous plaît d'appeler cette soumission aux lois , mon esclavage ; je l'appelle , moi , ma sûretë et le garant de toute la liberté dont j'ai besoin potur faire le bien ^ pour yivre heureux et tranquille dans la société. Je ne sache pas qu'il y ait des lois quim'empccbent de vivre en honnête homme. Le méchant seul ne voit de liberté que là où il peut faire le mal impunément. Je n'ai pas besoin de cette liberté. Je sais bon Qvé à celui qui l'empêche. Vous rappelez tyran , despote ; je l'appelle mon Roi y mon bienfaiteur. Mieux je sais me conduire envers les autres , plus je lui sais bon gré d'empêcher les autres de se mal conduire à mon égard.

U faut me pardonner ces réflexions que j'oppose an Hiérophante Illuminé. Je sais bien qu'elles sont superflues pour ceux qui pensent ; mais je pourrois trouver quelques lecteurs aussi crédules

Jaellnitié.Dansla nécessité de montrer le poison e llllnminisme , je ne veux pas avoir à me reprocher d'épargner le remède. S'il en est qui voient peu quelles peuvent être les suites de tous ces sophismes de l'IUuminisme , je leur dirai l'espoir des Illuminés eux-mêmes ; je reprendrai avec le Hiérophante :

« Sommes-nous donc déchus de notrre dignité, » au point de ne plus sentir nos chaînes , ou de » les baiser même , et de ne plus oser nous livrer » à l'espoir de les briser, de recouvrer la liberté, » non par la rébellion et par la violence ( dont » le temps n'est pas encore venu ) mais par l'em- > pire de la raison ? Ainsi donc ce qui ne peut se • faire demain , nous désespérerions de le faire jr jamais ? Laissez les hommes aux çues bornées 9 raisonner et conclure à leur manière ; ils con- » cluront encore ; la nature agira. Inexorable à 3^ toutes leurs prétentions intéressées , elle s'a- » çance , et rien ne peut suspendre son cours

DE lImPIÉTÉ et de L' ANARCHIE. i^i

» majestueux. Bien des choses peuvent ne pas » aller saillant nos i^œux ; tout se rétablira de n soi-même ; les inégalités s^appla^iiront^ le Tfi calme succédera à la tempête. Tout ce que s> nos objections démontrent , c'est que nous 1» sommes trop accoutumés à Tétat actuel des » choses ; ou peut-être c'est que nous y avons » trop d'intérêt pour contenir qu!il v!est pas im* 3» possible d^arrii^er à une indépendance géné^ m raie* — Laissez donc les rieurs rire , les mo^ k ^ ^ -

» gueurs se moquer. Celui qui observe et compare /

» ce qu'a fait la nature autrefois et ce qu'elle fait » aujourd'hui , verra bientôt que malgré tous nos » jeux elle tend invariablement à son but. Samar- 91 che est insensible à l'être peu réfléchi ; elle n'est » visible qu'au sage , dont les regards pénètrent » l'immensité des temps. De la hauteur des monis » il découvre cette contrée lointaine , dont la » foule rampante dans les plaines ne soupçonne » pas même l'existence. »

Les grands moyens que Weishaupt présente à ses Initiés , pour conquérir cette terre promise ; cette terre de toute indépendance , sont de diminuer les besoins des peuples et de les éclairer. Ecoutez ces leçons , vous qui naguères , protégés par nos lois , exerciez si paisiblement une hono* rable et lucrative profession ; et vous sur-tout naguères y rivaux de la riche Albion , sur l'im* mensité de l'Océan , aujourd'hui tristes et désolés riverains du Texel, Sectateurs imprudens d'une Secte désorganisatrice ; parla haine secrète qu'elle vous a vouée dans ses inystères , apprenez à expliquer les décombres de Lyon , le pillage de Bordeaux , la ruine de Nantes , de Marseille y le sort de tant de villes jadis si florissantes par le commerce y le sort d'Amsterdam même ; et jetez ensuite un coup d'œil sur vos arbres d'égalité , de liberté. Alors même que vous croyiez ne

df.

142 Conspiration des Sophistes seconder les Tœuxde la Secte contre les nobles^ les prêtres , les monarques j oue pour rendre au peuple ses droits de liberté, d'égalité ; alors même la Secte ne voyoit dans tous que les grands arti« sans du despotisme. Alors yotre profession étoit proscrite dans ses mystères j comme celle de toutes , qui conduit le plus sûrement lé peuple à Tesclavage. Alors même le Hiérophante , pro* fond Jacobin de Tliluminisme , disoit à ses Initiés : « Celui qui yeut mettre les nations sous le joUg , ï> n'aura qu'à faire naître des besoins que lui seul ^^f ! » puisse satisfaire. — Erigez en corps hiérachique ^'^ » la tribu mercantile ; ( die kaufmannschaft )

' » c'est-à«dire donnez-lui quelque rang, quelque i> autorité dans le gouvernement ; et tous aurez » créé avec ce corps la puissance peut-être la 3» plus redoutable, la plus despotique* Vous la a> verrez faire la loi à l'univers ; et d'elle seule 9 dépendra peut-être l'indépendance d'une partie » du monde , l'esclavage de l'autre. Car celui-là » est maître, qui peut susciter ou prévoir , étouf« 0 fer , affbiblir ou satisfaire le besoin. Eh! qui le >» pourra mieux que des marchands ? » Ainsi ces mêmes hommes , que nous avons vus se prêter si ardemment à la révolution du Jacobinisme dans nos villes conîmerçantes , pour avoir quelque paa au gouvernement , sont précisément ceux dont le

f>rofond Jacobinisme redoute , et déteste le plus a profession dans tout gouvernement. Riche, mais bienfaisante Albion , puissé-je , en dévoilant ce mystère à tes industrieux citoyens , leur inspirer un nouveau zèle pour tes lois. Cette tribu est trop

ftrécieuse à ton empire , pour que le piège doive ui rester inconnu.

De ces leçons sur les besoins à diminuer pour entraîner les peuples à l'indépendance , Iç Hiérophante en vient au devoir de répandre ce qu'il

DE lTmPIÉTÉ ET DE l'AnARCHIE. 148

^pelle la lumière. « Celui au contraire , dit-ii , » qui veut rendre les hommes libres, celui-là 9 leur apprend à se passer des choses dont l'aci ouisition n'est pas en leur pouvoir. Il les » éclaire ,' il leur donne de Taudace , des mœurs i fortes. Celui qui les rend sobres , tempérans , i qui leur apprend à vivre de peu et à se con* » tenter de ce qu'ils ont , celui-là est plus dany» gereux pour le trône que les prédicateurs du n régicide. — Si vous ne pouvez pas donner à » la fois ce degrë de lumière à tous les hommes , i» commencez au moins par vous éclairer vous* » mêmes , par vous rendre meilleurs. Sentez , » aidez - i^ous , appuyez - wus mutuellement ; î» augmentez cotre nombre ; rendez - ^ous au » moins (H)us^mémes indépendans ; et laissez au o temps ^ à la postérité le soin de faire le reste. j> Etes -vous devenus nombreux à un certain » point ? Vous êtes-vous fortifiés par votre union? » lf*hésitez plus ; commencez à cous rendre puis^ » sans et formidables aux méchans. ( Cest-à- 9 dire à tous ceux qui résistent à nos projets. ) » Par cela seul que vous êtes assez nombreux 9» pour parler de force , et que vous en parlez } » par cela seul , les médians , les profanes com- 3> mencent à trembler. — Pour ne pas succom- » ber au nombre , plusieurs deviennent bons 3> d'eux-mêmes ( comme vous ) , et se rangent » sous vos drapeaux. Bientôt t^ous êtes assez forts 9 pour lier les mains aux autres , pour les sub* 9 jugucr y et étouffer la méchanceté dans son » germe ; 3» c'est-à-dire , ainsi que désormais on peut l'entendre : bientôt vous étouffez dans leur principe même toutes ces lois, totis ces ^ouvernemeus, toutes ces sociétés civiles bu politiques, dont l'institution est pour l'illuminé le véritable germe de tous les vices et de tous les malheurs

i44 Conspiration des Sophistes

du genre humain. « Le moyen de rendre la hw » mière générale , n*est pas de la répandre à la y fols dans tout le monde. Commence d'abord » par toi^-méîTie ; tourne-toi ensuite i^ers ton i^oi^ » sin ; wus deux ^ éclairez-^n un troisième , un » quatrième; et que ceux-ci étendent^ multiy plient de même les enfans de la lumière , jusy qu'à ce que le nombre et la force nous donnent y la puissance. » Discours pour les petits mystè« res de Tllluminisme.

Je vois, dans le rituel illuminé, que si le Hié^ rophante , fatigué de ces longs oracles y demande à respirer , d'autres adeptes pourront reprendre et alterner pour l'instruction ae l'initié. (^) Laissons aussi respirer nos lecteurs. Us ont d'ailleurs assez à réfléchir sur toutes ces leçons de Weishaupt. Ils se demanderont à eux-mêmes à quel point il faudroit que le peuple diminuât ses be^i soins pour se passer de lois, ils verront que le premier besoin à retrancher , seroit celui des moissons ou du pain ; car tant qu'il J aura des champs à cultiver , il faudra bien des lois protectrices pour celui qui a semé , contre celui qui voudroit recueillir où il n'a point semé ; et si la tourniure du sophisme leur paroît scélérate , ils verront au moins qu'en lui-même le sophisme est celui de la sottise.

Pour mieux juger encore le Hiérophante ^ ils auront sur-tout à comparer cette révolution qui

(a) Ce discours en effet exige au moins deax heures I de lecture. La partie que je Tiens d'extraire s'étend de-

Îuis la page 44 jusqu'à la page gSJEcriis orig. , ^ 2, et ans les derniers travaux de Spartabus et de Philon , de* puis la page 10 jusqu'à 48 9 caractère beaucoup plus fin^ J*abrégerai encore davantage la partie suivante , en observant de traduire toujours fidèlement les endroits les pins marquans.

devoit

DE L'hlPIÉtÉ ET DE l'AnARCHIE. ï^S devoit être Vouin^age de V instruction seule , et s'o-, fera* insensiblement sans la moindre secousse ow. rébellion y avec le temps qui , donnant aux adeptes le nombre , la force , la puissance , les met en ëlat î^Le lier les mains à tout le reste; de soumettre^ de subjuguer tous ceux qui montreroient encore de rattachement pour ces lois et pour cette société civile j que la secte demande à étouffer*

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