CHAPITRE X
Suite du Discours sur les petits Mystères de rilluminisme*
Dans ce qui nous reste à dévoiler sur ces petits mystères ^ le Hiérophante reprenant ses leçons sur la nécessité d'éclairer les peuples, pour opé* rer la grande révolution , semble d'abord craindre, que Tinitié n'ait pas encore saisi assez clairement le véritable objet de cette révolution , vers laquelle doivent désormais tendre toutes ses Instructions. <( Rendez donc , dit ici l'initiant ^ :» rendez l'instruction et la lumière générales* » Par là y vous rendrez aussi générale la sûreté » mutuelle; or, la sûreté et l'instruction suffisent 3> pour se passer de prince et de gouçernement. y^ Sans cela , quel besoin en aiurions-nous donc ? » Und allgemeine aufklœrung und sicherheit » machenjursten und staatenent hehrlich. Oder. «> wozu braucht man sie soddann ? )>
Yoilà donc l'initié bien clairement instruit du grand but auquel tend désormais toute l'instruction qu'il doit répandre. Apprendre aux peuples à se passer des princes et des gouçememens , ou de toute loi , de toute société civile ; tel sera l'objet de ses leçons» Mais ces leçons elles^ Tome. UI. K
i46 Conspiration des Sophistes mêmes , sur quoi doivent*eIIes rouler pour atteindre ce but ? Sur la morale et la morale seule , continue le Hiérophante : car « si la lumière y est l'ouvrage de la morale , la lumière et la a^ sûreté se fortifient à proportion que la moy raie gagne. Aussi lain-aie morale nest-^elle y autre cfwse que Vart (T apprendre aux hommes y à dessertir majeurs , à secouer le joug de V la tutelle y à se mettre dans Vâge de leur p virilité y à se passer de princes ou de gou^ » verneurs. Die moral ist also die kunst welche )> menschen lehrt t^otliœhrigh zu werden^ dcr » çormundschqft loss zu werden , in ihr mœn^ 3» nliches aller zu tretten , and die Jiirsten zu *>' enlbehren* »
Lorsque nous entendons la Secte prononcer avec enthousiasme le mot de morale , souvenonsnous de cette définitioji. Sans cela , tous ces mots d'honnêtes gens ou de t>ertu , de bons et de mé^ Chans , seroient inintelligibles dans la bouche des adeptes. Avec cette définition seule, Thonnéte homme est celui qui travaille à Tanéantissenient de la société civile, de ses lois et de ses chefs ; le méchant , c'est tout homme qui travaille au main-^ tien de cette société. Il n'est point d'autre crime ^ ou point d'autre vertu dans le code ilhiminé.- De peur que l'Initié n'objecte l'impossibilité de faire goiiter cette doctrine au genre humain , le Hiérophante prévient l'objection en s'éoriant : a Oh ! il ne connoit pas la puissance de la raison I» et les attraits de la vertu ; il est bien arriéré jy dans les voies de la lumière , celui qui a des >» idées étroites de sa propre essence et de la na-» s> ture du genre humain... Si nous pouvons arri- »* ver à ce point, lui ou moi, pourquoi un autre ne » le pourroit-il pas ? Quoi ! ion réussiroit à faire » braver la mort aux hommes ; on les éct^aufTeroit
DE lImpiété et de l'Anarchie. t4j » de tout Tenthousiasme des sottises reli-^ » gieuses ou politiques ; et la seule doctrine » qui puisse les conduire à leur bonheur , seroit » aussi là seule qu'il seroit impossible de leur » faire goûter ? Non , non , l'homme n'e^t pas i » aussi méchant que le fait une morale arbitraire* » Il est mëchant, parce que la religion , l'état, [^ / » les mauvais exemples le pervertissent. Il seroit j » bon , si Ton cherchoit à le rendre meilleur , » s'il étoit moins de gens intéressés à le rendre » méchant « pour étayer leur puissance sur la 9 méchanceté.
» Pensons plus noblement de la nature humaine; » travaillons avec courage ; que les diffieultés ne V» nous effrayent pas ; que nos principes de^en^ • nent l'opinion et la règle des mœurs '^Jaisons 9 enfin de la raison la religion des hommes^ » et le problème est résolu. Und endiich macht * ,. 9 die vernunft zur religion der menschen , so ist » die aufgabeaufgelôss t.» Cette exhortation pres-^ ; santé aide sans doute le lecteur à résoudre luif> même un autre problème. Il n'a pas oublié ces autels et ce culte , et ces jetés de lu raison , dont la révolution française a donné le spectacle. Il ne demande plus de quel antre étoit sortie cette divinité.
Llnitié apprend encore ici à résoudre ce qui pourroit jusqu'à ce moment être resté pour lui problématique dans les longues épreuves qui ont précédé son initiation. « Puisque telle est la force 9 de la morale , et de la morale seule , lui dit le 9 Hiérophante » puisqu'elle seule peut opérer la 9 grande révolution qui doit rendre la liberté au 9 genre humain , et abolir l'empire de Timposture, 9 de la superstition et des oespotes y tu dois à 9 présent concevoir pourquoi , dès leur entrée 9 dans notre Ordre ^ nous imposons à nos élèves
i48 Conspiration des Sophistes
s* une obligation si étroite d'étudier la morale ; » d'apprendre à se connoître eux*niémes , à con* » noître les autres. Tu dois yoir que si nous perso mettons à chaque novice de nous amener son 9 ami , c^est pour former une légion , plus jus^ » tentent que celle des ITiébains , appelée sainte » et inmicible ; puisqu'ici les combats de Tami , » serrant les rangs auprès de son ami , sont les » combats qui doivent rendre au genre humain » ses droits , sa liberté et son indépendance » primitiçcm
» La morale qui doit obérer ce prodige , n'e$t » point une morale de vaines subtilités. Elle ne )>^ sera point cette morale qui , en dégradant » rhonune , le rend insouciant pour les biens » de ce monde , lui interdit la jouissance des D plaisirs innocens de la yie , lui inspire la haine » de ses frères. Ce ne sera point celle qui fevorise «> rintérêt de ses docteurs ; qui prescrit les per- 3» sécutions , l'intolérance ; qui contrarie la raison; )> qui interdit l'usage prudent des passions ; qui y> nous donne pour vertus l'inaction , l'oisiveté , i> la profusion des biens envers les paresseux. Ce » ne sera point sur-tout celle qui vient tourmenter » l'homme déjà assez malheureux^ et le jeter » dans la pusillanimité , dans le désespoir , pccr » la crainte d'un enfer et de ses démons.
» Ce doit être plutôt cette morale si mécon- » nue aujourd'hui , si altérée par l'égoïsme , si » surchargée de principes étrangers. Ce doit ]» être cette doctrine divine, telle que Jésus » l'enseisnoit à ses disciples ; celle dont il 3» leur developpoit le vrai sens dans ses discours » secrets. »
Cette transition conduit Weishaupt au déve^ loppement d'un, mystère d'iniquité , " auquel ion l'a vu préparer de loin , et ses Illuminés majeurs^
DE l1mpi£té et de l'Anarchie. 14^ et mr^tout ses illuminés Cheifaliers Ecossais^ Pour rintelligence de ce mystère, souvenonsnous comment ses Frères InsinuanSj et ses ins-* tituteurs commencent par jurer à leur candidat , à leur novice , à l'académicien Minerçal y que dans toutes les. loges de leur lUuminisme il n'est pas question du moindre objet contraire à la reli-* gion et aux gouçernemens. Toutes ces promesses se sont peu à peu perdues de vue; les élèves ont eu le temps de s'accoutumer aux déclamations contre les prêtres et les Rois. Déjà il a été insinué que le christianisme du jour n'est rien moins que la religion fondée par Jésus- Christ ; il n'est pas temps encore de mettre le Christ même au nom^ bre des imposteurs. Son nom et ses vertus peuvent encore inspirer de la vénération à certains adeptes. Il en est ou il peut en être quelques-ims , que TAthéisme dans toute sa crudité révolteroit encore. C'est pour ceux-là que Weishaupt revient ici sur Jésus-Christ. Dans le grade précédent il s'étoit contenté d'annoncer , que la doctrine reli« gieuse de ce divin maître avoit été altérée; il n'avoit pas dit sur-tout de quelle révolution politique il prétend montrer toutes les bases dans l'Ëvangile. C'est, ici que l'exécrable Sophiste fait du Dieu des Chrétiens tout ce qu'en a fait depuis le trop fa- ^ meux Fauchet , dans les chaires de la révolution* C'est ici que Weishaupt fait de Jésus-Christ le père des Jacobins , et pour parler le langage de la révolution , le père et le docteur des Sans-Culottes. Pour sentir tout ce qu'il y a d'astuce et de scélératesse méditée dans ce détestable artifice y lisons d'abord les confidences de l'adepte chargé de rédiger le code de Weishaupt. Ainsi que ce monstrueux Instituteur , Knigge voit d'un côté des hommes qui détestent toute révélation ; de l'autre , et parmi les élèves même de riliumi-
*5i5<> Conspiration des Sophistjès nisme , quelques hommes qui ont besoin d'une religion révélée pour fixer leurs idées. Cest làdessus qu'il entre en explication avec Tadepte /" ^rA f^^ Zwach , et qu'il lui écrit en ces termes : « Pour
X.., fc^4L » réunir et mettre en action, pour faire concourir
ït à notre objet ces deux classes d'hommes , il «> falloit trouver une explication du Christianisme, D qui rappelât les superstitieux à la raison, et qui » apprît à nos sages plus libres à ne pas rejeter ' » la chose pour l'abus. Ce secret devoit être celui D de la maçonnerie , et nous conduire à notre f* objet. Cependant le despotisme s'accroît chaque w jour , et l'esprit de liberté gagne aussi par-tout )> en même temps. Il falloit donc ici réunir les >' extrémes.Nous disons^denc encore ici que Jésus » n'a point établi une nouvelle religion , mais /^ . I» qu'il a simplement voulu rétablir dans ses droits
ii c ^«^« '< >» j^ 1^ religion naturelle/; qu'en donnant au monde » un lien général , eiT répandant la lumière et la n sagesse de sa morale , en dissipant les préjugés, ^ son intention étoit de nous apprendre à nous » gouverner nous-mémesyèt de rétablir j sans » les moyens violens des réwlutions , la liberté^ » Végalité parmi les hommes. Il ne s'agissoit pour p cela que de citer divers textes de l'Ecriture , » et de donner des explications sn-aies oufausés , » n^mporte , pourvu que chacun trouve un sens » d'accord avec la raison dans la doctrine de » Jésus. Nous ajoutons, que cette religion si p simple fut ensuite dénaturée , mais qu'elle se » maintint par la discipline du secret , et qu'elle D nous a été transmise par la franc-maçonnerie. { » Spartacus ( Weishaupt) avoît réuni bien des y> données pour cela ; j'ai ajouté les miennes dans » l'instruction pour ces deux grades. — Nos gens î » voyant ainsi que nous seuls avons le vrai Chris- » tiaiiisme, il ne nous reste plus qu'à ajouter
DE hHMPiÉri ET DE l'Akarchic. 'l5l'
» quelques mots contre le Clergé et les Princes*
n Cependant je l'ai fiait de manière , que je tdu-
» drois donner ces grades aux Papes et aux Rois^
» pouri^u quils eussent passé par nos épreuves*
V Dans les derniers mystères, nous ayons d'abord
1» à dévoiler aux adeptes cette pieuse /raude ^
n ensuite à démontrer par les écrits /'origine de
» tous les mensonges religieux , leur connexion
y» ou leurs rapports mutuels ; nous finissofis par
» raconter l'histoire de notre Ordre. » (Ecriés .^'^^^
orig. t}py lett. de Philon-Knigge à Caton-Zwach f
p. io4 et suiv.
Si l'indignation qa'exciie cettejraude prétendue pieuse , permet au lecteur de supporter le reste des leçons que le Hiérophante illuminé donne à ses Initiés , rentrons de nouveau dans l'antre des oracles rendus parle triple génie de l'impiété, de l'hypocrisie et de l'anarchie :
« Notre grand et à jamais célèbre Maître y n Jésus-Christ <le Nazareth , parut dans un siècle » où la corruption étoit générale au milieu d'un » peuple qui sentoit vivement et depuis un temps » immémorial le joug de l'esclavage ; (a) qui » attendoit le Libérateur annoncé par ses Pro- T» phètes. — Jésus vint enseigner la doctrine de I» la raison. Pour la rendre plus efficace , il érigea
(a) Voilà encore la manière dont Thistoire est présentée aux adeptes. Les Juifs en servitude alors depuis
un temps immcmorlal ! Cette nation réduisoit-elle
doue aussi toute son histoire au temps de sa captiyité? Avoit-elle oublié sa liberté et ses triomphes mêmes soutf Josué, ensuite sous DaTÎd, Salomon et ses aut/^es Rois l £toit-ce aussi depuis sa captiritë qu'elle étoit sous la
Suissance des Romains, quand Jésus-Clirit parut ? L'aepte entend parler de cette captivité des Juifs , do ces époques diverses oîi Dieu les punissoit , en les livrant pour un temps h leurs ennemis , et il ne iroit plus que captiritë dans leur histoire I
•152 Conspiration ras Sophistes » celte doctrine en religion , et se servit des tray^ ditions reçues par les Juifs. Il lia prudemment . » son ëcole avec leur religion et leurs usages , » en les faisant servir d'enveloppe à l'essence et ott à l'intérieur de sa doctrine. Ses premiers dis- » ciples ne sont pomt des sages , mais des hommes » simples choisis dans la dernière classe du peuple y » pour montrer que cette doctrine étoit faite pour y tous, à la portée de tous, et que l'intelligence 3» des vérités de la raison n'étoit pas un privilège o> réservé aux grands. 11 n'enseigna pas aux Juifs y seulement , mais à tout le genre humain , la y manière d'arriver à leur délivrance, par l'ob- ,» servation de ses préceptes. Il soutint sa docy trine par la vie la plus innocente , et la scella y de son sang.
y Ses préceptes pour le salut du monde , sont y l'amour de Dieu et l'amour du prochain ; il
.y n'en demande pas davantage Personne
y n'a jamais , comme lui , rétabli et consolidé ie y lien de la société humaine dans ses véritables V limites ; — personne ne s'est si bien mis à la portée y de ses auditeurs , et n'a si prudemment caché )> le sens sublime de sa doctrine. Personne enfin » ri a frayé à la liberté des i>oies aussi sûres que » notre grand Maître Jésus de Nazareth . 11 cacha , y il est vrai , absolument en tout ( in ganzem ) y ce sens sublime , et ces suites naturelles de y sa doctrine ; car il avoit une doctrine secrète , y comme nous le voyons par plus d'un endroit y de l'Evangile, y
C'étçit en écrivant toute cette histoire du Messie , que Weishaupt se jouoit d'avance de l'adepte initié , qui se laisseroit prendre à ce ton hypocrite. Pour les autres , il les sait disposés à prévenir ses explications , du moins à s'y complaire. De là cette impudence ^ avec laquelle
DE lImpiété et de l'Anrchie. i53
îl traresiit ici tout TEvangile. Pour y trouver d'abord cette ëcole secrète , dont les vérilés ne doivent être connues que des adeptes , il cite ces paroles de Jésus-Christ : H wus a été donné à wus , de connaître les mystères du royaume des deux y aux autres seulement en paraboles ; mais il se .garde bien de rappeler cet ordre : Ce que je cous dis en secret ^ cous le publierez sur les toits. Il en vient ensuite à ces paroles : Vous sai^ez que les Princes de ce monde aiment à dominer ^ il n^en sera pas de même de i>ous ; que le plus grand se fasse le plus petit. De ce précepte et de tous / les conseils de Thumilité chrétienne , il fait les \ préceptes d'une égalité désorganisatrice , ennemie . ce toute la supériorité des trônes et des magistrats. .; Mais il n'a garde encore de rappeler les leçons de Jésus-Christ et celles de ses Apôtres , si souvent répétées , sur le devoir de rendre à César ce ' qui est à César , de payer le tribut , de reconnoîire l'autorité de Dieu lui-même, dans celle de la loi et des magistrats. Si Jésus-Christ a prêché Tamour fraternel , c'est encore Tamour de son égalité que Weishaupt voit dans ce précepte. Si Jésus-Christ exhorte ses disciples au mépris des richesses , c'est | dans l'explication de Weishaupt encore , pour ' préparer le monde à cette communauté de tous les biens ^ qui éteint toute propriété. La conclU'» ! sîôn de ces explications impies , dérisoires, et de bien d'autres du même genre , est conçue en ces termes :
« A présent, si le but secret de Jésus , main- 3^ tenu par la discipline des mystères , et rendu 1» évident par la conduite et par les discours de » ce divin Maître , étoit de rendre aux hommes » leur égalité y leur liberté originelles ^ et de leur » préparer les voies , combien de choses , qui » sejad)loient contraçlictoires et inintelligibles ,
i54 Conspiration des Sophistes 3^ deviennent claires et naturelles ! A présent ^ on ^ conçoit en quel sens Jésus a été le Sauveur , • » /e ÎÀhérateur du monde* A présent s^ explique » ta doctrine du péché originel , de la chute de » Vhomtne et de son établissement* A présent , !^ on conçoit ce que &est que Vétat de pure na- 9 ture , de la nature lapse ou corrompue , et le » règne de la grâce* Les hommes , en quittant :^ tétat de leur liberté originelle , sortirent de 9 l'état de nature ^ et perdirent leur dignité, (a) 9 Dans leurs sociétés j sous leurs goui^ernemens y » ils ne i^ii^ent donc plus dans l'état de la nature » pure y mais dans celui de la nature déchue j » corrompue* Si la modération de leurs passions » et la diminution de leurs besoins , les rendent > à leur première dignité , i^oilà ce qui doit 3> constituer leur réaemption et Vétat de la
(a) J'ai peur qu'on ne soupçonne la traduction d'ajouter <m d'exagérer ; voici les paroles du texte afin qu*on les compare. « Nun hegreift mcui also in wieferh Jésus der » Erlœser und Hejrland der welt sej-e. Nm« klœrt sick jr dîe lehre von der erbsànde von dem fait des menschen , » von der wiedergeburt auf, Nun weiss man w€ts der » zustand der reinen natur , der zusiand der gefallen » natur , und das reich der gnade sejr, Da der mensch , » aus dem stande seiner ursprunglichen frejrheit getret^ » ten , so hat er den stand der natur verlassen , und hat » an seiner wùrde werlohren. — Menschen in staaten ir leben also nicht mehr in stande der reinen ^ sonder » der gefallenen natur ; wenn sic durch mœssigung 9 ihrer leidenschaften , und beschrœnckung ihrer bedurf'^ » nisse , ihre urspràngliche wùrde wieder erkalten , so * ist dùess ihre erlœsung , der zustarui der gnade. Data ^ gelangen sie yermittelst der sittenlehre : und die voit" » kommenstéS dahin fihrende sittenlehre has Jésus, ge^ » lehrt, ïVenn dièse verbreitung der moral , die lehre- » Jesu allgemein sejn wird , si) entstehet auferden das » reich derfrommen und auserwœhltcn. î> ( Nachtrag ù* \. ,^ ^®" weintern origînalschnften , etc , 2 part p. io6 — fet
7 , die neuesten arbeiten des Spai*tac. p. 58. )
DE l'Impiété et de l'Anarchie. i55 » grâce* Cest là que les conduit la morale , et p sur-tout la plus parfaite morale ^ celle de Jésus» p Cest çuand cette doctrine sera dei^enue gêné-' j» raie , que s^établira enfin sur la terre le règne » des bons et des élus* »
Ce langage n'est pas énlgmatîque ; les mystères qu'il renfenne une fois révëlés , il ne reste plus à Flnitié qu'à savoir comment la révolution qu'ils annoncent est devenue l'objet des sociétés secrètes; et quels avantages ces mêmes sociétés retirent* de leur mystérieuse existence.
Pour rinstruction de l'Initié , le Hiérophante remonte encore ici à l'origine de la franc-maçon* nerie ; il en f^iit encore la première école déposi^ taire de la vraie doctrine ; il en parcourt les bié-roglyphes et en adapte l'explication à son système* La pierre brute des Maçons devient pour lui le symbole du premier état de l'homme sauçage , mais libre. Leur pierre fendue ou brisée ^ est l'état de la nature dégradée , des hommes , en sociétés civiles y ne faisant plus une même Jamille^ mais diidsés suiuant leur patrie , leurs gouçernemens et leursreligions^La pierre polie représente Vhomme rendu à sa première dignité, h son indépendance^ Mais la Maçonnerie n'a pas seulement perdu ses explications ; l'orateur Illuminé en vient jusqu'à dire : a Les francs-maçons , comme les prêtres » et les chefs des peuples , bannissent du monde
• la raison ; la terre se trouve par eux^ inondée
• de tyrans , d^ imposteurs , de spectreà , de ca-^ » daçres y et d'hommes semblables aux bêtes
• féroces. »
Le lecteur, que pourroit étonner ce tableau de la franc-maçonnerie dans la bouche du Hiéroiphante Illuminé , doit se rappeler la haine que vVeishaupt juroit à toute école conservant le nom d'une divinité quelconque* Le Jéhoçah ou le
i56 Conspiration des Sophistes grand architecte des maçons , le double dieu de$ rose-croix au grand-œuvre magique , font encore des arrières-loges même une école quelconque de Théosophie ; quelque réserve que soit encore ici le Hiérophante sur l'athéisme , il faut au mojns que l'Initié puisse prévoir, que s'il monte au grade plus haut dans les mystères , ni le grand archi^ tecte , ni le double dieu n'y seront pas plus ménagés que le Dieu des Chrétiens. De là les décla-* mations de Weishaupt contre tous ces esprits y ces apparitions i et toutes les superstitions de la francmaçonnerie; de là les franc-maçons théosophes couverts ici des mêmes malédictions que les prêtres et les tyrans.
On sent bien que pour Weishaupt la vraie iranc-maçonùerie , le prétendu seul vrai Christianisme ne se trouve plus que dans l'illuminisme. Mais , ajoute le Hiérophante , en s'adressant à rinitié , ne crois pas que cet ai^antage soit le seul que nous retirons^ nous et Vunii^erSy de notre association mystérieuse* — Que les magistrats , les chefs des peuples , que tous les hommes à qui il reste un véritable attachement pmjr le maintien des lois et des empires , de la société civile, lisent et méditent ces autres avantages que Weishaupt ya décrire par la bouche de ses Initians. La leçon est importante : Qui que vous soyez , vous , honnêtes citoyens , sous le nom de maçons , de rosecroix , de mopses , de fendeurs , de chevaliers , TOUS pour qui les mystères des loges ont encore des attraits , ne m'accusez pas d'exagérer des dangers chimériques. Ce n'est pas moi qiii donne ces leçons; c'est l'homme du monde qui a le mieux connu vos assemblées , et le parti que savent en tirer d'habiles et souvent de longanime» conspirateurs. Lisez , et dites-nous ce qui vous est plus cher; ou le plaisir que vous offrent vos
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 157 loges , ou les dangers de la patrie. Lisez ^ el si le Hom de citoyen vous est encore précieux , voyez si le vôtre doit encore rester inscrit sur la liste des sociétés secrètes. Vous n'avez "pas connu leurs dangers ; le plus monstrueux des conspirateurs ya les décrire comme ses avantages. C'est en ces termes qu'il continue : « Ces sociétés mysté* » rieuses , quand même elles n'arriveroient pas à » notre but , nous préparent les voies. £lles< » donnent à la chose un nouvel intérêt ; elles dé^ 3» voilent des points de vue jusqu'alors inconnus* n Elles réveillent le génie de l'invention et l'es-- » poir des hommes ; elles les rendent plus indif^ » férens sur Vintérêt des gouvernemens : ellesr n ramènent les hommes de diverses nations et » religions à un lien commun ; elles enlèi^ent à » V Eglise et à VÈtat les meilleures têtes et leS' » plus laborieuses; elles Tap^TOchent des hommes 9» qui , sans elles peut-être , ne se seroient jamais » connus. Par cela seul elles minent , sapent les n Jbndemens des États ^ quand même elles nen 3» auraient pas le projet* Elles les heurtent ek m les froissent les uns contre les autres. Elles » font connoitre aux hommes la puissance des p forces réunies , elles leur dévoilent les imper- » fections de leurs constitutions , sans nous ex- 3» poser aux soupçons de nos ennemis tels, que les » magistrats et les gouvememens publics. Elles 3» masquent notre marche y et nous donnent la » facilité de recewir dans notre sein , d'incor^ # porer à nos projets , après . Vépreuçe conçc'm nahle 9 les meilleurs sujets , et des hommes j» long-^temps abusés et haletant après le but^ 9 Par^là, elles affoiblissent l'ennemi ; quand même » elles n'en triompheroient pas , au moins dimi- » nuent-^lles le nombre et le zèle de ses défen-^ » seurs; elles divisent ses xxon^spour cacher.
i58 <20NSHRATI0N DES SOPHISTES -
n r attaque. A mesure que ces nouvelles associa^ 3» tioDS , c'est-à-dire , à mesure que ces sociétés xr secrètes formées dans les Etats , augmentent 3» en force et en prudence , aux dépens de Tan*» » cienne , c'est-à-dire ^ aux dépens de la société » civile , celle^i daffoihlit et doit insensible^ » ment tomber.
» De plus 9 notre société est née , et devoit » naître naturellement , essentiellement , de ces » mêmes gouvernemens dont les vices ont rendu :» notre union nécessaire ; nous n'avons pour » objet que ce meilleur ordre de choses pour > lequel nous travaillons sans cesse ; tous les » efforts des princes pour empêcher nos progrès . t> seront donc pleinement inutiles. Cette étin^ \ » celle peut long-temps encore couçer sous la • » cendre ; mais certainement le jour de Vincent t » die arrivera. Car la nature se lasse de jouer » toujours le même jeu. Plus le joug de Toppres* » sion s'appesantit , plus les hommes cherchent 3» eux-mêmes à le secouer , et plus la liberté )^ qu'ils cherchent doit s'étendre. La semence a^ est jetée , d'où doit sortir un nouveau monde i » ses racines s'étendent ; elles se sont déjà trop. » Jortifiées, trop propagées ^ pour que le temps » des fruits ri arrive pas. Peut-être faudra-t-il » encore attendre des mille et des mille ans ; )> mais tôt ou tard la nature consommera son œu« y> vre ; elle rendra au genre humain cette dignité » qui fut sa destinée dans le commencement. » Vous l'avez entendu y lecteur y les c(Hispira^ leurs eux-mêmes en ont plus dit que je n'aurois osé en présager y sur la nature et les dangers de ces associations. Je n'insisterai pas. J'obseirve seulement avec quel artiBce le Hiérophante illuminé cherche à tranquilliser la conscience des adeptes y que ces prédictions pourroient encore-
dE'LImpiété et de l'Anarchie. iSg alarmer. Malgré ce qu'il a dit de ces temps oà rillumînisme saura lier les mains et subjuguer; malgré toute Tactivîté qu'il cherche à inspirer pour bâter la ruine de tout gouvernement j U n'en finit pas moins par ces tournures, que la scé-lérate hypocrisie suggère toujours dans le besoin.
« Nous sommes ici , nous , observateurs et » instrumens de ces travaux de la nature. Nous n ne voulons pas précipiter les suites. £clairer lc5 V hommes, corrige leurs mœurs, leur inspirer % la bienfaisance ; voilà tous nos moyens. As^ » sures d'un succès infaillible, nous nous abstenons » de toute secousse violente. Il suffît à notre » bonheur d'avoir prévu de loin celui de la y^ postérité , et d'en avoir jeté les fondemens ^ par des moyens irréprochables. La paix de 9» notre conscience n'est point troublée par le y reproclie de travailler à la ruine, au boule- )^ versement des états et des trônes. Il n'est » pas mieux fondé contre nous , ce reproche ; ^ qu'il ne le seroit contre l'homme d'état que l'on ^ accuseroit d'avoir causé la perte de son pnys , yt parce qu'il auroit prévu cette perte infaillible ^ et sans ressource. Comme assidus observateurs 31 de la nature , nous suivons , nous admirons ^ SOA cours majestueux ; et pleins du noble ory gueil de notre origine , nous nous félicitons ^ d'être enfans des hommes et de Dieu.
» Mais ici prends garde et observe4e bien : » nous ne violentons pas les opinions ; nous ne 9^ te forçons pas de te rendre à notre doctrine. » Ne t'attache à personne qu'à la vérité reconnue. 1^ Homme libre , use ici de ton droit primordial ; ^ cherche^ doute, examine. Sais-tu ou trouves- ». ta ailleurs quelque chose de mieux ? fais nous » pari de tes vues , comme nous t'avons commu- ^ nique les nôtres» Nous ne rougissons pas des
1 6o Conspiration des Sophistes
y bornes de notre être; nous savons que non§ » sommes houmies. Nous le savons , telle est U » disposition de la nature , tel est le partagé de y rhomme ; il n'est point fait pour atteindre tout y> d'un cottp^ au meilleur. Il ne peut avancer que » par degrés. Os^t en nous instruisant par nos » fautes , c'est en profitant des lumières acquises )> par nos pères , que nous deviendrons , et les » en fans de la sagesse, et les pères d'une posté- » rite plus sage encore. Si donc tu crois avoir 5^ trouvé la vérité dans toute notre doctrine , » reçois-la tout entière. Si tu vois quelque erreur y s'y mêler, la vérité n'en reste pas moins pré- ^ cieuse. Si rien ici n'a pu te plaire, rejette » tout sans crainte , et pense que pour bien des 1^ choses au moins nous n'avons besoin peut-être » que de recherches ultérieures d'un nouvel exaï> men. Crois-tu y trouver des choses à blâmer , » des choses à louer ? Vois et choisis ce que tu » approuves. Es -tu toi-même un mortel plus » éclairé? Là où la vérité se cache , ton œil » l'aura sans doute découverte. Plus l'art que » nous mettons dans l'instruction de nos élèves )> les rapproche de la sagesse , moins tu croiras » devoir nous refuser quelques éloges. )^
Ainsi se termine le discours du Hiérophante. L'initié qui a pu l'entendre sans frémir , peut se croire propre au nouveau sacerdoce. Avant de recevoir Tonctibn sacrilège , il est reconduit au vestibule. Là , il est revêtu d'une tunique blanche ; une large bande de soie écarlate lui sert de ceinture; une lisière de la même couleur, a l'extrémité et au milieu du bras , attache et fait tomber les manches. Je décris ce costume du sacerdoce illuminé , ( Nouveaux trwaux de Spartacus et Philon , à la suite du discours de ce grade ) parce qu'il est précisément celui
sous
DE lImpiété et de l'Anarchie. xSt] sens lequel la révolution française a montré un de ses histrions prenant Dieu à partie y et lui criant : 4c Non ^ tu n'existes pas. Si la foudre est k toi , » prends-la donc; lance-la contre celui qui te » brave en face de tes autels* Mais non y je te » blasphème 9 et je respire* Non, tu n'existes » pas* » Sous ce même costume, et pour le préparer aux mêmes blasphèmes , l'Ëpopte est rappelé dans la salle des mystères. Un des frères accourt, et ne lui permet d'avancer qu'après lui . avoir dit : « Je suis envoyé pour savoir si vous » avez bien entendu le discours qui vous a été lu; » — si vous avez quelques doutes sur la doctrine » qu'il renfermé ; — si votre cœur est pénétré de la » sainteté de nos principes ; —si vous vous sentez » la vocation, la force d'esprit, la bonne volonté » « et tout le désintéressement requis pour mettre n la main à ce grand œuvre; . — si vous êtes » disposé au sacrifice de votre volonté , à vous » laisser conduire par nos très-excellens supé- I» rieurs. » J'épargne au lecteur la dégoûtante impiété de la cérémonie qui succède aux réponses de l'Initié. Le rite du grade précédent étoit une dérisoire imitation de la Cène eucharistique; celui* ci est une atroce singerie de l'onction sacerdotale. — Un voile se lève ; on voit un autel surmonté d'un crucifix. Sur l'autel est une Bible ; sur un pupitre, le rituel de l'Ordre; à côté , un encensoir » une fiole remplie d'huile. Le Doyen , faisant les fonctions de l'Évêque , est entouré d'acolytes. Il prie sur l'Initié , le bénit , lui coupe quelques cheveux sur le sommet de la tête , le revêt aes ornemens sacerdotaux, en prononçant des prières dans le sens de la Secte. La formule du bonnet est celleci : Couifre^toi de ce bonnet ; il vaut mieux que la couronne des Rois. C'est précisément celle des Jacobins pour leur bonnet rouge. Pour la corn-- Tome IIL L
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irinnion. Te Doyen donne à Tlnitië iin rayon de imel et un peii de lait , en disant : a Voilà ce que n la nature donne à rhomni:e« Pense combien il » seroît ericdre fièurèux , ^i fe goût des super- 9> fluitës, en lui étant celui d'une nourriture si » siiriple , n'àVdit Ditiltiplië ses besoins , einpoi- 1» sonné lè baume dé la yie.»
Tout ce qui a précédé fait assez entendre le sens de ces paroles. La cérémonie se termine en livrant au rioutél Epoptè ïa partie du code propre à son grade. 3e dirai ce qu'il îiàpbrte d*en corinoître , quand , dprès lé grade de liégent et àprèîs les jg^rands mystères, fl faudra eii venir au gouveN neihent dé rtlluminisme. . <