CHAPITRE XI
Huitième partie du Code Jllutniné ; le Régent ^ ou le Prince Illuminée
Q«^t«'i « Xjorsqu'un de nos Épbpies se distingue assex ^r*c« » P^ir son habileté ,,poiir avoir part à la direction gr*d«. Si politique de TOrdre , c'est-à-dire lorsqu'il joint » à la prudence la liberté de penser et d'agir; f> lorsqu'il sait combiner les précautions et la nar- » dlèsse , la fermeté et la souplesse , la loyauté f> et la siÎDplicité , l'adresse et la bonhomie , la » singularité "et Tordre , la supériorité d'esprit et . y> le sérieux , la dignité des manières ; lorsqu'il j» sait parler pu se taire à propos , obéir et com- » mander ; lorsqu'il a su se concilier l'amour p » l'estimé de ses concitoyens , et en même temps y> se faire craindre d'eux ; lorsque son cœur est » tout entier aux intérêts de notre société , et » qulla sans cessé devant les yeux le biencbmi> mun de l'univers; alors, et alors seulement » que le supérieur de la province le propose' à
DE lImptété et de l'Anarchie. i63 » rînspecteur national y comme digne d ctre ad- » mis au grade de Régent, i»
Telles sont les quahtës que la Secte exige pour âever les- Frères à cette dignité appelée dans soa Gode , tantôt le Régent ^ et tantôt le Prince Illu* miné» Telles sont au moins celles que nous trouvons requises , dès le préambule des règles de la Secte snr ce grade.
« Il est ici y ajoute immédiatement le même » code, il est ici trois choses essentielles à ob- » server. ]yai>ord , il faut toujours être extrô- 9 mement réservé sur ce grade. U faut, en second » lieu, que ceux qu'on , y élève soient, autant 9 qu'il est possible , des hommes libres , indépen^' » dans de tout Prince. Il faut enfin qu'ils soient 3» sur-tout du nombre des frères qui ont souvent y^ manifesté combien ils sont mécontens de la » constitution commune ou de l'état actuel du > genre humain ; combien ils soupirent après une » autre manière de gouverner le monde , et corn* » bien les aperçtis qu'on leur a donnés dans le s» CTade de prêtre ont échauffé leur ame , par » Tespoir d'un meilleur ordre de choses. »
Le sujet proposé se présente-t*il avec tous ces Pr^dn* avantages , que l'Inspecteur national revoie avec J!Î!"? Jl soin , dans ses archives , tous les actes relatifs a ce préhmU candidat, à sa conduite, à son caractère. Qu'il ^^^^ examine ses réponses aux diverses questions qui lui ont été faites , et en quoi il a montré son côté fort ou son côté foible. Suivant le résultat de cet examen , que l'inspecteur propose de nouveau quelques-unes de ces questions sqr lesquelles le candidat ne se seroit pas assez clairement expli* que ; par exemple les questions suivantes : ( ins* tractions pour conférer le grade de Régent , N.^** j, 2, 3 ; nouveaux travaux de Spartacus etPhiL)
i.^ « €ibiriez«vons blâmable une société qui^
i64 Conspiration des Sophistes ». en attendant que la nature ait mûri ses grandes » révolutions , se placeroit dans une situation )» propre à mettre les monarques du monde hors » d'état de faire le mal y quand même ils le vouy>. droient ? Une société , dont la puissance invi- » sible empécheroit les gouvernemens d'abuser de » leur force ? Seroit-il impossible que , moyen- » nant celte société , chaque état devînt lui- » même un état dans l'état , status m statu ? y> C'est-à-dire, seroit-il impossible que les chefs des états fussent gouvernés eux-mêmes inyisiblement par cette société , qu'ils ne fussent que les ministres , les instrumens de cette société dans le gou« vernement de leurs états ?
2.^ c< Si l'on nous objecte l'abus qu'une pareille r» société pourroit faire de sa force ^ l'objection » n'est-elle pas démontrée injuste , et suffisam- » ment réfutée par les considérations suivantes ? » Les Gouverneurs actuels du peuple n'abusent » ils pas journellement de leur puissance ? et ne » garde-t-on pas le silence sur ces abus ? Cette » puissance entre leurs mains^ est-elle cependant y> aussi en sûreté qu'entre celles des adeptes que » nous prenons tant de peine à former ? Si donc » il peut y avoir un gouvernement incapable de y> nuire , ne sera-ce pas celui de notre Ordre ^ » appuyé , comme il l'est tout entier , sur la mo- » ralité , la prévoyance , la sagesse y la liberté » et la vertu ?»
3.^ « Quand même cette espèce de gouverne- » ment moral universel seroit une chimère , ne » vaudrpit-il pas au moins la peine d'en faire » l'essai ? »
. 4*^ V L'homme le plus sceptique ou le moins » confiant , ne trouveroit-il pas un garant suflTi- » sant contre tout abus de puissance de la parc » de notre société, dans la liberté seule de la
DE lIivipiété et DE l'Anarchie. l65 > quitter à chaque instant ; dans le bonheur d'avoir des supérieurs éprouvés , inconnus en par- I» tie les uns aux autres , et par conséquent hors » d'état de combiner entre eux des trahisons du n bien général ; des supérieurs , que la crainte » des chefs actuels des divers Empires empêche- 9 roit d'ailleurs de faire le mal ou de chercher à f> nuire ? »
5°. « Y auf oit-il encore d'autres moyens se* j> crets de prévenir l'abus de l'autorité que notre » Ordre donne à nos supérieurs ? Quels seroient j> ces moyens ? »
6«^ tf En supposant ici le despotisme , seroit-il » dangereiLx dans des hommes qui , des le pre- » mier pas que nous faisons dans l'Ordre , ne y> nous prêchent qu'inslru^nion , liberté et vertu ? » Ce despotisme ne cesseroit-il pas d'être suspect, » par la raison seule que ceux des chefs qui 9 auroient des projets dangereux , se trouveroîent 9 avoir commencé par disposer une machine 9 toute opposée à leur objet? » (Ibîd. )
Pour sentir à quoi tendent toutes ces questions, ii'oid>Iions pas ce que c'est pour la Secte que la liberté et le bonheur généra! ; souvenons-nous sur-tout de celte leçon déjà donnée aux Initiés : Qu'est-ce que la morale, si ce n'est l'art d'apprendre aux hommes à secouer le joug de leur minorité, à se passer de princes ou de gouverneurs , et à se gouverner eux-mêmes ? Cette leçon une fois bien conçue , malgré toute l'astuce de ces questions , Tesprit le plus borné les voit aisément toutes se réduire à celles-ci : Seroit - elle bien dangereuse la Secte qui, sous prétexte d'empêcher les chefs du peuple , les rois , les ministres , les magistrats , de nuire au peuple , commenccroit par s'emparer de l'esprit de tous les alentours des rois, des magistrats tt des ministres, ou
/ï66 Conspiration DES Sophistes^
. jchercheroit à captiver , par une puissance invisible , lous les conseils , tous les agens de rautorilé publique, pour rendre ^ux hommes les prétendus droits de leur majorité , pour apprendre a chacun à se passer des Princes et à se gouverner soimême ; c'est - à - dire pour détruire tout roi , tout ministre , toute loi , tout magistrat et toute autorité publique ? L'Initié , trop long * temps préparé aux leçons de rillùminisme pour ne pas voir que c'est là le vrai sens de toutes ces questions , mais trop bien choisi parmi les Elus même pour en être désormais révolté , sait ce que doivent être ses réponses pour obtenir le nouveau grade. Dut-il lui rester quelques doutes , les cérémonies de son installation sont plus que suiBsantes pour les dissiper. Il n'en est point de ces cérémonies comme de celles que Weishaupt trouvoit insignifiantes ou théosophiques. Ici , presque tout est de lui ; il est aisé de voir combien elles se sentent de son génie désorganisateur , de toute sa haine pour l'autorité , et pourquoi il les donne à son confident Zwach pour infiniment plus importantes que celles du grade antérieur. ( Ecrits orig. t. 2 , lett. 24 de Weishaupt à Caton* ) loauga^ Lorsque l'admission du nouvel adepte est talion du résolue, il est averti « qu'allant désormais se ^juînSnJ/ » trouver dépositaire, de divers papiers de l'Or- » dre , d'une bien plus grande importance que » ceux qui lui ont été confiés jusqu'ici , il faut i> aussi que TOrdre soit rassuré par de plus » grandes précautions. Il faut qu'il fasse son » testament , et que là il exprime bien spécia-i » lement ses dernières volontés sur les papiers 3> secrets qui pourroient se trouver chez lui, î» si la mort venoit à le surprendre. Il faut qu'il » se munisse, de la part de sa famille ou di^
M? lImpiété et de l'Anarch^. 167
:fk magistrat public » d'un reçu j[uri4i<]ue de la » dëclaration qu'il aura faite sur' cette partie » de son testament ; il /c^ut q^u'il nsçoive par » ëcrit, la promesse que sçs- intentions seronjt j» remplies.» ( Iwtruct* pour conférer ce grade y
Cette précaution prbe et le jour de llnltiatiôn ûxéy la première station de Tadej^te est une antî« chambre tapbsëe d'un V^^ap noir. .Là , pour tout ornement y se trouve « le squçletté d'un homme , ëlev^ sur deux gradins. Aux pie^s de ce squelette^ une couronne et une épée. — Là d'abord on demande au récipiendaire la déclaration écrite de ses dernières dispositions sur les papiers qui lui seront conâés , et la promesse juridique qu'il doit ayoir reçue, pour s'assurer que ses intentions seront remplies. Là enfin, ses mains sont chargées de chaînes , comme celles d'un esclave ; et on le livre à ses méditations. » ( Rituel de ce grade j N.^ I . ) Le provincial de l'Ordre faisant ici les fonctions de frère Initiant, se trouve seul et assis sur un trône dans un premier salon. Llntroducteur qui a livré son candidat à ses médita* lions ^ entre enfin dans ce premier salon ; et entre le provincial et lui commence le dialogue suivant, d'une voix assez forte .pour que le candidat n'en perde pas un mot.
Le Proidncial. a Qui nous a amené cet esclave ? »
L'Introducteur. « Il est venu de lid-méme , et a frappé à la porte. »
Proç. « Que veut-il ? »
Int. « U cherche la liberté, et demande à être délivré de ses fers. »
PfDi^. « Pourquoi ne s'adresse-t-il pas à ceux qui l'ont enchaîné ? »
Int. 4 Ceux-là refusent de brber ses liens»
i68 Conspiration des Sophistes
Ils tirent un trop grand avantage de son esclavage. ï>
Pros^. c< Qui est - ce donc qui Ta réduit à cet <5lat d'esclavage ? »
Int. « La société , le gouvernement , les sciences , la fausse religion. Die gesellschqft , der staat , die gelehrsamheity diejalsche religion* »
Proç. «Et ce joug, il veut le secouer, pour être un séditieux et un rebelle ? »
lut. « Non , il veut s'unir étroitement à nous, I» partager nos combats contre la constitution 3»> des gouvernemens , contre le dérèglement des )> mœurs et la profanation de la religion. Il » veut par nous devenir puissant, afin d'obtenir » ce grand but. »
Proç. « Et qui nous répondra, qu'après avoir i> acquis cette puissance , il n'en abusera pas » aussi ; qu'il se ne fera pas tyran et auteur de » nouveaux malheurs ? »
Int. c« Nous avons pour garans son cœur et sa » raison. L'Ordre l'a éclairé. Il a appris à vaincre n ses passions , à se connoitre. Nos supérieiUiS » Tout éprouvé. »
Proç. c< C'est là dire beaucoup. — Est-il aussi » bien au-dessus des préjugés ? Préfère-t-il aux » intérêts des sociétés plus étroites , le bonheur » général de l'univers ? »
Int. tf C'est là ce qu'il nous a promis.
Proç. « Combien d'autres l'ont promis et ne » l'ont pas tenu ? Est- il maître de lui - même ? > Est - il homme à résister aux tentations ? Les » considérations personnelles sont- elles nulles » pour lui ? Demandez-lui de quel homme est ce » squelette qu'il a devant lui ? Est-ce d'un roi , » d'un noble ou d'un mendiant ? »
Int. f€ Il n'en sait rien. La nature a détruit , ' » rendu méconnoissable tout ce qui annonçoit la
DE lImpiété et de l*Anarchie. 169 » dëpravation de rinégalîcé. Tout ce qu'il voit , >> c'est que ce squelette fut celui d'un homme tel » que nous. Ce caractère d'homme est tout ce .» qu'il estime. >>
Proi^. « Si c'est là ce qu'il pense , qu'il soit libre, 3» à ses risques et périls ; — mais il ne nous conj» noit pas. Allez , demandez-lui pourquoi il re- » court à notre protection. » ( Ibid. )
Après ce dialogue dont on sent tout le but, l'introducteur revient trouver son récipiendaire , et lui dit : « Frère y les connoissances que vous 1» avez acquises ne vous laissent plus de doute ]» sur la grandeur , l'importance , le désintéres- » sèment et la légitimité de notre but. A présent 39 il vous est assez indifférent de connoître ou de « ne pas connoître nos supérieurs. Cependant o j'ai là-dessus quelques éclaircissemens à vous » donner. »
Ces éclaircissemens ne sont qu'un sommaire de la prétendue histoire de la franc-maçonnerie remontant au déluge , et de ce que la Secte appelle la chute de l'homme , la perte de sa dignité et de la vraie doctrine. D'après cette histoire , ceux qui dans l'arche de Noé échappent au déluge , sont le petit nombre de sages ou franc-maçons . qui , dans leurs écoles secrètes , ont conservé les vrais principes ; et c'est pour cela y dit Tlnstituteur, que la franc -maçonnerie compte parmi ses membres , les Noachites et les Patriarches* — Vient ensuite une répétition sommaire de ce qui a été dit daas le grade d'Epopie y sur le prétendu objet de Jésus - Christ , sur la décadence de la franc - maçonnerie , et sur Thonneur réservé à llUuminisme de conserver ou de faire revivre les vrais mystères. —Nous demande-t-on , reprend ensuite l'Instiluteur , à qui nous devons la constitution actuelle de noire Ordre, et ia nouvelle
17© CoKSPIRATlOît DM SOÏ»HISTES
forme de nos grades inférieurs? Voici ce que hoâs
{épondons ;
« Nos Fondateurs avoient sans donte des connoissances , puisqu'ils nous les ont transmises*
— Pleins d'un trai'tèle pour le bien général , ils donnèrent à notre ordre ses lois ; mais , partie par -prudence , et partie pour n'être pas le jouet de leurs propres passions^ ils abandonnèrent à d'autres ^mains la direction de l'édifice qu'ils avoient élevé; ils se retirèrent. Leur nom sera toujours ignoré. -- Les chefs qui nous conduisent aujourd'hui , ne sont point nos Fondateurs ; mais la postérité bénira doublement ces bienfaiteurs inconnus y qui ont renoncé à la vanité d'immortaliser leur nom. Tons les documens qui pounolent donner des lumières sur notre origine , sont bnilés. »
« A présent vous aurez à faire à d'autres hommes , à ceux qui , formés peu à peu par notre éducation , sont arrivés au timon de l'ordre. Vous y serez bientôt avec eux. — Dites-moi seulement encore s'il vous resteroit quelque doute sur notre but?»
Tous ces doutes se trouvant dissipés depuis ' long- temps , l'Introducteur et l'Initié s'approchent d'une nouvelle salle, et en ouvrent la porte; une partie des adeptes accourent y et les arrêtent. ~ Nouveau dialogue dans le goût du premier : — * Qui va là ? Qui êtes-vous? — C'est un esclave qui a fui ses maîtres. — Aucun esclave n'entre ici.
— 11 â fui pour cesser d'être esclave. Il vous demande asile et protection. -^ Mais si son maître le poursuit ? — Il est en sûreté ; les portes sont fermées. — Mais s'il n'étoit qu'un traître? Il ne l'est point, il a été élevé sous les yeux des Illuminés. Ils ont gravé sur son front le sceau divin. — La porte s'ouvre ; ceux qui la défendoient escortent le candidat vers ime troisième
DE lImpiété et dé L'AKARCHIE. *I7I -salle ; et là encore non veaux obstacles, nouveau dialogue entre un adepte de l'Intërieur ei le frère Introducteur. Dans cet intervalle , le Provincial est venu s'asseoir sur un autre trône ; car ces adeptes , tant ennemis des trônes , ont toujours soin d'en avoir un pour eux dans leurs cérémonies* Le provincial alors : « Laissez-le entrer. -» Voyons s'il a vraiment le sceau de la liberté. » ~ Les frères accompagnent l'Initié auprès du trône ; et là , l'Initiant :
« Malheureux! tu es esclave ; et tu osei entrer p dans l'assemblée des libres ! sais-tu ce qui t'at- 91 lend ? tu as traversé deux portes pour arriver 7> ici ; tu n'en sortiras pas impuni si tu profanes ^ ce sauctuaire. »
Vint, répond : « C'est ce qu'il ne fera pas ; p j'en suis garant. Vous lui avez appris à soupirer p après la liberté. Tenez donc à présent votre p promesse. »
Le Proif. « Eh bien ! frère , nous t'avons fait p subir bien des épreuves. La noblesse de tes p pensées t'a fait juger bon et digne de nous. Tu » t'es livré à nous avec confiance , sans réserve ; » il est temps jàe te donner cette liberté que nous p t'avons montrée si ravissante. Nous façùns p ser^fi de guide tout le temps que tu as eu besoin » d^étre conduit. Tu te çois à présent assez fort yt pour te conduire toi-même. Sois donc désor- -» mais ton propre guide ; sois-le à tes risques :» et périls. Sois libre , c^est-à-dire , sois homme j » et un homme qui sait se goui^erner lui-même ; 9 un homme qui connott ses dei^oirs et ses pripi^ 9 léges imprescriptibles ; un homme qui ne sert » que Vunis^ers ; qui ne fait que ce qui est utile » ou monde en général et à l humanité. Tout le » reste est injustice. — Sois libre , indépendant; 9 et désormais sois-le de nous«mcmes« ~ Tiens ;
1^2 Conspiration des SoprasxEs
» Yoilà tous les engagemens que tu as contractes » envers nous. Nous te les rendons tous. »
£n prononçant ces mots , le Provincial rend en effet aux Inities le recueil des actes qui les concernent, c'est-^-dire , tous les sermens , toutes les promesses , tous les protocoles de leur admission aux grades prëcëdens ; toute leiu* histoire écrite par eux , et toutes les informations données sur leur compte par les frères scrutateurs.
Ce n'est pas un des moindres traits de génie de riUuminisme , que cette politique. Les chefs ont eu le temps de connoitre Tadepte et de lui arracher jusqu'au dernier de ses secrets. Les frères scnitateurs n'ont plus rien à chercher dans son ame. Il peut reprendre ses sermens et secrets ; les écrits lui sont rendus ; mais le souvenir reste. L'Initiant peut continuer 9 et continue en effet : tf Désormais tu ne nous dois plus rien , si ce n'est » ce que ton cœur même te prescrira pour nous. » Nous ne tyrannisons pas les hommes , nous les j» éclairons. As-tu trouvé chez nous contente- » ment, repos , satisfaction , bonheur? tu ne nous y» abandonneras pas. Nous sommes-nous trompés t* sur ton compte , ou bien t'es-tu trompé toi- 3» même sur le nôtre ? c'est un malheur pour toi ; » mais tu es libre. Souviens-toi seulement que » les hommes libres , indépendans , ne s'offensent » pas les uns les autres ; qu'ils s'aident au con- » traire et se protègent mutuellement» Souviens- » toi qu'offenser un autre homme, c'est lui donner » le droit de se défendre. Veux-tu faire un noble » usage du pouvoir que nous te donnons ? repose- 9 t-en sur notre parole , tu trouveras chez nous » zèle et protection. Si tu sens ton cœur brûler » d'une ardeur désintéressée pour tes frères; oh ! » mets-toi donc à l'œuvre; travaille avec nous » pour cet infortuné genre humain , et ta deniicre
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 173 9» heure sera bénie. Nous ne désirons pas aptre »> chose de toi ; nous ne demandons rien pour >> nous. Interroge ton cœur , et qu'il te dise si » notre conduite à ton égard n'a pas été toujours y> noble et désintéressée. Après tant de bienfaits , » si tu n'étois encore qu'un ingrat; que ton cœur » seul nous venge , nous lui laissons le soin de » te punir. — Mais non , tu es un homme que K) répreuve a montré ferme et constant ; sois-le D toujours, et désormais gouverne avec nous les » hommes oppriniés; aide-nous à les rendre ver- 1* tueux et libres.
» O frère, quel espoir , quel spectacle ! Quand » un jour , le bonheur , Tamour et la paix vieny> dront sur la terre ! Quand , avec les besoins » superflus , disparôkront la misère , Terreur , » l'oppression ! Quand chacun à sa place , et fai- » saut ce qu'il peut pour le bonheur de tous , cha- » que père de famille, dans sa tranquille cabane, n régnera souverain ! Quand celui qui voudroit » envahir ces droits sacrés , ne trouvera pas un n asile dans l'univers ! Quand Toisiveté ne sera *» plus soufferte ! Quand, la tourbe des inutiles » sciences bannies , on n'enseignera plus que ce y> qui rend l'honune meilleur ; que ce qui le rap- » proche de son état naturel , de son destin à » venir ! Quand nous pourrons nous applaudir i> d'avoir hâté celte heureuse période, et d'y voir p notre ouvrage ! Quand enfin chaque homme n voyant un frère dans un autre homme , lui tendra Tf> des mains secourables ! Tu peux dans les nôtres 7> trouver le bonheui- et la paix , si tu nous restes » fidèle et attaché. Aussi remarque-le bien : Le I» signe de ce grade est dé tendre les bras à un yi frère, en lui montrant les mains ouvertes et
pures de toute injustice et de toute oppression.
p La griffe^ ( c'est ainsi que les maçons appellent
1^4 Conspiration des Sophistes i> la manière de se prendre ou de s'accrocher i> mutuellement la main , le bras ^ pour se recony> noiire) la griffe est de saisir le frère parles deux f* coudes, comme pour Tempêcher de tomber. >> I^ mot du guet est Rédemption* n
Tout ce qui a prëcëdë ces leçons sur le signe et le mot du guet , rend si évidente la rédemptiofi dont il s'agit , qu'on s'étonne d'apprendre qu'il reste quelques mystères à rëyéler au frère Initié. Cependant il n'est pas encore à la dernière classe. Il n'est que Prince Illuminé; il n'est pas encore déclaré Philosophe et Homme-Roi* L'investiture de -sa principauté se fait en lui donnant le bouclier , les bottes , le manteau et le chapeau. Chaque parole mérite encore ici d'être observée.
L'Initiant présentant le bouclier au Prince Illuminé : « Arme-toi de fidélité , de vérité , de constance, et sois un çrai Chrétien ; les traits dO' la calomnie et du malheur ne te perceront pas. » Sois Chrétien! Und sey ein Christ! Quel étrange Chrétien ! quel scélérat que l'Initiant , qui peut encore porter l'artifice et la dissimulation jusqu'à oser prononcer ces mots dans des mystères si évi-deitiment destinés à détruire jusqu'aux moindres vestiges du christianisme ! Mais l'adepte sourit y ou sa stupidité est bien insigne , s'il ne voit pas que ces mots ne sont là que pour tenir encore baissé un coin du voile.
L'Initiant présentant les bottes : « Sois agile pour les bons , et ne redoute aucun chemin oit tu pourras propager où trouver le bonheur. » Cette traduction est bien littérale , mais elle safiit pour rappder le principe ; quel que soil le moyen , ne crains pas de le prendre quand il conduit à ce que la secte appelle le bonheur.
En donnant le manteau : « Sois Prince sur ton Peuplé; c*est4«dire^ sois franc etsage , bienfait
DE l'Impiété et de l'Anaïvchib. 1 75 leur de tes frères , et doone-leur la science. v> On entend dësormais ce que c'est que cette science.
On s'attend bien que la formule du ch(^}eau doit en faire sentir tout le prix; elle est conçue ea ces termes : « Garde-toi de Jamais changer oe chapeau de la liberté, diesenjreyheitshutj pour une couronne. » II ëtoit dit que Weishaupt ne laisseroit aux Jacobins rien à inventer.
Jlevétu de ces décorations y le Prince Illuminé reçoit l'accolade. Pour apprendre à remplir digner ment les fonctions de son nouveau grade , il ^e lui reste plus qu'à entendre la lecture des instructions sur le rôle qu'il doit désormais jouer dans Tordre. Elles sont , comme celles du grade antérieur, relatives au gouvernement des frères. Je les réunirai dans la dernière partie de leur code. Il est temps d'arriver à la classe des grands mystères*