CHAPITRE XIL
X^euvième partie du Code Illuminé ; classa des grands Mystères, le Mage et V'Homme'Roi. '
L'extrême importance que la secte attache aux soîm derniers mystères de sonilluminisme, et les prié- <*«* . H*«cautions qu'elle a prises pour les dérober aux i»^,"*^ regards du public, me réduisent à commencer *''^^'^
^ , . * ,, - , icxle de
ce chapitre par 1 aveu formel j que toutes mes ce« mjs- \ recherches sur le texte de cette partie du code '^"^ ^ illuminé ont été infructueuses. Que cet aveu ne X^n^ \ déconcerte pas mes lecteurs ! Si nous n'avons pas p*^*'*»» le texte même de ces mystères , pour en démontrer : tout f'objét et toute l'étendue, nous avons les ecHi- * fidences les plus intimes de Weishaupt ; nous avons les lettres des adeptes qui les ont admirés*, les aveux et les déclarations des adeptes qui en ont été indignés. Nous avons encore les règles *
176 Conspiration des Sophistes que nous donne Weishaupt lui-même , pour les juger. Nous avons enfm jusqu'à Tapologie de ce monstrueux législateur pour les apprécier. Avec tant de moyens , les démonstrations de Tévidence
Seuvent aisément suppléer à l'inspection du texte, [ous y perdrons les tournures insidieuses du hié<rophante, et les élans commandés, l'enthousiasme affecté du sophiste rhéteur ; nous n'en saurons pas moins toute la substance de ses dernières leçons , toute l'étendue et toute la monstniosité de ses derniers complots. Commençons par en prendre ridée , que les confidences de leur auteur même doivent nous en donner.
Confi- On croiroit , écrit Weishaupt à son intime de Wcis- Zwach , en parlant du grade à'Epopte illuminé , haupt gur Jg ce même grade où l'impiété même et la ré- ^*ièï^r" bellion personnifiées ont semblé épuiser leur art et leurs ressources , pour souffler tout le venin de leurs principes contre l'état et la religion : c< On croiroit que ce grade est le ^^Itts grand , p le plus sublime ; j'en ai cependant encore » trois infiniment plus irnportana^ que je réserçe pf pour nos grandslmystères. Mais je les garde » chez moi , et n'en fais part qu'aux frères , soit y> aréopagites , soit autres , qui se distinguent ie » plus par leur mérite et leur service. — Si » vous étiez ici , ajoute-t-il bientôt à celte conf» fidence , je vous ferois part de mon grade ; car » vous le méritez. — Mais il ne sort point de i> mes mains. Il est trop important ; il est la clef y> de toute l'histoire ancienne et moderne , reli- » gieuse et.politique de l'univers.
» Pour tenir nos provinces dans 1 a subordix> nation , je m'y prendrai si bien qu'il n'y aura » de ce grade que trois exemplaires dans toute jo TAlIemagne , c'est-à-dire un seul dans chaque p Inspection r> Bientôt encore suit une nouvelle
confidence.
DE lImpiété et de l'Anarchiie. 177 » confidence. Weishaupt écrit au même adepte .: » Au-dessus du grade de Régent , j'en ai com* » posé quatre autres; et auprès de ceux-ci , et » même auprès du moindre de ces <}uatre , notre » grade de prêtre ne sera qijûun )eu d'enfant ; » wo gegen den schlechsten der priester-grad ein » kiûder spiel seyn soU. » {Ecritsorig*t*2ylett* 1 5 , 16 et 24 à Coton. )
Avant que de tirer nos conséquences , rappe^ Ions - nous encore ces lettres , par lesquelles Weishaupt nous apprenoit que chaque grade inférieur devoit être une école d'apprentissage » une espèce de noviciat pour les grades supérieurs^ que ces grades dévoient toujours aller croissant ; et qu'enfin dans la dernière classe des. mystères se donnoit une parfaite connoissance des maximes et de la politique de son illuminisme ; und cun endefolgt die totale einsicht in die politic und maximen des ordens* ( Id. t. i , lett. 4t ^u même.) Après ces lettres , je n'ai plus besoin d'entendre le Hiérophante exposer aux adeptes ses derniers mystères. Je sais que tous ces grades ont été réduits à deux , pour la dernière classe de TIlluminisme ; je sais que ces deux grades , selon les conventions du fondateur et de ses grands adeptes , sont d'abord celui.de Mage ou Philosophe y et ensuite celui de V Homme-Roi. ( Voyez Ecrits origin. t. 2 , première lett. de Philon , et seconde partie , coni^ention des aréopagites. ) Je pars de ces confidences et de ces conventions.; je ne crains pas de le dire : tout monstrueux conspirateur qu'il est, Weishaupt présume de son impiété , de sa scélératesse , quand il nous parle de grades infiniment plus importons dans ses derniers mystères que ne le sont ses grades d'£- :popte et de Régent , sur-tout quand il nous dit que les mystères de sou grade d'Ëpopte ne sont Tome UI. ' M
;i76 CoMSPiRATiOH lyEs Sophistes qu\in jeu d'enfant auprès de ceux qu'il r^seiTC pour ses parfails adeptes. Son exécrable orgueil -peut bien vouloir ici se glorifier de l'emporter •sur les dénions pour l'invention des forfaits et «des désastres qu'il prépare à la terre ; mais le démon lui-même ne peut pas suggérer à soh •émule des complots ou des vœux qui l'emportent sur les vœux ^t les complots que déjà ^Weiâhaupt a dévoilés dans ce qu'il se fait gloire de n'appeler que ses petits mystères. Le vœu et le cotiiplot d'anéantir 9 en fait de religion, justqu!à ridée même et jusqu'au nom de Dieu sur Ja terre ; le vœu et le complot d'anéantir , en -'fait de gotivernement , jusqu'aux derniers vestiges des lois , d'autoirité et de sociétés civiles ; le •vœu et le complot d'anéantir, pour réaliser ses systèmes d'égalité , de liberté , et nos arts et nos sciences , et iips villes et jusqu'à nos villages ; Je vœu d'anéantir la plus grande partie du genre humain pour faire triompher l'inoépendance des hordes vagabondes , de tout ce qui pourroit en-^ core rester d'hommes sur la terre; tous ces vœux, ces complots auxquels la haine des démons ne saiiroit ajouter que celui d'anéantir l'univers même, se trouvent dans les mystères déjà dévoilés aux adeptes de Weishaupt, avant qu'ils ne se voient appelés au dernier de ses antres. A moins que ses adeptes ne soient aussi sots qu'il a soin de les choisir impies et mécbans , ce qiii Ji'e^t pas bien rare , il n'est qu'un léger co|in du voile à déchirer pour eux dans ces abîmes ; et ce qui est resté caché pour eux sous ce voile léger , ce n'est pas la chose même , ou là substance et l'objet et le but des complots , c'est le nom seul ou la déclaration nette et précise de toute religion à détruire en faveur de l'athéisme ; de toute eofistîtution républicain» «t
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 179 monarchique à renverser en faveur d'une absolue indépendance; de toute propriété à elt'acer; de loutes les sciences j de tous les arts à enfouir ^ de toutes nos villes, de toutes nos maisons ou demeures fixes à brûler en faveur de la vie nomade et sauvage , décorée du nom de iuepatriarr chcde : voilà le mot et le mot seul qui reste à dévoiler dans ces derniers mystères. Tous ce» Toeux et toute la substance des complots sont déjà dans le cœur de l'adepte ; Weishaupt n'a rien épargné pour leur inspirer tous ces projets ; il ne les admettroit pas à ces derniers mystères^ s'il savoit qu'il leur reste encore la moindre lior*retur pour une seule partie de ces vœux et de ces complots. La nature frémit, et le lecteur s'écrie : Mais il n'^ a que des monstres qui puis^ sent avoir conçu , imi puissent méditer et poursuivre des complots ae cette espèce ! Je réponds : Non , sans doute , il n'y a que des monstres qui puissent les méditer et les poursuivre; mais ces monstres , ce sont Weishaupt et ses prçfonds adeptes ; et je procède à la démonstration que ces monstres eux-mêmes nous fournissent.
En divisant ses grands mystères en deux classes^ Weishaupt a distribué aussi tous ses derniers secrets en deux parties. I^s uns ont pour objet la religion; œ sont ceux qu'il révèle à ses Magesm ( Les autres sont ce qu'il appelle sa politique , il ' les réserve poiur son grade de ITHomme-Roû Suivons séparément ces grades , et pàrton8 dû principe qu'il a Bosé lui-même , et auquel nous l'a*vons trouvé si fidèle dans tout le reste de son code. Partons de ce principe ^ que les grades de son liluminisme ne sont qu'une suite de préparations à la doctrine et anx principes dont ses mystères ultérieurs sqnt ie dernier résultat. Il ne m'en fau- d,fjj^^g. droit pas davantage pour démontrer que le secret laïUéiJ
l8o CONSÎ>mATION DES SOPHISTES
d<5voilë à sei Mages est celui d'un parfait athéisme.
ppisons
ment de toute l'eligion; et que le seul secret qu'on lui dévoile consiste à lui déclarer nettement que c'est là qu'on vouloit l'amener, que c'est vers cet objet que désormais il doit diriger ses eilorts et ses travaux pour seconder les vœux de la secte; que dans les grades antérieurs on ne conservoitce mol religion que pour détruire la chose , en y ^substituant le nom ; mais que désormais ce nom même ne doit lui annoncer que les chimères de la superstition, du fanatisme, favorisées par l'ambition et par le despotisme , pour tenir le genre humain dans l'esclavage. * Prenvei Ce myslère d'iniquité , ce n'est point moi , ce liréfsdes gQjji^ encore les confidences de Weishaupt qui
lctlrt'8 de - , ., -, , î n-
Weis- le dévoilent. J ouvre encore ses lettres a 1 m- ^"^^ timc Caton-Zwach ; en voici les termes :
« Je crois presque moi-même que la doctrine i> .secrète du Christ , ainsi que je l'explique , avoit » pour objet de rétablir la liberté parmi les Juifs, y» Je crois même que la franc-maçonnerie n'est f> pas autre chose qu'un Christianisme de cette » espère. Au moins, mon explication des hiéro- > glyphes s'y adapte-t-elle parfaitement. D'après » cette explication , tout homme peut être chré- » tien sans en rougir ; car je laisse la chose et » substitue la raison ; denn ich lasse den namen , p) '» utid substituireihm die i^ernun/i. yy WeishsM^t continue : « Ce n'est pourtant pas une chose peu » importante que d'avoir su tirer ainsi une nou^ » velle religion et une nouvelle politique de ces 1» hiéroglyphes ténébreux. C'est ici qu'il ajoute : » On croiroit que c'est là le plus haut de mes » grades ; j'en ai cependant trois infiniment pluft
DE l'Impiété et de l- Anarchie. i^i » importans pour nos grands mystères. ^> (/Ecrits //-- -/^ -^^ origin. /. 2 , lettre i5 à Caton. ) Voilà donc ce -i .^^ que c'est, d'après Weishaupt même , que son grade d'Épopte, ou de prêtre illuminé. C'est le Christianisme conservant le nom \ de religion , mais réduit à des explications qui nous montrent, dans TEvangile le masque de la religion uniquement empruntée par le Cluist , pour établie / égalité f la liberté des Jacobins. ( Voyez ci-^es-^ sus les petits mystères. ) Ce masque n'ira point, sur d'autre face que sur celle de Weishaupt. C'est, trop évidemment celui de la scélératesse , du; sophiste de l'impiété même, qui, sous ce nom de religion , ne laisse plus à ses adeptes que son égalité et sa liberté désorganisatrices. Après avoir déjà porté à ce point Tirapiélé de ses Epoptes ,
3ue lui reste-t-il donc à faire pour ses Mages ans ses grands mystères , si ce n'est d'etl'acer le nom de religion , le nom même de Dieu ? Oui 5 ce nom de Dieu même , il saura l'effaceif dans les hauts mystères ; et comment espérer l'y trouver encore , quand nous avons entendu dire» au ménie adepte : « Vous savez que Vunité s» de Dieu étoit un des secrets révélés dans le$ » mystères d'Eleusis : ohl pour-oektyh'iwem pu^, + » peu$^ de ijmÈ¥er^ rien- ^èe^semhle^h' dans ics ^ miens^ » ( Id. t. i , lettre 4 ^^ même. )
S'il doit encore , ce nom de. Dieu , se trouver dans les hauts mystères du Mage illuminé , croirons-nous que ce soit pour autre chose que pour le blasphémer, quand nous voyons l'instituteur Weishaupt réserver pour ce grade précisément toutes les productions de l'athéisme , en écri-vant toujours au disciple favori : « Avec nos » commençans, soyons prudens sur les livres de » religion et de politique. Dans mon plan , je » les réserue pour les grands mystères. Quant à
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'383 Conspiration DES Sophistes
» présent , ne donnons aux élèves qne des lîvfcs yt historiques ou de raisonnement. La morale ^ » avant tout , doit être notre objet. Robinet , » Mirabeau , ( c'est-à-dire le Système de la yf nature <i publié par Diderot sous le nom em- :*> prunté de Mirabeau ) le système social , la » politique naturelle , la philosophie de la na- )> ture , et semblables , sont destines pour les » grades plus avancés. Il faut à présent les ca« » cher soigneusement à nos élèves , et spécia-- » lement Heluétius de l'homme. » ( Id. lett. 3 au même. ) Voilà précisément la liste des œu^ /' 2^7 ^- f^ vres* les plus antireligieuses , et presque toutes du plus pur athéisme , ( Voyez sur ce lii^re les lettres fJelviennes ) réservées pour les derniers mystères. H y a même plus : pour arriver à ces ijij'^stères et pour se montrer propre à leur objet , il faut que le nom de Dieu soit déjà eflacé du cœur de Tadepte. Pouvons-notis douter encore? quand nous voyons Weishaupt écrire ; c« Adres- » sez-moi le frère Numenius ^ et lâchez de le. )> mettre en correspondance avec moi. Je veux. >v chercher à le guérir de la théosophie , et à le >^ rendre à notre objet. Ich will ihn suchen von * der théosophie zu curiren , und zu un^eren . j* >► aé5zcA^e7Î'i:ui#^/i/72men. ^ (Let. i5 aii même,
' ' ' * ■ t. 2. ) Il n'est donc pas encore propre à ces mystères , tout homme théosophe , c'est-à-dire , tout homme croyant encore à un Dieu. Toute religion est donc inconciliable avec ces mystères. La conséquence seroit moins évidente ; laissons là toutes ces confidences de Weishaupt ; laissons même , suivant ses expressions , tous ces derniers oracles de son Hiérophante , sous les cent çerroux qui les tiennent cachés chez les adeptes : pour savoir ce que c'est que tout culte , toute religion aux yeux de la secte , nous n avons plus besoin de
DE lImpiété et Dt l'^Anarchïe; 1 83 pénétrer dans ses antres. N^eussent-elles rien dit,, ces confidences de Weishaopt , ses mystères n'en seroient pas moins la conspiration de l'athéisme* £t pourquoi m'arréter à ses confidences secrètes ,
Suand ses apologies eUes-méaies ne « sont que la émonstralion la plus évidente de l'accusation ? Deux ans après sa fuite , Weishaupt publie Prcwy«t effrontément que les systèmes de son iUuminisme, ^^énde tels que l'autorité publique nous les donne , ne mëmT* sont qu'une simple ébauche et un projet trop in-- «^«Weis digeste encore, pour qu'on le juge lui et ses "^* adeptes sur ses écrits originaux , et sur ses propres lettres. Deux ans après sa fuite , il fait paroître un nouveau code, et lui donne pour tîlre : Système corrigé de V llluminisme açec ses grades et ses constitutions , par Adam Weishaupt , conseiller du duc de Saxe-Gotha. Jugeons-le donc au moins ici ; et apprenons à juger de ses grands mystères » par son apologie même et par ses corrections» Mais ici ce n'est plus simplement l'impie conjnré, c'est rinsolent sophiste insultant au public avec tous les caractères d'un impudent athée , haussant dans son dédain les épaules sur le reste des honunes ^ et dans sa pitié impertinente, semblant nous dire à tous ce qu'il disoit aux frères dupes : Pauvres humains ! que ne pourroit-on pas cous faire croire ! . ^
Je daigne en effet lire cette apologie , ce prétendu Illuminisme corrigé ; j'y vois d'abord cç Weishaupt nous dire que le supposer capable d'avoir rédigé en deux années une production de cette espèce , c'est lui faire honneur de talens bien extraordinaires. Faquin ! tu fais toi-même au public l'honneur de le croire bien sot« Qu'on me laisse traiter ce gueux- là comme il traite luimême ses lecteurs. Je sais bien que ces exprès^ siens ne sont pas nobles ; je sais bien qu'appli-
1^4 Conspiration des SophistIes quëes à Weishaupt , elles restent dans toute leur bassesse ; mais faut-il donc laisser à ces drôles-là Fespoir de passer à Fimmortatitë avec toute autre gloire que celle de leur méchanceté et de leur impudence ? Alors même qu'ils se jouent insolemment de Dieu et du public, faiidra-t-il donc payer à ces vils conjurés Ttiommage du respect ? Je ne sais s'il falloit à Weishaupt des talens bien extraordinaires pour sa nouvelle production ; je hii crois tous les talens et toute Tastuce du sophiste ; mais certes , ici il ne lui en reste plus que l'impudence , sur-tout quand il se flatte que nous trouverons unanimement, dans ce code revu et corrigé , des principes capables d'élever Tame, de former de grands hommes. So hoffdch dock sollen aile darinnen ubereinkommen ^ dass die in diesen graden aufgestellten grundsœze fœhig seyen , grosse und erhabene menschen zu bilden* ( Introduct. à son syst. corrigé. ) Ce que j'y trouve , moi , c'est d'abord un réchauffé de tous les artifices du premier code pour l'éducation ou la corruption aes élèves. Ce que j'y vois encore , c'est le code que je donnerois à un élève, si je voulois en faire un imbécille athée ; si je voulois , dès le troisième grade , au lieu d'un Dieu régnant sur l'irnivers avec autant de liberté que de puissance, ne lui montrer dans l'univers même , qu'une machiné , où tout se lie , tout se suit , tout est conduit par je ne sais quelle fatalité , décorée tantôt du nom de Dieu, et tantôt de celui de Nature ; si je voulois encore décorer du nom de Providence, un destin çui ne peut anéantir un seul atome , "savs que les étoiles ne perdent leur appui , et sans que Vunii^ers ne s'écroule. Je donnerois encore ce code prétendu corrigé , à l'adepte stupide qui , dans un monde où tout est nécessaire , croiroit encore pouvoir parler de vertus et de
DE l'Impiété et de l'Anarchie. i85^ TÎces ;| qui se consoleroit de tout le mal que lui font les méchans , en apprenant que ces mt^chans ne suivent pas moins que Thomme vertueux , la route tracée par la nature , et qu'ils arriveront au même but que lui. Je donneroîs ce code à i'imbëcille qui appelleroit art de se réjouir ^ art d'être toujours heureux , ( ars semper gaudendi ) Tart' de se persuader que ses malheurs sont incurables, qu'ils sont tous nécessaires. ( Voyez dans le système corrigé^ le discours de la 3.^^ classe,) Mais quel lecteur soutiendroit Timpudence d'un impie conjuré qui dédie ses nouveaux mystères comme une véritable apologie , au monde , au genre humain , der welt und dent menschlichen geschlecht ; et qui pour nous prouver que ses premiers mystères ne sont pas une conspiration contre la religion, a le front d'imprimer, de mettre dans la bouche de ses nouveaux hiérophantes un discours dont le titre seul annonce laconspiration la plus caractérisée contre tontes religion , contre tout culte de la Divinité ; un discours ayant pour litre : Instruction pour les adeptes enclins à la manie de croire et d'adorer un Dieu ? Je sais que Ton pourroit traduire : Instructions pour tous les frères enclins à Tenthousi<isme théosopliique ou religieux ; Unterrîchù Jur aile mitglieder , welche zu theosophischen schwœrmereyen geneigt sind. Mais si Tune et Tautre traduction n'ont pas le même sens dans le langage des sophistes, par Texorde seul de ce discours jugeons qu'elle est la vraie :
^ Celui qui veut travailler au bonheur du genre j) humain , ajouter au contentement et au repos » des hommes , diminuer leur mécontentement ; » ( c'est là très-littéralement la plénitude du sens •» du Tudesque antithéosophe) celui-là doit scru- 1^ 1er et affoiblir tous les principes qui troublent
l86 CONSPIRATfON DES SOPHISTES
p leur repos , leur contenteatent et leur bonhean , ]» De cette espèce sont tous les systèmes qui y» s'opposent à Tanoblissement et à la perfection » de la nature humaine ; qui sans nécessité mul- » tiplient le mal dans le monde ou le représentent )> plus grand qu*il n'est ; tous les systèmes qui » ravalent le mérite , la dignité de l'homme; qui » diminuent sa confiance en ses forces naturelles ; j> qui le rendent , par cela seul , lâche , paresseux , f» pusillanime , abattu et rampant ; tous ceux en- » core qui le conduisent à Tenthousiasme ; qui 3» décrient la raison humaine ^ et qui ouvrent >> ainsi une voie libre à l'imposture. Tous les » systèmes théosophiques et mystiques ; tous 5> ceux qui ont quelques rapports prochains ou' » éloignés açec ces systèmes ^ tous les principes » qui dérii^ent de la théosophie souvent très^ » cachée dans nos cœurs , finissent par conduire » les hommes à ce terme , et appartiennent à » cette classe» »
Dans le cours de ces instructions , qu'on ne s'attende pas à voir Weishaupt faire quelque exception en faveur de la théosophie ou religion révélée ; pas même le semblant d'une pareille exception. La religion de Jésus-Christ n'est ici
four l'adepte qu'une modification des rêveries de y thagore , de Platon et du Judaïsme. La religion des Israélites ou leur symbole y leur foi à l'unilé d'un Dieu et au Messie , ont beau ctre la foi de leurs pères, d'Abraham, dlsaac et de Jacob, long-temps avant leur séjour en Egypte et à Babylone : le veau d'or ou l'adoration du Dieu Apis ont beau être punis , comme la prévarication la plus coupable contre leur religion ; cette religion 1 des Juifs n'en est'pas moins dans le code corrigé : de Weishaupt une simple modification des rêve* ries des Egyptiens , de Zoroastre et des Babylo-
DE L'iMPIÉTi ET DE l'AnARCHIE. 187 nîéns. Pour corriger ses adeptes y il leur apprend à laisser de côté la création comme une chimère inconnue à toute l'antiquité , à réduire toutes les religions à deux systèmes; l'un, celui de la ma* tîère coétemelle à Dieu , faisant partie de Dieu ^ émanée de Dieu , lancée hors de Dieu et séparée de Dieu pour devenir le monde ; et l'autre, celui de la matière coétemelle à Dieu y sans être Dieu , mais travaillée par Dieu pour la formation de l'univers. Sur ces suppositions , il bâtit une his* toire de toutes les religions, qui les rend toutes, également absurdes. On peut croire vraiment, que toutes ces leçons de son lUuminismc prétendu corrigé avoient déjà été rédigées avant sa fuite. Elles pouvoient très-bien être un de ces discours,, qu'il annonce comme plus imposons que celui de son Hiérophante dans le grade d'Epopte. Il y &it précisément ce que Knigge annonçoit comme le grand objet des derniers mystères. Il y fait à sa manière une compilation de toutes les écoles du philosophisme et de ses systèmes ; il fait sortir de ses systèmes le Christianisme et toutes le» religions. Le résultat en est, que toutes les reli-> gions sont fondées sur l'imposture et la chimère; que toutes iinbsent par rendre l'homme lâche y
Îmresseux , rampant et superstitieux ; que toutes e ravalent et troublent son bonheur. (^ Voyez tout le dernier discours de cet Illuminisme corrigé. ) Et c'est ainsi que l'impudent sophiste , sous pré-^ texte de se justifier d*avoir voulu détruire toutes les religions , ne fait précisément en public que ce qu'il faisoit dans le secret de ses mystères. Le conjuré n'est sorti de ses antres que pour dire effrontément à tous , dans son apologie , ce qu'il n'avoit d'abord osé dire qu'à ses adeptes : qu'il est temps enfin d'abattre tout autel ^ d'anéantis toute religion.
188 CONSPraATION DES SOPHISTES.
T«no* Fant-îl encore des témoignages sar cet objet çnafici des grands mystères? Celui de l'adepte Knigge ^»"g8C' n'est pas suspect ; et ce n'est pas l'adepte Zwach que Knigge veut ou peut tromper dans ses confidences. L'un et l'autre ont signé la convention des Aréopagites , sur la marclie à suivre pour la rédaction des grades et du code Illuminé ( Foyez^ cette couvent. Ecrits origin. t. 2^ part. 2 , signée le 2,0 Adarmeh 1751 , cest-à-dire ^ le :io Dec. 1781.) Ecoutons donc ces deux adeptes dans leur correspondance intime. ~ Pliilon vient d'exposer ce qu'il a fait d'après les instructions de Weisbaupt , pour démontrer dans le grade à'Epopte y
2ue le Christ n'avoit point d'autre objet que celui e rétablir la religion naturelle ; religion qui , pour Fllluminisme , n'étoit pas autre chose que les droits d'égalité , de liberté ; et Knigge dit ensuite ; « Après avoir fait voir ainsi à noire monde que / » nous sommes, les véritables Chrétiens , il ne
» nous restoit qu'à dire un mot de plus contre » les prêtres et les princes. Je m'y suis si bien s> pris dans les grades d'Epopte et de Régent , » que )e ne craindrois pas de les donner à des » Rois, à des Papes, totitefois après des épreuves » convenables. Dans les derniers mystères , nous » avons à découvrir ctXXe pieiise fraude ; à prou- » ver , par tous les témoignages des auteurs , » l'origine de tous les mensonges religieux ; à » dévoiler leur ensemble et leur comiexion. » Da nun die leute sehen dass mr die einzigen éschten wahrèn christen sindj so diirfen wir da^ gegen ein word niehr gegen Pfaffen und Filrstert reden ; doch hnbe ich diess so gethan , dass ich Papste und Konige nach \yorher gegangener priifung , in dièse grade aufnehmen wollte. In den hnheren mysterien sollle man dann A dièse I pium fraudem entdecken , und B aus allen schrif^
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 189 ften den ursprung aller religiœsen lûgen , und l deren zusammenhang entwickelrié ( Ecrits orig, | t. 2 , lett. I de Philon à Caton« ) j -t-
Le voilà donc ce mot à dire encore sur la religion dans les derniers mystères de riihiminisme î Ce mot de plus contre les prêtres on les ministres de tous les cultes ; ce mot , qui seul dévoile aux: adeptes \^ fraude prétendue pieuse , ou plutôt le dédale de pièges et d'embûches tendus à Tadeple , dans ce long cours d'impiété , que la Secle lui a fait parcourir avant de lui montrer le dernier terme de son éducation illuminée ! Sans doute il n'est qu'un mot , l'adepte ; sa crédulité au moin^; approche étrangement de la stupidité , si déjà dans son grade a Ëpopte ,, et bien autérieiu'emenc encore , il n*a pas su prévoir où il arriveroit ; mais si dans sa sottise il conserve encore quelque . sentiment de bonne foi , s'il peut encore s'indigner d'avoir été le jouet de tant d'actilices ; s'il est encore capable de quelque réflexion ; que ce 1 mot seul , que cet aveu d'une pieuse fraude lui • découvre de choses ! Ce mot seul doit lui dire : « Souvenez-vous que dès les premières invitations i> que nous vous avons faites pour vous attirer 5> parmi nous , nous avons commencé par vous 5> dire , que dans les projets de notre Ordre il 3^ n'entroit aucune intention contre la religion. » Souvenez-vous que cette assurance vou^ a été » donnée de nouveau quand vous fûtes admis au > rang de nos novices ; qu'elle vous fut encore » répétée lors de votre entrée à notre académie 9» Minervale. Souvenez-vous aussi combien dans » ces premiers grades nous vous avons parlé de V morale et de vertu ; mais combien les études j» que nous prescrivions et les leçons que nous m VOUS donnions , rendoient et la vertu et la mo- 9 raie indépendantes de to^te religion } combien.
Hc 'J.' ^f .. t^Tf-^ 1' •' * :-. ?r. /^'i
î 90 Conspiration des Sophistes
>> en TOUS faisant réloge de la religion , nous avoris » su vous prévenir qu'elle n'éloit rien moins que » ces mystères et ce culte dégénérés entre 1^ » mains des prêtres. Souvenez - vous avec quel p art , avec quel respect simulé nous vous avons » parlé du Christ et de son Evangile , dans nos » grades A' Illuminé majeur, de Cnei>aUer Ecos- » sais et d'Epopte ; comment nous avons su , de » cet évangile , faire celui de notre raison ; et de -» sa morale 9 celle de la nature; et de la religion, 1» de la raison , de la morale, de la nature, faire s» la religion , la morale des droits de Thomme , » de régalité , de la liberté. Souvenez - vous 3^ qu'en vous insinuant toutes les diverses parties ]» de ce système , nous les avons fait éclore de » vous-même comme vos propres opinions. Nous » vous avons mis sur la voie ; vous avez répondu ^ à nos questions bien pltis que nous aux vôtres. 9 Quand nous vous demandions , par exemple , y> si les religions des peuples remplissoient le but » pour lequel les hommes les ont adoptées ; si la » religion pure et simple du Christ étoit celle que » professent aujourd'hui les différentes Sectes ; » nous savions assez à quoi nous en tenir ; maïs y^ il falloit savoir à quel point nous avions rétissi »> à faire germer dans vous nos sentimens. Nous » avons eu dans vous bien des préjugés à détruire, » avant de vous persuader que cette prétendue i) religion du Christ n'étoit que l'ouvrage des » prêtres , et de l'imposture et de la tyrannie* » S'il en est ainsi de cet Evangile , tant proclamé , » tant admiré, que devons-nous penser de toutes » les autres religions ? Apprenez donc qu'elles » ont toutes les mêmes fictions pour origine; » qu'elles sont également toutes fondées sur le » mensonge , l'erreur, la chimère et l'imposturpw )^ Yoilà notre secret. Les tours et les détouj«
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DE l'Impiété et de l'Akarchie. 191 ^ qu*il a fallu prendre , les promesses même qu'il » a fallu vous faire, les éloges qu'il a fallu » donner au Christ et à ses prétendues écoles » secrètes, la fable des franc-maçons long-temps y> en possession de la véritable doctrine, et noire » Illuminisme aujourd'hui seul héritier de ses » , mystères , ne vous étonnent plus en ce mo- » ment. Si pour détruire tout christianisme , toute » religion , nous avons fait semblant d'avoir » seuls le vrai christianisme , seuls la vraie re- » ligion ; souvenez-vous que la fin sanctifie les » moyens ; que le sage doit prendre pour le bien j» tous les moyens du méchant pour le mal. » Ceux dont nous avons usé pour vous délivrer, » ceux que nous prenons pour délivrer un jour le genre humam de toute religion , ne sont
iu'une pieuse fraude que nous nous réservons e dévoiler dans ce grade de Ma^e ou de Phi- » losophe illuminé. » '^ox.f^^
A • 1 \ J preuve;
A ce commentaire du mo/ à prononcer dans u-m iffnales derniers mystères , à cette explication dont ^^^f^^^ toute l'étendue est assez démontrée par la marche Covliui des grades , par les apologies de Weishaupt , par ses confidences et par celles de ses plus intimes adeptes ; ajoutons encore le témoignage d'uij homme, bien peu fait sans doute pour aller s'inscrire parmi les élèves de Weishaupt, et pour entrer dans les secrets de la Secte ; mais qiû a su au moins ne les lui arracher que pour en dévoiler mieux que personne la scélératesse. Le vrai nom de cet homme m'est connu ; je sais toute la con-» fiance qu'il inspireroit au public ; mais je sais aussi que les poignards et les poisons de rillurminisme iroient le chercher jusqu'aux Orcades si la Secte venoit à découvrir son asile. Le secret lui est dû ; il lui a été gardé , et je me garderai bien de le violer. Les Allemands paient à ses ouvrages
hommf.
192. Conspiration des Sophistes le tribut de la récoiiiioissance , en suppléant i son nom qu'ils ignorent , par celui de Biederman^ qui signifie homme d'honneur , prud'homme. C'est ainsi au moins que je le trouve communément désigné quand on cite ses œuvres. Tout ce que je peux dire de plus que le public n'en sait , c'est que le désir de découvrir les conspirations de la Secte et d'arriver à ce qu'il rega'rdoit comme le vrai moyen d'en prévenir les suites , soutint seul cet adepte dans les épreuves qu'il lui fallut subir. Passé par tous les grades, il arriva enfin jusqu'aux derniers mystères. Il publia ceux du Prêtre et du Régent illuminé , sous le nom des derniers travaux de Spartacus et de Philon. Il joignit à ces gr.ides lès Tnstructlons qui les accompagnent , et Vhistoire critique de tous les grades de Vlllumi^ nisme, Jen'aurois pour garant de sa véracité, que la conformité de ses assertions avec tout ce qu'une étude réfléchie nous indique ou nous montre dans les écrits originaux de l'IUuminisme ; je n'hésiterois pas à le croire l'homme le plus instruit et le plus véridique sur la Secte. Le certificat qu'il a mis en tête des grades de Prêtre et de Kégent illuminé^ dont nous lui devons la plus parfaite connoissance , est pleinement indubitable pour moi ; car je sais qui a vu et lu ce certificat et l'orî*^inal écrit de la main de Philon-Knigge. Je sais
qui a vu le cachet de l'Ordre appose à ce certificat. J'entre dans ces détails, parce que dans des discussions de cette importance le public a droit de savoir à quel point j'ai porté mes recherches, et qu'elle confiance méritent les autorités sur lesquelles je m'appuie. Celle que je vais citer, c'està-dire celle de notre Biederman , est fondamentale pour tous les auteurs allemands qui ont traité de l'IUuminisme. Ecoutons donc ce qu'il nous dit de ces derniers mystères. Voici ce C[ue je lis vers r xrlZ * la fin de son histoire critique : * a Pour
DE lIaipiété et de l'Anarchie. 193 « Pour ces deux grades de Mag^s et de l'Homme-^ » Roi , il n'est plus de réception , c'est-à-dire » plus de cérémonies d'initiation. On ne permet » pas même aux Elus de transcrire ces grades ; j> on les leur communique par une simple lecture; » et c'est ce quj m'empêche de les joindre à ceux » que j'ai fait imprimer. »
» Le premier , qui est celui de MagCj appelé » aussi le Philosophe ^ contient les principes fou- I» damentaux du Spinosisme.Tout est ici matériel; I» Dieu et le monde ne sont qu'une même chose ; » toutes les religions sont inconsistentes ^ cbimé- ^ riques , et l'invention d'honunes ambitieux. » Derersiej welcherMngus auch Philosophus heisst, enthœlt Spinosistiche ^widsœtze , nach welchen - ailes material , Gott und die wèlt einerley , aile Religion unstasthqft , und eine erfindung her^ siichtiger menschen ist. (a)
(a) J'aurois à citer le témoignage d*un autre adepte, dont Toici les expressions » dans sa lettre aux autenrs de tEu demoniaj ( tom. 5 , N.** 2, art. 4 : « Je yeux tous T^ assurer en toute vërltë que moi aussi j'ai yu les grands » mystères , et snëcialement qu'en 1785 j ai eu en main ]> le grade de Philosophe ( ou Mage ) et que la courte ' )> description , Tidëe quon en donne dans CEndliches "p schicksal ( dernier, destin de la Franc-Maçonnerie ) î^ est entièrement fondée. >> L'auteur de cet Eadliches schicksal n'a fait nue copier, comme moi , le texte de Biederman : ainsi le témoignage du nouvel adepte confirme le premier j mais je n'ai aucune conuoissance de ce nouTei adepte. Je vois seulement qu'il a signé sa lettre , en priant les auteurs de VEu demonia , de ne pas le nommer sans une vraie nécessité. ^ O'ailleurs, ajoute- V t-il, je suis catholiaue ; et dans le pays ou je' vis je >> pourrois avoir des aésagrémens pour a avoir pas 'dep mandé l'absolution de mon serment , avant dt» rendre » public ce (fuef avais promis de tenir secret.s> Monsieur le catholique , je le suis aussi tout comme vous j mais le serment que vous aviez fait aux Illuminés est- il supérieur \ celui que vous ave* fait à l'Etet l Pourquoi donc ne pas