‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 23 sur 61 · Tome III. N · texte numérisé non relu

Tome III. N

j 94 Conspiration des Sophistes

» Divers principes , ajoute noue auteur , déjà i> insinués , introduits dàn^ lés grades antérieure y> par Philon et Spartacus , pouvoient en quelque D sbrtè faire soupçonner que c'étoit là le terme » s^uquel ils conduisoient. i» Assurément rien n'étoit mieux fondé qu'un pareil soupçon. Cèttfe nature si souvent unie à Dieu , représerilée active cotnme Dieu , poursuivant avec la mênié immensité de forces , avec la même sagesse que Dieu , les plans qu'elle a tracés ; et cent autres expressions de (!ette espèce daris la bouciiedd Hiérophante ^ indiquoient assez clairement que le Dieu de Weishatipt , comme celui de Spinosa ou de Lucrèce , n'étoit pas autre chose que la matière et l'Univers 5 ou le Dieu des Athéeàk Car le sieiir d'Alembert a beau dite que le Spinosisme est pré^ cisément le système le plus opposé à TAthéislne ; ( Foyez Eloge de Montesquieu ) et Spinosa , tout comme d'Alembert , âùrôit beau dire qu'au lieu

livrer au Magistrat oii bien au JPl*]ncc^ ces prenves ode TOUS atiez d'une conspiration contre TËtat f On se rait de plaisantes iddes de probitë. Oh se eix^it obligé dé tenir un àetmeht fait li des conjurera , et où manque k celui que tbut citoyen doit ^ la patrie. Dites , je le veux bien , qu'il est des précautions h prendre pottr TOtre sûreté^, pour que des scélérats qui prétendent avoir sur vous le droit de vie et de mort , ùe vous à^sàs^in£ht pas. Prenez ces précaution^, en ihstruisant lei inagistrat public; mais ne nous donnez pas pour éicuse votre fid^ité à un serment qui vohs rend parjure fenvers l'Etat

Malgré le reproché que me semble mériter fcet adt^pte, son ténidrignage n est pas h hégliger ; puisqu'il 9'ëst nommé aut âutëià*^ de tEu dùrtiohi'a , journal qui S'imprime à Francfort sur le Mfein , et dont lés auteur^ iitéritent la reconnoissàncç publique par le zëlè àvfec fëqxiel il combattent là Secte. Je dbis a létirs feuilles là cônfiraiâtion de bien ded ihstrilétlobs iijui ine sbtlt f ëftU^s de Bavière ou d^Aatriche. Cette totiforuiilé më VàAiixtk tôUjoura sur la vérité de mes rechercher.

DE LImpiété et de L'Anarchie. 19?

dTétre athëe , au lieu ée met Dieu , il fait tout Dieu ; la sottise et rimptideiice de cette excuse n'en sont pas moins extrêmes. Dire qu*il n'y a point d'autre Dieu que le monde , ( 'est évidetnraent nier le seul Et;fë qui puisse être justement appelé Dieu ; c'est se jouer des botnines , et leur dire que Ton rfetierit la chose parce qu'on n'ose pas ôter le nom , alors même que l'on fait usage du nom de Dieu pour détruire l'idée de la divinité.

Je crois donc avoir bien suffisamment démontré que ce premier objet des grands taystères de Tliluminismc , cet objet de tant de ruses et de tant d'artifices , est de conduire les adeptes au plus ' monstrueux athéisme , et de persuader à tous les

Seuples que toute religion n est que Finventibri ^

'ambitieux imposteurs ; que pour se délivrer du despotisme de l'imposture et recouvrer les fameux droits de l'homme , la liberté , l'égalité ^ il faut commencer par anéantir toute religion ^ tout culte 9 tout autel , cesser de croire en Dieu, seeoitd Continuons à lire la déclaration du même o^^M^et adepte ; et la partie des mystères dévoilés pas la m^i^^ Secte dans son dernier grade ne sera pas moins* J^*^]J^^

évidente. adepte.

« Le second grade ( des grands mystères ) jfc appelé VHomme^Roty dit ici notre Biederman^ p enseigne que chaque paysan, chaque bourgeois, >» chaque père de famille est souverain , comme )> l'étoient les hommes sous la vie patriarchale à 0 laquelle on doit ramener le genre humain ; et p qu'il faut par conséquent détnnre toiue autorité, p toute magistrature. — J'ai aussi lu ces deux p grades , moi , qui suis passé par tous ceux dé p l'Ordre » der z^eyte , Rex genanntj lehrt dass ein ieder Bauer^ Burger unaHausvater éin Souverain sey y me in dem patriarchalischen leben ,

196 Conspiration des Sophistes

auf welches die leute wieder zurûchgehracht werden miissen^ gewesen sey ; und dassfolglich aile obrigkeit wegfallen musse*

Diesse beyden graden habe auch ich , der ich in dem orden ailes durchgegangen bin , selbst gelesen. ( Ibid. )

Quelque irréfragable que soit ce témoignage , il en coûte de croire qu'il se trouve des hommes portant tout-à^la-fois Tabsurdité et la scélératesse au point de n'élever leurs disciples avec tant de constance y tant de précautions , de soins et d'artifices , que pour leur dire enfin : <ç Tout ce que b nous avons fait jusqu'ici poiur vous, tendoit à 7> vous rendre dignes de travaii^Ier comme nous et >/ avec nous , à la destruction , à l'anécintissement » de toute magistrature, de tout gouvernement, » de toute loi , de toute société civile , de toute » république même , de toute démocratie, comme 3» de toute aristocratie , de toute monarchie. — » Tout cela ne tendoit qu'à vous faire deviner » peu à peu , à vous persuader ce que nous vous y> disons aujourd'hui clairement. — Tous les hom- » mes sont égaux et libres ; c'est là leur droit ims> prescriptible ; mais ce n'est pas sous les rois * seulement que vous perdez Fusage de cette li- » berté. Elle est nulle par-tout où il existe d'au- 0 très lois pour les hommes que leur volonté » même* Nous vous avons beaucoup parlé de » despotisme et de tyrannie ; mais le despotisme » et la tyrannie ne sont pas dans le monarque 3» seulement ou dans l'aristocrate : on les trouve » essentiellement dans le peuple souverain dé- » mocrate , dans le peuple législateur , tout » comme dans le roi législateur. Quel droit a » donc ce peuple ou cette multitude et sa ma- *>. jorité , de me soumettre, moi et la minorité à » ses décrets ? £toit-ce là le droit de la nature ?

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 197

» E^istoit-il des peuples souverains et lëgislap leurs y' plus que des rois ou des aristocrates » législateurs , quand l'homme jouissoit de son » égalité et de sa liberté naturelle ? Voici donc » nos mystères. — Tout ce que nous disions y> contre les despotes et les tyrans , n'étoit que y> pour TOUS amener enfin à ce que nous avons à n vous dire du peuple même , de ses lois et de » sa tyrannie. Ces gonvernemens démocratiques » ne sont pas plus dans la nature que les autres » gouvememens. Si vous nous demandez corn- » ment les hommes vivront-ils désormais sans » lois et sans magistratures . sans autorités cons- » titûées, réunis dans leurs villes? la réponse y» est aisée : Laissez-là , et vos villes et vos villaj» ges , et bnilez vos maisons. Sous la vie patriar- » chale 9 les hommes bâtissoient-ils'des villes, » des maisons , des villages ?* Ils étoient égaux et n libres ; la terre étoit a eux ; elle étoit égalep ment à^tous ; et ils vivoient également partout. » I-«€ur patrie étoit le monde , et non pas l'An- 3^ glelerre ou TEspagne, l'Allemagne ou la France, j» C'éloit toute la terre , et non pas nn royaume 3» ou une république dans un coin de la terre. y Soyez égaux et libres ; et vous serez Cosmo- » polites ou citoyens du monde. Sachez apprécier » l'égalité y la liberté y et vous ne craindrez pas » de voir brûler Rome , Vienne, Paris , Londres, » Constantinople y et ces villes quelconques , » ces bourgs et ces villages , que vous appelez » votre patrie. — Erère et ami < tel est le grand » secret que nous vous réservions pour ces mys- » tères. »

Oui , sans doute y il en coûte de croire que la stupidité mariée à Torgueil , à la méchanceté, à tous les vices, ait donné à Weishaupt des adeptes capables d'assister à ces mystères , et dé ne

irfiS Conspiration des Sopidstes voir dans ces oracles que ceux de la sagesse et d© la suprême philosophie. Il en coûtera sur-tout aux jacobins y aux prétendus patriotes de la démocratie , d'apprenare que c'est là le vrai terme où les conduit la Secte ; qu'en détruisant par eux tous les gouvernemens qui existoient , son objet ultérieur n'en est pas moins de renverser un jour celui qu'ils bâtissent eux-mêmes. Cependant , en prêtant ce langage au Hiérophante des derniers mystères^ qu'ai-je dit que l'instituteur même de la Secte

PretiTcs n'ait qéjà dit lui-même ? Qu'est-ce que ces dis- P'^^*^^^**^' cours siimportans qu'il réserve pour ses derniers

itt:rieurs. mystèrcs rQue peut-êtrç sur-tout ce discours sur la \?ie que tantôt il appelle patriarchale , et tantôt des nomades ou des hordes errantes, ou même de l'homme encore sauvage? ( Ecrits origiru t. 3, htt. loà Caton* Avec cette vie patriarchale et ' ces hordes errantes , quelle €st la démocratie la plus absolue qui pourra subsister ? Qu'avonsnous besoin d'assister à ses derniers mystères , jpour savoir de la Secte elle-même toute l'étendue de ses complots ? Nous avons entendu Weishaupt piaudire, conune un des grands principes ou plu* tôt conune le principe consommateur des maux du genre Humam , cette époque oiïi les hommes » s'unissant par des lois sous des gouvernemens civils , formèrent ces premières sociétés appelées peuples et nations. Nous l'avons entendu maudire les nations et T amour national y comme la grande source de Végoïsme ; maudire les lois , les droits des nations , comme inconciliables avec les lois^ les droits de la nature. Qu'est-ce donc pour la Secte que faire disparoître les nations , si. ce n'est àl^olir , anéantir toute société civile , nationale ? Qu'est-ce que ces blasphèmes contre Vamour de la patrie, si ce n'est l'invitation 1^ plus directe à n'en plus lecoimoître ? -^ Nous avons entendu

DE L'Impiété et de l'ànaechis. ^99 Je môme Hi^rophapte q>prenaiu aiix adaptes ^ que la vraie mprale ne peut être autre chose que tart de se passer de Princes , de gomerneurs , et celui de se gou\^erner soi-même. Nous l'avop^ entendu apprendre à ses adeptes que le péché originel des bommes éioit leur réunion sous les lois de la société civile ; que leur rédemptior\ seroit l'abolition de cet état civil. Dans Texcès de sa hîiine frénétique contre tout ce qui tient ^ l'empire des lois , et dans l'espoir de sou epthou* siasme > npus l'avons entendu s'écrier : J^aîjs^scz les rieurs rire , les moqueurs se moguer ; il nefi tiendra pas meifis ce temps ou les Prince^ et les ,nations disparQitront;ce temps où chaque homme n'aura plus d'autres lois que celles d^ sa raison^ Il n'a pas hésité à le dire : ce grand œuirre sera celui des sociétés secrètes ; c'est à ces sociétés . secrètes que la nature confie ses archives ; c'est . par elles que Thomme doit être jrétabli dans ses droits de liberté y d! égalité , dans cette indépenr dance qui ne lui laisse d'autres lois que celles de sa raison. Il l'a dit formellement : c^est là un des' graridf mystères de notre Illicminisme ; ( Voyez : ci-dessus gradç d'Ëpopte ) et nous croirions encore qu'une conspiration , d'après les expressions de son auteur même , inQniment supérieure à çe^ mysrtères, n^a point pour véritable objpt la ruine. absoe- . lue de toute loi , de tout gouvernement ^ de toute , société civile ! Nous avons vu la Secte provenir jusqu'aux objections que l'évidence oppose à ses systèmes plus scélérats encore qu'insensés , prévenir ses adeptes Qu'il ne doit pas en être de l'indépendance rappelée parmi les hommes y comme il en fut de l'indépepaance une première fois perdue par les hommes ^ qu'instruit par ses désastres^ le genre humain sera ce qu'est tout homme corrigé par une longue expérience , et qui n'a gacdo

Conspiration des Sophistes

de retomber encore <!ans les fautes qui firent ses malheurs : nous l'avons entendu promettre à ses ëlus que cette indépendance une fois. recouvrée, c'en étoit fait pour toujours de l'empire des lois , de toute société civile ; et nous ne croirions pas cette conspiration contre la société profondément projetée , méditée , délibérée !

S'il- est quelques lecteurs séduits par l'image de cette vie patriarchale, dont l'astucieux «Weishaupt annonce le retour , je leur dirai encore ce que c'est que cette vie patriarchale , pour nos prétendus apôtres de la nature.

Je n'ai pas seulement annoncé la société civile anéantie par leurs mystères. II ne m'a pas suffi de dire : Si le Jacobinisme ou si les conjurés de l'égalité et de la liberté l'emportent , c'en est fait de toute religion , de tout gouvernement ; j'ai ajouté : A quelque rang de la société que cous apparteniez , ços richvsses , i>os champs , ços chaumières ^jusqu à vos en f ans ^ tout cesse d'être à ^*ouSé ( Voy. le Prospectus de ces Mémoires.) J'ai dît aussi : Point de fanatisme ^^ point d'en^ ihousiasme ; je n'en veux ni dans moi ni dans mes lecteurs. ( Préface. ) Je l'ai dit ; et faut-il désormais autre chose que les plus simples réflexions sur ce que nous avons déjà vu des leçons de la secte , pour ne pas voir ici toute l'étendue qu'elle a su donner à ses complots ? Est-il même autre chose que la stupide prévention qui puisse se refuser à l'évidence ?

Sccrpts Que celui qui prétend^ sous cette étrange vie complota patriarchale , conserver son champ ou sa maison , contre la OU la' moiudre partie de ses propriétés , revienne proprictc'. Jq^c aux petits mystères de Weishaupt, Là , malgré ce titre de petits mystères , il est dit à l'adepte : « Heureux les hommes , s'ils avoient su » se maintenir dans le premier état ou ils furent

DE lImPIÉTÉ £T DE L'AnARCHIE. COI

» placés par la nature ! » Là il est ajouté : « Mais » bientôt dans leur cœur se développe un germ^ » malheureux ; et leur repos , leur félicité dis- » parurent* A mesure que les familles se multi- » plîoient , les moyens nécessaires à leur entretien n commencèrent à manquer. La çie nomade cessa ; » la propriété naquit ; les hommes se choisirent » une demeurejixe ; V agriculture les rapprocha. » -^ Quelles furent , d'après la secte , les suites funeste de ces premiers écarts hors de la vie nomade ou patriarchale ? Le Hiérophante se hâte de le dire : La liberté fut ruinée dans sa base, et l'égalité disparut. Hier wurde auch zuggleich dergrund zur untergang der frefheit gélegt; die gleicheit çerschwand. Cette vie patriarchale et nomade à laquelle la secte prétend vous ramener , n'est donc pas autre chose que celle d'une époque prétendue antérieure à la propriété^ à la construction de vos demeures fixes ^ de vos maisons ou de vos chaumières , et à la culture de i^os champs. La naissance de cette propriété , la cons* truction des chaumières , la culture des champs » sont donc la première atteinte mortelle portée à régalité , à la liberté. Avec des scélérats désespérés qui ne vous prêchent que cette égalité , que cette liberté , voulez-vous revenir à leur vie nomade ou patriarchale P Commencez donc par renoncer à tout ce que vous appelez votre pro-* priété ; laissez là vos maisons et vos chaumières , toute demeure fixe ; abandonnez vos champs ; convenez-en avec là secte , et dites avec elle : Le premier blasphème contre \ égalité^ la liberté^ est sorti de la bouche de l'homme qui le premier à dit : mon clllmp , ou ma maison , mu propriété. Oui , il faudroit vouloir s'aveugler soi-même » pour se cacher la haine et les conspirations delà «ecte contre toute existence, tout titre , toute pcé-

if)4 Conspiration des Sophistes tention de propriétër Elle n'en connoit point ; et il n'y en a point en Bfl'et de compatible avec c« iqn'elie appelle la liberté^ X égalité^ avec cetta tiature qui donne tout à tous également ^ et qui ireut que cet or , cet argent ou ce champ soient à moi comme à votis..

Il ne s'agit pas même ici de lois agraires , ou de ces champs et de tontes ces riche^ises , de ces -propriétés quelconques à distribuer également ; il ^e s'agit pas simplement d'abolir la distinction de riches et de pauvres ; il s'agit d'abolif toute propriété , celle du pauvre comme celle du riche. Le Sremier qui fixant sa demeiu'e , se trouva fatigué e la vie nomade, errante , vagabonde et sauvage, bâtit une chaumière et non pas des palais ; le premier cpii traça des sillons , demanda à la terre du pain , non des trésors ; ce n'en fut pas moins lui, dans les principes de la secte, qui tua l'égalité et la liberté. Pauvre ou riche d'ailleurs , ce champ qtie vous avez défriché est à moi comme à vous , ou bien n'est à personne ; toujours suivant la secte, j'ai donc, malgré votre travail et malgré tonte l'oisiveté de mes bras , le même droit que vous aux fruits de cette terre que je lais&ois inculte et que vous rendez fertile. Qu'il soit pauvre ou

Ju'il soit riche, l'égalité n'en disparoit pas moins, es qu'un homme peut dire que ce cliamp est à lui , et que je ne peux dire : ce cliamp*là est à moi. S'il est un premier titre pour le pauvre, il en est un second pour le riche. Il en est un pour les trésors et les palais , s'il en est un pour les chaumières. Dès-lors l'Illuminé voit ici les besoins , là il voit l'abondance , nulle part il n& voit l'égalité et la liberté , par-tout le despotisme ou l'esclavage. < Son égalité , sa liberté sont cependant pour lui les droits de la nature ; il les a vu mourir dès l'instant ^u'il a YU la propriété paroUre et l'homme sefixer^

DE l'Impiété et de l'Anarchie. -soS Pauvre ou riche, vous n'en êtes pas moins pour lui l'assassin de la liberté et de l'égalité, dès que vous prétendez à la propriété. Dès^lors vous n'en serez pas moins maudits dans ses mystères. Pauvre ou riche 9 vous n'en êtes pas moins l'objet de la conspiration , par cela seul que vous avez cru pouvoir dire : ce denier ou cet or , cette cabane ou ce palais, ce champ ou ce domaine sont à moi. Ce ne sont encore là que les demi-secrets de ses adeptes ; il les dévoile à ses Epoptes ; il vous dit «n réserver la plénitude pour ses Mages et pour son Homme-Roi: conservez donc encore, s'il est possible , riche ou pauvre , Tespoir de voir la Secte respecter vos propriétés dans ses derniers mystères. Ou plutôt aujourd'hui vous la voye^ donner au pauvre ce qui étoit au riche, attendez le moment des grands mystères ou des derniers complots , et le pauvre saura que si l'IUuminisme commence par dépouiller 1^ riches , c'est pour apprendre au pauvre que sa propriété n'étant pas mieux fondée , le moment de la maudire et de l'en dépouiller arrivera pom: lui tout comme pour le riche.

Les proOTès du sophisme sont ici remarquables. Que ce qu ils sont déjà , nous dise ce qu'ils seront un jour. Le Genevois , sophiste de la liberté et de l'égalité , prévenant les leçons du moderne Spar^- Éacus , nous avoit fait entendre cet oracle : « Le » premier qui ayant enclos un terrain s'avisa de » dire , ceci est à moi , et trouva des g»ns assez » simples pour le croire y fut le vrai fondateur de » la société civile. » Le Genevois sophiste avoit ajouté : u Que de crimes , que de guerres , de » meurtres , de misères et ahorreur n'eût point -p épargné an genre humain celui qui , arrachant » les pieux ou comblant les fossés , eût crié à p ses semblables : garde^vous ^'écouter cet im«

204 CONSPlllATION DES SOPHISTES

y posteur , vous êtes perdus y si vous oubliez que î* les fruits sont à tous , et que la terre ri est à » personne ! » (Discours sur IHiiégalité des conditions y 2.® part. ) Qu'il auroit épargné de forfaits et de spoliations à la révolution française, ce même Sophiste, si, renonçant à' son désastreux paradoxe , il avoit su donner au genre humain des leçons plus vraies , plus réfléchies , et s'il nous avoit dit : © Le premier qui, ayant enclos un terrain , s'avisa de dire : ceci n'est à ^personne , je le cultiverai ; de stérile , je le rendrai fertile ; je ferai ce que la nature exige de moi pour en tirer ma subsistance , celle de mon épouse , celle de mes enfans ; et ce terrain sera à moi* Le Dieu de la nature , qui ne l'a encore donné à personne, Foifre , ^t le donnera au premier cultivateur pour fruit de ses travaux. — Le premier qui, tenant ce discours , seconda le vœu de la nature et trouva des hommes assez sages pour l'imiter, fut le bienfaiteur du genre humain. Il apprit à ses enfans qu'ils n'étoient pas faits potir disputer aux animaux ou pour se disputer entre eux les fruits sauvages de la terre. Il leur dit qu'il étoit des vertus domestiques et civiles préférables à la vie vagabonde et trop souvent féroce des Nomades. Sa postérité fut bénie , ses générations se multi* {)lièrent. S'il ne put prévenir tous les fléaux , il arrêta au moins ce premier des fléaux , cette stérilité qui étouffe le germe de la vie , et ne laisse aux forêts que des hommes épars , trop souvent semblables au lion et au tigre , à qui* seuls elles sont destinées. »

Si Jean-Jacques eut tenu ce langage , il se fût évité l'ignominie d'être le père de Weishaupt ; mais la sottise humaine , baptisée du nom de Philosophie , prodigue des éloges au paradoxe du Genevois; le sophiste Bavarois s'empare du code

DE l'Impiété et de l'Anakchie. ;so5 de Jean-Jacques , et le délire de Torgneil est puni par le délire de la scélératesse. Ce qui n'avoit été dans les maîtres que le paradoxe d'une folle indépendance , sans perdre sa sottise , devient dans les élèves une désastreuse conspiration.

Il n'est plus temps de dire simplement : Ce sont là les chimères des Sophistes ; il faut dire aujourd'hui : Ce sont là les complots qui se trament contre vos propriétés ; les complots qui déjà vous expliquent tant de spoliations révolutionnaires ; celle de l'église, celle de la noblesse^ celle de nos marchands , celle de tous les riches propriétaires^ — Je le veux , ce sont là des chimères ; mais ce sont les chimères de Weishaupt , du démon des brigands conjurés, du démon le plus riche en sophismes , le plus fécond en artifices » pour les réaliser. Ce que Jean-Jacques a dit à ses sophistes^ le nouveau Spartacus le dit à ses légions illumi-> nées : Les fruits sont à tous , la terre n'est à perr sonne ; il le dit dans ses antres , et il ajoute : Quand la propriété a commencé , tégaliié , la liberté ont disparu; et c'est au nom de cette égalité , de cette liberté qu'il conspire , qu'il invite ses conjurés à rendre aux hommes la vie , patriarchale.

Que ce nom de vie patriarchale ne voua en ias^<. impose pas. Le Hiérophante Illuminé vous parle «<»"»!«, d'Abraham et des Patriarches , du père prêtre et "^pJtcr-. Roi , seul souverain de la famille. N'allez pas n«^croire ici voir le père entouré de ses enfans, exerçant sur eux le plus doux des empires , et chacun d'eux docile à cette souveraineté donnée par la nature , en révérer les ordres , en prévenir toutes les volontés. Mon , ici cet empire n'a pas plus de réalité que le Sacerdoce. Nous l'avons assez yu dans ses derniers mystères , il n'est pas plus de Dieu pour le Patriarche illuminé qu'il n'en est

2o6 Conspiration dès Sophistes pour l'athéfi ; commencez donc d'abord par re« ' trancher de la vie patriarchale ce spectacle du père offrant à l'Eternel les vœux de ses enfans , offrant pour eux des sacrifices, faisant au milieu d'eux toutes les fonctions de prêtre du Dieu virant* Attendez-vous ensuite à voir disparoilre dans ces mêmes mystères de la Secte, tout l'empire du père comme son Sacerdoce. Je n'ai pas craint de vous le dire : Si la Secte l'emporte, /us^u'à î^os enfans y tout cesse d'être à wus; je le dirai encore : Toute cette prétendue souveraineté du père, n'est qu'une vraie conspiration contre l'autorité paternelle* La preuve en est toujours dans le code de la Secte.

Weishaupt n'a pas ici , plus que dans ses blasphèmes , la gloire de Finvention. Et Jean* Jacques et la tourbe Encyclopédiste nous le disoient depuis long^temps : L'autorité du père cesse avec le besoin des enfans ; c'étoit de ce principe qu'ils a voient celui de toute rébellion. Celui qui n'inventa son nouvel Illuminisme que pour en faire la sentine, l'abyme , le monstrueux ensemble de toutes les erreurs les plus antireli^

{rieuses , les plus antisociales , ne pouvoit pa9 aisser iOTOrer à vos enfans ces leçons de leur indépendance dans le sein de vos familles même , et le prétendu droit de ne suivre qu'eux-mêmes , de n'avoir d'autre loi que leur raison aussi , dès qti'ils ont assez de force pour vous désobéir et se passer de vous* Dites à l'Illuminé que vos enfans sont à vous et qu'ils vous appai:tiennent, son Hyérophante a déjà répondu : « La puissance » vaterneUe cesse ai^ec la faiblesse de V enfant; le *> père offenseroit ses en fans s*il réctamoit encore » quelque droit sur eux après cette époque. » Ce n'est encore là que le principe posé dans les petits mystères. Suivez les conséquences ^ oa

DE Ll3!PIÉTÉ ET DE l' ANARCHIE. 207 plutôt Jaîssez u la révolution le soin de les développer. Vous apprendrez alors ce que c'est, que ce père souverain dans sa famille. C'est celui dont les enfans commencent à peiile à bégayer les mots de liberté , d'égalité ^ et le mot de naison;

3ue la voix des parens est pour eux celle du espotisme , de l'oppression et de la tyrannie* — Qu^ c^ Patriart:be-Roi ne s'attende pas plus à la reconnoissance et à l'amour de ses sujets ^ de ses .enfans , qu'à leur obéissance. En leur donnant la liberté , l'égalité , le Hiérophante f leur a déjà appris à blasphémer Vamour de la \ Jamille j plus encore que l'amour national et \ Vamour de la patrie \ ses leçons leur ont déjà ' montré dans cet amour de la famille le principe , le plus inmiédiat du désastreux égoïsme. Cherches donc encore par quel lien vos enfans vous appar^ tiennent ; comment ils sont à vous ^ dès qu'ils peuvent sans crainte résister à votre souveraineté patriarcbale , ou même dès qne leurs bras débiiei ont au moins assez de force pour cuelUr l^ fniit qui les nourrit. Non , il n'est plus de liens pour la secte infernale. Tous ceux de la nalur« ^ commit tous ceuic des gouvernemens et de la religion s'effacent dans les derniers mystères de Yeisheupt. L'enfant , comme le tigre , oublie son père , dès qu'il peut courir seul à sa proie. Eh ! c'est là ce que la Secte appelle ramener l'univers à la nature, au fègne patnarchal ^ à cette époque où le respect des enfans poiu* le père suppléoit seul auK lois de la société civile ! Oui 9 c'est en consommant la dépravation des meéurs par l'extinction des plus justes, des plus purs sentimens de la nature, que la Secte consomme ses mystères. Au nom de soit égalité et de sa liberté , elle maudit l'empire et l'amour de la patrie ; an nom de cette même égalité , de cette^ même liberté ^ elle abjura l'empire et l'amour de la famille.

2o8 Conspiration des Sophistes

A mesure que je dévoile ces complots , je le sais , le Lecteur se demande : Mais que veulem-ils donc ces monstrueux Conjures ? M'ont -ils donc pas eux-mêmes une fortune «à conserver dans nos sociétés ? N'ont-ils pas des enfans dans leurs familles ? Est-<:e bien contre eux-mêmes qu'ils conspirent ? ou ne voient -ils pas que leurs complots retomberont sur eux ? — Vous qui nous opposez ces questions , vous ne savez pas ce que c'est que l'enthousiasme de l'erreur, soufflée par le démon de l'orgueil et de l'indépendance , et de l'impiété , et de la haine ou de la jalousie. Vous n'avez pas entendu comme nous , et les héros , et les demi-héros , et les Sans-Culottes ^e la Révolution, — Ils veulent être égaux et libres : ils le veulent par-dessus tout et à tout prix. —11 leur en coûtera des sacrifices ? ils sont prêts à les faire. — Il leur en coûtera leur for* tune ? vous n'aurez plus la vôtre. — Celui qui les servoit deviendra leur égal ; ils n'auront plus ni Dieu ni homme au-dessus d'eux. Lucifer a perdu son éclat dans les Cieux parce qu'il esl un Etre qu'il vouloit égaler ; croyez qu'il est des hommes dont l'orgueil insensé et dont la sotte impiété diroient au même prix : Je ne servirai pas. — N'opposez pas sur-tout au Jacobin élève de Yeishaupt , les liens de la nature ; ne lui opposez pas ce qu'il doit à son père , à sa mère , ou ce qu'il doit à ses enfans , et les atroces conséquences de ses mystères. Auriezvous oublié ce précepte qui dirige ses Frères Insinuans owEhroleurs ? --Lesprincipes, toujours les principes ; jamais les conséquences. — C'est-àdire pressez et insistez sur ces grands principes ^ l'égalité , la liberté ; ne vous laissez jamais ou effrayer ou arrêter par les conséquences» quelque désastreuses qu'elles puissent paroitre. Les insensés

ne

BE 1,'ImPIÉTÉ et de L'AnâRCHIE. ISO j

ne savent pas » et leur orgueil leur cache, qu'une seule conséquence dëmontrëe fausse , contraire à la nature , désastreuse au genre humain , devient par cela seul à la démonstration que la nature ^ comme la vérité , déteste le principe , source de ces désastres. Les insensés , avec toute la confiance de l'athée Condorcet devenu l'adepte de.Weishaupt, s'écrient jusques sur la tribune de nos Législateurs; Périsse Puniçers; que leprincipe reste. Ils ne voient pas qu'une liberté et qu'une égalité dévastatrices du genre humain , ne sont pas et ne peuvent pas être l'égalité , la liberté du genre humain. Les insensés périssent sous la hache de leur égalité , de leur liberté ; et tombent en criant : Fiv.ent t égalité et la liberté! Non , vous ne savez point cë'"qîie~c'(èst que l'enthousiasme de l'erreur soufflée par l'orgueil , vous qui opposeriez à la réalité de ces complots , le cri de la nature ou les intérêts mêmes de l'adepte illuminé. Vous n'avez pas sur -tout assez conçu avec quel art et à quel point les Hiérophantes de l'IUuminisme savent presser , animer, échauffer cet enthousiasme dans leurs antres.

Reposez-vous d'ailleurs sur la scélératesse ellemême , quant au soin de ses intérêts , dans le bouleversement qu'elle médite. Elle dit à l'adepte imbécile que ses besoins factices disparoi tront avec le règne de la liberté et de l'égalité ; qu'il n'en aura plus que le sauvage ; que la nature y pourvoira : et l'adepte imbécile briile d'ardeur pour son égalité. L'adepte scélérat se promet bien que si les fruits de la terre sont à tous^ et la terre à personne , il saura du moins assurer sa partie des fruits*

Mais est-ce bien ces adeptes et leurs complots que j'ai à concilier avec eux«mémes ! Que leur T0M£ IIL O

àïo . Conspiration des Sophistes importe à eux , que vous les conceviez ou non ? Les scélérats sont pleins de contradictions , ils n'en sont pas moins scélérats ; et leurs . forfaits n'en sont pas moins réels. Vous ajoutez en vain aux objections ; yous nous dites en vain : mais que veulent-ils avec leur monstrueuse égalité , avec tous leurs projets contre nos loix civiles y contre les droits et le nom même de la propriété ? Faudra-t-il pour leur plaire que nous renoncions jusqu'à nos demeures fixes ? Faudra-t-il commencer par renoncer à nos arts , à nos sciences , et finir par brûler nos villes , nos bourgs , nos villages, pour errer à leur gré en hordes nomades et sauvages ? Faudra-t-il égorger la moitié du genre humain , et plus encore , pour que la terre n'otfre plus à leurs yeux que ces hordes éparses ? Qu'est-ce donc que ces sciences et ces arts ;

3u^est-ce sur-tout que ces académies Minervales el'IlluminismeFTout cela ne tend-il qu'à nous donner la science , ou bien plutôt qu'à nous ra* mener les désastres de la barbarie ? Est-ce donc une génération de Vandales, d'AIains, de Goths, de Yisigoths y de Huns , que ces Illuminés ? et l'Europe est-elle menacée d^une nouvelle inon-* dation des Barbares du Nord ? — Pour répondre à toutes vos questions , vous croyez m<e voir mettre des restrictions aux complots de la Secte : je vais vous étonner. Oui y il faut vous résoudre a voir finir le règne de vos arts ; oui , il faut commencer par brûler vos habitations et non pas vos palais seulement , mais vos villes , vos bourgs y vos villages et toutes vos demeures fixes , si vous n'arrêtez pas les complots de la Secte* Oui , ce sont des Vandales y des Goths , des Huns , des Ostrogoths y et tous les Barbares du Nord y et toute lear inondation y et tous leurs ^âastres et toutes leurs dévastations qu'il faut

DE l'Impiété et de l'Anirchie. 2u1 vous attendre à voir renaître dans les légions de la Secte , par-tout où elle sera libre de remplir Tobjet de ses complots. Et cette réponse , ce n'est pas moi , c'est la Secte elle - même qui vous Ta déjà faite dans son Code.

Pour vos sciences et pour \ùs arts , n'avez* vous pas déjà entendu ce qu'elle en dit à ses adeptes ? Quand elle leur demande ce qui les a réduits y eux et le genre humain à l'esclavage , ne leur a-t-elle pas appris à lui répondre : Xa société , rétat , et les gouvememens et les sciencesm N'ave2-vous pas entendu ces Hiérophantes apprendre à rinilié à soupirer après cette période où la tourbe des sciences inutiles se troumntban^ nies de là terre , l'homme n'en sauroit plus connoitre d'autre que celle de cet état sauvage ou nomade prétendu patriarchal et primitif et naturel auquel ils nous appellent? Ne voas ont-ils pas dit, ces Hiérophantes , que la gloire , le bonheur de la Secte seroit à son comble quand elle pourroit dire , en voyant arriver ces heureux temps , que voilà son ouvrage? Wenn die beschleunigung die^ ser période unser werk ist ? ( Voyez ci - dessus le Prince Illuminé.) Serions-nous encore dupes de ce nom à^ académies Minervales dont elle décore ses écoles ? et pouvons-nous y voir d'autre étude que celles de faire servir les sciences mêmes à la des-» truction de leur empire , comme à la destruction de toute religion , de toute société; quand au sortir de ces académies, la Secte , pour juger du progrès des adeptes, se montre si inquiète sur la réponse du candidat Epopte à ces questions ? « Les sciences « dont les hommes s'occupent en général , ( et » pour traduire plus littéralement ) » les sciences » communes , générales , gemeinen wissens shaf- » ten , nous donnent-elles de vraies lumières ? Con- » duisént«e]Jes au vrai bonheur? Ne sont-elles pas

6i2 Conspiration des SopmsTEs » plutôt lès enfans des besoins variés, de Tétat an* » tinaturel où les hommes se trouvent ? Ne sont- » elles pas l'invention de cerveaux vides et labo- I » rieusement subtils ? « Befordern diegemeine wissenschqften Wahrhafteaufklœrungy Wahremenschliche glûckseligkeit ; odersindsiei^ielmehrkinder der noth , der s^erjie]fœltigt€n bedûrfnisse , deswiedernaturlichen zustandes , erfindungen spitz éindiger eitler kcepfe ? Nous avons entendu ces

Questions , ces vœux et ces blasphèmes de la ecte contre les sciences ; et nous croirions encore qu'il est pour les grands mystères de riUuminisme d'autres sciences à conserver que celles de l'homme sauvage , mais égal et libre dans ses forêts ! Les dévastations révolutionnaires et tant de monumens déjà tombés sous la hache des brigans Jacobins , nous en ont déjà dit beaucoup sur cette haine , sur cette frénésie des modernes Vandales ; mais les mystères de la Secte nous en ont dit encore davantage. Livrez-vous à votre indignation ; dites encore : qu'est-ce donc que ce Weishaupt ? Qu'est-ce que ses adeptes et son Illuminisme ? Traitez , traitezle encore , lui et tous ses conjurés, de Barbares, de Huns , d'Ostrogoths ; mais voyez-les sourire à vos mépris , et apprendre aux adeptes à mettre leur honneur et leur gloire dans le projet d'imiter, et dans l'espoir de surpasser un jour tous les désastres et toutes les dévastations de ces Barbares* Savez-vous ce que sont pour lui tous ces peuples du Nord sortis de leurs forets pour désoler les plus belles contrées de l'Europe , pour incendier ses villes, abattre ses Empires, pour joncher par* tout la terre de ruines ? C'est dans ces mêmes hordes dévastatrices qu'il voit les vrais hommes de la nature , les restes précieux des races patriarchâles* C'est par leurs haches qu'il croit voir la

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 21 3 nature essayer la régënération qui fait tout Tobjet de la Secte. Je ne vous ai pas dit toutes les leçons du Hiérophante dans ses petits mystères. Ecoutez encore celles qu'il donne à ses Ëpoptes sur ces hommes du Nord. Dans l'histoire que Weisaupht prétend tracer du genre humain , il arrive à cette époque appelée dans tous les fastes de TËurope , l'inondation des Barbares ; et voici ce que sont pour lui ces Barbares ; voici leur destinée :

Alors que tout le reste de l'Europe a subi le joug des lois et de la corruption , « la nature qui p dans les parties du Nord conserve intacte dans f> sa pureté et dans sa vigueur originelle , la vraie » race des hommes primitifs , se présente et » arrive au secours de l'espèce. Du fond de ces » contrées pauvres et stériles , elle appelle ces » peuples saui^ages , et les envoie dans les ré- » gions de la mollesse , de la volupté , porter » avec un nouveau sang, une nouvelle vie k y^ ces corps énervés du Midi ; et avec d'autres » mœurs , d'autres lois , rétablir la vigueur de » l'espèce , jusqu'à ce que le germe mal éteint » de la corruption , infecte cette portion même » de l'humanité , arrivée d'abord si saine , » c'est-à-dire ces Barbares eux-mêmes envoyés par la nature régénérer l'Europe.

Oui , voilà ce que sont pour la Secte , les Vandales , les Huns , les Visigoths. Vous croyez offenser l'Illuminé en le comparant à ces Barbares; et. c'est précisément leur gloire qu*il cherche à mériter. L'histoire vous les peint portant par-tout le fer et le feu , ravageant nos campagnes , incendiant nos villes , hachant les monumens des arts 9 traînant à leur suite Tignorance et le siècle de fer , dépeuplant les Empires , laissant partout des ruines , des décombres , des traces désolantes de leur frénésie dévastatrice. Ce n'est

âl4 CONSPIHATIOir DES SopmsTEs \

pas là lear crime pour Tadepte ; c'est par-lâ qn'il les voit an contraire régénérer l'espèce et seconder le grand objet de la nature. Mais ces mêmes Barbares laissent imparfaite la régénération. Avec le temps , ils adoptent eax-^mémes nos usages, nos mœurs ; ils sont civilisés ; nos campagnes se fertilisent de nouveau , la société renaît ; les sciences reviennent , les arts refleurissent à Tombre de lois ; les villes se repeuplent; la race des sauvages primitifs confondue avec les citoyens est soumise aux mêmes lois ; et nos gouvememens respirent.

Yoilà pour Tadepte IHuminé le grand crime de ces Barbares ; voilà ce que déplore le Hiérophante en s'écriant : « Ah ! s'il restx)it alors .parmi » eux quelques sages assez heureux pour s'être » préservés de la contagion , combien ils soupi- » rèrent , et quels vœux ils formèrent pour y» revoir le séjour de leurs ancêtres pour goûter » leurs anciens plaisirs sur le bord d'un ruis* » seau , à l'ombre d^un arbre chargé de fruits , » à côté de l'objet sensible de leurs amours ? » Alors ils conçurent quel bien c'est que la 3> liberté ; quelle faute ils avaient faite en 30 mettant trop de puissance dans la main d'un )> homme.—* Alors le besoin de cette liberté s^ leur fit sentir leur chute , et chercher les 5> moyens d'adoucir au moins leur esclavage»-* 9 Mais alors aussi , leurs efforts et leurs coups » ne tombèrent que sur le tyran , et jamais sur » la tyrannie même, y»

Ainsi l'insidieux sophiste , vil rhéteur , mais adroit conjuré , à travers ces replis tortueux , dès ses petits mystères amène l'Initié , non pas à imiter sifuplement les fureurs et les ravages de Barbares^ mais à les surpasser par la constance , par la per** sévérance et la perpétuité des dévastations* Ainsi

DE lImPIÉTÉ et de X'AnARCHIE. il 5 s'expliqnent toutes ces questions sur. la crainte de ne conqui^rir de nouveau son ëgalilé et sa liberté que pour la perdre encore. Ainsi , ces exhorta^ lions : « Aidez , unissez-vous ; ajoutez à votre p nombre , commencez à devenir puissans et re-^ » doutables. — Vous Têtes déjà par cela seul que » vous avez pour vous la multitude. — Les mép chans qui vous craignent accourent se ranger 3^ sous vos drapeaux. — Désormais vous voilà y» assez^ forts pour lier les mains à ceux qui restent ^ » pour les subjuguer et pour étouffer la méchan-^ 9» ceté jusque dans son germe. )^ Nun seyd ihr stark genug den noch ûbrigen rest die hœnde zu binden , sie zu unterwerfen ^ wid die bœsheit éker in ihrem keime zu erslicken.

Ainsi s'expliquent encore ces fureors et cette rage révolutionnaires, dont la hache a déjà abattu^ dispersé tant d'augustes et précieux monumens des sciences et des arts. — Un cri trop général d'indignation semble aujourd'hui suspendre ses ra* vages ; le jacobin Vandale affecte des regrets. >— Attendez , et le temps des grands mystères arrivera. Attendez , et la hache , et le fer et le feu consommeront les malédictions prononcées par les Hiérophantes, de la Secte sur vos lois» sur vos sciences et vos arts , sur vo& villes et vos maisons.

Ainsi sur-tout s'explique cette férocité révolutionnaire et ces fureurs de sang, cette continuité de proscriptions , de décollations, de déportations plus artificieuses , mais plus cruelles que le tranchant de la guillotine. Il arrive le temps de lier les mains y le temps de subjuguer et à! étouffer jusque dans son germe ce que la Secte appelle les mé* chans ^ c'est*à-dire , le temps de lier les mains à tous ceux que la secte ne peut gagner ; le temps de subjuguer et d^itouffet tout citoyen zélé pour -ia reUgton , pour le maintien des lois ^ de la société

il 6 Conspiration des Sophistes €t des propriétés. La Secte a commencé comme les Huns et les Vandales , comme tous les Barbares du nord , elle se gardera de finir comme eux , c'est-à-dire 9 elle se gardera de laisser se refroidir dans ses adeptes la rage des dévastations. Il faut qu'ils soient Vandales, et Huns et Yisigoths jusqu'à la fin , jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'espoir de voir renaître la religion , les lois , et la propriété* ^- Tf)us ces complots atroces ne sont que les projets annoncés dès les petits mystères de la Secte. Croyez-en à l'Instituteur même ; croyez-en au nou«veau Spartacus. Il vous a dit que ses derniers secrets n'étaient que la suite , le développement , l'exposition plus claire et plus positive de ses secrets intérieurs ; il vous a dit que les nations disparoVtrûient avec leurs lois , leurs sociétés ; il vous a dit qu'elles disparoitroient sous le nombre et la force , et le joug et le fer de ses adeptes , de ses nouveaux Vandales. Que lui reste-t-il donc à vous dire dans ses derniers mystères , si ce n'est que le fer , la constance , la rage des adeptes ne doivent jangiais se ralentir ; qu'il faut savoir être Vandale jusqu'à la fin des temps , de peur que la religion , la so« ciété, les sciences, les arts, et la propriété ne renaissent pour étouffer de nouveau l'égalité , la liberté de son lUuminisme?

Dernier Ce u'cst pas asscz poiu* Spartacus que ces der- ^ndr ^^^^ ™^^ ^^ '^ conspiration. Son orgueil seroit mystères; peu Satisfait d'abandonner à d'autres l'honneur de Uon^de' ^'invention. Nous l'avons vu abuser jusqu'ici de icDnan- la crédullté de ses adeptes, chercher à réveiller **""• leur zèle , leur respect par la prétendue antiquité de son Ordre , et faire successivement honneiur de ses mystères aux en fans des Patriarches , aux Sages , au Dieu des Chrétiens même et aux Instituteurs des loges maçonniques. Ici enfin l'Initié aux grands mystères est supposé admirateur asses

DE^ lImPIÉTÉ et de L' ANARCHIE. 2 1 7

aëlë, pour que les chefs ne craignent plus de lui manifester la véritable histoire de leur Ulumi^ nisme. ( Voyez Ecrits orig. t, 3 , lell. de Phion- Knigge à Caton-Zwach. ) Ici les chefs lui disent: Cette Société secrète qui vous a conduit avec tant d'art de mystères en mystères , qui a mis tant de soins à déraciner dans votre cœur tous ses principes de la religion y tous ces faux sentimens d'amour national , d'amour de la patrie , d'amour de la famille , toutes ces prétentions de propriété et de droits exclusifs à des richesses , à des fruits de la terre; cette Société qui a tant travaillé à vous montrer le despotisme et la tyrannie dans tout ce que vous appeliez lois des Empires ; cette Société qui vous déclare libre , et vous apprend qu'il n'est pour votis d'autre souverain que vous-même , d'autres droits près des autres que ceux d'une parfaite égalité, d'une liberté absolue et d'une entière indépendance ; cette Société n'est point l'ouvrage de la superstitieuse et ignorante antiquité ; elle est celui de la philosophie moderne; elle est le nôtre. Le véritable père de nos Illuminés , c'est Spartacus Weishaupt.

Encore voyons - nous par diverses lettres de Weishaupt, que celte dernière partie du secret, celle qui lui donnoit toute la gloire de l'invention, > restoit un mystère pour la plus grande partie de ses Mages ou de ses Hommes-Rois. Ceux-là seu- : lement qui , sous le nom à'Aréopagites dévoient former le grand conseil de l'Ordre , en connoissoient le chef et le vrai fondateur , à moins que des circonstances particulières ne valussent à quelques autres adeptes Thonneur de cette confidence» {Ecrits ori^in. t. i , lett. 25 à Catan. ) Quels que fussent leurs services , Weishaupt ne connut

S oint de plus grande récompense que de lem: ire enfin : Ce bouleversement tmiversel 4^s au*:

lM>d CONSPIRAtiON DES SOPHWTES*

tels , des trônes et de toute société , c'est moî qui

1 ai conçu ; c'est à moi qu'en est due toute ta

gloire.

J'ai dit les désastreux secrets de rilluminisme ; , j*ai dit par quels grades , par quelle suite d'artifices la Secte prépare cbacun de ses ddeptes à pénétrer dans ses mystères, à lés entendre dévoiler sans horreur , et à les seconder avec ardeur, il faut déchirer le Code de la Secte et s'inscrire en faux contre ses annales, contre les confidences les plus intimes de Spartacus Weishaupt son fondateur , de Philon-Knigge son principal rédacteur, contre les conventions des adeptes ses plus ardens coopératem^s , ou bien , pour démonstration de ses désastreux complots , attendre leur fatale et entière exfécution ; ou enfin convenir que leur infernal objet se réduit à ces vœux démoniaques ; Plus d'autels , plus de trônes et plus de magistrats; plus d'autorité et plus de société religieuse on civile ; plus de propriété ni pour le riche ni poui* le pauvre ; plus même de ces arts ou de ces sciences qui ne peuvent être cultivées hors des sociétés civiles. Pour tout droit et pour tout bien , Egalité , Liberté , et la plus absolue indépendance ; pour mœurs et habitude, la vie sauvage, errante, vagabonde : décorée tantôt du nom ae vie Nomade et tantôt de celui de vie Patriarchale ; pour moyens, toutes les ruses , tous les pièges , toute l'illusion et la scélératesse des Sophistes ; eh attendant que le nombre des adeptes leur ait donné la force ; et quand enfin la Secte oura pour elle la force avec* le nombre, déployer cette force, lier les mains , et subjuguer , égorger , ravager, renouveler toutes les horreurs, toutes les atrocités , tous les désastres de l'inondation des Barbares du nord ; mais mieux que ces Barbares détruire et renverser, anéantir s^nA pifié , sans réserve , toute la partie du gemn»

B£ l'Impiété et de l'Anarchie. 219 bamain, qui pourroit s'opposer aux complots d^ la Secte 9 ou soupirer après la religion , la société , la propriété , et les faire renaître? — Si je n'ai pas

{>rouyé qjue ce sont là les vceux et les complots de a Secte et de sa désastreuse scélératesse, que l'on me dise ce que l'on entend par les preuves et le ré^ sultat de l'évidence; et si l'on se; console encore de ses complots,. parce que l'e&trayagance et le délire semblent en égaler la scélératesse , je n'ai pas tout dit encore; il me reste à dévoiler à quelles lois, à quel gouvernement intérieur la Secte s'est soumise elle* mân;ie pour anéantir toute autre loi, tout autrQ

Souvernement , et pour prouver un jour que l'objet e ses complots , quelque monstrueux qu'il paroisse, n'est rien moins que chimérique.

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