‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 24 sur 61 · CHAPITRE XIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIL

Dernière partie du Code Illuminé ; Goui^er^ nement de la Secte ; Idée générale de ce Gouvernement et de la part quy ont les Classes inférieures de Vllluminisme.

Pour le fondateur d'une Secte conspiratrice , il Dîstincne suflSt pas d'avoir fixé l'objet de ses complots , J^^^^^^ les épreuves, les grades qui doivent élever inseiH mentparsiblement ses adeptes à la manifestation de ses ^^J^^^i^'"^ derniers mystères ; il faut encore que ses complices et de leur* animés du même esprit , ne fassent tous qu'un '^"•*"'*^*** même corps , dont les membres dirigés par les mêmes lois , inspectés , gouvernés par les mêmes chefs , tendent tous au même but. Ce n'est pas une tête comme celle de Weishaupt ^ qui pôu-* voit négliger dans soaCode une partie si essen* lieUe à ses succès. Par tout ce que j'ai dit jusques ici, on a vu comment tout se lioit,. tout se su^ bordoaDoit dans la graduation de ses mystères f

220 Conspiration des Sophistes comment tous les adeptes r(^unis dans une même Tille , malgré la diffërence de Tinëgalité de leurs grades^ faisoienten quelque sorte une même académie de conjurés , préparant chacun la ruine des autels et des lois dans leur patrie. Dans cette aca* demie , le Candidat et le Noifice sont régis par le Frère Enrôleur y qui les introduit aux loges Minermles. Ces loges Minerçales sont régies par les Frères Illuminés mineurs ; ceux-ci sont inspectés par d'autres Frères Illuminés majeurs ; au-dessus de ces grades préparatoires , est le grade intermédiaire et maçonnique des Chei^aliers Ecossais , dont Finspection s'étend , d'un côté sur les Illuminés majeurs , et de l'autre sur les Maçons de llllumi* nisme, et en général sur tout ce que le Code appelle Xédifice inférieur de l'Ordre. Au-dessus des Chevaliers Ecossais viennent les Ëpoptes , les Régens ou Princes des petits mystères ; et enfin les Mages , VHomme-Roi des grands mystères.

Ces classes réunies forment une académie complète de conjurés. Par-tout où il en existe une semblable , la patrie est menacée d'une ruine prochaine ; les Magistrats , les Citoyens peuvent s'attendre à voir leur religion , leurs lois , leurs propriétés bouleversées , anéanties. Mais pour la Secte , la patrie de l'homme c'est l'univers ; ou pour mieux dire : dans la Secte il n'est plus de patrie. Ce mot seul de patrie est un blasphème contre ces droits de l'homme , égalité et liberté. Ce que chaque Illuminé fait dans son académie , il faut donc que la Secte le fasse par- tout égale* ment; il faut que ses académies dispersées, combinant leurs efforts et méditant par-tout les mêmes bouleversemens , marchent d'intelligence. Il faut que les sapeurs aient leurs conventions, leurs communications souterraines , pour que les explosions locales se fassent à propos et sans nuire au bou-

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 221 leversement universel médité par la Secte. Il faut pour cela des chefs , des directeurs communs ; il faut des lois et des correspondances générales ; il faut qu'un conjuré , par-tout où il agit , soit assuré d'agir en sens communs avec ses frères , de n'être point croisé dans ses projets , de trouver au contraire par-tout une action et des forces correspondantes.

Plus la désorganisation méditée par AVeishaupt 1 devoit être générale , mieux il conçut que Torga- / nisation de ses complices devoit être parfaite. \ Plus il avoit à cœur d'appeler l'anarchie universelle, de la faire par-tout régner au lieu des lois ^ plus il sentit devoir la bannir de sa Secte , pour en mieux concentrer les forces et diriger, la marche. Dans cet objet , il ne suffisoit pas de ce serment

3ui soumettoit l'adepte à tous les ordres émanés es Supérieurs. Ce n'étoit pas assez de cet étrange compromis , qui soumettoit sa fortune et sa vie même au dépotisme de la Secte , s'il étoit jugé traître ou rebelle par des chefs inconnus. II falloit que les Supérieurs eux-mêmes eussent leurs lois communes ainsi que leurs principes , afin que l'impulsion et la direction fussent par-tout uniformes, lien coûta d^ longues méditations à Weishaupt, . pour atteindre en ce genre toute la perfection dont il s'étoit formé l'idée. Il faut, écrivoit-il encore, cinq ans après l'établissement de sa Secte , « il . ■ » JaiU que notre machine soit si parfaite dans. ^ » sa simplicité , qu'un enfant même puisse la .

» diriger Laissez-moi , écrivoit-il plus tard .'

9 encore , laissez-moi me livrer à mes spéculaf» tions, afin que j'aie le temps d'arranger notre , 1» monde , c'est*à-dire , de mettre chacun à sa 9» place ; de fixer et de subordonner l'action, les 5> mouvemens de tous. » ( Voy. lett* à Caton , iS Mars l^^l et iB Fiv. 178:31.)

332 Conspiration des Sophistes

Weîs- ^^ ^^^^^ tellement occupé de ces spéculations

h»i'pt sur le gouvernement de ses conjures , qiie ses

il^'lois^e roaximes et ses conseils politiques coulôient en

ion fi^oa- quelque sorte de surabondance sous sa plume »

m^uV ^^^^ toutes ses lettres aux principaux adeptes. Il

faut les avoir lues et l'entendre lui-mcme, pour

croire à la scélératesse réfléchie de ces conseils ,

de ces moyens et de toute cette infernale politique ;

en voici un exemple :

Dans cette même lettre que je viens de citer , du i5 Asphandar ii5i , il a donné deux règles* à insérer dans les instructions de ses Arèopagïtes. L'une est de se tenir sur la réserve avec les candidats de /a classe des riches; parce que ces genslà, orgueilleux , ignoranSj ennemis du traitait et de l'obéissance , ne cherchent à entrer dans les in3rstères que pour en rire et s'en moquer; l'autre , de ne pas même s'occuper à démontrer que la Franc-Maçonnerie est celle de l'Illuminisme , parce ^ue la meilleure' démonstration est ici de rCen donner aucune. Qu'il s'explique à présent luimême , sur la troisième loi à faire entrer dans ce recueil politique !

• « Pour rester maîtres de nos discours , lais^

» sons obsen^er aux élèi^es que les Supérieurs

' j» jouissent d'une grande liberté sur cet article;

1 » que nous parlons tantôt d'une manière et tantôt

\ » d'Une autre; que nous faisons souvent une ques-

, 3t> tion avec assurance pour sonder Topinion des

» élèves et leur fournir l'occasion de la manifester

» par leurs réponses. Ce subterfuge , ( littérale-

» ment cette échappatoire, durch dièse ausjluchi)

» répare bien des fautes. Disons toujours que la

P' fin montrera quel est de nos discours celui qu'il

» faut prendre pour la vérité. On parle ainsi tantôt

♦ » d'utie façon , tantôt d'une autre, pour n'être pas

} 9 embarrassé et pour laisser notre véritable pensée

DE lIaipiété et de l'Anarchie, ^a3 9 impénétrable aux inférieurs. Que cet avis soit I » aussi inséré dans l'instruction ; etîam hoc inse^ ' tt raiur instructioni. Il seroit encore mieux , et 9 Texpédient auroit plus de succès , si vous aver- » tissiez , si vous chargiez no3 Illuminés majeurs » devarier de même leurs discours avec leurs inf> férieurs , et cela pour les raisons susdites ; ex » raiionibus suprà diclis* » Tous ces mots latins sont aussi dé Weishaupt , qui fait souvent usage de ce langage dans ses leta es. C'est immédiatement après avoir donné ces principes de gouvernement aux Âréopagites , aux premiers Supérieurs de son lUuminisme , que Weishaupt ajoute :

« Je vous en prie, ne laissez pas perdre ces » maximes qui se présentent en foule dans mes » lettres. Recueillez4es toujours pour Tinstruction I» de notre Âréupagite; car je ne les ai pas toujours » présentes à Tesprit. Avec le temps , il pourra » en sortir un excellent grade politique. C'est là » ce que Philon fait depuis long-temps. Commu- 0 niquez-vous aussi les uns aux autres ces ins- 9 tructions qui vous sont propres , afin d'en for- » mer un ensemble dans le temps. Lisez-les avec p soin , afin de les savoir couramment.r Quoique 3» je les sache et que je les suive dans la pratique y 9 und auch damach handle y il me faudroit du f9 temps pour les rédiger. Pénétrés de ces ma^ » ximes , vous entrerez mieux dans mes projets ^ j» et vous vous conformerez mieux à ma manière » d'opérer. » {Ibid. )

Que ces avis ne soient pas aussi perdus pour le lecteur ; il aura besoin de se les rappeler ponr croire à toutes les infernales ruses que j'ai à lui montrer dans cette nouvelle partie du Code illuminé. De ces longues combinaisons de Weishaupt sortirent enfin toutes ces lois , dans lesquelles chaque Illuminé trouve tracée la marche qu'il doit suivre.

234 Conspiration des Sophistes Subordu Dans ce gouvernement y il est d'abord ^ pour "niraie *" g^and moyen de subordination , une division g^graidua- uérate de supériorités comme de localités. Il est **sip^ des loges alîectées aux adeptes dans leur d^arricort. tement ; chacpie loge Minervale a son Supérieur dans la classe préparatoire , inspectée par la classe intermédiaire. Il est, en secoqd lieu , des districts dont Tenceinte renferme plusieurs loges surveillées et inspectées , ainsi que leur Pi'éfet , par le Supérieur du district , que les Illuminés appellent Doyen. Celui-ci est lui-même subordonne à un nouveau Supérieur dont l'autorité s'étend sur toutes les loges , sur tous les Doyennés de la

Ïrovince, et qui est pour cela appelé Promicial. Fn quatrième grade de supériorité , est celui de ladepte, qui a sous lui tous les Provinciaux d'une même nation , et que l'étendue de son inspection fait appeler Supérieur National. Au-dessus de ses Supérieurs Nationaux est le Conseil suprême de l'Ordre » dont les membres sont appelés Aréopa^ mtesy et dont le Président e^t le vrai général de ï'Illuminisme.

Moyens '^^^ Correspondances suivent exactement le de corret- même Ordre. Le simple Illuminé correspond avec ^€^^ le Supérieur immédiat ; celui-ci avec le Doyen, et kasnpë- ainsi de suite ; des Doyens aux Provinciaux , des îct^nfé^ Provinciaux aux Supérieurs Nationaux. Ces derncurede nicrssculs Correspondent directement avec l'Aréo- Biâme!' page. Seuls aussi ils en connoissent la résidence. Il est toujours dans ce Conseil un membre plus spécialement chargé de recevoir leurs lettres , de leur répondre ou de leur faire passer les ordres, qui des Supérieurs Nationaux se transmettent successivement aux Provinces , aux Districts et aux Loges. Les Aréopagites seuls savent le nom et la résidence du Général , si ce n'est ainsi que je l'ai dit, que des raisons et ime confiance^ ou des services plus

remarquables ^

bt lllWPlÉTÉ Et t>E L^ÂNARCrilÊ. iiiS feinarquables, n'aient valu à quelque adepte sh giialé l'honneur de connoitre ou d'approcher le Spartacus moderiieé

Par les rèdes seules des premiers grades , il est ^*»î«* ^

.,, ." ,• ^ ^ 1 cette cor*

aisé ce yoir combien celte correspondance est re»pofl^ assidue ; combien elle doit être immense. Chaque ^**^«* frère d'abord , comme scrutateur ne de ses coa^ deptes et des profanes y doit au moins à l'Ordre une lettre par mois , pour rendre compte de tout ce qu'il observe , soit pour y soit contre les intérêts de l'Ordre. Il doit aussi le compte des progrès qu'il a faits et de ceux de ses frères ; il doit celui des ordres qu'il reçoit et de leur exëcu-^ lion; il doit même y chaque mois, faire savoir aux Supérieurs majeurs à quel point il est satisfait d6 la conduite de son Supérieur immédiat. Chaque Frère Insinuant ou Ênrôleni' doit marquer lé progrès de ses Candidats, l'espoir qu'il a d'ajouter' Il leur nombre. Viennent encore se joindre à tout cela les portraits des adeptes, et l'extrait ded tablettes ou observations journalières sur les amis ou ennemis de l'Ordre ; suivent les protocoles des initiations , les portraits et la vie des Initiés , leâ comptes rendus des loges ; ceux des Supérieurs , et une infinité d'autres articles qu'il n'est pas per-^ mis à l'Illuminé de laisser ignorer à ses chefs , sans compter les instructions ou ordre que ceux-ci ont sans cesse à faire passer aux inférieurs«

Outre le langage secret dont j'ai donné la clef, ùnéxiâ* et dont le grand objet est de rendre toute cette ^"j^" ^^^ correspondance inintelligible aux profanes y il est respdu-* encore des moyens propres à la Secte , pour que ^^*^^* chaque lettre arrive à sa destination sans être interceptée. Ces lettres des adeptes, relatives à leur lUuminisme , sont appelées dans Tordre des quibui lîcetj (à qui permis, ou bien à qui de droite) Lsr raison de cette dénomination est, que l'adresse dtf Tome IIL P

iaS Conspiration des Sophistm

ces lettres est conçue en ces deux mots , quihus licety ou même en ces deux caractères. Q. L. Ainsi, lorsque Ton trouve dans les écrits originaux qu'un adepte a été condamné à l'amende , pour avoir manqué en tel mois à son Q. L. y cela signifie qu'il a été puni pour avoir laissé passer ce mois sans écrire aux Supérieurs. ( f^oyez lett* 2.. de Spav'* tacus à Cat. t. 2.)

Quand la leltre renferme des secrets ou des plaintes que Tadepte ne veut point faire connoître au Supérieur immédiat y il ajoute à l'adresse les mots soli ou primo , ( au seul ou au premier. ) Cette lettre au seul ou au premier sera ouverte par le Provincial , le National , ou bien arrivera aux AréopagiteSy au Général , suivant le grade de celui qui l'a écrite.

A«cm- Apres ce moyen général de correspondance et auToritc dc subordinatiou , viennent les assemblées propres deciwque àicbaquc grade, et l'autorité qui leur est attribuée* pmfr celte On a vu que celles des académies Minervales se corrcs- tiennent ré£:ulièrement deux fois par mois. Les liliunines mineurs qui en sont les magistrats y et l'Illuminé majeur ou le Chevalier Ecossais y qui les président , n'ont d'autre part directe au gouvernement que le soin d'inspecter les études y la conduite de leurs élèves , et d'en rendre compte aux loges d'Illuminés majeurs. C'est dans celles-<:i que l'autorité commence à s'étendre hors des limites de l'assemblée. C'est aux Illuminés majeurs que sont envoyées toutes les tablettes ou instruc-tions sur les novices et sur les frères de Minerve. Là , ces instructions se rédigent , ou reçoivent des additions , des notes , pour être envoyées aux assemblées du grade supérietir. Là aussi se }4igent, se décident les promotions des Movices, des Miuervains , des Illuminés mineurs y et les diverses difficultés ou contestations qui peuvent

DE l'Impiété ËTDE l*Anaiichie. 227 Vélever dans les grades inférieurs ; à moins que importance de l'objet n'exige que la question soit portée à un tribunal plus élevé. Là enfin se conserve le dép6t des premières tablettes et des premières lettres reversales des frères. Quant aux connoissances qu'un Illuminé majeur peut avoir acquises , soit relativement aux autres sociétés secrètes y soit relativement aux emplois et aux dignités que l'on pourroit procurer aux adeptes , il en doit le rapport à sa loge , qui en tiendra mé^ moire et en instruira l'assemblée des Illuminés dirigeans ou Frères Ecossais. ( Le grade d'Illuminé majeur , instruc. lY. )

En décrivant ce grade intermédiaire des Chevaliers Ecossais , j'ai dit leurs fonctions spéciales et sur-tout leur destination à surveiller les loges maçonhiqiies. La part qu'ils ont au gouvernement général de l'IUuminisme consiste spécialement en ce que tout les quitus licet de la classe prépa* ratoire doivent passer par leur chapitre , et y être lus, comme ceux des novices qui auroient d'abord , été ouverts par les officiers de l'école Minervale. Car ces officiers ne peuvent statuer que provisoirement sur ces lettres.

L'autorité qu'exercent les Chevaliers Ecossais de rilluminisme sur cette correspondance , rend

. en quelque sens plus juste encore la dénomination de graae intermédiaire* Leurs quitus licet sont directement envoyés à la loge provinciale , toute composée d'adeptes admis aux mystèi:es de l'ordre ; mais les chevaliers lisent tous ceux de la classe

. préparatoire , à l'exception des primo et soli. Us arrêtent et classent tous les quitus licet moins importans des frères inférieurs. Ils en font un extrait général, qui doit étra envoyé au Provincial* A ces extraits ils joignent le détail circonstancié

±rr8 Conspiration des Sophistes

de tous ce qui se passe dans les diverses loges de la classe préparatoire , à laquelle ils transmettent les ordres des frères inities aux mystères ; de ces adeptes delà plus hante classe qu'ils ne connoîssent pas eux-mêmes. C'est ainsi qu'ils servent de lien entre les deux extrêmes. ( Foy. ce grade instructm

Mais dans cette subordination générale , la classe

{)réparatoire , la classe intermédiaire ne sont que 'édifice inférieur ; les Préfets de ces loges sont Î)lutôt instrumens que supérieurs. Le mobile qui es met en action se trouve dans la classe des mystères. C'est ici que les instructions données à rÉpopte et au Régent , développent en grand la politique de l'ordre. Ce sont ces instructions aussi que nous ^vons à étudier ^ eu coomotençant par celles de l'Epopte.

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