‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 3 sur 61 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Spamtacus VTeishaupt, Fondateur de rilluminismem

Il est des hommes si malheureusement nés, qu'on sbamcni seroit tenté de les prendre pour une émanation de ^^^^^•**"'* cette intelligence funeste, à qui un Dieu vengeur n'a laissé de génie que pour le mal. Frappés d une espèce d'imbécillité dans les conseils de la sagesse , ils ont par^tout ailleurs tout ce qu'il faut pour ■uîre , toute cette abondance , toute cette plénitude de conception , d'artifices, de ruses , de res« sources qu'il faut pour dominer à l'école du mensonge , de la dépravation et de la scélératesse. A côté des sophistes ils les surpasseront dans l'art de prêter à l'erreur le langage de l'illusion ; aux passions , aux vices , le masque dés vertus ; et à l'impiété le manteau de la philosophie. Dans l'antre des complots , ils excellent à méditer les attentats, à préparer les révolutions , à combiner la ruine des autels et des empires. Ils ne sont nuls que là où commence la science du vrai et de l'honnête. Quand le Ciel irrité par les hommes permet qu'il vienne au monde un de ces êtres , il n'a qu'à lui livrer la terre , ce fléau seul le vengera.

Cest avec tous ces traits, c'est sous ces auspices Tome III. A

s Conspiration des Sophistes

que , vers l'année 1 748 , naquit en Bavière tui impie appelé imn Weishaupt, plus connu dans les annales de sa secte sous le nom de Spartàcus. A l'opprobre de son sérénissime protecteur ^ cetimpie^ d'abord pj-pfesseur en droit à l'université d'Irigolstadt, aujourd'hui proscrit de sa patrie, comme traître à son souverain et traître à l'univers , jouit

i)aisiblement de son asile , nourri de pensions sur e trésor public ; décoré du titre de Conseiller honoraire à la Cour d'£rnest*Louis , duc de Saxe- Gotha.

Phénomène odieux dans la nature , athée sans remords , hypocrite profond , sans aucun de ces talens supérieurs qui donnent à la vérité des défenseurs célèbres , mais avec tous ces vices et toute cette ardeur qui donnent à l'impiété , & l'anarchie de grands conspirateurs ; ennemi du grand jour , mais semblable au hibou sinistre que le soleil hébète , et qui plane dans l'ombre de la nuit , ce désastreux sophiste ne sera connu dans Thistoire que comme le démon , par le mal qu'il a fait , i^t par celui qu'il projétoit de faire. Son enfance est obscure, sa jeunesse ignorée ; dans sa vie domestique , un seul trait échappe aux ténèbres dont il s'environne ; et ce trait est celui de la dépravation , de la scélératesse consommée. Incestueux sophiste, c'est la veuve de son frère qu'il a séduite ; père atroce , c'est pour l'infanticide qu'il sollicite le fer et le poison. Exécrable hypocrite , il presse , il conjure et l'art et l'amitié d'étouffer l'innocente victime , l'enfant dont la naissance trahiroit les moeurs du père. Le scandale 3u*il redoute n'est pas celui du crime ; c'est , il le it lui-ïnême , et il l'écrit , c'est celui qui rendant sa dépravation publique , le priveroît de son auto^ rite sur des élèves qu il conduit aux forfaits sous fe masque de la vertu. Sophiste monstrueux , il s^eu

DE l'Impuèté et de l*Anarchie. 3 |>ren<l aux damons de n'avoir pas caché sa honte par des abominations que le Dieu de la nature a frappées de sa foudre sur le fils de Jnda. Il se plaint, et trahit à tel point ce même Dieu, qu'il lelivreà l'immondice de ses détestables habitudes. £ffronté et impudent parjure , il invoque tout ce qu'il y a de saint , protestant que jamais ni lui ni ses amis n'avoient eu connoissance de ces poisons, de ces moyens secrets de couvrir l'infamie ; que bien moins encore , ou lui ou ses amis les ont-ils conseillés , recherchés ou employés ; il provoque et il force les magistrats publics à justifier l'accur sation; ils produisent les lettres du parjure ; et on le vmt solliciter un premier , un second , et un troisième confidens de chercher ou de faire chercher y de lui communiquer tous ces moyens affreux; on le voit rappeler des promesses dé trois ans sur ces mêmes moyens ; on le voit se plaindre du peu de succès de ses tentatives , accuser la timidité de ses sksens ou leur peu d'expérience , presser et conjurer de renouveler les esscois , avertir

3u'il en est temps encore , mais que ce temps est evenu pressant. Que de crimes, que de forfaits, 2 ne de monstruosités dans un seul trait ! Quel trange mortel que celui qui a pu s'en rendre cou» p<ible ! Le Dieu qui humilie les sophistes , n'avoic pas besoin d'en manifester davantage , pour montrer le prodige de la scélératesse , dans un homme que Ton verra sans cesse avoir dans la bouche le nom de la vertu , et sous ce nom sacré , enrôler les légions qui fournissent, qui mettent en activité tous les bourreaux de Roberspierre*

L'importance de l'accusation m'impose le devoir de produire les preuves Qu'on lise donc d'abord celte lettre de Weishaupt à son adepte Hertel , la troisième dans le second volume des Ecrits origi* nous des lUtiminés de jBavière. ^ A présent , dit

4 Conspiration des Sophistes

j> Weishaupt à cet adepte, que je vous dise dans 7> la plus intime confidence , la situation de mon ^ cœiur« J'en pcrdw le ropoe ^ j'en deviens inhabile » à tout y prêt à désespérer. Me voilà en danger j> de perdre mon honneur , et cette réputation » qui me donnoit tant d^ autorité sur notre monde» » Ma belle-^œur est enceinte. Je Tai envoyée à y^ » MunicV'pour obtenir dispense,^ et l^épeuser; , ^ » maii ii Itt dijpenje h 'Qfriyc pao ^ que forai je ? • • » Comment rétablirai^je Thonneur d'une personne y> dont j'ai fait tout le crime ? Nous açons déjà » tenté bien des choses pour arracher V enfant , s> elle étoit elle-même résolue à tout ; mais Euri^ » phon est trop timide , et je ne vois cuère d'autre » expédient. Si j'étois sur du silence de Celse ( de 1» Buder , professeur à Munich ) , celui-là pour- 3» roit bien m'aider ; il me Vaçoit déjà promis il -» y a trois ans. Parlez-lui-en , si vous le jugez à i> propos ; voyez ce qu'il y auroil à faire Je n'ai- » merois point que Caton en sût rien y de peur qu'il y> ne le dît à tous ses amis/Ie ne sais quel démon...» Ici l'honnêteté ne nous permet pas ae traduire les expressions qui montrent dans Weishaupt la plus détestable habitude. — Il continue sa confidence ^ en disant : « Jusqucs à ce moment personne n'en » sait rien , si ce n'est Euriphon ; il seroit encore y» temps d'essayer ^ car elle n'est que dans son qu&^ » trième mois. »/ Malgré sa répugnance à faire à Caton les mêmes confidences, Weishaupt se voit réduit à lui en écrire , et après l'expression qui dénote encore Tinfame habitude, voici les termes exprès de ce monstrueux hypocrite : « Ce qui me » fâche le plus dans tout ceci , c*est que je perds » en grande partie mon autorité sur nos gens ; p cest de leur aimr montré un côtéjoihley à » l'abri duquel ils ne manqueront pas de se » mettre , quand je leur prêcherai morale , et les

. . :tr . ' ^1

DE l*Impïété et de l'Anarchie. 5 1» exhorterai à la i^ertu et à rhonnéûeté.n (Id. ^ ?-/'.*/ tom. I , letu 6i à Caton.) 5'/../^*^ i.

Qa'on entende à présent ce même* Wéishaupt , ^^^^ ^ ^^disant effrontément dans son apologie : « Je pense » et dois reconnoitre devahl Dieu , et je yeux que » cet écrit soit regardé comme la plus solennelle » assurance , que de la vie je n'ai entendu parler^ » ni de ces moyens secrets ( de procurer l'avorte- » ment) ni de ces poisons; que je n'ai rien vu , 3» que bien moins encore ai-je connoissance d'une » seule occasion , dans laquelle quelqu'un de mes » amis ait seulement pense à les conseiller , à les » donner ou bien à en faire le moindre usage. Soit » dit en témoignage et affirmation de la i^érité. i» (Introduction à son apologie, p. 6.) C'est ainsi qu'il appelle au secours de la plus alroce hypocrisie 9 le plus impudent des parjures.

Mais c'est plus spécialement comme conspirateor qu'il importe de connoître Wéishaupt. Pour savoir ce qu'il fut àl'école de la rébellion, de l'impiété, de l'anarchie, descendons dans l'abîme des . conjurés. Là encore , dès l'instant que l'œil de là justice le découvre , il paroît à la tête d'une conspiration, auprès de laquelle toutes celles des clubs de d'Alembert et de Voltaire , toutes celles des antres d'Orléans ne sont que les jeux de l'enfance,. et du sophiste, et du brigand , novice encore dans l'art des révolutions. On ne sait, et il est dif« ficile de constater si Wéishaupt eut un maître , ou s'il fut le père des dogmes monstrueux sur les-. qnels il fonda son école. Il existe seulement une ; tradition que je rapporterai, d'après quelquesruos « de ses adeptes mêmes. '

Suivant cette tradition , vers Tannée 1771 , un Tradition ;^,/, : marchand jutlandais nommé Kolmer , après avoir *^^^^ séjourné quelque temps en Egypte , se mit à parcourir r£urope , en faisant des adeptes , auxquels

6' Conspiration des SopmstEs

il prétendoit communiquer les antiques mystères de Memphis* Des relations plus spéciales m'ont appris qu'il s'arrêta à Malte, où pour tous mystères il ne Gt que semer dans la populace les principes désorgauisatetu's des anciens Illuminés, de Teselaye ".'. ..: Curbique. Ces principes déjà se répandoient ^

et toute llie étoit menacée d'un bouleversement révolutionnaire y quand la sagesse des Chevaliers réduisit le nouvel Illuminé à chercher son salut . . ^^ dans la fuite» On lui donne pour disciple le fameux .--. )<u ^ . comte ou charlatan Cagliostro , et quelques-uns de ces adeptes distingués par leur illuminisme , dans le comté d'Avignon et à Lyon. On dit que dan» - ses courses viagabondes il rencontra Weishaupt ^ ; et lui fit part de ses mystères. S'il sufiisoit pour ces confidences d'être impie et réservé sur le secret, jamais homme n'y avoiteupius de titresw Plus habile, et bien plus scélérat que Cagliostro ^ Weishaupt sut aussi tirer de ces confidences wx bien autre parti pour son école.

Ckoix Quoi qu il en soit de ce premier maître , le so-^ qu'il fait phiite bavarois ne semble pas en avoir eu besoin. %Zï^^ Dans un siècle de toutes les erreurs , il fit natu* rellement ce qu'on devoit attendre de ces honunes, que dans le choix des opinions ou politiques ou religieuses, un malheureux instinct décide tou-. jours pour la plus détestable. Très - certainement il eut des notions au moins informes des anciens ' Illuminés , puisqu'il en adopte le nom , puisqu'il renouvelle toute la partie la plus désorganisatrice de leur système. Ces notions s'accrurent sans doute par une étude de prédilection pour les mystères désorganisateurs du Manichéisme , puisqu'on le voit recommander à ses adeptes l'étude de ces I mêmes mystères , comme ayant une étroite con-^ ^ ; ^ . ^ 7 i nexion avec son école , et comme leur donnant un ; avant-goût de ceux qu'il se dispose à leur révéler*

DE lImpiété et de l*Anarchie. / y ^ A ^

(F'oyâz le grade intitulé Illuminatjis-tttrigens ^c / f^^^c ^ts

oder ScoUischer Bitter^v. 72. jtlftais athée de

cœur , et détestant toute tnéosophie, il se joua du

double dieu de cet ancien illuminisme , et ne prit

de Manès , de l'esclave révolté contre tous les

gouvememens , que Tuniversalité de Tanarchie* Il

connut les sophistes du jour ; et malgré toute leur .

démocratie , tous ces prétendus philosophes lui

parurent encore trop réservés sur les conséauences

de leiu" égalité et de leur liberté. Il né pnt d'eux

que leur haine pour Dieu , que le pur athéisme.

Les uns le conduisoient à la nullité de toute loi

politique et civile ; les autres à la nullité de toute

loi religieuse : de ces deux systèmes il forma un

monstrueux ensemble , dont ie résultat fut le vœu

le plus ardent , le plus absolu , le plus frénétique

poiu: l'abolition générale et sans exception , de

toute religion, de tout gouvernement , de toute

propriété. Il crut voir dans le lointain au moins ,

la possibilité d'inspirer à tout le genre humain le

même vœu ; il se flatta de le voir s'accomplir.

Avec les ressources dun sophiste vulgaire , cet espoir pouvoit n'être que celui du délire : avec une tête conune celle de Weishaupt , toute orgai- DÎsée pour les grands forfaits , il se trouva celui de la scélératesse. Le sophiste bav&rois sentoit toute sa force ; il ne vit point de crimes impos»^ sibles ; il ne pensa plus qu'à les combiner tous pour faire prévaloir ses systèmes. Le besoin de vivre et la médiocrité de sa fortune, l'avoient porté à consacrer les dernières années de son éducation à l'étude des lois ; soit qu'il dissimul&t dès-lors les projets que nourrissoit son cœuir , soît qu'il n'eût pas encore conçu tous ses systêrties , il n'avoit pas encore vingt-huit ans qu'il vint à bout de se faire nommer professeur en droit à l'université d'Ingolstadt. Dans ses lettres à Zwach , il

8 Conspiration des Sophistes

dit en 1778, 10 mars, n'avoir encore qne 3o ^J^' "" - ans; et dans cette iném« lettre il lui fait confidence de ses projets ultërieurs pour rillumini$fxie qu'il avoit dëjà fondé deux ans plutôt. Origine II falloit se connoître capable d'une bien pro^ ** sTdé"*" ^^^^^ dissimulation; il falloit des ressources bien dehsccte. étranges pour fonder sur la fonction même d'interprète public des lois , le moyen de les anéantir toutes et dans tout l'univers. Ce fut cependant au collège dlngolstadt , ce fut en affectant de remplir avec zèle ces mêmes fonctions , que Weishaupt se crut admirablement placé pour tramer et conduire d'une main invisible y la révolution qu'il méditoit. Il pesa l'influence que sa qualité de maître lui donnoit sur ses élèves ; il se sentit la force de suppléer par des leçons secrètes à celles qu'il devoit leur donner publiquement.

C'étoit peu de gagner à l'anarchie et à l'impiété les disciples qu'il avoit sous la main ; Weishaupt , d'un pôle à l'autre , voyoit le genre humain soumis aux dogmes religieux et à l'autOrrite des lois : son zèle émulateur pesa ce qu'avoit fait la sagesse des Saints pour étendre ou maintenir par-tout l'empire de la foi. Il cxistoit encore des débris de cette société , que l'imprudente po* litique des rois avoit réduit le ^uverain Pontife à sacriHer aux machin ations d'un philosophisme tout ennemi des rois et des pontifes ; Weishaupt sut •apprécier ce que dévoient les lois à des hommes .remplissant naguère dans toute l'étendue des régions catholiques , dans les villes et les campagnes^ les fonctions d*instituteurs de la jeunesse , d orateurs, de directeurs chrétiens, et plusieurs même celles d'apôtres chez les nations idolâtres, chez les peuples barbares. Il sentit ce que doivent les empires à tous ces corps religieux, qui, en prêchant aux peuples ce qu'ils doivçnt à Dieu , les lient

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 9 par cela seul à lears devoirs envers le prince et la société. Tout en détestant les services des enfans de Benoit , de François , d'Ignace , il admiroit les institutions de ces saints fondateurs ; il admiroit sur-tout ces lois , ce régime des jésuites , qui, sous un même chef, faisoient tendre par-tout au même but , tant d'hommes dispersés dans l'univers ; il sentit qu'on pourroit imiter leurs moyens, en se proposant de^ iniesdiamétralernent opposées. (Mirabeau^ Monar.pruss. tom. 5, art. Religion, p. 97.) Il se dit à luî-mcme : Ce qu ont fait tous ces hommes pour les autels et les empires , pourquoi ne le ferois-je pas contre les autels et les empires ? Par l'attrait des mystères et par des légions d'adeptes nSous mes lois, pourquoi ne détruirois-je pas dans les ténèbres ce qu'ils édifient en plein jour ? -Ce qu'a fait le Christ même pour Dieu et pour César, pourquoi ne le ferois-je pas contre Dieu et César, par mes disciples devenus mes apôtres ?

En prêtant à Weishaupt celte fameuse émulation , les historiens ne seront pas réduits^ à de vaines conjectures. Ces vœux et ce langage sont consignés dans toutes les confidences et dans les lois même qu'il donne à ses disciples, jusque dans les reproches qu'il leur fait , de ne pas imiter dans leur soumission celle des compagnons de tous ces pieux instituteurs. ( Ecrits orig. , tom. i , lett* 27 à Caton. ) Ses plus fameux adeptes nous ont dit les reconnoitre dans toute la marche de son code (a) ; ils pouvoient , ils dévoient observer qu'en empruntant pour ses complots la sagesse des fondateurs religieux , Weishaupt se réserva d y ajouter tous les artifices qu'une politique infernale pourroit lui

(a) Voyez dans les Ecrits originaux , tom. i , TnstruC" tio pro recipientihus ^ art. i3, iett. 2 à Ajaxj diverses lettres à Caton; derniers éclaircissemens de Pbîlon.

lo Conspiration des Sopidstes

suggérer. Dans les jours où ce conspirateiijr conçut tous ses projets (a) , il ne connoissoit point encore Tobjet de la franc-maçonnerie ; il sayoit seulement que les franc-maçons tenoient des as* semblées secrètes : il les voyoit unis par un lien mystérieux , se connoissant pour frères à certains signes, à certaines paroles , de quelque nation, et de quelque religion qu'ils fussent ; il se fit dans ses conceptions un nouveau mélange dont le ré«sultat de voit être une société adoptant pour moyens , autant que Tun et Tautre pouvoient lui convenir, le régime des jésuites , le silence mystérieux ou l'existence ténébreuse des maçons ; et pour objet, la propagation du système le plus antisocial de Tancien lUuminisme , du système le plus antireligieux du moderne philosophisme*

Tout occupé du projet désastreux , Weishaupt jeta les yeux sur ces élèves que le gouvernement luiconfioit pour en faire les magistrats de la patrie^ les défenseurs des lois; et il résolut de commencer parenxsa guerre aux loix, à la patrie. A ses premiers disciples trop faciles à séduire , il vit dans le lointain d'autres élèves se succéder; les uns et les autres formés de sa main , bientôt devenir maîtres et lui former d'autres adeptes. Il vit leiu-s légions s'accroître , se multiplier dans les villes et les campagnes et jusques dans les Cours des souverains. Il entendit d'avance les sermens qui alloient , dans le secret des loges , lui soumettre l'opinion , les cœurs et les bras de ces légions nouvelles dirigées par ses lois , remplies de son esprit , et par-tout sous ses ordres , occupées à miner sourdement les autels , à creuser le tombeau des empires. Il calcula les temps ; et il sourit à l'explosion univer-

(a) Voyc2 ci-après le chapitre do la Maçonnent jtllumînée.

DE lTmpiété et de l'Anarchie. 1 1 selle , dont il ne devoit lui rester un jour qu'à | donner le signal. j

Le moderne Eroslrate avoit à peine vingt-huit Fondation ans , et la base des lois qu'il vouloit donner à la nfuaX sociëtë dësorganisatrice , étoit déjà posée* Sans être encore rédigés dans son code » les moyens de séduction étoient tous dans sa tête. Il commença par les essayer tous sur deux de ses élèves , IW nommé Massenhausen qu'il surnomma Ajax , jeune homme de vingt ans , devenu dans la suite conseiller à Burkshausen , et l'autre nommé Merzy qu'il appela Tibère (a) , à peu près du même âge^ mais dont la carrière n'a de remarquable qu'une turpitude de mœurs , qui fit dans la suite rougir de honte son corrupteur même. Bientôt les deux disciples se trouvant aussi impies que leur maître , Weishaupt les jugea dignes d'être admis à ses mystères. Il leur conféra le plus haut des grades qull eût alors imaginé ; il les nomma ses Arcopagites, s'installa leur chef, et voulut que cette monstrueuse association fut appelée l'ordre des illuminés. ( Ecrits orig. tom. i , sect. 4i ^^ l^t. 2 à PhiL Strozzi. )

Ce fut le premier mai , année 1 776 , que fut célébrée cette inauguration. Que le lecteur ob* serve cette époque ; elle indique de bien foibles commencemens ; elle a précédé de bien peu d'an* nées l'éruption de la révolution française ; elle n'en est pas moins l'époque où il faut s'arrêter , pour trouver le berceau d'une secte qui vient

(a) Mes trois premiers compaguons , écrit Weishaupt à Zwach 9 ont été Ajiuc ( ^assenhausen) ^ vous et Merz. ( Lettre du i5 fév. 1778.) Cela nous dît assez éyidemmcnt que ce Merz fut le Tibère illuminé avec Ajux ; car très - certainement Zwach ne vint que dix mois après les deux adeptes Ajax et Tibère. ( Voyez Ecrits orig. tom. 1 , sect 4. )

11 CON^IRATION DES SOPraSTES

consonuner toutes les erreurs , toutes les conspi-r rations , tous les forfaits de tous les adeptes de rimpiété , de la rébellion et de ranarchie , réunis sous le nom de jacobins , pour opérer cette révo^ lution. Elle n'en est pas moins Tépoque de cette même secte , dont j'avois présens et les complots et les moyens , lorsque dans llntroduction à ces Mémoires , je disois avec une trop malheureuse certitude : te A quelque gouvernement , à quelque « religion , à quelque rang de la société que vous « apparteniez, si le jacobinisme l'emporte , si les « projets et les sermens de . la secte s'accomplis- « sent , c'en est fait de votre religion et de votre « sacerdoce , de votre gouvernement et de vo$ « lois , de vos propriétés et de vos magistrats, tf Vos richesses , vos champs , vos maisons » jusu qu'à vos chaumières , tout cesse d'être à vous. « Vous avez cru la révolution terminée en France ; « et la révolution en France n'est qu'un premier « essai des jacobins. » Dans les vœux d'une secte terrible et formidable , vous n'en êtes encore qu'à la première partie des plans qu'elle a formés pour cette révolution générale , qui doit abattre tous les trônies, renverser tous les autels, anéantir toute propriété , effacer toute loi , et finir par dissoudre toute société.

Pinndcce Lc présagc est funeste, et je n'ai malheureu- >oiuiiic. sèment que trop de démonstrations à produire pour le justifier. Sur les conspirations de l^illuminisme , je tirerai mes preuves de son code même et de ses archives. Je donnerai d'abord ce code ; il nous fera connoître l'objet , l'étendue , la marche^ les movens et toute la profondeur des conspira* tions ae la secte. Cette première partie sera le plan de ses complots , et l'extrait , l'analyse des lois qu'elle s'est données pour arriver à leur consommation. La seconde sera l'histoire de ses pro-

DE lTmpiété et de l'Anarchie. i3 grès 9 de ses succès depuis son origine jusqu'au moment oii , riche de toutes les légions révolutionnaires , sans sortir de ses antres , elle vient s'unir aux jacobins , se confondre et poursuivre avec eux cette guerre de désolation qui menace d'une ruine absolue , les autels de tout Dieu , les trônes de tout monarque, les lois de toute société , et les propriétés de tout citoyen. En disant ce que la secte a fait , ce qu'elle fait encore , et ce qu'elle médite de faire pour la calamité générale y puissé-je apprendre aux peuples et aux chefs des peuples ce qu'ils ont à faire eux-mêmes pour s'arracher enfin à des désastres dont ils ont cru toucher le terme , et dont ils n'éprouvent encore que le commencement !

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