CHAPITRE II
Code Illuminé ; Système général; Décision de ce Code.
Pah code de la secte illuminée , j'entends ici les weishanpt principes et les systèmes qu'elle s'est faits sur la pre'pamoi
!•• I •//•*! 1* le Code
religion et la société civile , ou plutôt contre iuuminé. toute religion et contre toute espèce de société civile. J'entends le régime , les lois qu'elle s'est données et qui dirigent ses adeptes , pour amener tout l'univers à ses systèmes et les réaliser* Il ne fut point , ce code , le produit d'une imagination ardente , et plus zélée pour une grande révolution , qne réfléchie sur les moyens de la rendra infaillible* Weishaupt n'en avoit point formé le Toea y sans prévoir les obstacles. En donnant le nom de ses profonds adeptes aux premiers élèves qu'il avoit pu séduire , il n'avoit pas osé s'ouvrir tocore à eux sur toute la profondeur de ses mys«»
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lères. Content d'avoir jeté les fondemens ^ il ne se hâta pas d'élever un édifice qu'il avoit trop envie de rendre durable , pour s'exposer à le voir s'é«crouler de lui-même , faute des précautions nécessaires pour le consolider* Depuis cinq ans entiers^ il alloit méditant , et sentoit qu'il auroit encore long-teoips à méditer cette marche profonde qui devoit assurer ses complots. Sa tête rumineuse combînoit silencieusement et lentement cet ensemble de lois y ou plutôt de ruses , d'artifices , de pièges , et d'embûches , sur lequel il régloît la préparation des candidats , les services des initiés ,. les fonctions , les droits, la condtiite des chefs, la sienne même* Il alloit tâtonant tous les moyens de séduction, les pesant, les comparant, les essayant tous les uns après les autres , et alors même qu'il sembloit se décider pour quelquesuns , se réservant de les changer encore , s'il poùvoit en découvrir de pires.
Cependant ses premiers disciples devenus ses apôtres , lui faisoient des conquêtes ; il ajoutoit lui-même au nombre de ses adeptes , il les dirigeoit par ses lettres ; il proportionnoit ses avis aux circonstances : avec l'art de ménager les pro* messes , il tenoit leur attente suspendue sur ses derniers mystères. Il annonçoit à ses confidens une morale, une éducation , une politique toutes noui^elles ; et ceux-ci pouvpient assez prévoir que ces promesses aboutiroient à une morale sans frein , à une religion sans Dieu , à une politique sans loi , sans dépendance ; ( Ecrits origin. t. i ^ lettu à Marius et à Caton. ) mais il n^osoit pas encore se dévoiler absolument. Son code lui sem-» bloit encore imparfait , les pièges n'étoient pas assez bien tendus ; il vonloit en devoir la perfec* tion au temps et à l'e^ipérience , pkîs encore qu'à ses méditations. C'est ainsi qu'on le voit se peindra
DE l'Impiété £t de l^ânarchie. i5 Itû-i^inême , quand Tenipressement de ses ëlèves pour ses derniers secrets , lui faisant un crime de ses lenteurs , il se trouve réduit à leur répondre : « C'est au temps et à l'expérience à nous ins^ €K truire. J'éprouve chaque jour que ce que j'ai « fait l'année dernière j je le fais beaucoup mieux « aujourd'huL Laissez- moi donc considérer ce « qui tend au but , et ce qui en écarte : ce que « nos gens feroient d'eux-mêmes , et ce qu'on ne 9 sauroit attendre d'eux , sans les aider et les 9 conduire ; — souyenez-vous que ce qui se fait 9 vite périt bientôt ; — laissez , laissez-moi faire ( « le temps et moi , nous en tnilons deux autres* >• ( Ecrits orig. t, I , lett. à Marins et à Caton , 3, 4, 47 > 6o, etc.)
Ce n'ctoit point sur son objet même que rou- Sct loient toutes ces méditations de Weishaupt ; cet »^"»^ objet ne varia jamais dans son esprit. Plus de ; religion , plus de société et de lois civiles y plus ; de propriétés , fut toujours le terme fixe de ses ' complots ; mais il falloit y conduire ses adeptes sans exposer ni son secret , ni sa personne ; et le scélérat savoit trop bien son crime pour ne pas éprouver des alarmes* Aussi le voyons-nous écrire à ses confidens : « Vous savez les circonstances où ^ » je me trouve ; il faut que je dirige tout par cinq » ou six personnes ; il faut absolument que je 9 reste inconnu pendant toute ma vie , à la plus » grande partie de nos associés eux *» mêmes ; » — souvent je me trouve accablé par la pensée » qu'avec toutes mes méditations , mes services » et mes travaux , je ne fais que filer ma corde » ou dresser ma potence ; que l'indiscrétion , » l'imprudence d'un seul homme peut renverse^ » le plus bel édifice.» ( Id. lett. à Caton^ 1 1 et 25.)
D'autres fois, essayant de se montrer supérieur Il toutes CCS craintes , n'en reprochant pas moins
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à ses adeptes quelques défauts de précautions , il leur disoit : » Si nos afiaires vont si mal aujour- » d'hui , tout sera bientôt perdu ; la faute alors 9 retombera sur moi ; et comme auteur de tout ^ 9 je serai aussi le premier sacrifié. Ce n'est pas 9 là ce qui m'effraie ; je saurai tout prendre sur » mon compte ; mais si l'imprudence des frères » doit me coûter la vie , au moins faut-il que je » n'aie pas à rougir devant les gens qui pensent ; » et que je n'aie pas à me faire le reproche bon-' » teux de n'avoir été qu'un mal-avisé et un témén raire.» (Au même ^ lett. 23. ) ^ j Ainsi tous les motifs se réunissoient dans ce
Son code ^ > /••1 11*-
Hermine, tameux conspitatcur , pour taire de son code celui de toutes les précautions qui pouvoient le soustiaire au supplice , et assurer le succès de ses I complots. Enfin , après cinq ^n^ de méditations I de sa pa|:t , de consultations'avec ses confidens , ' et sur-tout à l'aide du baron Knig^e , que nous I verrons jouer un fameux rôle dans l'Illuminisme ^ Weishaupt vint à bout de fixer la marche de ses mystères , de rédid[er le code de sa secte , c'està-dire l'ensemble des principes , des lois et du gouvernement adopté par les Illuminés , pour arriver au grand objet de leur conspiration. Avant que de conduite nos lecteurs dans le dédale im^ mense de ce code y donnons une idée générale du système qui en a inspiré toutes les lois à son auteur* MÂîg^- ï^ltis on méditera la partie de-ce code que nous néraie de fgrons counoître , lorsque nous en serons aux mysfcdiL/^*" tères de l'Illuminisme , plus on verra que Veishaupt saisissant les principes d'égalité et de liberté , propagés par le philosophisme du siècle , lie fait que donner à ces principes une nouvelle tournure, pour arriver aux dernières conséquences de l'impiété et de l'anarchie la plus Jibsolne. I^es sophistes élèves , les uns de Voltaire , les
autres
DE l*Impiéi1ê ët de l^Anarchié. 17 intres de Jean-Jacques , avoient tous commencé par dire t Tous les hommes sont égaux et libres } ils en avoient conclu sur la religion y que per« sonne , au nom même d'un Dieu qui se révèle » n'avoit droit de prescrire des règles à leur foi ; et l'autorité de la révélation se trouvant annuUée ^ ils n'avoient plus laissé pour base de la religi<>n ^ que les sophismes d'une raison sans cesse égarée par les passions ; ils avoient annuUé pour leurs adeptes tout le christianisme. Sur les gouçerne^ fnensj ils avoient dit encore : Tous les hommes sont égaux et libres ; ils en avoient conclu : tous les citoyens ont un droit égal à faire la loi j ou au litre de souverain ; et cette conséquence abandon* nant l'antorilé aux caprices de la multitude ^ il ne restoit pour forme légitime des gouvernemens que le chaos et les volcans du peuple démocrate et souverain.
Weishaupt , en raisonnant sur les mêmes principes , croit voir tous les sophistes et toute la populace démocratique , trop timides encore sur les conséquences ; et dans leur essence y voici tous ses mystères :
ff L'égalité et la liberté sont les droits essentiels 3» que rhomme , dans sa perfection originaire et » primitive , reçut de la nature ; la première at^ » teiute à cette égalité fut portée par la propriété ; 9 la première atteinte à la liberté fut portée par » les sociétés politiques ou les gouvernemens ; » les seuls appuis de la propriété et des gouver- » nemens ^ sont les lois religieuses et civiles ; 9 donc pour rétablir Thomme dans ses droits pri- 1» niitifs d^égalité ^ de liberté , il faut commencer 3» par détruire toute religion, toute société civile^ » et finir par l'abolition de toute propriété. »
Si la vraie philosophie avoit eu entrée dans les loges de l'illuminisme , elle auroit démontre aux adeptes et à leur maître , l'absurdité de leur prin-* Tome IH, B
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cipe , par rextravagance et la scélëratesse des cotr» séquences. Elle leur auroit dit que les droits et les lois de l'homme primitif, seul encore sur la terre ^ ou père d'une génération peu nombreuse j ne fu^ rent pas et ne dévoient pas être les droits , les lois de rhomme sur la terre peuplée de ses semblables. Elle auroit ajouté que la nature , en ordonnant à Thomnie de se multiplier sur cette même terre et de la cultiver , lui annonçoit par cela seul , la destinée de sa postérité à vivre un jour sous Tempire des lois sociales. Elle auroit observé que sans propriété cette terre restoit inculte et déserte ; que sans lois religieuses et civiles , cet immense désert ne nourrissoit plus que des hordes éparses de vagabonds et de sauvages. Le bavarois illuminé au-* mit dfi en conclure que son égalité et sa liberté , loin d'être les droits essentiels de l'homme dans sa perfection , ne sont plus qu'un principe de dégra^ dation et d'abrutissement, si elles ne peuvent subsister qu'avec ses analhémes contre la propriété , la religion et la société. Mais la vraie philosophie se tait à l'école et dans les loges de Weishaupt ; avec son détestable génie pour l'erreur , il s'ap-* plaudit du sophisme ; il en fait la base de son système , le secret ultérieur de ses mystères. Dangers Je n'ai pas simplement à prouver que c'est là ç^jj; aussi le grand objet de sa conspiration , de la révolution ultérieure qu'il nous prépare avec tous ses adeptes. Pour démontrer jusqu'à l'évidence ce grand objet de ses complots , je n'aurois qu'à citer
f les bénéoictions du Hiérophante ( titre ou prêtre qui présidoit aux mystères dTEleusis) illuminé, sur
! les hordes errantes sans lois , sans société , et ses malédictions contre les hommes fixant leur de« meure , se donnant des chefs , sur->tout formant
' une patrie. La conspiration sur-tout se verroit foute entière dans ces menaces du même Hiéro<^
M lImpiété et de l'Anarchie. 19
pbante : Oui , les princes et les nations disparoî^ iront de dessus la terre ; oui , il ifiendra ce temps oit les hommes n auront plus d^ autres lois ijue le lii^re de la nature; cette rèçolution sera L. f^b/Zr Voui^rage des sociétés secrètes : et c^èst^-là un de nos grands mystères,) Voy. ci-après Discours sur » les mystères. ) Ces mois seub du code illuminé diroient tout ce que j'ai à démontrer sur roibjet même de la conspiration et sur retendue des pro^jets de la secte ; mais la conspiration pourroit être rendue évidente , et j'aurois pen fait encore pour le salut public. Au lieu d'une secte terrible -et formidable, les peuples et les chefs des peuplés pourroient ne voir dans Tllluminisme, qu'une tourbe d'insensés méditant , sans moyens, une révolution chimérique , dès-lors pen alarmante , trop digne de mépris pour mériter des précautions. I^ scélératesse trouveroit son excuse dans soA excès même ; la secte poursuivroit ses complota démoniaques avec plus de confiance , d'activité et de succès , par cela seul que leur objet sembleroit impossible ; la société se trouveroit dissoute ; vous perdriez vos lois, vos autels , vos propriétés, pat cela seul que vous auriez cru ne pouvoir pas les perdre. Vous dormiriez tranquilles au bord du précipice ; et vous y tomberiez , pour n'avoir viX ^ue le délire dans la main qui le creuse. Vous croiriez pouvoir rire des projets de lliluminisme , et vous ne sauriez pas combien ses Hiérophantes sont fondés à dire à leurs adeptes : Laissez les ! rieurs rire , les moqueurs se moquer ; celui qui compare le passé au présent^ çerra que sanspou^ voir être détourné dans su marche , la nature aisance dans ses çoies. Ses pas sont insensibles à , f homme peu fait à. Vohsen^er , mais ils vféchap^ pent pas au philosophe* ( Ibid. ) ^ ' -
Pour le salut de la société , j'ai donc quelque
zo Conspiration des Sophistes rhose de plus à faire, , qu'à démontrer Texistenee et la ];éalitë , l'étendue même des complots de la secte ; ) ai à rendre sensibles vos dangers , et ceux de la société entiè];e sous ces complots. J'ai & faire connoitre une marche » à dévoiler un art, qui hâtent des forfaits , qui rendent imminens des désastres que l'on croit chimériques. J'ai à développer l'ensemble d'un système , d'un code dont chaque loi, chaque maxime , chaque disposition sont un pas . à la révolution universelle qui doit .frapper ae mort" 1^ société. Je ne viens donc pas dire simplement à chaque citoyen : Yoilà ce que Ton trame contre votre religion , votre patrie , votre nation , vos propriétés , et contre l'existence de toute société appelée ou nation ou peuple ; cette tâche seroit malheureusement trop facile à remplir. Je dois , je viens vous dire : Voilà dans cette trame , ce qui fait les dangers de la patrie et les vôtres. Il faut que je vous montre la plénitude de ressources jointe à l'excès de la scélératesse, là où vous croyez n'avoir à découvrir 3ue. l'excès du délire philosophique et la nullité es moyens.
; Weishaupt , ainsi que vous , . avoît prévu des obstacles à sa conspiration; on pourroit même dire qu'il les. crut plus réels , plus grands encore qu'il ne devoit les craindre.. Ce que ses plus fameux adeptes croyoient dire à la honte de ses compatriotes , il faut le dire à leur honneur : Weishaupt , entouré de fidèles bavarois attachés à leur Dieu , à leur prince ; Weishaupt , étudiant d'ailleurs les hommes , moins dans leur commerce que dans ses spéculations et dans les livres , ignoroit en très-grande partie ce que le philosophisme du siècle avoit déjà fait pour ses systèmes. {Foyez derniers Eclaircissemens de Philon. ) La génération parvenue à la virilité lui sembloit en-^