PARTIE HISTORIQUE
DISCOURS PRÉLIMINAIRK
Obl£t et plan de VOui^rage,
JLjnfanté peu d'années avant la Révolution Française , dans les conceptions d'un homme dont toute l'ambition sembioit ensevelie à Ingolstadt dans la poussière des écoles , comment rllluminisme , enf moins de quatre lustres , devint-il la redoutable Secte qui sous le nom de Jacobins , compte aujourd'hui pour ses trophées tant d'Autels écroulés , tant de Sceptres brisés ou morcelés , tant de Constitutions renversées » tant de Nations domptées y tant de Potentats tombés sous ses poignards ou ses poisons ou ses bourreaux , tant d'autres Potentats humiliés sous le joug d'une servitude appelée la paix , ou d'une servitude plus flétrissante encore appelée alliance ?
Sous ce même nom de Jacobins , absorbant à la fois tous les mystères , tous les complots , toutes les sectes des conjurés impics, des Conjurés séditieux , des Conjurés désorganisateurs , comment rllluminisme s'est -il fait cette puissance, de la peur qui y tenant l'univers consterné , Tome IV. A
a JDlSCOUES PRÉLIMINAIRE,
ne permet plus à ud seul Roi de dire : demain encore je serai Roi ; et pas ^ un seul peuple : demain j'aurai encofç me^ loîs ei ma rejigion ; p9s à un seul citoyen : demain encore et ma fortune et ma maisop seront à moi ; demain je ne me réveillerai pas entre farbre de la Liberté d'un côté , et l'arbre de la mort , la dévorante guillotine de l'autre ?
Invisibles moteurs , comment les adeptes se^ crets du moderne Spartacus ont -ils seuls présidé à tous les forfaits y à tous les désastres de ce fléau de brigandage et de férocité , appelé Révolution ? Comment président - ils encore à tous ceux que la Secte médite , pour consom* mer la désolation et la dissolution des sociétés humsâne.s ?
En consacrant ces derniers Volumes à éclaîrcîr ces question , je ne me flatte pas de les résoudre toutes avec la précision et les détails <les hommes qui auroicnt eu la faculté de suivre la Secte illu* minée dans tous ses souterrains , sans perdre un seul instant de vue les chefs ou les adeptes. Le monstre a voyagé à travers les abîmes ; les ténèbres nous ont plus d'une fois dérobé sa marche. ' Weisphaupt prît pour emblème Toiseau sinistre de la nutt , parce qu'il en savoit les avantagées ; \ mais le hibou funèbre a aussi son chant lugubre y qui , perçant pxalgré hii dans les airs indique son repaire ; et malgré lui aussi Todeur funeste du poison décèle les repKs de l'insecte rampant et venimeux. A travers les forêts , le sang trace la roule des brigands fiisque dans leur caverne; mal-
S ré les scélérats , le Dieu qui veille au -dessus 'eux se jotfe de leur secret ; un rayon de lumière qu'il sait diriger sur leur antre suffit pour les trahir, .oans doute il est resté dans les ténèbres bien des BiOBStruosités^; en recueillant les traits qui mesoM
DlSÊOUtlS PRÉLIMINAIRE. 3;
dévoilés, je n'ea aurai pas moins assez pour signa^ 1er la Secte par-lout ou les forfaits annoncent sar fatale influence. Une noire yapeur couyre en vain le sommet des yolcans ; le soufre et le bitume qu'elle exhale suffit pour annoncer les feux sou-« terrains, et Péruptîon dira l'abîme où se travaillent les grandes convulsions.
Ainsi, sans espérer de dévoiler toute cette suite de forfaits, qui rempliroient Thistoire de la Secte, tous ces noms mystérieux qui feroient connoitre chacun de ses adeptes , en laissant aux ténèbres et à rincertilude ce qui ne peut encore leur être arraché , en nous bornirnt à ce que des recherches •exactes et* sévères ont pu manifester , il est possible d'en réunir assez pour tracer sa marche et ses progrès , depuis son origine jusques à ce con--» grès où elle appelle en ce moment les Souverains vaincus, bien moins pour mettre un terme aux horreurs de^ combats que pour jouir des terreurs
3u'eile inspire au dehors , et se préparer au dedans es ressources pour de nouveaux triomphes; bien moins pour assurer aux peuples les débris de leurs lois et de leur religion , que pour aviser aux moyens de ne plus en laisser de vestiges. J'essayerai donc encore ici d'aider l'historien à ne pas ' s'égarer dans ce dédale , en y suivant les traces de la Secte. Nous avons assez vu ce que dans ces mystères elle jure de faire contre toute religion y toute société , toute propriété. Dans l'étude à présent de ce qu'elle a déjà fait , dans la partie de ses complots qu'elle a déjà remplie , puissent ' les Souverains et les Peuples puiser une nouvelle ardeur et de nouveaux motifs , pour opposer tou# leurs moyens , tous leur courage , à ce qui lui reste encore à faire ! C'est pour en triompher enfin et à tout prix , non pour désespérer , qu'il faut étudier les faste de la Secte* Je jette mes pinceaux^
'4 Discours préliminaire.
et j'attends tranquillement aussi ma dissolution j mais je gémis sur celle de la société , si je n'ai réveillé mes lecteurs sur les dangers que pour les voir se replonger dans l'apathie , sous prétexte ûiTil «t'«st plus temps de résister et d'éviter le sort que la Secte prépare aux Nations. Non , soyez pour le bien aussi zélés qu'elle a su l'être pour le maLQueTon sache vouloir sauver les peuples ; que les peuples eux-mêmes sachent vouloir sauver leur religion, leurs lois et leur fortune, comme elle sait vouloir les détruire, et les moyens de salut ne manqueront pas» C'est dans l'espoir seid de contribuer au moins à leur recherche, que je consens encore à souiller ma mémoire et ma plume de ces noms de Weishaupt , ^Illuminés , de Jacobins , et à fouiller encore leurs forfaits dans leurs annales.
L'ordre que je suivrai pour dévoiler les fastes 4e la Secte , est celui de ses époques les plus remarquables.
La première, sera celle de Weishaupt jetant les fondemensde son lUuminisme, formant autour de lui ses premiers adeptes , ses premières Loges , essayant ses premiers apôtres , et les disposant à de grandes conquêtes.
La seconde sera celle d'une fatale intrusion^
3ui valut à Weishaupt des milliers et des milliers 'adeptes , et que j'appellerai l'époque delà Franc- Maçonnerie illuminisée.
. Bien peu d'années suffisent à ces conquêtes souterraines; la foudre des cieux en avertit la terre ; la Secte et ses conspirations sont découvertes ea Bavière ; c'est le temps qu'elle appelle de sesper-sécutions ; ks Puissances dans l'illusion le prennent pour celui de sa mort. Retirée dans ses antres, mais plus actiye que jamais, de souterrains en souterrains, elle arrive dans ceux de Philippe d'Or-
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lëans ; avec tous ses arrière-adeptes , il lui donne toutes les Loges de sa Maçonnerie Française. De cette monstrueuse association naissent avec les Jacobins tous les forfaits et tous les désastres de la Révolution. C'est la quatrième époque de 111luminisme ; c'est celle du lion qui sent ses forces arrivées ; il est sorti de la caverne , il a rugi ; il lui faut ses victimes. Les Jacobins Maçons illuminés quittent les Loges souterraines ; leurs hur-* lemens annoncent aux Puissances qu'il est temps pour elle de trembler , que le jour des Révolutions est arrivé. A cette époque enfin ^ la Secte commence Texécution de ses complots ; celui-là seul sait à quel point la terre est condamnée à les voir s'accomplir , qui permit aux Jacobins de naître, comme il permet aux démons de la peste d'infecter les Empires , jusqu'à ce que son calice épuisé Tait vengé d'une génération d'impies. Je ne suis ni prophète , ni enfant de prpphète , mais par tout ce que j'ai à dire des forfaits déjà commis par la Secte, il ne sera que trop facile d'augurer ceux qui lui restent à conunettre , ceux qu'elle commettra , si les leçons que ce même Dieu a voulu nous donner ne disent ni aux Princes , ni aux Peuples ce qu'ils ont à faire eux-mêmes, pour mériter qu'il mette un terme à ce fléaiu
Conspiration de» Soïhistes