‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 42 sur 61 · Tome IV, C · texte numérisé non relu

Tome IV, C

34 Conspiration des Sophistes

attendre. Parmi ces leçons , il en est une dont l'objet spécial est d'apprendre aux Novices même à mépriser la mort , et à se la donner plutôt que de trahir leurs maîtres. Cette leçon est celle que Weishaupt réduisoit à ces mots : patet exitus , c'est-à-dire, la porte de la vie à la mort est ouverte , et peut sortir qui veut , sur-tout quiconque ne se trouve pas bien dans ce monde. C'est la même leçon que les décrets des Jacobins ont rendue en ces termes : La mort ri est qu*un sommeil étemel • Plein de ce principe et fatigué de son existence , le novice Zwach se persuada qu'il mourroit en sage , s'il mouroit de sa propre main. Il rédigea ce qu'il appelle ses pensées sur le suicide* Ce sont les pensées d'un athée , que ses vices ont rendu malheureux , que son impiété a rendu fou. ( /^« écrits orig. t, i , sect. 20. ) Il fit son testament , et se mit à écrire au Frère Ajax la lettre suivante :

«Munich 9 le 3o Octobre 1777. — Ami , je p m'en vais , c'est le meilleur parti que j'aie à yt prendre. Porj^^^-toi bien , ne doute pas de ma » probité y n'en laisse pas douter les autres. Con* p firme les sages dans le jugement qu'ils vont » porter de ma mort ; regarde avec pitié ceux D qui la blâmeront. Sois honnête homme ; sou- » viens-toi de moi , et ne me laisse pas oublier 7> par le petit nombre de nos bons amis. Gardej» toi de me plaindre. » Signé Zwach.

Le Post scriptum léguoit un anneau ^ pour souvenir , au Frère Ajax y et le prioit de £aire parvenir aux Frères une seconde lettre , adressée k tout l'Ordre Illuminé. « Et vous aussi , Frères , p je vous salue pour la dernière fois , disoit » ici Zwach , je vous remercie de vos intentions .» sur moi. Je vous jure que j'en étois digne ;

M lImpiété et de i^Anarchie. 35 fy )e vous le jure sur mon honneur , le seul » bien que je possède , le seul sacré pour mou » Honorez ma cendre de votre souvenir ; ié- » nissez'la , tandis que la superstition me mau* » dira. Eclairez-vous mutuellement ; travaillez » à rendre le genre humain heureux ; estimes » la vertu , et rëcompensez-la ; punissez le » crime ; voyez avec pitié les fautes de Thu- )> mânité. Sur le bord de sa fosse , y descen-- 3» dant avec réflexion , et choisissant la mort » par conviction , par démonstration , la choi- » sissant pour son bonheur ; c'est ainsi que » vous fait ses adieux votre Frère et ami ^ » Zwach. » ( Ibld. )

C'en étoit fait pour l'Illuminisme de l'adepte fa-i Yori 9 si cette résolution avoit été aussi constante qu elle étoit sérieuse. On ne sait ce qui vint la changer ; mais Zwach choisit de vivre et aujourd'hui encore , poursuivant les complots de la Secte y il a trouvé son protecteur. Comme Weishaupt aoprès de son A. S. le Duc de Saxe-Gotha , il vit sous les auspices et Conseiller intime du Sérénissima Prince de Salm-Kyrbourg ; et il est son agent ordinaire à "Wetzlar , auprès de la Chambre Impériale. Au moment oii j'écris , il joue un rôle plus important encore pour son Prince et pour ceux de l'Empire. Au milieu de tous leurs Députés , et Député lui-même pour la maison de Salm-Kyrbonrg , ayant pour Secrétaire et pour confrère de son lUuminisme , le Sieur d'Ambmann , citoyen de Darmstadt , il traite au Congrès de Rastadt de la paix à coivcliure avec les adeptes de son Uluminisme triomphant dans Paris. L'histoire aura sans doute un lour à dire avec quel art il sut y combiner les intérêts de sa Secte avec ceux des puissances ^ et avec ses se^mens de les détruire toutes. Reve-

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nons au moment où Xavier Zwach ne croyoft fas encore que le crédit des Frères lui préparât CCS hautes destinées , et lui valût Thonnem: de décider celles des Souverains.

hes pensées sur le suicide ne furent pas perdues , nu moins pour la belle-sœur du Candidat. Pleine de ces pensées ^ elle chercha la mort, et se précipita du haut d'une tour, ( Ibid» note» ) Quant à lui , en choisissant de vivre , ofi'ensé du long noviciat que lui faisoit subir le Frère Ajax , il s'adressa directement à yV eishaupt, qui, le prenant alors sous sa direction , commença par lui dire qu'Ajax Tavoit trompé , en laissant ignorer aux Frères la lettre qu'il leur avoit écrite. Puisqu'il cous a trompé , ajoutoit Tinstruction , trompez-le çous-méme.

En donnant le précepte , Weishaupt indiquoit la manière. Il établissoit Zwach inspecteur de celui-là même qui croyoit encore Tinspecter. ( Lett. I . à Philip. Strozzi. ) Zwach siit prouver alors que son Insinuant ne s'etoit pas trompé en le donnant pour maître parfait dans l'art de se contrefaire ; car , devenu dès-lors le premier confident de Spartacus , et bientôt admis aux mystères de TOrdre , il n'en continua pas moins à jouer auprès de son premier Enrôleur le rôle de Novice. Il étoit déjà au plus haut des grades ; il étoit non-seulement Aréopagile, mais Supérieur mcme des Aréopagites ; il étoit dans une continuelle correspondance avec "Weishaupt ; et Ajax continuoit à le regarder comme son écolier ; il imaginoit même lui faire une grande faveur , en lui montrant des lettres de VV"eishaupt , que le prétendu Novice avoit déjà lues avant de les lui faire parvenir , comme il en avoit la commission de W'eishaupt même*

Ce i 61e de Zvvuch , dupant son Enrôleur , et

t)E l'Impiété et de l'Anarchie. 3^ inspectant celui qui croyoit Tinspecter , explique seul la différence qui se trouve entre les tcibiettes tracées par Âjax , et la liste des premiers adeptes que l'on trouve dans les Ecrits originaux. ( T.pr. s. 4-) Là , Ajax croit Xavier Zwach encore simple aspirant , jusques au 29 Mai 1 778; et ici, le prétendu Novice est déjà Aréopagite sous le nom de Coton y le 22 Février de la même année ; et peu de mois après il n'a plus au-dessus de lui que Spartacus. {Idem. lett. 27. ) Jamais Frère Enrôlent ne fut mieux supplanté par son Novice.

Les divers noms sous lesquels se montre ce Novice dans les Ecrits originaux , ont fait naître une difficulté qui déjà embarrasse certains Lecteurs ; mais la prédilection toujours croissante de Weishaupt suffit encore pour résoudre l'énigme.

Weishaupt avoit d'abord donné à Zwach le nom insignifiant de jDanai^; dès qu'il connut sa haine pour les Rois, il changea ce nom en celui de Philippe Strozzi ; de ce fameux conjuré Florentin , qui avoit assassiné Alexandre Médicis , et qui , pris ensuite les armes à la main contre son Souverain, s'enfonça un poignard dans le sein , en prononçant ce vers dicté par toutes les fureurs de la vengeance :

Exorîare aliqais nostris ex osslbns ultor.

IjC suicide manqué de Zwach n'en parut pas moins honorable à Weishaupt ; il crut alors devoir en faire le Caton de la Secte. C'est sous ce dernier nom que Zwach devint à Munich le principal agent des Illuminés, l'adepte favori du Fondateur. Ce qui favorisa toujours leur intimité , fut cette espèce de sympathie qui se trouve entre les méchans comme entre les démons , et qui les fak toujours concourir au morne but j quand il s'agit de nuire.

58 CcmSPffiATION DES SOPHTSTES

Sans avoir pour le mal le génie de Weîsîiatipt^ Zwach en avoit au moins toute la volonté. Dès son entrée dans l'Ordre , pour ^on premier essai , il se donna pour un parfait athée. ( V* dise, sur . ^ / ^ les Sociétés , Ecrits orig. f. i , sert. 32. ) Dès- ^ ' ^ lors il annonce toute sa haine contre les Souverains et toute son admiration pour le peuple qui brise le joug de ses prétendus tyrans. ( F. ses pensées sur le suicide. ) On voit bien quelques-uns des

Î)remiers adeptes de rilluminisme s'étonner de Hnunensité des forfaits et des désastres que Weishaupt prépare à l'univers ; il lui faut quelquefois auprès de ceux-là des ménagemens ; il faut qu'il les prépare, qu'il les dispose, qu'il réponde à leurs réclamations ; son Caion est toujours prêt à tout ; il est toujours au niveau des mystères , à mesure que Weishaupl en déroule le code, il ne lui laisse jamais que l'invention.

A cette sympathie d'impiété et de scélératesse s'unit encore la profonde politique de VVeishaupt. Il lui faut im sénat de conjurés ; mais dans ce sénat , ce sont des agens et non pas des égaux qu'il voudroit se donner. Pour régner plus efficacement sur cet Aréopage , il ne veut pas l'avoir auprès de sa personne ; il sait trop bien que dans les sociétés secrètes, plus le despote s'enfonce dans son mystérieux sanctuaire , plus ses ordres sont révérés des Frères. Si malgré cette espèce d'invisibilité où il se tient , l'empire qu'il exerce sur ses Aréopagites doit encore exciter leur jalousie , il aiu'a du moins auprès d'eux et à leur tcte , ce Gaton qui lui doit tout ce qu'il est dans l'Ordre, et dont tout l'intérêt sera de maintenir celui dont il tient lui-*même toute son autorité. C'est pour cela qu'on voit Weishaupt faire tant d'efl'oris pour le maintenir dans son parti , et descendre avec lui jusqu'à ces prières : Soutenez-moi donc >

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 3^ disposez donc les choses et les esprits , pour qiie mes dispositions soient reçues* ( Voyez sur-tout t. I , lett. 55. )

Weishaupt fut peu trompe dans cet espoir. Lors des dissensions que son despotisme fit naître entre lui et ses Aréopagites , ce fut presque toujours par Zwach qu'il vint à bout de les gagner, de ranimer leur zèle pour ses complots et leur respect pour sa persoime. Ce fut sur-tout à lui que riUuminisme dut tout ses succès dans Munich ; Catoti y jouoit si bien , si efficacement le personnage d'Enrôleur , que Weishaupt fut obligé , plus d'une fois , de réprimer cette ardeur. Il avoit besoin de lui pour le gouvernement de l'Ordre ; il s'en fit même aider pour la rédaction de diverses parties de son code. En un mot , le résultat de leur correspondance est que Weishaupt n'eut pas un seul Aréopagite , qui entrât mieux que Zwach dans toutes ses vues, et qui jouit^plus justement de toute sa confiance. ( Voyez toutes les lett* à Caton dans les Ecrits orig* )

Il n'en eut pas un seul qui , tout en conspirant contre son Prince , sa patrie et toute société , affectât et prit mieux tous les airs d'un serviteur zélé pour son Prince , pour sa patrie et la société. Au milieu de tout ce qu'il faisoit pour les complots de son Illuminisme « Xavier Zwach réussit à se faire nommer Conseiller de la Cour , Conseiller de la Régence y aux appointemens de yingt mille florins* Enchanté de la promotion de son adepte^ Weishaupt se hâta de lui écrire : a Recevez mes p félicitations sur la nouvelle dignité. Je voudrois »> que tous mes Aréopafîites fussent aussi Con^ >• seillers intimes avec vingt mille livres d'appoin- » temens ; mais je voudrois encore plus, que leur » emploi exigeât peu de temps et de travail. Il » leur en resteroit davantage pour le grand objet. »,

%o Conspiration des Sophistes

( Idem» t. 2 , lelt. 2. ) La lettre qui portoit ce compliment est précisément une de celles où Weishaupt donnoit à ses Âréopagites le plus de détails sur la mi^rche et le succès de sa conspiration.

Varias ^^ second personnage de cet Aréopage fut un •« certain Hertel , Prêtre Catholique , appelé Marius

Hcrtch'* P^r les Illuminés. C'est de lui que Weisliaupt écrivoit à Xavier Zwach : « Notre Marius est 3» réservé au suprême degré. Dans la plupart des *> affaires , il marche en tutwrlste. Sur les objets )> religieux , ménageons sajbiblesse^ Son estO'* » mac n'est pas encore capable de digérer des » morceaux un peu durs* Sur tout le reste fiex- » vous à lui. Ne le chargez pas de travail , jusp qu'à ce que Tusage lui donne de la facilité et y> qu'il prenne du goût pour la chose. S'il est une ï> fois bien stylé , il pourra nous rendre de grands » services. » ( Ecrits orig. t. i , lett* 7 à Caton , du 27 Mars 1778. )

Malgré ce prétendu tutiorisme , Hertel , s'étoit laissé entraîner dans tous les dangers des sociétés occultes , et il y succomba. Pour tirer parti de cette conscience qu'il apportoit dans l'Ordre , AVeishaupt le fit d'abord caissier, en le chargeant de réparer par son économie les larcins d'Ajax. Le Marius Illuminé remplit constamment cette commission , à la satisfaction du Fondateur. Les Frères conjurés le recompensèrent de sa fidélité , en lui procurant à Munich un Canonicat , par des intrigues qu'il admire lui-mémè et dont il promet de divertir Caton , mais dont il n'ose confier le récit au papier. ( Voyez leit. de Marins à Caton , 3 l^oç. 1 783. ) Au moment où il prit possession de son Canonicat, ces idées religieuses qu'il avoit d'abord fallu tant ménager , s'étoient évanouies. U se dépeint alors lui-même passant de ses fpnc-

DE lImpiété et de l'Anarchie. 4ï tîons religieuses aux Clubs illumines , se faisant mj^e^/er publiquement d'un bénéfice ecclésiastique , et s'applaudissant en secret des services qu'il vient de rendre aux Frères conjurés contre l'Eglise; services qu'il appelle encore U'ep importans pour oser les dévoiler par écrit ; ( ibid. ) services cependant qu'il est aisé de deviner, quand on le voit plus qu'aucun autre adepte , parla^r avec Zwach les confidences de Weishaupt. Dans la correspondance de celui-ci , il est une foule de lettres qui leur sont adressées en commun* Il est sur-tout des instructions spéciales et provisoires, adressées aux Aréopagites ; et dans ces instructions , ce n'est plus le consciencieux , c'est l'apostat Hertelqui doit, après Zwacli , tenir le premier rang , jouer le premier rôle. ( Voyez sur-fout les instructions pour Caton , Marius et Scipion* Id. /. I , sect. IX. ) C'est lui sur-toul , c'est ce malheureux Prêtre , qui semble avoir été chargé plus spécialement du soin de fournir aux bibliothèques secrètes de l'Ordre , d'acheter ou de voler pour elles tout ce qui devoit en faire des arsenaux d'impiété, de corruption et de révolte. ( Voy. idem. t. 1 , lett. 4^ y t. z , lett. 3 , etc. ) Enfin c'est lui aue Spartacus trouva parmi les Frères , le plu^ digne d'entrer dans la confidence du monstrueux infanticide que nous l'avons vu méditer, et c'est lui qui le sert dans cet afl'reux secret de manière à mériter ses remercimens. ( Id. t. 2 , /ett. 3ct 4»)

Mieux encore que cet infâme Prêtre , le mé- Troisî*decin Baader nous montre de quels hommes se "^a^^^" composoit cet étrange Aréopage. 11 n'est pasCeiscBaa» encore dans l'Ordre , et on le voit offrir les plus ^'' atroces services de son art ; il est ce trop fameux adepte que Weishaupt désignoit sous le nom de Ce/se j en parlant à Hertel de Thomme qui lui avoit promis de l'aider à conserver son honneur par le

4it Conspiration des Sophistes plus révoltant des forfaits. ( Voy. U 3 de ces Ménim chap, I • ) Cest sans doute à ses oÛVes que sont dus renipresseraent avec lequel on voit Weîshaupt le rechercher , et les dispenses qu'il lui prépare y lorsqu'il écrit à Zwach : « Si je réussissois j» à enrôler le médecin Baader , dites-moi d'avance y quel droit nous pourrions lui donner parmi nos » Aréopagites* Car , sans cela , sans quelque dis- 9 pense particulière , nous ne le mettrions pas en r^ activité. » ( T. i, lett. 29, 3o Dec. 1 778.) Cette lettre fut bientôt suivie d'une autre , par laquelle on voit encore mieux le prix que Weishaupt attachoit à cette conquête, et toutes les intrigues qu'il mit en jeu pour se l'assurer. « Pour venir à bout

• de mon plan dans Athènes ( dans Munich ) ,

• écrit-il à ses Athéniens Bai^arois , j'ai encore •» besoin de deux hommes , l'un Noble et Taurré p Médecin. Le lèle de Calon nous sert pour l'uu » et l'autre, et va nous procurer ainsi ce qui nous » manque. Le Comte S. . . . (Savioli,que ce Caton y vient d'enrôler ) s'appellera Brutus. C'est une 1» des plus importantes prises que nous puissions j> faire dans Athènes. Voici la manière de pro- » céder que vous aurez à suivre à son égard. Que 9 Caton continue avec lui comme il a commencé , i» ei qu'il cherche à s'assurer de son silence. Cela » fait , qu'il lise nos statuts réformés , et lui dece mande s'il croit la chose utile et bonne. Brutus » a-t-il dit oui ? Caton demandera encore au » Comte s'il veut nous seconder dans nos travaux. » Ensuite il lui dira que , vu les importans serj) vices qu'il peut rendre à notre société , en nous » prétant-son nom, nous serons moins sévères à » son égard pour les épreuves ; que nous nous » hâterons de l'admettre aux plus profonds de nos » secrets ; que seulement on exigera , pour prélî- » minaire , qti'ii nous livre Baader ou bien quel-*

TU qu'autre; que nous savons très-bien qu'il ne » faut pas le surcharger de travaux; que c'est » pour cela qu'on le dispense des exercices pres- » crits par nos statuts ; qu'il n'en fera que ce qu'il » voudra bien ; que nous l'avons choisi spéciale- -• i> ment pour nous aider dans le gouvernement » de r Ordre. S'il nous livre Bander^ celui-ci » jouira de la même dispense , qui ne sera plus » accordée à personne dans Athènes. Vous lireai î» au Comte le Grade Minerval et tout ce qui » précède. S'il montre pour la chose du goût » et de l'activité, vous lui lirez aussi les statuts » du Grade Illuminé; et lorsqu'eniîn il vous aura » assuré de son zèle , lorsqu'à force de nous en- » rôler du monde , il sera absolument lié à nous « » vous pourrez lui dévoiler le tout , ainsi qu'à » Baader. )> ( Tom. i , lett. 33, 1 1 Dec. 1778.)

Soit que les Frères de Munich eussent déjà prévenu toute cette marche , soit qu'ils y eussent suppléé par tout autre moyen , les vœux de "Weishaupt sur Baader se trouvèrent remplis en peu de temps. Car on le voit inscrit sur la liste des Aréopagites , dès le i3 Décembre 1776, trois jours après la lettre que nous venons de lire. Dans le reste de la correspondance illuminée ^ son nom est toujours mis au nombre des adeptes les plus actifs , le plus profondément entrés dans les mystères» ( Voyez sur-tout t. 2 , Ictt. 1 3 de Spartacus à Celse. )

Un nouveau motif de cet empressement pour enrôler Baader , étolt que celui-ci , donnant à Munich des leçons publiques, y pouvoit aisément jouer auprès des jeunes étudians en Médecine, le rôle que Weishaupt jouoit si efficacement auprès des élèves du même âge , étudiant le Droit à In- meArJogolstadt. Le même motif l'avoit rendu également £?**>'* ^dent*à enrôler Berger^ Professeur à Munich, Berge^r?

mais je ne sais de qudle faculté. Celui-ci est conna dans l'Ordre sous le nom de Scipion ; il fut inscrit au nombre des Aréopagites , le 8 Juillet de la même année. Franc-Maçon avant que d'être Illuminé , il conserva quelque temps pour ses premières Loges une prédilection qui lui fit désirer son congé. Cette préférence outrageoit AVeishaupt ; sans paroitre vouloir retenir le Frère dégoiité , et ne pouvant encore user de menaces , il ordonna à Zwach de lui déclarer, au nom de t Ordre y toute la liberté qu'on lui laissoit de suivre son penchant^ mais dans la même lettre , il réunit tout ce qu'il falioit lui faire entendre sous main , tout ce qu'il failoit sur-tout lui dire de la préémi- ^ nence et des avantages de l'illuminisme sur la simple Franc-Maçonnerie. Le Professeur Berger fut si bien persuadé , que pour lui donner la pré-^ férence sur tous les autres Aréopagites ; V^^eiskaupt, dans la suite , n'exigeoit de sa part quun peu plus d'activité. ( Voyez t. i , lett. 46 et 58. ) CSB«iQîè- Il s'en faut bien que l'illuminisme eût jamais "p^iie ^ ce défaut d'activité à reprocher à son Coriolan , ^^* c'est-à-dire, à un marchand Hambourgeois retiré '"*'"" à Munich , sous le nom de Troponero. Lorsque celui-ci fut enrôlé parmi les Frères , il n'occupoit point encore ce poste , dans lequel Weishaupt trouvolt tant d'avantage pour la propagation de ses complots. L'idée d'en faire aussi un professeur de son métier , étoit venue à Zwach ; il l'écrivit à Spartacus ; celui-ci répondit : ^ C'est une chose » très-bien vue, et pour lui et pour nous , que » de faire de Coriolan un professeur dejinance. » Faites seulement tons vos efforts pour lui pro- » curer des élèves. Cest une bonne occasion de » gagner les jeunes gens. Vous ne feriez pas f> mal vous-même de vous mettre au nombre de » ses écoliers pour en attirer d'autires. *> ( Idenim

DE lImpiété et de l'Anakchi!!:. 4S htL 3 à Caton. ) Je ne sais pas si Zwach fut bien jaloux de quitter son Arëopage pour aller se remettre sur les bancs , mais ce que les archives de riUnminisnie ne laissent pas douteux , ce sont les grands services qu'il reçut de ce Coriolan. Weishaupt fait bien des fois Téloge de cet adepte. On voit sur-tout qu'il se servoit de lui pour rendre les réceptions plus imposantes. Coriolan apportoic dans ces cérémonies toute la gravité du Vénérable de la Loge ; les jeunes élèves sous cette gravité , ne soupçonnoient pas même les arrières-mystères de Rose-Croix , bien moins encore ceux du nouvel Illuniinisme.

Vers cette même époque , se trouvent parmi ^^ gVpiièles Aréopagites les deux premiers Illuminés titrés ">« 4"^oque Weisliaupt ait admis dans ses derniers secrets, Alltel lAm étoit le Baron de Bassus , et l'autre le ^^^^ Marquis de Constanza. Celui-là eut pour carac- Diomèdo' téristique le nom d'^/i^z/èfl/ , et celui-ci le nom ««Marde Diomède. C'est sans doute un phénomène bien (2!^néirange dans l'ordre moral , que des Barons et des **• Marquis illuminés ; que des nommes à qui ce titre seul rappelle à chaque instant , combien il est intéressant pour eux de maintenir et les propriétés et l'ordre social , s'enfoncent cependant dans la

us formidable des conspirations, ourdies contre es propriétés et l'ordre social; mais qu'on n'oublie ni les embûches du code de "Weishaupt , ni Part avec lequel il sait les ménager. Quoi qu'il en soit, les faits et les archives deTIlluminisme, les lettres, les apologies même de ces frères titrés , parlent plus haut que toutes les objections. Ce Baron de Bassus , dans sa prétendue justification , convient

Îue c'est lui-même qui est désigné sous le nom 'Annibal ( P. 6.) et les lettres de ce même Annihaî \e montrent non - seulement illuminé , mais faisant les fonctions d'Apôtre Illuminé ,

4S Conspiration des SoprasTEs rendant compte aux Frères des succès de son apostolat à Botzen dans le Tirol , se glorifiant des acquisitions importantes qu'il a déjà faites dans cette ville , se vantant d'y avoir enrôlé et rempli d'enthousiasme pour les Illuminés, le Président ^ le Vice-Président , les principaux Conseillers du Gouvernement^ le grand Maître des postes. {\à. t. 1 5 sect. XLV. ) D'autres lettres bientôt nous montrent ce même Annibal ou Baron de Bassus, passant en Italie ; à Milan , ajoutant à ses con* quêtes son excellence le Comte W..,. Ministre Impérial; en méditant bien d'autres à Paide , parmi les Professeurs de VUnii^ersité , et demandant enfin que l'on ajoute à la géographie de TOrdre , pour ajouter à son apostolat. ( Idem. t. 2 , sect» IF , lett. i et 2.)

Quant au Frère Diomède ou au Marquis illuminé , Marquis de Constanza , ce sont encore ses lettres qui nous montrent l'enthousiaste élève de Weishaupt. Dans ce fondateur de la Secte et de tous ses complots , à quelques foiblesses insigni" fiantes , à quelques défauts près , il a cru voir le plus parfait , le plus profond , le plus extraor-^ dinaire des humains. Les heures qu'il a eu le bonheur de passer avec lui sont des heures trop courtes ; mais elles ont sufll pour le remplir de zèle , et il court l'exercer, tantôt à Deux^Ponts , tantôt à Nauplis ou Straubing , et tantôt à Munich. Il y court , tout rempli de ces ruses qui doivent persuader aux candidats quon ne pense pas même à abuser de leur crédulité. Il y court , pénétré de toute la morale de Weishaupt , et prêt à l'exercer , pour venger la Secte d'un homme ni sans doute commençoit à dévoiler le complot es mystères. Il ne craint point d'écrire au Frère Intime , en parlant du faux Frère: « Ah le gueux ! » Ne pourroit-on pas, ou pour mieux dire, seroit^

Autm Arr*»-

DE lImpiété et de l'Anarchus. 47.

^ ce donc un crime d'envoyer dans L'autre monde >» un démon de celfe espèce ? O der schurke ! » Kœnnte man nicht , oder um besser zu siigen , 5> wœre es nicht erlaubt , so einen TeuftI in die y andere welt zu schicken. ^ ( Ecrits orig. !• 1 , sect. XLIV , lett. 1 et 2. )

Ni les écrits originaux , ni mes correspondances ne m'apprennent quels sont les vrais titres de pligîù». FAréopagite Selon. On ne le voit point jouer un grand rôle dans les fastes de l'Ordre. Son vrai nom est Micht ; il portoit l'habit eccldsiastiqqa à Freysingue. Heureux encore , si c'est là ce qui dans la suite semble le rendre à peu près nul pour Weishaupt. Sous le nom àiAïcihiade , se trouve sur la même liste le sieur Hoheneicher , que sa qualité de conjuré au Sénat de Weishaupt n'empêche pas de prendre place au Sénat ae Freysingue , en qualité de Conseiller.

L'onzième de ces Aréopagîtes , est le Baron de Schrœckenstein ; son nom de guerre est MahomeU Nous le verrons bientôt présider à des Provinces entières de lllluminisme.

Peu de jours après ce Mahomet^ se trouve iniflé un nouvel Aréopagite , sous le nom de Germanicus^ Ne pouvant découvrir son vrai nom , je ne me livre point à de simples conjectures (a). Ceue même époque nous oflre d'ailleurs, parmi les simples initiés aux premiers grades, un assez grand nombre de Frères importans. Tel est par exemple ce Magistrat d'Eichstadt appelé Lang , et sur-« nommé, dans l'Ordre Tamerlan. Tel est encore le

(a) Pour saTOÎr le vrai nom des adeptes il sufHt assez souvent de combiner lenrs lettres, celles sur-tout où Weishaupt annonce le nom qu'il donne aux candidats; ayec ce qu'il en dit ensuite sous ce dernier nom. Les journaux , les écrits allemands et mes correspondances m'en ont fait connoître bien d'autres , sur lesquels il n'est pas le moindre doute.

'^ Conspiration des Sophistes

secrétaire intime appelé Geiser. Je ne sais point le nom caractéristique de celui-ci ; mais la lettre de W*eishaupt sur l'acquisition qu'il a faite de ce Frère , nous dit tout l'intérêt qu'il attachoit à des prises de cette espèce , et tout le parli qu'il savoit en tirer pour accréditer son llluminisme.

Cette lettre est du lo Juin 1778. On peut observer en passant , qu'elle est , dans les Ecrits originaux , la première datée dans le stj^le de TEre Persane, du 10 Chardard 1148. «L'acquisition » du secrétaire intime Geiser^ y dit AVeishaupt à » son cher Caton , est un événement si utile pour » nous, que nos affaires vont en prendre une » tournure toute autre. Elle fait sur-tout dispa-* » roître cette apparence beaucoup trop forte de » nouveauté. C'est pour cela qu'il faut nous en » féliciter , vous et moi , et tout l'Ordre. C'est à » présent que nous pouvons nous flatter de faire p quelque chose de grand. En s'unissant à nous ^ » (les nommes de cet état de cette importance , » donnent bien plus de poids à notre objet. Ils » servent à tenir nos jeunes gens sous le frein. . » Ne manquez pas de faire à Monsieur le secrétaire » intime , mes biens sincères complimens et remer- 3» cîmens. Des gens de cette importance doivent X» avoir chez nous le droit de choisir eux-mêmes » leur caractéristique , leur emploi , le genre de » travail qui leur plaira. Ayez soin de m'en ins- » truire , afin que je prenne les arrangemens » convenables. » ( Tom. i , leti. i3 à Caton. )

-Dans cette classe des Frères importans ,. il faut bien mettre encore ici ce Comte Sai^ioH^ le Brutus de Weishaupt , le baron de Màggenhoff dont il fait son Sylla , le Comte de Papeinheim dont il fait son Alexandre. En attendant que nous trouvions dans cette liste des noms plus importans «ncore , des Ministres , des Princes , écoutons de

nouveau

DE lImpiété et de l'Anarchië* '4^ tronveau Weishaupt dëveloppant ses vues y et mettant ses adeptes en activité , sur-tout quand il s'agit d'attirer dans ses pièges tous ces nobles de l'aristocratie, etd en faire les premiers instrumens^ les apôtres et les propagateurs d'une conspiration dont ils doivent être les premières victimes. « N'a- » vez-vousdonc point, ècrivoit-il, le lo Phara^ j> çardin 1 1 49 ( ^ * Mars 1779)) ^ ^^^ Athéniens » de Munich , n'avez-vous donc point dans votfe » Athènes , quelques-uns de ces étrangers que » l'on puisse d'abord admettre dans notre Ordre, ». élever au plutôt au Grade Minerval , munir )> simplement des connoissances propres h. ce » Grade, etsans leur en dire davantage ,* envoyer » établir le système, nous faire des disciples dans 5> leur pays , par exemple à Augsbourg , à Ratis- » bonne, àSidlzbourg, à Landshut, et autres » villes? Il faudroit pour trouver ce monde-là, » vous insinuer un peu dans les sociétés ^ et fré- » qiienter les assemblées , les rendez-vous pu- » blics. Puisque vous avez déjà fait tant d'autres 3» choses , faites donc encore celle-là. A Erzerum, » ( Ëichstadt ) et dans toute la Franconie , je p poudrais faire des progrès extraordinaires , si » je pouvais dans ce pays-là gtigner et mettre » dans nos secrets deux Gentilshommes que je 5> cannois très-bien , tous deux hommes d'esprit » et fort estimés par la noblesse* — Celle acqul- » sition nous vaudroit des adeptes du rang de j> la noblesse , et gens d'esprit , qui recruteroient p pour nous, dans leur caste , par toute la Fran-- » conle. — Lorsque nous donnerions un nouveau » grade dans Athènes, nous pourrions y appeler » CCS deux cavaliers pour la cérémonie. Ceseroient » de nouvieaux candidats pour un grade plus haut* » — Leur considération et leur noblesse nous a> serviroient de plus à dompter iifi peu Brutus Tome IV. D

5o Conspiration des Sophistes f» et nos autres nobles* — Enfin Tamerlan , ou D le conseiller Lang , qui ne croît pas qu'il y ait p dans Erzerum d'autres adeptes que ceux qu'il y o connoît , seroit dans l'admiration de trouver dans » un plus haut degré, des hommes qu'il ne savoit » pas être des nôtres , des Gentilshommes qu'il y> estime infiniment. Voyez , délibérez là-dessus. » ( Tome I , lett. Sg. )

i.*' Dans les lettres suivantes, on ne voit plus ce jeune Brutus , c'est-à-dire , ce Comte Sai^ioli avoir besoin du frein d'un autre Comte. Il se fait aussi apôtre de la Secte ; il part pour une expédition , dont "Weishaupt se promet bien des avantages. On peut juger du zélé avec lequel il remplit sa commission , par l'honneur que "Weishaupt lui fait, en le distinguant trèsspécialement des Frères à renvoyer comme inutiles. Pour juger encore mieux des services qu'il étoît disposé à rendre , il suffit de l'entendre exprimer lui-même sa reconnoissance pour les faveurs qu'il a déjà reçues de l'Ordre , et comment îl se flatte a'en mériter de nouvelles. Sa lettre est adressée aux excellens Supérieurs de l'IUuminisme , et est conçue en ces termes :

<i Recevez , Excellens , les témoignages de ma n vive reconnoissance , pour le troisième grade » dont vous m'avez honoré. Tout y est beau , » grand , noble ; tout y remplit l'idée que je » m'en étois déjà faite par le second. Très- » certainement je chercherai à mériter votre » confiance. Comptez désormais sur la mienne » et sur mon dévouement parfait et sans réserve. ^ Rien au monde , non rien ne peut désormais 3> me soustraire à vos lois et au vœu d'être » conduit par vous. »

« Vous m'écrivîtes , il y a quelque temps , » de ne plus rien chercher a la Cour , parce que

M l'Impiété et de l'Anarchie. Stî -» je n en pouvois rien attendre* Je m'en suis » tenu à cet ordre ; mais le Ministre de la »> Régence me donnant aujourd'ui (juelques » preuves de considération , mes affaires ont » pris une autre face. La maladie sérieuse de » rËmpereur ayant fait penser au Vicariat da » l'Empire , on a jeté les yeux sur le Frère » Périclès , et moi pour la charge de Con- » seiller dans cette Cour ; et j'ai à présent le » plus grand espoir d'être fait conseiller intime. » S. • . . iT s'occupe spécialement de moi , et je le n dois à l'amitié des Frères CeUe et Alfred» w Si jamais j'arriçe à Quelque puissance , c*e$t » alors que le très-excellent Ordre i/erra com-^ » bien mon ccsur lui est dévoué , combien je luù » appartiens tout entier. Mais jusqu'à ce moment y> je ne puis vous otlrir que des vœux ^ etc. ». ( Ecrits orig. quibus licet de. Brutus , ^. 2. )

Quoique la faveur qui avoit inspii'é tant de: zèle à ce Comte Savioli fût encore loin des . derniers mystères , il avoit dans l'Ordre un Frère qui sans doute ne se flattoit pas même d'arriver à ce troisième grade. L'adepte Insinuant les avoit distingués ; la lettre par laquelle il annonce leur réception à Spartacus , va nous dire quelle autre espèce de service l'Ordre pouvoit attendre de; ce dernier :

« Voici , écrit Caton à Spartacus , les nouî» velles espérances que j'ai pour l'Ordre. Après » de longs préparatifs j'ai enfin engagé le jeune » S..... (Savioli) Celui-ci nous livrera son s> frère , qui peut mettre nos afl'aires en train y> à Augsbourg. Ils sont tous les deux riches* D J'engage le premier comme un sta benè , c'est- » à-dire » comme un de ces Frères que nous j> devons ienir dans les grades inférieurs. Je ^ rengage d'abord pour que dans l'occasion il

t2 Conspiration des Sophistes

1» nous prête sa maison très-connnode pour n/l» V assemblées , et ensuite , et snr-loiit pour qu'il * nous aide de sa bourse ^ dàmît er an geld % bryiraget. »>

La même lettre offre , en ces termes , un second sta benè du même genre : « Le Frère » Livius ( Budorger ) doit être désormais regardé » comme appartenant à la même classe* 11 m'a f> franchement avoué qu'il n'avoit ni le temps » ni la volonté de se livrer à tous nos travaux , » mais qu'il éloit prêt à contribuer de son argent » aux progrès de l'Ordre , à nous fournir aussi ê des livres pour nos bibliothèques et des instru- » mens poiur les expériences. — Je lui ai donné » à entendre que sans doute il pouvoit rester y^ des nôtres , mais seulement dans la classe » de ceux qui nous servent pour leur argent. » ( Tome I 5 sect. 32 Lett. de Caton à Spart. )

Ainsi Weishaupt tournoit également au profit de ses complots la bourse et l'ignorance, Tim-

Êiété et la sottise de ses Marquis , Chevaliers, arons, ou Magistrats initiés. Di'jà il en comptoit de cette espèce jusques dans la Chambre Ipapériale de Wetzlar. Car dès le 29 Août 1778, se voit sur la liste des initiés ce même Minos , ce Dittfurth assesseur si zélé pour donner à rOrdre des Sœurs Illuminées. {V. U 3 de ces- Mémoires 5 chap. 2. ) Ou le trouve d'abord frappé d'une suspense , comme suspect .aux Frères. ( Voy. la liste , /. 1 , Ecrits orig. sect. 4* ) Mais bientôt son zèle et sa docilité en font tout à la fois l'admiration et le jouet de "Weishaupt. On a vu cet adroit conspirateur , pour mieux scruter les Frères , exiger qu'ils traçassent euxmêmes tout le cours de leur vie ; qu'il fissent xm aveu détaillé de leurs passions , de leurs préjngés , de leurs habitudes. L'assesseur de la

DE lImpiété et de lAnarchie. S9 Chambre Impériale se soumit si scnipuleiisenient à cette Loi , que AVeishaupt crut devoir, ea instruire eu ces termes les Arëopagiies : 4s Minos^ » cet homme qui jouit d'une si grande cçn^ ï> sidérât ion , écrit en ce moment V histoire de ^ sa i>ie. Il nen est encore quà sa dix-septièfne » année , et il en a déjà quatre-çingt^treize p Jeuilles y et il a quaranle^cinq ans,, Cest y là bien autre chose que toutes les conjes^ >> sions générales. Voyez ce quon peut faire i> des hommes quiind on sait gcigncr leur con^ ft fiance et /<?.| bien con aincre ae la honié de Y» la chose. » ( Ecrits orig. tome 2 , lett. 7 et 1 o.) Pleia de cette conviction , Tiissesseur Impérial apprit si bien Tart de convaincre les aulres , que nous le verrons un jour Provincial de l'Ordre. Quelque zélé que fut Weishaupt pour acquérir à son Illuminisme des adeptes de ces premières classes de la Noblesse ou de la Magistrature , il . recommandoit bien plus spécialement encore à ses Enroleurs de faire leurs rec rues parmi les Professeurs et les Maîtres d^ écoles y comme le vrai moyen d'attirer à lui la jeunesse de toutes les castes. De là cet Hermès- Tris^ mégiste ^ de son vrai nom Socher ^ Supérieur des écoles à Landsberg , chargé de surveiller les Jésuites ,. conmie les ennemis les plus déclarés de l'éducation qu'il doit donner à ses élèves. ( r. i , let. 28. ) De là encore tous les soins que se donne "Weisliaupt pour remplir son Université d'Ingol.itadt , de Professeurs ou répétiteurs attachés à la Secte ; de là toutes ces prières qu'il adresse aux adeptes de Munich,

Sour obtenir , par Tintervenlion de quelques linistres , qu'on chasse les Jésuîies , parce qu'ils ont fait perdre à son parti les ([larre Professeurs Scholliner^ Steingenberger , Wurzer

64 Conspiration des Sophistes

€t Schlegel ; parce qu'il ne lui reste plus dans rUniversité que trois confrères pour résister au Jësuitisme. ('Ai, let. 36 , 3o Jaiw. 1778. ) De là toute cette liste de Professeurs Illuminés dans les villes où la Secte s'établit, tels que JSTr^nwer , Xemmer , Westenrieder , ayant pour noms dé guerre , Arminius , Cortez et Pythagore. Celuici quitta rOrdre , et son nom de çuerre fut donné au bibliothécaire Drexel ; mais comme Professeur , on peut le remplacer par Kundler et Lolling , et sur-tout par ce Baïerammer l

Sue Weisnaupt surnomme d'abord son ZoroastCy ont il fait ensuite son Confucius , et qu'il n'attire enfin dans Ingolstadt que pour se donner im collègue formé de sa main à tout l'art de séduire et d'enrôler les jeunes gens. ( V. sur-tout y 2. I , fett. 24. ) De là enfin ce zèle pour envoyier des adeptes dans toutes les maisons d'éducation , et sur-tout ces instances que \Veishaupt fait à Caton et à Marius , en leur demandant s'ils n'auroîent pas quelques Frères stylés au rôle d'^Insinuant , que l'on pût répartir dans les Unii>ersités de Salzbourg , d'Inspruck , de Frihourg et autres. ( Id. let. 4^). ) - De toutes les conquêtes faites par ces Insînuans sur les jeunes étudians , il suffit de nommer ici Eckart et Kapjinder , un certain Michl et un Ricdl , enrôlés sous les noms de Saladin , Thaïes , Timon ei Euclides. Ce n'étoit-là encore que des écoliers de dixrhuit ou de vingt ans. Sauer ou V Attila de l'Ordre et son Empereur Claude , ou Simon Zvç^ach , cousin de l'intime Caton , n'en avoient pas davantage. A cet âge ils en étoient alors plus chers à AVeishaupt ; il les trouvoit plus aisés à former. 'Il s'en falloit bien que les autres adeptes fussent encore tels qu'il eût voulu les voir, c'est-à-dire , n'ayant

DE l'Impiété et de L'ANARCftiE. 55 tous , comme lui , qu'un seul vœu , qu'un seul objet et qu'on grand intérêt , celui de ses complots. Il s'en falloit bien dans ces commencemeus qu'il leur trouvât à tous cette docilité dont il avoit besoin , pour ne voir dans eux que les instrumens de ses projets. Tels qu'il les peint lui-même , les adeptes de l'aristocratie , par cela seul qu'ils étoient riches y ai^oient tou9 les çices de leur état ; ils élçient ignorons ; or^ gueilleux , lâches , paresseux au suprême degré ; ils ne cherchoient à s'avancer dans les secrets que pour satisfaire leiu* curiosité j ou même pour se jouer de l'appareil de ses grades; ( T. 2 , lett. I • ) et il vouloit des hommes à qui cet appareil en imposât , qu'il remplit d'enthousiasme. Les reproches qu'il fait à bien d'autres adeptes nous montrent une bande d'Initiés sans mœurs , ne cherchant dans ce qu'ils font dans l'Ordre qu'à satisfaire leurs passions , leurs intérêts , leur avarice , sotivent même , par leur dissolution et leiurs scandales , exposant le Fondateur à passer pour un corrupteur de la jeunesse ; ( V. id* lett. 1 1 . ) et il lui falloit des hommes qui ^ sachant comme lui satisfaire en secret les passions les plus infâmes , affectassent en même temps tout cet extérieur de vertu y de mo4ération et de sagesse dont il avoit besoin pour accréditer son lUuminisme. Nous l'avons vu forcé à dévoiler dans ses confidences , et la turpitude de ses mœurs , et Tattrocité des moyens auxquels il eut recours , pour conserver la réputation de ses prétendues vertus ; ce n'en est pas moins lui qui reproche en ces termes à ses premiers adeptes , le tort que faisoit à son Illuminisme la publicité de leur dépravation : d II me vient ae Thèbes ( de Frevsingue ) • des nouvelles fatales. Us ont donné à toute

56 Conspiration des Sophistes

» la vîlle le scandale d'admettre dans nos Loges

y> ce Properce , #»^ libertin perdu de dettes ,

y> OHQOIIO f lo Fi'èw D. . . n'est qu'un méchant Àa^^A/^j^ ! » homme. BteH'C Socrate qui poMvoit cependant %j:t4^lé>^^f » nous, rendro do oi {ypunda sefriees,- est consçjM/%j( » tamment dans Tivresse. Jtepc Auguste s'est

^ ^ fait la plus mauvaise répulaiion. FiAi'c -^/cî-

yj^G^^^i^*^ ^ biade/yèufire tout le long du jour, et dc«F

^ ^ y «fittbe auprès de son hôtesse/ Tibère a voulu ^CnL^L

fl^^c*fi.^<r ^ fajrç violence à la sœur de lioUL Diomède CA4.^M^/^- » et s'est laissé surprendre par le mari. Cze// / » quels hommes ai-je donc là pour Aréopagites ! f, ' " 30 Nous s^RffUiini nnuB autres ,/nn liitM do lOrdre

" L^yo t^»..s%J>L^ ^^ notre santé , notre lorlune , noire réputation; ru^<>L :.f, i^^'J • ces Messieurs se livrent à leurs plîàiiwi i '^ \ff!>^ À » liiitoi loufc commodités , se prostituent ,

» donnent des scandales , et n'en veulent pas J ïS/c/Hi*^^ moin^savoir tous nos secrets. Dih tt,l wiiiuuL »^e regarde Tibère (Merz) comme oilacé de » notre liste. — O Aréopagites , Aréopagites ! y* Combien j'aimerois mieux n'en avoir point du 7> tout 5 OU du moins en avoir trouvé de plus V actifs et plus soumis ! » ( Id. tom. 3 , let. g. ) Ces plaintes ne sont pas , à beaucoup près , les seules qui dévoilent l'idée que 'Weishanpt avoit lui-même de sa horde d'adeptes. La lettre suivante nous montre encore mieux l'objet des alarmes que lui donnoient tous leurs scandales , tout ce qu'il craignoit d'en voir résulter pour sa secte. Après leur avoir dit : En fait de politique et de morale , apprenez que vous éles encore bien en arrière; <c Jugez, ajoute- 1- il, jugez-en vous- -» mêmes, si un homme tel que notre Marc^ 5> Aurè/e ^ ( c'est-à-dire , tel qu'un professeur V de Gottiiigiie , de son vrai nom Feder) venoit » à savoir quel tas de gens sans mœurs , de pros^

DE L'biPIÉTÉ ET DE L'AnaRCIIIE. Sy

* iitués , dé menteurs , de faiseurs de dettes , ** ^^ forifarons , de fous remplis d'orgueil ^ » vous avez parmi vous ; si un tel homme les » voyoil , quelle idée se feroit-il de nous ? Ne » se irouveroil-il pas tout honteux d être membre » d'une société dont les chefs annoncent de si . » grandes choses et remplissent si mal le plus » beau plan ; et tout cela à cause de leur obsti- » nation , et parce qu'ils ne savent rien prendre . » sur leurs plaisirs r Avouez franchement si je » n'ai pas raison. Jugez , si pour garder un homme. » tel que ce Marc^Aurèle Feder , dont le nom » seul nous vaut Vélite de V Allemagne, il ne y faudroit pas sacrifier et exclure toute votre pro- » vince de Grèce , ( de Bavière ) et les innocens )» mêmes tout comme les coupables ! £t si j'en » venois là , à qui seroit la faute ? Ne vaut-il pas «> bien mieux couper des membres gangrenés que » de perdre tout le corps ? Seriez- vous bien asseï » injustes pour aimer à voir une société d'hommes » choisis se dissoudre et abandonner la réforme » de Funiçers , et cela à cause du désordre et i> des scandales qui régnent parmi vous ? Oh ! » cela seroit pire qu'un Ërostrate , pire que les » méchans de tous les temps et de tous les moi> » des. Ceux donc de vos Messieurs à qui ce plan f* ne convient pas , ceux qui aiment mieux leuc 30 propre commodité ou leurs misérables passions, y> ceux enfin qui se soucient peu de Tâpprobation » de ce qu'il y a de mieux parmi les hommes , et » ceux qui pour la mériter ne veulent pas trtî> vailler avec nous à ne/aire du genre humain » qu'une seule famille ; ceux-là , je les en prie , » oh ! je les en conjure , qu'ils n'empêchent pas » au moins nos travaux , et que leurs scandales » ne nous fassent pas recueillir pour tout frnit la 9 honte et l'infamie ! Cela seroit pire que de irais

58 Conspiration des Sophistes

» assassins , pire que la peste. » ( Ecrits orîg, t»

2> » leit. 1 o. )

Quelque fondés que fussent ces reproches , dans, le temps où VVeishaupt ne cessoit de les répéter, les progrès de son lUuminisme auroient pu lui prouver que , tout en se livrant à leurs passions ^ ses adeptes ne perdoient pas de vue le grand objet de ses mystères. L'historien pourra juger de leurs succès «par la note suivante ; elle va BOUS montrer et ces succès et le compte que les Frères avoient soin de s'en rendre à eux-mêmes ; elle peut commencer à expliquer bien des mystères de la Révolution.

- Note sur les progrès des Illuminés en BavièrCy trouvée dans les papiers de Caton - Zwach , écrite

. de sa main , et insérée dans le premier wlume 7 des Ecrits originaux. Cette note commence par

' ces mots : "Le nombre dans la Grèce consiste en

— Soit que Zwach n'eût pas marqué ce nombre des Frères en Grèce j c'est-à-dire, en Bavière, soit que l'Editeur ait jugé à propos de le laisser en blanc , la phrase n'est pas finie. M. Robison y supplée par le chiffre 6oo ; mais il ne nous dit pas sur quelle autorité; en me contentant de traduire , je vais continuer avec Zwach :

« Nous avons dans Athènes ( à Munich) i .^ une y^ Loge régulière composée d'Illuminé majeurs ; » 2.^ une moindre assemblée d'Illuminés, très* i> propre à notre objet ; 3.° une grande et re- » marquable Loge maçonnique ; 4-° deux con- » sidérables Eglises ou Académies du Grade » Minerval.

» A ïhèbes ( Freysingue ) de même , une Loge » Minervale , aussi bien qu'à M égare ( Lands- » beFg , à Burgausen , à Straubing , à Ephèse y> ( Ingolstadt ; ) nous en aurons une dans peu à » Corinthe ( Ratisbonne. )

DE lImpiété et de l'Anarchie. 59

1» Nous avons acheté ( à Munich ) une maison 3» pour nous , et nous avons si bien pris nos » mesure, que non seulement les Bourgeois ne i> se récrient plus sur nos assemblées , mais qu'ils » parlent de nous avec estime, lorsqu'ils nous 1». voient publiquement aller à cette maison ou à » la Loge. Certainement c'est la beaucoup pour » cette ville.

» Nous avons dans cette maison nn cabinet V' d'histoire naturelle, des instrtmiens de physi- :/> que , ime bibliothèque ; et tout cela de temps 3^ à autre s'accroît des dons des Frères.

5^ Le jardin est destiné à la botanique.

» L'Ordre procure aux Frères tous les jour- 3> naux scientifiques. -^ Par différentes pièces » imprimées , nous avons réveillé l'attention des » Princes et des bourgeois sur certains abus plus n remarquables , nous nous opposons aux Reli- 3^ gjcux de toutes nos forces, et nous avons vu de » bonnes suites de ces travaux.

i^ Nous avons disposé la Loge absolument p suivant notre système , et nous avons rompu » avec Berlin.

» Nous avons non-seulement réprimé les en- » rôlemens des R. C. ( Rose-Croix; ) mais nous i> avons réussi à les rendre suspects.

» Nous sommes effectivement en traité dîme » alliance plus étroite avec la Loge de . . et avec » la Loge nationale de Pologne. »

■ Autre note de la même main sur les progrès politiques de VOi'dre :

« Par les intrigues de nos Frères les Jésuites ' » ont été éloignés de toutes les places de Prop fesseuTS ; nous avons purgé d'eux l'Université » d'Ingolstadt. Durch die verwendung der Ocbrû- Tf> dem werden die Jesuiten Hon allen Professor^ » stellen entfernt^ die VnU^ersitœt Ingolstadt p ganz i^on ihnen gcreinigt.

6a Conspiration des Sophistes

1» La Duchesse Douairière , pour T institut des

» Cadets y a tout diposé suivant le plan fait par

0 » Ddlro Oi'dfe>( 6e//e maisot^est sous notre ins-

» pection ; tous les Professeurs sont membres de • O • Hoiro CMiHi^ Cinq d'entre ces membres ont été » bien pour\^s , et tous les élèî>es seront à nous.

» Par la recommandation des Frères , Pylade » est devenu Conseiller-Jiscal ecclésiastique. En » lui procurant celle place , nous avofjs mis à la » dispositiofé de VOrdre Vargent de Vlglise. » Aussi arons-nous ypctr V emploi de cet argent y ». déjà réparé la maui>aise administration de » nos — et de — Nous, les açons tirés dts mains *. des usuriers*

)> Avec ce même argent nous soutenons tou^^

» jours de nouveaux Frères.

j , ! * N^* Frères d'E{jlise ont été par nos soins tous

' '" / - 'm pourvus de Bénéjices , de Cures ^ ou de places.

; » de précepteurs. Par nos soins encore , nos Frè-

» res Anninius et Cortez sont devenus prof es-^

» seursdansV Université d'Ingolstadt; dans celte

» même Université nous avons procuré des bôur-

» ses à tous nos jeunes élèves.

)► A la recommandation de notre Ordre, la m Cour fait voyager deux, de nos jeunes gens, » qui se trouvent a présent à Rome.

» Les écoles Germaniques sont sous Tinspection ïh de l'Ordre , et n'ont pas d'autres préfets qucL » nos Frères.

» Nous dirigeons aussi la société de bienfai-* ï> sancc.

)• L'Ordre a jprocuré à un grand nombre de » Frèrecî qui sont dans les dicastères, dans les » bureaux d'administration , des appointemens et » des surcroîts de paye.

ï» Nous avons pourvu nos Frères de quatre » chaînes ecclésiastiques^

M l'Impiété et de l'Anarchie. €^ > Sous peu nous serons maîtres de toute la fon- » dation fiartliélemique destinée à Téducation » des jeunes Ecclésiastiques* Toutes nos mesures ' l> ^ / • sont prises pour cela ; Tafiaire a pris une bonne "^ / » tournure. Par ce moyen nous pourront munir p toute la Bavière des Pré ires adroits et com^ô* ' ;. - -Lc^ k^^

> -mtbhs ( à notre objet* )

» ISous avons les mêmes vues et le même espoir ^ sur une autre maison de Prêtres.

5> J force de mesures , d'efforts infatigables y yf et par les menées de dii^ers — par — nous 9 sommes venus à bout, non-seuiement de main- » tenir le Conseil ecclésiastique que les Jésuites p vouloient faire sauter , mais de faire attribuer à » ce Conseil , aux Collèges et aux Universités, }> tous les biens dont les Jésuites avoient encore

> l'administration en Bavière , tels que l'institut » de la Mission , Taumône d'or , la maison de y» retraite et la caisse des convertis. Nos illuminés » majeurs ont tenu pour cet objet six assefn- » blées ; plusieurs y ont passé des nuits entiè-^ » res; et -->^

Ce dernier article est encore mutilé par l'éditeur des Ecrits originaux. Il n'a pas plû à la Cour de Bavière de publier le nom de ces diçers , soit Ministres, soit autres /qui secondèrent si biea Weishaupt et ses adeptes dans cette circonstance. Mais parmi ces dii^ers ( Ministres ) les Jésuites aa moins stispeclèrent beaucoup le Comte de Senseim ; ceux du Collège Anglais alors établi à Liége^ crurent spécialement lui devoir la suppression de dix mille florins qu'ils avoient reçus jusqu'alors de la Cour de Bavière. Je ne sais à quel point ces soupçons sont fondés; on le concevra peut-être mieux quand on verra ce Comte de Senscim sous le nom du Roi Alfred , paroître sur la liste des Frères; mais, quoi quil en soit^ la pièce originale

03 Conspiration des Sophistes que je viens de traduire prouve , assez que led adeptes ne méritoient pas toujours les reproches d'inactivitë que leur faisoit Weishaupt.

Telle que je viens de la traduire » de combien de problèmes ou d'énigmes cette note nous prépare la solution dans l'histoire de la Révolution ! Malgré la résistance et la constance de la grande, partie du Clergé dans cette Révolution , on s'é- ' tonne de voir par-tout un certain nombre d'Ec« clésiastiques entraînés dans toutes ses horreurs et son impiété. Caton-Zwach nous dévoile ce qite c'étoit au moins que ces faux Pasteurs. Hypocri-

ites atroces , c'est la Secte elle-même qui les a formés et choisis dans son sein pour les mettre dans celui de TËglise. Elle leur a dit : Simules ! pour un temps la piété , le zèle , le symbole des } Prêtres ; nous saurons vous procurer leurs béné- I fices ; nous ferons de vous les Curés et les Pas^ I teurs des peuples. Vous prêcherez en public la j doctrine de leur Evangile ; vous en ferez à Tex- - teneur toutes les fonctions ; et vous serez des nôj très en secret , vous nous préparerez les voies. Il ne s'agit pas de demander ici : comment s'est-il trouvé des monstres qui aient pu consentir à jouer ce rôle de serpent dans le Sanctuaire même ? Caion-'Zwach nous les montne ; ils se sont dit Curés ou Chanoines, Vicaires , Professeurs ou Docteurs de l'Eglise Catholique ; ils en ont fait autant ^ nous les verrons , dans l'Eglise Protestante ; et l'une et l'autre Eglise a eu pour Ministres des hommes conjurés pour sa destruction.

Ce que les conjurés ont fait pour l'Eglise , ils l'ont rait pour TEtat ; ils l'ont fait des les pre^ xnières années de leurs complots. C'est encore Caton-Zwach qui nous montre ici les intrigues , les. intentions et les succès de la Secte j insinuant ses adeptes dans les dicastères , les conseils et les

DE lImPIÉTÉ et de L'ANARCHIE. 63 Bureaux de radrainistration publique , soudoya par les Princes et TEtat ; et dans le conseil des Princes , des Etats , portant tous les projets des traîtres , toute leur conspiration contre les Princes et TEtat.

On s'étonne d'une génération qui semble naître avec tous les principes du Jacobinisme , dans le sein même de ses écoles fondées par les Princes pour l'éducation de la jeunesse ; ce que Caton nous dit de Finstitut créé par la Duchesse Douairière , explique encore l'énigme.

Enfin , l'historien doit un jour se demander à lui-même et dire à ses lecteurs, d'où venoient à la Secte ces trésors prodigués pour la propagation de ses principes , pour les courses de ses apôtres , pour l'entretien ou la fortune de ses adeptes. La voilà notis montrant elle-même ses Novices élevés aux dépens des fondations publiques , ses voyageurs payés par des Princes qiîi croient envoyer à la découverte des sciences et des arts chez les Nations diverses , et qui leur envoient des conjurés. La voilà sur-tout nou^ montrant elle -même ses adeptes introduits datis l'administration des biens ecclésiastiques , et de ces mêmes biens payant les dettes de ses Loges , nourrissant les apôtres de la conspiration , rétablissant ses clubs et les multipliant. Que l'historien pèse les conditions auxquelles tant de Frères sont pourvus de leurs emplois on de leurs bénéfices , et il verra le trésor de la Secte s'augmenter de toute la portion des revenus qu'elle sait se réserver sur ceux qu'elle procure aux Frères , dans l'Etat ou l'Eglise.

Mais il est dans cette même note des énigmes d'un autre genre. On y voit Caton-Zwach s'aeplaiidir en même temps d'une Loge Maçonnique érigée dans Munich par les Illuminés, et des

64 CaNSPIRATION DES SOPHISTES

triomphes remportés par ces Illumines .sur lek Franc-Maçons Rose - Croix. Qu'esl-ce tonl à la fois que cette concurrence , ce désir d'imiter l&^ Frères Franc-Maçons , et cette guerre déclarée aux plus fameux adeptes de la Franc-Maçonnerie ? Ces questions nous amènent à l'exposition du moyen le plus profondément conçu par W>ishaupt, pour la propagation de ses complots. Elles tiennent à ses premières tentatives , à la diversité de ses moyens, de ses succès, et enfin au triomphe de son intrusion dans les Loges Maçonniques. Je vais , pour leur solution , réunir dans les chapitres suivans ce que les archives de la Secte , les lettres , les écrits , les aveux de ses grands adeptes , nous offrent de plus instructif sur ce fameux projet. Son exécution appartient à la seconde époque de la Secte , à celle qu'il nous est si malheureusement permis d'appeler l'époque de la Franc-Maçonnerie Illiuninisée.

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