C0NSÎ>1RATI0N DES SOPHISTES
3ix'une même masse de conjurés ^ sous le non ësastreux de Jacobins. Avec toutes ces Loges que j'ai déjà nommëes , il en ëtoit encore deux autres aautant plus remarquables dans Paris , qu^elles nous piontrent comment les conjurés distribuoient et se classoient eux-mêmes en quelque sorte , suivant l'espèce d'erxeur ou d'intérêt qui les entrainoit dans le complot» L'une étoit appelée Loge des Neuf Sœurs ; c'étoit celle des Frères Maçons se disant plillosophes. La seconde , appelée de la Candeur^ se composoit plus spécialement des Maçons décorés dans le monde de tous tes titres de la Koblesse, mais conspirant en traîtres dans leurs Loges contre l'Ordre même de la Noblesse , et . sur-tout contre la Monarchie et la Religion.
La Loge des NeufSœurs avoit pour dupe prowfuf ^ tecteur des Spplïîstes , et conspirant comme eux , *^"* accueillant tous leurs projets, le malheureux Duc de la Rochefoucauld , et pour Vénérable ce Pastorel caressîint en public la fortune et rArislocraije , ménageant même la Religion y mais dont le rôle révolutionnaire auroit moins étonné , si l'on eût mieux connu celui qn'il jouoit dans le secret des Loges. On voyoit dans la sienne ce Coudorcet encore , dont le nom se trouve partout où Ton voit celui de quelques conjurés. Avec lui y c'étoit toute la liste des Sophistes du jour* C'étoil Brissot , Garât , le Commandeur Dolamieu , Lacépède , Bailly^ Camille des Motif ins^ Cérutti, Fourcroy , Danton , Miîlin , Ijdande f Bonne , Château-Randon , Chènier , Mercier , Gudin , Lamétherie^ et ce Marquis de la Salle qui, ne trouvant pas la Loge du Contrat Social assez philosophique ^ étoit venu se joindre àCon- ^orcet , et ce Champfort pour qui là révolution •de 4a liberté et de l'égalité n'alloit jamais asseï
DE LT;:\n>iÉTÉ ET DE l*Anarchie. ^75 ^ Vite , jusqu'à ce qu'elle le chargea de chaînes , et que son philosophisme au désespoir ne lui montra plus de liberté que dans le suicide. Parmi les Abbés ou Moines apostats , on y voyoit Noël » Pingre j Mulot. Ces deux derniers avec Lalande , ëtoient de plus membres des comités secrets du Grand Orient. Dom Gerhs vint les joindre aux Neuf Sœurs avec Rabaud de St. Etienne et Pé^ ihion , dès les premiers jours de la Révolution. Fauchet se hâta de passer àl a Bouche de fer, avec Goupil de Préfeln et Bonne\^iIle. Quanta 5^^^"^^, de tous les Frères les plus zélés de celte Loge et des autres révolutionnaires, il s'étoit composé à lui-mcme une nouvelle Loge au Palais-Royal , appelée le club des Vingt -deux : c'étoient les Elus des Elus. ( Mém. sur les Lo^es. )
L'opinion révolutionnaire dommante aivx Neuf Sœurs , peut s'apprécier plus spécialement par les ouvrages qui sortirent de la plume des Frères , au moment où la Cour eut l'imprudence d'inviter les Sophistes à donner an public leurs luniières sur la manière de composer les Etats-Généraux* On lisoit un de ces ouvrages , celui de Lamétherie , chez M. le Duc de la Rochefoucauld ; un Seigneur Français de qui je tiens cette anecdote» s'avisa d'observer que le projet éloit attentatoire à la Religion et au droit du Souverain; eh bien t lui répondit M. le Duc tout plein de ces Sophistes, ou bien la Cour admettra nos projets , et nous aurons alors ce que nous coulons ; ou bien la Cour nen voudra pas , et nous en serons quittes pour nous passer de Roi. C'étoit-là en effet l'idée, la plus générale des sophistes Maçons , tels que Bailly, Gudin, Lamétherie, Dupont. ( Foy. leurs ouiTages ou leurs opinior\s^ t. 2 çle ces Mémoires.) Il leur falloit im Roi soummis à leur égajité et à la liberté du peuple souverain ^ dictant la loi
276 €0NSPIRATI0N DES SOPHISTES
par eux ; ou bien plus de Roi pour ces prëtendas sages. Nous verrons cependant que dès lors il' étoit dans cette même Loge , des Sophistes qui avec Brissot ne voyoient pas même de conditions à faire avec le Troue et qui ne commençoient par Tavilir que pour l'anéantir.
lo^dt D'autres Frères , tout pleins d'autres projets , //^^ / deM." marioient leur anibition avec la liberté et l'égalité (^i/fA.--* itiaçonniques dànsla Loge de la Candeur ^ balbutiant déjà les Droits de f homme y et proclamant d'avance le plus saint des devoirs dans Vinsur-^ rection ; Lafayette, disciple de Syeyes , y revoit la gloire 3e Washington. Les Lameth , surnomities les ingrats , n'y cherchoient qu^à punir la Cour de ses bienfaits, comme le Marquis de Montesquiou et Moreton de Chabrillan et Custine , à la punir de ses mépris. Mais là étoient aussi les hom* mes plus spécialement dévoués à Philippe d'Orléans. Son conseiller Laclos ^ son chancelier /a Touche y Sillery lepïusvîl de ses esclaves, et ai Aiguillon , le plus hideux de ses masques, (a) Avec eux encore dans cette même Loge, étoient le Marquis de Lusignan , et ce Prince deBroglie dont la jeunesse ailoit flétrir un nom peu fait pour Cet outrage , Guillotiii , le seul Frère non titré que je vois dans cette Loge , en éprouva bientôt toute la puissance, lorsque cité au Parlement poiur un mémoire séditieux, il vit accourir en sa faveur des milliers d'adeptes , dont les menaces et les attroupemens firent sentir aux Magistrats qu'il n'étoit plus temps de sévir contre les Fédérés maçonniques.
(a) Tout Paris sait que le cinq Octobre , il ëtoît \ Versailles, au milieu des furies de la HaUe , coifé, ,tétu 9 armé conuaç elles.
ï)E lImpiété et de l'Anarchie. 277 Tel ëloit l'état des Loges et des Frères Maçons les plus marquans dans Paris, à l'arrivée des députés de rilluminisme Germanique. Le commun des auteurs les fait descendre rue Coqhéron , et remplir leur mission à la Loge du Contrat Social. J'ai peur d'avoir moi-même préparé mes lecteurs à cette erreur , en parlant , dans le second volume de ces Mémoires , ch. 1 3 , d'une Loge établie dans cette même rue. Mais on peut oI>server que je n'ai mentionné alors, que les sophistes attachés <iu Duc de la Rochefoucauld, dont aucun n'étoit membre de ce Contrat SociaL J'ai bien pu me tromper sur le nom de la rue où se réunissoient les conjurés, je ne me suis pas au moins trompé sur les conjurés eux-mêmes. Pour mieux les distinguer et ne point confondre avec eux les Maçons d une autre espèce , j'ai fait les plus scrupuleuses recherches ; je me suis , entre autres, procuré une nombreuse liste des Frères du Contrat Social ; (a) je n'y ai reconnu que des hommes très-royalistes , et pas un seul de ceux qui se sont distingués par le zèle de la révolution. J'ai vu de plus la source de l'erreur outrageante pour cette Loge, dans ce qu'en avoit dit, sous le nom emprunté de Jacques le Sueur ^ VdMXjtwsdes Masques arrachés^ roman ordurier et plein de calomnies contre des personnages trèsHrespectables. Cet auteur met au nombre des con-
J'urés révolutionnaires , des hommes que j'ai connu Paris et qui furent toujours ennemis de la révolu-
Loge du
Contrat Social.
(a) Je dounerois volontiers cette liste , maïs je &• sais pas si tant de Marquis , Barons , Comtes et Ducs » seroient bien aises de lavoir devenir publique. Je n'ëcrîs >as rhistoire des Frères dupes , il me suffit de dévoiler Jes conjures. — Mais je dois observer que lors de la F«dëration dont j'aurai ^ parler , la Reine conseilla elle-même de recevoir quelques Frères moins aristocrates » de peur que la Loge ne fat trop suspecte.
278 èoNSPIRATION DES SOPHISTES
tion. Il fait adeptes du Contrat Social , des hom^ mes qui n'appartinrent jamais à cette Loge , tels que le Duc de la Rochefoucauld, TAbbé Faurhet, Bailly et Lafayette. Il la fait dominer par le Grand- Maître, Philippe d'Orléans; et jamais elle ne releva que d'Edimbourg. Contre la foi publique, il donne au vénérable Cardinal de Malines , les mœurs le plus hautement démenties par la réputation , la sagesse et toutes les vertus de ce Prélat. Enfin, je ne vois pas qu'on puisse citer l'autorité de ce prétendu le Sueur ^ si ce n'est dans ce qu'il dit de la réception des Illuminés Philalètes; encore y méle-t-il des personnalités afireuses , et se fait-il acteur de la scène , quand il n'est que plagiaire de Mirabeau.
D'ailleurs , il m'est prouvé que les envoyés de Weishaupt ne pouvoient s'adresser à des hommes plus ennemis de leur système, soit maçonnique , îsoitdésorganisateur, que les membres du Contrai Social ; puisque ceux-ci firent brûler, en pleine Loge le plus fameux ouvrage de ce Bonne ville , le ' grand ami de Bode. Enfin , j'ai entre les mains la preuve originale en style maçonnique , fa planche tracée par un homme que j'ai connu , la lettre envoyée par délibération du Contrat Social , à nombres d'autres Loges , pour les engager à s'unir à Louis XVI contre les Jacobins. Il est vrai que les Frères Royalistes du Contrat Social furent pleinement dupes dans ce projet de fédération maçonnique ; ils invitoient les Ijoges à se coaliser £our maintenir le Roi de la Constitution de 1 789; louis XVI qui vouloit réellement tenir le serment qu'on lui avoit arraché en faveur de cette Constitution, étoit fort content de la liste des fédérés Maçons ; le Ministre , M. de la Porte , n'en jugea pas de même. En voyant la planche tracée et le nombre des souscripteurs , il est impossible y dit-
DE lImpiété et de l'Anarchie. S79 il, que ces gens4à ne soient pas Constitutionnels ' et qu'on puisse en faire de ivais Royalistes. — Commençons , rëpondirenl les agens du Contrat Social 5 par maintenir le Roi tel qu'il est , et nous çcrrons ensuite de rétablir la s>rdie Monar-chie. Celle réponse excuse les Frères du Contrat Social ; mais leur intentioïi ne rendit pas l'illusion ' moins complète. D^abord ils pouvoient voir, et ils » ne virent pas que le grand nombre des Frères souscripteurs étoient de ces hommes contens de leur égalité et de leur liberté , sous un Roi*Dogé du peuple Souverain -législateur; que Lafayette et Bailly et bien d'autres révolutionnaires auroient souscrit la planche , sans cesser pour cela d'être Jacobins et rebelles. Us ne virent pas que ces memes Frères Constitutionnels se seroient tournés contre le Contrat Social , s'ils avoient su qu'on cherchoit à rétablir le Roi dans tous ses anciens droits. Ils ne virent pas qu'il étoit plus facile d'amener des Constitutionnels à toute la démocratie , du grand Clid>, que d'en faire de vrais Royalistes. Us ignoroient sur-tout que les Loges contenoient beaucoup d'adeptes de la démocratie , qui les dénonceroient comme traîtres à la liberté et à l'égalité. C'est là en effet ce qui arriva. Les aiiteurs de la fédération eurent beau terminer leur lettre par ces mots : « Cette planche n'est que pour votre » chapitre ; usez-en avec discrétion. Nous avons » à ménager deux intérêts bien sacrés , celui de » la Monarchie Française et de son Roi ; celui de » la Maçonnerie et de ses membres. » L'intérêt de la Maçonnerie l'emporta sur tout antre. Tandis
Îue les demi-adeptes sonscrivoient la planche , les rères plus profonds la dénonçoient de par-tout au grand Club ; et ceux du Contrat Social furent proscrits.
Très-certain de ce fait, voyant de plus les Frères
aSo Conspiration des Sophistes du Contrat Social , dire expressément dans cett^ même planche, quHen général il nefaudroit point de Clubs politiques et délibérans , assuré encoro par plusieurs Franc-Maçons, que c'est du comité des Amis-Réunis , que partit l'invitation à venir délibérer avec les députés Allemands , je ne puis m'en tenir aux auteurs qui les font descendre au Contrat Social , et qui attribuent à cette Loge les comités politiques établis après leur arrivée. Il pçut bien se faire que des convenances locales aient appelé un de ces comités politiques dans la même rue , mais certainement il ne se composa pas des mêmes membres que le Contrat Social* C'est encore une fable que cette inscription mise par d'Orléans à la porte de cette Loge : Chacun apporte ici son rayon de lumière* C'est donc au comité des Amis-Réunis^ et non point au Con^ trat Social que Mirabeau adressa ses Frères arrivés d'Allemagne. Savalette et Bonneville avoient fait de ce comité , le point central des adeptes les pliis ardens pour la révolution et les plus avancés dans les mystères. Là se rendoient aux jours et aux heures convenus , et indifféremment de toutes les Loges Parisiennes , de celles même des Provinces , tous I ceux que la Secte appeloit dans ses derniers conseils. C'étoient tout à la fois les élus Phitalètes^ et les élus Kadosch ou Rose-Croix ; c'étoient ceux de la rue Sourdière, des JSeuf Sœurs ^ et delà Candeur , et des comités même les plus secrets du Grand Orient. C'étoit le rendez-vous des Frères voyageurs arrivant de Lyon , d'Avignon ou de Bordeaux. Les Frères arrivés d'Allemagne avec les nouveaux mystères, ne pouvoient pas trouver dans Paris un centre plus favorable à leur mission* C'est là qu'ils exposèrent l'objet et l'importance de leur commission. Le code de Weishaupt fut mis
DE l'Impiété et de l'Anarchie. afti sur le bureau ; des commissaires furent nommés pour Texamen et le rapport à en faire.
Mais ici les portes du ténébreux sénat se fer* ment sur Thistoire. Je ne me flatte pas d'y pénétrer pour rendre les détails des délibérations. Je connois bien des Frères qui conservent encore le souvenir général de la députation , mais ils ne se souviennent presque à'Amélius Bodeexàe Bayard Buschey que sous le nom générique de Frères Ailemands. Ils leur ont bien vu rendre dans différentes Loges , les honneurs réservés aux Frères visiteurs aune haute importance ; mais ce n'étoit
{)as dans ces sortes de visites que se traitoit l'aiiance à conclure entre les anciens mystères et ceux de Weishaupt. Tout ce que mes Mémoires en disent , c'est qu'on en vint à des négociations formelles , dont les députés ne manquoient pas de rendre compte à leur Aréopage ; que ces négociations durèrent plus long-temps qu'on ne s'y étoit d'abord attendu ; qu'elles se terminèrent par la résolution d'introduire les nouveaux mystères dans les Loges Françaises , sans rien changer à leur ancienne forme ; de les illuminiser, sans leur faire connoitre le nom même de la Secte qui leur apportoit ces mystères ; et de ne prendre enfin dans le code de Weishaupt, que les moyens convenables aux circonstances , pour hâter la Révolution. Si les faits qui suivirent de près la négociation , n'étoient pas venus nous donner des idées plus fixes sur ses résultats , nous en serions réduits a ignorer les grands succès dont VAmélius et le Bayard iilummés rapportèrent la nouvelle aux Frères Germaniques. Mais ces faits ont parlé pour l'histoire ^ rapprochons les époques , il nous sera facile d'en conclure ce que la Révolution Française doit à la fameuse ambassade.
A l'époque des Députés illuminés , il y avoil
n82 Conspiration des Sophistes encore dans Paris une foule de ces charlatans ^ évoquant les esprits et les morts pour l'argent des vivans , ou bien magnétisant et somnamba* lisant des moutons très-rusés , c'est-à-dire des fripons bien instruits dans le rôle qu'ils avoient à jouer et sur-tout dans l'art de simuler des crises^ de se mettre en rapport ; il y en avoit même guérissant des moutons bien portans pour l'argent des malades; en un mot , c'étoient encore les jours da triomphe de Mesmer. Je fais cette observation , parce qu'il est certain que les Députés de rilluininisme couvrirent l'objet de leur voyage sous le prétexte de s'instruire danK cette science de Mesmer , dont la réputation , disoient-ils , les attiroit à\\ fond de l'Allemagne; je la fais sur-tout, parce que cette circonstance ne nous permet pas de fixer leur arrivée plus tard que dans l'année 1*^87 ; car des l'année suivante , on ne s'occupa presque plus du Mesmérismc dans Paris ; les baquets se trouvoient confinés chez quelques adeptes devenus la risée du public, et dont l'empire se réduisoit presque à riiôtel de la Duchesse de Bourbon ; le prétexte eût été aussi ridicule que létoient devenus les dupes de Mesmer. Les Notables , le Parlement, et Biienne et Necker , occupoient les Parisiens d'objets plus importans. Mes Mémoires d'ailleurs * et les personnes les plus instruites, les Franc- Maçons mêmes dont ils parcoururent les Loges , en qualité de Frères visiteurs, fixent l'arrivée de ces Députés à la première convocation des Notables , dont l'assemblée s'ouvrit le 22 Février 1 787. C'est en eû'et dès cette même ann^", qiie se manifeste parmi les Franc-Maçons Français, toute l'influence du code de Weishaupt.
Promier ^'^ ^cttc année d'abord Jisparoissent les mystèto-' Tes iles Jmîs' Réunis , et des antres Loges Pari- ; siennes livrées à la mysticité simulée des Marti-
DE lImpïété et de L'Anarchie. ^83 nîstes ; le nom même de Philalète y semble ou- \ blié. Une nouvelle tournure est donnée aux secrets ) maçonniques , un nouveau grade s'introduit dans \ les Loges , les Frères de Paris se hâtent de l'envoyer aux Frères des Provinces. Les adeptes accourent aux nouveaux mystères; j'"ai sous les yeux le mémoire d*nn Frère qui vers la fin de i 787 , en reçut le code dans sa Loge , à plus de quatrevingts lieues de Paris. Suivant les conventions, ce nouveau grade conservoit les emblèmes et le rit maçonniques ; le ruban étoit aurore , le bijou une étoile ; la fête se célébroit aux équinoxes ; mais ie fond des mystères étoit un discours calqué sur celui du Hiérophante Epopte illuminé. Vaurore (Pun beau jour s\innonçoil , le secret de la Ma-çonnerie j jusçu* alors inconnu ^ alloit d avenir la f.uy^/-^ propriété de tous les hommes libres. — C'étoient -. ^ ./ tous les principes de légalité et de la liberté , de ?< --, ta Religion prétendue naturelle , que Weishaiipt étale dans son grade d'Epople ; ils étoîent exposés avec le même enthousiasme. Les discours de l'Initiant Chevalier du Soleil ou Kadosck , n'étoient rien en comparaison de celui-ci/Le Franc-Maçon dont je tiens cette simple notice , avoit reçu tous ces autres gradés , et cependant les nouveaux mystères le révoltèrent ; il refusa raffiliation ; mais , ûjoute-t-il , la plupart des Frères qui composoient sa Loge , furent tellement électrisés qu'ils devin- ' rent les moteurs les plus àrdens de la Révolution. \ Quelques-uns y ont rempli des pinces marquantes , et Tun d'eux est parvi^nu jusquau Ministère. Dans ce grade cependant, on ne prononçoit pas le nom d'Illuminé ; c'étoit uniquement une nouvelle explication de Torigine de la Maçonnerie et de ses secrets. Les Frères et oient mûrs pour cette explication ; ils étoient précisémeilt en France an même point où Kiiigge nous dépeiiit ses Franc-
284 Conspiration des Sophistes Maçons de rAlIemagne protestante ; ils n'avoîent pas besoin de plus longues épreuves ; ils furent illumines avec la même facilite , peu impoitoit le nom ; ils reçurent le grade,, et furent remplis da même enthousiasme.
Jusqu'à ce moment il étolt mal - aisé de juger par la disposition des Loges Françaises, quelle espèce de révolution Temporteroit. Les Frano- Maçons en général vouloient un changement de constitution , mais leur égalité et leur liberté ne se montroient dans tout leur jour désorganisateur qu'aux Elus des Elus. Leurs mystères se dévoiloient dans leurs arrière-grades, mais les épreuves de la terreur y dominoient bien plus que l«s moyens de conviction. Je connois des Maçons qui dans le grade de Kadosch , avoient juré haine à tout Culte et à tout Roi ; qui peu d'mstans après n'en oublioient pas moins ce serment et n'en étoient pas moins décidés pour la Monarchie. L'esprit Fran- I çais dans la plupart des Frères , l'emportoit sur l'esprit maçonnique. L'opinion comme le cœur restoit encore pour le Roi. Il falloit triompher de cette opinion dans l'esprit de ces Frères ; il falloit pour cela toute la force des sophismes et toute l'illusion des Hiérophantes. C'étoit dans son grade d'Epopte que "Weishaupt paroissoit avoir épuisé son génie , pour faire passer ses élèves du mépris des Autels à la haine du Trône ; c'est là qu'il posoit les principes , pressoit les conséquences > et enflammoit les cœurs du feu de cette rage dont il bruloit lui-même contre les Rois : tel fut aussi l'elFet de son Epopte maçonnisé* Second Mais c'éloit peu de ces Frères acquis à l'Illuminisme dans les anciennes Loges , i'Epopte de Weishaupt exhorte ses adeptes à se fortifier par la multitude. C'est aussi à l'époque du nouveau grade et du départ des Députés , que l'on voit à
iuift.
DE l'Impiété et de l'Anarchie. ^85 Paris et dans les Provinces les Loges se fnulû-
Elier plus que jamais , et le système des Franclaçons changer sur le choix des Frères. Quelque avilie que fût dëjà la Franc-Maçonnerie , ses as- ' semblées se composoient rarement des ouvriers de la lie du peuple. Alors les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau se remplirent de porte-faix , de crocheteurs Franc - Maçons. Alors les adeptes répandus dans les bourgs et les villages , se mirent à établir des Loges , où les derniers des artisans, des paysans venoiént entendre parler d'égalité , de liberté , et s'échauffer la tête sur les droits de l'homme. Alors même d'Orléans appela aux mystè- • res , et fit recevoir Franc-Maçons jusqu'à ces légions de Gardes-Françaises destinées au siège de la Bas- ^ tille et de Versailles. Qu'on le demande aux Officiers de ces légions , et ils répondront qu'à cette époque ils quittèrent les Loges de l'Egalité , en les voyant, se remplir de leurs subalternes.
C'est à .cette même époque que s'établissent TroîMèm* dans Paris tjne foule de clubs et de lycées , de ^^ sociétés fondées à l'instar de celle que l'Union Germanique avoit multipliées au delà du Rhin. Ce ne sont plus de simples Loges , ce sont des clubs , des comités Régulateurs , des comités ' Politiques» Tous ces clubs délibérèrent; leurs résolutions , ainsi que celles du comité des Noirs j sont portées au comité de correspondance du Grand Orient ; et de là , elles partent pour tous les Vénérables des Provinces. C'est la chaîne de Weishaupt ; c'est l'art de soulever les peuples en un jour , du Levant au Couchant et du Midi au Septentrion. Le dernier de ces clubs Régulateurs n'est pas autre chose lui-même que Y Aréopage transporté d'Allemagne à Paris. Au lieu de Spar-' tacus , de Philon , de Marius ; c'est à' Orléans^ c'est Mirabeau , Syeyes , Sai^alette et Condçrcet.
286 Conspiration des Sophistes Qiiairiè- A peine ils ont connu la chaîne de Weishaupt, me fait, giig gg forme et s'éiend de part et d'autre* Ijcs instructions arrivent jusqu'aux extrémités ; et tous les Vénérables sont avertis d'en accuser la réoep^ tion , de joindre à leur réponse , le serment d'exécuter fidèlement et ponctuellement tous les ordres qui arriéreront par la même çoie* Ceux qui hésitej-ont , sont menacés de Vaqua tophana et des poignards qui attendent les traîtres (a). ( f^. t. 2. de ces Mémoires , chap. \ 3. ) cinquiè- Les Frères que ces ordres éliraient et rëvol- HIC fait, jgjjj. ^ ii'om pas d'autre ressource que de quitter la Loge et le maillet , sous tous les prétextes que la crainte et l'horreur peuvent suggérer. l3es Frères plus zélés prennent leur place ; ( Ibid. ) / les ordres se succèdent , et se pressent josques à ce moment où arrivent les Etats-Généraux. Le ' jour de l'insurrection générale est fixé au i4 Juillet 1789. En ce jour, les cris de liberté et ' d'égalité se font entendre hors des Loges ; Paris est hérissé de haches, de baïonnettes et de piques; la Bastille est tombée ; les courriers qui en portent la nouvelle aux Provinces , reviennent en disant que par-tout ils ont vu les villages et les villes en insurrection ; que sur toute la route les cris de liberté et d'égalité retentissent , tout comme auprès des Frères de la Capitale. En ce jour , il n'est plus de Loges , plus d'antres maçonniques. Vous ne ironverez plus les vrais «adeptes qu aux Sections , aux Ilôtejs de Ville et aux comités révolutionnaires. Comme ils ont dominé aux Âssem* blées Electorales, ils dominent à l'Assemblpe se
{a) L'époque de ces lettres, de ces ordres et de ces menaces , est celles des Etats de Bretagne, vers Juin et Juillet 1788 : c'est alors an moins qne la lettre fnt reçue par un Maçqn Kadoacli , membre de ce« L\tat«. l.e aouve^u grad^ ayoit ^té eavojé ^ix mois avant
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 287 disant Nationale. Leurs brigands ont essayé leurs forces ; les barrières dans Paris sont brûlées ; eu Provinces les châteaux sont incendiés , le redoutable jeu des lanternes a conunencé ; des têtes ont été portées sur des piques ; le Monarque a été assiégé dans son château ; ses gardes ont été im^ moles ; des prodiges de fidélité et de courage ont seuls sauvé les jours de la Reine ; le Souverain est emmené captif dans sa Capitale. Abrégeons le souvenir des horreurs , l'Europe les connoit et en frémit ; mais revenons à la main qui en conduit la chaîne et qui les organise.
L'art des correspondances a fait sortir les Frères de leurs Loges ; et la France a oll'ert le spectacle d'un million de furies , au même jour , poussant par-tout les mêmes cris, au nom de la liberté et de l'égalité , exerçant par-tout les mêmes ravages. Quels hommes jusqu'ici ont présidé à ces ^ premiers désastres ? Toute l'histoire nous montre /\' " un nouvel antre, où, sous le nom de club ^ "^Z ' Breton , Mirabeau et Syeyes , Barnat^e , Cha- / "- ' pellier , le Marquis ae la Coste , Glezen , Bouche y Péthion , c'est-à-dire , oii l'élite des adeptes de la Capitale et des Provinces suppléant le Comité central , a fixé par l'art des correspond dances , et l'instant et le mode de l'insurrection* Mais ils n'en sont qu'à leurs premiers forfaits ; le long cours de tous ceux qu'ils méditent , exige encore le concert des moyens et des bras. Pour les diriger tous , il leur tarde de sortir des ténèbres. C'est dans un temple du Dieu de l'Evangile , ' c'est dans l'Eglise de ces Religieux appelés Jaco-bîns , que Mirabeau appelle tous les adeptes des . Loges Parisiennes. C'est là qu'il s'établit avec ces ,j,7nom* mêmes honunes qui composoient son club Breton, dy j»co- La horde de ses Frères conjurés se hâte de le ^^TtlT suivre. Dès cet instant , ce temple n'est plus conjurés
288 Conspiration des Sophistes
connu dans Thistoire de la Révolution que sod$ le nom de Club ; le nom de ces anciens Religieux ^ qui jadis le faisoient retentir des louanges du Dieu vivant, passe à la horde même qui en fait Técole de ses blasphèmes et le centre de ses complots. Bientôt TEurope entière ne connoit les chefs et les acteurs , les promoteurs , les admirateurs de la Rëvolution Française , que sous ce même nom de Jacobins» La malédiction une fois prononcée sur cette déno* mination , il étoit juste en qnelque sorte qu'elfe dit à elle seule , tout ce qui esistoit de sophistes de Yimpiété , conjurés contre Dieu et son Christ , de sophistes de la rébellion , conjurés contre Dieu et les Rois , de sophistes de V anarchie , conjurés contre toute société, idcniit^ Consentons à entrer dans cet antre y le proto-
h?ns''td*" *^P® ^^ ^^^^ ^®"^ ^^ '^ Secte établit et multiplie trois COQS- sous le même nom dans toutes les Provinces, pirations. C'est là que nous conduit enfin la tâche que nous nous sommes • imposée , de suivre tiant de sectes conspiratrices depuis leur origine jusqu'à l'instant qui nous les montre toutes coalisées , toutes ne iormant plus que ce monstrueux ensemble d'êtres appelés Jacobins. Les ténèbres ont pu jusques.ici les couvrir de leur voile ; nos démonstrations ont pu ne pas suffire à tout lecteur , pour voir cette union fatale commencer à l'entrée des sophistes dans les L )ges maçonniques , et se consommer par l'union des Sophistes aux Députés de flUuniinisme ; mais ici tous se montrent à la fois dans cet antre ; tous s'unissent par le même serment* Sophistes et adeptes des arrière - Loges , Rose- Croix , Chevaliers du Soleil , Kadosch , disciples de Voltaire et de Jean-Jacques , adeptes des Templiers, enfans de Swedenborg et de Saint- Martin , époptes de Weishaupt ; tous ici travaillent
bfe i*ImPïétè et de l*ànarcmié* ^89
vaillent de concert aux bouleversemens et aux for^^ faits révolutionnaires.
Il n'est plus cet impie , qui le premier juta d'écraser le Dieu de l'Evangile ; mais ses com« plots subsistent ; ses élèves sont encore pleins de vie. Nous les avons vu naître dans leurs Lycées académiques ; long-temps ils promenèrent leurs blasphèmes de coterie en coterie , sous les auspi-^ ces des adeptes femelles, des Duchesses d^ An ville ^ des Marquises Dudefant , des Dames Geofrin ^ VËspinace , Neckcr et Staël ; leurs conspirations se concertèrent pour un temps chez Holbach ; pour ajouter à l'illusion de leurs sophismes la force des légions , ils s'enfoncèrent dans les mystères des Loges maçonniques ; ils ne sont plus dans leurs Lycées ; ils ont laissé leurs coteries» Ne les cherchez plus même à cet Hôtel d'Holbach ou dans leurs Loges ; ils les ont désertées pour le nouveau repaire. Ils sont là , ils sont tous au club des Jacobins , et là ils ont quitté jusqu'au man-* teau de leur philosophie. Les voilà tous couverts du bonnet rouge. Tous , Condorcet > Brissot , Bailly 9 Garât , Céruty > Mercier , Rabaud , Gara , Gorsas y Dupui , Dupont ^ Lalande , athées y déistes, encyclopédistes , économistes , soi^sanC philosophes de toutes les espèces ; ils sont tous sur la liste des Jacobins , sur la première ligne des rebelles , comme ils le furent sur «celle des impies. Ils sont avec la balayure des brigands et des Loges , comme avec les héros des forfaits et des mystères ; avec les bandits de Philippe d'Orléans , comme avec Ghabroud son plus digne avocat , et avec son rival Lafayette. Ils y sont avec tous les apostats de TAristocratle , comme avec les Judas du Clergé ; avec le Duc de Ghartres 9 les Marquis de Montesquiou , de la Salle » les Comtes de Pardieu , de Lutouche , et Charles^ Tome IV* T
^90 Conspiration des Sophistes Théodore Lameth , Victor de Broglîe , Alexaxi'* dre Beauharnais , Saint-Fargeau y comme aveo Syeyes et Périgord d'Autun , Noël Chabot , Dom Gerles , Fauchet et ses intrus.
Ce n'est point par hasard que se voient dans cfsZ antre commun, tous ces antiques conjurés des Lycées et des Loges Parisiennes , et que dans ce même autre viennent se réunir tous les Frères qui ont brillé dans celles des Provinces ; Barrère , Mendouze , Bonnecarrère et Collot-d'Herbois. Ce n'est point par hasard qu'à Paris , comme dans les Provinces , tous les clubs Jacobins se composent en général des adeptes Rose-Croix , ou Chevaliers du Temple , Chevaliers du Soleil , ou Kadosch ; de ceux-là plus spécialement encore , qui sous le nom de Philalètes , ont suivi à Paris , à Lyon , à Avignon , ou Bordeaux , ou- Grenoble ^ les mystères de Swedenborg. Qu'on cherche en ce moment ces Frères si zélés de Saint - Martin , les Savalette de Lange, les M**** ou bien les W****. Ils avoient renchéri sur les Rose-Croix , leurs antiques devanciers ; ils vont encore les surpasser aux Jacobins (a). Us se sont tous unis à Weishaupt , et ils sont devenus avec ses adeptes
(a) C'est une observation qui n'a pas ëchappë aux Allemands , et que je retrouve dans mes IMëmoîret. Les Franc-Maçons , ]adls grands visionnaires parmi les Rose-Croii ou les Philalètes , se trouvèrent bientôt les plus zëlës apôtres de Weishaupt et de sa n^volution. Les Allemands nous citent sur-toat le Martiniste //u/mer , fameux en Prusse , et un George Fœsier , oui , dans les mystères de Swedenborg , passoit des quinze jours à jeûner , à prier , pour obtenir tantôt la vision d'un esprit et tantôt la pierre philosophale. L'un et l'antre sont aujourd'hui les plus forcenés Jacobins. En France nous avons eu aussi bien des exemples de cette espèce. Nous pouvons citer spécialement ce Prunelle d€ Lierre i d'un homme très-aimable d'abérd, et mémt
DE lImpiété et de l^Anarchie. 29 ï1 les plus ardens Jacobins. ( Foy. la liste des prirtcipaux Jacobins dans Vouin-age intitulé : Causes et effets de la Rëvolution. )^
Mais à quelques causes qu'on attribue cette réunion de tant de conjures et de tant de systèmes y elle ne souffre plus de doutes. Elle avoit commencé à l'arrivée AeBode ; au moins est-il incontestable qu'elle se trouve consommée au club des Jacobins. Nous les avons tous vus dans cet antre ; leur liste est publiée ; elle renferme , à elle seule, toutes les listes des arrière-adeptes dispersés jusqu'alors dans leurs Loges. Et ce n'est pas ici une simple réunion locale , ce n'est pas une simple identité de conjurés , c'est une identité de prin-
cipes , de formes , de sermens , de moyens ; c'est le concours la coalition.
de ces conjurés qui constate
d'au bon naturaliste , dcTena une espèce de hibou mar* tinîste , et par une nouvelle métamorphose , tont aussi forcené que le Jacobin Fœster, ÎP * -> * * ^loit à Ljoa pour la correspondance des Martînistes, ce qu'ëtoit Savalette à Paris ; mais il prenoit moins de précautions* On le Tojoit aller en Loge , suivi d'un porte-feuille que son domestique avoit de la peine à porter. Les mystères de Weishaupt entrèrent dans ce porte-feuille j la Révolution arriva; ?*->** se trouva un des plus furieux Jacobins, ainsi que M**^***^ son co*adepte. Que ne peut-on pas dire des Martinistes d'Avignon l Est-il rien qui surpasse la férocité qu'ont montrée les excitateur» de cette Loge l Tout cela me confirme toujours davantage qu'entre les adeptes de Swedenborg et ceux de Weishaupt, il n'y avoit qu'un pas à faire. La soi-disant théosophie de l'un ne vaut pas mieux que l'athéisme de l'autre. Weishaupt conduit plus droit an terme; mais la destruction de toute religion est le but commun de leurs mystères. Il est même à remarquer que Weishaupt fut aussi sur te point de fonder les siens sur toute la théosophie An feu principe et sur la théologie des Perses,, , comme l'ont fait les Chevaliers du Phénix , Philalètes et Martinistes. (^^oj. Ecrits orig. des lUum. t, i , lett. 46.)
Ta
•293 Conspiration des Sophistes
Autres' Lisons tous les discours prononcés dans ce chii>« preuycfcdeLes Frèfcs désoruiais ont leurs journaux, leurs UiiOT^" archives publiques. Là , leurs Dieux sont Voltaire identité Je çt Jean- Jacques , comme ils furent les Dieux des •ux*jicoî Sophistes encore dans leurs Lycées. Là encore ^^"•••"* retentissent les mêmes sophismes , les mêmes a^uxLo^' blasphèmes dont avoit retenti THôtel d'Holbach ^^ contre le Christianisme , et les mêmes transports pour cette égalité et liberté^ qui furent les arrièresecrets de toutes les sectes concentrées dans leurs Loges. — Les adeptes de cette égalité et de cette liberté croient encore se trouver dans leurs prei^lS^mei niiers repaires, lorsqu'ils entrent au club des Jacojacobinef bius. Le costume et les symboles ont changé ; le **p^*^^" bonnet rouge succédant au tablier et à Téquerre, ne retrace que plus fidèlement l'objet des antiques mystères. Le président n'est que leur Vénérable ; les Frères lui demandent , et il aceorde ou il refiise la parole avec tout l'appareil des Loges. Les délibérations se proposent , les suflVages se prennent tout comme dans la salle des mystères. Les lois des Jacobins et celles des Franc-Maçons pour l'admission ou le renvoi des Frères, sont encore les mêmes. Comme au Grand-Orient ou bien aux Amis-Réunis et dans toutes les Loges , tout Candidat est rejeté , s'il n'est point présenté au club par deux parrains , qui répondent de sa Identité conduite et de sa soumission. Ici encore , le gage de de celte soumission est le nicnie que cehii des Maçons initiés aux derniers mystères. Pour cire Jacobin, tout comme pour devenir ou Rose-Cioix illuminé ou Frère de Weishaupt , l'initié jurera soumission aveugle et absolue aux décisions des Frères. Il jurera plus spécialement d'abord , d'observer et de faire observer tous les décrets rendus en conséquence des décisions du Club par l'Assemblée Kaiiouale. Il jurera ensuite qu'// s'engage à
senucns.
DE l'Impiété et de l'Anarchie* 293
dénoncer au Club tout homme dont il aura connu VopposUion à ces décrets inspirés par le Club ; qu'il n'exceptera de la dënoncialion ni ses amis les plus intimes , ni son père ou sa mère , ou aucun des membres de sa famille* Enfin i^^^^ il jurera , comme tous les adeptes de Weis- de gonverhaiipt , d'exécuter et de faire exécuter tout ce "^^^^^l que les membres intimes de ce Club ordonneront, t«t. et même tous les ordres qui pourroient repu-* gner à son jugement et à sa conscience. ( Mém. sur le Club des Jacobins. Car il est encore pour les Jacobins , comme pour le Grand - Orient , des Comités et des Frères intimes. Tous ces Frères n'ont point quitté les Loges pour renoncer à leurs moyens de fomenter , de hâter et de pro- . pager les révolutions. Il est chez eux , comme au Grand-Orient , des Comités de rapports , de finances^ de correspondance j et enfin un quatrième Comité , celui par excellence appelé le Comité secret* Et presque tous les membres de ces Comités sont ceux que nous avons déjà vu accourir de leurs Loges au Chib. ( Voyez encore la liste de ces Comités dans les causes et les effets, de la Rémlution , ou bien Montjoie ^ Conspiration d'Orléans , /iV. i3. )
Enfin il est encore pour le club Jacobin y lde«tî^é comme il est pour les arrière-Loges des Franc- ^f S^ Maçons illuminés, des lois d'exclusion et de proscription ; il est une liste noire et nneliste rouge ^ et cette liste rouge est aussi une liste de sang ; le nom des Frères exclus ne s'y trouve jamais en vain. Paris a lu leurs noms plus d'une fois ; il les a vu périr sous la hache ou n'échapper à la mort que par la fuite* ( Ib. et Brissot à ses Çom" met tans , après son exclusion des Jacobins • )
Ainsi tout est le même dans cet antre des Jacobins , et dans les arxière-^Loges dout il a pris
594 Conspiration des Sophistes la place. Identité d'adeptes , identité d'objets , de principes , de complots , de moyens , de sermens ; tout montre à Thistorien cette coalition des adeptes de Yimpiété , des adeptes de la rébellion , et des adeptes de ïanarchîe , ne formant désormais qu'une seule et même secte , sous le nom désastreux de Jacobins. Nous connoissions les uns sous le nom de Sophistes , les autres sous celui d'arrière-Maçons , et les autres enfin sous celui d'//luminés. Ils ont perdu jusqu'à ces noms qui les distinguoient les uns des autres ; ils ne sont plus que Jacobins.
Il nous en a coûté pour arriver aux preuves de cette monstrueuse association. Depuis le jour où Voltaire, en faveur de son égalité et de sa liberté , jura (ïécraser le prétendu itifame ; depuis le jour où Montesquieu ne vit que des esclaves dans tout peuple soumis à des Monarques et à des lois qu'il n'a point faites ; depuis ce jour où Jean-Jacques ne vit qu'un malfaiteur du genre humain , dans Yhomme , qui ayant le premier enclos un terrain , s*açisa de dire : ceci est à moi , etjiit lefonda^ leur de la société cwile ; jusqu'à ce jour fatal , où les adeptes de Voltaire , de Montesquieu , de Jean-Jacques , au nom de cette même égalité et de cette même liberté , vont réimir dans ces clubs Jacobins tous les sophismes de leurs Académies contre le Christ, tous les complots des Loges contre les Rois , tous les blasphèmes de Weishaupt contre Dieu , contre les Rois , contre la Patrie et la société , il nous a fallu , pour éclairer leur marche , étudier bien des systèmes , dévoiler bien des artifices , pénétrer dans bien des antres. Mais les voilà enfin dans celui qui devoit réunir tous leurs complots et tous leitrs moyens. L'histoire désormais n'a plus besoin de mes recherches pour démontrer tous les forfaits , tous les désastres de la Révolution Française sortie de ce repaire. Les
DE lImpiété et de l'Anarchie. 295 Biëmoires publics , et les journaux ou les archives des Jacobins eux-mêmes , lui disent désormais hautement les désastres et les forfaits de la Révolution Française , tous sortis de cet antre. Ma tâche ponrroit être regardée comme finie.
Cependant il est encore un ordre à observer dans l'inondation même de ces fléaux. Dans l'association des scélérats , il est une sagesse monstrueuse qui dirige la marche des forfaits , et ne les fait éclore que successivement et en temps utile. Avec cette «agesse , la profonde noirceur sait faire servir les moins pervers de ses complices è préparer les voies ; elle sait s'en défaire ou les écarter , quand cessant d'avancer , au lieu de simples instrumens ils deviennent obstacles. Ainsi, aux Jacobins euxmêmes et dans le centre de leur coalition , il est encore ime progression de complots et de scélératesse ; chaque secte y conserve ses secrets ultérieurs j et chaque conjuré , ses passions , ses intérêts, tout comme dans les arrière-Loges. Il est un vœu commun à tous , celui de renverser tout ce qui existe , et d'établir leur liberté et leur égalité sur un nouvel ordre de choses ; mais il est encore pour ce nouvel ordre de choses des vœux qui s'entrechoquent. Tous détestent le Dieu de l'Evangile, mais il faut aux uns le Dieu de leur phitosophisme, et le philosophisme des autres ne souffre point de Dieu. Il faut à Lafayette un Roi-Doge , sous l'empire et les lois du peuplesouverain ; il faut pour Philippe qu'il n'y ait point de Roi ou qu'il le soit lui-même. Il ne faut à Brissot, ni le Roi de Philippe d'Orléans , ni le Roi de Lafayette , mais la Magistrature de sa démocratie. 11 faut à Mirabeau un ordre de choses quelconque , dont il en soit le grand modérateur. 11 ne faut à Diétrich , à Condorcet , à Babœuf et ) aux derniers adeptes de Weishaupt , d'autre mo- 1
296 Conspiration des SoPiast£s dërateur que rhomme-Roi , n'ayant par-tont qoe lui pour maître. Les forfaits se graduent ainsi que les mystères ; les grands adeptes sauront mettre en arant les simples initiés. Les combats des passions pourront interrompre la marche des arrièrecomplots ; j'essaierai encore de dire dans quel ordre la Révolution Française les a développés ; et j'appliquerai sa marche successive à celle des diverses sectes qui Tavoicnt si profondément méditée.