‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 57 sur 61 · CHAPITRE X IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE X IL

'Application des trois Conspirations à la RéiH^ lution Française^

laemiu A^ Mesure que je développois la nature , Tobjet iTde*** ®^ ^^5 moyens de tant de complots souterrains , eottipiou. le lecteur m'a souvent prévenu dans l'application qu'il en faisoit à ce qui s'est passé sous ses yeax. 11 s'est dit bien des fois à lui-même : Qu'est-ce donc que cette suite de forfaits, de bouleversemens , d'horreurs , dont la Révolution Française est venu eflVayer l'univers , si ce n'est les principes et les projets de toutes ces sectes conspiratrices , successivement mis en action ! Tout fut conçu dans les ténèbres, tout éclate au grand jour ; ces complots dévoilés, telle pourvoit être, en deux mots , l'histoire de la Révolution. L'évidence l'a déjà démontré assez ouvertement ; elle nous dispense des détails fatigans. Ëvitons au moins ceux qui seroient plus propres à aigrir des plaies encore sanglantes que nécessaires à la ccHiviction» Je considérerai la Révolution Française dans ses préliminaires , dans ses attentats successif contre la religion , contre la monarchie , et enEn contre la société universelle ; mais un coup - d'ceîL rar-

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 297 pîde sur ces attentats suffit aux démonstrations.

Remontons à ces temps où les conjurés de i-*t^«« toutes les espèces en sont encore dans leurs antre^, miiTa^wr à épier Tinstant propice à leurs complots. Les «J» la. Rédisciples de Montesquieu et de Jean-Jacques^*î" ***** Favoient dit dès Tannée 1771 : c'est par une assemblée générale de Députés nationaux , que l'homme doit être rétabli dans ses droits primitifs à* égalité j de liberté y et le peuple dans ses droits imprescriptibles de soui^eraineté législative. Dès lors aussi , les adeptes sophistes avoient prononcé que le grand obstacle au rétablissement de ces prétendus droits , étoit dans cette antique distinc^ tion des trois ordres ; du Clergé , de la Noblesse et des Communes. ( Voy. t»2j de ces Mémoires ^ c. ^ et G.) Obtenir la convocation des Etats-Généraux, anéantir dans ces mêmes Etats toute cette distinction des trois ordres ; tel devoit donc être et tel fut en effet le premier des moyens révolutionnaires.

Le vide que Necker avoit laissé dans le trésor public y les déprédations et les désordres d'un siècle sans mœurs , parce que les sophistes en ont fait le siècle de toute impiété , ont réduit un Monarque , presque seul conservant les mœurs antiques au milieu des désordres qui l'entourent , à convoquer les Notables de son Empire , pour satisfaire sa seule passion ^ celle de travailler au bonheur de son peuple. Le vœu qu'il en témoigne est le prétexte que les conjurés saisissent pour hâter cette Assemblée Nationale , où doivent triompher tous leurs complots. Tout ce que la sagesse des Notables pourra suggérer à Louis XVI, est rejeté d'avance, il faut à d'Orléans et à ses Comités politiques , les Etals-Généraux ; il faut que les Tribuns de la Nation se lèvent et discuient leurs droits contre le Souverain. A la tête de tous

298 Conspiration des Sophistes

les conjures , Philippe d'Orléans est aussi 1^ pre— mîer à se lever pour eux. Pour la première fois , il affiche le zèle de la chose ^publique; le premier acte de son zèle est une protestation solennelle contre les dispositions de Louis XVI , pour subvenir aux besoins de l'Etat. ( Voy. Séance royale pour le timbre et V impôt territoriaL ) Dans ses manœuvres contre le Souverain' , il s'unit à tous ces Magistrats que distinguoit alors l'esprit des factions ; à ce Déprémesnil , encore infatué des visions martinistes et des principes révolution— iiaires ; aux Conseillers de Monsahert et Sabatier , les plus ardens ennemis de la Cour ; et à ce Fréteau qu'anime un même esprit, et ce Pelletier y qui votera un jour la mort du Roi. 11 se joue du premier Parlement , et à force d*intrigues il en obtient le premier cri légal , la première demande formelle des Etats-Généraux. La fermentation des esprits fait hésiter Louis XVI ; Philippe d'Orléans ajoute à la fermentation ; ses brigands se répandent dans Paris ; il solde les émeutes. Louis XVI croit enfin devoir accorder ces Etats - Généraux. La Secte qui les doit à d'Orléans n'a plus besoin

3 ne d'un Ministre qui en dirige la convocation ans le sens des complots. Ce Ministre sera précisément celui des conjurés qui a ouvert l'abîme^ Ce sera ce Necker , dont la perfide politique a ruiné le trésor de l'Etat ; ce Necker , l'homme tout à la fois des courtisans ambitieux , qui de nouveau le poussent vers le Trône pour s'en rapprocher euxmêmes ; l'homme des Princes de Beauveau et de Poix , du Maréchal de Castries , du Duc d'Ayen , de Bésenval et de Guibert; l'homme des courtisans conspirateurs , de Lafayette et des Lameth ; l'homme des grands sophistes de l'impiété , dont les complots se trament dans sa maison tout comme au club d'Holbach ; l'homme enfin ^ dont l'image »

DE l'Impiété et de l'anarchie. agg dans ses triomphes révolutionnaires, sera si dignement portée à côté de celle d'Orléans.

Louis XYI a pu connoitre ce perfide Ministre ; il a eu sous les yeux tout le plan de la conspiration ourdie nommément par Necker et par les adeptes de son philosophisme. Ce Prince, hélas ! trop bon pour croire à tant d'hypocrisie et de scélératesse , sera un jour réduit à s'écrier : Pourquoi nai-je pas cru , il y a onze ans , tout ce que j'éprouve aujourd'hui ? on me ïavoit dès lors annoncé* C'est sur Necker que tomberont ces plaintes trop tardives. Alors même de son premier ministère , c'étoient et sa personne et les complots , tramés dans sa maison et au club d'Holbach , que dénon-^ çoit formellement un Mémoire présenté au Comte de Maurepas et à I^uis XVI. Mais les conspirateurs ont enflé de nouveau toutes leurs trompettes , pour célébrer et les vertus et les talens du traître Genevois ; vaincu par leurs intrigues , Louis XVI croit encore trouver dans lui l'homme qui doit sauver la France ; il lui confie le soin de diriger la convocation des Etats -Généraux. C'est Thomme

3u'il falloit pour faire de ces mêmes Etats l'empire e tous les conjurés, (a) Il sait que leur espoir est

{a) Je ne connoissois pas assez cet homme-lib , quand je me contentai de le mettre sur la ligne de Malesherbes et de Turgot. Que ce fourbe et ambitieux traitant , se peigne en ce moment lui-même dans ses propos. — Cent mille ëcus pour tous , si vous me faites Contrôleur eënëral. — Je suis riche et n'ai point de naissance; il fuut dans ce cas-là que l'or supplée la noblesse. Quand on peut le répandre , il ne faut pas épai^ner l'argent pour servir l'ambition. — Vous me parlez du peuple l il peut être utile , et je m'en servirai ; mais il ne peut nous nuire ( et je le jouerai. ) Quant à la Religion , il en faut une à ce peuple ; mais il ne lui faut pas son Christianisme » et nous le détruirons. — Que Necker se présente 9 et me demande en quelles circonstances ou k

3oo Conspiration des Soptostes

dans la moltitnde ; il sait qu'aux Ëtats-Gënëraox , le grand obstacle à tout complot contre le Soiw Terain , seroit dans cette antique distinction des ordres du Clergé , de la Noblesse ^ du Tiers ou des Communes y et dans le contre-poids des suffrages. Il n'en peut pas douter ! c'est par le Tiers- Etat sur-tout que les conjures font dëjà entendre les vœux de leur révolution ; c'est dans cet ordre que dominent les Tribuns de la sédition ; et pour assurer à ces Tribuns l'empire des suffrages , il conmience par doubler aux Etats les députés du Tiers. Ils arrivent en force; fiers de la multitude, ils se déclarent , à eux seuls , Assemblée Nationale; en vain la Noblesse et le Clergé réclament ce droit y moins précieux pour eux que pour l'Etat ,

qnt sa monstmcase probité a tenn ces propos , et je kii nommerai d'abord celui qui a reçu ces cent mille écos pour Tayoir fait Contrôleur généraL Je lui dirai ensuite : ces propos , tu les avois tenus h la personne même qui a eu le courage de te les reprocher en face , au milieu de ta puissance ; à celle-là même à qui ta douce humanité rpprocboit des larmes sur son frère , et qui te reprochoît de l'avoir fait périr, quand tu craignis quil ne parlât; 2é cette même personne qui ayoit refusé de s'enrôler dans cette compagnie de tes Séjans et de tes Tigellins, destinés à l'ouvrir la route par mille délations calomnieuses , rédigées et par eux et par toi , dans ces Mémoires que tu faisois passer à Louis XVI 9 pour lui rendre suspects tous ceux qui oocupoient des place» dont tu voulois pour toi ou pour tes adhéreus ; -— à cette même personne , par qui tu touIoîs faire accuser auprès de Louis XVI , le Ministre Sartine d*avoir yolé vingt-deux millions sur cinquante-trois , et qui neut besoin que de Ten avertir , pour en rendre la fausseté évidente ; -— à cette même personne dont tu avois besoin dans tes intrigues, qui vit enfin dans toi un monstre, qui dévoila tes complots et tes noirceurs à Maurcpas et il Louis XVI. — Si tes forfaits secrets doivent occuper «ne place dans THisloire , apprends que toutes se» preuves ne sont pas encore perdues^

DE L'hlTIÉTÉ ET DE l'AnARCHIF, 3of ce droit de balancer les délibërations y de varier les corps délibërans , de peser dans les uns les résolutions que rintérét , la passion et Tarlilice des Tribuns pourroii avoir hâtées dans les autres; vainement le Clergé et la Noblesse , pour conserver ce droit , ont sacrifié tout ce qui pourroit n'être que privilèges dans les prétentions exclusives , tout ce qui n'est qu'intérêt pécuniaire dans la distribution de l'impôt ; le vrai privilège que leur envient Necker (a) et tous les conjurés , c'est le droit d'annuUer toute résolution contre la Religion ou la Monarchie. Vainement Louis XYl , plus en père qu'en Roi, a* fait par sa déclaration du 23 Juin , des sacrifices dont l'excès est déjà une révolution , par l'atteinte portée à son autorité ; cette révolution n'est pas celle qu'il faut aux conjurés. — Les sophistes l'ont dit , pour le triomphe de leur égalité et de leur liberté y il faut que les suffrages cessent de se peser par ordre , qu'ils se comptent par têtes ; que tous ceux du Clergé ci de la Noblesse viennent se confondre et s'anéan* tir devant la multitude ; il faut que la majorité de leurs chambres ne soient plus que la minorité dans le grand ensemble des Communes. Louis XVI ordonne en vain le maintien des trois ordres , conformément à l'ancienne Constitution; les conjurés protestent ; leur président Railly les appelle à un nouveau théâtre ; un jeu de paume a reçu le serment de la révolte ; ils y ont tous jiu'é de donner à la France la Constitution de leurs complots ; et

{a) Pour seconder son digne père dans ce coml>at |

des ordres, tandis qa'il intrignoit an Ghfitean, la Daoïe j

Staël intriguoit à la Ville. £lle avoit établi chez elle '

un bnrean de souscriptions. Lafajette et Lameth amc- <

noient les traîtres à sa table , et là elle faisoit passer ;

leur nom sur la liste des lâches qui promettoient d'à- ; bandoimer leur ordre pour aller se joindre au Tiers.

3o2 Conspiration des Sophistes

dé]h ils agitent leurs brigands ; leurs pierres homicides ont assailli le vénérable Pontife de Paris ; les jours du Roi sont menacés : elle se fait enfin cette fatale réunion , qui met l'Empire sous le joug de la multitude. Là , ils sont sûrs d'avoir pour eux tout ce que leurs intrigues dans les élections , ont mis d'apostats et de lâches dans la députation du Clergé et de la Noblesse ; là , Necker a doublé les Communes pour assurer à leurs décrets le nombre des sufirages. Il a fait des £tat$-Généraux tout ce que les sophistes vouioient en faire pour le succès de leurs complots. Il s'appitoiera un jour sur les forfaits et les désastres de la révolution ; qu'il n'en soit pas moins gravé sur son tombeau : Cest lui qui les a faits*

Désormais sans obstacles et sans crainte de voir lexMS décrets balancés ou rejetés par aucune classe de citoyens , les conjurés se déclarent euxmêmes Assemblée Nationale. Ils se sont arrogé le droit de faire et de prononcer la loi ; les secrets de la secte peuvent sortir des Loges et des Lycées. Sous le titre de Droits de Vhomme , ils vont être la base de la Révolution. Par la première loi de ces législateurs , tous les hommes sont déclarés égaux et libres ; le principe de toute Soui^erai^ neté réside essentiellement dans la Nation ; la loi n'est autre chose que l'expression de la i/olon/é générale. Depuis un demi-siècle , ainsi l'ont prononcé dans leurs systèmes , Montesquieu , d'Argenson , Jean-Jacques et Voltaire. Ainsi , tous les sophistes dans leurs Lycées, tous les adeptes Franc- Maçons dans leurs arrière-Loges , tous les Illuminés dans leurs repaires , faisoient de tous ces principes de l'orgueil et dfe la révolte , le fondement de leurs mystères ; ainsi tous ces droits désorganisateurs n'ont fait que passer de leur école , et publique et secrète > au frontispice de leur code révolutionnaire.

DE lIwtiêté et de l'Anarcîiie, 3o3 Ce peuple égal et libre , et souverain législateur y peut encore vouloir que sa religion soit maintenue dans son intégrité ; qu'à sonlioi appartiennent toute la puissance nécessaire pour contenir les séditieux et les rebelles. L'amour de leurs Autels et de leur Prince est encore dans le cœur des Français. Il faut aux conjurés une force tirée du sein même de ce peuple, qu'ils puissent diriger à leur gré , ou pour ou contre lui , suivant qu'ils le verront docile ou revêche à leur voix , et surtout une force qui annulle celle du Souverain. Tout a été prévu ; les sophistes ont dit depuis long-temps : « Oh ! que nous aurions fait un grand y> pas y si nous étions délivrés de ces soldats étran- » gers et mercenaires ! Une armée de ncUionauj> f> sedéclareroitpourla liberté, du moins en partie; » mais c'est bien pour cela qu'on tient des troupes » étrangères. » ( Voy. let. attribuée à Montes-^

Îfuieu j L 2 y de ces Mém. ch. 2. ) Les sophistes 'ont dit depuis trente ans ; les conjurés ne l'ont pas oublié. Déjà leur armée de nationaux est formée , et c'est du fond des Loges maçonniques qu'est sorti l'exemple et le signal. Ce même Savaletie de Lange , le président du Comité secret des AnUs-Réunis , le grand maître de la correspondance, s'est présenté aux Municipes Parisiens, et voici sa harangue : « Messieurs , je suis caporal ; » Voici des citoyens que j'ai exercés à manier les p armes pour la défense de la patrie. Je ne me suis » point fait leur Major ou leur Général , nous soms> mes tous égaux , je suis simplement Caporal ; mais » j'ai donné l'exemple. Ordonnez que tous les 9 citoyens le suivent ; que la Nation prenne les 3^ armes , et la liberté est invincible. >' Savalette , en tenant ce discours , ne présente avec lui que sept à huit brigands équipés en soldats comme Im. Leur aspect Qt les cris répétés de Sautions la

3o4 Conspiration des Sophistes

Patrie , excitent Tenthousiasme ; un peuple immense entoure en ce moment les Municipes ; la motion de Savalette est à l'instant changée en décret. Le lendemain^ Tarmée des Nationaux Parisiens se forme , et bientôt les Provinces de tout l'Eknpire en comptent des millions, (a) Us se sont tous voues aux conjurés ; il est temps que Louis XYI éprouve leur puissance. Il a chassé le perfide Necker ; ils ont encore besoin de lui. Déjà ils l'ont forcé de le rappeler. Il hésite à sanctionner les droits de l'homme égal et libre du peuple soui^erain ; ils sauront lui montrer toute la force de ce peuple.

En faveur de ces Droits , tous les conseils des conjurés s'unissent , et ils ont dit : De retour auprès du Trône , Necker affamera ce peuple pour le forcer à l'insurrection ; les Frères excitateurs enverront de Paris les harpies des faubourgs demander du pain à Louis XYI ; désormais à la

{a) Bien des Auteurs se sont laissé tromper sur Tëta* blîssement de cette Garde nationale. Us nous citent eil preuve un arrêté du Comité des Electeurs , envoyé de l'Hôtel de Ville à toutes les sections de Paris pour former cette Garde , et signé par MM. de Flesselles • Tassin, de Leutre y Fauchet, le Marquis de la Salle; or il est constant y et tout le monde sait, i.^ que cette Garde nationale ne fut formée que deux jours après la

1 irise de la Bastille ; 2.^ que M. de Flesselles fut assassiné e jour même de la prise de cette Bastille ; mais ce qu'on ne sait pas , c'est que le procès-verbal de cet arrêté , ainsi que tous les autres procès- verbaux de ce qui se passoit à l'Hôtel de Ville , pendant la première année de la Révolution, ne furent rédigés que Tannée suivante , par le sieur du Vernier , sous les ordres de Lafayette > qui , malgré bien des observations, ne laissa rien cltanger à ce qu'il y avoit fait mettre , et qui auroit surtout été bien fâcbé de voir le monde instruit de la vé* ritable origine de cette Garde nationale ^ ^u il étoit m enchanté de commander.

tête

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 3o5 tête des Municipes , Baiily et ses assesseurs les feront suivre par les légions des Nationaux ; dé-sormais à la tête des Nationaux , Lafayette les emmènera à Versailles ; il entourera Louis XVI, sous prétexte de veiller à sa défense , et il s'endormira. Mirabeau , Péihion et Chapellier , M ontesquiou et Duport , Charles Lameth , Laclos , Sillery , d'Aiguillon , préviendront l'Assemblée i^iljaut au peuple des victimes ; ils l'empêcheront de se porter auprès du Monarque pour veiller sur ses jours ; ( séance du 5 Octobre ) et ils profiteront des ténèbres pour animer la populace , les brigands et les soldats. Ils ont déjà tout le cœur des furies ; ils en prendront le masque et le costume pour diriger leurs coups. ( Les dépositions juridiques , témoins 167 , 226 , 2'io , -SyS. ) D'Orléans abreuvera ses monstres des liqueurs de la rage , de la frénésie ; et il leur montrera dans la Reine , la première victime à immoler. Syeyes et Grégoire , et la foule des autres conjurés , resteront spectateurs ; mais si le Roi succombe , ils donneront la couronne à d'Orléans , sûrs de la morceler au gré de leur égalité et de leur liberté » dès qu'il la tiendra d'eux. Necker se cachera ; sbl vertueuse épouse , parée de ses bouquets , avec sa fidèle compagne , la Maréchale de Beauveau ^ et dans les galeries de Versailles au moment du carnage , tranquille spectatrice des fureurs des brigands , dira froidement à ceux qui leur résis- % lent : Laissez donc foire ce bon peuple , il ri y a pas de danger. Il n'y en a point pour elle ; déjà elle a eu soin d'en prévenir, en ces termes , sou Frère Germani : « Soyez tranquille , tout ira » bien ; nous ne poui^ons ni parler ni écrire. » ( Lettre du 5 Octobre. )

Les atroces complots qu'une si digne confidente ne peut écrire , la nuit du cinq au six Octobre le$

ToMB IV. y,

3o6 Conspiration des Sophistes ,a fait éclore ; l'historien n'a pas besoin de nos JVIémoires pour en peindre l'horreur ; les déposi- -lions des témoins entendus par les Magistrats du Xbâtelet , les dévoileront à la postérité. Mais ^'Orléans pâlit ; une poignée de ses Gardes du Xorps , les seuls dont les perfides assurances de Xafayette aient permis à Louis XY I de rester entouré , forment autoiu- de lui et de Marie - Antoinette la barrière des héros. I^eur valeur encliainée par les ordres d'un Roi , qui ne leur permet pas de répandre le sang de ses assassins mcmes^ ne les .empêche pas de prodiguer le leur. A force de prodiges , de courage et gfe fidélité, ils ont su résister à aes forets de piques et de haches , (a) et empêcher Philippe de consommer ses forfaits. Le jour qui vient les éclairer , a fait rougir ses brigands jnémes des horreurs dont il les fait les instrumens;

{a) Ce jour du six Octobre fat le dernier de la Mo* •narc^ie Française. Qoaud elle renaîtra, qu'un mona* ^ent $o\X éleyé aux braves Cbevaliers , à qui il ne manqua 9 pour la sauver, que d'être plus libres dans leur courage. Que leur nom soit au moins consacre dans THistoire. Je voudrois mettre ici la liste des soixante qui , se trouvant alors au Château , méritèrent si bien le nom de Gardes du Corps, Je n'ai pu me procurer les noms que des suivans :

M. le Duc de Guiche , Capitaine ; MM. le Marquis

de Saisonnière j Chef de Brigade; le J^icomte dAgoult;

le Vicomte de Sesmaisons ; le Comte de Mauléon ; le

Chevalier de Dampierre ; le Chevalier de Saint^-George^

Gardes du Corps.

MM» de Berard, ^frères ; de rHuilliers ; le Mar^

^uis de Varicourt , tué ; le Chevalier Deshutes , tué^

de Miomandre : le Baron Durepaire ; Derniers ; Mou^

cheron; le Chevalier de la Tranchade ; le Chevalier de

Duret; le Chevalier de Valory; le Comte du Mouthier;

Bernadj ; MM, Horric^ ^frères ; MM. de Malderet ^

t frères ; Renaldjr; de Lamotte; le Chevalier de Mon^

faut; Puget.

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 307 les Nationaux se souviennent enfin qu'ils sont Français. Tout leur vœu est désormais d'emmener Louis XVI au milieu d'eux , de le voir habiter ^ dans Paris , le Palais de ses pères. Il ne sait pas quels hommes ont profité de ce retoiu: subit d'ua sentiment national , pour inspirer ce vœu. Il croit se confier à Tamour de son peuple ; il ne fait que céder à l'impulsion des conjurés. Il ne sait pas que c'est là encore une dernière ressource deà conjurés, pour ne pas perdre tous les fruits de cette afireuse nuit. Ce qu'il en a coûté poiu* lui arracher la sanction de leurs Droits de l'homme , des principes désorganisateurs , annonce le besoin qu'ils auront de leurs brigands , pour appliquer et faire passer en lois les conséquences. Chacun de ces décrets qui vont successivement anéantir la Religion et la Monarchie , doit coûter une émetite ; il faut que les lanternes et les piques $e trouvent toujours là pour forcer les suffrages , effrayer le Monarque et prévenir les réclamations. Désormais captif dans Paris , Louis XYI sera habituellement sous la mains des brigands , soudoyés par Necker et d'Orléans dans les faubourgs et les carrières^ Lafayette proclamera dans l'insurrection le plus saint des dei^oirs , elle sera sans cesse à l'ordre du jour. Mirabeau , Chapellier et Barnave en fixeront l'heure et l'objet ; les ordres passeront de leur anti-chambre aux Jacobins et aux faubourgs ; et chaque jour , à l'heure convenue , le Roi , le Clergé , la Noblesse , et tous ceux qui pourroient s'opposer aux décrets du moment , se verront entourés d'une poptUace dont les conjurés dirigeront les cris et les fureurs, (a)

(a) Qaelques-ons de ces brigands habîtaellement sou*dojés pourriotturrection du jour, se retiroient chez eux sur les dix et onze heures du soir , j'entendis leur»

3o8 .Conspiration des Sophistes

Rëduits à ces succès pour fruit de toutes Ie$ liorreiurs des cinq et six Octobre , les conjurés savent les apprécier : « Nous sommes contens , » écrit encore à Gérmani la femme de Necker , » tout a bien été. L* Aristocratie aurait pris le ^ » dessus ; nous aidons été obligés de nous sentir ! » de la canaille* » ( Lett. du 8 Oct. ) Ici se termine ce que j'ai appelé les préliminaires de la Révolution. Necker a fait de sou Assemblée nationale ce qu'il vouloit en faire ; il Ta transportée dans celte ville où il vouloit la voir pour sa révolution. Dans la marche tracée par les soph-stes pour écraser le prétendu infâme , ici s'ouvre la guerre des lois contre le Christ.

iWcrcu Commencer par ôter à TEglise ses Corps Reli* de la ^te-gieux , et privcr le reste de ses Ministres de leur "^mbit^* subsistance , sous prétexte des besoins de VEtat ; naiic.uale miner sourdement rédifice , employer enfin la ^^^Q^ force majeure^ appeler les Hercules et les Belle- * rophons ; nous Favons vu dans le premier volume de ces Mémoires : tels étoient les moyens coni* binés entre les sophistes pour renverser tous les Autels du Christianisme. Substituer à ces Autels de Jésus-Christ le culte de leur grand architecte de l'univers , à TEvangile la lumière des Loges , au Dieu de la Révélation le Dieu de leur prétendue raison : tels étoient les mystères les plus mo-dérés des arrière-Loges maçonniques.

adieux ; ils se les faisoient hautement en ces termes : « Ça n'a pas mal étë aujourd'hui ; adieu donc ; mais )> nous comptons sur toi , demain. — ^ Oui , demain ; à » quelle heure \ A l'ourerture de TAssemblëe. — Chez ^ qui l'ordre l Mais , chez Mirabeau , Chapellier ou ^ BarnaTe, à l'ordinaire. i> Jusques à ce moment j'avois doute de l'audience que ces Lc^gislateurs donnoient chaque jour aux brigands, pour fixer l'objet et le mode de l'insurrection.

DE lImpiété et de l*ânarchie. 3o9

Imaginer , substituer encore au Christianisme de nouvelles religions , et les donner au peuple en attendant qu'il s'accoutume à se passer de toutes ; au nom même de Tégalitë et de la liberté , se rendre puissans et formidables , lier ensuite les mains , subjuguer , étouffer tout ce qui pourroit s'opposer encore à Tempire de l'impiété et de l'athéisme : tels sont les vœux et les complots de YEpopte , du Régent , du Mage Illuminés. Nous ayons vu leur code , nous avons entendu leurs sermens ; dans tous ces vœux et ces complots de tant de sectes conspiratrices , quel est celui dont la Révolution n'ait pas rempli l'objet ?

Les vœux de Religion d'abord suspendus , et bientôt abolis ; le Clergé dépouillé de sa propriété; tous les fonds de TEglise convertis en assignats pour payer les traitans ; tous les vases sacrés pro* fanés et pillés ; tout l'or et tout l'argent des Temples , jusqu'à l'airain sonnant aui servoit à convoquer le peuple au Service oivin , convertis en ]ingots pour payer les spoliateurs mêmes ; ce n'est encore là que les premiers essais de cette guerre que la Révolution vient faire à TEglise Chrétienne* ( f^(^* Décrets des 25 Oct. 3 Noi^. 19 Dec. 1 789; i3 Féi^. 1790. ) Il reste encore à cette Eglise sa foi y son vrai trésor ; et Mirabeau a prononcé que c'est là le trésor qu'il faut lui enlever : que si la France n*est pas décatholicisée , la Révolution n'est pas consolidée. A cette décision succèdent les décrets d'une constitution qu'il appelle cii^ile , et dont il fait le code du Clergé. C'est la constitution du schisme et de l'apostasie. C'est la première Religion inventée pour accoutumer le peuple à ne plus en avoir. Fondée sur les principes mêmes de l'égalité et de la liberté révolutionnaires , elle constitue le peuple souverain dans le Sanctuaire ,. comme il s'est constitué souverain auprès du Trône;

3io Conspiration des Sophistes

elle donne à ce peuple souverain les droits qne rËvangile réserve à ces Pasteurs. C'est la religion de Camus ; de l'Apostat d'Ypres et du schisme dlJlrecht , depuis long-temps frappé de l'anathème. Malgré tous les dehors dont elle s'enveloppe , les Evêques Français et les Pasteurs du second ordre ont démêlé la ruse et l'artiBce ; ils ont offert leur tête et refusé le serment de lapostasie ; bientôt tous ces Pasteurs iidèles chassés de leurs Eglises, de leurs Sièges, abreuvés, rassasiés de calomnies , d'outrages , éprouvent tout l'effet de ces promesses des Comités législateurs ; Osez tout contre le Clergéy i^ous serez soutenus^ Déjà le culte national n'est plus que celui du parjure et de l'intrusion ; tout vrai Prêtre de Jésus- Christ est banni de son Temple; ceux de Nîmes et d'Avignon sont déjà massacrés; et celui qui jura d^écraser Jésus-Christ, et celui qui osa ne voir dans l'Evangile de Jésus-Christ , que l'Evangile des esclaves , et celui qui ouvrit la Révolution par l'avis d'ôter à la France la Religion de Jésus- Christ , jouissent des triomphes oe l'apothéose ! Et le plus magnifique des temples que la France eiit élevé à Jésus- Christ , n'est plus que la mosquée de Voltaire, de Jean-Jacques, de Mirabeau; le Panthéon des Dieux que la France s'est fait des coriphées de son impiété. (Séances des \o Ai^rily 24 Août , 4 Janvier ^ 4 Ai^ril , 3o Mai et 27 Août. ) Ce n'est encore là qne Pœuvre des premiers législateurs révolutionnaires.

Seconde ^^ uouvcaux conjurés sur le siège de ces pre- As tni- miers législateurs poursuivent les complots contre

***^'*' le Sacerdoce. De nouveaux sermens toujours plus insidieux sont proposés aux Prêtres ; ils dévoilent dans tous l'apostasie et lartifice. Leur constance fatigue; les réfractaires à leur Dieu ne voient plus dans eux que des réfractaires à la loi ; aux décrets

DE lImpiété et de l'Anarchèe. 3ii

da parjure et de l'apostasie siiccèdent lés décrets de déportation ; ( /// Assemb. Décrets des 29 Noi^embre , 6 Ai^ril , 26 Mai et zS Août ) et ces décrets eui - mêmes ne sont pour les brigands que le signal de faire ce que les conjurés législateurs n'osent pas statuer publiquement. Leurs Municipes ont eu soin d'entasser dans lés temples , changés en vastes prisons , ces Prêtres à déporter ; les brigVjands sont aux portes avec leurs piques et leurs haches ; c'est le jour des Hercules et des Bellérophons septembriseurs ; c'est celui des adeptes bourreaux exercés dans les derniers mystères à venger Abiram , à frapper les victimes , à arracher le cœur , à porter en tHomphe les têtes des prétendus profanes. Quand l'Historien peindra ces jours d'atrocités y qu'il se souvienne du serment des Kadosch et des hommes sur qui doit tomber la vengeance. Qu'il suive au fond des Loges les brigands que Philippe d'Orléans y fit initier ; il sera moins surpris de voir tant de Pontifes , tant de Prêtres immolés en ce jour ^ à la haine des adeptes et aux mânes du Fondateur, (a)

Contre l'espoir des conjurés , le peuple a refusé

(a) J*en sais fâché , mais je ne puis le taîre ; le* honnêtes Franc-Maçons en frëmîront; mal» il faat bien qu'ils sachent à qaels monstres leurs Loges ayoîent ^té ouvertes. Dans tout moment d'ëmeutCt soit à THc^tel de^ Ville, soit aux Carmes, les vrais signes de raltiement, le -vrai mojen de fraterniser avec les brigands etoient les signes maçonniques. Dans Tinstant des massacres même , les bourreaux tendoient Ta main en Franc<> Maçons ^ ceux des simples &pectateurs qui les approchoient. Il lés accueilloient ou bien les repoussoient , suivant qu'ils les trouvoient experts ou ignorans dans 1» réponse. J*ai vu un bomme du bas peuple qui m'a luimême vé^éié la manière maçonnique dont les bourreaux loi présentoient la main y et qui fat repousse par eus

3i3 ' Conspiration des Sophistes d'imiter les brigands : des légions de yictimes d^^ signées aux provinces échappent au massacre ; les conjures Municipes de la Capitale ont beau inviter la France entière k chercher son salut dans la mort de tant de Prêtres prétendus réfractaires ; {Adresse du 3 Septembre* ) et Lafitte et les autres commissaires des conjurés législateurs ont beau parcourir les campagnes , les villes , et avertir le peuple que Tesprit du décret déportateur n'est pas Texil , mais la mort de ces Prêtres ; ce peuple n'est pas mûr pour tant d'atrocités. Les bourreaux manquent aux conjurés bien plus que les décrets de leur seconde Assemblée. Il n'en est pas moins vrai de dire que dès lors il ne tint pas à eux de consommer l'œuvre de la première. Sous celle-là , ils ont ruiné et chassé de leurs temples tous les Prêtres fidèles à leur Dieu ; sous celle-ci , il les ont immolés par hécatombe ; ce n'est qu'en frémissant qu'ils en voient les restes échapper à leur rage , et porter aux nations étrangères le spectacle de tant de milliers de Pasteurs exilés pour leur foi au Dieu de l'Evangile.

Troisième Jusqu'ici Cependant les prétextes ont pallié le Assem- yrai motif des persécutions. La secte n'a pas dit par quel culte elle veut suppléer à celui de nos

^ avec mëpris , parce qu'il ne saToit pas répondre , tandis - que d'autres plus Instruits ëtoient au même signe ac- ' cueillis d'un sourire , au mHieu du carnage. -» J'ai tu même un abbë que ce signe maçonnique sauva des brigands à l'Hôtel de Ville. Il est vrai que sa science maçonnique lui eût été inutile , sans son déguisement ; car les brigands auxquels il avoit ëcbapp^ le rechercbèrent quand on leur dit que c'ëtoit un Abbé. Il est vrai encore que le signe maçonnique eût été fort inutile aux Frères reconnus pour ce quon appeloit Aristocrates ; mais les Abbés et les Aristocrjates Maçons ne pouvoient

Sue mieux j reconnoître combien ils avoient été dupes e la fraternité des arrière secrets.

DE lImpiété et de l*Anarchie. 3i3 pères. Il n^est plus en France d'Eglise pour les Catholiques ; mais les Intrus constitutionnels , les enfans de Luther et de Calvin prononcent encore dans leurs temples le nom de Jésus-Christ. La troisième Assemblée lève le masque. Les Hiérophantes de "Weishaupt ont dit dans leurs mystères y qu'il viendroit ce jour où la raison serait le seul code de Vhomme : Tadepte Hébert paroît avec ce code ; il n'est plus pour la France que le culte de la raison. C'est celui du sophiste à qui sa raison dit qu'il est un Dieu ; c'est celui du sophiste à qui sa raison dit qu'il n'est point de Dieu ; c'est celui du sophiste s'aaorant lui-même , ou sa raison j sa prétendue sagesse ; c'est celui du suprême délire ; il n'en sera pas moins le seul culte du Jacobin égcd et libre. Les prostituées de Vénus se présentent , et il en fait l'image de sa raison. Que nul encens ne brûle désormais , si ce n'est autour de cette Idole. Tout ce qui avoi t pu échapper jusqu'alors à l'ancien culte, va tomber sous la hache ; c'est le temps ai étouffer dans son germe tout ce qui eiista d'évangélique , d'abolir jusqu'à la mémoire du Dieu des Chrétiens, de ses Saints et de ses Fêtes. Leurs jours sont effacés des calendriers du peuple , comme ils l'étoient depuis longtemps de celui de la secte ; l'ordre des semaines , des mois et des années est renversé. Le grand jour du Seigneur , le Dimanche est aboli ; il rappeloit au peuple le repos et l'existence d'un Dieu créateur. Si ce peuple craignoit encore un Dieu vengeur y qui attend les impies à la mort , il sera rassuré. Sur le tombeau des pères et sur celui qui les attend eux-mêmes , les enfans iiront assidûment ce dernier des mystères : La mort nest quun sommeil éternel. S'il reste encore quelques Prêtres de ce Dieu créateur et vengeur , qu'ils abjurent jusques au caractère de l'ancien Sacerdoce ,

Si 4 Conspiration des Soptostês ou qu'ils périssent entassés dans les prisons y hachés sous la Guillotine ou engloutis dans les eaux. Cest le règne des conjurés Hébert et Robespierre*

Les tyrans se divisent et se dévorent les uns les autres ; la révolution a elle-même ses révolutions : an milieu de ses vicissitudes ; l'impiété change ses formes et ne se désiste pas de sa guerre contre FËvangile et les Prêtres du Christ. Elle semble revenir sur ses pas ; le peuple ne veut point de sa raison sans Dieu ; Robespierre lui donne pour uo temps V Etre Suprême ; La Reveillère-Lépaux arrive avec son culte théophilantropique ; c'est le quatrième inventé par la secte. C'est encore le • tyran d'Israël qui donne au peuple ses Veaux d'or, pour l'empêcher d'adorer le vrai Dieu. Ce sont encore les Mages de Weishaupt , inventant religion sur religion, Dieu sur Dieu, pour que ce peuple enfin se lasse de tout Dieu. Ils lui permet* lent de nouv^eau d'en prononcer le nom ; mais pénétrons encore dans les antres de ces prétendus ThéophilantTopes, Là, ils traitent de fou et d'insensé, d'homme à préjugés vulgaires , celui qui croit encore en Dieu. Là , ils ne cachent plus que si jamais ils peuvent rendre ce peuple philosophe comme eux , tous ces nouveaux autels doivent tomber , ainsi que les anciens, (a) C'est encore le culte de la ruse , et c'est toujours celui de la rage contre les Prêtres de Jésus-Christ. La secte sem-» ble avoir jeté la hache qu'elle tenoit suspendue siu* leur tête ; mais une mort plus lente et plus cruelle les attend. Elle ne cesse pas de proclamer l'égalité et la liberté; elle ne cesse pas de mettre,

{a) C'est po itîyement ce que je siûs d'un homme qui 8*est fait admettre à Paris pariui les adeptes de la Théo^ plUlantropie actuelle»

DE lImPIÈTÉ et de l' ANARCHIE. 3t5 pour les Prêtres , l'ëgalité , la liberté au prix du parjure et du serment de ses complots. ( Décret du lo Janvier 1796. ) Malheur encore à ceux qui le refusent ! Le citoyen leur ofire vainement un asile dans sa maison ; tout y sera fouillé pour les trouver. Qu'ils se retirent dans les forets, qu'ils se cachent dans les cavernes , là encore ils sont poursuivis ; et s'ils sont découverts , c'est aux contrées désertes de la Guiane qu'on les relègue , et des nochers plus dangereux que les tempêtes sont chargés du transport.

Ainsi se développent au grand jour les trames si long-temps ourdies dans les ténèbres par les so* phistes de l'impiété ; ainsi la révolution Française est venu accomplir ce vœu de leurs mystères ; Détruisons , écrasons , anéantissons le Christ , sa Religion et ses Prêtres. Mais aux complots de l'impiété sont venus se joindre tous les complots de la rébellion. Les adeptes ont dit aussi : Écrasons le monarque et son Trône ; ici encore le lecteur me prévient , et il dit : ces vœux contre le Trône , la Révolution est venu les remplir aussi fidèlement que tous leurs vœux contre l'Autel.

Ici que de forfaits , d'horreurs et d'atrocités se Forfeits présentent encore à l'historien ! Si la plume ne s'y ^*l j*» P^crefuse pas , qu'il en trace la multitude et l'énor- «embiéT mité ; mais qu'il ne perde jamais de vue la secte ^^^^"JJ^ qui les enfante. Qu'il en suive la marche , les ac- chic leurs auront beau varier » les conjurés législateurs SQ succéder, tous sortiront des mêmes antres ou sesad eptes ont formé leurs complots. L^ trame aura passé par des mains diOerentes , elle sera toujours la même. Toujours l'égalité et la liberté | en seront le principe ; toujours les conséquences se poursuivront contre les Rois et la société , ainsi que contre Dieu et la Religion. Dans la Révolu^ tiou de cette égalité et de cette liberté les crimes

3i6 Conspiration des Sophistes s'entrelacent ; c'est aujourd'hui contre le Christ et son Sacerdoce , et ce sera demain contre le monarque et la Noblesse , après demain contre les riches , pour reprendre de nouveau contre TAutel et contre le Trône , contre les riches et les nobles; mais tous les conseils sortent de ce repaire où nous avons vu les adeptes se réunir sous le nom de Jacobins» Leurs premiers conjurés législateurs ^ Mirabeau, Syeyes, Barnave, d'Orléans, Lafayette, Lameth , Chabroud , Grégoire , Péthion , Bailly ^ Raband y Chapellier , et tout ce qu'ils appellent les Députés de la montagne , passent habituellement de la tribune des Jacobins à la tribune du Manège. Là, se combine et se digère une première Constitution, dont Tobjet est de faire du Trône ce

Su'ils font de l'Autel ; de dépouiller Louis XVI , e Taffoiblir, de lui ôter l'afiection de son peuple^ ]a disposition de ses armées , la ressource de sa noblesse , et de lui enlever chaque jour quelque partie de cette autorité qui constitue le Monarque* Deux ans entiers se passent en calomnies , en insurrections , en décrets ; aujourdliui contre le Clergé, demain contre le Rot. De l'ensemble de ces décrets étoit d'abord sortie , contre l'Eglise ^ cette constitution qui ne laisse à la France que le nom de la religion , de ce même ensemble sort enfin contre la Monarchie une Constitution qui ne laisse à Louis XVI que le titre de Roi. Captif dans son Palais, entourré de brigands, comme les Prêtres , il faut qu'il sanctionne comme eux y au prix de ses sermens, la loi qui le dépouille» Ils ont opposé les devoirs du Sacerdoce , il oppose les devoirs du Monarque. Il réclame comme eux la liberté ; il crut Tavoir trouvée dans sa fuite à Varennes. Le traître (a) Lafayette ne le laisse

(a) Les monumens publics pourroient manquer ^ l'Historien sur la conduite de Lafajette dans cette eir^

DE l*Tmpiété et de l'Anarciiie. 3i 7

un instant dans Tilluslon que pour le ramener porfaîti couvert d'opprobres , et resserrer ses liens à son <*< *• «retour. Louis enfin la sanctionne dans les fers, ^^^îlubïcc*" cette constitution de régalilé et de la liberté. Il ^^

constance. Bien des personnes ont yoalu faire croire qu'il n'avoit pas été prëyena du départ du Roi ; voici la vérité des faits : Une femme Allemande mariée h ua Français nommé. floc/ier^fu/ , étoit attachée à la Heine en qualité de Porie^haise d'affaires. Cette femme avoîl t^moi^né tant d'indignation et versé tant de larmes sur les horreurs des 5 et 6 Octobre , que la Reine touchée de ces preuves d'attachement , lui donna sa confiance , la chargea du soin de préparer ses bouillons , et la logea au rez-de-chaussée de son appartement , dans une chambre qui communiquoit h Tappartement qu'avoit occupé M. le Duc de Viliequier. Au commencement de Juin , la Reine méditant son évasion y fit transporter dans une autre chambre la femme Rochereuil. Celle-ci soupçonna des projets ; elle épia le Roi et la Reine. La confiance qu'on avoit en elle, la mit à portée de connoître exactement ce qui se méditoit pour la fuite du Roi. Le 10 Juin , elle en dénonça les préparatifs à MM. de Lafajette , de Gouvion , et au Comité des recherches de l'Assemblée nationale. Elle eut avec eux onze conférences , dans Tespace de neuf jours. D'après ces dénonciations , M. de Lafajette chargea treize Officiers de confiance , de faire toutes les nuits des patrouilles dans Tenceinte des T huile ries, avec l'ordre se*cret de favoriser l'évasion. Ses ordres furent donnés de . même sur la route. Drouet fut prévenu du rôle qu'il avoit à jouer. Tout le reste de la fatale journée de Va- I rennes et de l'arrestation du Roi se conçoit aisément , si ce n est cependant l'excès de cette insolence avec laquelle Lafajette usa de sa victoire , et des outrages qu il fit essuyer à Louis XVI 9 en le ramenant dans sa prison des Thuileries.

Une chose encore assez inconcevable , c*est que lorsque la Reine , instruite des trahisons de la femme Roehereuil , l'eut chassée , cette mégère eut encore la hardiesse de présenter un mémoire rédigé par un Député , pour rentrer au service de la Reine , et pour lui dire qu'elle n'avoit pu mieux prouver sa recouuois-

3i8 Conspiration des Sophistes

porte encore le nom de Roi , d'autres brigandf; ,' d'autres adeptes législateurs arrivent pour former leur seconde Assemblée nationale. Ils ont trouvé Louis XVI captif dans son Palais, ils ont suivi les erremens de leurs prédécesseurs. Chaque jour de nouveaux décrets toujours plus outrageans pour le Monarque ; chaque jour des émeutes contre l'Eglise ou contre le Trône.Le temps arrive enfin de porter les derniers coups à Tun et à l'autre. La liste des Prêtres à immoler est déjà dressée par les Jacobins municipes ; les Jacobins législateurs entourent le palais de Louis XVI de toutes les légions et de tous les foudres de leurs brigands. Il est réduit à chercher un asile dans le sein mcme de cette assemblée qui les a suscités contre lui. Us prononcent le décret qui suspend pour lui le titre de Roi; et pour qu'il sache bien quel est son crime , en suspendant la Royauté dont les formes du peuple souverain ne leur permettent pas encore de prononcer l'abolition » ils proclament à dater de ce jour , et la nouvelle ère et le nouveau serment de Végàlité et de la liberté. Ils décrètent la nouvelle Assemblée qui doit définitivement prononcer sur le sort du Monarque. Tous ces décrets se rendent en présence de Louis XVI , ignominieusement captif dans la tribune , où ils l'ont enfermé pour qu'il ne perde pas un mol des outrages et des calomnies dont leur salle retentit contre lui , ou . des lois qui ont brisé son sceptre. Sur le mur de cet asile même , en lettres de sang, ils ont déjà écrit ce mot , LA mort ; et ils l'envoient l'attendre

sance et sa fidélité , qu'en empêchant Sa Majesté de suivre les conseils des Royalistes. — Ce mémoire fut remis par la tleiue à M. Prieur , historiographe du département des affaires étrangères. — Quant a la dénonciation même , elle est précieusement conseryée aux ^rchiycs appelées natii^'nalesî *"

DE l'Impiété et de l'Anarchie, 3 19

^iix Tours du Temple. ( Séances des 10 ^ n et 1 3 Août. )

Je serois peu jaloux d'insister sur les atrocités Cnn^nî-i ' qui signalèrent ces affreux triomphes de la seconde 'j'"'" *** Assemblée nationale , ou sur les artifices qui les avoient préparés. Mais ici l'histoire a besoin d'être aidée ; la véritable trame de tant de forfaits n'a ' pas encore été assez dévoilée. E^le fut toute om-die par Brissot. La secte lui fournit ses coopérateurs mais il fut constamment le chef de la conspiration du I o Août. Il la U'ama pendant un an entier. Il l'avoit toute entière dans son cœur , dès l'instant même où il se vit nommer Législateur. Initié à tous les mystères du club d'Holbach , et disputant â Condorcet même le premier rang parmi les so«phistes Yoltairiens , il n'étoit arrive à l'Assemblée qu'en se félicitant de se voir appelé à remplir cet oracle qu'ils avoient prononcé depuis tant d'années : Le sceptre des Bourbons sera brisé ^ et la. France sera érigée en République, {a) A peine

(a) Louis XVI ëtoit encore enfant , et voici ce

Îu'ëcrlyoit le Lord Orford , plus connu sous le nom * Horace fValpole^ sur le projet des Sophistes dont un trës-coart sëjour à Paris avoit suffi pour Tinstruire ^ et dont il rendoit compte an feld Maréchal Conwaj-^ dans une lettre datëe du 28 Octobre 176$ : « Le Dauphin ^ (père de Louis XYI) n'a plus infailliblement que » peu de jours à viyre. La perspective de sa mort rem- ^ pHt les Philosophes de la plus grande joie , parce » qu'ils rcdoutoient ses efforts pour le rétablissement 1^ des Jësuites. Vous parler de Philosophes et de leurs » sentimens, vous paroîtra une étrange nouvelle en fait y de politique ; mais savez-vous ce que c*cst que les » Philosophes , ou bien ce que ce mot veut dire î ^ D'abord il désigne ici presque tout le monde ; en ^ second lieu , il signifie des hommes qui, sous prétexte » de la guerre qu'ils font au Catholicisme , ( against » Poperj) tendent f les uns à la destruction de toute ^ Religion^ les autres , en plus grand nombre , à la

3^0 CONSPlfeATION DES SOPHÎSTES

se trouva - 1 - il assis sur le siëge des Législateurs y qu'il regarda autour de lui , cherchant a distinguer parmi les adeptes ceux à qui il pourroit s'ouvrir sur le projet de renverser ce fantôme de Roi , que leurs prédécesseurs avoient encore laissé sur le Trône. U retrouva toute sa haine dans le cœur de Péthion et de Buzot , dans celui de Vergniaux , Guadet ^ Gensonné et Louvel* Il en fit les premiers confidens de ses projets.

Dans le plan que nous verrons tracé par les conjurés mêmes , la France devoit d'abord être inondée de journaux, invitant désormais le peuple à mettre enfin la dernière main à Tœuvre de sa liberté. A force de libelles y de calomnies et de traits odieux répandus sur Louis XYI et sur la Reine y ils dévoient leur arracher Testime et l'affection des Français. Bientôt ils imaginèrent de révolter les puissances étrangères , pour entraîner Louis XYI dans les horreurs de la guerre avec l'ennemi du dehors , et triompher plus aisément de lui dans l'intérieur. Dès lors on les entend dire dans leur club y ce que Brissot écrivoit ensuite

» destruction dit pouvoir monarchi{fue. — Vous allex me » dire : Comment savez- vous cela, vous qui n'êtes en » France que depuis six semaines , et qui en avez passé ^ trois confiné dans votre chambre î -^ Oui , mais pen* » dant les trois premières semaines, j*ai fait des visites 5> par-tout, je n'entendois que cela. Confine cher moi, » i*ai été obsédé de visites , et j'ai eu des conversations )> longues et détaillées avec bien des personnes qui pen- » sent comme je vous le dis , avec quelques-unes d'an » sentiment opposé , et qui n'en sont pas moins per- » suadées que ce projet existe. Dernièrement , entre » autres , j'avois chez moi deux Officiers , l'un et l'autre » d'un âge mûr. J'eus bien de la peine à les empêcher » d'en venir h une querelle sérieuse ; et dans la chaleur y> de la dispute , ils m'en dirent plus que je li'aurois pa » en apprendre par bien des recherches. » ( Œuvres de JValpoley tom. 5, hu. 6 y Octob. 1765. )

aux

DE lImpiété et de l*Akaiichië, 32 1^ «ut génëraux de sa révolution : Il faut incendier les quatre coins de l'Europe ; notre salut est là. ( Voy. Considéré sur la nature de la RévoL par M. Mallet du Pan , p. 37. ) Par la voie des adeptes et des clubs, répandus dans l'intérieur , ils excitent en même temps des troubles continuels , pour en faire retomber l'odieux sur le Roi et sur la Reine. Dans le sein de l'Assemblée, sous prétexte d'écar*ter le danger dans lequel tant de séditions semblent mettre la France , sous le nom de Commission extraordinaire , ils composent ce Comité secret > dont la faction est appelée celle des Girondins. C'est là que Brissot , à la tête de ses élus , et pré->' ■sident de la Commission , prépare et rédige » dans le silence des complots , les décrets consommateurs de la rébellion. Il youdroit lui donner Tapparence d'une révolution toute philosophique, toute sollicitée par un peuple philosophe , lassé de ses Monarques , et ne voulant enfin avoir d'autre Rot que lui-même. Il envoie ses émissaires dand les provinces ; ils reviennent lui apprendre que le peuple Français ne se résout point à se passer de Roi. Il sonde l'xXssemblée législatrice elle-même; la grande majorité se trouve encore disposée comme le peuple. Ce qu'il n'a pas pu faire en sophiste et par conviction , il le fera au moins eh tyran , par les piques et les foudres des brigands. Il appelle tous ceux que la Révolution a rassemblé); vers le Midi , sous le nom de Marseillais. Les Jacobins de l'Occident sont avertis de fiiire avancer vers Paris leurs brigands de Brest. Dans Paris même , il dévoile ses projets h tous* les chefs des Jacobins. Barbaroux et Panis , Carra et BeaujoiSf vicaire intrus de Blois , De Besse de la Drôme , GaJIissot de Langres , Fournier le Créole, le général Westermann , Kieulin de Strasbourg, Santerre le brasseur , Antoine de Metz , Gorsas ^ Tome IV. X

322 Conspiration des Sophistes le journaliste , se joignent aux Girondins. Les conseils se tiennent tantôt chex Robespierre , tantôt à l'auberge du Soleil d'Or , auprès de la Bastille. Syeyes , avec son club des çingi^eux et l'arrière- conseil des Jacobins, fournit tous se» moyens. Marai^ et Prudt homme , et Millin , et tous les journalistes du parti , ajoutent chaque jour aux calomnies contre Louis et son. épouse. Alexan^ dre et Chabot soufflent la rage aux faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau. Philippe d'Orléans les sert tous de son argent çt de son parti , parce qu'il es{>ère se servir de tous pour monter sur le Trône après en avoir précipité Louis XVI , et parce que , s'il ne peut y monter et assouvir son ambition , il veut au moins assouvir sa yeil* geance.

Tous, les conseils sont pris et les brigands sont arrivés; le tocsin a sonné toute la nuit; le dix Août paroU. La secopde Assemblée a consommé sa tâche ; Louis XYI est déclaré déchu de tous ses droits à la couronne. Du palais de ses Pères il est passé aux Tours du Temple. C'est là que la troisième Assemblée des législateurs conjiu-ës viendra le prendre pour le conduire à Téchafaud , et remplir les derniers sermens des arrière- Loges.

Si l'Historien hésite à voir dans cette marche toute celle de la secte y pour arriver à cette catastrophe du I o Aoiit y qu'il lise les aveux des adeptes eux-mén^es. Le temps est venu oii ils se disputent la gloire des horreurs et de tous les forfaits de cette désastreuse journée. Elle donne à Drissot le sceptre des Jacobins ; Robespierre , et Mai at y et Danton , le lui arrachent , et il vent le ^reprendre. 11 s'adresse à tous ceux de la France pour démontrer ses droits. Son apologie et celle d^ Louvet , son coadepte , ne sont pas autre

DE lImPIÉTÉ £T de L^ÂNARCHIÊ. 3i3 chose dans toute leur substance , que l'histoire même de la conspiration que je viens de tracer* S'il faut en citer au moins quelque partie , pour la conviction du lecteur , lisons ces paroles de Brîàsot y et prêtons-nous à son langage :

a Les triumvirs Robespierre , et Marat, et » Dantoa, m'ont accuse y dit-il , d'avoir provo* j» que la guerre ; et sans la guerre la Royauté » subsisteroit encore ! Et sans la guerre , mille » talens , mille vertus ne se seroierit pas déve-fp loppës ! Et sans la guerre v la Savoie et tant » d'autres pays dont les £ers vont tomber , n'au*i> roient pas eu la liberté. -«- Ils craignoient la » guerre faite par un Roi — politiques à vue

* étroite ! C'est précisément parce que ce Roi n parjure de voit diriger la guerre , parce qu'il ne » pouvoit la diriger qu'en traître ; parce que n cette trahison seule le menoit à sa perte ; c'est

• par cela seul qu'il falloit vouloir la guerre du » Roi. — Cétoit t abolition de la Royauté que n j*a\fois en i^ue en faisant déclarer la guerre* » — Les hommes éclairés m'entendirent , le 3o n Décembre 1791 , quand, répondant à Robesn pierre qui me parloit toujours de trahisons à 0 craindre , )e lui disois : Je n'ai çu une crainte f D c'est que nous ne soyons pas trahis* Nous ]» aidons besoin de trahison ; notre salut est là» » — Les trahisons feront disparoilre ce qui s'op^ p pose à la grandeur de la Nation Française; D — la Royauté. >»

En parlant ici de tant de trahisons , en se glo^rifiant de celle qu'il ourdissoit contre Louis XYI, comme de son grand tiire à l'admiration des J^ cobins , Brissot se garde bien de mentionner à quel pris il mettoit celle qu'il préparoit aux trai-très mêmes, si Louis XYI eût été alors assez riche pour racheter* Le neuf Août encore , la veille de

324 CoKSPtRATÎON DES SoPHIStES

ce jour où lous ces conjurés dévoient se mettre en action , il demandoit au Roi douze mitlîojis j pour se désister du complot ei pour en empêcher i r exécution. ( Mémoires de Mè Bertrand , mînis^ ire d'Etat , /. 3 , c/iap. 22* ) Quels êtres que ces sophistes ! Quelles idées ils se font de leurs mille çerius ! Faisons-nous violence ; prêtons encone l'oreille à celui-ci ; car enfin c'est dans leur propre apologie que se trouve la véritable histoire de leurs forfaits. Voyons ce même Brissot exalter tous les siens par le temps même qu'il consacre à les méditer , et nous donner ensuite son sens froid au milieu des horreurs , comme un exemple de grandeur qui doit faire oublier en ce jour les atrocités même de ses cannibales. « On tn'accose, » reprend-il , d'avoir présidé la Commission ejr- » traordinaire ; et si de bons esprits de cette » Commission naçoient pas préparé , et même » longtemps avant le dix Août , les décrets san* » veurs de la France , de la suspension du Roi , » de- la convocation de la Convention , de Vor-- » ganisation £un Ministère Républicain ; si » dans ces décrets , k sagesse des combinaisons » n'en avoil pas écarté l'idée de la force et de ia f> terreur , si Ton n'avoit pas imprimé à ces » décrets un caractère de grandeur et de réflexion ' » froide et calme ; la révolution du dix Août » n'auroit paru aux yeux de l'Europe qu'une ré^ » solution de cannibales. Mais l'Europe crut au » salut de la France , en voyant la sagesse présî- » der an sein de ces orages , et subjuguer jusqu'à » la soif du carnage. Qu'on calomnie tant qu'on » voudra la journée du dix Août ; la valeur des » Fédérés , et les décrets réfléchis de l'Assem- » blée nationale , préparés par la Commission , 7» immortaliseront à jamais cette journée. » Lelt^ de Brissot à tous les Républicains de la France,

DE lImpiété et de l'Anarchie. 325 âe la société des Jacobins . 24 Oct. 1 792, )

Continuons à lire , et écoutons encore cet étrange sophiste. Après nous avoir dit comment il a trahi Louis XVI , le voilà qui va nous dire encore comment il a trahi la Nation et l'Assemblée; comment ils s'y sout pris , lui et ses adhérens , pour amener le peuple et la majorité de cette Assemblée à des forfaits dont ce peuple et celte majorité ne vouloient pas. « On m'a reproché mon y> opinion ( du 9 Juillet ) sur la déchéance du » Roi ; on a reproché à Vergniaux la sienne. » — J'en atteste tous mes collègues ; j'en atteste » ceux qui ont connu Vétat de notre Assemblée y » lafoiblesse de la- minorité des patriotes , la » corruption de la terreur , l'aversion des exagérés » pour le parti de la Cour ; sans doute il falloir fi quelque courage pour hasarder , au milieu de x> celte Assemblée , l'hypothèse éloquente de » Vergniaux siu: les crimes du Roi. Il en falloit p le lendemain de cette réunion qui avoit aObibli » le parti des patriotes , pour tracer le tableau » vigoureux des crimes du Roi , pour oser proy> poser de le soumettre en jugement. Cétoit un » blasphème aux yeux de la majorité ; et je le » prononçai cependant. »

En nous parlant ensuite des Girondins , son principal appui , «1 occupés sans cesse , continue » Brissot , à réparer leurs fautes , réunis avec » d'autres patriotes éclairés , ils préparoient les » esprits à prononcer la suspension du Roi. — Les » esprits en étaient bien loin encore ; et çoilà » pourquoi je hasardai le fameux discours sur y* la décliéance y du 26 Juillet ; discours qui » parut aux yeux ordinaires un changement d'o- » pin ion , et qui pour les hommes éclairés n'étoit » quune manœui^re prudente et nécessaire. — Je 0 sa vois que le côté droit ne désiroit rien tant

326 Conspiration des Sophistes » que d'aborder la question sur la déchéance , » parce qu'il se croyoit sûr du succès , parce que » P opinion néioit pas mûre dans les départe^ » mens. — Iai défaite des patriotes étoit inét/i"' » table. Il/alloit donc louvoyer pour se donner » le temps , ou d* éclairer Vopinion publique , ou » de mûrir Vinsurrection , car la suspension ne y» pouYoit réussir que par l'un ou par l'autre. >» Tels étoient les motifs qui me dictèrent ce ?» discours du 26 Juillet , qui m'a valu tant d'in- 1» jures et me fit ranger parmi les royalistes » » tandis que le Patriote français ( c'est le journal » qu'il écrivoit ) ne cessoit de préparer les esprits » dans les départemens , à ces mesures extraor- » dinaires.yy

A travers les réflexions que suggèrent tous ces aveux y que le lecteur pèse un instant sur ces paroles :, Iljalloit donc loui^oyer pour se donner le temps , ou d^ éclairer Vopinion publique , ou de mûrir Vinsurrection. Elles nous manifestent une grande vérité dans la théorie des révolutions. Elles nous disent que ces insurrections qu'on nous donne pour les grands mouvemens du peuple^ de la majorité de la Nation , ne sont précisément que les grands mouvemens des factieux contre la majorité de la Nation ; que si la Nation eût pensé comme ces factieux , ils n'auroient pas eu besoin de réunir tous leurs brigands pour triom« pher par les armes et la terreur , d'une Nation

3ui n'a que son opinion sans armes et prise au éponrvu. On peut nous dire ici que la France avoit alors ses Gardes Ucitionaux ; oui , elle les avoit ; mais Brissot n'avoit garde de les appeler. Il les avoit vu accourir des Provinces à la fédération du i4 Juillet , et c'étoient là ceux qui s'appeloient vraiment les Fédérés. Mais presque tous avoient donné au Roi et à la Reine les

DE l'Impiété et de l'Anarchie. ^27 marques les moins équivoques d'attachement ; ce n'est pas devant ces Fédérés nationaux qu'on se fût flatté de détrôner Louis X\L Que font les conjurés ? Ils appellent tous ces brigands appelés Marseillais , non qu'ils fussent Marseillais ou Provençaux , mats parce qu'ils étoient pour la

t)lupart sortis des galères de Marseille. Ils donnent e nom de Fédérés à ces galériens , brigands de toutes les contrées; ils forcent la populace des faubourgs à marcher avec eux ; ils assassinent le Commandant de la Garde liationale pour la paralyser , et ne laisser agit avec leurs bandits

3ue la partie de ces gardes gagnée par les chefs e la conspiration. Us appellent ensuite volonté du peuple , soulèvement de la Nation , ce qu'ils nous démontrent eux-mêmes n'être que leurs corn-

{^lots et le soulèvement de leurs brigands contre a Nation , contre le Roi. C'est ainsi que s'est faite toute la révolution ; toute par des émeutes et des insurrections journalières , c'est-à-dire , d'après la tliéorie et les aveux des chefs ; toute par les moyens de la force et de la terreur , qui mettent sous le joug cette Nation que nul autre moyen n'a pu séduire.

Avec la même évidence , l'Historien pourra trouver toute l'histoire de cette atroce révolution du 1 o Âoiît y dans les discours du député Louvet ; il y verra les mêmes complots et les mêmes artiflces décrits avec la même jactance. Nous voulions laguerrcy dit, entre autres , ce Louvet; « nous la voulions , nous autres Jacobins, parce » qu'à coup sûr la paix tuoit la République.... » Parce qu'entreprise à temps , ses premiers I» revers inévitables pouvoient du moins se répa- » rer , et dévoient purger à la fois le Sénat , les » Années et le Trône.... Ils appeloient la guerre , » tous les Républicains dignes de Vélre. Ils

STES

3^8 Conspiration des Sophisi

» osoient aspirer à rhonneur de tuer la Royauté » même ; de la tuer à jamais y d'abord en France^ t> et puis dans Vunii^ers, » Puis , en venant au rôle que jouoient ses complices , « ceux que tu D appelles les mien^ , dit-il à Robespierre , c'ëtoieni » Roland ; il a voit dénoncé Louis XVI à la France » entière — Sen^an ; il avoit partagé l'honorable s> retraite du Ministre de l'intérieur.; il n'étoit » rentré qu'avec lui , et cela pour sauver la France » — Péthion ; sa conduite en même temps vigou- » reuse et sage usoit la Royauté — Brissot ; il » écrivoit contre la Monarchie ; ( et Condorcet » aussi dans le même temps ) — Vergniaux , p Gensonné et beaucoup aautres ; ilsjaisoient » d'aisance , le projet de la suspension — Guadet ; » il occupoit le fauteuil au premier bruit des dé- » charges de l'artillerie — Barbaroux ; il arriwit » pour la journée du lo açec les Marseillais ; et » bien vous en a pris qu'ils y fussent — Moi , » ( Louvet ) J'écrivois la Sentinelle ; et tes éter- » nelles vanteries me forcent à me rappeler quel- » quefois que ce journal a , plus que le Défenseur » de la Constitution ( journal de Robespierre ) , » contribué à la révolution du dix. » ( redresse de Louvet à Robespierre. ) (a) La France Ainsî CCS conjurés législateurs ont fourni eux- BépubtL ï^^^^s à rhistoire toutes les preuves de leurs for- ^ue. faits et de leurs complots contre la Royauté. Quelle paroisse donc celle République de l'égalité et de la liberté , si long-temps appelée par les sophistes

(a) Si l'on veut encore Toir les aTfux et les factanceft â*uTie foule d'autres conjures sur Turt avec lequel ils avoient prépari^ cette journée , qu'on lise la Lettre de' Robespierre à ses commettans , les Observations de Péthion sur cette Lettre , les Atmales patriotiques de Carra et Mercier , 3o Novembre 1792; la Cnronif^ue de Paris ^ par Millin » et les menaces du 5 Aodt , e te. etc.

des Lycées et par les adeptes des arrière-Loges ! LiOuis n'est plus sur le Trône ; que Louis , et que nul des Bourbons, et que nul des mortels ne puisse désormais y prétendre. La Royauté est abolie ^ la France est proclamée République. C'est le premier décret des nouveaux conjurés , qui sous le titre de Convention , succèdent à leur seconde Assemblée dite Nationale. (Séance du 21 Sept. 1 792.) Pour en sanctionner Tégalité y que tout titre de supériorité, de déférence même et d'honnêteté y soit proscrit comme celui de Jioi ; que toute dénomination autre que celle de Citoyen soit bannie de la société. ( 9. Oct. ) Pour que le seul aspect d'un Français qui a pu se montrer fidèle au Roi , ne puisse au moins en rappeler l'idée , que nul des Emigrés ne remette le pied sur le sol de la nouvelle République ; le décret de mort les y attend. ( i o Noç. ) La même peine est prononcée contre tout homme qui osera proposer en France le rétablissement de la Royauté. (4 Décemb. )

Ainsi la secte avance vers la consommation des 5^^,^" mystères. Mais ce Louis qui fut Roi , existe en* damn^plr core , et les adeptes n'ont pas été en vain exercés *^» ^"dans l'antre des Kadosch , à fouler aux pieds les vrall »<»- Couronnes , à trancher la tête du manequin des *'^* ^* •• Rois. Il faut qu'aux jeux atroces succèdent des ven- '

Î^eances réelles. Robespierre s'avance ; laissons-le . à avec tous ses bourreaux ; il n'est que la bête fé- • roce lâchée par la secte. Ce n'est point lui, c'est ] elle qui dévore Louis XVI ; et dans Louis même distinguons la victime que la secte poursuit. Ce n'est point sa personne qu'elle hait ; les Jacobins eux-mêmes auroient aimé et révéré Louis XVI , s'il n'eût pas été Roi. Us font tomber sa tête, comme ils abattent les statues du bon , du grand Henri : il n'a point d'autres tilres à leur haine. Il fut Roi , et il faut que tout ce qui annonce qu'il

336 GONSPIRAtlON DES S0PHI$Y£5

eiîsta des Rois , que tous leurs monuméns , que tous ieurs emblèmes soient livrés à la hache. Ce n^est pas à Louis ^ e'est à le Royauté que se fait cette guerre de Vandales. Us ont dit Louis XYI un tyran ! ils le disent encore , mais ils savent très-bien dans quel sens ils Tentendent. Ils le di« sent comme tous leurs sophistes disoient tout Roi tyran. Ils le savent : Louis XYI pendant dix-neuf ans de règne » a écrit bien des lettres de grâce, il B^a pas signé la mort d'un seul homme ; et ce n'est pas là le règne d'nn tyran. Us le savent ; Louis XVI ne s'est annoncé Roi , qu'en commençant par sacriBer i^ ses sujets le tribut de son avènement i la Couronne. Il abolit en faveur dé son peuple Fnsage des corvées ; en faveur des coupables eux-^ mêmes ou de tout accusé ^ l'usage des torturés ; ce ne sont pas la les Edits d'un tyran. Us l'ont vu encore eibandonner à ce sujet tous les droits féodaux de ses domaines, afin d'(^tenir par l'exemple en faveur de son peuple , ce que la jastice et le droit des propriétés ne lui permetloient pas de requérir par voie d'autorité. Us le savent ; Louie XVI n'a aucun de ces vices^ odieux ou onéreux aux nations ; il est religieux y ennemi de tout faste; i\ esl compatissant ^ généreux pour le pauvre : il9 l'ont vu ouvrir tous ses trésors pour réchauffer ^ vêtir y nourrir l'indigence, et lui porter kii-méme ses secours dans les chaumières. Us ont vu jusqu'à ce monument que les pauvres roulant , pressant la neige en pyramide , élevèrent à Louis XVIL adoucissant pour eux la rigueur des hivers ; et il» le savent bien , ce n'est pas en l'honneur destyrans que la reconnoissance du pauvre est tout» à la fois si touchante et ^i industrieuse. Ils le> disent et despote et tyran ; ils ne l'ignorent pas y jamnis Prince ne fut plus zélé pour ses devoirs ^ et ne fut moins jaloux de ses droits queLoiiis XVI«

DE l'Tmpiété et de l^Anarchie. 33 1 U n'en connoissoit qu'un, celui de la confiance et de Tamour. Si jamais il a su parler en maître qui veut être obiéi , c'est lorsqu'environné d'assassins,' il disoit tant de fois à ses Gardes : S" il faut pour me scawer qu'une goutte de sang soit i>ersée , je défends quon la verse* Et ce ne sont pas là les ordres d'an tyran. Et si la calomnie sobstine, Louis a écrit ses derniers sentimens ; qu'elle lise : « Je prie tous ceux que je pourrois avoir ofiensës » par inadvertance ( car je ne me rappelle pas » d'avoir fait sciemment aucune offense à per- 3» sonne ) ou ceux à qui j'aurois pu donner dé n mauvais exemples ou des scandales , de me » pardonner le mal qu'ils croient que je peut » leur avoir fait ; » qu'ils continuent à lire , ces juges rëgicides ! c'est d'eux-m6mes qu'il parle et qu'il dit : « Je pardonne de tout mon cœur à ceur p qui se sont fait mes ennemis , sans que je leur 3» en aie donné aucun sujet ; et je prie Dieu de » leur pardonner. ^ Qu'ils le suivent enfin montant à l'échafaud ; qu'ils contemplent , s'ils l'osent, ce front dont la sérénité annonce toute celle de son ame au milieu des bourreaux : et s'ils l'osent encore, qu'ils l'écoutent dans ce dernier moment ; mais ils n'osent pas ; ils font rouler sur lui le bruit de leurs tambours ; ils le savent trop bien ; non, ce n'est pas ainsi que vivent , et ce n'est pas ainsi sur-tout que meurent les tyrans.

Ils le savoient tous avant de le juger , ces conjurés l^islateurs; aussi dans ce moment, où iU votent la mort de Louis XVI , demandez - leur quel est son crime , et quel est leur motif ? Us Tont dit assez haut: Louis XVI fut Roi , et notre vœu est la mort de tout Roi. N'est-ce pas là le sens du Jacobiu Robert , quand il opine : « Je ï> condamne le tyran à la mort; et en prononçant • cet arrêt , il ne me reste qu'un regret y c'est que

9 ma compétence ne s'ë tende^of sur tous les tyrans^ *> pour les condamner tous à la même peine* » K'est-cepas là le sens du Jacobin Carra : « Pour » r instruction des peuples y dans tous les temps » danf tous les lieuxj et pour Teffroi des tyrans^ 3» je vote pour la mort. »> Que faut-il donc entendre encof-e , lorsque le Jacobin Chabot conclut : « Le sang des tyrans doit cimenter la Répuhlip que \ je vote pour la mort. £t quand le Jacobin » Boileau ajoute , les peuples accoutumés à con^ » sidérer les Rois comme des objets sacrés , se m diront nécessairement : miiis il faut pourtant » que ces têtes de Rois ne soient pas si sacrées y » puisque la hache en appproche, et que le bras » vengeur de la justice sait les frapper: c'est ainsi » que i^ous les poussez dans la carrière de la li" • » berté , — je vote pour la mort. » ( Voyez le Moniteur , séance du 3 Janvier et jours suimns 1 790. ) Si la cause ultérieure de la mort de Louis XYI n'est pas assez manifestée par ce langage y remontez à ce club des Sophistes , où Condorcet apprenoit à nous dire , qu'il viendra ce moment 6 où le soleil n'éclairera plus que des hommes li- 1 hreSf oïL les Rois et les Prêtres n existeront plus \ que dans Vhistoire et sur les théâtres ; ( Esquisse des progrès de l'esprit humain , ép. lo. ) Revenez dans les antres des arrière-Loges ; et si vous le pouvez, cachez- vous , à vous-même cette grande vérité historique: Louis XVI a péri sur l'échafaud, parce qu'il étoit Roi. La fille des Césars a péri , parce qu'elle étoit Reine , parce qu'elle ne fat jamais plus digne de l'être, que dans ces jours où elle montroit tant de fidélité et de grandeur d'ame au milieu des conjurés bourreaux de son Epoux et les siens. Madame Elisabeth a péri, parce qu'il n'est point de vertu, d'innocence, ce magnanimité, qui rachètent aux yeux des Jacobins, le crime

DE lImpiété et de l'Anarotie. 333 d'élre fille de Roî , tante de Roi. Philippe d'Orléans a beau servir la secte , de toute sa fortune, de toutes ses bassesses , et de tous ses forfaits ; il a beau porter la lâcheté etTinfamie jusqti^à voter avec ses conjurés , la mort de Louis XVI ; sous le nom à' égalité y il a beau renier et son rang, et son nom, et son père , dès l'instant où la secte n'a plus besoin de sa scélératesse , il meurt parce qu'il fut de la race des Rois. Les conjurés ont peur que la hache ne tombe, de la main des bourreaux , s'il falloit immoler jusqu'à l'image de la bonté même, dans la Duchesse d'Orléans ; trop de sacrifices de la part de la Duchesse de Bourbon , et de la part du Prince de Conli , ne leur ont montré que dés restes du sang Royal , bien peu redoutables à lein: Révolution ; il n'en faudra pas moins que , sans exception , ils évacuent le sol de la nouvelle République , tous ceux qui ont encore quelque goutte de ce sang dans leurs veines.Pour cimenter enfin cette haine des Rois , que le jouroù Louis XVI périt sur l'échafaud, soit à jamais la fête du peuple égal et libre ; qu'en ce jour , le serment de haine à la Royauté soit solennellement prononcé par tous les Magistrats ; que ce serment enfin soit le seul qui assure les droits de Citoyen et les faveurs de la Révolution ; tous ces décrets sont prononcés , tous s'exécutent ; et la peine de mort est enfin statuée contre tout homme qui osera proposer en France le rétablissement de ses Monar-. ques. ( Décret du 4 Dec. )

Quelques fleuves de sang qu'il en coûte à la Atwcft^ France , pour arriver a ce période des complots yoiuiioa contre la Royauté , la secte et ses agens le voierit ^^''^^ couler par-tout avec les transports et la brutalité des Cannibales. La guillotine est permanente dans Paris ; elle se promène dans les provinces , à la recherche des Royalites comme à celle des Prêtres^

334 Conspiration des Sokîistes- £ll« ne SiifHi plus à leurs bourreaux ; le langage des pères n'a pas mcme laissé aux enfans assez de mots , pour exprimer la multitude des victimes qui tombent à la fois dans la boucherie des fusil-^ lades j ou qui sont englouties par les noyades* Sera-ce donc encore la secte , qui férocise ainsi le cœur des Jacobins ? Est-^ce donc encore à ses leçons qu'il faudra remonter, pour expliquer et le choix , et le nombre de ses victimes , et le sens froid de ses adeptes, et les transports, Fatroce joie de ses bourreaux ? Oui j vous oubliez ces mys-* tères, et vous nous forcez de vous les rappeler , vous qui croiriez trouver ailleurs que dans les principes, mêmes de la secte • la vraie source de tant d'atrocités. Oui , c'est elle qui , à l'aspect des têtes portées sur des piques , arrache à Barnave son rire sardoniqae , et ce secret de la férocité,: étoit-il doîic si pur ce sang , que l'on ne puisse en répandre une goutte ? Oui , c'est elle qui , à l'aspect des brigands accourus pour inonder de sang le Château de Versailles, pour s'abreuver surtout du sang de la Keine , fait publier par Cha^ pellier , Mirabeau et Grégoire , qu'i7 faut au peuple des victimes. C'est elle qui éteint jusques au sentiment du frère pour son frère, de l^enfant pour son père , quand l'adepte Chénier, à l'aspect d'im frère livré à ses bourreaux , répond froidement , si mon frère n'est pas dans le sens de la ïtéi^oluiion y qu'il soit sacrifié ; quand l'adepte Philip porte en triomphe aux Jaeobins , la tête de son père et de sa mère» C'est la secte toujours insatiable de sang , qui par la bouche de Maraty demande encore deux cent; soixante et dix mille têtes, qui bientôt ne veut plus les compter que pv millions. Elle le sait ; tous les mystères de son égalité ne peuvent s'accomplir dans leurs dernièros conséquences qu'en dépeuplant le monde; et c'est

DE lImpiété et de l'Anarchie. 335 elle qui répond par Le Bo , aux Communes de Montauban , effrayées du défaut de provisions : « Soyez tranquilles , la France en a assez pour » douze millions (ïhommes ; il faut que tout le » re^/e , c'est-à-dire il faut que les douze autres » millions de Français soient mis à mortj et alors » le pain ne cous manquera plus. ^ ( Rapport du Comité de salut public, séance du 8 Août 1795.)

Nous frénjii^so^s , nous autres ; nous aimons au moins à faire retomber sur Robespierre seul ou sur ses Af &rats , toutes ces atrocités ; mais le règne de Barnaye a précédé celui de Robespierre^ ce n'est ni de Barnave ^ ni de Robespierre , c'est de la secte qu'est venu le serment de dénoncer parens , amis , frères et sœurs , et de regarder, sans exception, comme proscrit, tout homme qui ne partage point les opinions révolutionnaires. Ce serment étoit celui des Loges , avant d'être celui des Jacobins. Ce n'est point de Robespierre, c'est du Lycée d'Holbach que Condorcet apprit à s'écrier en pleine Assemblée législative : Que le monde périsse , plutôt que de sacrifier no*^ prin-^ cipes d'égalité. Ce ne sont, pas les brigands seuls, c'est Syeyes , c'est Garât , c'est l'élite même des Sophistes du jour , c'est le club des vingt-deux Elus , qui sourient à nos frémissemens. Ce sont ces sages eux-mêmes qui repondent à nos reproches , ce que Syeyes répond à ceux de M. Mallet du Pan , sur l'horreur qu'inspirent ces moyens révolutionqaires : Vous nous parlez toujours de nos moyens; eh ! Monsieur , c*est la fin , c*est V objet et le but qu'il faut apprendre à çoir* Et ce prin^ cipe qui console nos Syeyes de tant d'atrocités , c'est encore de la secte elle-même qu'ils l'ont appris } c'est du code et des Loges de Weishaupt

3S6 Conspiration dks Sophistes

que nous l'avons vu passer au code Jarobîn (a).

Un temps viendra peut-être où l'histoire dira plus spécialement comment et dans quels antres, toujours altërée de sang , la secte dësignoît ses victimes, préparoit ses adeptes à ne passe laisser effrayer de leur multitude ; mais parmi ces antres, il en est un auquel j'ai promis de ramener mes lecteurs , celui de la rtie Sourdière , celui oà dominoient ce Sai^alette de Lange , qui avoit accueilli les envoyés Illuminés , et ce Diétrich , qui le premier en avoit apporté les mystères en France. Le trait suivant pourra au moins aider FHisiorien à dévoiler la source de bien des atrocités.

Dans ce temps où les brigands commencèrent à se mettre en activité révolutionnaire , où les chôteaux brûloient dans les provinces , où les tctes des Nobles tomboient départ et d'autre , M. l'abbé Royou , déjà très-connu par son zèle contre les sophistes , s'étoit vu réduit à (Quitter Paris pour échapper aux bandits du Palais-RoyaL II avoit erré quelque temps de village en village, lorsqu'il revint en secret à Paris , et arriva chez moi vers les quatre heures du matin. Sur les questions que je lui fis , comment il avoit passé son temps dans sa fuite : a J'ai vécu , me dit-il , presque toujours 3> chez des Curés , bien accueilli par eux , mais ne » pouvant long - temps rester chez les mêmes, » crainte de les exposer aux mêmes dangers que » moi. Le dernier chez qui je m'étoîs retiré , me

(cl) Je laisse h M. Mallet da Pan , le soin de révëler lul-méme tout ce qu'il entendit dans ce club, et TboFreur qu'il en conçut , avec quelle indignation il rejeta TinTitation des vingt-deux , à se faire un des leurs j maïs c'est de la bouche même de cet Auteur si justement célèbre ,que j'ai appris la re'ponse que Syejes faisoit à ses reproch«9,

» devenoit

DE lImpiété et de l'Anarchie. 33/ a devenoit suspect, lorsqu'il lui arriva de Paris » une lettre, que je le vis ouvrir et lire , avec » un air qui ajoutoit à mes soupçons. Presque » assure qu'elle rouioît sur moi , je saisis le monienA » ou ses fonctions Tappeloient ailleurs, pour eik^ » trer dans sa chambre , et j'y trouvai la lettre. » Elle étoit conçue en ces termes : F'otre lettre , » mon cher ami , a été lue en présence de tout » le Club* On a été surpris de troui^er tant de » philosophie dans un Curé de village. Soyez » tranquille , mon cher Curé ; nous sommes » trois cents ; nous désignons les têtes , et elli'S » tombent. Pour ce dont \fous parlez , il nest » pas temps encore. Tenez seulemenî K^otre inonde » prêt ; disposez i>os paroissieris à exécuter les o ordres , ils uous seront donné^^ à temps. »

Cette lettre , ajoutoit M. l'abbé Royo'j , étoit signée Dietrichy secrétaire. Aux réflexions qu'elle suggère , j'ajouterai seulement que le club d'où elle étoit partie , avoit changé le lieu de se> séances pour se transporter au faubourg Saint-Honoré; et que là , il resta inconnu à la Cour , jusqu'au moment d'une de ces orgies , dont l'objet vint encore apprendre au Roi le sort qui i'atteadoit. A la suite d'un de ces repas célébrés au oom de la Jraternité , tous les Frères se piquèrent le bras et versèrent de leur sang dans leur veri;e ; tous burent de ce sang, après avoir crié : A la mort des Rois y et ce fut la dernière santé du repas fraternel. Elle nous dit assez quels hommes avoient formé cette légion des Douze cents , dont Jean de Bnfeproposoit l'établissement à la Convention, et dont l'objet étoit de se répandre dans les Empires pour assassiner tous les Rois de la terre.

C'est ainsi qu'il étoit donné à la secte , sous le nom de fraternité, et parla frénésie de son égalité, pékr la nature même de ses principes , par la soif Tome IV. Y

338 Conspiration des Somistes du sang qri'elle inspiroit dans ses atroces jeux » àe dc^naturer les cœuis» de se former des clul>s de trois cenls çieux delà Montagne , et de changer ses grands acteurs en bourreaux cannibales. Ainsi ' s'explique par les mystères mêmes de la secte , , ^isqu'à la joie féroce des Marat y des Saint-Just^ des Lebon , des Carrier , des CoUot^l'Herbois , et }a sc^rénité plus féroce encore des sophistes de la Révolution y au milieu de ses massacres ^ de ses fleuves de sang.

Mais le Dieu qui semble vouloir laver la France de ses iniquités , dans ces fleuves de sang, vient donner au monde un autre spectacle de ses vengeances. Le Christ n^a plus d'Autel en France ; les Rois n'ont plus de Trône ; ceux qui ont ren-^ verse et le Trône et TAutel , conspirent les uns contre les autres. Les intrus , les déistes et les adiécs ont égorgé les Catholiques ; les intrus , les athées et les déistes s'égorgent les uns les autres* Les Constitutionnels ont chassé les Royalistes, les Républicains ch<issent les Constitutionnels ; les démocrates de la République une et indivisible , Kient les démocrates de la l^é^vUbVic^ixeJedérée ; la faction de la Montagne guillotine la faction de ]q Gironde. La faction de la Montagne se divise en faction d'Hébert et de Marat , en faction de Danton et de Cliabot , en faction de Cloots et de Chaïunette, en faction de Robespierre qui les dévore tous , et qui sera à son tour dévoré par la faction de Tallien et de Fréron. Brissot et Gensonné, Gnadet, Fauchet , Raband , Barbaroux et ireîîte autres sont jugés par Fouqiiter-Tinville comme ils ont jugé Louis XVI; Fouanier-Ttn ville est lui-même jugé comme il jugea Brissot.Pétbioo et Buzot , eAuis dans les forêts, périssent consumés par la faim, dévorés par les bétes; Perrtn meurt dans les fers , Condorcet s'empoisonae dans

DE l'Impiété et de l'Anarchte, 33ô n prison ^ VaWe et Labat se poignardent , Marat "

est tué par Cnarlotte Corday ; Robespierre n'est plus ; Syeyes leur reste encore , parce qu'il faut encore à la France ses fléaux. L'enfer, pour affermir le règne de son impiété , le Ciel pour Tert punir y lui. donnent sous le nom de Directeurs ses cinq tyrans ou se^ Peniarques (a) et son double Sénat. Rewbel , Carnot , Barras , le Tourneur , la Réveillère-^ljépauz lui volent ses armées , chas* sent les Députés de son égalité et de sa liberté , foudroient ses sections, la pressent dans leurs serres et font peser sur elle un joug de fer. Tout tremble devant eux ; ils s'effraient , se jalousent ,' s'exilent les uns les autres ; mais de nouveaux; tyrans arrivent, et s'unissent ; les déportatioïis , la stupeur, l'effroi et ses Pentarques , en ce moment voilà les Dieux qui régnent surla France. Le silence de la terreur dans son empire , ou sa vaste prison, vingt millions d'esclaves tons muets sous la verge, au seul nom de la Guiane, de Merlin , ou de Rewbel; voilà ce peuple tant de fois proclamé égal et libre et souverain.

A travers cette succession de massacres , de ^ •«?• factions et de tyrans , la secte sembleroit avoir ^nr"» perdu le (il de ses complots; elle n'a pas cessé un compiou moment de les poursuivre. En ce moment , plus p^io^i^îé que jamais ,' elle les presse par ses Pentarques , <'^'* contre les Prêtres et les Nobles; et contre ses *^* Pentarques eux-mêmes , elle a encore le dernier de ses mystères. Vainement ils s'efforcent de maintenir un reste de société pour affermir leur trône sur les débris de celui des Bourbons ; elle n^ point perdu de vue ses projets ultérieurs. Elle a dit : ces débris des Trônes et de toute société

(a) Pentarchîc , Pentarques , mots di^riv^s du Grec , •îgaifiant gouveraemeat de» cinq, et let cinq DjrecteiMrit

34o Conspiration des SopmsTEs civile périront avec les débris de la propriété. Son» ses premiers législateurs , elle a d'abord anéanti cellede TËglise^ bientôt a disparu cette des Nobles émigrés* Ceux de Tintérienr ont vu la leur se fonr* dre sous les confilscations. Bientôt les adeptes Bruissart ^ Robespierre et les deux Julien , ont écrit qu'il étoit venu le temps de tuer V aristocratie mercantile , comme celle des nobles. Ils ont dit

' dans leurs confidences , ainsi que Weishaupt dans ses mystères , qu'il falloit écraser le nego^

. ciantisme ; que là où il y avoit beaucoup de gros commerçons , il y aiH)it beaucoup de/ripans, et que la liberté ne pouvait y établir son empire ; ( Voy. les pièces trouvées chez Robespierre , imprimées par ordre de la Convention , N.** 43, 76 y 89 , 107 , etc. ) et les spoliations , les réquisitions ont dépouillé les bourgeois, les marchands, comme les Nobles et TËglise. Et ce ne sont pas là les dër* niers coups que la secte médite contre toute propriété , pour écraser enfin toute société. Sous les Pentarques mêmes y lisons les adresses qu'elle prépare au peuple , et que les adeptes Drouet , Babceuf

' et Lagnelot se disposent à maintenir.

\ Extrait de V Adresse au Peuple Français , troui^ée dans les papiers de Babœuf.

y^, ,. ,, / «< Peuple de France, pendant quinze siècles tu

as vécu esclave , et par conséquent malheureux» Depuis six années tu respires à peine dans U attente de IHndépendance , du bonheur et de Végalilé^ Toujours et par - tout on berça les hommes de t>t6lles paroles ; jamais et nulle part ils n'ont obtenu la chose avec le mot. De temps immémorial oq nous répète avec hypocrisie, les hommes sont égaux; de temps immémorial la plus monstrueuse inégalité pèse insolemment sur le genre humain. Depuis quily a des sociétés cii^ilesy le plus bel

DE l'Impiété kt de l'Anarchie. 34 i apanage de rhomme est sans contredit reconnu , mais n'a pu encore se réaliser une seule fois: régalité ne fut autre chose quune belle est stérile fiction delà loi» Aujourd'hui qu'elle est réclamée d'une Toix plus forte , on nous répond : Taîsez- Tous , misérables ! l'égalité de fait n'est qu une chimère ; contentez-vous de l'égalité conditionnelle. Vous êtes tous égaux devant la loi ; canaille ! que te faut-il de plus ? . . . Ce qu'il nous faut de plus ! . . . Législateurs y gom^crnans^ riches propriétaires ; écoutez à i^otre tour.

Nous sommes tous égaux. Ce principe demeure incontesté. •••

Eh bien ! nous prétendons désormais çipre et mourir çomm£ nous sommes nés. Nous i^oulons Fégalité réelle , ou la mort. Voilà ce qu'il nous faut ; et nous Taurons celte égalité réelle , n'importe à quel prix. Malheur à ceux que nousren^ contrerons entre elle et nous I Malheur à qui feroit résistance à un vœu si prononcé ! IjaRéi^lution Française ri est que ,V asHint-courrière d'une Réi^olution hie^i plus grande , bien plus solen^^ ne lie y et qui sera la dernière...

Ce qu'il nous faut de plus que l'égalité des droits? 11 ne nous faut pas seulement cette égalité transcrite dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ; nous la voulons au milieu de nous^ sous le toit de nos maisons. Nous consentons à tout pour elle 9 à faire table rase pour nous en tenir à elle seule. Périssent^ s'il le faut ^ tous les arts j pourvu qu'il nous reste VégaUté réelle*

Législateurs et gouvernans . • • propriétaires riches et sans entrailles , en vain essayez -vous 4e neutraliser notre sainte entreprise , en élisant : « Ils ne font que reproduire cette loi agraire ^ m demandée déjà plusieurs fois avant eux. »

Calomniateurs ! taisez - vous à votre tour ; et

3^a Conspiration des Sophistes

dans le silence de la confasîon , écoutez nos pr^

tentions , dictées par la nature et posées sur la

justice.

La loi agraire \, ou le partage des terres ^ut le çcBu instantané de quelques soldats sans principes^; de quelques peuplades mues par leur instinct plutôt que par la raison. Nous tendons à quelque \ chose de plus sublime , de plus équitable , LE

i BIEN COMMUN , OU LA COMMUNAUTÉ DES BIENS !

j Plus de propriété individuelle des terres ; la terre nest à personne. Nous réclamons , nous coulons la jouissance communale des biens de la terre ^ les fruits sont à tout le monde • . •

1 j, ' Disparoissez enfin , remboîtantes distinctions de riches et de paui/resj de grands et de petits y de maîtres et de i^alets , de^ouçernans et degouver^ nés ! Qu'il ne soit plus d autre différence pcûrmi les hommes que celle de l'âge et du sexe..* »

( Extraits des pièces troussées chez Babœuf^ imprimées par ordre de l'Assemblée.. )

Sans doute ils ont parlé trop tôt ^ les auteurs de cette adresse ; mais qui ne voit au moins qu'ils ont parlé comme le Hiérophante illuniiné , l'Homme^ Roi de Weishaupt ? Sans doute la France encore ne s'est pas trouvé mûre pour ce dernier complot ; mais il est des adeptes qu'il faut envoyer à la dé* couverte , qu'il faut mettre en avant pour sonder le terrain , la secte en diU-elle être qnitte pour les sacrifier en les désavouant. Mais si Babœuf est mort victime des mystères, ses complices vivent encore ; la terreur de leurs légions a fait fléchir les j tiges de Drouet et les Pentarques mêmes. Les adeptes attendent d'autres temps. Un seul échec; 9près tant de succès , nprès tant d'atteintes impu«

DE lImPIÉTÉ et de L'ÂNARCHife. 343

tiëment portées k la propriëté individuelle ^ après la spoliation complète des premières classes de la société y après tant de bourgeois , tant de marchands y tant de négocians pillés , volés , ruinés comme les Nobles et le Clergé , un seul échec suffit-il pour nous dire qu'il n'arrivera pas ce jour, où la secte sera assez forte pour proclamer enfin cette liberté et cette égalité défait , qiii feront disparottre toutes ces distinctions de riches et de paus^es , de grands et de petits , de matlres et de i^alets , et ultérieurement de gouçenians et de goui^ernés P

Nous nous flattons encore que nos sciences Cnntn éloigneront ces temps de barbarie, cette époque ^ûT des nommes réduits à errer enl nomades , sans lois Kîencc^. et sans magistrats ; mais nos sciences mêmes , nous l'avons vu dans les mystères , sont - elles pour la secte autre chose que le principe de nos malheurs et du prétendu esclavage de nos sociétés ? ( Voy. Grade du Régent illuminé. ) Et si les faits ne parlent pas encore assez haut , si tant de moniunens des arts abîmés dans un instant, ne disent pas encore assez clairement ce que sont pour le Jacobin toutes les productions du génie ; s'il est encore un reste de pudeur ou d'apparente vénération pour les Pères des Lettres , gardons^ Aous bien de croire que les adeptes aient réelle-^ ment rougi de leurs Vandales-Carmagnoles. Et le feu , et la hache n'ont fait que hâter les progrès dont ils s'applaudissent. Babœuf n'est pas le seul à dire : Périssent , s* il lefaui , tous les arts^ pourtnà tfu^il nous reste Végalité réelle. Pour peu qu'il soit sincère , le philosophe Jacobin vous dira dans ses confidences ce que ses législateurs ont dit sur leurs tribunes : à quoi bon vos Collèges et vos Académies, et vos Bibliothèques ? Faut-il donc tant d'iétudes et tant de livres pour la seule vraie

344 Conspiration des Sophistes • science ? Que les peuples sachent les droits ife t homme , et Us en ont assez (a).

Je le sais , on nous parle de la magnificence de ce Musée et de cet Institut , où la Révolution semble vouloir rendre la vie aux arts et aux sciences ; mais au milieu de ce pompeux Musée , que le sage se recueille un instant ; frappé du grand ensemble des larcins , des pillages , des vols érigés sans pudeur en trophées , il pourra réfléchir et se dire : ils savent donc braver jusqu'à l'idée de toute propriété , ces hommes qui étalent avec tant de faste le fruit de leurs rapmes et de leur brigandage ! Après avoir pillé , haché chez eux ^ ils accourent voler les nations tranquilles de la Sambre , de l'Escaut et du Tibre ; ils se partagent l'or qu'ils ont volé pour eux ; et ici , ils transforment en spectacle public ce qu'ils ont volé pour la Patrie. Dans ce temple des arts , la propriété est morte , comme à l'école de ces adeptes , dont l'intention n'est pas que la société lui survive.

Qu'est-ce encore que ce Lycée national, auprès du géomètre Laplace , de l'astronome Lalande , du versificateur Chénier, du Gonunentateur da zodiaque Dupuis , de l'historien des montagnes Lamétherie , consacrant toute leur science à prouver qu'il n'y a point de Dieu ! Voyez la secte sourire à leurs travaux. Elle sait que la société conune la propriété , que les arts eux-mêmes et toutes les sciences doivent périr sous l'athéisme ; que lui importe à elle que la plupart des savans s'arré-

(a) Je n'ai plus présent quel est le législateur qui a tenu ces propos sur la tribune ; mais je puis au moins assurer qu'ils côtoient dans les sociétés , ceux du sophiste législateur Rabaud de S aînt^E tienne ^ et qu'ils turent même quelquefois l'occasion de ses contestations assez TÎves avec quelques hommes de lettres , et nommément a^rec M. Désil^ dès le comme acenieut de la Rëyolvtioo.

DE lImpiété et de l'Anarchie. 345 tent dans la roate des mystères ? Ils la servent sans le savoir y dans le grade même où ils se fixent. Elle a ses grades ultériem-s ; elle sait que du sophiste et Jacobin athée , naissent les Jacobins désorganisateurs ; elle voit ses enfans dans le Lycée des sophistes laborieux athées , comme dans les légions de Babœuf et Drouet. Ils ont tous ses principes , ils sont tous Jacobins. Que lui importe même qu'ils rejettent ce nom avec mépris ? C!e ne sont point les noms , ce sont les principes qui font ses disciples. Ceux-là s'arrêtent aux premières ^conséquences ; ceux-ci ne sont pas même révoltés des dernières ; elle fixe les uns aux premiers grades , elle dévoile aux autres les derniers mystères. Qu'elle agisse par les savans ou par les Progrcfbrutes , peu lui importe encore. Dans la Révolu- ^y" ^ tion Française » elle a toujours su varier ses rôles , compioto les distribuer coomie ses grades , et tendre ton- ^f ^î^. jours au dernier terme* Elle a eu contre Dieu , u Btf«o« ses intrus , ses déistes , ses athées. Les premiers ont détruit les Autels catholiques; les seconds ceux du calvinisme , du luthéranisme , de toute religion conservant le nom du Christianisme y les derniers ne laissent plus d'Autels.

Contre la Monarchie , la secte avoit ses Neckeristes , ses Fayetistes, ses Constitutionnels , ses Girondins , ses Conventionnels. C'est ici sur-tout qu'elle a su varier , ménager et graduer les rôles pour arriver à la dernière catastrophe ; c'est ici que l'histoire les montre fidèlement remplis. Sveyes prononce que le tyran mourra ; ce tyran c est Louis XVL Necker le prend, le livre à là* discrétion des conjmrés du Tiers législateur ; Lafayette , Bailly , leurs constituans le reçoivent en cet état, ne lui laissent plus qu'un sceptre morcelé et sa robe de pourpre. Ils le quittent , après avoir appris au peuplera le traîner de Versailles

346 C!ON$PIRATION DES SOPHI9Tfi5 :

à la Grèye , de Yarenne aux Thuileries» lÀ , ib Fabandonnent , entourrë des bandits et de toutes les piques de la rëbeliion. Brissot et ses Girondins poursuivant la route ouverte par Necker , aplanie par Lafayette , n'avoient plus qu'à souf*fler sur le Trône ; ils le hachent , et Louis XYI

J)asse des Thtiileries aux Tours du Temple. C'est à que Robespierre 9 Péthion et Marat vont le {>rendre ; et du Temple Louis XYI est mené à 'ëchafaud. Dans toute cette suite de séditions, de rébellions^ de trahisons , jusqu'à la coasommatioit 4u régicide , je vois bien des acteurs dilTérens ; ie n'en vois pas un moins coupable que l'autre. Tout cela appartient aux mêmes complots de l'égalité et de la liberté ; tout cela est sorti des antres de la même secte ; tout cela est Jacobin.

Dans la conspiration contre la propriété et la société y mêmes principes encore , aiêrae gradua* tion dans les adeptes et dans les rôles ; même c(Histance dans la secte , à tendre au dernier but. Les sophistes irréligieux de toutes les classes^ dépouillent le Clergé ; les sophistes de la jalousie bourgeoise dépouillent la Noblesse ; les sophistes bandits dépouillent le bourgeois marchand et tous les bourgeois riches ; les sophistes conquérans étalent les dépouilles des nations ; les sophistes athées brisent le dernier lien de k société. Ils n'ont admis pour eux qu'une partie des derniers mvstères de la secte ; les sophistes brigands les admettent dans leur entier. Il faut, pour eux qu'il n'y ait plus de propriété y ni pour l'Eglise , ni pour le Noble , ni pour le bourfi[eois, ni pour personne. En vertu de l'égalité, il faut que la terre ne soit à personne , que les fruits soient à tous. En vertu de la liberté , Condorcet refuse d'obéir à Dieu , Brissot refuse d'obéir aux Rois ; en vertu* de la même liberté ^ Babœuf refusa

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 34y à*6béW à la République et à des magistrats , des gouvernans. quelconques. Et d'où sont-ils encore sortis tous ces hommes ? Tous viennent du même « antre des Jacobins ; tous y sont accourus du Lycëe des sophistes et des Loges des mystères ; tous ont pour père Voltaire et Jean- Jacques^ l«s Vénérables des Kadosch» et le Spartaçus Ba* rarois.

Ainsi dans ses forfaits et dans ses succès contre Dieu , contre les Rois , ainsi jusques dans ses derniers essais contre les Républiques mêmes , et les derniers vestiges de la société , tout , absolu*ment tout , dans la Révolution Française , nous montre la secte poursuivant sans cesse ses projets ^ et ses disciples , ses adeptes , ses brigands de tous les grades , mis sans cesse en action pour arriver au dernier terme de ^es conspirations et de ses vœitx. 11 né lui a pas été donné encore , et nous espérons bien qu'il ne lui sera jamais donné d'en combler la mesure ; mak que Tesprit humain calcule y s'il le peut ^ tous les forfaits , tous les désastres que lui doit déjà la France ; il lui restera toujours à prévoir ceux qu'elle médite encore; à ue pas oublier cet avis des adeptes eux-mêmes y que la liéi^olution Française n'est que Fui^ant-^ eourrière d*une Résolution bien plus grande et bien plus solennelleé Pour tenir les Nations en garde , montrons-leur encore dans le dernier caractère de celte Révolution , ce qni les menace tontes , sans exception , des mêmes malheurs qu'elle a fait éprouver à la France ; car la secte la dit dans ses mystères : ce n'est pas à un peuple

Îue ses projets se bornent ; ils les embrassent tous, 'interrogerai donc encore les faits , et nous ver^ rons s'ils ne nous disent pas tout ce qu'a dit le code de la secte , sur l'étendue et l'universalité de ses conspirations.

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