‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 58 sur 61 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Vniçersalité des succès de la Secte , earpliçuée par VUnwersalité de ses complots.

^^ jL)e tous les phénomènes de la ReVolution

JacoiMm. Française , le plus étonnant sans doute , et malr heureusement aussi le plus incontestable , c'est la rapidité des conquéte3 qui en ont déjà fait la Révolution d'une si grande partie de TEurope, qui menacent d'en faire la Révolution de TUnivers. C'est la facilité avec laquelle ses Armées ont arboré son drapeau tricolor , et planté Tarbre de son égalité et de sa liberté désorganisatrices, dans la Savoie et la Belgique , en Hollande et aux rives du Rhin , en Suisse , et au delà des Alpes , du Piémont, du Milanais, et jusqu'à Rome ménnie. — Dans l'explication de ces lamentables succès , )e ne viens point ici me laisser dominer par le préjugé. L'envie de tout donner aux embûches et aux mystères de la secte , ne m'empêchera pas de reconnoîlre qu'il est une partie de ses victoires que la Révolution doit au génie même, à la valeur et au caractère de ce peuple jaloux de l'honneur des combats, terrible dans ses chocs , s'exaltant aujourd'hui dans ses travaux guerriers y au nom d'une illusoire liberté , comme il l'eût fait jadis au champ de Mars pour sa Monarchie.

Je conviens encore que la Révolution doit uue grande partie de ses triomphes à certains de ses chefs , dignes , par leiu* courage et leurs talens , de servir une medieure cause. S'il y a eu quelque gloire d'avoir montré , dans la guerre du jour , la bravoure qui les distingue , je laisse à ses soldats Français et à leurs chets , tous ces lauriers entreiacés du bonnet rouge. Je leiur laisse leur gloire

DE lImpïété et de l'Anarchie. 349 et le remords de Tavoir acquise , en faisant pour de vils Jacobins , pour leurs tyrans Pcn; arques , ce que nos fidèles et valeureux ancêtres faisoîent pour Louis XIV et Henri IV. Mais dans cette s5„jp,|^ immense étendue de conquêtes , il est au moins rîi^ de ce» une grande et une bien plus grande partie de leurs •"*^^* succès , dont l'évidence même ne nous permet pas* de chercher la cause dans les prodî<;es du courage. Nous avons vu des chefs sans expérience et sans mérite , déconcerter la sagesse et les mesures des héros les plus consommés dans la science militaire; nous avons vu des hordes carmagnoles et des* guerriers d'un jour , célébrer leur entrée triomphante dans des provinces ott toute la valeur, toute la discipline des légions d'Autriche , de Hongrie et de Prusse , depuis tant d'années instruites à manier les armes , élevées dans les camps par de grands capitaines , devenoient inutiles, i Malgré l'art des Vaubans et des Cohom , les cita- 1 délies se sont ouvertes à l'aspect seiU de ces non- I yeaux vainqueurs ; et lorsqu'ils se sont vu réduits I à recourir aux armes » une victoire seule ou même I une défaite , leur a valu , dans un jour» des con- - I trées qui auroient coûté vingt combats , et de ( longues campagnes aux Marleborough et aux I Turenne. Par un nouveau prodige , les héros Ja- I cobins sont accueillis comme des frères par les I peuples vaincus ; leurs légions se multiplient là i où celles de tout autre ennemi auroient été anéanties. Ils imposent le plus dur de tous les jongs ; I les concussions , les dévastations , les sacrilèges, I le bouleversement des lois divines et humaines ont , signalé par-tout leur marche ; et ils sont reçus aux I acclamations et aux transports d'une multitude i que Ton diroit aller au devant de son libérateur. I Ce sont-là ces merveilles dont l'histoire cherche- Koit en vain l'explication dans les armées yiâibles

35o Conspiration des Sophistes de la Révolniion. Pour en développer le mystère ^ ! Giiue«^disons-ie hardiment , la secte et ses complots, ses ' Mwl^è^. légions d'émissaires secrets devancèrent par-tout \ ses armées et ses foudres ; elle avoit fait marcher

i Topinion avant que d'envoyer ses Pichegru même ,

et ses Bonaparte* Ses moyens ëtoient prêts y les traîtres étoient dans les forteresses pour en ouvrir les portes ; ils étoient jusques dans les armées de Fennemi , dans les conseils des Princes , pour en faire avorter tous les plans* Ses Clubs souterrains et ses Loges , ses Sociétés correspondantes , ses Journaux , ses apôtres propagandistes avoient disposé la populace et préparé les voies* Le temps viendra où chaque Nation aura son histoire da siècle ; et dès aujourd'hui , quelle est celle qui ne doive pas y faire entrer , ou les trahisons dont elle a été victîfme » oQ les adeptes qu'il a fallo punir y et le» précautions qu'il a fallu prendre potir se garantir de leurs machinations ? Poiu- en montrer la véritable source , je remonte à ces temps oii la Révolution Française commence à éclore% Mmifeite C'est dans les Loges maçonniques que se sont ^Grand réfiiffiés Ics adeptes de l'égalitié et de la liberté Paris, révolutionnaires ; des les premiers temps de la* Révolution , du centre de ces Lc^es en France , de ce Comité du Grand Orient de Paris , devenu en quelque sorte le second Aréopage de Weis- Iiaupt , par un manifeste adressé à toutes les JjOges nwçormiquesy à tous les Directoires chargés d'en faire l'usage convenable auprès des Frèresdispersés en Kuropè. Par ee manifeste , et en vigueur de la fratèrniii? , « toutes les loges sont » sommées de se oonfédérer , d^unir feurs^ » efforts pour te maintien de la Révolution , *> de lui faire par-tout des partisans y des amis^^ » des protecteurs y d'en propager la fkmme ,*

DE lImpjété et de l'Anarcïîie. 35 1 ï» d'en susciter Tesprir, d*en exciter le zèle etVar* J » deur dans tous les pays ^ et par tous les moyens j » oui sont en leur pouifoir. )» Ce maniCeste n'est j point douteux ; il fut envoyé en Angleterre méme^ dont les Loges ëtoient en générai le moins disposées à le seconder ; il le fut snr^tout en Allema- ! gne , où l'Empereur Joseph II en eut un exem« plaire , signé Philippe d* Orléans. {Ai^is impor^ tant à^ Hoffmann , t. i ^ sect. 1 9. )

Jamais édit des Princes ne fut plus efficace. A Effetida l'époque où celui de la secte arrive dans les Loges , »«nîfcrteî tous ses journalistes se mettent à célébrer la Ré- d^ m!^ volution et ses princip&s ; tous ses écrivains sui- '«««J»vent ses journalistes. En Hollande , Paulus publie ses traités sur Végalité ; en Angleterre , Payne , les Droits de Fhomme; en Allemagne , Campe y son Citoyen Français ; Pbilon Knigge se prépare à finir sa carrière en se surpassant lui-même, par sa Profession de foi politique {a) ; l'Italie a son Gosani ; toutes les nations ont leur patron du peuple souverain. Ces productions incendiaires , et mille autres dans le même genre, se distribuent à la populace , se jettent furtivement jusques dans les chaumières* Ce ne sont là encore que les moyens géuérapx de la secte. Les hommes qui méprisent la puissance de l'opinion ou de 1 erreur miblique, rient de ces ressources révolutionnaires;les grands conjurés savent les apprécier. Le nom

m* ■ ■■■II» m I II ■ I.. ■ I I I . .11 ,

{a)' par cet ouTTage seul , il srroît facile de prouver nue ri Pbîton KDigge renonça rëeliement à Tordre des' Illuminés , il continua a« moins d'en propager les priq- GÎpes. En yeulHMi une preuve plus fh^idente encore , elle est toute dans son ^loge hisiodrique. Il a été ^crit parla même main que lapologie de Robespierre^ c'esth-dîre , par le trës-insîgne Jacobin George-Frëdério Rebmann. ( Voy, sa Sentinelle , Sckildwadxte, t i , mru Knigge et France , pag, %• jl

353 Conspiration des Sophistes

de Citoyen Français est désormais poar eux le

Srand titre de noblesse ; ils en font la récompense es Campe , des Thom-^Payne , des Cramer , de tous ceux qu'ils voient se distinguer par Tart de ces productions incendiaires. Us appellent du fond de TAllemagne , et ils soldent jusqu'aux vils ëcrivains , mais Illuminés fsmatiques , NimiSy Dorsch et Blau ^ pour rédiger dans Patis même , et sous leurs yeux 9 ces feuilles périodiques destinées & porter au delà du Rhin tout l'enthousiasme de leur Révolution. Us s'entourent de Leuchsenring , de Rebmann et à' Hoffmann , et de tous les autres disciples de Weishaupt , accourus pour ourdir auprès d'eux les trahisons qui doivent étendre leurs conquêtes sur ces contrées y où les autres adeptes travaillent l'opinion. Us connoissent si bien les effets de cette opinion sur les peuples , que pour la conquérir par leurs propagandistes y par leurs journalistes et tous leurs écrivains , dès la première année de leurs incursions, ils ont déjà tiré trente millions du trésor public ; et que l'année dernière idngt - un millions sont encore entrés dans les comptes de leurs dépenses , pour préparer par les mêmes moyens , les voies à leuis armées (a).

^*J°"r Suivons-les en effet ces années , et combinons préparent leur marche avec celle de la secte propagatrice , dc"*L^ avec les mouvemens de ses apôtres ; suivons-les mécs ea cu Allemagne , dans la Belgique , en Hollande , en Espagne, dans toutes leurs conquêtes : et voyons si la Révolution doit moins aux armées souterraines des adeptes , qu'elle ne doit aux

(a) Sur les trente millions , voyez les Mémoires de DvuDOurier. Quant aux ringt-nn millions port<fs sur les comptes de cette année , pour le même usage , cette circonstance a été révélée par un de ces députés fjue les Pentarques destinoient à la déportation.

légions

Page 1