‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme (volume 2)Chapitre 24 sur 39 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Spoliations. Violences projetées par les Conjurés, et cachées sous le nom de Tolérance.

cVtoiuuie Des moyens adoptés par les chefs de la conjuratcénmee tion anti-chrétienne , il n'en est point peut-être qui nmjaré* ^eur réussit mieux que leur affectation à répéter sans cesse dans leurs écrits , ces mots de tolérance , raison, humanité, dont Condorcet nous dit qu'ils avoient fait leur cri de guerre» ( Esquisse du Tableau Historique , Epoque 9. ) Il étoit en efîet assez naturel que l'on crut devoir prêter l'oreille à des hommes qui sembloient pénétrés des sentimens exprimés par ces mots ; mais étoient-ils réels, ces sentimens?Les conjurés Sophistes vouloient-ils avec le temps se contenter de cette vraie tolérance ? En la demandant pour eux , étoit-il dans leurs vœux de la laisser aux autres , si jamais ils étoient les plus forts? L'historien qui voudra résoudre cette question n'en sera pas réduit à exa-

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miner ce que peuvent être l'humanité , la tolérance pour des hommes, qui admettant ce cri de guerre lorsqu'ils ont à parler en public , n'en ont pas moins entre eux d'autre formule que celle qui sans cesse leur rappelle le vœu d'anéantir et d'écraser la Religion, Il suffira de jeter un coup-d'œil sur leur correspondance pour voir s'il n'en fut pas des premiers conjurés de ce siècle comme des Jaco- Lins leurs successeurs , et si les Péthion , les Condorcet , les Roberspierre parlant aussi beaucoup de tolérance, ont fait autre chose qu'adopter les voeux de leurs prédécesseurs et de les exécuter.

Les spoliations , les violences les plus outrées , spoiiala mort , telle a été la tolérance des Révolution- V'"! naires. Ni les uns , ni les autres de ces moyens m:^n ne furent étrangers aux vœux des premiers con- Voltaire. jurés dont ils avoient emprunté ce langage. Quant aux spoliations , d'abord j'ai déjà dit ce que Voltaire, dès l'année i 7^3, combinoit avec le roi de Prusse , pour priver de leurs possessions les Princes ecclésiastiques et les corps religieux. On a vu qu'en i 764 il étendit ses projets sur les dixmes et envoya au duc de Praslin un mémoire tendant à leur abolition , pour ôter au Clergé sa subsistance. ( Lett. de Voltaire au comte d ' Argental , an j 764* ) En 1 7 70 il n'avoit pas perdu de vue toutes ces spoliations ; on voit très-clairement combien elles lui tenoient au cœur , lorsqu'il écrivoit à Frédéric : « Plût à Dieu que Ganganelli eût quel- » que bon domaine dans votre voisinage et que » vous ne fussiez pas si loin de Lorette. Il est « beau de savoir railler ces arlequins faiseurs de » bulles ; j'aime à les rendre ridicules , j'aimerois » mieux les dépouiller. » (Lett. du S juin 1770.)

Ces diverses lettres apprennent à l'historien comment le chef des conjurés prévenoit les décrets spoliateurs des Jacobins , et ces course

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même que les armées révolutionnaires dévoient pousser jusqu'à Lorette.

Tour- Frédéric prenant le ton des Rois , parut un prouvée^ instant révolté de ces spoliations; il sembla ourejetées blier qu'il avoit été le premier à les solliciter; il FrJdJric. répondit : « Lorette seroit à côté de ma vigne , je » n'y toucherois pas. Ces trésors pourroient sé- » duire des Mandrin, des Confîans , des Turpin , » des Rich... et leurs pareils. Ce n'est pas que je » respecte les dons que l'abrutissement a con- » sacrés ; mais il faut épargner ce que le public 5) vénère , il ne faut point donner de scandale ; » et supposé qu'on se croie plus sage que les » autres, il faut par compassion, par commisé- » ration pour leurs foiblesses, ne point choquer » leurs préjugés. Il seroit à souhaiter que les pré- » tendus philosophes de nos jours pensassent de » même. » ( Lett. du 7 juillet 1770. ) Mais bientôt le sophiste dominant les idées du monarque, Frédéric ne vit plus que les Mandrin dussent être les seuls à dépouiller l'Eglise. Dès l'année suivante , plus conformément aux vœux de Voltaire , il lui écrivit : « Si le nouveau Ministre fran- » çais est homme d'esprit , il n'aura ni la foiblesse :» ni l'imbécilité de rendre Avignon au Pape. » ( Lett. du 29 juin 1 7 7 1 . ) Il revint sur les moyens de miner sourdement l 'édifice , de dépouiller d'abord les Religieux , en attendant qu'on pût dépouiller les Evoques. {Voy.Lett.du 1 3 août 1770.) Conseils Avant que d'en venir à ces spoliations , d'Alem- „ <Je bert eût voulu que l'on commençât par ôter au iert. Cierge la considération dont il jouissoit dans l'Etat. Envoyant à Voltaire son thème à peu près fait, pour lui faire dire ce qu'il n'osoit pas tropdire lui-même ; « il ne faudroit pas oublier , lui » écrivoit-il , si cela pouvoit se faire délicatc- » ment, de joindre ù la première partie un petit

Vœux

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» appendice ou postscript intéressant sur le dan- » ger qu'il y a pour les Etats et les Rois, de soufv frir que les prêtres fassent dans la Nation un » corps distingué , et qui ait le privilège de s'as- » sembler régulièrement. » ( 96 Lett. an 1 772. )

Ni les Rois ni l'Etat ne s'étoient encore apperçus de ce prétendu danger, qu'il y avoit à laisser le Clergé faire dans la nation un corps distingué comme les deux autres ordres de la noblesse et du tiers ; mais c'est ainsi que les chefs préludoient dans leurs conseils aux vœux et aux décrets spoliateurs des adeptes Jacobins qui les ont suivis.

Quant aux décrets d'exil , de violence , de sang et de mort, on ne voit pas non plus qu'ils fussent Voltaire absolument étrangers aux vœux et aux conseils pour lcs

r *-\ ) moyens

des premiers chefs. Quelque souvent qu on trouve \iok-us, chez Voltaire ces mots de tolérance, humanité , raison, on seroit dans une grande erreur si on croyoit que son vœu d'écraser la Religion chrétienne ne s'étendoitpas à celui d'employer d'autres armes pour y réussir. Quand il écrivoit au comte d'Argental : « Si j'avois cent mille hommes, je » sais bien ce que je ferois. » ( 16/e^. 1761.) On le voit bien mieux encore quand il écrivoit à Frédéric : « Hercule alloit combattre les brigands , » et Bellérophon les chimères , je ne serois pas » fâché de voir des Hercules et des Bellérophons » délivrer la terre des chimères catholiques. » ( 3 mars 1 764. ) Ce n'étoit pas sans doute la tolérance qui lui dictoit ces vœux, et l'on se sent porté à conclure qu'il ne lui manqua que l'occasion pour applaudir au massacre des prêtres par les Hercules et les Bellérophons septembriseurs. Lorsqu'il souhaite encore de voir précipiter tous les Jésuites au fond des mers avec un Janséniste au cou ; lorsque pour venger Helvétius et le philosophisme 3 il ne rougit pas de demander: Est-ce

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que la proposition honnête et modeste d'étrangler 1-e dernier des Jésuites avec les boyaux du dernier des Jansénistes , ne pourroit pas amener les choses à quelque conciliation ? Lors , dis-je, ou/on entend \ oltaire exprimer des vœux de'cette espèce , on seroit au moins tenté de soupçonner que sa tolérance et son humanité n'auroient pas été bien révoltées de voiries prêtres catholiques amoncelés dans ces vaisseaux que Carrier faisoit percer pour les engloutir tous à la fois dans l'Océan. Vœu* Frédéric senibloit plus approcher de la simple Fnkk-iic tolérance, quand il répondit à \ oltaire : « Il n'est pour « point réservé aux armes de détruire l'infâme fo'ie " ( ou 1Q Religion chrétienne ) , elle périra par majeure. » les bras de la vérité. » ( 23 mars 1 767. ) Frédéric cependant crut prévoir que le dernier coup ne seroit porté à la Religion que par une force majeure , et il ne paroît plus ennemi de cette force ; on voit même que si l'occasion eût été favorable , il auroit bien su la mettre en usage , lorsqu'il écrit encore à Voltaire : « C'est à Bayle » votre précurseur et à vous sans doute , que la » gloire est due de cette révolution qui se fait y> dans les esprits. Mais disons la vérité, elle n'est » pas complète ; les dévots ont leur parti , et ja- » mais on ne V achèvera que par une force ma- » jeure : cest du Gouvernement que doit partir 5> la sentence qui écrasera V infâme* Des Minis- » très éclairés pourront y contribuer beaucoup , » mais il faut que la volonté du souverain s'y » joigne. Sans doute cela se fera avec le temps , y> mais ni vous ni moi ne serons spectateurs de ce :» moment si désiré. » ( 97 I.elt* an 1775.)

On ne peut s'y méprendre , ce moment si désiré pour le roi sophiste étoit celui où l'impiété , assise sur le trône , leveroit enfin ce masque de tolérance dont il est encore forcé de se couvrir

lui-même.

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lui-même. Si ce moment tant désiré fût arrivé , Frédéric , tout comme Julien , auroit eu recours à la force majeure', il eût porté cette sentence qui devoit écraser la religion de J. C; aux sopliismes des adeptes , il eût joint la volonté du Souverain, il eût parlé en maître, et alors peutêtre , sous peine d'être traité comme rebelle aux lois du Souverain , sous Frédéric tout comme sous Julien ou sous Domitien,il eût fallu choisir entre l'apostasie et la mort ou l'exil. Au moins est-il bien difficile d'accorder avec cette force majeure , avec cette sentence du Gouvernement qui écrase, le jugement que d'Alembert portoit du roi sophiste , quand il écrivoit à Voltaire : « Je le crois » aux abois, et c'est grand dommage. La philo- » sophie ne trouvera pas aisément un Prince toléy> rant comme lui par indifférence , ce qui est la » bonne manière de l'être1, et l'ennemi de la supers- » tition et du fanatisme. » (19a Lett. an 1 762. ) Mais pour d'Alembert même cette manière ,r

a» a 1 > • l'iyr i ■ 1 1 Vœu fre~

être tolérant par mdilierence 11 excluoit pas les neriqae

persécutions sourdes. Elle n'étoit pas même in- r.^e

compatible avec le voeu de la rage même et de la LJrc,

frénésie, avec ce vœu qu'il exprime franchement

dans ses lettres à Voltaire, de voir périr une Nation

entière, précisément parce qu'elle a fait preuve

de son attachement au christianisme. L'homme

tolérant par indifférence n'auroit pas écrit ces

paroles : « A propos de ce roi de Prusse ,

» le voilà pourtant qui surnage, et je pense bien

» comme vous , en qualité de français et d'être

» pensant, que c'est un grand bonheur pour la

» France et pour la philosophie. Ces Autrichiens

)> sont des Capucins insol eus qui nous haïssent et

-» nous méprisent , et que je voudrois i>oir anéan-

» tir avec la superstition qu'il 's protègent. »(n

jauv. 1 763. )

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