Tome I. L
i62 Conspiration des Sophistes
La correspondance des Conjurés nous moftfre bien d'autres Souverains entrés avec la même imprudence dans tous ces complots contre le Christ. D'Alenibert se plaignant à Voltaire des obstacles qu'il appeloit pej'sécutions, et que l'autorité mettoit encore, de temps à autre, aux progrès de l'impiété , s'en consoloit en ajoutant : « Mais nous avons pour t> nous l'impératrice Catherine , le roi de Prusse , y> le roi de Danemarck , la reine de Suède et son » fils , beaucoup de princes de l'Empire et toute 3> l'Angleterre. ».( Lett. du 2.?moi>. ryyoJ.Vers le même temps \oltaire écrivoit à Frédéric : « Je ne » sais pas ce que pense Mustapha ( sur l'immor- 3> talité de l'ame ) ; je pense qu'il ne pense pas : » pour I ''impératrice de Russie , la reine de » Suède votre sœur , Je roi de Pologne , le prince f> Gustave , fils de la reine de Suède , j'imagine » que je sais ce qu'ils pensent. » (Lett. du 21 novemb. 1 770. )
Voltaire le savoit en effet. Les lettres de ces Rois ne le lui avoient pas laissé ignorer ; mais quand même nous n'aurions pas ces lettres à citer 5 voilà déjà un Empereur et une Impératrice , une Reine et quatre Rois que la secte des conjurés antichrétiens comptoit parmi ses adeptes.
Fausses jEj, dévoilant cet horrible mystère, que l'hisquenres torien ne s'abandonne pas à de fausses déclamah yktiT tions, et à des conséquences plus fausses encore. Venuiué- Qu'il ne dise point au peuple : Vos Rois ont secoué ration des ]e :0U£. C]L1 Qirist • il est juste pour vous de se-
adepies ^ i • i î • t e
couron- couer celui de leur empire. Les conséquences blasphémcroient le Christ lui-même , et sa doctrine , et ses exemples. Pour le bonheur des peuples , pour le préserver des révolutions , des désastres de la rébellion , Dieu seul s'est réservé de frapper l'apostat sur le trône. Que les Chrétiens résistent à l'apostasie et qu'ils soient soumis an
de l'Impiété. Chap. XII. i63 Prince. Ajouter à son impiété la révolte des peuples, ce n'est pas écarter le fléau religieux; c'est vouloir que les Nations y ajoutent le plus terrible des fléaux politiques , celui de l'anarchie. Ce n'est pas remédier à la conjuration des sophistes impies contre l'autel, c'est consommer la conspiration des sophistes séditieux contre le trône , et contre toutes les lois de la société civile. C'est là précisément ce qu'éprouvèrent les Brabançons soulevés contre Joseph II. Ils crurent avoir droit de rejeter leur Souverain légitime, et ils sont aujourd'hui sous le j.oug des Jacobins. Ils appelèrent l'insurrection au secours de la Religion, et la Religion proscrit l'insurrection contre toute autorité légitime. Au moment où j'écris , des rapports foudroyans à la Convention annoncent les décrets qui , en mettant le culte religieux , les privilèges , les églises des Brabançons au niveau de la révolution française, vont les punir de leur erreur. Lors donc que l'historien dévoilera les noms des Souverains conjurés contre le Christ ou admis au secret de la conspiration , que son intention soit toute de ramener les Piois à la Religion ; mais qu'il évite avec soin les conséquences fausses et pernicieuses au repos des Nations. Alors , plus que jamais, qu'il insiste sur les devoirs du peuple même , sur les devoirs que cette Religion impose à tous , à l'égard des Césars et de toute autorité publique.
Parmi ces protecteurs couronnés de Voltaire , uinHàétous n'étoient pas d'ailleurs conjurés comme lui , ratrice ou comme Frédéric et Joseph. Ils avoient tous bu Ru'sie> le poison dans la coupe de l'incrédulité; mais tous ne vouloient pas également le verser à leur peuple.
Entre le roi de Prusse et cette impératrice de Russie, dans laquelle les conjurés meltoient tant de confiance , la différence étoit immense. Séduite
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par l'hommage et les talens du premier des impies , Catherine avoit pu trouver chez lui le premier moteur de son goût potir les lettres : elle avoit dévoré des livres qu'elle crut les chefs-d'œuvre de l'histoire et de la philosophie , qu'elle ne savoit pas être l'histoire travestie suivant toutes les vues de l'impiété ; sur l'éloge trompeur des faux sages . ^lle avoit imaginé que tous les miracles du monde n'efface oient pas la prétendue tache d\u où" empêché l'impression de l'Encyclopédie ( Vc y. sa corresp. avec Volt. Lett. i , 2, 3 et 8 ) ; mr.is on ne la vit pas , comme Frédéric , pour l'encens grossier des sophistes , rendre à l'impiété même un encens plus grossier encore. Catherine lisoit les œuvres des sophistes , Frédéric les faisoit circuler , en composoit lui-même , et vouloit les voir dévorées par le peuple. Frédéric proposoit des moyens d'écraser la Religion chrétienne , Catherine rejetoit les plans de destruction que proposoit Voltaire. Elle étoit tolérante par caractère, Frédéric ne l'étoit que par nécessité. Il eût cessé de l'être, s'il avoit pu concilier sa haine avec sa politique , en appelant la force majeure pour écraser le christianisme ( a ).
(a) Ceux qui jugeront la correspondance de cette Impératrice , comme littérateurs , trouveront une bien grande différence entre ses lettres et celles du roi de Prusse. Les premières sont celles d'une femme d'esprit qui se joue quelquefois de Voltaire fort agréablement. Avec son style léger et plein de goût , elle n'en sait pas moins conserver de la noblesse et de la dignité. On ne la verra pas au moins s'abaisser autongrossiprdes injures et des blasphèmes. Celles de Frédéric sont les lettres d'un sophiste pédant et sans pudeur dans son impiété, comme sans dignité dans ses éloges. Quand Voltaire éerivoit à Catherine : Nous sommes trois , Diderot t t( Alembert et moi , qui vous dressons des autels, elle répondoit : Laissez-moi s'il vous plaît sur la terre, j 'y serai plus à portée d'y recevoir vos lettres et celles de vos
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Cependant Catherine est aussi l'adepte sur le trône; elle sait le secret de Voltaire, elle applaudit aux plus fameux de nos impies. ( Voy. ses Let. du 26 sept. 1773, et i34 Lett. an 177-+. ) ^ile va jusqu'au point de vouloir livrer l'héritier de son sceptre aux leçons de d'Alembert ; son nom est mis constamment par les impies au rang des adeptes protectrices : il n'est pas donné à l'historien de l'effacer. Puisse-t-il lui être donné, à elle, de léparer l'erreur et ses ravages !
Les droits de Christian VII , roi de Danemarck , Christ** au titre d'adepte couronné , se trouvent également ,,erox dans ses lettres à Voltaire. Parmi tous les D neservices de d'Alembert , j'aurois pu compter marc ' les soins qu'il prit pour faire souscrire les Puissances et les grands Seigneurs à l'érection d'une statue en l'honneur de Voltaire. J'aurois pu montrer le modeste sophiste de Ferney, pressant luimême d'Alembert pour obtenir ces souscriptions , et sur- tout celle du roi de Prusse, qui n'attendit pas ces sollicitations. Ce triomphe de leur chef etoit trop cher aux conjurés. Cliristian VII s'empressa d'envoyer aussi son contingent. Une première lettre, et quelques complimens à Voltaire , ne nous suffiroient pas absolument pour montrer un adepte; mais Voltaire nommoit lui-même le roi de Danemarck ; et d'ailleurs, parmi ces complimens adressés à Voltaire , nous avons observé celui-ci , tout à fait dans le goût et dans le style de Frédéric : « Vous vous occupez présentement » à délivrer un nombre considérable d'hommes » du joug des Ecclésiastiques . le plus dur de
amis. ( Lett. 8 et 9.) On ne trouvera rien d'aussi français que cela chez Frédéric. Ou est seulement fâché que cette réponse s'adresse à des impies. Catherine écrit à merveille la langue de Voltaire j et Frédéric seroit un bien petit Héros, s'il a'avoit pas mieux su manier ses armes que sa plume.
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» tous? parce que les devoirs de la société ne sont » connus que de la tète de ces Messieurs, et » jamais sentis dans leur cœur. Ceci vaut bien , y> se venger des barbares. » ( Lett. à Voltaire an 1770.) Infortunés Monarques ! c'étoit là aussi le langage que vos corrupteurs tenoient à Marie- Antoinette , dans le temps de sa prospérité. Elle fut malheureuse : elle vit la sensibilité , la fidélité de ces prétendus barbares , et elle s'écrioit aux Thuileries : Oh ! que nous avons été trompés t nous voyons bien à présent combien les Prêtres se distinguent parmi les fidèles sujets du Roi. (a) Puisse le Roi séduit par le philosophisme , n'être jamais réduit à la même expérience, et profiter au moins d'une Révolution qui nous démontre assez qu'il est un joug plus dur que celui de ces Prêtres, que son maître Voltaire lui a si bien appris à calomnier !
Au moins faut-il le dire ici , pour Fhonneur de ce Prince et de tant d'autres qu'avoient séduits les conjurés, les sophistes s'emparoient de leur jeunesse. A cet âge , Voltaire et ses productions faisoient aisément illusion à des hommes qui , pour être Rois, ne savent pas mieux que les autres ce qu'ils n'ont pas appris, et n'en sont pas plus en état de discerner l'erreur de' la vérité, dans des objets sur-tout où le défaut d'études , propres à ces objets, est encore moins à craindre que les penchans et les passions.
Lors de son voyage en France, Christian n'avoit encore que dix-sept ans , et déjà il avoit ce que
(a) Ces paroles de Marie- Antoinette me furent rapporle'es dans le fort de la révolution , et j'avois besoin de les savoir pour croire qu'elle étolt revenue des préjugés qu'on lui avoit donnés contre le clergé , et qui avoient semblé redoubler après le second voyage de l'Empereur sou frère à Versailles.
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d'Alembert appelle le courage de dire à Fontainebleau , que Voltaire lui avoit appris à penser. ( Lett. de d'Alembert , 12 novembre 1 768. ) Des hommes qui pensoient différemment à la Cour de Louis XV , voulurent empêcher sa jeune Majesté d'apprendre encore à penser comme Voltaire, et d'en voir dans Paris les adeptes ou les plus fameux disciples. Ceux-ci surent se procurer des audiences. Pour juger comment ils surent en profiter , il ne faut qu'entendre d'Alembert écrivant à Voltaire : » J'avois vu ce Prince chez lui, avec plusieurs » autres de vos amis; il me parla beaucoup de » vous , des services que vos ouvrages avaient » rendus , des préjugés que vous avez détruits , » des ennemis que votre liberté de penser vous » avoit faits ; vous vous doutez bien de mes ré- * ponses. » ( Ib. et Lett. du 6 décemb. 1 768. ) D'Alembert voit de nouveau le Prince; de nouveau il écrit à Voltaire : » Le roi de Danemarck ne » m'a presque parlé que de vous.— Je vous assure » qu'il auroit mieux aimé vous voir à Paris , » que toutes les Jetés dont on l'a accablé. » Cette conversation avoit été courte ; d'Alembert y suppléa à l'Académie par un discours qu'il prononça, sur la philosophie , en présence du jeune Monarque. Tous les adeptes accourus en foule applaudissent , et le jeune Monarque applaudit aussi, ( Lett. du 17 décemb. 1778.) Enfin telle est l'idée qu'il emporte de cette prétendue philosophie , grâces aux nouvelles leçons de d'Alembert, qu'à la première nouvelle d'une statue à ériger en l'honneur du héros des impies conjurés , il envoie une belle souscription que Voltaire reconnoît devoir aux leçons que le Prince a reçues de l'adepte Académicien. ( Voy. Lett. de Volt, à d'A-~ lembert^ 5 nov. 1 770. ) Il ne m'est pas donné de duc à quel point ces leçons se trouvent aujour^
Suéde.
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d'hui oubliées par Christian VII ; mais assurément, depuis que sa majesté Danoise avoit appris àpert' ser de Voltaire , il s'est passé bien des événemens qui lui auront appris à voir d'un œil bien dillérent les prétendus services que les ouvrages de son maître ont rendus aux Empires.
f™{*™ Les mêmes artifices et les mêmes erreurs firent de aussi de Gustave III , roi de Suède , un adepte protecteur. Ce prince étoit aussi venu à Paris recevoir les hommages et les leçons des soi-disant philosophes. Il n'étoit encore que Prince royal , quand , déjà l'exaltant comme un de ces adeptes dont la protection était acquise à la secte , d'Alembert écrivoit à Voltaire : « Vous aimez la raison » et la liberté , mon cher confrère , et on ne peut » guères aimer l'un sans l'autre. Eh bien ! voilà 5> un digne philosophe républicain que je vous y> présente , qui parlera avec vous philosophie » et liberté. C'est M. Jennings , chambellan du » roi de Suède. — Il a d'ailleurs des compliniens y> à vous faire de la part de la reine de Suède et » du Prince royal , qui protègent dans Je Nord » la philosophie si mal accueillie par les Princes » du Midi. M. Jennings vous dira combien la » raisonnait de progrès en Suède sous ses heu- » reux auspices. » ( Lett. du 19 janv. 1 769. )
Lorsque d'Alembert écrivoit cette lettre, Gustave , qui devoit bientôt rendre à la monarchie des droits que sa couronne avoit perdus depuis long-temps , ignoroit sans doute que ses grands protégés fussent par excellence des philosophes républicains. Il ignoroit également quel seroit un jour pour lui le dernier fruit de cette philosophie des conjurés , quand , arrivé au trône , il écrivit à leur coryphée : « Je prie tous les jours l'être des » êtres qu'il prolonge vos jours précieux à lhu- » manité et si utiles aux progrès de la raison et
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» de la vraie philosophie. » ( Lett. du roi de Suède à Voltaire , 10 janv. 1772. )
La prière de Gustave fut exaucée ; les jours de Voltaire furent prolongés ; mais celui qui devoit subitement trancher les jours de Gustave luimême , étoit déjà né , et il devoil bientôt sortir , avec tous ses poignards , de l'arrière-école de Voltaire. Pour l'instruction des Princes, que l'historien rapproche ici la généalogie philosophique de ce malheureux Roi et celle de l'adepte qui fut son assassin.
Ulrique de Brandebourg avoit été initiée aux mystères des sophistes conjurés par Voltaire luimême. Bien loin de rejeter ses principes , elle ne s'étoit pas même sentie outragée par les vœux d'une passion que Voltaire avoit eu la hardiesse d'exprimer, (a) Devenue reine de Suède , elle pressa plus d'une fois l'impie de venir terminer ses jours auprès d'elle. ( Voy. ses lett. à Volt, ans 1743 et 175 1. ) Elle ne crut pas pouvoir lui donner de plus grandes preuves de sa fidélité aux principes qu'elle en avoit reçus , lors du premier séjour de Voltaire à Berlin , qu'en les faisant sucer avec le lait au Roi son fils. Elle initia Gustave et voulut être la mère du Sophiste , comme elle I'étoit du Pioi. Aussi voyons- nous constamment et la mère et le fils mis au rang des adeptes dont les conjurés se tenoient le plus assurés.
Telle étoit donc la généalogie philosophique de ce malheureux roi de Suède. Voltaire avoit initié la reine Ulrique , et Ulrique avoit initié Gustave.
Mais , d'un autre côté , Voltaire initiait Condorcet , et Condorcet siégeant au club des Jaco-
(a) C'est pour cette princesse que Voltaire avoit fait le Madrigal : Souvent un peu de vérité , etc.
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bins initia Ankastrom. Elève de Voltaire , Ulriqu© apprenoit à son fils à se jouer des mystères et des autels du Christ ; élève de Voltaire , Condorcet apprit à Ankastrom à se jouer du trône et de la vie des Rois.
Au moment où les nouvelles publiques annoncèrent que Gustave III devoit commander en chef les armées liguées contre la révolution française , Condorcet et Ankastrom appartenaient au grand club ; et ce grand club retentissoit du vœu de délivrer la terre de ses Rois. Gustave fut marqué pour en être la première victime , et Ankastrom s'offrit pour être le premier bourreau. Il part de Paris , et Gustave tombe sous ses coups. ( Voy. le journal de Fontenay. )
Les Jacobins venoientde célébrer l'apothéose de Voltaire ; ils célébrèrent aussi celle d'Ankastrom. Voltaire avoit appris aux Jacobins que le premier des Hoisjut un soldat heureux ; les Jacobins apprirent à Ankastrom que le premier héros fut l'assassin des Rois ; ils placèrent son buste à côté de celui de Brutus.
Les Rois avoient souscrit pour la statue de Voltaire , les Jacobins souscrivirent pour celle d'Ankastrom.
Ponia- Enfin les confidences de Voltaire mettent entowskyoi core Poniatowski , roi de Pologne , au nombre Pologne, des adeptes protecteurs. 11 avoit en effet connu nos philosophes dans Paris , ce Roi dont la philosophie devait faire tous les malheurs ; il avoit surtout rendu son hommage à leur chef , ii lui avoit écrit : « M. de Voltaire, tout contemporain d'un » homme tel que vous , qui sait lire , qui a v voyagé , et qui ne vous a pas connu , doit se » trouver malheureux. Il vous seroit permis de » dire : Les nations feront des vœux pour que les » Rois me lisent. » ( Lelt, du 21 Fcç. 1 7^7.) Au*
de l'Impiété. Chap. XII. 171 joitrd'hui que le roi Poniatowski a vu les hommes qui avoient lu Voltaire comme lui , qui le préconisoient de même , essayer en Pologne la révolution qu'ils avoient faite en France ; aujourd'hui que victime lui-même de cette révolution , il a vu son sceptre se briser entre ses mains , par la suite de cette révolution , sans doute il fait des vœux bien différens ; sans doute il le voudroit , que les nations n'eussent jamais connu Voltaire, et que les rois sur-tout l'eussent moins lu. Mais les temps que d'Alembert annonçoit et qu'il eût voulu voir, sont arrivés , sans que les rois adeptes protecteurs aient su les prévoir. Quand les malheurs de la religion retombent sur eux , qu'ils relisent ces vœux que d'Alembert , dans son style souvent bas et ignoble , exprimoit à Voltaire : « Votre illustre i> et ancien protecteur ( le roi de Prusse ) a com- » mencé le branle , le roi de Suède a continué , » Catherine les imite tous deux et fera peut-être » mieux encore. Je rirois bien si je voyois le cha- » pelet se défiler de mon vivant. » ( Lett. du 2 oct, 1 762. ) Le chapelet se défile en effet ; le roi Gustave est mort assassiné ; le roi Louis XVI guillotiné ; le roi Louis XVII empoisonné ; le roi Poniatowski est détrôné ; le Stathouder chassé , et les adeptes , enfans de d'Alembert , de son école , rient , comme il l'eût fait lui-même , des rois qui protégeant la conspiration de l'impie contre l'autel, n'avoient pas su prévoir celle des enfans de l'impie contre le trône.
Ces réflexions préviennent malgré moi ce que j'aurai à révéler de cette seconde conspiration ; mais telle devoit être l'union des sophistes impies et des sophistes séditieux , qu'à peine est-il possible d'exposer les regrets des uns , sans avoir à parler des ravages et des forfaits des autres. Ce Sont les faits eux-mêmes oui , dans l'intimité de
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cette union, nous forcent à montrer aux Monarques protecteurs une des leçons les plus importantes que l'histoire leur ait encore donnée jusqu'à nos jours.
Je ne finirai pas ce chapitre sans observer que parmi ces Rois du nord , dont la protection rendoit les sophistes si glorieux , on ne les voit pas une seule fois mentionner le roi d'Angleterre. Ce silence de la part des conjurés vaut bien tous leurs éloges. S'il ne leur eût fallu qu'un prince chéri de ses sujets et méritant de l'être , qu'un Roi bon , juste , sensible , bienfaisant , jaloux de maintenir la liberté des lois et le bonheur de son empire , George III eût été aussi leur Anlonin , leur Marc- Aurèie , leur Salomon du nord. Ils le virent trop sage pour s'unir à de vils conjurés , qui ne connoissent de mérite que dans l'impiété , et voilà la vraie cause de leur silence. H est beau pour un prince d'avoir été si nul dans l'histoire de leurs complots, quand celle delà révolution le trouve si actif pour en arrêter les désastres ; si grand , si généreux et si compatissant pour en soulager les victimes.
Quant aux Rois du midi , c'est encore une justice à leur rendre dans l'histoire , que les sophistes, au lieu de les compter parmi leurs adeptes , se plaignoient au contraire de les trouver encore si loin de leur philosophisme.