‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 10 sur 61 · SI · texte numérisé non relu

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Cependant les excès de la révolution, et surtout la mort de Louis XYI avaient excité dans toute la France une profonde indignation; il y eut des insurrections dans un grand nombre d-e villes; les plus graves furent celles de Lyon, de la Vendée et de Toulon. La Convention envoya contre Lyon une armée de 60,000 hommes. Les assiégés se défendirent avec courage , ils résistèrent au bombardement ; mais bientôt la famine les réduisit aux dernières extrémités. Plutôt que de se rendre à un ennemi implacable , les plus résolus voulurent essayer de se retirer en Suisse en s'ouvrant un passage au travers des assiégeants ; mais la plupart furent taillés en pièce par la cavalerie républicaine. Les deux représentants du peuple , Couthon et Collot d'Herbois, envoyés par la Convention , firent encore plus de mal à la ville que n'en avait fait le bombardement : ils firent couler des ruisseaux de sang; pendant longtemps la guillotine fut en permanence sur la place publique ; mais ensuite ce moyen fut jugé trop lent. On prit le parti de réunir les proscrits en masse et de les massacrer aux Brotteaux à coups de canon à mitraille ; plus de six mille personnes périrent ainsi. Les troupes qui n'étaient plus nécessaires à Lyon furent envoyées à Toulon, où les assiégés subirent le même sort.

Pendant que ceci se passait en France , les troupes sardes, soutenues sur leurs derrières par les Autrichiens, encouragées par l'affaiblissement de l'armée française, animées par le désir de secourir les insurgés de Lyon , se décidèrent ta reprendre l'offensive et à rentrer en Savoie. Elles pénétrèrent en Maurienne jusqu'à Saint-Jean , en Tarentaise jusqu'à Conflans, et en Faucigny jusqu'à Sallanches. A la réception de ces nouvelles, par décret du 25 août, la Convention nationale se hâta de renvoyer dans

le département Simond et Dumas, en qualité de commissaires extraordinaires près l'armée des Alpes. A leur arrivée à Chambéry, ils publièrent une proclamation furibonde , par laquelle ils portaient la peine de mort contre tout individu qui aurait paru armé dans un attroupement , d'avoir prêché l'incivisme, d'avoir favorisé l'entrée des ennemis , d'avoir entretenu une correspondance avec eux ou d'être rentré dans le département à la suite des Piémontais ; et pourtant les représentants qui prodiguaient ainsi la peine de mort contre les Savoisiens étaient Savoisiens eux-mêmes. (Voy. Pièces justificatives, n° 18.) Un jeune homme de Saint-Julien en Maurienne, nommé Dussuel, élève du séminaire de Saint-Jean et tonsuré avant l'entrée des Français , était revenu avec les Piémontais et avait été fait prisonnier ; il a été fusillé, en exécution du dernier article de cette proclamation. Quelqu'un lui fit dire en prison que l'on manquait de preuves et que, s'il voulait persister à tout nier, il serait absous. Il aima mieux mourir que de dire un mensonge.

Par un décret du 20 août 1793, la Convention nationale charge les officiers et commandants militaires de traiter avec rigueur les habitants du Mont-Blanc qui favoriseraient les opérations des troupes piémontaises , qui refuseraient de porter les armes pour la République ou les porteraient contre elle; elle les autorise à employer le fer et le feu pour réduire et détruire les rebelles , en prenant les précautions convenables pour sauver les vieillards, les femmes et les enfants. Peu de temps après, les commandants militaires ont incendié la commune de Valmeinier en Maurienne.

Par un arrêté, daté du quartier général de la Pape, du 25 août, les représentants du peuple Dubois-Crancé et

Gauthier ordonnèrent aux administrateurs du Mont-Blanc de faire de suite transférer à Grenoble toutes les personnes de ce département reconnues comme suspectes , pour servir d'otages au besoin. (Voy. Pièces justificatives , n° 19.) Le conseil général, Chamoux président, fit publier cet arrêté à Chambéry , le 29 du mois d'août. Le citoyen Favre-Buisson , procureur syndic , fut chargé de l'exécution. Le 1er septembre, il fit conduire à Grenoble un grand nombre de personnes honorables , qui étaient détenues comme suspectes dans les prisons nationales ou au couvent de Sainte-Claire , converti en prison. A minuit , on les tire de leurs prisons , on les lie deux à deux , on les entasse sur de mauvaises charrettes et on les fait partir de suite , accompagnées d'une compagnie de soldats et de deux pièces de canon ; on leur permet à peine de s'arrêter un moment au Touvet pour faire un mauvais repas. A l'entrée de la ville de Grenoble , la populace ameutée les accabla des plus grossières injures. Une demoiselle d'une honorable famille de Chambéry1, qui se trouvait sur la même charrette que sa mère, pleurait à chaudes larmes. Une petite dame s'approcha d'elle et lui dit, comme pour la consoler : « Vous êtes bien triste, ma bonne demoiselle, mais consolez-vous , demain la guillotine finira tout. »

Lorsque cette demoiselle fut introduite dans la prison, avec sa mère et tout le reste du convoi , un inspecteur les examina successivement , et passant près de la mère il lui dit à demi-voix : « Citoyenne , vous ne resterez pas ici , dans une heure on vous conduira ailleurs. » Dans une heure , entre jour et nuit, la porte s'entr'ouvrit, on les appela, elles sortirent; un petit char les attendait, elles y

1 M"e Thérèse de La Chavanne.

entrèrent , partirent et voyagèrent toute la nuit sans savoir où on les conduisait. Au point du jour, le char s'arrêta , le conducteur ouvrit la portière et leur dit : « Citoyennes, vous pouvez sortir, vous êtes libres. » Elles se trouvaient aux Échelles, en Savoie. On a su ensuite que cet inspecteur était un ancien officier nommé Filliettaz , qui avait passé quelque temps à Chambéry et qui y avait connu la famille de La Chavanne.

Le général Kellerman avait, à cette époque, 1 ,600 hommes en Faucigny , à peu près autant en Maurienne et un peu plus en Tarentaiso , en tout 5,000 à 6,000 hommes. Jugeant que ce n'était pas assez pour refouler les Piémontais , il vint à Chambéry, se présenta au conseil général du département et demanda quel'on fît une levée en masse dans la partie de la Savoie encore non envahie. Par un arrêté du 11 septembre 1793, le conseil général ordonna à tous les citoyens de chaque commune , de dix-huit à soixante ans , de s'armer d'un fusil, ou d'une pique, d'une fourche, d'un trident, d'une faulx emmanchée à rebours ou au moins d'un bâton, et de se pourvoir de vivre pour six jours. La municipalité était chargée d'en fournir à ceux qui ne pourraient pas s'en procurer eux-mêmes. Si un service plus long devenait nécessaire, ils auraient part aux subsistances militaires. (Voy. Pièces justificatives , n° 20.)

Au signal qui serait donné par le général , le tocsin devait sonner à Chambéry, se répéter de proche en proche dans toutes les communes du département et ne cesser qu'après le départ de tous les citoyens appelés à la défense de la patrie. Le conseil général indiquait quels devaient être, dans chaque district, les lieux de rassemblement; il nommait les chefs qui devaient les organiser en compagnies et en bataillons et prendre ensuite le commandement de

cette troupe improvisée. Les administrateurs du département ajoutèrent à cet arrêté une chaleureuse invitation qui paraît n'avoir électrisé personne. Les habitants ne s'armèrent pas , ils ne partirent pas, et cette mesure terrible resta à peu près sans résultat. Cela devait être. Dans les campagnes surtout, les neuf dixièmes de la population demeuraient encore sincèrement attachés au roi de Sardaigne1.

Dans sa lettre écrite de Sallanches à la Convention nationale le 30 septembre , Simond se plaint amèrement des cantons du Faucigny, qui avaient refusé de partir. « Les coupables, dit-il, payeront les sueurs de nos volontaires, et toutes les contributions que j'impose sur les communes qui n'ont pas voulu prendre les armes sont en espèces sonnantes. » Cette plainte nous paraît prouver que l'ordre de partir avait été donné et que personne n'avait obéi.

Par un arrêté, du 17 septembre 1793, du conseil général du département, toutes les municipalités du Mont-Blanc sont invitées à faire mettre sur le frontispice des maisons communales ces mots : Unité, indivisibilité de la République, égalité, liberté, fraternité ou la mort. La même invitation est adressée à tous les chefs de famille.

Les représentants du peuple étaient chargés de faire exécuter les lois de la Convention nationale, ils n'avaient pas le droit d'en faire eux-mêmes. Simond et Dumas n'y regardaient pas de si près. Ils agissent en Savoie comme s'ils avaient le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Par une proclamation du 28 septembre 1793, ils établissent à Chambéry, pour tout le département, un tribunal révolu-

1 En l'an vi , le citoyen Rassat , commissaire près le canton de Clermont , écrivait au commandant du département que l'on ne trouvait pas un patriote par commune.

tionnaire. (Voy. Pièces justificatives, n° 21 . ) Ils déterminent les cas de sa compétence , ils prodiguent la confiscation, la déportation et la peine de mort. Si cette proclamation avait été exécutée avec rigueur, on aurait bientôt vu régner en Savoie la. terreur de Robespierre. Heureusement les membres du tribunal révolutionnaire montrèrent un peu plus de modération que les commissaires de la Convention nationale; mais ce tribunal s'est montré inexorable contre les prêtres non assermentés. Tous ceux qui ont été pris dans le département ont été condamnés à la déportation , sans exception connue. On les appelait avec mépris prêtres réfractaires ; on ne pouvait cependant leur reprocher que le refus de prêter un serment qu'ils ne pouvaient pas prêter en conscience, et qui renfermait une adhésion au schisme et un renoncement formel au catholicisme. Leur conduite était donc honorable, et la sévérité exercée contre eux, une odieuse persécution. M. de Mareschal, de Saint-Martin la Porte, capitaine dans les troupes sardes, qui avait suivi le roi en Piémont , fut pris les armes à la main et fusillé à Valloire ; mais il avait été jugé par une commission militaire et non parle tribunal révolutionnaire.

Dès que les troupes piémontaises eurent repris la province de Tarentaise , Mgr de Montfalcon s'empressa de rentrer dans son diocèse ; mais il tomba malade peu de jours après son arrivée à Moûtiers et y mourut le 20 septembre 1793. Mgr Joseph de Montfalcon du Cengle, né à Saint-Offenge-Dessous le 12 février 1732, consacré à Turin le 14 août 1785, n'était alors âgé que de soixante-un ans ; il avait occupé le siège de Tarentaise pendant huit ans un mois.

Mgr Conseil a toujours montré une fermeté digne d'éloges; sa détention a duré six mois quinze jours. Dans la

séance du 11 mars 1793, le directoire du département arrêta qu'il serait mis sans délai en état d'arrestation dans sa maison d'habitation et gardé à vue par cinq fusiliers, que tous ses papiers seraient saisis, mis sous scellés par le citoyen Chamoux et transmis à l'administration du district. On l'accusait: 1° de détourner les ecclésiastiques de prêter le serment prescrit par la loi ; 2° de faire un crime au nouvel évoque constitutionnel de se rendre à la voix du peuple qui l'avait choisi pour son pasteur.

Dans la séance du 12 mars, le citoyen Chamoux fait le rapport de sa commission au conseil général du département; il présente les circonstances de l'arrestation du cidevant évêque et de la saisie de ses papiers. Le conseil général autorise le procureur général syndic à se transporter près de lui pour l'interroger en l'assistance d'un de ses membres et d'un secrétaire.

Dans la séance du 14 mars, le citoyen Chamoux fait son rapport au conseil général ; il rejette sur son fanatisme l'illégitimité de sa conduite, et puisant dans l'avancement de son âge et la caducité de ses organes des motifs capables, sinon de justifier, au moins d'atténuer sa faute , il propose qu'il soit au plus tôt renfermé dans une maison de force que l'on devrait préparer à cette fin. Un membre demande que le procureur général syndic convoque incessamment un jury d'accusation pour que la procédure soit instruite et le jugement prononcé par le tribunal criminel à teneur des lois. Cet avis a prévalu ; un arrêté a été pris en cette conformité. Dans la séance du 15 mars, le citoyen Favre-Buisson, procureur général syndic, demande que Michel Conseil soit traduit dans les prisons nationales , vu que tous les citoyens sont égaux devant la loi, et que c'est l'enfreindre que de le tenir en 'arrestation chez lui ; le directoire passe

à l'ordre du jour, vu que l'arrestation n'est que provisoire, jusqu'à ce que le jury d'accusation ait été formé et convoqué. Dans la séance du 1 6 mars , le citoyen Mollot présente une pétition tendant à ce qu'il soit facultatif à Michel Conseil de dire ou d'entendre la messe , sous la garde de la force armée, dans la chapelle voisine de la chambre où il est constitué en état d'arrestation. L'administration arrête en cette conformité. Malgré la violence de ces délibérations, Mgr Conseil est demeuré prisonnier chez lui sans avoir aucune communication ni avec le clergé ni avec les fidèles de son diocèse ; sa fermeté ne s'est point démentie ; l'hydropisie de poitrine dont il se trouvait atteint, ayant fait de rapides progrès , il mourut le 27 septembre , à l'âge de soixante-dix-sept ans six mois dix jours , après avoir été évêque de Chambéry pendant treize ans quatre mois. On trouvera aux Pièces justificatives, n° 22, son acte de décès dressé par M. Claus, vicaire, devenu schismatique.

Le 22 septembre 1792, il y avait, à la paroisse de la cathédrale de Chambéry, deux curés, M. Alex et M. Tripier, et deux vicaires, MM. Brunet et Claus. MM. Tripier et Brunet se retirèrent en Piémont au mois de février 1793 et ne revinrent plus en Savoie. Dès l'entrée des Français, M. Claus manifesta ses tendances révolutionnaires en datant les actes de baptême , mariage et décès , de l'an Ier de la République française, de la liberté et de l'égalité des Allobroges. Dans l'acte de décès de Mgr Conseil, il fait ouvertement profession d'adhésion au schisme en appelant WT Conseil ci-devant évêque. Du 15 février 1793 au 30 janvier 1 794 , tous les actes de la paroisse de Saint-Léger ont été dressés par M. Claus, par M. Chaboud, professeur de grammaire au collège de la ville, et par M. Perret, chanoine, devenu schismatique. M. Claus prend successivement

les titres de vicaire, d'administrateur de la paroisse et de curé provisoire. Du 15 février au 12 septembre 1793, M. Chaboud prend le titre de prêtre desservant; du 12 septembre 1 793 au 30 janvier 1 794 , il y ajoute celui de vicaire épiscopal , titre que prenaient les grands-vicaires intrus. M. Perret ne prend que le titre de prêtre desservant. Le culte scbismatique n'a jamais été exercé dans l'église de Notre-Dame, qui alors n'était pas paroissiale. La paroisse de Mâché était desservie par un sieur Palluat , et celle de Lémenc par un feuillant, natif de Fossan , nommé Mallian, qui l'un et l'autre avaient prêté le premier serment et qui prêtèrent encore celui d'Albitte l'année suivante.

Avant la mort de Mgr Conseil , le diocèse de Chambéry avait trois grands-vicaires: MM. François Alex, Amédée Rey et Jean-Baptiste de La Palme. Détenus à Chambéry en arrestation domiciliaire , les deux premiers ne pouvaient exercer aucune fonction. Le chanoine Perret avait adhéré au schisme , le chanoine Vernaz était mort à Carouge ; tous les autres chanoines , au nombre de quinze , se trouvaient réunis à Turin. Les communications entre la Savoie et le Piémont étaient alors si difficiles qu'il leur fut impossible d'avoir une preuve authentique de la mort de Mgr Conseil. Ils ne purent donc pas faire l'élection des vicaires capitulaires dans le délai fixé par le concile de Trente. Lorsque la nouvelle en fut suffisamment constatée par le bruit public, ils s'adressèrent à l'archevêque de Turin pour lui demander le territoire et la permission de tenir une assemblée capitulaire dans son diocèse , ce qui leur fut accordé par une ordonnance du 1 3 novembre 1 793. Ils se réunirent dans la chapelle de l'archevêché le lendemain 1 4 novembre ; ils élurent vicaires généraux capitulaires M. le chanoine Dominique Garellaz, curé de Mâché, et M. Jean-Baptiste de La Palme.

Aussitôt après leur élection , les vicaires généraux capitulâmes adressèrent au clergé dispersé et aux fidèles du diocèse une circulaire, par laquelle ils déclaraient que tous les actes de juridiction exercés sans la mission canonique des supérieurs légitimes étaient radicalement nuls; ils ordonnaient ensuite à tous ceux qui avaient prêté le serment de la liberté et de l'égalité de le rétracter sans délai avec une publicité qui répondît à celle du délit. En même temps ils révoquaient tous les pouvoirs que les prêtres assermentés pouvaient avoir obtenus de l'évèque défunt ou de ses grands-vicaires. Cette lettre était du 22 novembre. Il y avait encore alors en Savoie quelques prêtres , en très petit nombre , qui , après avoir prêté le premier serment, avaient continué d'exercer les fonctions ecclésiastiques dans leur paroisse , sans adhérer formellement au schisme ; mais la persécution devenant chaque jour de plus en plus violente , leur position n'était plus tenable. Tous se trouvèrent obligés successivement à émigrer ou à se réunir au clergé constitutionnel qui desservait un petit nombre de paroisses. Partout ailleurs, dès lors, les églises se trouvèrent fermées. En 1793, les fidèles pouvaient encore s'y réunir pour chanter des psaumes; en 1794, cette liberté leur fut complètement enlevée. Les enfants étaient baptisés par le médecin ou par la sage-femme ; les mariages se faisaient seulement devant deux témoins , parce que, eu égard à la persécution, l'Eglise avait dispensé pour quelque temps de la présence du curé. Les sépultures se faisaient par un agent de police , sans chant , sans cierges , sans aucune cérémonie religieuse.

Pendant que ces choses se passaient à Turin , l'armée française, qui avait reçu des renforts, reprit l'offensive dans toutes les vallées des Alpes. Le représentant Simond

voulut diriger lui-même les opérations en Faucigny; il avait à sa disposition une colonne de 1 ,G00 hommes. Le 48 septembre , ils subirent un échec aux environs de Sallanches. Le 28 et le 29, les redoutes élevées par les Piémontais furent attaquées de nouveau avec beaucoup d'ardeur et emportées d'assaut après un combat de trente-six heures. Il y eut un assez grand nombre d'hommes tués et blessés de part et d'autre. Les Piémontais furent forcés de battre en retraite et de se retirer par le col du Bonhomme. Les Français firent plusieurs prisonniers, parmi lesquels se trouvait le capitaine du génie qui avait fait construire la redoute ; il fut pris à son poste en se battant comme un désespéré.

Simond rendit compte de cette victoire dans une lettre qu'il écrivit de Sallanches à la Convention nationale le 30 septembre : « Nous tenons quelques émigrés, quelques révoltés, disait-il , et tandis que la commission militaire les juge , les pionniers creusent leur tombe , et jusqu'à présent ils ont bien préjugé les sentences. ». On reconnaît bien à ces paroles le rédacteur de la proclamation qui a établi le tribunal révolutionnaire. Les habitants de trois ou quatre cantons des environs avaient d'abord refusé de partir au son du tocsin , mais ensuite ils avaient pris les armes pour arrêter les fuyards , pensant ainsi faire leur paix avec la République ; « mais , ajoute Simond , ce zèle tardif ne les sauvera pas ; les coupables d'entre eux payeront les sueurs de nos volontaires , et toutes les contributions extraordinaires que j'imposerai sur les communes qui n'ont pas voulu prendre les armes contre les Piémontais , seront en espèces sonnantes, et non en assignats. » — « Je fais partout descendre les cloches , dit-il encore , nous aurons de quoi faire à peu près sept cents à huit cents pièces de canon de

tout calibre. » Simorid se souvient que son père était un maçon de Samoëns ; il traite vraiment les habitants de ce pays en compatriotes et amis. Il assure encore à la Convention nationale , dans la môme lettre , que la révolte de quelques habitants du Mont-Blanc ne serait pas sans fruit pour la République ; « car, dit-il , il s'est fait un petit supplément à la première émigration , et le total des biens nationaux dans ce département sera à peu près de cinquante à soixante millions. » Il n'est pas étonnant que cette énorme confiscation ait ruiné la Savoie. Dans le même temps, les deux autres colonnes d'opérations de l'armée française reprirent aussi la Tarentaise et la Maurienne et s'avancèrent, l'une jusqu'à Séez , et l'autre jusqu'à Lanslebourg. Les Piémontais conservèrent encore le Montcenis et le Petit- Saint-Bernard.

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