CHAPITRE VII
Hugues Bonfils. — Gardes nationaux. — Retour des Piémontais. — Décret de la Convention nationale. — Prisonniers transférés à Grenoble. — iMadeinoiselle de La Chavanne. — Levée de dix-huit à soixante ans. — Tribunal révolutionnaire. — M6r de Montfalcon. — Mort de Mgr Conseil. — MM. Trépier, Brunet, Claus , Chaboud et Perret. — Élection des vicaires capitulaires. — Défaite des Piémontais. — Lettre de Simond à la Convention nationale.
Hugues Bonfils , vicaire de Frêterive , avait prêté le premier serment. Il ne tarda pas à en éprouver un profond regret; les remords de la conscience ne lui permettant pas de continuer en cet état les fonctions du saint ministère , il se retira dans sa famille dans l'intention d'émigrer le plus tôt possible. M. Panisset le voyait souvent, pendant qu'il était curé de Saint-Pierre d'Albigny; lorsqu'il fut installé à Annecy, il lui écrivit plusieurs lettres pour l'inviter à aller le voir. Après beaucoup d'hésitation, il s'y rendit, se laissa gagner et consentit à demeurer chez lui en qualité de secrétaire. Le 3 août, il fut nommé vicaire épiscopal ; le 9 septembre , il écrivit au conseil général du département pour demander un trimestre de son traitement. Ce qui lui fut accordé. Ce traitement était fixé à 2,000 francs. Il expose dans cette lettre qu'il a couru des dangers , que le 22 août ils ont été maltraités ; il entend probablement parler des dangers qu'a courus toute la maison épiscopale de l'évêque constitutionnel le jour de l'émeute des femmes d'Annecy.
Pendant qu'il demeura à l'évêché, il eut toute facilité de voir l'intérieur du ménage épiscopal , d'examiner de près le schisme , son chef et ses plus ardents fauteurs; l'erreur se présenta à ses regards dévoilée, avec ses doutes, ses anxiétés, ses incertitudes, sa faiblesse, son audace, ses perfidies ; il vit dans leurs délibérations un mépris constant de l'autorité de l'Église et de celle de son chef, une disposition invariable à sacrifier les droits les plus sacrés de la religion à ce qu'ils appelaient la nation et la loi. Pour se soustraire à ces scandales, il partit secrètement d'Annecy et se retira dans un lieu sûr. Là, il écrivit à loisir , fit imprimer et fit parvenir à Turin, à M. de La Palme, une rétractation intéressante, datée du 4 octobre 1793. Eu égard à ses bonnes dispositions, les vicaires capitulaires lui accordèrent l'absolution des censures qu'il avait encourues et la permission de célébrer la sainte messe. Au mois d'août 1793, le général Kellerman commandait en chef l'armée des Alpes. Les troupes de la République possédaient Lanslebourg en Maurienne , Séez et le Bourg- Saint-Maurice en Tarentaise; mais les Piémontais continuaient d'occuper le Montcenis, le col de Valgrigertce et le Petit-Saint-Bernard. On affaiblit alors l'armée des Alpes pour envoyer quelques régiments au siège de Lyon. Pour y suppléer, ensuite des réquisitions du général, par un arrêté du 5 août, le conseil général du département ordonna la mise en activité de 8G0 gardes nationaux. Le district de Chambéry devait fournir 236 hommes; celui d'Annecy, 160; celui de Cluses. 118; celui de Moûtiers, 92 ; celui de Thonon, 82; celui de Saint-Jean , 89, et celui de Carouge , 83. Le général en plaça 300 à Aiguebelle, 150 à Conflans , 1 50 à l'Hôpital , 1 00 à Bonneville , 1 00 à Cluses, et 60 à Viuz-en-Salaz , avec le traitement des autres troupes de la République.