‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 11 sur 61 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Première mission en Tarentaise. — Rd Sardes de la Forest. — Menoud. Gabet. — Huysens. — Labiche. — Beget. — Piénoz. — Fête en l'honneur de Marat. — Noms républicains des rues de Chambéry. — Papier-monnaie. — Maximum. — Abolition de toute religion. — Abdication de Gobel. — Fête de la Raison à Paris. — Fête de la Raison à Chambéry. — Spoliation des églises.

Aussitôt que l'archevêque de Tarentaise fut rentré dans son diocèse , il invita les prêtres émigrés à y rentrer aussi pour reprendre les fonctions de leur ministère. Par une lettre du 6 septembre , M. Martinet, vicaire général, pria M. de La Palme de permettre à quelques prêtres du diocèse de Chambéry d'aller travailler en Tarentaise comme missionnaires. M. de La Palme accorda cette permission à MM. Rey Humbert, curé de Franchi ; Rey Joseph, prébende deThoiry, son frère; Lachenal, altarien de Montmélian , etPollet, régent au collège de Chambéry. Ils partirent de Turin à cette fin ; mais à peine étaient-ils rentrés en Savoie que les événements les obligèrent à repasser précipitamment les Alpes.

Parmi les prêtres qui avaient prêté le serment de la liberté et de l'égalité , quelques-uns avaient encore pu continuer l'exercice du saint ministère sans adhérer formellement au schisme ; mais bientôt ils se virent forcés de se prononcer pour ou contre. Plusieurs d'entre eux prirent alors le parti d'émigrei\en Piémont. Rd Pierre-François

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Sardes de la Forest, curé de la Motte-Montfort , arriva à Turin vers le 15 septembre. Il se présenta aux vicaires capitulâmes et déclara qu'à la vérité il avait prêté le serment, mais qu'il n'avait point voulu reconnaître M. Panisset, ni lire son mandement à l'église , ni se servir des huiles consacrées par lui; qu'avant de partir, il s'était rétracté publiquement en présence des fidèles de sa paroisse et qu'il avait aussi remis au maire une lettre contenant sa rétractation. Les grands-vicaires lui annoncèrent que, pour se disposer à recevoir l'absolution des censures qu'il avait encourues , il devait présenter une rétractation renfermant toutes les conditions exigées par le pape Fie VII par son bref du 13 juin 1792. Il s'y soumit et obtint des lettres de réconciliation, datées du 19 décembre 1793.

Rd Louis-François Menoud, vicaire de Vimines, arriva à Turin au commencement d'octobre; il déclara, dans une rétractation datée du 20 octobre , qu'il avait prêté le serment sans conditions, mais qu'il n'avait jamais reconnu l'évêque du Mont-Blanc, ni communiqué avec les schismatiques, et qu'avant de quitter Vimines , il avait adressé une rétractation à la municipalité. Il promettait de se rétracter de nouveau publiquement dans l'assemblée des fidèles, dès que les circonstances pourraient le lui permettre. Les vicaires capitulaires lui accordèrent des lettres de réconciliation, datées du 13 décembre.

Rd Pierre Gabet, curé de Saint-Ombre , avait prêté le serment avec beaucoup de restrictions ; le 1er septembre , il se rétracta publiquement dans son église et partit ensuite pour l'émigration. Eu égard à ses bonnes dispositions, il obtint des lettres de réconciliation , délivrées à Turin le 7 décembre 1793.

Rd Antoine -Mathias Huysens, curé de Détrier, Paul-

Antoine La Biche , curé de Montailleur, Claude Beget, curé de la Thuile, et Jean Piénoz , arcbiprêtre curé de Barberaz, avaient tous prêté le serment avec des restrictions ; mais ces restrictions devenaient illusoires , les conseils municipaux, pour l'ordinaire, ne s'y opposaient pas; mais les secrétaires ne pouvaient pas les insérer dans les procèsverbaux. Aucun d'eux n'avait adhéré au schisme. Tous les quatre se retirèrent en Piémont, dans le courant du mois de septembre et d'octobre, et firent aussitôt parvenir aux vicaires capitulaires des rétractations qui ne laissaient aucun doute sur la sincérité de leurs dispositions. Ils obtinrent des lettres de réconciliation au mois de février 1794. Les bons sentiments que manifestaient ces nouveaux émigrés étaient une consolation pour les vicaires capitulaires ; mais en même temps ils voyaient avec affliction que toutes les églises du diocèse se trouveraient dès lors fermées , excepté celles , en petit nombre , qui étaient desservies par des prêtres schismatiques.

Le conventionnel Marat est l'un des monstres les plus atroces que les passions révolutionnaires aient produits. Personne n'a jamais prêché le crime plus ouvertement. Il publiait une feuille sanguinaire intitulée VAmi du Peuple. Dans l'un des numéros de ce journal , il demanda que la mort de Louis XVI fût votée par appel nominal, et c'est cette motion infâme qui paraît avoir décidé de sa condamnation. « Massacrez, disait-il au peuple, massacrez deux cent mille partisans de l'ancien régime et réduisez au quart les membres de la Convention. » Il fit encombrer les prisons par des mandats d'arrêt et proposa ensuite de les déblayer par un massacre général , et ce massacre eut lieu , en effet, le 2 et le 3 septembre 1792. On sait qu'il fut assassiné par Charlotte Corday, le 13 juillet 1793. Le délire

révolutionnaire décerna à ce monstre des honneurs presque divins. A Chambéry aussi , nous avons honte de le dire, le 13 octobre 1793, les représentants du peuple Simond et Dumas , les autorités constituées de la ville et le général Kellerman se réunirent, à cinq heures du soir, pour célébrer une fête en l'honneur de Marat. Le citoyen Chamoux , président du conseil général du département, prononça l'éloge funèbre. Il commençait par ces mots pompeux : « C'est vers toi, peuple français, que je m'avance dans cet appareil sombre et lugubre; soleil, pour un instant, éclipse-toi , ce n'est qu'à la lueur des flambeaux funèbres que ma voix doit ici se faire entendre. » En parlant de l'assassinat, il dit que Charlotte Corday le trouva dans un bain qu'il prenait pour tempérer l'ardeur du sang calciné parle travail; il aurait dû dire calciné par la débauche.

Après ce discours , Dumas demanda qu'on élevât une pyramide à sa mémoire , ce qui fut adopté ; un autre membre proposa de faire venir son buste de Paris et de le placer dans la salle des séances. Simond se chargea de ce soin. Quelques membres proposèrent d'élever l'obélisque dans la rue Croix-d'Or ou sur la place Saint-Léger. Simond fut d'avis qu'on relevât sur la place aux Herbes et qu'on l'appelât dès lors la place de l'Ami du peuple ; la motion fut accueillie avec applaudissement, et pendant longtemps la la place aux Herbes s'appela en effet la place de VAmi du peuple; l'expression aurait été mieux comprise si l'on avait dit : la place Marat. Cette fête est l'une de celles auxquelles on ne pouvait prendre part sans se déshonorer; mais, au fond, ceux qui organisèrent celle-ci n'étaient plus exposés à ce danger.

Simond fit observer ensuite que la plupart des rues et des places de la ville de Chambéry avaient des dénomina-

tions propres à nourrir dans l'esprit du peuple des idées de fanatisme et de superstition. Il proposa de les remplacer par des noms pris dans les époques les plus mémorables de la révolution. La proposition fut adoptée; l'exécution en fut confiée à la municipalité. Sur la motion de Simond , le conseil vota l'impression du procès-verbal et son envoi à toutes les communes du département. L'assemblée alla ensuite chanter la Marseillaise au pied de l'arbre de la liberté.

En proposant de changer les noms des rues et des places de la ville , Simond tendait à effacer peu à peu tous les souvenirs religieux ; et en effet les noms de rue Saint-Antoine, rueSainte-Appolonie, place Saint-Léger, étaient réellement propres à entretenir dans l'esprit du peuple des idées de superstition et de fanatisme ; on sait que , dans le style du temps, les mots superstition si fanatisme signifiaient religion et catholicisme. La municipalité était à la hauteur des principes de Simond; elle se chargea de réaliser son désir. On trouvera aux Pièces justificatives, n° 23, les noms républicains substitués aux noms anciens.

Les révolutions occasionnent d'énormes dépenses ; elles sont un moyen sûr de vider le trésor public en peu de temps. La République française se trouva bientôt ruinée et forcée de décréter l'émission de plusieurs milliards d'assignats. Le 24 décembre 1792, les représentants du peuple Simond, Grégoire , Hérault et Jagot publièrent une proclamation pour bien faire comprendre aux Allobroges que le papier-monnaie , hypothéqué sur les domaines nationaux , était une valeur aussi assurée, aussi immuable que celle d'un immeuble quelconque. Ils ajoutaient que celui qui refuserait les assignats en payement serait regardé comme un ennemi de la patrie, inscrit au nombre des suspects et

traité comme tel. Malgré la force de ces raisons , dans la circulation libre , les assignats ont toujours eu une valeur très inférieure à la valeur légale. Au mois de janvier 1793, dix jours après cette belle proclamation, on ne recevait plus les cent francs que pour soixante-deux francs. Ils ont jeté la perturbation dans le commerce en Savoie pendant trois ans ; leur valeur est toujours allée en diminuant, et, au mois d'avril 1796, les cent francs n'étaient plus reçus que pour huit sols neuf deniers. On peut voir aux Pièces justificatives , n° 2i , les valeurs successives du papiermonnaie en Savoie. Cependant les commissaires de la Convention firent souvent de grands efforts pour le maintenir en circulation. Dans les magasins, on ne consentait à le recevoir qu'au cours libre , et lorsqu'on vendait en assignats on exigeait un prix quatre fois, cinq fois, dix fois plus élevé. Le 28 octobre 1793, l'administration du district de Chambéry fixa le maximum du prix des denrées, comestibles et marchandises de première nécessité , et aussi le prix de la journée des ouvriers. On a dressé pour cela des tableaux d'une étendue démesurée ; chaque marchand était obligé de les avoir affichés dans son magasin. Celui qui vendait au-dessus du maximum était condamné à une amende double du prix de l'objet vendu. Le mot maximum est devenu dès lors un grand mot révolutionnaire , un épouvantait, la terreur des vendeurs. Ces mesures de rigueur aboutirent à la suppression du commerce et à la ruine des marchands. Eu égard à la surveillance de la police, ceux qui ne se soumettaient pas à la loi ne vendaient plus rien , et ceux qui s'y soumettaient étaient ruinés en peu de jours. Bientôt les marchés se trouvèrent dégarnis, parce que les habitants des campagnes n'y apportaient plus rien. Souvent, en ce monde, ce qui nuit aux uns profite aux

autres; il en a été ainsi des assignats. Un grand nombre d'individus et surtout les employés des administrations en ont habilement tiré parti. On vendait alors, au nom du gouvernement, les biens confisqués aux nobles , aux couvents et aux églises; c'était d'ordinaire de belles propriétés. On faisait intervenir aux actes des hommes obligeants; les acquéreurs se procuraient du papier-monnaie à bas prix, ils le donnaient au gouvernement pour pleine valeur, et de cette manière des individus, qui n'avaient jamais rien eu en propriété, étaient eux-mêmes surpris de se trouver tout-à-coup possesseurs des plus beaux domaines de la province. Quelquefois il n'en coûtait pas au fermier la valeur d'une censé entière pour avoir tous les biens de son maître ; mais quelquefois aussi l'obligeant intervenant gardait l'acquisition pour lui.

Un grand nombre d'individus à conscience plus ou moins assouplie par les principes révolutionnaires profitèrent aussi de ces moyens pour payer leurs dettes d'une manière économique. Par exemple, au mois de juillet 1795, avec 40 francs on se procurait la quantité d'assignats nécessaire pour payer une dette de 1 ,000 francs ; mais dans la suite , lorsque quelques-uns de ces débiteurs revenaient à des sentiments plus religieux , on les obligeait en conscience à payer la différence. La question était plus délicate dans le cas où un créancier , forcé lui-même à recevoir des assignats au cours légal , forçait à son tour son débiteur à les recevoir de la même manière. Plusieurs théologiens l'excusaient en disant que le papier-monnaie était alors un fléau public, un torrent dévastateur que chacun détournait de lui comme il pouvait. D'autres disaient que celui qui recevait forcément des assignats subissait une injustice à la

vérité , mais que cette injustice ne l'autorisait pas à commettre une injustice semblable envers ses créanciers.

Sous le rapport religieux , la Révolution française présenta deux époques bien distinctes. La première comprend l'année 1793 presque entière, et la seconde, 1794 et les années suivantes. En 1793, le gouvernement révolutionnaire ne se proposait pas encore l'abolition de tout culte religieux; il décrétait seulement l'anéantissement du catholicisme qu'il voulait remplacer par l'Église constitutionnelle, par une religion de son invention; mais, sur la fin de 1793 et en 1794, il alla plus loin : il se proposa ouvertement la suppression de toute religion. Dès lors il persécuta les prêtres catholiques et les prêtres schismatiques avec la même rigueur. Ce fut absolument le règne de l'athéisme.

A Paris, le 7 novembre 1793, Gobel et ses vicaires épiscopaux se rendent à la Convention. Chaumette , ancien maître d'école de Nevers, annonce que le clergé de Paris vient rendre à la Raison un hommage éclatant; alors il présente Gobel coiffé du bonnet rouge et tenant à la main sa mitre , sa crosse et son anneau. Gobel prend la parole et dit : « Je n'ai jamais cessé d'obéir au peuple; j'ai accepté les fonctions qu'il m'a confiées, et aujourd'hui je lui obéis encore en venant les déposer. » A ces mots, il dépose sa mitre , sa croix et son anneau ; son clergé ratifie sa déclaration. Plusieurs autres évêques et curés constitutionnels suivent cet exemple , déposent leurs lettres de prêtrise et abjurent le catholicisme. De* applaudissements furieux accueillent ces abdications; ensuite, sur un réquisitoire de Chaumette , il fut arrêté que l'église métropolitaine de Notre-Dame deviendrait un édifice républicain, appelé Temple delà Raison.

Trois jours après, le 10 novembre 1793, la première fête de la Raison fut célébrée à Paris avec une grande pompe. Toutes les sections s'y rendirent avec les autorités constituées. La jeune femme de l'imprimeur Momoro représentait la déesse Raison; elle était vêtue d'une draperie blanche , un manteau bleu céleste flottait sur ses épaules, ses cheveux épars étaient couverts du bonnet de la liberté ; elle était assise sur un siège antique , entouré de lierre et porté par quatre citoyens. De jeunes filles , vêtues de blanc et couronnées de roses, précédaient et suivaient la déesse; puis venaient les bustes de Lepelletier et de Marat , des musiciens , des troupes et toutes les sections armées. Des discours furent prononcés et des hymnes chantés. Gobel était là coiffé d'un bonnet rouge et tenant une pique à la main. Ce fut l'une des scènes les plus hideuses de la Révolution; elle se répéta dans un grand nombre de départements.

A Chambéry , la fête de la Raison fut célébrée le 8 février 1794. On dressa pour cela , au milieu de la cathédrale, un autel sur lequel on plaça la statue de la Raison et celle de la Liberté. Quatre citoyennes, placées autour de l'autel, représentaient par des emblèmes et des inscriptions la justice, la sagesse, l'humanité et la force. Quatre sansculottes portaient les bustes de Rousseau, de Voltaire, de Marat et de Lepelletier. Le programme de la fête, dressé par le citoyen Guy, ne dit pas que l'on dût placer sur l'autel une déesse vivante, comme on l'avait fait à Paris; mais, d'après la tradition , il paraît certain que cela a eu lieu, et celles qui ont joué ce rôle à Chambéry, à Montmélian et à Saint-Jean de Maurienne, ont porté toute leur vie l'opprobre de leur divinité. A dix heures, les autorités constituées, les membres de la Société républicaine, les troupes

de la garnison , le corps des musiciens de la ville , partirent de la maison commune et parcoururent les principales rues pour se rendre à la cathédrale. Arrivés dans le temple , les jacobins placèrent la statue de la Raison sur son autel. Quatre coups de canon saluèrent la déesse et annoncèrent le moment de lui rendre hommage, selon l'expression du programme. Lorsque tout le cortège fut entré, le président de la Société républicaine prononça un discours à la suite duquel on prêta le serment suivant : Nous jurons de maintenir l'égalité, la liberté, de vivre libres ou de mourir pour la défense de la constitution républicaine et de n'avoir d'autre culte que celui de la Raison. Ces dernières paroles prouvent jusqu'à l'évidence que le but du gouvernement révolutionnaire était alors l'abolition de toute religion. Après la cérémonie, si l'asile des aliénés de Bassens avait déjà existé alors, il aurait fallu y conduire toute la procession. La même profanation et les mêmes folies furent successivement répétées dans tous les chefs -lieux de district du département.

Par un arrêté des représentants du peuple, du 3 janvier 1794/ le département du Mont-Blanc est requis de fournir pour l'approvisionnement de l'armée des Alpes 378 bœufs et 1 22 vaches , en tout 500.

C'est durant les mois de décembre 1793 et de janvier 1794, avant l'arrivée d'Albitte, que les églises du département furent dépouillées de leurs vases sacrés et de toute leur argenterie. La première idée de cette spoliation sacrilège est due à la Société populaire de Chambéry. Le 2 frimaire an n (22 novembre 1793), le clubiste Chabert en fit , de sa part , la proposition au conseil général du département. Le conseil applaudit à son patriotisme et arrêta que tous les vases d'or et d'argent et autres effets

précieux des églises seraient de suite mis à la disposition des directoires de district, à charge de les faire remplacer par des vases de bois, de verre ou d'élain , parce qu'alors il y avait encore des prêtres constitutionnels en quelques paroisses.

Le lendemain, 3 frimaire, l'administration du district de Chambéry adressa cet arrêté à toutes les communes de son ressort et chargea les municipalités , sous leur responsabilité , de le mettre à exécution dans le terme de huit jours. (Voy. Pièces justificatives, n° 25.)

Les conseils de commune reçurent presque en même temps trois arrêtés du conseil général du département : celui du 2 frimaire , que nous venons de citer ; le deuxième, du 6 frimaire , portait de faire disparaître toutes les croix élevées sur les routes ou sur les propriétés particulières et tous les oratoires construits dans un lieu public; le troisième, du 9 frimaire, ordonnait de supprimer tous les signes de féodalité , tels que girouettes ou armoiries gravées ou sculptées sur les ponts, ou sur les murs des maisons, châteaux, jardins ou ailleurs.

Les officiers municipaux se résignèrent généralement à livrer l'argenterie des églises de leurs communes , parce qu'il n'y avait pas de résistance possible ; on ne pouvait pas opérer des soustractions, car l'inventaire en avait été fait partout six mois auparavant, A Aix, le conseil municipal réuni couvre d'applaudissements la lecture de ces arrêtés, et, de l'avis du procureur de la commune, Use fait représenter tout ce qui existe de ces objets dans les églises de la commune; ce sont les expressions du procès-verbal. Ce procédé ressemble beaucoup à celui de l'impie Balthazard, dernier roi de Babylone. Comme les commissaires ne connaissaient pas bien la langue liturgique , dans leurs procès-

verbaux, pour désigner un calice et sa patène , ils disaient quelquefois un calice et sa soucoupe, ou bien un calice et son assiette; ils appelaient un ciboire le répertoire des hosties, et les ampoules des saintes huiles des figuettes. A Saint-Girod, près d'Albens , celui qui alla pour prendre le ciboire dans le tabernacle s'aperçut qu'il contenait des hosties consacrées; il en référa au conseil municipal. Il y avait encore alors dans la paroisse un prêtre constitutionnel , nommé Dupessey ; on lui ordonna de consumer les hosties le lendemain avant midi. A Gresin , on trouva encore la grande hostie dans l'ostensoir , quoiqu'il n'y eût point de prêtre dans la paroisse. Le conseil consulta le directoire du district, et comme les membres qui en faisaient partie avaient la conscience trop délicate pour commettre une profanation , on ordonna à un prêtre constitutionnel , nommé Lacoste, qui se trouvait à Saint-Genix, de se rendre à Gresin pour y consumer l'hostie.

L'argenterie de chaque paroisse était de suite portée à Chambéry et livrée au citoyen Georges Besson , receveur du district, qui en donnait un reçu. Au commencement de janvier 1794, environ quarante jours après l'arrêté du conseil général du département, il avait déjà en dépôt 4 88 ostensoirs , 263 ciboires et 382 calices , en tout 830 pièces d'argenterie. On avait trouvé en quelques paroisses des objets plus précieux, des burettes avec leurs bassins, des encensoirs , des lampes , des croix d'autel ou de procession, des statues, des reliquaires et des chandeliers. (Voy. Pièces justificatives, n° 26.) Ils prenaient aussi les ornements des sacristies , les chapes et les chasubles , toutes les fois que la broderie ou les galons leur donnaient l'espérance d'y trouver une certaine quantité de fils d'or ou d'argent. A la [fin de décembre, on avait déjà retiré des

ornements brûlés 40 marcs de parfilure. Quelquefois aussi les étoffes de soie servaient à faire des habits de fête pour les femmes ou les enfants des patriotes. Il y avait tout à la fois spoliation, profanation et dilapidation.

La vaisselle d'argent dont le château royal de Chambéry se trouvait meublé en 1792 avait été transportée nuitamment chez un M. Portaz, qui avait été secrétaire de l'ambassade du roi à Paris ; elle fut saisie et transportée à la trésorerie au mois de janvier 1 794. On en trouva 548 marcs formant la valeur de 22,000 francs environ, sans parler de plusieurs bijoux enrichis de pierreries.

Le 1 7 pluviôse an n (5 février 1 794), les citoyens Viviand, officier municipal, et Hippolyte, membre du comité de surveillance, firent, par ordre de la municipalité, une perquisition minutieuse dans la maison de M. le marquis d'Allinges, rue Juiverie, et y trouvèrent, en partie enfouie dans la terre et en partie cachée sous un plancher, une grande quantité d'argenterie qu'ils firent transporter chez le citoyen Besson , caissier du district. Y étant allés plusieurs fois successivement , ils y trouvèrent encore quelques autres pièces d'argenterie et un riche mobilier, surtout en linge et en vêtements. Le total de l'argenterie trouvée fut de 1 ,02 1 marcs 5 onces , ce qui représente une valeur d'environ 40,000 francs. Le mobilier fut livré au citoyen Perret pour être vendu. On assure que M. le marquis d'Allinges ayant prouvé qu'il n'était pas émigré , l'argenterie lui fut restituée.

Le 19 nivôse an n (8 janvier 1794), le directoire du département chargea les citoyens Olive et Gucher de peser et d'emballer toute l'argenterie déposée à la trésorerie du district. On y ajouta 933 marcs provenant du district de Cluses et 963 marcs provenant des mines de Pesey; ce qui

forma un total de G, 938 marcs représentant une valeur d'environ 280,000 francs. On en forma trente-une caisses qui furent confiées à deux voituriers des Echelles et envoyées à Paris sous la surveillance du citoyen Jean-Jacques Songeon.

Durant les derniers mois de l'année 1793, il y avait encore dans le département quelques prêtres schismatiques ; c'étaient les débris du clergé de l'évêque Panisset. On leur avait laissé quelques vieux calices , quelques ciboires à pied de cuivre , moyennant promesse de les envoyer au district à la première demande ; et en effet, à l'arrivée d'Albitte, ils furent tous réclamés et portés à la trésorerie du district. Alors, dans toute la Savoie, la spoliation des églises et la profanation des vases sacrés se trouvèrent consommées.

Le conseil général du département fut dissous le 25 décembre 4793 et remplacé par le directoire, qui tint sa première séance le 26 décembre.

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