‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 12 sur 61 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

M. de Thiollaz. — Genève et le pays de Vaud. — Pognient. — Vicaires épiscopaux de l'Isère. — Maisons d'arrestation. — La guillotine. — ■ Exécuteur des hautes œuvres. — Rieux. — Thônes. — Mossier et Nozier. — Maniglier. — Boniface. — D. Graugnard. — Rouph. — > Grange. — Besson. — Religieuses. — Curé de Montsapey. — Receleurs des prêtres. — Fête-Dieu. — Cloches. — Fer des églises. — M1' Conseil. — Doppet. — Biord. — Cormand. — Destitution. — Costume ecclésiastique. — Ratel. — Secret des lettres. — Savoie et Savoisiens. — Économies. — Bressy. — Municipalité de Chevenoz. — Collège national. — Journal patriotique. — Lasalle. — Prise de Toulon.

Avant de parler de l'impie persécution d'Albitte , nous croyons devoir exposer encore quelques faits arrivés en 1793 , qui n'ont pas trouvé place dans les chapitres précédents, ou qui ne sont venus à notre connaissance qu'après leur rédaction.

En parlant de l'arrestation de MM. de Thiollaz et Besson, nous avons dit que leur évasion avait eu lieu à la Tour-du- Pin; nous avons découvert depuis lors que c'est à Lyon seulement et non à la Tour-du-Pin qu'ils ont recouvré leur liberté ; en effet, dans la séance du 1 7 mars 1 793, le citoyen Viret, voiturier, demande au directoire de Chambéry un mandat de cent vingt-cinq francs pour cinq journées de vacations qu'il a faites pour conduire à Lyon les nommés de Thiollaz et Besson, comme il en conste par le certificat du citoyen Lausset, procureur de la commune de Lyon.

Le mandat lui est accordé; le procureur général syndic est autorisé à poursuivre le remboursement de cette somme sur les biens des prêtres de Thiollaz et Besson et de faire part de leur évasion aux commissaires de la Convention nationale.

Le 19 mars, la municipalité de Chambéry transmet au directoire une lettre du juge depaixdeBelley, par laquelle il donne avis que le prêtre de Thiollaz, arrêté par la municipalité , lui a été renvoyé; qu'il résulte de l'interrogatoire qu'il lui a fait subir et de ses réponses , qu'il avait été conduit à Lyon par la force armée. Il demande s'il existe contre lui un jugement de déportation et il ajoute que si quelque tribunal ou administration le réclame, il le fera transférer à Chambéry.

Sur quoi, considérant les principes anti-civiques, les intentions liberticides et les machinations criminelles du prêtre de Thiollaz, pour jeter le trouble et le désordre clans le département ;

Considérant de plus qu'il est intéressant pour la chose publique de découvrir par quelle négligence coupable les prêtres de Thiollaz et Besson se sont enfuis de Lyon ;

Ouï le procureur général syndic, le directoire arrête :

4° Que le juge de paix de Bellcy sera requis de transmettre , sous due et sûre escorte , dans les prisons nationales de Chambéry, ce prêtre perturbateur de l'ordre public ;

2° Que le juge de paix de Belley sera invité à lui faire subir un plus ample interrogatoire pour parvenir à découvrir les traces du prêtre Besson et à le faire arrêter ;

3° Qu'il lui sera envoyé copie de l'arrêté de l'administration du département, concernant sa déportation , ainsi que du présent arrêté.

M. de Thiollaz était alors âgé de quarante-un ans; c'était un homme d'un caractère élevé, distingué par sa naissance, par son éducation et par la place de prévôt du chapitre et de vicaire général du diocèse de Genève. Le conseil général du département n'avait pas plus d'égards pour lui qu'il n'en aurait eu pour un vil assassin. Les membres présents à la séance du 19 mars étaient les citoyens Villat, président, Bertrand, Degenève, Somelier, Dumas, Lacombe, Chamoux, Vauthier, Folliet, Brun, Gucher, Dôsarnod, Ducoudray, Perréty, Léger, Girod, Dubois etLachenal.

Dans sa séance du 23 mars , le conseil général reprend l'affaire de Thiollaz ; le procureur général syndic lit toutes les pièces qui y sont relatives ; le conseil arrête que toutes les pièces seront imprimées, tirées à 2,000 exemplaires et distribuées dans toutes les communes du département. Il arrête ensuite qu'il sera nommé deux commissaires pour procéder, en l'assistance du procureur général syndic et d'un secrétaire, à un interrogatoire sur les moyens employés par de Thiollaz pour s'évader de Lyon et sur les circonstances de cette évasion ; on désigne pour cela les citoyens Chamoux et Charvet.

Le citoyen de Thiollaz, frère du détenu, se présente à la barre et demande qu'il soit fait lecture d'une pétition qu'il a présentée, tendante au rapport de l'arrêté qui avait prononcé la déportation de son frère. Cette pétition donne lieu à une vive discussion.

Un membre demande qu'avant de rien prononcer, l'administration se procure un extrait des réquisitions des commissaires de la Convention nationale; ce qui prouve que ce sont les représentants du peuple qui avaient requis l'arrestation. Plusieurs motions se succèdent avec agitation ; les uns demandent que l'affaire soit renvoyée à la

prochaine séance ; d'autres, que le pétitionnaire soit entendu et la question décidée séance tenante. Le procureur général syndic prend la parole et démontre que l'administration ne peut ni ne doit s'en occuper , que tout examen de sa part supposerait que l'arrêté du 6 mars serait susceptible d'être impugné et rapporté, ce que les réquisitions des commissaires de la Convention ne permettent absolument pas.

Un secrétaire met sur le bureau un extrait des réquisitions des commissaires de la Convention nationale, qui vient de lui être envoyé par la municipalité. Après en avoir fait lecture , le procureur général syndic demande qu'il soit arrêté qu'il n'y a lieu à délibérer. Un membre demande qu'avant d'être mise aux voix, la question soit ainsi posée : Ya-t-il lieu ou n'y a-t-il pas lieu à délibérer? Qu'il soit répondu par oui ou par non sur appel nominal, et que l'opinion de chaque membre soit consignée avec son nom sur le procès-verbal. Cette motion est adoptée. Le président procède à l'appel nominal. Sur vingt-deux votants, il y a deux voix perdues ; cinq membres, soit les citoyens Perréty, Degenève, Léger, Revoire et Verney, sont d'avis qu'il y a lieu à délibérer; tous les autres expriment un sentiment contraire. Le nombre des voix négatives se trouvant de quinze contre sept, l'administration arrête qu'il n'y a lieu à délibérer.

L'assemblée et les tribunes expriment par des applaudissements vifs et prolongés la joie que cette décision leur cause. L'administration passf> ensuite à l'ordre du jour sur une seconde pétition du même citoyen de Thiollaz, tendante à ce que l'arrêté du 6 mars soit rapporté par le motif de l'altération de la santé du prêtre de Thiollaz, son frère. Outre les membres présents à la séance du 19 mars,

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il y avait de plus à celle du 23 les citoyens Sanche , Olive , Revoire et Desgeorges.

Dans une séance extraordinaire , tenue le même jour 23 mars , les commissaires nommés pour procéder à l'interrogatoire de M. de Thiollaz font leur rapport ; il en résulte que la municipalité de Lyon, oubliant ce que lui prescrivaient son devoir et l'intérêt de la sûreté générale , a favorisé l'évasion de ce prêtre contre-révolutionnaire et séditieux, ou du moins qu'elle n'a rien fait pour l'empêcher. L'administration arrête qu'un extrait des procès-verbaux et autres pièces relatives à la procédure seront de suite adressés au directoire du département du Rhône.

Il fut encore question de M. de Thiollaz au directoire de Chambéry dans la séance du 23 mai 1 793 ; le citoyen Pierre-François Tiollier expose qu'il a payé pour lui, pour frais de détention et de transport de Chambéry à Grenoble, en exécution du jugement qui l'a condamné à la Guyane, la somme de deux cent soixante-dix-sept francs deux sous; pour en obtenir le payement, il demande l'autorisation de faire saisir un cheval qu'il a laissé chez le citoyen Cormand. Le directoire passe à l'ordre du jour et invite le directoire d'Annecy à faire livrer lç cheval à l'armée.

Dans la séance du 19 mars 1793, un membre représente au conseil général du département que Genève et le pays de Vaud deviennent un autre Coblentz ; que c'est là que les émigrés , les nobles, les prêtres réfractaires, se réunissent et conspirent contre la République; le conseil général arrête qu'on fera parvenir à la république de Genève d'instantes représentations pour obtenir l'entière expulsion des réfugiés français et pour empêcher qu'ils ne puissent s'y arrêter à l'avenir.

Dans le chapitre v, nous avons dit qu'aussitôt après

l'élection de M. Panisset à l'évêché du Mont-Blanc, le citoyen Pognient partit à cheval et voyagea une grande partie de la nuit pour aller lui en donner la nouvelle ; et en effet, dans la séance du directoire de Chambéry, du 25 avril 1793, le citoyen Pognient réclama une somme de quarante-cinq francs en numéraire, montant de la dépense qu'il disait avoir faite en cette occasion. Le directoire arrête que le mandat lui en sera délivré sur le trésor national.

Au commencement du mois de mars 1793, le conseil général du département pria l'évêque de l'Isère d'envoyer, pour quelque temps, dans le département du Mont-Blanc, ses vicaires épiscopaux pour y combattre le fanatisme et faire aimer la constitution civile du clergé. Il envoya en effet , à cette fin , les citoyens Grange , Dupeloux et Élie. Cet Élie, qui n'était pas prophète, est le même qui avait obtenu quarante- une voix à l'élection de M. Panisset. Ils prenaient les titres de commissaires apostoliques et civiques; ils n'avaient certainement pas d'autre mission que celles qu'ils avaient reçue du conseil général du département. Ils n'avaient pas reçu une mission apostolique de M. Panisset, 1° parce qu'étant intrus lui-même, il ne pouvait pas la donner; 2° parce que, à l'époque dont il s'agit, il n'était pas encore installé ni même consacré. Leur ministère se borna, dans ce premier essai, à faire quelques discours à Chambéry et dans les paroisses des environs. Dans la séance du conseil général du 1C mars , on lut une lettre de l'évêque de l'Isère, qui les rappelait, parce qu'il en avait besoin pour faire faire les pàques dans son diocèse. Le conseil général le pria de les laisser encore quelque temps, parce qu'ils étaient, dans ce département, d'une nécessité absolue pour détruire les pernicieux effets des faux principes que le fanatisme et l'incivisme des prêtres

émigrés avaient semés. On consentit enfin à les laisser partir, moyennant la promesse qu'ils firent de revenir un peu plus tard.

Les trois mêmes commissaires apostoliques revinrent en effet à la fin d'avril; le 29 avril, ils intervinrent à la séance du directoire et prièrent le citoyen président de nommer un commissaire qui pût les accompagner dans chaque commune et leur fournir tous les renseignements dont ils pourraient avoir besoin. Le citoyen Ducoudray, membre du conseil général, révolutionnaire ardent, consentit à les accompagner lui-même. Il crut devoir les conduire d'abord dans le district de Saint-Jean de Maurienne ; on leur fit l'avance de cinq cent quarante francs pour vingt jours.

Il paraît que leurs prédications en Maurienne durèrent fort longtemps; car ce n'est que quarante jours après, le 10 juin, que deux d'entre eux, Élie et Grange, intervinrent à une nouvelle séance du directoire et rendirent compte de leur mission. Ils ne disent pas quels succès ils ont obtenus, mais ils demandent le remboursement des frais de leur tournée et des dépenses extraordinaires que leur a causées le malheureux accident qui leur est arrivé; le procès-verbal ne dit pas quel est cet accident. Le directoire arrête que , suivant la note qu'ils ont présentée, il leur sera délivré un mandat de deux mille cent dix francs. On voit qu'ils ne, donnaient pas la parole de Dieu pour rien ; mais , au fond, leurs prédications n'étaient que la parole de l'homme et non la parole de Dieu.

A leur retour de Maurienne , le conseil général du département , qui comprenait toute l'importance de leur ministère, voulut les envoyer encore en quelques autres districts, pour en chasser le fanatisme, pour y entretenir et propager le eivis-meet accréditer les assignats. Leur mission

finit le 24 juin ; on leur délivra alors un mandat de seize cent cinquante-cinq francs, ce qui fit en tout une dépense de quatre mille trois cent cinq francs. Mais, quand il s'agit de détruire le fanatisme et de faire régner le civisme , on ne dépense jamais trop.

En 1 793, on tenait beaucoup à faire connaître et apprécier les avantages de la liberté ; il fallait pour cela agrandir les prisons et en établir de nouvelles. A Chambéry, dans la séance du directoire du 1er mai , la municipalité déclara que, pour établir une maison d'arrestation , elle n'avait pas trouvé de local plus convenable que le couvent de Ste-Claire en ville; la maison était encore occupée par les religieuses; mais cette considération n'arrêtait pas; le directoire leur ordonna de l'évacuer sans délai, pour que l'on pût y faire les réparations nécessaires.

Aussitôt après la mort de Mgr Conseil, on arrêta que le ci-devant évêché serait converti en maison d'arrestation; le directoire fut aussitôt chargé de vérifier de quelles réparations la maison avait besoin pour être appropriée à cette nouvelle destination et quel nombre de personnes elle pourrait contenir.

Le conseil général du département tenait beaucoup aussi à avoir à Chambéry une guillotine toujours prête à fonctionner. Dans la séance du 20 mai 1793, le directoire arrête que le citoyen Leblond , coutelier, se transportera à Grenoble; qu'il examinera soigneusement la guillotine qui y existe ; qu'il en fera dresser un plan qu'il présentera au directoire. Le 19 juin, le citoyen Leblond fait son rapport ; il demande le remboursement de douze francs qu'il a payés pour avoir fait démonter et remonter la machine, et quatrevingt-dix francs pour six jours de vacation à quinze francs par jour; en tout cent deux francs. Ce qui lui fut alloué. Peu

de temps après , le conseil général du département arrêta que la confection d'une guillotine serait mise aux enchères, en prenantpour base des mises la somme de six cents francs; il parait qu'il n'y eut pas de miseurs et qu'aucun ouvrier de Chambéry ne voulut se charger de l'entreprise ; eu égard à toutes ces difficultés, dans sa séance du 2 septembre 1793, le conseil général arrêta que l'on écrirait au procureur général de l'Isère, et qu'on le prierait de faire faire une guillotine à économie pour le département du Mont-Blanc. Mais ce n'était point assez d'avoir une guillotine neuve, il fallait encore un artiste capable de la faire fonctionner. Dans la séance du 2 novembre, le conseil général invite le directoire du déparlement à faire publier qu'il y a à Chambéry une place d'exécuteur des hautes œuvres disponible et que son traitement sera de deux mille quatre cents francs.

Avant 1792 , l'exécuteur des hautes œuvres habitait une petite maison isolée, construite exprès pour lui , située à Mâché, sur la route, sous la chapelle de St-Sébastien. Dans la séance du 11 septembre 1793 , le conseil général en ordonna la démolition, parce qu'elle était en mauvais état et presque en ruines. Le 3 août de l'année suivante, la municipalité de Chambéry arrêta que le citoyen Reine serait logé dans la ci-devant cure de Mâché ; mais cet arrêté n'a pas été exécuté; car, cinq jours après, le 8 août, le conseil général lui assigna un logement dans la maison d'Esery, voisine des prisons nationales.

Dans la séance du 1 2 septembre 1 793 , l'administration du département a nommé le citoyen Rieux concierge du ci-devant évêché converti en maison d'arrestation.

L'insurrection de Thônes avait éclaté le 9 mai 1793 ; dans la séance du 15 mai , les gardes nationaux de Chambéry, commandés par le citoyen Gargoux, de retour

de l'expédition de ïhônes, sont présentés au directoire, qui les remercie de leur bonne discipline et de leur dévouement. Dans la séance du 17 mai, on leur alloua une indemnité de six cent quatre-vingt-sept francs, outre les sommes qu'ils avaient déjà reçues avant de partir. Le conseil général du département condamnâtes insurgés deThônes à payer une imposition de cinquante mille francs, dont dix mille francs ont été employés à payer les frais de l'insurrection et quarante mille francs ont été versés dans la caisse nationale du département.

Dans la séance du 1 6 mai 1 793 , le directoire de Chambéry s'est réuni aux personnes des citoyens Verney , président; Sanche , Degenève , Bertrand, Ducoudray, Lacombe , administrateurs; Favre - Buisson , procureur général syndic; Mermoz, secrétaire; le citoyen Girod fait un rapport sur l'interrogatoire qu'il a fait subir aux prêtres Mossier et Nozier, détenus dans la maison d'arrêt; d'où il résulte qu'ils refusent absolument de prêter le serment prescrit par la loi. Ouï ce rapport et l'avis du procureur général syndic, le directoire arrête qu'ils seront déportés à la Guyane française. M. Nozier était chanoine de la collégiale d'Aix.

Dans la séance du 24 mai, le conseil de surveillance fait un rapport au conseil général sur le prêtre Maniglier , ci-devant curé de Bassy , détenu dans la maison d'arrêt de Chambéry; d'où il résulte qu'il a entretenu dans la commune l'esprit d'incivisme et de fanatisme, qu'il a continué d'exercer les fonctions du culte sans autorisation et qu'il refuse absolument de prêter le serment civique; sur ce rapport, le conseil général arrête que le prêtre Maniglier sera déporté à la Guyane française.

--Dans la-séance.du 4 juin \ 793 , le conseil général apprend

que le prêtre Boniface , ci-devant curé de Prestes , réside encore dans ladite paroisse, quoiqu'il n'ait pas prêté le serment exigé par la loi. L'administration arrête que le citoyen Gucher se transportera à Presles , qu'il fera une visite domiciliaire , saisira tous les titres et papiers suspects et fera traduire ledit Boniface dans la maison de réclusion.

Dans la séance du 29 juin, ouï le rapport du comité de surveillance relatif aux prêtres Graugnard , Rouph et Grange-Besson , détenus dans la maison d'arrêt; considérant qu'ils refusent de prêter le serment civique , le conseil général arrête que les prêtres Rouph et Grange-Besson seront déportés à la Guyane , et que , eu égard à son âge de soixante-un ans , le prêtre Graugnard sera détenu dans la maison commune. Signé : Verney, vice-président; Mermoz, secrétaire. D. Graugnard était prieur de Saint-Hugon.

Dans la séance du 4 8 mai , le conseil général du département déclare toutes les maisons religieuses dissoutes et supprimées; il réduit à un traitement fixe les individus des deux sexes qui y habitent et charge les directoires de district de pourvoir à l'évacuation des couvents et de donner au plus tôt une note des religieux et religieuses de chaque maison et de leur âge. La fixation des traitements devenait une chose illusoire ; parce que , pour les exiger, il fallait se soumettre à un serment que la conscience n'autorisait pas. Les religieuses de la Visitation de Chambéry ayant demandé un délai pour évacuer leur monastère , on leur accorda cinq jours. Cinq d'entre elles demandent qu'il leur soit permis de se retirer à Jacob chez le citoyen Regard ; le procureur général syndic propose l'ordre du jour en disant qu'une telle réunion serait encore une congrégation. Un membre observe que trois -au moins de ces religieuses méritent une exception ,

parce qu'elles sont sœurs du citoyen Regard ; le directoire accorde la permission demandée pour ces trois là et non pour les autres.

Les citoyennes Magdeleine et Christine Chollet et la citoyenne Ruffard , religieuses ursulines , demandent à se rendre à Voglans , dans la maison du citoyen Yictor Chollet, frère des deux premières; le directoire passe à l'ordre du jour, parce que trois religieuses du Béton s'étaient déjà rendues à Voglans dans la même maison ; les arrêtés de l'administration ne permettent pas un tel rassemblement. Ainsi deux soeurs n'obtiennent pas la permission de se réfugier auprès de leur frère , parce que cinq religieuses à Voglans devenaient une réunion menaçante pour la République.

Dans la séance du 17 juin 1793 , le directoire autorise le citoyen Favre-Buisson , procureur général syndic , à procéder aux enchères du clos des Annonciades.

Dans la séance du 11 juin 1793 , on annonce au conseil général qu'il y a à Mont-Sapey , canton d'Aiguebelle , un prêtre fanatique et contre -révolutionnaire, qui séduit l'opinion des habitants de cette commune. Le conseil général arrête qu'Un commissaire s'y transportera pour procéder à sa recherche, en l'assistance d'un officier municipal du lieu et de la garde nationale d'Aiguebelle, l'arrêter et le traduire à Chambéry dans la maison d'arrêt. Le citoyen Ferley , maire d'Aiguebelle , est commis à cette fin.

Pendant l'année 1 793 , on tolérait encore , on favorisait même le ministère des prêtres schismatiques; mais on employait tous les moyens possibles pour faire arrêter et condamner à la déportation les prêtres insermentés. Dans la séance du 23 octobre , le conseil général du département

observe avec un profond regret que toutes les mesures prises jusqu'alors n'ont pu empêcher l'introduction et le séjour des prêtres réfractaires dans son ressort; que, malgré la plus exacte vigilance , ils n'ont pas cessé de pratiquer des machinations perfides , surtout dans les montagnes; qu'ils sont aidés dans leurs desseins pernicieux et liberticides par quelques cultivateurs fanatisés; considérant qu'il est essentiel de prendre enfin des mesures vigoureuses pour leur fermer toute entrée dans le Mont-Blanc et prévenir ainsi les troubles qu'ils fomentent, arrête qu'il sera proposé aux représentants du peuple près l'armée des Alpes de décréter que les maisons dans lesquelles auront été recelés des prêtres réfractaires, seront rasées, et qu'il leur sera substitué une pierre portant les noms de ceux qui auront enfreint cet arrêté. Le conseil général ne s'était jamais montré si violent persécuteur.

Cependant ces administrateurs , qui dévalisaient les églises , qui profanaient les vases sacrés , qui se montraient si ardents à faire arrêter les prêtres catholiques et à les condamner à la déportation , affectaient encore de se montrer constitutionnellement dévots quand il s'agissait de favoriser le schisme; cela ne les empêchera pas de faire ouvertement profession d'athéisme avec Albitte dans quelques mois. Dans la séance du 28 mai , le conseil général arrête que tous les corps administratifs et judiciaires seront invités à se rendre le jeudi suivant , jour de la Fête-Dieu, à neuf heures, dans la salle où l'administration tient ses séances, pour se rendre de là à l'église paroissiale et rendre hommage à la divinité en l'accompagnant à la procession qui aura lieu ledit jour ; il ajoute que l'administration du département , celle du

district , la municipalité et le tribunal fourniront chacun un de leurs membres pour porter le dais, selon l'usage.

Malgré ces démonstrations hypocrites, l'administration du département continuait à dévaliser de plus en plus les églises. Dans la séance du 23 mai 1793, on expose au directoire que le citoyen Villat venait d'acquérir à Lyon quatre pièces de canon pour le département et qu'il avait promis de donner en payement du métal de cloches à trente-cinq sols la livre. Le directoire charge le citoyen François Domenget, d'Aix, de se rendre àHautecombe, d'en faire descendre les cloches , de les briser et de les peser , ainsi que la statue en bronze de l'archevêque de Cartorbéry, d'embarquer le tout pour Lyon et de s'assurer si la quantité de métal livrée suffirait à payer la somme de vingt-huit mille soixante-dix livres, prix des quatre canons. En cas de déficit, il devait prendre des cloches à Saint-Innocent ou à Aix pour compléter le prix. Le conseil communal de Saint-Innocent ayant demandé à conserver une des cloches de l'abbaye en échange de deux autres qui se trouvaient cassées , le conseil général y consentit.

Le 10 juin suivant, le citoyen Domenget rendit compte de sa commission au directoire. Il informa l'administration que la quantité de métal produite par les cloches d'Hautecombe a été insuffisante ; que le conseil municipal d'Aix lui ayant livré quatre cloches , il les a fait descendre , casser et peser, et que, pour compléter la somme de vingt-huit mille soixante-dix livres , il manquerait encore cinquante quintaux de métal. Le directoire chargea le citoyen Gentil de faire peser et casser deux cloches , dont l'une se trouvait entreposée dans l'église de Saint-Antoine et l'autre dans le jardin de l'hôpital militaire.

Le 6 novembre 1 793, les représentants du peuple Simond et Dumas ayant été introduits dans la salle du conseil général, Simond prit la parole et recommanda à la vigilance de l'administration plusieurs objets qu'il jugeait d'un grand intérêt, tels que l'anéantissement dans le département de tous les monuments de la féodalité, l'abolition de tous les signes qui pouvaient en retracer le souvenir , la descente des cloches et leur exposition sur les places publiques ou sur les grandes routes, afin d'accoutumer le peuple à voir dans la poussière et au rang des choses ordinaires les objets d'un culte superstitieux. Le même jour, le conseil général, docile à ces recommandations révolutionnaires , arrête que les directoires des districts feraient incessamment descendre et transporter toutes les cloches dans les chefs-lieux où elles resteraient exposées sur les places publiques ou sur les grandes routes ; il ordonne en même temps de faire enlever de suite tous les fers qui se trouvent dans les églises et autres édifices nationaux , tels que les grilles et balustres des églises , et parloirs des couvents, les battants et les montants des cloches et autres objets de fer. Le 15 juin 1794, le conseil de la commune de Chambéry envoya au district les fers provenant des cloches , clochers et églises , au montant de quarante-deux mille huit cent quatre-vingt-dix-sept livres, et ceux provenant des domaines nationaux, au montant de trente-un mille huit cent soixante livres.

Dans la séance du 21 mai 1 793 , le conseil général du département arrête qu'à l'avenir la garde du ci-devant évêque ne serait plus composée que d'un seul homme. Cependant Mgr Conseil était souvent menacé d'être transféré dans les prisons nationales; le 21 juin, il présente une pétition pour obtenir de demeurer en détention à l'évêché

sous la surveillance d'un garde à ses frais; le directoire, ouï le rapport du comité de surveillance et l'avis du procureur général syndic, passe à l'ordre du jour, attendu que le pétitionnaire a été renvoyé à l'accusateur public par le conseil du département. Dans la séance du 2 septembre, le conseil général arrête que le ci-devant évêque serait transféré à Grenoble. Il se trouvait déjà trop malade pour que cet arrêté pût être exécuté ; il mourut le 27 du même mois.

A la fin de mai 1793, le citoyen Doppet, lieutenantcolonel de la légion des Allobroges , passa quelque temps àChambéry; il affectait de tenir des propos que les révolutionnaires eux-mêmes appelaient désorganisateurs, tendant à provoquer l'anarchie, le meurtre et la violation des propriétés. Les représentants du peuple prirent les déterminations nécessaires pour l'obliger à rejoindre son corps.

Le citoyen Biord avait été mis en état d'arrestation par ordre des commissaires de la Convention nationale Hérault et Simone! ; Simond exerçait par là un acte de sa charité ordinaire envers un compatriote. Dans la séance du 6 juin 1793, le conseil général du département, ouï le rapport de son comité de surveillance et l'avis du procureur général syndic , arrête que toutes les pièces relatives au citoyen Biord seraient renvoyées aux représentants du peuple qui prononceront ce qu'ils croiront de justice. Le comité de surveillance n'était qu'un choix d'individus chargés de tout épier et de tout rapporter au conseil général. Qui pouvait dormir tranquille avec un tel régime ?

Dans la séance du 2 septembre 1793 , sur la réquisition du procureur général syndic, l'administration du département arrête que le ci-devant Cormand, sa domestique et la

religieuse de Thiollaz, mis en état d'arrestation et traduits à Chambéry, seront de suite transférés à la maison commune. Ayant appris que le nommé Pingon avait émigré , le conseil général fil aussi procéder sur-le-champ au séquestre de ses meubles et au renouvellement des baux de tons ses biens.

Par un arrêté du I i septembre 1 793 , sept membres de l'administration du département, les citoyens Vauthier, Desgeorges , Degenéve , Brun , Désarnod , Lacombe et Bertrand , furent tous simultanément destitués par les représentants du peuple Simone! et Dumas. Les procèsverbaux ne donnent pas les motifs de cette destitution.

Soumis à la législation de la Convention nationale, les prêtres constitutionnels avaient déposé le costume ecclésiastique ; cependant , dans la forme ou dans la couleur des vêtements , presque tous en conservaient encore quelques restes, en sorte qu'à la première vue on distinguait toujours un prêtre d'un laïque; trouvant là une infraction à la loi, dans la séance du 19 septembre, le conseil général leur ordonna de ne plus conserver aucun signe du costume ancien, sauf la gance et le bouton du chapeau. Dans la même séance, il renouvela à l'évêque du Mont-Blanc et à ses vicaires épiscopaux, qui se trouvaient à Chambéry depuis quelque temps, l'invitation de se rendre à Annecy. Il paraît que ces citoyens ne connaissaient pas bien les prescriptions des lois canoniques sur la résidence.

Un certain Ratel, de Maurienne, s'était livré corps et âme au parti révolutionnaire ; dans la séance du 2 septembre 1793, le procureur général syndic en fit, en présence du conseil général, un éloge pompeux. Le secrétaire dit dans le procès-verbal de la séance qu'il en parle avec cet intérêt et cette chaleur qu'inspirent aux âmes brûlantes de l'amour

de la patrie le sentiment du vrai courage et l'héroïsme des vertus républicaines ; il peint, dit- il, cet homme incomparable s'arrachant à sa famille, à ses affaires, rejetant tout autre soin que celui de la défense de son pays , supportant avec plaisir les privations les plus pénibles et les fatigues les plus rudes pour servir la cause de la liberté, exposant sa vie aux plus grands dangers pour guider l'armée française dans les défilés de la Maurienne; dénué des ressources de la fortune qu'il méprise et ne vivant, pour ainsi dire, que de son amour pour la patrie et de sa haine pour les tyrans ; il est voué à la colère et à l'exécration du roi sarde , et la somme de trois mille francs est le prix destiné à l'assassin qui fera tomber cette tète républicaine. Pour le récompenser, le général Kellerman le nomma capitaine d'une compagnie de guides à pied. On ne sait comment a fini cet homme qui ne vivait que d'amour et de haine ; son nom ne reparaît plus nulle part.

Le 24 octobre 4793, le citoyen Jacquier est commis par le conseil général pour se transporter, tous les jours de courrier, au bureau de la poste et y procéder, en l'assistance d'un officier municipal, à l'ouverture des lettres, saisir celles qui lui paraîtraient suspectes , dresser procèsverbal de ses opérations et le présenter au département. C'est ainsi que le secret des lettres était alors respecté.

Le 23 octobre 1 792, l'assemblée des députés- de la Savoie arrêta qu'elle s'appellerait dès lors Assemblée nationale des Allobroges, et que l'on renoncerait pour toujours aux noms de Savoie et de Savoisiens. Dès lors les républicains ont regardé ces noms comme une injure. Le 1 1 brumaire an n (1er novembre 1793, style esclave, c'est ainsi qu'on nommait alors le vieux style), le conseil général du département lit une adresse à la Convention nationale pour

exprimer la douleur que le département du Mont-Blanc avait éprouvée en lisant dans le rapport d'un représentant du peuple qu'il y avait devant Toulon 2,000 Savoyards, comme s'il existait encore de Savoie et de Savoyards. Le 1er nivôse an n, le citoyen Savoie demanda au conseil général la permission de changer son nom en celui de Montblanc; le conseil applaudit aux principes du pétitionnaire et à l'horreur qu'il manifeste pour un nom fait pour rappeler aux républicains les fers qui les opprimaient jadis. La municipalité de St-Jean de Maurienne fut invitée à faire droit à la demande du pétitionnaire.

L'administration du département voyait avec inquiétude que les finances de la République se trouvaient en mauvais état et qu'il fallait faire des économies. Dans la séance du 9 frimaire an n , elle arrête qu'à l'avenir on n'allumerait plus qu'une seule chandelle sur une table ordinaire. Dans une séance tenue six jours après , dans le môme esprit d'économie, une députation de la société républicaine de Chambéry paraît à la barre du conseil général et demande la proscription de la race canine, race avide et vorace qui dévore la substance de l'indigent. Les chiens ont encore eu assez de protecteurs et d'amis dans le conseil pour résister à la puissante influence des Jacobins.

Le citoyen Bressy, ex-moine, curé constitutionnel de la commune de Serrières, paraît à la barre du conseil général le 8 décembre 4 793 , accompagné de deux membres de la société populaire qui le présentent à l'assemblée. Ce citoyen, disent-ils, remporte aujourd'hui un triomphe sur le fanatisme et la superstition , il vient faire hommage à la Raison en vous remettant ses lettres de prêtrise. Le président fait l'éloge des principes philosophiques qui dirigent ce prêtre et l'invite aux honneurs de la séance; il dépose ses

lettres de prêtrise sur le bureau, aux applaudissements prolongés des tribunes. Bressy n'était pas né en Savoie; nous parlerons ailleurs de sa tardive rétractation.

Le lendemain , 9 décembre, le conseil général apprend que la municipalité de Chenevoz, en Chablais, tolère des prêtres réfractaires et souffre qu'ils entretiennent dans la commune le fanatisme et la superstition ; que les habitants se sont rassemblés depuis peu , pendant la nuit , pour entendre la messe d'un d'entre eux, ce qui ne pourrait avoir lieu si la municipalité elle-même ne les favorisait ; en conséquence, le conseil général arrête que toute la municipalité de Chenevoz serait mise en état d'arrestation et traduite dans les prisons nationales de Chambéry. Les officiers municipaux de Chenevoz ont dû comprendre par là combien c'était alors un grand crime d'assister à la messe.

Dans le courant du mois de décembre 1793, le conseil général du département s'occupa de l'organisation d'un collège national à Chambéry ; il nomma provisoirement les citoyens Déville (prêtre), Socquet et Charles , professeurs de grammaire; le citoyen Bise, professeur de géographie et d'histoire ; le citoyen Lasalle (cordelier) , professeur de logique, d'arithmétique et de géométrie, avec obligation de commenter les droits de l'homme ; le citoyen Guigard (prêtre), professeur de rhétorique ; le citoyen Dacquin , professeur d'histoire naturelle ; le citoyen Ducret (prêtre), professeur de physique; le citoyen Cruz, professeur de mathématiques ; le citoyen Gringet, professeur de dessein, et les citoyens Rey et Lyonnaz, professeurs d'anatomie et de chirurgie. Jusque là M. Dacquin avait été principal du collège; d'après cette nouvelle organisation, tous les professeurs devaient se réunir pour nommer un autre principal.

Le 23 décembre , la société républicaine de Chambéry, dont les conseils étaient souvent regardés comme des ordres, demande que le directoire s'occupe de chercher un citoyen auquel on puisse confier la rédaction d'un journal patriotique pour l'instruction des habitants des campagnes; le citoyen Raymond consent à se charger de cette rédaction. Il paraît cependant que ce journal n'a jamais paru. Le 5 nivôse, 25 décembre, jour de Noël, 1793, l'ex-cordelier Lasalle , nommé professeur de philosophie , au moment d'entrer en exercice de sa charge , remet sur le bureau du conseil général ses lettres de prêtrise : « Je remets volontiers, dit-il, des titres dont je n'ai fait aucun usage dès la réunion de l'AUobrogie à la République française, et dont je promets ne jamais plus me prévaloir; je me bornerai à l'exercice privé de ma religion. »

Dans la séance du conseil général du 2 nivôse an n, 22 décembre 1793, le procureur général syndic demande la parole pour donner communication d'une dépêche qu'il vient de recevoir; il en commence la lecture. On comprend aux premiers mots qu'il s'agit de la prise de Toulon. Un cri général de : Vive la République, retentit dans toute la salle; tous les membres se jettent dans les bras les uns des autres et s'embrassent avec une tendresse toute républicaine. Après cette première émotion , le procureur général reprend la lecture et lit toute la dépèche ; on y voit que la ville n'a été prise qu'après un combat sanglant qui a duré deux jours et deux nuits. Sur la réquisition du procureur général, le conseil arrête qu'il se rendra de suite sur la place de la Liberté, pour y publier solennellement cette importante nouvelle; tous les corps y sont convoqués; la place était couverte de cloches enlevées aux églises du

département. Un officier municipal, décoré de son écharpe, monte sur la plus haute d'entre elles et donne de là lecture de la dépèche à toute cette foule réunie à la hâte. Les acclamations se renouvellent et se prolongent pendant fort longtemps. La fête se termine par une illumination générale.

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