CHAPITRE X
Miolans. — District d'Annecy. — District de Cluses. — Albitte. — Démolition des châteaux et des églises. — Serment d'apostasie. — Amédée Rey. — François Dardel. — Panisset. — Dévastation des églises. — Inscriptions. — Croix. — Démolition des clochers. — Eau bénite. — Noms des communes. — Calendrier. — Emprisonnement des nobles. — Éducation nationale. — Règlement des prisons. — D. Graugnard. — Madame de Chamousset. — Chaboud. — Le marquis de Chignin. — Rieux. — Gabet. — Dérippe. — Reine. — Prise du Petit-Saint-Bernard. — Vernaz. — Morand. — Revenaz. — Joguet.
Le 13 nivôse an n (2 janvier 1794, style esclave), le directoire fit publier des enchères pour la démolition du fort de Miolans; l'une des conditions portait que l'entrepreneur serait tenu de démolir tout le château dans le terme de dix-huit mois. La solidité des murs, durcis et comme pétrifiés par la vétusté , effraya les ouvriers ; au jour fixé , on alluma successivement plusieurs bougies ; aucune proposition ne fut faite ; le directoire fut forcé de déclarer n'y avoir lieu.
Le 19 nivôse an n (8 janvier 1794), lé district d'Annecy prit une délibération qui nous paraît digne d'être conservée en entier; on la trouvera aux Pièces justificatives, n° 27. Le directeur de l'hôpital représenta qu'il n'avait plus que du bois vert, et qu'il était très difficile que les aliments destinés aux malades fussent toujours bien cuits et préparés
à temps. Il priait. le directoire de lui en procurer de meilleur. Il paraît que la ville et le district d'Annecy ne possédaient pas alors un brin de bois sec. Pour s'en procurer, le directoire du district, après avoir pris l'avis de l'agent national , se détermina à demander trois choses au directoire du département, savoir : 1° l'autorisation de prendre dans les clochers tous les bois qui soutenaient les cloches , et cela non-seulement dans la ville , mais encore dans tout le district; 2° de prendre aussi dans les églises , pour l'usage de l'hôpital, tout ce quele secrétaire du district appelait les bois des saints, c'est-à-dire les autels et les statues de bois ; attendu que les églises étant fermées , les statues devenaient inutiles; 3° il demandait aussi, toujours pour préparer la soupe des malades, l'autorisation de faire abattre dans tout le district les flèches des clochers , parce que, disait-il, ces insignes sacerdotaux , ces monuments de l'orgueil, offensaient Y œil républicain; et , vu l'urgence , il arrête que la délibération sera envoyée au directoire du département, par une ordonnance, avec invitation d'y faire droit de suite. Signé : Aude, président; Burnod, agent national; Jacquet, secrétaire. Le texte d'un tel arrêté et les noms de ceux qui l'ont signé appartiennent à l'histoire.
Dans la séance du 22 nivôse (11 janvier 1794), le directoire du déparlement s'empressa d'approuver en tout le vandalisme du district d'Annecy, sous la seule condition , quant aux bois des saints, qu'on les ferait estimer avant d'en faire usage. Les membres présents à cette séance étaient Verney, président; Gucher, Olive, Sanche, Jacquier, Somelier, administrateurs; Mermoz, secrétaire.
Le district de Cluses était à la hauteur de celui d'Annecy. On appelait alors prêtres réfractaires ceux qui avaient refusé de prêter le serment exigé par la proclamation du
8 février, et d'adhérer au schisme; ceux qui avaient tout abandonné plutôt que de renoncer au catholicisme. Les prêtres réfractaires étaient donc des hommes honorables et dignes de respect. Hé bien , dans la séance du 19 nivôse an ii (8 janvier 1794), l'administration du directoire de Cluses, après avoir proféré contre eux les injures les plus grossières, arrête :
1° Que tout individu qui saisira mort ou vif ou fera saisir un prêtre réfractaire dans le district de Cluses , aura douze cents francs de récompense ;
2° Que toute maison où un prêtre réfractaire se sera retiré, au su du propriétaire, sera rasée;
3° Que tout citoyen qui aura donné asile à un prêtre réfractaire, ou profilé de son ministère, sera traité comme suspect et emprisonné jusqu'à la paix ;
4° Que les parents des prêtres réfractaires seront mis en arrestation et leurs biens séquestrés ;
5° Que tout citoyen qui dénoncera un particulier ou une municipalité, recevra cinq cents francs de récompense.
Signé : Ballaloud , président ; Dufresne , agent national ; Muffat Saint-Amour, secrétaire. (Voy. Pièces justificatives, n°28.)
Cet arrêté atroce a été envoyé au directoire du département, qui l'a pris en considération dans la séance du 18 janvier 1 794 et l'a transmis aux représentants du peuple qui se trouvaient alors à Lyon , avec invitation de l'étendre à tous les districts du département. Et pourtant le parti qui exerçait en Savoie cette brutale oppression , n'était, quant au nombre, qu'une faible minorité; l'un d'entre eux écrivait qu'il n'y avait pas dans le département un vrai patriote par commune. Mais comme il n'arrive que trop
souvent, le parti opprimé gémissait, souffrait et gardait le silence.
Au mois de septembre 1 792 , la Convention nationale envoya en Savoie trois représentants du peuple , Dubois- Crancé, Lacombe et Gasparin; au mois de décembre , elle les rappela et en nomma quatre autres , Simond , Grégoire, Hérault et Jagot ; au mois d'avril 1793, elle leur substitua Simond et Dumas; au mois de janvier 1794, Albitte seul fut chargé de la représenter dans les départements de l'Ain et du Mont-Blanc. Dumas lui fut ensuite adjoint le 22 février. Le 30 janvier, Albitte, qui était encore à Bourg régénéré , adressa au directoire du Mont-Blanc trois arrêtés, avec ordre de les mettre à exécution sur-le-champ.
Le premier ordonne la démolition des châteaux-forts et forteresses et de tous les autres monuments de la féodalité et du despotisme qui existaient dans le département. (Voy. Pièces justificatives , n° 27.)
Le deuxième contient des mesures de sûreté générale à l'égard des prêtres qui avaient déjà remis aux autorités constituées les titres de leur état et renoncé à leurs fonctions et de ceux qui ne l'avaient pas encore fait.
Le troisième montre clairement qu' Albitte vient en Savoie dans l'intention bien arrêtée d'y établir l'athéisme; il dit dans le prélude : « Considérant que le peuple français ne reconnaît aucun culte privilégié. » Ces paroles supposent qu'il était disposé à tolérer encore quelque culte non privilégié ; mais l'ensemble de l'arrêté prouve évidemment que son intention était de détruire , d'anéantir absolument tout culte et toute religion , et de n'en laisser ni trace ni souvenir.
Dans le premier article , il déclare que tous les bâtiments,
terrains et matériaux ayant servi à l'usage d'un culte quelconque , appartiennent à la nation.
Dans le deuxième , il ordonne que tous les objets religieux qui peuvent se trouver dans les églises ou en dehors , sur les routes ou sur les places publiques , seront, sans délai, enlevés et anéantis.
Dans le troisième , il arrête que tous les ornements et vases d'or ou d'argent des églises ou chapelles , seront, dans quinze jours , transportés dans les dépôts qui seront établis à cette fin dans chaque district.
Dans les articles 4 , 5 et 6 , il ordonne de descendre les cloches , de les briser , de les transporter à la plus prochaine fonderie et de démolir les clochers. (Voy. Pièces justificatives, n° 28.) Il avait pensé à tout; il voulait détruire tout souvenir de religion.
Ces trois arrêtés d'Àlbitte furent lus au directoire du département dans la séance du 3 février. Le procès-verbal dit que cette lecture fut accueillie par de vifs et nombreux applaudissements. Les membres présents étaient les citoyens Somelier, président; Chamoux , Sanche , Gucher, Jacquier, administrateurs; Mermoz, secrétaire. Dès qu'il fut entré dans le département , Albitte entreprit de procéder à l'abolition du sacerdoce. Dans cette vue, il obligeait tous les prêtres catholiques ou constitutionnels , sans distinction, à apostasier, à déclarer avec serment qu'ils renonçaient aux doctrines qu'ils avaient professées jusqu'alors, à reconnaître qu'ils n'avaient jamais enseigné que des erreurs et des impostures , à livrer leurs lettres de prêtrise , à abdiquer le sacerdoce et à promettre de ne plus jamais en faire aucune fonction, sous peine d'être déclarés infâmes, parjures, ennemis du peuple et traités comme tels. Il les regardait dès lors comme déprêtrisés ,
selon le langage du jour. (Voy. aux Pièces justificatives, n° 29, la formule de cet affreux serment.)
Lorsqu'on lit avec attention les infamies entassées dans cette formule , on ne croirait pas qu'il pût se trouver un seul prêtre capable de la souscrire ; mais il faut considérer que tout ce qu'il y avait alors d'hommes honorables dans le clergé de Savoie, était émigré, qu'il n'y restait qu'un débris de moines ignorants , de petits bénéficiers sans capacité et de prêtres constitutionnels déjà flétris par le premier serment; ils étaient presque tous sans fortune et sans ressources , assurés d'être condamnés à la déportation en cas de refus. Ces considérations n'excusent pas les lâchetés qui ont été commises , mais elles diminuent la surprise qu'on éprouve lorsqu'on voit combien elles ont été nombreuses.
On voit par les états officiels qu'en 1794 le nombre total des émigrés savoisiens s'élevait à 1,670, sur quoi il y avait 1 ,030 prêtres, sans parler de ceux que la déportation avait jetés à la Guyane ou à l'île de Rhè, tandis que le clergé schismatique de l'évêque Panisset achevait de s'avilir.
Parmi ceux qui ont prêté le serment d'Albitte, on compte plusieurs moines , plusieurs des chanoines de la collégiale d'Aix, neuf bénéficiers ou prêtres de bas-chœur, trois instituteurs et deux des vicaires épiscopaux de l'évêque constitutionnel, Jacques Ducret et Louis Gallay. Jacques Ducret, de Thonon, avait été professeur de théologie au collège de Chambéry; Louis Gallay, de Belley, était curé de Saint-Jean de Chevelu; Antoine Perret est le seul des chanoines de la cathédrale de Chambéry qui ait adhéré au schisme et apostasie. Amédée Rey, archidiacre, qui était vieux et depuis longtemps infirme , n'a pas adhéré
au schisme , mais il a aussi prêté en partie le second serment, quoique son nom ne figure pas sur le tableau. Le P. Arnaud, capucin, est le même qui avait fait l'inventaire du couvent de Cognin en 1792. Le P. Marie - François Dardel , d'Aix , aussi capucin , âgé seulement alors de vingt-sept ans, avait été curé intrus de la Biolle. Dans l'espérance de lui inspirer de meilleurs sentiments, le P. Eugène le fit inviter secrètement à se rendre un jour, à une heure marquée , dans une maison écartée qu'il lui indiqua. On assure qu'il s'y rendit, mais avec deux gendarmes déguisés pour l'arrêter; heureusement, il en fut prévenu et ne s'y rendit pas.
L'évêque Panisset avait prêté le premier serment avec une effrayante facilité ; il l'avait prêté à Saint-Pierre d'Albigny, devant le conseil municipal ; à Chambéry, devant les électeurs ; à Lyon , devant l'évêque métropolitain , et à Annecy , devant la municipalité , le clergé et le peuple , le 14 avril, jour de sa prise de possession. Quant au second serment, il s'y refusa d'abord avec une sorte de fermeté, il subit deux mois de prison plutôt que d'y consentir ; mais ensuite il se laissa grossièrement tromper; il fut en prison à Annecy pendant les mois de mars et d'avril 1794, et ce n'est qu'au mois de mai suivant qu'il souscrivit la formule d'apostasie. Albitte tenait beaucoup à le gagner; il alla exprès à Annecy , il le sollicita avec de pressantes instances. M. Panisset protesta qu'il ne souscrirait la formule qu'autant qu'on la corrigerait et qu'on en retrancherait tout ce qui était contraire à la foi catholique. Albitte se montra hypocritement plein de bonne volonté , il demanda un quart d'heure , et bientôt après il revint en assurant qu'il avait tout corrigé selon ses désirs. M. Panisset fit l'incroyable sottise de la signer alors sans la lire, et cela , dit-il ,
par respect pour la représentation nationale, et dans la confiance que ses promesses lui inspiraient; le même soir, à ce qu'il assure , il envoya une rétractation à Albitte ; mais il n'en dit rien à personne ; la souscription de la formule était publique; Albitte s'en vantait comme d'une victoire, et la prétendue rétractation restait secrète; M. Panisset n'en parla que longtemps après , lorsqu'il n'y avait plus de danger à courir.
Après avoir aboli le sacerdoce autant qu'il était en lui , Albitte avisa aux moyens de détruire tous les objets qui avaient servi au culte divin ; il fit dévaster les églises , enlever les cloches , abattre les clochers , brûler sur la place publique les autels en bois , les statues des saints , les chaires , les confessionnaux , les fonts baptismaux , les armoires et les ornements des sacristies. Le conseil général du département et les conseils de district étaient ses très humbles et très obéissants serviteurs; ils se montraient empressés à exécuter tous ses ordres. Il y avait aussi dans chaque district un certain nombre de jacobins de bas étage, l'élite de la canaille locale, qui allaient de paroisse en paroisse et ne laissaient dans chaque endroit que les quatre murs de l'église et du presbytère. Dans les villes , on convertissait les églises en fabriques ou en magasins. Si l'on découvrait des inscriptions ou des armoiries sur les églises, sur les châteaux, dans les rues, sur les parapets des ponts , on les faisait effacer , gratter ou piquer au marteau. Toutes les croix plantées sur les places publiques ou le long des chemins étaient brisées ou brûlées. On en cite une seule dans la province de Maurienne, qui a subsisté jusqu'en 1801 sans être aperçue.
L'administration du district de Chambéry se réunit le 4 1 pluviôse (30 janvier 4 794) pour délibérer sur la nécessité de
démolir sur-le-champ tous les monuments du fanatisme et delà féodalité. On proposa de démolir le château, le clocher delà cathédrale, celui de Saint-Antoine et celui de Lémenc; on proposa également de démolir l'église de Lémenc et celle de Saint-Dominique. On dit que l'on pourrait réserver quelques édifices , lorsqu'aprés leur avoir ûté la forme extérieure d'église , on les jugerait propres à servir de magasins. La démolition de Saint-Dominique fut confiée à l'architecte Trivelli, qui fut chargé de faire ouvrir un passage de la rue des Prisons à la maison de l'émigré Mont-Saint- Jean. Quelques membres proposèrent de convertir le château national en caserne; d'autres jugèrent qu'il n'était pas convenable de placer une force armée dans un bâtiment qui dominait toute la ville et qui ressemblait à une forteresse ; qu'il fallait au contraire démolir entièrement ces vieux édifices qui avaient été habités par les esclaves du tyran jusqu'au 22 septembre 1 792 , et y établir une promenade publique. L'agent national Morel proposa d'abattre seulement les tours et de conserver le reste pour les séances des autorités constituées. Son avis prévalut. Le procès-verbal est signé par le citoyen Delabeye, président; Morel, agent national; Gabet, secrétaire. On entreprit sur-le-champ la démolition du clocher de l'église de Saint-Antoine ; elle fut exécutée par le citoyen Jean- François B**, à qui on paya pour cela la somme de 2,680 francs, soit 1,300 francs le 27 mars et 1,380 francs le 2 mai.
Le 20 mars 1794, le citoyen M..., agent national près le district de Chambéry , donna commission au citoyen MaximeS... de parcourir les cantons du Bourget, d'Yenne, de Saint -Genix, de Novalaise, du Pont-Beauvoisin , des Echelles et de Saint-Thibaud de Couz , pour s'assurer si
les clochers et les châteaux étaient abattus , et si tous les signes de féodalité et de fanatisme avaient disparu, avec pouvoir de requérir partout les ouvriers nécessaires pour faire exécuter les arrêtés du représentant du peuple. On trouvera cette commission aux Pièces justificatives, n°30.
Le citoyen Sevez y mit une grande activité ; il parcourut cinquante-une communes en treize jours; il commença sa tournée le 30 mars. Nous voyons par les procès-verbaux qu'à cette époque , sur cinquante-un clochers , quarantequatre étaient entièrement démolis, six ne l'étaient qu'à moitié, un seul, celui d'Ayn , ne l'était pas du tout. Toutes ces démolitions avaient été exécutées par les conseils municipaux , non par impiété , mais par faiblesse et pour éviter de plus grands maux. Le 10 germinal an n (30 mars 1794), le citoyen Maxime Sevez se rendit à la maison commune du Bourget, où le maire et les officiers municipaux , convoqués d'avance, se trouvaient déjà réunis. Il lut la lettre de l'agent national et demanda si le clocher, les tours et châteaux qui existaient dans la commune, étaient démolis ; ils répondirent que le clocher était abattu, mais qu'il restait encore dans la commune deux tours appartenant l'une au citoyen Buttet , l'autre au citoyen Berthier; le commissaire ordonna à la municipalité de mettre en réquisition tous les ouvriers de la commune pour exécuter les ordres du représentant du peuple , après quoi il dressa son procès-verbal , le fit signer par tout le conseil et partit.
Le même jour , il se rendit à Bordeau , où il trouva la municipalité réunie. On lui répondit que le clocher était déjà abattu , ainsi que les quatre tours du château du ci-devant la Tour de Cordon , émigré , mais que le château
ne l'était pas encore. Il ordonna de requérir tous les ouvriers de la commune pour procéder de suite à cette démolition; il dressa ensuite son procès-verbal et se retira.
Le lendemain 11 germinal (31 mars), au Mont-du-Chat, la municipalité lui déclara que le clocher était démoli et qu'il n'y avait point de château dans la commune , mais que les ornements de l'église n'avaient pas encore été envoyés ; il ordonna de les envoyer sur-le-champ , dressa son procèsverbal et partit.
Le môme jour , à Saint-Pierre de Curtille, il apprit que le clocher était abattu, mais qu'il restait encore une tour, dépendant de l'abbaye d'Hautecombe, au lieu appelé à P...., et la moitié d'une autre , adossée au mur de clôture du château , qui ne l'étaient pas entièrement; il mit en réquisition tous les ouvriers de la commune pour exécuter de suite cette démolition.
Le même jour, à Lucey, on lui dit que le clocher était démoli , mais que le château du ci-devant marquis de Lucey, où il y avait deux tours, ne l'était pas encore; sur quoi il fit ses réquisitions et dressa son procès-verbal.
Le même jour , à Jongieux , on lui déclara que le clocher était démoli , mais qu'il existait encore deux tours , appartenant à la ci-devant comtesse de Vieux , au lieu appelé la Muraz, qui ne l'étaient pas; il ordonna de requérir tous les ouvriers disponibles pour les faire abattre au plus tôt.
Le même jour, à Billième , on lui répondit que le clocher était démoli, mais qu'il existait encore une petite tour appartenant à l'émigré Veuillet , marquis d'Yenne; il ordonna de la faire abattre sur-le-champ.
Le lendemain 12 germinal (1er avril), à Saint-Jean de Chevelu, on lui dit que le clocher paroissial était démoli, ainsi que les tours et créneaux qui existaient dans la com-
mune , à l'exception des châteaux de Chevelu , de La Forest et Champrond; il invitales officiers municipaux à mettre de suite en réquisition tous les ouvriers disponibles; ce qu'ils promirent de faire sous leur responsabilité.
Le même jour, à Saint-Paul, on lui assura que le clocher ainsi que les tours et créneaux étaient abattus et qu'il n'existait plus dans la commune aucun signe de royauté, ni de féodalité, ni de fanatisme, excepté le château de Choiseul; sur quoi il fit ses réquisitions ordinaires.
Le 2 avril , à Yenne , on lui déclara que les tours , créneaux et meurtrières étaient abattus , à l'exception du château de la Dragonnière appartenant au ci-devant Costa ; que le clocher était démoli à moitié; que les ouvriers refusaient de continuer, parce qu'ils n'étaient pas payés du travail déjà fait ; les municipaux déclarèrent qu'ils n'avaient aucuns fonds disponibles et qu'ayant adressé pour cela une pétition au district, ils n'avaient pas reçu de réponse.
Le même jour, à la Balme , on lui assura que le clocher était démoli et qu'il n'y avait aucun château dans la commune.
Le même jour, àTraize, il apprit que le clocher était démoli et qu'il n'existait plus dans la commune aucun signe de féodalité ni de fanatisme , sauf la tour carrée de la Martinière et le château de Beyrin appartenant au cidevant Perron , mais qu'eu égard à sa petite population, la commune n'était pas en état de les démolir sans être aidée par des ouvriers des communes voisines , surtout la tour de la Martinière , dont les murs avaient cinq pieds d'épaisseur.
Le 14 germinal (3 avril), auVillard, on lui déclara que le clocher était abattu, que les tours, créneaux et meur-
trières étaient démolis, saufle château du Villard ; il ordonna de faire travailler sur-le-champ à sa démolition.
Le même jour, à Loisieux, il s'assura que le clocher était abattu et qu'il n'existait dans la commune aucun autre signe de fanatisme ni de féodalité.
Le 4 avril, à Saint-Pierre d'Alvey, il apprit aussi que le clocher était démoli et qu'il n'existait aucun château dans la commune. On lui donna la même assurance à Trouet.
Le 1 6 germinal (5 avril) , on lui fit les mômes déclarations à Meyrieux, à Yerthemex , à Marcieux et à Gerbaix.
A Dulin , on lui répondit que le clocher n'était encore démoli qu'en partie, parce que l'urgence des travaux de la campagne avait empêché de continuer et que le château de Dulin et ses tours n'étaient pas encore abattus. Il fit ses réquisitions ordinaires pour la prompte exécution de cette démolition.
Le même jour , à Ayn , il ne trouva que le citoyen Dutruc, maire, qui lui apprit que le clocher n'était pas encore démoli et qu'il n'y avait aucune espèce de château dans la commune ; il fit ses réquisitions ordinaires et se retira.
Du 5 au 12 avril, l'infatigable démolisseur parcourut encore les communes de Saint-Alban de Montbel, Nances , Novalaise, Saint-Genix , Rochefort, Avressieux, Belmont, Pont-Beauvoisin, Domessin, Saint-Beron, la Bridoire , Verel-Montbel , Lépin, Oncin, Saint-Franc, la Bauche, les Echelles , Saint-Jean de Couz , Saint-Sulpice , Servolex, la Motte, Saint-Thibaud de Couz, Vimines, Corbel, Saint- Cassien et Montagnole. Partout il trouva les clochers déjà abattus , excepté qu'à Novalaise , au Pont-Beauvoisin , à Saint-Genix, à Rochefort et à Avressieux, la démolition n'était pas complète. Partout il invita les officiers municipaux à mettre en réquisition tous les ouvriers de la corn-
mune, pour terminer cette démolition sans délai. A Nances, on lui indiqua le château de l'Épine , dont les tours seulement avaient été abattues; à Novalaise, on lui montra de loin les ruines du vieux château de Montbel ; à Rochefort , on lui dit qu'il y avait encore dans la commune un vieux château avec deux tourelles ; à Saint-Genix, on lui nomma trois maisons où il y avait des meurtrières avec quelques restes de féodalité.
A Belmont, on lui fit connaître qu'il y avait encore dans la commune un château appartenant à François Perrin, ci -devant baron d'Athenaz ; il ne fit grâce à aucun château, à aucun débris, à aucune ruine; partout il ordonna de requérir tous les ouvriers de la commune pour faire disparaître sur-le-champ tous les signes du fanatisme et de la féodalité. Dans chaque cas il dressait son procèsverbal , le faisait signer par tous les officiers municipaux et ordonnait qu'il fût inséré dans les registres de la commune. Le 1 4 floréal (3 mai 1 794) , le citoyen Maxime Sevez adressa une pétition au district de Chambéry pour demander le payement de ses vacations. Ce salaire lui était bien dû; jamais Albitte n'avait été mieux servi.
Le 24 germinal (13 avril 1794), le citoyen Trivelli, architecte , fut envoyé à Hautecombe pour indiquer la manière de procéder à la démolition du clocher. Le citoyen Garbillon, ci-devant moine dudit monastère et alors régisseur des biens de l'abbaye, lui fit connaître que déjà, d'après un ordre du citoyen Morel , agent national, il avait commencé cette démolition et dépensé pour cela 330 francs. Le citoyen Trivelli évalua à 700 francs les dépenses qui restaient encore à faire et l'invita à continuer.
Tout prêtre convaincu d'avoir exercé une fonction ecclésiastique quelconque était arrêté , soumis au tribunal
révolutionnaire et condamné à la déportation. Dieu était comme exilé dans la conscience des personnes pieuses qui n'osaient plus prier qu'en secret. Partout ailleurs l'athéisme d'Albitte paraissait avoir pris le dessus.
Un jour, dans un chef-lieu de district1, la municipalité étant en séance, un citoyen observa que le fanatisme n'était pas entièrement détruit , que le ci -devant clerc de la paroisse conservait le seau avec lequel il portait de l'eau bénite dans les familles, qu'il avait encore de l'eau bénite chez lui, et que les femmes allaient lui en demander en secret. Aussitôt la municipalité députa deux de ses membres pour aller vérifier le fait ; ils trouvèrent le corps du délit; l'eau bénite fut versée dans la rue, le bénitier confisqué et porté à la municipalité qui en dressa procèsverbal. C'était une municipalité telle qu'Albitte les voulait.
Dans la séance du directoire du 9 pluviôse an n (28 janvier 1 794) , on lit mention de l'offre faite par la Société des minières de Saint-Georges d'Hurtières de six quintaux de cuivre rosette pour la fabrication d'une pièce d'artillerie, et de six quintaux de fonte pour les boulets nécessaires à l'assortiment de cette pièce. L'offre fut acceptée avec une mention honorable.
Par un arrêté du 24 pluviôse an n (12 février 1794), le directoire mit à la disposition des citoyens Lard et Maxime Bertier tous les jardins dépendants de l'Hôtel national de Chambéry pour l'établissement d'un jardin botanique, à l'exception du grand parterre supérieur.
En Savoie, un grand nombre de paroisses portaient des noms de saints, telles que Saint-Pierre, Saint-Michel, Saint-Jean de Maurienne, Saint-Etienne, Saint- Alban,
1 Saint-Jean de Maurienne.
Sainte-Marie, etc. C'était pour Albitte et ses conseillers une grave difficulté. Pour obvier à cet inconvénient, en quelques districts au moins, on prit le parti de changer la plupart des noms, comme on avait déjà changé ceux des rues de la ville de Chambéry. Saint-Jean de Maurienne fut appelé commune d'Arc; Moûtiers, Montsalin; Saint-Pierre d'Albigny, Albigny; le Bourg-Saint-Maurice, Nargue-Sarde. Cependant ce dernier nom ayant paru trop ridicule , on y substitua plus tard celui de Bourg-Maurice. On trouvera aux Pièces justificatives, n° 31 , tous ceux de ces noms nouveaux que nous avons pu nous procurer. Il nous a paru utile de les conserver. Au fond, il y avait en cela une fin profondément réfléchie. On voyait que le catholicisme, depuis son institution , avait pénétré partout ; on voulait le faire oublier et faire pénétrer partout à sa place l'esprit et les habitudes révolutionnaires.
Le christianisme avait pénétré surtout dans le calendrier. Le dimanche est le jour du Seigneur; les fêtes, les cérémonies, les offices de chaque jour, Pavent, le carême, nous rappellent successivement tous les mystères de la religion et tout ce qu'il y a de plus remarquable dans la vie des saints. Pour faire oublier toutes ces choses , la Convention nationale adopta un calendrier tout à fait nouveau. D'après cette invention, l'année commence le 22 septembre ; elle se divise en douze mois : vendémiaire, brumaire, frimaire , nivôse , pluviôse , ventôse , germinal , floréal , prairial, messidor, thermidor, fructidor. Tous les mois sont de trente jours; chacun est partagé en trois décades. ïl y avait, à la fin de l'année , cinq jours appelés complémentaires. Les jours de la décade sont primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, octidi, nonidi, décadi. La colonne du calendrier grégorien, où sont indiqués les
fêtes et les noms des saints dont l'Église fait l'office chaque jour, se trouve remplie par des noms de meubles, de plantes, de minéraux ou d'animaux. En général, on avait choisi des noms de meubles pour les décadis, par exemple : van, crible, cordeau, ruche, râteau, houlette; des noms d'animaux pour les quintidis, exemple : lapin, chat, taureau, vache, bouc, coq, etc., et des noms de plantes ou de minéraux pour les autres jours , exemple : laurier, coudrier, hellébore, noisetier, argile, marne, ardoise, etc. Il ne faut pas perdre de vue que ce calendrier avait été imaginé dans l'intention de faire oublier toutes les institutions religieuses. On avait établi des peines graves contre ceux qui chômaient le dimanche au lieu du décadi.
Cependant les habitants de la campagne tenaient encore à se procurer chaque année un Messager-boiteux ou un Dieu-soit-béni. Pour prévenir cet abus, le 1er novembre 1793, sur le rapport du comité d'instruction publique, le conseil général du département porta un décret par lequel il défendait sévèrement de se procurer des messagersboiteux, almanachs ou calendriers, venant de l'étranger, comme contenant des maximes , des préceptes ou des anecdotes propres à nourrir dans l'esprit du peuple des idées de superstition religieuse et d'éloignement pour les principes de la liberté. Il déclare que tous ceux qui, huit jours après la publication de ce décret, seraient trouvés nantis de quelques-uns de ces objets , seraient tenus pour suspects et punis comme tels.
Par un arrêté du 28 mars 1 793 , le conseil général du département avait déclaré suspects tous les prêtres non assermentés, tous les nobles, leurs agents et leurs domestiques, tous les employés de l'ancien régime, tous ceux qui avaient des correspondances avec les émigrés, etc.; il
avait notifié à tous ces suspects de se rendre de suite au chef-lieu du district et d'y demeurer sous la surveillance de la police. Il ajoute que ceux qui seraient soupçonnés d'incivisme seraient mis en état d'arrestation. Albitte trouva que ces peines n'étaient pas suffisantes; par un arrêté du 7 février 1794, il déclare que tous les biens des suspects seront sans délai séquestrés, que l'on prendra sur le revenu de ces biens : 1° ce qui sera strictement nécessaire pour la nourriture et l'entretien de ces personnes dans la maison d'arrêt; 2° ce qui sera strictement nécessaire pour l'entretien de leurs femmes et de leurs enfants, et que le surplus sera employé aux réparations des maisons d'arrêt, aux frais d'arrestation, aux dépenses et indemnités des comités de surveillance, et ensuite à des travaux d'utilité publique. Sous un gouvernement juste , on ne punit pas les" suspects, on les juge; punir sans jugement, c'est une injustice; mais Albitte n'avait pas la conscience si délicate. Ce qui est plus affligeant, c'est de voir que le conseil général du département et les directoires de district se montraient toujours disposés à exécuter ses volontés sans jamais faire aucune remontrance. Il est vrai qu'ils n'auraient pas pu en faire sans s'exposer; mais aussi qu'allaient-ils faire dans cette galère I
Dès son premier développement, la Révolution française s'est proposé l'abolition de la noblesse et de toute distinction entre les citoyens; déjà, dans la séance du 26 octobre 1792 , l'assemblée nationale des Allobroges avait prononcé la confiscation de tous les biens des émigrés absents du pays dès le 1er août précédent ; déjà, dans la séance du 27, elle avait décrété l'abolition de tous les titres de noblesse et de tous les droits féodaux. Ce n'était pas assez pour Albitte; pendant la courte durée de sa représentation , il
voulut persécuter la noblesse aussi violemment qu'il avait persécuté le clergé. Dans une proclamation du 13 mars 1794 , il la divisa en trois sections : les jeunes gens de dix à dix-huit ans; les hommes, les dames et les demoiselles de dix-huit à soixante-dix ans et les vieillards au delà de soixante-dix ans. Il prit sur chacune de ces trois sections des mesures extrêmement odieuses. (Yoy. Pièces justificatives , n° 32.)
L'art. 2 de cette proclamation porte que l'arrêté du 12 ventôse serait soigneusement exécuté à l'égard des jeunes gens de l'un et de l'autre sexe qui n'auraient pas atteint l'âge de dix-huit ans. D'après cet arrêté, on devait leur procurer à tous une éducation nationale, c'est-à-dire, une éducation propre à leur faire oublier entièrement leur noblesse et la condition de leur famille. A cette fin, on plaçait les jeunes gens dans un atelier, chez un cordonnier, un tailleur, un coutelier, un menuisier, un jardinier, et les demoiselles chez une modiste , une tailleuse , une lingère, une repasseuse, etc. A Chambéry, en exécution de cette disposition , la municipalité plaça le jeune marquis de Lescheraines chez le coutelier Leblond , le marquis de Traver-nay chez le cordonnier Burille, le comte de Vars chez le jardinier Martin-Burdin, le baron d'Athenaz chez le citoyen de Bry , bijoutier , Ernest de la Serraz chez le procureur Charvet et Alphonse de Morand chez l'armurier Magnin. M"e d'Arvillard, devenue ensuite Mme de Saint- Sulpice , qui avait alors dix-sept ans , laissa croire qu'elle en avait dix-neuf, parce qu'elle aimait mieux être en prison avec sa mère que d'être placée dans quelque mauvais atelier de couture. Le marquis de Lescheraines avait pris goût à l'état de coutelier, et plus tard, quand les jours de la Terreur furent passés , il voulut établir dans sa
propriété de Saint-Pierre d'Albigny , une grande fabrique qui causa la ruine de sa fortune.
Par l'art. I,r de la même proclamation, Albitte ordonnait à tous les ci-devant nobles de l'un et de l'autre sexe, non détenus , depuis l'âge de dix-huit ans jusqu'à celui de soixante-dix, de se rendre, dans le délai d'une décade, au chef-lieu de leur district, de s'y présenter devant la municipalité, qui les ferait conduire dans les maisons de sûreté préparées à cette fin, pour y être détenus jusqu'à ce que le gouvernement eut acquis la preuve de leur bonne conduite civique. Voilà donc tous les nobles de la Savoie, des deux sexes, de dix -huit à soixante- dix ans , emprisonnés simultanément. Les prisons se sont trouvées alors trop petites ; on a été obligé de les agrandir et d'en établir de nouvelles. A Chambéry, l'évéché et le couvent de Sainte-Claire en ville ont été convertis en prisons. Tour procurer à ces prisons improvisées le mobilier nécessaire , on dévalisa les maisons nobles de la ville et des environs. Dans un mémoire sur les émigrés , qui parait écrit par le comte Joseph de Maistre, on affirme qu Albitte avait le projet bien arrêté de faire égorger tous les nobles emprisonnés à Chambéry. on assure que quelques officiers français qui s'y trouvaient en garnison , convaincus de la prochaine exécution de cet atroce projet, passèrent plusieurs nuits en armes dans l'intention généreuse de sauver quelques victimes. Cette opinion parait confirmée par les expressions furibondes des considérants où Albitte dit que le peuple français devait proscrire jusqu'aux derniers vestiges de l'aristocratie, jusqu'au moindre germe de la lèpre féodale; que les progrès de la révolution ne pouvaient être assurés que par l'anéantissement total du criminel parti de l'opposition; qu'il était urgent de reconnaître ceux
de ces prisonniers qui étaient ennemis de la république et de déterminer le parti définitif à prendre envers euœ. C'est ainsi qu'Albitle se proposait de régénérer la Savoie. Ceux des nobles qui n'allaient pas volontairement se faire emprisonner au chef-lieu du district , y étaient aussitôt conduits par la force publique; Madame la marquise de la Chambre fat arrêtée à son château de Verdun , près de Cruet, et transférée à Chambéry sur une mauvaise charrette traînée par des bœufs.
Les vieillards au-dessus de soixante-dix ans , de l'un et de l'autre sexe , furent mis en arrestation domiciliaire dans leur propre habitation, ou à la maison commune, sous la surveillance de la municipalité. Ceux qui avaient de la fortune , étaient obligés de nourrir et de payer le gendarme placé à leur porte. De cette manière , l'incarcération de la noblesse fut complète en Savoie. Le papier-monnaie continuait à rendre le commerce impossible; le 25 ventôse an ii (15 mars 1794), le directoire arrêta que le district de Moûtiers serait tenu , sous sa responsabilité , de mettre à la disposition du commissaire de la municipalité de Chambéry trois mille gruyères qui seraient payés d'après la loi qui fixe le maximum du quintal. Les fromages n'arrivèrent pas; la municipalité de Chambéry resta au pain sec.
Le 26 mai 1794, l'administration du district de Chambéry fit un règlement pour les prisonniers détenus dans la maison commune, c'est-à-dire, à l'évêché, qui comprenait encore alors toute la maison Gouvert. (Voy. Pièces justificatives, n° 33.) On déclare, dans les considérants de ce règlement, que tous les suspects détenus, étant coupables de coalition avec les ennemis de la république, sinon de fait, au moins de volonté, ne doivent pas être nourris mieux que les militaires en activité de service , que leur
dépense totale ne doit pas aller au delà de 50 sols par jour , et que le surplus de leur revenu doit être employé en objets d'utilité publique; les ci-devant prêtres, les ci -devant nobles et les femmes , détenus pour cause de suspicion, doivent toujours être séparés en trois classes et n'avoir aucun rapport les uns avec les autres. On voit par les portions en pommes de terre , légumes et autres hortolages qui leur sont fixées, que leur régime était extrêmement sévère; ajoutez que l'entreprise de ces fournitures était mise aux enchères. Ceux qui faisaient de petits bénéfices en travaillant , pouvaient ajouter quelque chose à ce régime ; mais ceux qui avaient des revenus, ne pouvaient pas y toucher; le gouvernement en avait l'administration; on prenait là-dessus pour leur entretien de chaque jour ; le surplus était confisqué1. Pour extirper le fanatisme, c'està-dire , pour détruire autant que possible tout sentiment religieux, il était rigoureusement défendu aux détenus d'avoir d'autres livres que les bulletins de la Convention nationale et autres écrits civiques, ce qui devait être pour eux une grande privation. On était moins sévère aux prisons de Moûtiers , on y permettait au moins la lecture de Robinson-Crusoé. On voit par tout cela que les détenus n'étaient accusés d'aucun crime et qu'ils étaient incarcérés seulement pour suspicion, ou comme coupables de coalition sinon de fait, au moins de volonté. Une dame de Chambéry5 avait laissé un jeune enfant
1 Un vieux perruquier du faubourg Montinélian avait été nommé régisseur national des biens du comte Devieux, tenu en arrestation domiciliaire; les habitants de la rue Croix-d'Or l'accablèrent tellement de menaces qu'il fut obligé de cesser ses fonctions.
2 Madame la marquise de la Serraz.
entre les mains de ses domestiques ; on ne voulut jamais permettre de le lui porter en prison. Elle se résigna à se le faire présenter de temps en temps à la fenêtre d'une maison voisine ; là elle pouvait le voir de la fenêtre de sa prison et lui adresser quelques paroles de caresses.
Il paraît que les femmes occupaient la partie de l'ancien évêché qui appartient aujourd'hui à M. Gouvert; car elles entendaient de leurs chambres les discussions des jacobins qui tenaient leurs assemblées dans la chapelle des pénitents. Cette partie était séparée de celle des prêtres par une porte que le concierge tenait exactement fermée. Cependant cette porte était devenue comme la grille d'un confessionnal; les femmes se confessaient par la serrure; c'est D. Graugnard, prieur de Saint-Hugon, qui y exerçait plus ordinairement ce ministère.
M. Chaboud, vicaire épiscopal de M. Panisset, avait encore eu assez de fermeté pour refuser le serment d'Albitte , il fut renfermé à l' évêché. Un jour , une dame respectable et âgée, Madame Bertrand de Chamousset, mère du colonel marquis de Chamousset , qui fut tué à la prise du Petit- Saint- Bernard, était occupée à nettoyer elle-même un petit chaudron à la fontaine : « C'est fort bien , lui dit M. Chaboud qui survint en ce moment, mais nous sommes à Pâques , Madame , il faudra penser aussi à récurer le chaudron de votre conscience. — Monsieur l'abbé, lui répondit-elle , quand je voudrai récurer le chaudron de ma conscience , je ne vous prendrai pas pour mon marmiton. » M. Chaboud obtint son élargissement à l'arrivée du représentant Gauthier. Il se retira alors chez lui , place de l'Herberie , où il mourut- le 19 avril 1795 , à soixante-quatre ans. Il ne conste pas qu'il ait rétracté ses principes constitutionnels.
Le marquis de Chignin , homme extrêmement respectable et coupable seulement de beaucoup de bonnes œuvres, était détenu déjà depuis longtemps dans les prisons nationales ; on n'y avait pas plus d'égards pour lui que pour les prisonniers prévenus de vol ou de meurtre. Étant tombé gravement malade , il était gardé pendant la nuit par deux misérables domestiques de la prison , qui l'accablaient d'injures et lui arrachaient la barbe en disant : « C'est un saint, prenons de ses reliques. » Heureusement une personne charitable obtint la faveur de le faire transporter à l'Hùtel-Dieu ; il était préfet de la congrégation des nobles et par là môme président de l'administration de l'hôpital ; il y mourut parmi les pauvres dans la salle dite de Saint-Pierre, au n° 2.
Le concierge de l'évêché était un citoyen français, nommé Rieux; il avait une demoiselle de dix-huit ans, appelée Benoîte ; elle avait figuré comme nymphe à la fête de la déesse Raison. Le soir , quand le père rentrait dans sa chambre avec son trousseau de clefs, Benoîte lui lisait les journaux révolutionnaires. « Mais, Benoîte, lui dit un soir Rieux, il y a plusieurs jours que tu ne me lis plus le journal?— Oh! papa, lui répondit-elle, depuis qu'on a cessé de guillotiner, il n'y a plus de plaisir aie lire. » La fille d'Hérodiade n'aurait pas mieux dit. Plus tard , Rieux obtint de l'avancement; il devint concierge des prisons nationales. Persuadé un jour que Benoîte avait pris de l'affection pour un assassin, nommé Rosset, et qu'elle avait favorisé sa fuite, il la maltraita si brutalement qu'elle en mourut.
Cependant la guillotine n'avait pas encore fonctionne en Savoie. Un jour, on vit placardé dans les carrefours de la ville de Chambéry un avis officiel par lequel on annonçait
que les ennemis de la République, les prêtres réfractaires, les nobles privilégiés, les émigrés et autres scélérats, allaient enfin expier sous le couteau national les attentats qu'ils avaient commis. On invitait ceux qui prétendaient à la place d'exécuteur à se faire inscrire au directoire du district dans le délai de nuit jours. On ajoutait que le traitement de ce fonctionnaire était fixé à 2,400 francs. Cet avis, qui est sans date , paraît être des premiers jours de mars 1794. (Voy. Pièces justificatives , n° 34). Le 25 floréal an n (14 mai 1794), un citoyen, nommé Pierre Dérippe, présente une pétition au directoire du département pour obtenir la place. Le citoyen Olive, président, l'invite à fournir un certificat de capacité ; il n'en a point ; sa nomination est ajournée. A la fin de la séance, il retire sa pétition en disant qu'il ne se sent pas la force nécessaire pour exercer cette fonction. Le directoire essaye en vain de relever son courage. La place fut donnée à un nommé Laurent Reine ou René, étranger à la Savoie. Dans une pétition du 1er août 1794, adressée au tribunal criminel, il déclare que le vif empressement dont il est animé pour détruire les ennemis de la révolution et du bon ordre l'avait seul déterminé à accepter; que la loi lui allouait un traitement de 2,400 francs et 1 ,600 francs pour deux aides, outre une indemnité de 36 francs pour chaque déplacement; que, malgré toutes ses recherches, il n'avait pu trouver qu'un seul aide , nommé Joseph Porte, qui voulait absolument 1 ,200 francs et participer à l'indemnité en cas de déplacement. Il demandait qu'on lui permît de ne prendre qu'un seul aide, auquel il donnerait 1,200 francs à condition que les autres 400 francs lui seraient alloués en augmentation de traitement. Il s'engage, sous sa responsabilité personnelle , à exécuter avec ce seul aide tous les
jugements criminels dans le ressort du Mont-Blanc , et assure que la justice y serait servie avec la même célérité. Il ajoute que différemment il se verrait contraint de renoncer à ses fonctions.
Le tribunal criminel , considérant que , n'ayant pas été possible de trouver un exécuteur dans le département, quelques démarches qu'aient pu faire à ce sujet les autorités constituées , il serait bien plus difficile encore de lui trouver un aide. Il est d'avis , en conséquence , qu'il est le cas d'accepter les conditions de Laurent Reine et arrête qu'un extrait de la pétition serait adressé au conseil du département et à la commission des administrations de police et des tribunaux. L'arrêté , qui est du 1er août 1794 (1 4 thermidor an n) , est signé par les citoyens Curial , président; Favre-Buisson, accusateur public; Crespet, Ravier, Pichon , juges , et Curton , greffier.
Le 1 5 thermidor (2 août 1 794) , le conseil du département demanda au tribunal criminel si le citoyen Reine et son aide étaient en activité de service; le tribunal répondit qu'ils étaient si bien en activité que le 1 1 du môme mois (29 juillet 1794) ils avaient exécuté le jugement de mort prononcé contre Claudine Déglise-Cavet, de la commune des Forges , ci-devant Sainte-Hélène des Minières.
Le 12 fructidor (29 août 1794), Favre-Buisson invitait le citoyen Reine à se rendre à Montsalin (Moûtiers), le 16 du courant , pour l'exécution des nommés Deschamps , Carrier et Sébastienne Chevrier.
Le 23 fructidor (9 septembre 1794), Favre-Buisson écrivait au directoire du département qu'il avait fait faire parle sieur Berthet, charpentier, six plans d'échafauds pour les autres districts du département, pour éviter les embarras du transport; que ces échafauds se trouvaient
alors partout exécutés dans les mêmes proportions, en sorte que dès lors on n'aurait plus à transporter dans chaque district que le seul glaive de la justice.
Le 2 prairial an m (21 mai 1795), le citoyen Reine présente au tribunal criminel une pétition, dans laquelle il expose qu'il a reçu l'ordre de se rendre à Carouge pour y exécuter plusieurs jugements , mais qu'il est dans l'impossibilité de s'y transporter par défaut de ressources, attendu que toutes les denrées se trouvaient alors d'un prix très élevé ; il prie instamment le tribunal de lui faire accorder un secours suffisant pour qu'il puisse se rendre dans les différents districts où il a des exécutions à faire. On trouvera cette pétition aux Pièces justificatives, n° 35; on y verra que Laurent Reine traitait la langue française comme il avait l'habitude de traiter le genre humain.
Dans sa séance du même jour, le tribunal reconnaît que la pétition mérite d'être prise en considération , « étant notoire , dit-il , que la livre de pain coûte dans ce département jusqu'à six livres et que la cherté des autres denrées s'est accrue dans la même proportion. » Il arrête que la pétition sera renvoyée à la commission des administrations civiles de police et des tribunaux, et cependant il est enjoint au pétitionnaire d'aller remplir ses fonctions sans délai. Signé : Curial, président; Sanche, accusateur public; de la Charrière , Bain , Chamay, juges , et Curton, greffier.
Le 5 floréal an n (24 avril 1 794) , le Petit-Saint-Bernard fut pris d'assaut par les troupes de la République ; les Piémontais firent une tentative pour le reprendre le \ 8 juin suivant. Il y eut ce jour-là une affaire très vive et beaucoup de morts et de blessés de part et d'autre. Le colonel marquis de Chamousset y fut tué; un adjudant général y fut blessé et fait prisonnier. Les Français , commandés par le
général Badelaune, refoulèrent les Piémontais jusqu'au delà de la Thuile. (Voy. Pièces justificatives, n° 36.)
Dans le courant de l'année 1794, quatre prêtres du diocèse de Genève furent condamnés à mort; ce sont MM. Vernaz, Morand, Revenaz et Joguet.
M. Vernaz François, né à Chevenoz en Chablais le 27 mars 1 759, était vicaire de la paroisse de Fessy ; il ne prêta aucun serment, ne sortit point du diocèse et continua d'exercer le saint ministère secrètement en différentes paroisses. Un jour qu'il était appelé pour administrer un malade dans un hameau près d'Evian , on lui représenta qu'il ne pouvait y aller sans danger. « Quoi qu'il puisse arriver, répondit-il, je ne priverai pas des sacrements un mourant qui les réclame. » Il fut arrêté dans la paroisse de Saint-Paul le 20 février 1794, traduit à Thonon le 21 , condamné à mort le même jour comme prêtre réfractaire et fusillé le 22 à l'âge de trente-quatre ans. D'après toutes les lois révolutionnaires publiées jusqu'alors, il devait être condamné à la déportation seulement. ïNous ne savons pas pourquoi le tribunal de Thonon l'a condamné à mort, ni pourquoi il n'a pas laissé au moins vingt-quatre heures entre l'arrestation et la condamnation. (Voy. Guillon, les Marty s de la foi, t. IV, p. 70.)
M. Morand Joseph-Marie naquit au Biot en 1762. Après son ordination à la prêtrise, il fut nommé vicaire dans sa paroisse natale. Après la proclamation du 8 février 1793, il refusa de prêter le serinent exigé et se retira à Monthey, en Valais. Sur la fin de la même année, pressé par le désir de travailler au salut de tant de fidèles qu'il savait privés de tout secours religieux , il rentra secrètement en Chablais et y remplit les fonctions de missionnaire avec zèle et dévouement pendant quatre à cinq mois. Au mois de mai il fut arrêté , conduit à Thonon , jugé par une commission
militaire , condamné à mort et fusillé le lendemain à l'âge de trente-deux ans. On lui appliqua l'art. 6 de la proclamation des représentants Simond et Dumas, du 28 septembre 1793, d'après lequel tout émigré rentré devait être condamné à mort. C'est sans doute Albitte qui nomma la commission militaire. (Voy. Guillon, t. IV, p. 104; Carron, les Confesseurs de la foi, t. III, p. 398.)
M. Revenaz François-Marie , né à Seyssel, diocèse de Genève, le 17 septembre 1752, fut promu au sacerdoce à Annecy en 1782 ; il fut, pendant quelque temps, aumônier des religieuses Ursulines de Gex; il exerça ensuite successivement le saint ministère en plusieurs paroisses du diocèse de Genève. En 1793 , il prêta le premier serment sans adhérer au schisme; mais il le rétracta peu de temps après, en montrant un vif regret de l'avoir prêté. Il n'émigra point et continua d'exercer le saint ministère en secret comme missionnaire. Pendant le carême de 1793, il se rendit à Grenoble, et y ayant reçu des supérieurs légitimes les pouvoirs nécessaires, il y exerça aussi le saint ministère pendant quelque temps. S'apercevant qu'il était surveillé, il fit le sacrifice de sa vie et dit : « Quoi qu'il puisse m' arriver, je n'abandonnerai point les fidèles qui ont besoin de mon ministère. » Il parcourut courageusement plusieurs communes des diocèses de Grenoble et de Valence , déguisé en marchand forain ; se trouvant à Saint-Marcelin le 18 janvier 1794, il fut livré aux gendarmes, pour une modique somme d'argent, par la servante d'une maison où il venait d'administrer un malade. Le 20 janvier, il fut enchaîné et conduit à Grenoble; il s'y trouva confondu dans les prisons avec un grand nombre de scélérats sans éducation et sans principes religieux. Chaque jour on l'accablait des plus grossières injures. Il put cependant profiter de sa longue détention
pour écrire à plusieurs personnes et spécialement à une de ses sœurs des lettres très édifiantes1. Au mois de juin, il subit plusieurs interrogatoires, dans lesquels les juges le traitaient d'une manière infâme. « S'il n'y avait point de bourreau, disait un jour l'un d'entre eux, je serais moimême avec plaisir le bourreau de ce b... là. — « J'aurai le plaisir, ajoutait le greffier, de voir guillotiner ce coquin, ce scélérat , des fenêtres de ma chambre qui est très bien située pour cela. » Cette scène dégoûtante montre jusqu'à quel point cette espèce de magistrature était avilie. Il fut condamné à mort et exécuté à Grenoble le 26 juin 1 794 , à l'âge de quarante-un ans, avec un autre prêtre du diocèse de Toulon, nommé Guillabert, après une détention de cinq mois. Cette condamnation était injuste même d'après les lois révolutionnaires, qui ne condamnaient les prêtres réfractaires qu'à la déportation et non à la mort. (Voy. Carron , t. 1er , p. 400 ; Guillon, t. IV , p. 442 ; Dépéry , Hist. hagiol., t. II, p. 412.)
M. Joguet Charles, né au Crest-Volland en 1763, fut promu au sacerdoce à Annecy en 1 790 et nommé vicaire à Chênes près de Genève. Après la proclamation du 8 février 1793 , il se réfugia en Piémont. Il y trouva un asile très convenable à Mondovi , dans une communauté religieuse. De là il revint un jour à Turin pour faire connaître à Mgr Paget , son évoque , qu'il se sentait pressé d'un grand désir de revenir en Savoie pour y travailler au salut
1 L'abbé Revenaz et sa sœur Péronne étaient nés à Seyssel, en France , d'un père natif de Saint-Nicolas de Véroce en Faucigny. Péronne épousa un nommé Pomel , de Chambéry ; elle fut longtemps veuve et toujours occupée de bonnes œuvres. C'était la grand'mère de M. l'avocat Veraaz, actuellement juge au tribunal de Chambéry.
des âmes. Monseigneur lui exposa les dangers auxquels il s'exposait , sans cependant le détourner entièrement de son pieux projet. Il traversa le diocèse d'Àoste , où il exerça le saint ministère pendant quelque temps dans la paroisse de Nus. De là il se rendit en Valais par le Grand-Saint- Bernard. Du Valais il vint à Chamonix et arriva le 28 avril aux Ouches , où il passa plusieurs nuits , occupé à entendre les confessions. Il exerça ensuite le saint ministère pendant quelque temps à Mégève , à Flumet , à Héry , à Ugines et à Crest-Volland , son pays natal. L'administration du district de Cluses, s'en étant aperçue, le fit surveiller avec soin. Il y fut arrêté chez Marie Clarey-Claresy , sœur de sa mère , le 9 du mois d'août 1 794 , et conduit à Cluses. On le traita si brutalement qu'il fut même blessé d'un coup de sabre par l'un de ses conducteurs. On avait arrêté, le même jour, dans une paroisse voisine, M. Neyre, qui devint plus tard curé de Thonon et ensuite supérieur du grand-séminaire d'Annecy. En passant sur le soir à Combloux , M. Neyre échappa à ses conducteurs en se jetant dans un précipice où il se cassa la jambe. Il y demeura jusqu'à ce qu'un paysan le découvrit par hasard et le transporta chez lui. Arrivé à Cluses , M. Joguet fut livré à une commission militaire nommée parle général de la division. On lui donna pour défenseur un horloger de Cluses , nommé Gambaz; celui-ci lui représenta qu'il n'avait qu'un seul moyen de se sauver, c'était de soutenir qu'il n'était jamais sorti de Savoie; « car, ajouta-t-il, si l'on vous juge comme émigré rentré, vous êtes certainement condamné. — Il en sera ce qu'il pourra, répartit M. Joguet, je ne veux pas sauver ma vie par un mensonge. » Il fut en effet condamné à mort et fusillé dans un pré , à six minutes de Cluses, le li août 1794. Un sous-officier s'étant avancé pour lui
bander les yeux, il s'y opposa en disant : « Laissez-moi regarder le ciel. » Honneur à ces quatre confesseurs de la foi ; ils ont imité courageusement les martyrs des premiers siècles de l'Église.
Arrêtée le même jour, la tante fut conduite à Chambéry et détenue dans les prisons nationales comme prévenue d'avoir donné asile à un prêtre réfractaire et de l'avoir assisté. Elle cherchait à se défendre en disant qu'elle ne possédait au monde que cette petite maison, qu'elle l'avait donnée à son neveu pour faire son titre clérical et que dès lors elle n'en avait plus la propriété. Cette raison ne fut pas accueillie; elle n'obtint son élargissement qu'au mois de septembre , après l'arrivée du représentant du peuple Gauthier, qui succéda à Albitte le 28 du mois d'août. Quinze jours plus tard, M. Joguet était sauvé. (Voy. Guillon, tom. III, pag. 334; Carron , tom. II, pag. 40.)
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