‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 14 sur 61 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Renouvellement des administrations. — Prêtres déportés. — Favre- Buisson. — Mise en liberté. — Lanslebourg et Lanslevillard. — District de Mont-Salin. — Ferblanc des clochers. — Cocardes. — Rieux. — Grille. — Jaillet. — Démaison et Rey. — Disette. — Théâtres. — Lanslebourg et Lanslevillard. — Clochers de la Cathédrale et de Lémenc. — Prise de la Bastille. — Mobilier des prisons. — L'émigrée Tarnessieux. — La guillotine. — Ponts d'Annecy et des environs.

Aussitôt après son arrivée en Savoie , Albitte voulut renouveler toutes les administrations. Par un arrêté du 28 février 1794, après avoir pris l'avis de la Société populaire , il nomma membres du conseil général du département, les citoyens Favre-Buisson, Chamoux, Jacquier, Somelier , Olive, Gucher, Grand et Dufour.

Le même jour , il nomma membres de l'administration du district de Chambéry, les citoyens Curtelin, Ruffard, Porral et Prallet. Il nomma conseillers d'administration, les citoyens Labeye , Doppet l'aîné , Dupasquier Antoine , Charvet, Tardy, Pichet, Chabert , Raymond père, et agent national, Morel.

Il nomma membres de la municipalité de Chambéry, les citoyens Mansord, agent national, Bal, Guy; — officiers municipaux, les citoyens Sancet, Burnier, Sylvoz, apothicaire, Forêt l'aîné, Dacquin , Viviand, Berthier, Chaboud,

Dubois, Tiolier, Fleury Victor; — notables, les citoyens Gay, Chamoux aîné, Dalais, Munéry, Songeon , Martin- Burdin , Trouillet, Fleury, Champrond , Doppet père, Berthet, Désay, Bret, Gayme, Puget, perruquier, Jourdan, Grangeat, Pittit, Buchard, Yincenty, orfèvre, Barandier, Michaud, tailleur, Sanctus.

Il nomma membres du comité de surveillance , les citoyens Genot, Crépine, Gargoux fils aîné, Hippolyte, maçon , Gayme , Lognoz , chaussetier , Bertrand, Chamoux, Buttet, Blanc aîné, Verdet fils.

Membres du tribunal civil, les citoyens Garni père, Sanche, Jacquier, Chapperon Louis, Puget, perruquier, Claude Verney, commissaire national; Claus, greffier.

Membres du bureau de conciliation, les citoyens Revel , Perrot, Lasalle, Sonnet, Dufrêne, Yincenty.

Il nomma juge de paix du canton septentrional de Chambéry, le citoyen Filliard, et assesseurs, les citoyens Martin, Guy, Lullin, imprimeur, Sibuet, perruquier; Laconche, greffier.

Il nomma juge de paix du canton méridional, le citoyen Yernier , et assesseurs , les citoyens Georges , Yiviand aîné, Bernard, perruquier, Trouillet, chamoiseur; Bal, greffier.

Il nomma juge de paix du canton de la campagne , le citoyen Debry , orfèvre ; et assesseurs , les citoyens Porral, orfèvre, Bourille, cordonnier, Métrai, Martin; Yissol, greffier.

De temps immémorial on était en usage de distribuer des croix aux élèves dans les collèges , comme marques de distinction; cet usage ne pouvait pas se concilier avec les principes professés par Albitte. Sur la demande du citoyen Socquet, professeur de cinquième, la municipalité de Cliambéry fit remplacer les croix par des médailles.

Par un arrêté du 1 5 ventôse an h (5 mars 1 794) , le représentant du peuple Albitte ordonna à tous les agents nationaux près les districts des départements de l'Ain et du Mont-Blanc de prendre les mesures les plus sévères pour exécuter, à l'égard des prêtres condamnés à la déportation , la loi du 26 août 1 792 et la proclamation des représentants du peuple, du 8 février 1793; il leur prescrit, en conséquence, de faire conduire sans délai , sous bonne escorte , tous les individus soumis à cette loi qui se trouvent dans leurs districts , dans la commune de Lorient , département du Morbihan, pour y être détenus jusqu'à la déportation.

Le lendemain, 16 ventôse (6 mars 1794), l'administration du district arrête que les nommés Claude Nozier, Dominique Mossier, Joseph Maniglier, Joseph Truchet, JeanGranger, Adrien Boniface, tous prêtres réfractaires non sexagénaires, détenus dans la maison commune de Chambéry , seront de suite traduits à Lorient par la gendarmerie , de brigade en brigade, pour y demeurer renfermés jusqu'au départ. On ajoute que chacun de ces individus recevra cinq sols par lieue. L'arrêté est signé par les citoyens Delabeye, président; Morel, agent national ; Gabet, secrétaire.

Le 12 mars 1794, Favre-Buisson a été nommé par le représentant du peuple procureur général syndic; il n'a exercé cette fonction que pendant deux mois; car, le 12 mai suivant, il a été nommé accusateur public près le tribunal criminel du département.

Le 11 germinal an n (31 mars 1794), prenant en considération le rapport des officiers de santé sur l'état maladif de quelques détenus , le représentant Albitte arrête que la veuve Morand et sa fille , la femme Morand , née Costa , la femme Brun , née la Bâthie , avec sa fille de dix-huit ans , la veuve Montfalcon , née Favier , et le nommé Favre , de la

Croix-Rouge, âgé de quatre-vingts ans, seront mis en arrestation domiciliaire sous la surveillance d'un garde, à leurs frais.

Le nommé Regard se trouvant atteint d'un rhumatisme avec fièvre habituelle depuis neuf. mois, le représentant arrête qu'il pourra être transféré chez lui et y demeurer en état d'arrestation domiciliaire sous la garde d'un sansculotte, à ses frais.

Jeanne-Baptiste, veuve Balland, ayant prouvé aussi par les attestations des médecins que sa santé était gravement compromise et que sa fille était obligée de rester auprès d'elle pour la panser, Albitte consentit àce qu'elle demeurât en arrestation domiciliaire sous la garde d'un pauvre sansculotte, à ses frais. Le citoyen Philibert Salteur, qui se trouvait atteint d'une hémiplégie , obtint aussi la permission de sortir et de se promener, accompagné d'un garde. Le même jour, 31 mars 1794, sur le rapport du comité de surveillance , Albitte fit arrêter et conduire dans la maison de détention de Sainte-Claire le nommé François Villat, ex-président de l'administration du département.

Au mois d'avril 1794, les Français avaient 2 ou 3,000 hommes de troupes à Lanslebourg ; les Piémontais occupaient le Mont-Cenis. Comme les habitants de Lanslebourg sont propriétaires de tout le plateau du Mont-Cenis, ils étaient obligés d'y aller souvent pour y conduire et soigner leur bétail; ce qui occasionnait des rapports entre eux et les Piémontais. Le commandant général de l'armée des Alpes les accusa d'être ennemis de la révolution , de servir d'espions aux Piémontais, de les avertir de tous les mouvements des troupes françaises et de leur fournir des provisions. Il en fit un rapport au représentant du peuple Gaston, qui se trouvait alors à Modane. Le 30 germinal

an ii (19 avril 1 794) , Gaston prit contre eux une détermination atroce; il arrêta, 1° que les habitants des villages de Lanslebourg et Lanslevillard seraient tous transférés, hommes, femmes et enfants, sous bonne escorte, au fort de Barraux; que les hommes y seraient employés aux travaux des fortifications et que les journées seraient payées à ceux qui ne s'étaient pas montrés ennemis de la révolution;

2° Que les femmes et les enfants seraient employés à des travaux proportionnés à leur capacité et payés en raison de ce qu'ils feraient;

3° Que les infirmes et les vieillards seraient nourris aux dépens de la République, et que la subsistance militaire serait fournie à tous sur la route jusqu'à Barraux ;

4° Que les effets et approvisionnements de toute nature et le bétail de toute espèce qui se trouveraient dans ces deux hameaux, seraient en même temps transférés au fort de Barraux, où ils seraientmis en dépôt, sous la surveillance du commandant de la place, pour servir à l'usage et à l'entretien des habitants transférés. Le général en chef de l'armée des Alpes était chargé de fournir les forces nécessaires pour faire exécuter ce terrible arrêté dans deux fois vingt-quatre heures. (Voy. Pièces justificatives, n° 37.) La population de ces deux communes , qui est aujourd'hui de 2,1 12 individus, devait être alors au moins de 1,600. Il s'agissait de transférer immédiatement à Barraux tous ces habitants, leur bétail, leurs meubles et leurs provisions, et de ne laisser à Lanslebourg et à Lanslevillard que des maisons vides.

Le général prit sur-le-champ les dispositions nécessaires pour faire cerner les deux communes ; cela ne put se faire si secrètement qu'il n'en transpirât quelque chose. A la

première nouvelle, une profonde désolation pénétra dans toutes les familles. Un grand nombre d'individus prirent la fuite ; ils se réfugièrent dans les bois ou dans les paroisses des environs ; les autres furent enveloppés par la troupe et conduits d'étape en étape jusqu'à Barraux; plusieurs réussirent encore à s'échapper le long de la route. On conduisait après eux de nombreux troupeaux de bètes à cornes ; comme on manquait de moyens de transport , on ne put emporter qu'une partie des denrées et du mobilier; les soldats prirent le reste. La ruine des deux communes fut complète. Deux jours après, le 21 avril, voyant avec regret que l'opération n'avait réussi qu'imparfaitement, le représentant Gaston prit un second arrêté , toujours daté de Modane, par lequel il expose miséricordieusement que les habitants de Lanslevillard s'étaient rendus coupables d'un grave délit en abandonnant leurs foyers au moment où les troupes républicaines allaient les soustraire au joug de la tyrannie et les conduire dans l'intérieur de la République pour leur faire éviter les horreurs de la guerre ; persuadé que plusieurs d'entre eux se sont cachés dans les bois ou dans leurs maisons par crainte ou par pusillanimité , voulant prouver que les républicains savent pardonner , pourvu qu'on leur manifeste un sincère repentir, il déclare que ceux des fugitifs qui voudront réparer leurs torts, devront, dans le délai d'une décade, se présenter à Saint-Jean de Maurienne, où ils se feront inscrire sur un registre ouvert au secrétariat du district et de là se rendre à Barraux , où le commandant du fort leur assignera des logements. Il décerne ensuite des peines très graves contre ceux qui seraient convaincus d'avoir passé à l'ennemi. Cette charitable exhortation n'a ramené personne;

les fugitifs sont demeurés errants dans les bois et dans les paroisses voisines. (Voy. Pièces justificatives , n° 38.)

Dans un arrêté du lendemain 22 avril , le représentant Gaston déclare que les bestiaux, emmenés de Lanslebourg et Lanslevillard sous l'escorte d'un détachement militaire, seront conduits partie à Saint-Jean, partie à Chambéry et partie à Grenoble , que cent têtes de ces bêles à cornes seraient vendues aux enchères à Saint -Jean pour la République, que cent têtes seraient aussi vendues aux enchères à Chambéry, et que le reste serait conduit à Grenoble. Il ajoute que les personnes de tout âge et de tout sexe , emmenées de Lanslebourg et de Lanslevillard , seraient immédiatement traduites au fort de Barraux , où elles seraient sous la surveillance de la municipalité et du commandant du fort. On a vu, par l'état qui en a été dressé, qu'ils n'y étaient qu'au nombre de 240 ; tout le reste était en fuite. Cependant quelques personnes du pays, qui y ont été, ont assuré qu'ils y étaient au nombre de 550. On porte les pertes des deux communes à 300,000 fr. (Voy. Pièces justificatives, n° 39.)

Le 29 avril, le citoyen Rivet, de Lanslebourg, membre du tribunal criminel du département , obtint du représentant Albitte la permission de faire venir de Barraux chez lui à Chambéry son père , sa mère et ses trois sœurs , et de reprendre ceux de leurs bestiaux qui n'auraient pas été vendus.

Dans la séance du directoire du département, du 7 prairial an n (26 mai 1794), les membres composant le conseil général du district de Mont -Salin furent condamnés à restituer au gouvernement la somme de 28,101 fr. 15 c, qui se trouvait dans la caisse du district à l'arrivée des Piémontais, parce qu'ils furent convaincus d'avoir négligé de la mettre en sûreté.

Les citoyens Micbely et Nadal , commissaires chargés de l'habillement des troupes, avaient obtenu des représentants du peuple l'autorisation de disposer de tout le ferblanc provenant de la démolition des clochers du département pour l'employer à la confection des bidons, gamelles et marmittes; mais comme il fut reconnu que ce vieux ferblanc ne pouvait pas servir à cet usage, le 15 prairial (3 juin 1794), on leur permit d'en prendre pour la même fin à la manufacture d'armes d'Annecy.

Le 21 prairial an n (8 juin 1794), Jeanne Ginet, Jeanne Guicher et Françoise Tiolier, furent condamnées par la municipalité de Chambéry à huit jours de prison pour avoir été trouvées sans cocarde; le 27 juin, Jeanne-Marie Dunand, de Mont-Salin , domestique chez le nommé Livron, fut condamnée à la même peine; elle exposa, pour se justifier, qu'ayant été mouillée et obligée de changer de coiffe , elle avait oublié d'attacher une cocarde à la seconde coiffe. L'excuse ne fut pas reçue. Le procès-verbal dit par mépris le nommé Livron, et non pas le citoyen Livroji, parce qu'il s'agissait de M. de Livron, qui était noble.

Le traitement du citoyen Rieux, concierge de l'évêché changé en prison, était de 2,400 fr. Il avait cinq domestiques à 30 sols par jour et deux portiers à 40 sols; il avait pris l'engagement de nourrir tous les détenus pour 2 fr. 25 c. par jour. La nourriture était la même pour tous. L'usage de l'argenterie leur était interdit. On fit une perquisition pour leur enlever tous les meubles en or, argent et autres objets précieux. Ceux des détenus qui étaient sans fortune , devaient être nourris aux dépens de ceux qui en avaient. Le 6 juin 1794, on fit placer des grilles aux fenêtres pour empêcher les détenus de voir dans la rue. Le directoire fit payer 192 fr. 3 sols au citoyen

Labiche, pour 1,281 barbes faites aux prisonniers. Le 27 juillet, Rieux, craignant des évasions, demanda au conseil du département l'autorisation de faire placer une sentinelle pendant la nuit dans le temple de la montagne et une autre à la cour. Le conseil, considérant que le corps de garde intérieur était déjà composé de treize hommes à trois francs par jour, ne le jugea pas nécessaire; cependant il permit à Rieux de se concerter avec le district.

Le 21 juillet, le nommé Jaillet , détenu , demanda, pour des raisons de santé , à être transféré à Thonon, et s'offrit à faire le voyage à pied et à ses frais. La pétition fut renvoyée au comité de la police. C'est sans doute M. le comte Jaillet de Saint -Cergues que le procès -verbal a voulu désigner en disant avec mépris le nommé Jaillet. On disait le citoyen Rieux, concierge de la prison, et le nommé Jaillet , le nommé Livron , le nommé Buttet , c'était le langage du jour; c'est un glossaire à étudier.

A la même époque , l'officier de santé Démaison fut nommé médecin des suspects, avec permission de se faire remplacer par son fils; l'officier de santé Rey fut nommé chirurgien ; on alloua à chacun un traitement de 500 fr.

Pendant les mois de juin et de juillet 4794 , on éprouva en Savoie une grande disetle. Le conseil général du département avait en magasin une certaine quantité de grains provenant des confiscations faites chez les suspects et dans les couvents . Il en fit venir aussi de Carouge et de Marseille. Le 16 juin 1794, la municipalité de Chambéry fut chargée par le district d'en faire transporter sept cents quintaux dans le district d'Arc et autant dans celui de Mont-Salin. Les communes des environs de Chambéry furent obligées de fournir cent cinquante charriots pour faire ce transport jusqu'à Montmélian. Les communes situées sur la route

durent le continuer de là jusqu'à destination. On en envoya en même temps cent quintaux en Bauges , cent quintaux à àYenne, deux cents au Pont-Beauvoisin, deux cents à Aix, deux cents à Saint-Pierre d'Albigny, deux cent cinquante dans les communes des environs de Chambéry et trois cents à la Rochette. Chaque commune devait en payer la valeur. Le décadi, 10 messidor an n (28 juin 1794), le conseil général de la commune de Chambéry se rendit en corps au temple dédié à ['Être suprême, pour y entendre la lecture des lois. C'est la seule fois qu'on trouve le nom de l'Être suprême dans les procès - verbaux dressés du temps d'Albitte.

Le 7 juillet, les membres de la Société populaire de Chambéry demandent à l'administration du département, 1° qu'il soit joué au théâtre le plus souvent possible des pièces patriotiques, relatives aux principaux événements de la Révolution ; 2° qu'il n'y ait pas spectacle les jours où la Société doit se réunir; ce qui leur fut accordé avec applaudissements.

Le 2 juillet 1 794 , Albitte accorda aux déportés de Lanslebourg et de Lanslevillard la permission de sortir du fort de Barraux et de se rendre dans leurs foyers , attendu que le grand et le petit Mont-Cenis ayant été occupés par les troupes françaises , leur éloignement devenait sans motif. On leur rendit ceux de leurs bestiaux qui n'avaient pas été vendus ou consommés pour leur entretien. Leur exil ne dura que deux mois et quatorze jours.

Dans la séance du 13 juillet, un membre se plaignit à la municipalité que les travaux entrepris pour la démolition du clocher de la cathédrale retardaient l'établissement de • l'infirmerie des suspects. Le 13 août, le citoyen Guichon, démolisseur du clocher de Léraenc , demanda le payement

de ce qui lui restait dû. La flèche de ce clocher était une pyramide de briques coloriée en rouge; il était très élevé; on le voyait de loin et on l'appelait le clocher rouge ; un maçon , nommé Chambon , eut beaucoup de peine à se hisser assez haut pour abattre la croix; lorsqu'il y fut parvenu , il vida avec fanfaronade un flacon dont il s'était pourvu. Mais lorsqu'il fut redescendu, la pensée du danger qu'il avait couru et peut-être aussi celle du sacrilège qu'il avait commis, lui firent une impression si vive, qu'il promit de ne jamais plus boire de vin, et il tint parole. Il y a soixantedouze ans que ce clocher est abattu jusqu'à la hauteur des murs de l'église ; on n'y a pas remis une pierre depuis lors. Le 26 messidor an n (14 juillet 1794), on célébra à Chambéry l'anniversaire de la prise de la Bastille : les commandants de la garde nationale formèrent quatre corps de vingt fusiliers chacun; six citoyennes armées se joignirent à chacun de ces corps. A quatre heures et demie , on battit la générale sur quatre points à la fois; à cinq heures et demie, deux coups de canon et le son des tambours annoncèrent le départ ; à cinq heures trois quarts, la troupe placée à Lémenc descendit au Yerney et fit la première attaque ; elle fut repoussée ; les troupes placées à Mâché et à la porte Jean-Jacques se réunissent pour faire la seconde attaque , elles sont encore repoussées ; la troupe du centre s'avance avec son artillerie et fait une attaque générale ; la bastille est renversée en partie; il s'y fait une brèche par laquelle on voit au loin un rocher sur lequel s'élèvent les statues de la liberté et de l'égalité et l'étendard tricolore ; une musique guerrière se fait entendre, on exécute l'air de Marat, les autorités constituées revêtent leurs insignes et avancent près de la bastille ; un groupe de nègres paraissent au pied de la montagne, les bras enchaînés et

tendus vers le peuple ; un orateur prononce un discours après lequel on se retire en chantant la Marseillaise. Tristes fêtes où Dieu n'était pour rien !

Le citoyen Rieux , qui était chargé d'un grand nombre de détenus, avait besoin d'un mobilier considérable.

Le 15 juillet 1794, le citoyen Berthier , qui était régisseur des biens de plusieurs suspects ,' fut autorisé par le conseil municipal de Chambéry à prendre, dans les maisons dont il avait la régie , tous les meubles dont Rieux pouvait avoir besoin. Les membres présents étaient les citoyens Mansord, maire; Sancet , Dacquin, Tiolier , Berthier, Viviand, Dubois, Fleury , Guy; Bal, agent national.

Le 8 thermidor (26 juillet), le conseil général du département fit faire l'inventaire de tout le mobilier délaissé chez le citoyen Bérenger par l'émigrée Tarnessieux-Sion- Saint- André. Le conseil de surveillance fit mettre en arrestation à l'évêché la fille de confiance de ladite Sion , nommée Martine Meilleur. Le citoyen Bérenger, peintre, habitait, à Lémenc, la maison qui a été ensuite acquise par les Carmélites.

Le 28 juillet, sur la demande du commissaire national près le tribunal du district, le conseil municipal ordonna aux ouvriers charpentiers Joseph Genin , Jean Bachelin et Louis Tournier, de dresser la guillotine, en sorte qu'elle fût prête pour le lendemain avant dix heures du matin. Le procès-verbal de la séance ne dit pas de quelle exécution il s'agissait.

Nous avons vu que la municipalité d'Annecy avait obtenu des représentants du peuple l'autorisation d'abattre dans tout le canton les flèches des clochers et les beffrois des cloches. On se procura par ce moyen une quantité de bois très considérable ; on ne l'employa pas tout à chauffer la

soupe des malades à l'hôpital militaire. Pour utiliser ce qui restait, la municipalité demanda aux représentants du peuple la permission de l'employer à réparer les ponts d'Annecy et des environs ; ce qui lui fut accordé.

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