‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 15 sur 61 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Chute de Robespierre. — Rappel d'Albitte. — Les dames de Belîegarde.

— M. de Genoude. — Adresse des Jacobins. — Gauthier. — Pétitions des détenus. — Le comité révolutionnaire. — Nobles détenus à Carouge. — Prêtres détenus. — Le chanoine Mermoz. — Nombre des émigrés. — État du diocèse,. — -Circulaire des vicaires capitulaires.

— Le P. Margueri. — MM. Follet et Ennemond Rey, missionnaires.

— Le comte Maistre. — Amphoux. — Bertier. — Déphanis. — Dupraz. — Fleury. — Mollot. — Quilet. — Trouillet. — Durieux et Nayroud. — Ailloud. — Réunion des paroisses.

La Convention nationale, qui avait envoyé successivement un si grand nombre de victimes à l'échafaud , finit par exercer elle-même la justice de Dieu sur les plus coupables de ses membres. Danton , Chabot , Dumoulin , Fabre d'Églantine et Hérault de Séchelles furent condamnés et exécutés le 5 avril 1794. Simond , Chaumette, Gobe] et seize autres furent exécutés huit jours après, le 43 avril. Robespierre aîné, Robespierre le jeune, Saint-Just , Couthon, Henriot et Lebas furent mis hors la loi le 9 thermidor an ii, et exécutés le lendemain, 28 juillet 1794. La chute de Robespierre fut pour la France un jour mémorable, et sinon une délivrance complète , au moins un grand adoucissement. Cependant cet adoucissement a été presque insensible sous le rapport religieux. Les lois n'ont pas été modifiées ; la persécution contre les prêtres n'a pas été

mitigée; La reconnaissance de l'Être suprême, que Robespierre avait fait inscrire sur les monuments publics, a même été effacée. Pas une église en Savoie n'a été rouverte ; pas un prêtre émigré n'a obtenu la liberté de rentrer. Tous les missionnaires, qui étaient pris, étaient aussitôt condamnés à la déportation. La Convention nationale a continué de professer l'athéisme et de travailler à faire disparaître toute trace de culte religieux.

Àlbitte fut rappelé à Paris peu de jours après l'exécution de Robespierre. Sa mémoire est demeurée en exécration dans le département. Il n'a pas fait moins de mal dans le département de l'Ain que dans celui du Mont-Blanc ; on assure qu'il y fit abattre 400 clochers. Albitte Antoine- Louis, né à Dieppe (Seine-Inférieure), en 1760, n'avait alors que 34 ans ; il avait voté la mort de Louis XVI, sans sursis et sans appel. Il assistait un jour au théâtre à une représentation de Chénier. Au moment où le public applaudissait ces mots : Des lois et non du sang, il s'écria avec frénésie : Du sang et non des lois. Sa parure était d'une élégance recherchée ; il portait une carmagnole de velours bleu de ciel , un large pantalon blanc , le bonnet rouge sur la tête, et deux pistolets à sa ceinture tricolore. Il avait fait la connaissance, en Savoie, d'une dame dont les recommandations pouvaient seules adoucir sa férocité. Après le 18 brumaire , ayant été fait inspecteur aux revues, il suivit l'armée française à Moscou, où il mourut de faim et de froid.

Hérault et Simond furent rappelés à Paris sur la fin de l'année 1793; les dames de Bellegarde, dont ils avaient fait la connaissance, àChambéry, d'une manière beaucoup trop intime, les y suivirent. Après leur condamnation à mort, elles revinrent se fixer aux Marches. L'aînée avait eu un

enfant de Hérault; sa sœur Aurore l'adopta. Elles le firent élever avec soin sous le nom de M. de Chenoise, nom d'une rue de Grenoble où il était né. Elles prirent à la maison pour précepteur un jeune homme nommé Genoud, natif des Marches , mais domicilié depuis quelque temps à Grenoble avec son père. Ce jeune homme se fit connaître avantageusement dans la suite sous le nom de M. de Genoude. M. de Chenoise est devenu plus tard lieutenant dans un régiment aux gardes de Louis XVIII.

La Société des jacobins prenait le nom de Société régénérée des Amis de la B>:publi<pie française. C'était la réunion de ce qu'il y avait dans chaque ville de plus ardents révolutionnaires; ils tenaient leurs assemblées, cà Chambéry, dans une chapelle profanée, située près de la place Octogone et nommée par eux le Temple de la Montagne. Les représentants du peuple et le conseil général du département accueillaient d'ordinaire leurs observations et leurs dénonciations. On leur donnait ainsi une importance dont ils étaient fiers. Après la chute de Robespierre, tout le monde parlait d'indulgence ; on réclamait la mise en liberté d'un grand nombre de personnes honorables, détenues sans motifs connus. Les jacobins de Chambéry, séant au temple de la Montagne le 20 du mois d'août, rédigèrent une adresse à tous les jacobins de la république pour leur représenter que les modérés cherchaient à substituer l 'indulgence et le pardon à la justice et à l'énergie de la Révolution. Ils veulent, disaient-ils, obtenir des élargissements dangereux à la liberté; ils veulent arrêter le char de la révolution et disséminer sur tous les points de la lié publique des vipères politiques et des noyaux de Vendée. On voit par là que les charitables jacobins de Chambéry demandaient la liberté pour eux, et la prison pour le reste du genre humain. Cette

adresse , du 3 fructidor an 11, est signée par les citoyens Morel, président; Gariod, Doppet l'aîné, CSiarvct etGucher.

Albitte fut rappelé dans le courant du mois d'août. Par décret de la Convention nationale, du 9 fructidor an n (28 août 1704), Gauthier fut nommé à sa place représentant du peuple dans les départements de l'Isère et du Mont-Blanc. Gauthier était d'un caractère plus modéré et pins humain que son prédécesseur. Depuis la chute de Robespierre, les instructions delà Convention étaient aussi un peu mitigées. Dès son arrivée, il se montra disposé à réparer au moins en partie les excès d' Albitte. Le bruit se répandit bientôt que les prisonniers, qui n'étaient détenus que comme nobles ou comme parents d'émigrés, seraient prochainement mis en liberté.

A cette nouvelle, les jacobins de Chambéry s'alarment de nouveau, ils se réunissent au temple de la Montagne pour délibérer ; ils adressent à la Convention nationale et à toutes les sociétés populaires de France une protestation rédigée d'une manière ignoble, dans laquelle ils énumèrent tous les maux qui allaient fondre sur la République, si les ci-devant prêtres et les ci-devant nobles venaient à obtenir leur élargissement. Ils prient le représentant du peuple de les retenir inexorablement en prison comme indignes de reparaître parmi les hommes libres. Cette adresse, datée du 9 septembre 1791, est signée par six citoyens de Chambéry; on la trouvera aux pièces justificatives , n° 40. Le citoyen Chabert dit Chabert-Clacla, l'un des jacobins qui ont signé cette pièce, avait tellement excité l'aversion populaire, qu'il fut sérieusement menacé par une émeute. On fut obligé de le faire transporter hors de la ville, caché dans un tonneau.

Cependant, dans cette circonstance , les bruyantes protestations des jacobins ne furent pas écoulées; dans toutes

les prisons du département, les détenus politiques s'empressèrent de dresser des pétitions et de les faire parvenir au représentant du 'peuple Gauthier. Ils cherchaient à prouver qu'on ne pouvait pas réputer émigrés les Savoisiens employés dans les armées du roi sarde à l'époque de l'entrée des Français , et qu'on ne pouvait pas faire un crime aux pères et mères de l'absence de leurs fils, parce qu'ils n'avaient pu s'y opposer. La première proposition fut rejetée; la seconde fut renvoyée au comité de législation. Cependant le représentant du peuple arrêta provisoirement que les pères et mères ou parents d'émigrés, contre lesquels il n'y avait aucune preuve d'incivisme, seraient mis en liberté , avec main-levée des scellés apposés sur leurs meubles et jouissance de leurs immeubles, à condition, 1° qu'il serait dressé un inventaire de leur mobilier, si déjà il n'avait été fait; 2° qu'ils ne pourraient pas aliéner leurs immeubles ; 3° qu'ils ne pourraient pas recevoir les capitaux qui leur étaient dus , ni couper les bois de haute futaie ; 4° qu'ils seraient obligés de fixer leur résidence au cheflieu de leur district et qu'ils y seraient sous l'inspection du comité de surveillance.

En exécution de cette dernière condition, le comité de surveillance du district de Chambéry arrêta, le 24 novembre suivant, que les prêtres mis en liberté seraient tenus de se présenter au comité tous les deux jours, à quatre heures après midi , les primidis , tridis , quintidis , septidis et nonidis , et que les pères, mères et autres parents d'émigrés se présenteraient les primidis, quintidis et nonidis, aussi à la même heure.

Le représentant Gauthier renvoya au comité révolutionnaire toutes les pétitions qui lui furent adressées par les nobles détenus à Chambéry , pour obtenir sur chacune

d'elles des renseignements et son avis motivé. Le comité en fit dresser un tableau général qu'il remit au citoyen Gauthier le 25 octobre 1794, avec ses observations sur chaque pétition. Rappelé à Paris peu de temps après, Gauthier laissa ce tableau avec plusieurs autres papiers dans la maison où il était logé. Ayant eu l'avantage d'en obtenir communication , nous y avons trouvé un intérêt assez piquant pour juger qu'il méritait d'être conservé en entier , quoiqu'il soit fort long ; on le trouvera aux Pièces justificatives , n°41.

En lisant ce tableau, il faut bien se rappeler qu'au fond les injures du comité révolutionnaire sont des éloges ; le mot aristocrate signifie homme d'ordre , incapable de se livrer aux excès révolutionnaires ; fanatique signifie catholique; superstitieux signifie religieux; bigot signifie pieux et dévot. Au moyen de ce petit glossaire, on pourra facilement traduire toutes les réponses du comité. Nous avons cru devoir retrancher seulement quelques expressions qui attaquaient la moralité et le caractère personnel. Quoique ces notes ne soient pas longues, on pourra encore y trouver des renseignements précieux; chaque famille y verra les noms et prénoms de son parent détenu , l'époque et la durée de la détention , l'autorité qui l'a ordonnée, le motif ou le prétexte allégué.

On verra dans ce tableau que le nombre des nobles détenus dans les maisons d'arrêt de Chambéry ou en arrestation domiciliaire était, au départ d'Albitte, 28 août 1794, de cent trente- deux, dont cinquante -neuf hommes et soixante-treize femmes ou filles ; sur ce nombre, cinquantesix étaient détenus depuis six à sept mois, et soixante-seize depuis douze à dix-huit mois. Cinquante-trois avaient été mis en arrestation par ordre de l'administration du dépar-

tement ; quarante, par ordre du comité de surveillance et les autres directement par l'ordre d'Albitte. La plupart étaient détenus uniquement comme suspects , comme pères, ou frères ou parents d'émigrés; plusieurs l'étaient pour avoir fui à l'arrivée des Français, pour avoir manifesté de la joie à la fuite de Louis XVI, ou pour n'avoir pas montré assez de sympathie pour la révolution.

Dans ses observations, le comité révolutionnaire donne un avis favorable sur un sixième environ des détenus; mais il prie instamment le représentant Gauthier de retenir tous les autres en arrestation jusqu'à la paix , et déclare que leur élargissement serait le plus grand malheur possible. On lira ce procès-verbal aux Pièces justificatives , à la suite du tableau.

On trouvera au n° 42 des Pièces justificatives le tableau des nobles détenus à Carouge, au nombre de quinze seulement, avec les annotations du comité révolutionnaire et celles de l'administration du district. Elles sont un peu moins rigoureuses que celles du comité révolutionnaire de Chambéry. Malgré ces observations peu favorables , le plus grand nombre des nobles détenus alors dans les maisons d'arrêt du département pour des motifs purement politiques ont été successivement mis en liberté par le représentant du peuple Gauthier ou par ceux qui lui ont succédé. Ce résultat était dû en partie à la modération de Gauthier , et en partie à la réaction qui s'était manifestée dans toute la France depuis la chute de Robespierre. Les prêtres détenus en même temps ont été traités d'une manière beaucoup plus sévère ; Gauthier n'a pas renvoyé leurs pétitions au comité révolutionnaire, ni aux administrateurs des districts; il s'est borné à laisser rentrer dans leurs familles , sous la surveillance de l'administration munici-

pale, un très petit nombre de vieillards tout à fait infirmes, sous la condition qu'ils n'exerceraient aucune fonction

sacerdotale. Nous remarquons parmi ces détenus , qui étaient alors au nombre de trente, M. Calligé, qui devint plus tard archiprêtre-curé de Moûtiers ; M. Chaboud, vicaire épiscopal de l'évoque Panissel ; D. Graugnard, prieur de la chartreuse de Saint-Hugon, qui avait alors plus de soixante ans et qui était détenu depuis dix-sept mois; sa pétition au citoyen Gauthier, datée du 8 novembre 1794, était écrite sur un ton de modération et de gravité d'une parfaite convenance. Il y rappelle qu'à l'entrée des Français en Savoie il a compté au citoyen Viviand, entrepreneur pour la troupe, une somme de 9,700 francs, et que deux compagnies de chasseurs ont été entretenues dans le monastère pendant près de six mois.

De toutes les pétitions ecclésiastiques trouvées parmi les papiers du citoyen Gauthier, la plus inconvenante est celle de M. Mermoz, chanoine de la cathédrale de Tarentaise. Ce vieillard octogénaire, qui dit avoir enseigné la philosophie et la théologie pendant quarante-neuf ans, se fa'.Lun mérite auprès du représentant du peuple d'avoir prononcé un discours dans l'église paroissiale de Moûtiers le 24 février 1793, en présence de la municipalité, pour justifier le serment exigé par la proclamation du 8 février; il ajoute qu'il le prêta le premier et que tout le clergé qui se trouvait présent le prêta après lui. Ce discours a dû être pour tout le diocèse un déplorable scandale, et, deux années après, il avait l'intelligence assez bornée et la tête assez affaiblie pour s'en glorifier encore. Cependant il faut lui tenir compte du courage qu'il a montré ensuite en refusant le serment d'Albitte.

Du 17 septembre au 24 décembre, Gauthier a fait mettre

en liberté les citoyens Pierre-Marc Dupuy, Gabriel Dupuy, Joseph Duroch, Martine Meilleur, Benoît Gavin, Jean Basset, Annette et Caroline Garbillon , Antoine Dégalis , Pierre Goybet, Joseph Goybet, Jacques Belly, Claude Durieux, François Yillat, Joseph-Nicolas Comnène, François de Corbeau, Guillaume d'Oncieu, sa femme et sa fille.

Le 42 octobre 1 794, le conseil municipal de la commune du Pont (Isère) adressa une pétition au représentant du peuple Gauthier pour demander la réunion de la commune du Pont (Savoie) à celle du Pont (Isère) , pour ne former plus qu'une commune qui dépendrait du district de la Tour-du-Pin. Le conseil de la commune du Pont (Savoie) représenta avec beaucoup d'insistance. que cette commune n'était qu'à six lieues de Chambéry, tandis qu'elle se trouvait à neuf lieues de Grenoble, que toutes ses relations d'habitudes et de commerce étaient avec Chambéry et que la population locale ne verrait ce changement qu'avec une extrême répugnance. Le conseil général du département prit ces raisons en considération et engagea le représentant du peuple à rejeter la demande; ce qui fut fait.

Le 8 décembre 1 794, le directoire du département publia un arrêté du comité de législation , qui défendait aux communes, aux administrations et aux tribunaux, de rappeler des qualifications féodales ou nobiliaires dans les actes qu'ils étaient dans le cas d'expédier.

L'année 1 794 a été , en Savoie , une année de grave persécution contre la noblesse et contre le clergé. Les principales familles avaient tous leurs membres sans exception en émigration, ou en éducation nationale, ou en détention dans la maison d'arrêt, ou en arrestation domiciliaire. D'après un état général dressé le 4 3 septembre 1794, signé Chamoux, président, Grand, Olive, Somelier, Dufour,

Gucher , membres du conseil général du département, Velat, secrétaire , le nombre total des émigrés de la Savoie était alors de quatorze cent quarante-sept. On y ajouta plus tard deux listes supplémentaires , l'une du 8 , l'autre du 30 janvier 1798, renfermant ensemble le nombre de deux cent quarante-deux sujets , ce qui en portait le nombre total à seize cent quatre-vingt-neuf; il y avait dans ce nombre mille trente -trois ecclésiastiques, évèques , chanoines, curés, vicaires ou religieux, et six cent cinquante-six laïques. Un décret de la Convention nationale, du 1 5 novembre 1794, déclarait émigrés tous les Savoisiens sortis du pays dès le 1or août 1792. Les militaires attachés au service du roi de Sardaigne étaient déclarés déserteurs s'ils quittaient leurs drapeaux ; ils étaient inscrits sur la liste des émigrés s'ils le suivaient. D'après le même décret du 15 novembre 1794 (25 brumaire an m), les émigrés étaient bannis à perpétuité du territoire français , leurs biens étaient acquis à la République et l'infraction de leur bannissement était punie de mort.

Au mois de décembre 1793, la plupart des prêtres de la Savoie étaient émigrés; un petit nombre de paroisses , le dixième environ, étaient desservies par des prêtres constitutionnels. Partout ailleurs le service religieux avait cessé. Cependant les églises restaient ouvertes , les fidèles pouvaient encore y aller prier. Mais les choses étaient dans un état bien plus triste au mois de décembre 1794. Albitte avait passé en faisant beaucoup de mal. Il arbora l'étendard de l'athéisme; il se proposa d'abolir toute espèce de culte religieux, en sorte qu'il n'en demeurât pas trace. Il fit prêter au petit nombre de prêtres qui se trouvaient encore dans le département un serment infâme ; il leur fut défendu à tous d'exercer une fonction sacerdotale quelconque sous

peine de la déportation. Il fit piller et dévaster les églises , de manière qu'il ne fût plus possible d'y faire aucune fonction sacerdotale. Au fond, cet athéisme était celui de toute la Convention nationale, qui faisait un crime à Robespierre d'avoir reconnu l'existence de l'Être suprême. Après le départ d'Albitte , Gauthier n'accueillit pas les pétitions des prêtres aussi favorablement que celles des nobles. La plupart des pétitionnaires furent retenus en arrestation. Il ne mit en liberté qu'un petit nombre de vieillards infirmes, à condition qu'ils résideraient au chef-lieu du district, qu'ils se présenteraient au comité de surveillance cinq fois chaque décade, et surtout à condition qu'ils ne diraient pas lamesse et qu'ils ne feraient aucune fonction ecclésiastique, ce qui continuait à leur être interdit , comme du temps d'Albitte, sous peine de la déportation.

Dans chaque paroisse, quelques laïques pieux avaient été exercés à l'administration du baptême ; ils se bornaient à ondoyer les enfants. Les cérémonies étaient ajournées à un autre temps. Les malades devaient se résigner à mourir sans sacrements; les sépultures se faisaient d'une manière purement civile. Le Saint-Siège ayant déclaré que, dans les cas de nécessité , l'empêchement de clandestinité cessait d'exister , le consentement pour les mariages se donnait devant deux témoins. Lorsqu'on apprenait qu'il y avait un prêtre caché dans une paroisse , on y allait de fort loin pour s'y confesser ou pour recevoir la bénédiction nuptiale.

Toujours réfugiés à Turin , les vicaires capitulaires du diocèse de Chambéry apprenaient avec affliction les tristes événements qui se succédaient en Savoie. Le 1 5 mars 1 794, ils adressèrent une circulaire à tous les prêtres du diocèse qui se trouvaient en émigration et dispersés en divers endroits. Ils les exhortaient à édifier partout les fidèles par

leur bonne conduite, à consacrer tout leur temps de loisir à l'étude de la théologie et de l'Écriture-Sainte , à se tenir prêts à reprendre les fonctions du saint ministère dans le diocèse, aussitôt que l'adoucissement de la persécution pourrait le permettre ; ils donnaient de sérieux avertissements aux prêtres intrus, pour leur faire comprendre que tous les actes de juridiction qu'ils se permettaient d'exercer, étaient radicalement nuls ; ils les exhortaient à se rétracter et à se mettre en mesure d'obtenir l'absolution des censures qu'ils avaient encourues.

Le 2 mars 4794, le Rd P. Margueri, capucin du couvent de Chambéry, retiré alors à Pignerol, se présenta aux vicaires capitulaires à Turin et leur manifesta la disposition où il était de venir travailler au salut des âmes en Savoie, dès qu'ils le jugeraient possible. Comme c'était un religieux très recommandable par son zèle et sa piété , ils lui répondirent qu'ils profiteraient volontiers de sa bonne volonté quand il en serait le cas.

Désolés de l'état de délaissement dans lequel se trouvait tout le diocèse, les vicaires capitulaires eurent la pensée d'y envoyer par essai quelques prêtres en mission secrète. C'était bien les exposer; car on savait parfaitement qu'il y avait peine de mort contre les émigrés rentrés. Cependant leur intention ayant été connue, huit prêtres s'offrirent pour cela spontanément; c'étaient MM. Murgerai, curé de Montagnole, Benoît Guillet et Ennemond Ile y , directeurs du séminaire, Delachinal, altarien de Montmélian, Desgeorges et Laroche, vicaires des Echelles , Pollet, régent de troisième au collège de Chambéry, et Simien, mineur conventuel. Les grands-vicaires jugèrent qu'il y avait encore trop de danger et trop peu d'espoir de succès pour exposer en même temps un si grand nombre de prêtres. M. Delà-

chinai a été écarté à cause delà faiblesse de sa vue. Les sept autres ont tiré au sort; MM. Pollet et Ennemond Rey furent désignés pour partir les premiers. MM. Simien et Laroche devaient être leurs suppléants au besoin. On donna à ces missionnaires des instructions très détaillées et tous les pouvoirs nécessaires ; les deux premiers partirent de Turin le 7 mai 1 794.

Nous voyons dans les registres de M. de La Palme que, le 12 avril 1794, M. le doyen Maistre bénit à Superga le mariage de sa sœur Jeanne-Baptiste-Marie, fille de feu François-Xavier comte Maistre, président au Sénat de Savoie, et de messire Charles-François de But'tet , lieutenant-colonel d'artillerie, commandant d'Orméa. On voit, par cet acte de mariage , que le père du comte Joseph de Maistre s'appelait François-Xavier, qu'il était président au Sénat et qu'on disait alors comte Maistre et non pas de Maistre.

Ce ne fut que le 4 juillet que les vicaires capitulaires reçurent de 31. le chanoine Perrin d'Avressieux , retiré alors à Lausanne, une copie authentique du tableau des prêtres qui avaient eu le malheur de prêter le serment d'Albitte dans le district de Chambéry. Ce fut pour eux le sujet d'une profonde affliction.

En 1793, plusieurs prêtres avaient adhéré au schisme, parce qu'ils croyaient pouvoir conserver ainsi leur place et leur traitement, tandis que l'émigration et ses privations ne leur offraient en perspective qu'un bien triste avenir ; mais en 1794 , Albitte , qui ne respectait pas plus la religion constitutionnelle que le catholicisme , interdit toutes les fonctions ecclésiastiques sans distinction et supprima tous les traitements. Dès lors, les prêtres assermentés, déjà presque tous très agités par les remords de leur conscience,

ne trouvèrent plus aucun avantage dans le schisme. Ils n'avaient plus d'autre alternative que l'apostasie ou l'émigration; aussi, presque tous ceux d'entre eux qui conservaient encore assez de foi et assez de cœur pour ne pas s'avilir par le serment d'Albitte, prirent-ils le parti de passer secrètement en Piémont ; de ce nombre furent : MM.

Amphoux , curé du Viviers ;

Bertier, curé de Miolans ;

Déphanis , curé de Pugny ;

Dupraz , curé de Saint-Jean d'Àrvey ;

Fleury, curé de Saint-Jean de la Porte ;

Mollot, prieur de Fréterive;

Quilet , régent à Saint-Pierre d'Albigny;

Trouillet, curé de Saint-Alban ;

Les PP. Durieux et Nayroux, religieux augustins de Saint-Pierre d'Albigny; Simien, mineur conventuel, soit cordelier, du couvent de Chambéry.

Tous avaient prêté le premier serment, excepté le P. Simien ; tous remirent successivement à MM. les grands-vicaires leur rétractation dans la forme et avec toutes les conditions qui furent jugées nécessaires.

Rd Amphoux Jean-Marc , curé du Viviers , a prêté le premier serment dans son église paroissiale ; il a refusé de signer la reconnaissance de l'évêque intrus que le vicaire épiscopal Gallay lui présentait. Lorsque ce Gallay et son secrétaire Dufaud se rendirent à Voglans pour prononcer la réunion à cette paroisse de celle du Viviers et de celle de Saint-Ombre, il refusa d'intei venir. Il ne souscrivit point la formule d'Albitte ; il eut cependant l'inexcusable faiblesse de porter au district ses lettres de prêtrise. Sa rétractation est datée de Verceil, du 20 mai I794.

Rd Bertier Jean-Baptiste , curé de la paroisse et du fort de Miolans, a prêté le premier serment; il reconnut révoque constitutionnel et exerça pendant quelque temps les fonctions religieuses comme curé intrus à Saint -Pierre d'Albigny. Il ne souscrivit pas la formule d'Albitte ; cependant il livra imprudemment ses lettres de prêtrise et partit ensuite pour Àoste , où il écrivit sa rétractation , datée du 27 mars 1794.

Le 7 décembre 1792, Etienne Déphanis, curé de Pugny , se fit inscrire au nombre des membres de la Société populaire d'Aix; mais dés qu'il eut appris à connaître les hommes qui en faisaient partie , il cessa d'y paraître. Après le 8 février , il fit en chaire, un dimanche, un long commentaire sur la formule du serment, sur l'égalité chrétienne et la liberté de l'Évangile. Il parla si bien que personne n'y comprit rien. On crut dans la paroisse qu'il avait prêté serment, quoiqu'il n'y eut rien de répréhensible dans son discours. Le conseil municipal, qui" tenait aie favoriser, certifia au conseil du département qu'il avait prêté le serment requis. Lorsque le vicaire épiscopal Gallay se rendit à Pugny pour prononcer la réunion des paroisses deMouxy, Pugny et Trévignin, il s'absenta pour ne pas communiquer avec lui. La proclamation d'Albitte l'ayant ensuite forcé à prendre le parti de l'émigration , il alla se présenter à Turin aux vicaires capitulaires , qui lui firent observer avec soin ce qu'il y avait d'excusable ou de répréhensible dans sa conduite, et lorsqu'il eut donné des preuves suffisantes de ses bonnes dispositions, ils lui accordèrent des lettres de réconciliation , datées du 1 3 avril 1794.

François Dupraz, né à Cbambéry en 17132, était, en 1792, curé de Saint-Jean d'Arvey depuis dix ans. Après lapro-

clamation du 8 février 1793, il fut sur le point de partir pour l'émigration; mais , étant descendu à Chambéry pour régler quelques affaires, il rencontra un prêtre qui passait pour instruit. Après une longue conversation, il remonta dans sa paroisse, persuadé qu'il pouvait prêter le serment, au moins avec des restrictions. Le serment devait se prêter à l'église, en présence de toute la paroisse. M. Dupraz rédigea par écrit les explications qu'il croyait devoir y ajouter. Ces explications donnaient à sa formule un sens catholique; après les avoir lues, il prononça la formule à haute voix. En cela, il se faisait illusion; le commentaire était catholique, mais la formule prononcée ensuite ne l'était pas.

Peu de temps après, ayant appris qu'on allait élire un évêquc constitutionnel et craignant qu'on ne voulût l'obliger à le reconnaître, il remit la démission de sa cure entre les mains du maire de Saint-Jean d'Àrvey. C'était une nouvelle faute ; le maire n'avait aucun droit de la recevoir. Dans le courant de l'année 1793, il fut plusieurs fois sollicité d'accepter l'administration d'une paroisse ; il s'y refusa constamment pour ne pas adhérer au schisme. Ayant appris que M. Buet, curé d'Apremont, était malade, il consentit à le remplacer pour quelque temps, parce qu'ayant été institué par Mgr Conseil, il était investi d'un pouvoir légitime et pouvait déléguer. Dans cette position, M. Dupraz jouait quelquefois deux rôles; il imitait la chauve-souris de La Fontaine; quand il allait demander son mandat au district, il disait : Vous voyez que je suis en règle ; j'ai prêté le serment àSt-Jean d'Arvey, je reçois les mandements du citoyen Panisset et les saintes huiles de M. Gallay. Quand il se trouvait avec de bons catholiques : Moi, disait-il, je n'ai point de rapport avec l'évêque intrus, je ne lis pas ses

mandements, j'ai les pouvoirs de M. Buet; je fais prendre les saintes huiles chez M. Piénoz ; je prie tous les jours à la messe pour Mgr Conseil. Il desservit ainsi la paroisse d'Apremontpendantenviron six mois. Manquant de prêtres, M. Panisset prit le parti d'opérer des réunions de paroisses partout où cela parut possible. Le 5 janvier 4 794, le citoyen Gaîlay, vicaire épiscopal, se rendit à Apremontpour y lire à l'église un décret par lequel cette paroisse était réunie à celle de Saint-Baldoph. M. Duprazfnt alors obligé de partir.

Après la proclamation d'Albitte, il fut appelé àChambéry et vivement sollicité à renoncer aux fonctions du culte. Il le fit dans les termes suivants : « Je soussigné, natif de Chambéry, âgé de 41 ans, déclare renoncer aux fonctions publiques du culte et n'avoir point de lettres de prêtrise, en foi de quoi j'ai signé. » Quant aux lettres de prêtrise, ajoute-t-il, je les avais , mais j'entendais dire que je n'en avais point à leur remettre.

On voit par là qu'il a manqué tout à la fois de franchise et de fermeté.

Après toutes ces tergiversations il se décida à passer en Piémont et à se présenter à MM. les vicaires capitulaires, qui lui firent reconnaître ses torts et lui indiquèrent ce qu'il avait à faire pour obtenir sa réhabilitation. L'une des conditions était qu'il donnerait sa démission de la cure de Saint-Jean d'Arvey. Il s'y refusa d'abord et n'y consentit qu'au mois de mars 1795. On lui accorda alors une permission de célébrer ; il se retira à Novare et y demeura jusqu'en 1800. Après le Concordai, il fut nommé curé de Montailleur , où il mourut en 1 81 7.

Michel Fleury, curé de Saint-Jean de la Porte, a prêté aussi le serment de la liberté et de l'égalité , que nous

sommes convenu d'appeler premier serment; mais il refusa constamment de communiquer avec M. Panisset; il n'a point lu sa lettre pastorale ni accepté les saintes huiles distribuées de sa part. Nous ignorons de qui l'évêque intrus avait reçu ces saintes huiles; ayant été installé après Pâques, il n'y a point eu de jeudi-saint durant son épiscopat, qui n'a duré que neuf mois. La rétractation de M. Fleury a été écrite au séminaire de St-Bénigne en Piémont, le 4 avril 1794; il n'a point prêté le serment d'Àlbitte.

La rétractation de Rd Louis-François Mollot, prieur et curé de Fréterive, est datée du 21 février 1794. Il a prêté le premier serment avec quelques restrictions , mais il a ensuite signé le procès-verbal qui n'en parlait pas. Il n'a point communiqué avec les intrus, excepté qu'il a signé un procès -verbal dressé par le vicaire épiscopal Gallay et Dufaud, son secrétaire. Pour éviter de prêter le serment d'Albitte , il se retira à Turin, où, par le regret qu'il manifesta de sa faiblesse, par sa bonne conduite et sa piété, il mérita d'obtenir des lettres de réconciliation, qui lui furent accordées le 30 avril 1794.

Antoine Quilct, régent à Saint-Pierre d'Albigny, a prêté le premier serment, reconnu l'évêque constitutionnel et exercé le saint ministère pendant environ deux mois comme vicaire d'un curé intrus. Il n'a pas prononcé ni souscrit la formule d'Albitte, mais il a livré ses lettres de prêtrise, c'est-à-dire qu'il a prêté, au moins en partie, le serment d'apostasie. Il s'est ensuite retiré à Turin , où il a signé une rétractation datée du 30 avril 1791.

Claude Trouillet, curé de Saint- Alban, a été agrégé pendant quelque temps à la Société populaire de Chambéry; il a assisté cinq ou six fois aux séances, mais sans y prendre la parole; il a prêté le serment exigé par la proclamation du

8 février. Il assure qu'il n'a bien compris tout ce qu'il renfermait de condamnable que lorsqu' après son arrivée à Aoste il eut l'occasion de lire une instruction rédigée à ce sujet par M. Bigex, vicaire général du diocèse de Genève.

Il assista plusieurs fois comme électeur à l'assemblée des Allobroges ; il s'y trouvait le jour de l'élection de Panisset; il mit dans l'urne un billet blanc, mais il souscrivit ensuite le procès-verbal de l'élection. Il accepta avec répugnance les huiles de l'évêque intrus , mais il n'en fit point usage. Il exerça pendant environ trois mois les fonctions de propre pasteur au moyen du binage dans les paroisses de Saint- Jean d'Arvey et de Verel, à la demande des deux maires , sans autre délégation. Le vicaire épiscopal Gallay ayant prononcé la réunion des paroisses de Saint-Jean d'Arvey , Barby et Verel à celle de Saint- Alban, il y donna son consentement et souscrivit le procès-verbal.

Lorsque la proclamation d'Albitte fut publiée , la municipalité de Saint-Alban lui ordonna de se présenter dans les vingt-quatre heures pour renoncer à l'exercice de ses fonctions sacerdotales. Il se rendit, en effet, successivement à la municipalité et au district, comme cela était prescrit. Il y fit une déclaration conçue ainsi : « Je soussigné Claude Trouillet, âgé de 35 ans, promets de ne point exercer les fonctions de prêtre et assure n'avoir pas mes lettres de prêtrise, que j'ai perdues dans les différents déménagements et voyages que j'ai été obligé de faire. » Malgré cette preuve de faiblesse, il n'a pas subi la flétrissure de l'insertion au tableau d'Albitte. Il se retira à Aoste, où il eut le temps de réfléchir et de déplorer ses chutes ; il envoya à Turin, aux vicaires capilulaires, sa rétractation, datée du 8 avril 1791.

Les religieux Augustins de Saint -Pierre d'Albigny

Claude - François Durieux et Sébastien Nayroux avaient prêté le premier serment et signé un acte de reconnaissance de l'évêque intrus ; mais ils ne voulurent accepter aucune place et protestèrent qu'ils n'auraient jamais aucun rapport avec lui ,. tandis qu'il ne serait pas reconnu par le Saint-Siège. Ils obtinrent de MM. les vicaires capitulaires des lettres de réconciliation du 25 mars 1794, après avoir passé à Turin le temps jugé nécessaire pour bien faire connaître leurs dispositions.

Le P. Albert Àilloud , prieur des Augustins de Chambéry, a prêté le premier serment, mais il a toujours refusé de communiquer , soit avec l'évêque schismatique , soit avec ses grands-vicaires ; à la vérité , il exerça le saint ministère dans la paroisse de Saint-Jean d'Àrvey, du 1er juillet 1793 au 3 février 1794- , mais il avait reçu pour cela une délégation de M. Dupraz, curé légitime. M. Cbaboud, vicaire, épiscopal , l'ayant invité à aller prendre les saintes huiles chez lui, il s'y refusa et les fit prendre chez M. Pienoz, archiprêtre, curé de Barberaz. Avant de lui délivrer son mandat, les employés du district exigèrent de lui une déclaration formelle d'adhésion au schisme , il s'y refusa et perdit son traitement.

Quoiqu'il n'ait pas souscrit le formulaire, le P. Ailloud a prêté, au moins en partie, le serment d'Albitte. Il se rendit, en effet, au district où il écrivit la déclaration suivante dont on se contenta : « Je soussigné , natif de la commune de Chambéry , âgé de quarante-trois ans , desservant la paroisse de Saint-Jean d'Arvey, déclare renoncer aux fonctions du culte romain ; je ne remets pas mes lettres de prêtrise, ne les ayant pas. » Cependant son nom n'a point été inséré sur le tableau d'Albitte. Depuis lors il se retira en Piémont , où il ne pensa plus qu'à réparer

ses torts ; après les épreuves jugées nécessaires , les vicaires capitulaires lui accordèrent des lettres de réconciliation, datées du 6 février 1795. Nous avons jugé utile de donner tous ces détails, parce qu'ils nous ont paru propres à bien faire connaître les tristes épreuves auxquelles se trouvait alors exposé le clergé de Savoie et les pénitences de ceux qui avaient eu le malheur de tomber. L'évêque intrus , manquant de prêtres , avait pris le parti d'opérer des réunions de paroisses partout où cela lui paraîtrait possible ; aussi avons-nous vu Gallay , son vicaire épiscopal , réunir successivement Apremont à Saint- Baldoph; Saint-Jean d'Arvey, Barby etVerelà Saint-Alban ; Mouxy et Pugny à Trévignin ; le Viviers et Saint-Ombre à Yoçlans.

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