‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 16 sur 61 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

MAI. Rey, Desgeorges et Laroche. — Instructions et pouvoirs. — Anciens noms. — Cloches , lettiv de M. de La Palme. — Circulaire aux religieuses. — Liberté des cultes. — Persécution contre les prêtres. — Le citoyen Carelli. — M. Chevalier. — Pollet. — Le citoyen Gilbert. — MM. Reydet et Richardet. — Menthon et Giez. — De Thiollaz. — Taninges. — Garin. — Ducrey. — Grand. — Le gendarme Burnier. — Berard. — Burnod. — Cloches. — Catéchismes. — Burdet. — Laroche. — Division des attributions. — Conférences. — Actué. — Beget. — Bichard. — Chapellaz. — Berard. — Jean-Louis Plattet. — Claus. — Dispenses , soumission aux lois. — Bion. — Élargissement. — Lettre aux religieuses.

Sur la fin de novembre 1 794 , les vicaires capitulaires reçurent des renseignements sur la mission de MM. Ennemond Rey et Joseph Pollet , rentrés en Savoie au commencement de juillet. Malgré les dangers qu'ils avaient courus, ils avaient pu faire du bien et rendre déjà beaucoup de services. Ce rapport détermina MM. de La Palme et Garella à faire un nouvel essai et à envoyer encore dans le diocèse MM. Claudc-Humbert Rey, curé de Francin , Jean-Baptiste Desgeorges et Joseph-Marie Laroche, vicaires des Echelles. Ils partirent de Turin le 26 novembre 1794; MM. les grands-vicaires leur donnèrent des instructions très détaillées.

En entrant en Savoie , leur dirent-ils , vous n'aurez sur vous ni bréviaire ni papiers , ni rien qui puisse déceler un

ecclésiastique. Si les conjonctures vous permettent de porter des heures ordinaires , vous réciterez le petit-office de la sainte Vierge , au lieu de l'office canonial ; vous ne direz pas votre nom sans nécessité ; vous ne ferez connaître ni le lieu d'où vous venez , ni celui où vous allez ; vous ne vous ouvrirez qu'à un très petit nombre de personnes dignes de toute confiance. Vous pourrez, si vous le jugez prudent , vous présenter comme un petit marchand forain ou comme un ouvrier qui demande du travail. Vous tâcherez d'avoir, dans chaque paroisse, l'indication d'une maison sûre; vous prendrez , au besoin , quelqu'un pour vous servir de guide. Vous ne cheminerez que la nuit et par des sentiers détournés. Vous logerez de préférence chez des personnes pauvres, et, si les cas l'exigent, vous coucherez dans des granges , même à l'insu des propriétaires, pour ne pas les compromettre. Vous vous tiendrez éloignés des officiers municipaux et des autorités constituées , même lorsque leurs bons principes vous seraient bien connus , pour ne pas les exposer. Vous ne demeurerez auprès des malades que le temps nécessaire pour leur administrer les sacrements.

Pour célébrer la sainte messe , il faudra nécessairement avoir un petit autel portatif, un calice, une patène et du pain azime ; mais vous pourrez , au besoin , vous passer de servant , en répondant vous-même ou en permettant à une femme de répondre de sa place. Si vous veniez à être traduits devant les tribunaux, vous penseriez à Celui qui a dit : Dabùur enim vobis in Ma hora quid loquam.ini. Vous parleriez avec la confiance et la fermeté que doit vous inspirer la sainteté de votre cause, mais toujours avec réserve et modestie. Si vous veniez à être condamné , vous regarderiez cet arrêt comme la voix de Dieu. Si , au lieu de

porter contre vous la peine de mort, on vous réservait à de longues épreuves , vous conserveriez la ferme espérance que Dieu vous accompagnera partout.

Ils leur accordèrent en même temps des pouvoirs très étendus, tant en vertu de leur juridiction ordinaire que comme délégués du Saint-Siège , et, entre autres ,

1° Celui d'absoudre de tous les cas réservés à l'évêque et même des péchés et des censures réservés au Pape, excepté que les ecclésiastiques séculiers ou réguliers ne pourraient être absous des serments et de l'adhésion au schisme que par Rd Ennemond Rey ;

2° Le pouvoir de confesser les religieuses et de les dispenser de la règle de leur institut , selon que les circonstances paraîtraient l'exiger;

3° De faire les fonctions de propre curé dans tout le diocèse ;

4° De dispenser des publications de bans et des empêchements prohibitifs ;

5° De dispenser des empêchements de parenté et d'affinité du deux au trois et dans les autres degrés plus éloignés ;

6° De dispenser de la parenté spirituelle , excepté inter levantem et levatum;

7° De dispenser de l'empêchement d'honnêteté publique provenant des fiançailles ;

8° De dispenser des vœux simples , même de celui de chasteté perpétuelle ;

9° Ils leur permettaient de célébrer la sainte messe dans un lieu profane, mais décent, de la dire avec un calice qui ne serait pas d'argent , de bénir les linges et ornements, et même de consacrer les calices.

D'après des arrangements pris avec les évêques respec-

tifs, on leur accordait à peu près les mêmes pouvoirs pour les diocèses d'Annecy, de Maurienne, de Tarentaise et de Belley.

De ces trois missionnaires, M. Desgeorges est le seul qui n'ait jamais été arrêté. M. Laroche a été pris le 3 mars 1795 et déporté à l'ile de Rlié. M. Rey Humbert a été arrêté le 21 du mois d'août 1795; mais, après environ une année de prison , il trouva le moyen de s'évader et de recouvrer sa liberté. M. Desgeorges était un homme de petite taille et de peu d'extérieur; mais il y avait en lui instruction, piété, prudence et finesse. Il allait de village en village, travesti en peigneur de chanvre, portant sur l'épaule un sac contenant de lourds peignes de fer; il avait pris le nom de Dian Magnan. Il continua ainsi à aller de cachette en cachette et à exercer secrètement le saint ministère en plusieurs paroisses du diocèse de Chambéry pendant sept ans, de 1794 jusqu'au Concordat. Il faisait tout avec sagesse et régularité, et tenait ses registres aussi bien que les circonstances pouvaient le permettre. Après le Concordat , il fut nommé archiprêtre curé d'Yenne ; plus tard, il devint chanoine de la cathédrale et mourut à Chambéry le 29 décembre 1841 , à l'âge de soixante-dixhuit ans.

Pour effacer plus sûrement tous les souvenirs du christianisme, Albitte avait donné à la plupart des communes, et surtout à celles qui portaient les noms de saints, des dénominations de son invention. Cette mesure absurde avait été exécutée plus spécialement dans le district de Moûtiers. Dans un arrêté du ii nivôse an m (3 janvier 1 795), le représentant Gauthier reconnaît que ce changement était illégal , qu'il rendait les relations difficiles et donnait lieu à de fréquentes méprises. Il ordonna que

toutes les communes reprendraient dès lors leurs anciens noms ; il ajoute néanmoins qu'on devrait supprimer, autant qu'il se pourrait, tout ce qui avait quelque rapport au fanatisme et à la féodalité. Ainsi le Bourg-Saint-Maurice s'appela depuis lors Bourg-Maurice. On voit par ce fait que, quoique plus humain, Gauthier n'était guère plus favorable au christianisme que ses prédécesseurs.

Plusieurs communes avaient adressé des pétitions à Gauthier pour obtenir le rétablissement de leur clocher et la restitution d'une cloche pour la convocation des assemblées communales; il n'osa rien accorder, dans la crainte, dit-il, de rallumer les torches de la discorde en rappelant le fanatisme; il renvoya toutes ces pétitions à Paris au comité de sûreté générale. Il aurait désiré rendre une cloche à chaque commune , mais il craignait qu'elles ne servissent à réveiller des souvenirs religieux ; ce qui était en effet très à redouter. Cependant il autorisa les administrations des districts à en conserver, parmi celles dont elles avaient le dépôt, un nombre égal à celui des communes de chaque district, pour en faire la distribution, si le comité de sûreté générale venait à le permettre. Cet arrêté est aussi du 3 janvier 1795.

Le 1 0 février 4 795, M. de La Palme adressa une lettre aux missionnaires qui commençaient à travailler dans le diocèse; il leur recommande instamment la pratique de toutes les vertus ecclésiastiques, la piété, la modestie, la prudence, dont leur zèle devait toujours être accompagné ; il les prie de lui faire connaître tout ce qui leur arrivera, lorsqu'ils en auront la possibilité , et surtout de le prévenir lorsqu'ils croiront que ce serait le cas de leur envoyer de nouveaux missionnaires; « car, ajoute-t-il, plusieurs en ce moment sont ici tous disposés à aller partager vos travaux et vos périls. »

Le 14 du môme mois, M. de La Palme écrivit une lettre aux prêtres demeurés fidèles et encore détenus dans les prisons pour la cause de la foi. Il leur expose les motifs les plus propres à les consoler, à les encourager, à les affermir dans leurs bonnes dispositions. « Que votre prison, chers confrères, leur dit-il, retentisse des louanges de Dieu et soit remplie de la bonne odeur de vos oraisons; qu'il s'en élève vers le ciel des supplications si humbles , si animées et si persévérantes, qu'elles fléchissent la colère de Dieu et rappellent enfin ses miséricordes. »

Le 27 février, M. de La Palme adressa une circulaire à tous les prêtres séculiers ou réguliers qui avaient eu le malheur de céder à la persécution ; il parle successivement à ceux qui n'avaient prêté que le serment de la liberté et de l'égalité, sans participer au schisme; à ceux qui, après avoir prêté le premier serment, avaient eu des communications avec l'évêque du Mont-Blanc et qui avaient exercé le ministère sacerdotal sous sa direction ; à ceux qui avaient renoncé aux fonctions du sacerdoce , livré leurs lettres de prêtrise et souscrit l'infâme formule du serinent d'Albitte. Il leur adresse à tous les instructions et les exhortations dont ils avaient besoin, selon la position où ils se trouvaient ; il leur indique tout ce qu'ils avaient à faire pour mériter l'absolution des censures qu'ils avaient encourues.

Pour vous excuser, vous prétexterez peut-être , leur disait-il , que vous n'avez cédé qu'à la force et que l'apostasie n'était point dans votre cœur ; mais les chrétiens qui, dans les premiers siècles, ont fléchi dans des persécutions encore plus violentes, en étaient-ils moins traités comme apostats? et n'est-ce pas dans des cas analogues que les martyrs ont tout souffert plutôt que de céder à la persécution? S'est-il pas toujours vrai qu'il faut confesser la foi

de bouche aussi bien que de cœur , et que celui qui rougit de Jésus-Christ devant les hommes n'est pas digne de lui? Dans l'induit du 19 mars 1791, le pape dit aux évoques qu'ils pourront accorder l'absolution des censures à ceux qui se montreront bien disposés, après qu'ils auront publiquement rétracté leur serment et réparé le scandale des fidèles de la meilleure manière possible. Il ne suffit donc pas de gémir en secret : vous devez à l'Église une réparation dont la publicité doit égaler celle du scandale que vous avez donné.

Le 12 mars 1793, M. de La Palme fit parvenir une circulaire aux religieuses de différents ordres qui se trouvaient alors exclues de leur monastère. Le gouvernement de la République avait confisqué leurs maisons, leurs clos, leurs revenus, tout ce qui leur appartenait; elles avaient été dispersées et forcées de se réfugier chez leurs parents ou de gagner leur vie, dans le monde, du travail de leurs mains. Un petit nombre avaient émigré et étaient parvenues à se faire recevoir en Piémont dans des maisons de leur ordre. Par surcroît d'épreuves, le 20 août 1793, le conseil général du département porta la brutalité jusqu'à les faire toutes emprisonner. Elles eurent beaucoup à souffrir; cependant, après le départ d'Albitte, elles furent successivement remises en liberté. ■ Elles se trouvèrent alors dispersées dans le monde, sans expérience, sans direction, dans un temps où la religion et la moralité étaient si peu respectées. M. de La Palme leur adressa à toutes des instructions, des encouragements et des consolations dont elles avaient grand besoin. Il leur rappelle une lettre que W Conseil leur avait adressée en 1793, quelque temps avant sa mort, dans laquelle, prévoyant tout ce qui allait leur arriver, il les prémunissait prudemment contre les

dangers futurs et leur donnait d'avance les directions et les permissions dont elles ne tardèrent pas à avoir besoin.

Pendant toute l'année 4 794 , la Convention nationale travailla ouvertement à établir partout l'athéisme; elle se proposait d'abolir, de déraciner entièrement tout principe religieux. Elle voulait forcer le genre humain à ne plus regarder le ciel. Le 20 février 1795, elle parut commencer à comprendre qu'elle allait trop loin; elle publia un décret qui semblait rétablir quelque peu la liberté des cultes. On le trouvera aux Pièces justificatives, n° 43. Dès que M. de La Palme en eut connaissance, il adressa une circulaire aux prêtres du diocèse qui se trouvaient en exil. Il leur exprimait l'espoir que bientôt ils pourraient rentrer dans leurs paroisses et reprendre les fonctions du saint ministère auprès des fidèles qu'ils avaient été forcés d'abandonner. Il les exhorte à se préparer à ce retour; mais en même temps il leur recommande de ne pas partir sans un nouvel avis et d'attendre que la volonté de Dieu se manifeste plus clairement. Sa défiance n'était que trop fondée , ce décret demeura absolument sans effet; il ne fut pas même publié en Savoie , et quand môme il l'aurait été , ses dispositions n'étaient pas suffisantes pour le rétablissement du culte catholique. Les prêtres âgés étaient encore en détention, et le décret ne leur rendait pas la liberté; les prêtres flétris par le serment d'Albitte étaient liés par des censures ; ils ne pouvaient pas exercer une fonction ecclésiastique sans avoir rempli les conditions nécessaires pour en être absous. Presque tous les bons prêtres étaient en émigration; un décret du 25 brumaire an m (1 5 novembre 1 794) portait la peine de mort contre les émigrés rentrés ; le décret du 20 février n'abolit pas cette peine; au contraire, le décret du 4 5 novembre est encore renouvelé par un autre décret

du 1er mai 1795 ; on les trouvera l'un et l'autre aux Pièces justificatives, n° 44.

Aussi la persécution contre les prêtres a-t-elle été, en 1795, aussi violente que l'année précédente. Le directoire du département montra un zèle ardent pour faire exécuter les décrets; le citoyen Carelli, son commissaire, comprit parfaitement ses intentions et se montra digne de sa mission. Le 1 4 janvier 1 795, il écrivait au commandant de la place de Séez : « Je vous invite à faire exécuter les décrets contre le prêtre Chevalier, réfractaire; faites-le arrêter et de suite traduire de brigade en brigade jusqu'à la maison d'arrêt de Chambéry ; il réside pour l'ordinaire dans la vallée de Ste- Foy ; il se retire chez les citoyens J.-B. Revial , duNoyerai, et Pierre Servonnet, de Séez; le maire de Séez vous fournira tous les renseignements nécessaires. »

Le 25 janvier, il écrivait au commissaire près le canton de Saint-Alban : « J'apprends que le prêtre réfractaire Pollet, de Puisgros , se montre avec impudence dans votre canton ; que dernièrement il a fait un mariage ; je vous invite à me dire quelles mesures vous avez prises pour le faire arrêter ; je vous préviens que je ne fléchirai jamais à cet égard. »

Le même jour, il se concertait avec le citoyen Gilbert, de Saint-Jean de Maurienne, pour faire une battue générale et simultanée contre les prêtres dans tout l'arrondissement de Maurienne. C'est Gilbert qui en avait donné l'idée. « Je suis de votre avis, lui répondit Carelli, il faut profiter du moment où il y a un bataillon à Saint-Jean pour agir vigoureusement. J'inviterai le commandant de la force armée à se concerter secrètement avec vous pour combiner le plan de campagne , de manière qu'il soit simultané , secret et assuré.»

Le 28 janvier, il écrivait au citoyen Garbillon , président

de l'administration municipale d'Annecy : « Un vrai patriote vient de me faire part que le nommé Reydet, curé de Saint- Olïenge-Dessus , habite tranquillement à Annecy; qu'il tient des propos contre-révolutionnaires ; qu'il s'est vanté de faire dans quelques jours une mission qui certainement ne sera pas civique. Je vous recommande de chercher l'habitation de ce réfractaire, de le faire saisir et traduire de suite dans les prisons. En purgeant le canton de ces bêtes immondes, nous assurerons la tranquillité du département. »

Le même jour, il écrivait au commissaire près le canton d'Aix : « Je mettrai à profit les renseignements que vous me donnez. Déjà j'ai pris des mesures relativement à Reydet. J'attends de votre zèle des renseignements plus positifs sur le compte de Richardet, curé d'Épersy. Indiquez-moi un moyen sûr de le trouver et de le faire saisir par la gendarmerie d'Aix ou par une autre plus voisine; il faut absolument nous défaire de cette race maudite. »

Le citoyen Servettaz , lieutenant de gendarmerie à Annecy , avait fait des démarches infructueuses au château de Menthon et à celui de Giez. « Il est vraiment affligeant, lui écrivait Carelli le 27 janvier 1 795 , que les ennemis de la liberté échappent toujours aux poursuites qu'on fait contre eux; mais j'espère qu'au moyen de la réunion des patriotes, on parviendra à les livrer au glaive de la loi. »

M. Pollet, envoyé de Turin comme missionnaire par M. de La Palme , se réfugia dans quelques familles de Saint- Alban. Le commissaire du directoire s'en aperçut; il chargea le juge de paix de le faire arrêter ; celui-ci parut favoriser secrètement son évasion ; le commissaire du directoire s'en plaint amèrement. « La lutte est scandaleuse , dit-il , il faut que le patriotisme triomphe et que l'aristocratie soit anéantie. » (1er février 4795.)

Le 2 février , il recommandait au citoyen Baud, commissaire près le canton d'Alby, de bien surveiller la conduite du citoyen de Thiollaz , habitant à Montpont, chez son oncle Cormand. « On me le désigne, dit- il, comme le centre d'une correspondance active entre les réfractaires et les émigrés , envoyez -moi tous les renseignements que vous pourrez obtenir sur son compte. »

Le même jour 2 février, il écrivait au commissaire du canton de Taninges : « L'audace des réfractaires , des émigrés et des jeunes gens de la réquisition , exige de votre part la fermeté la plus soutenue ; il ne faut pas fléchir ; les réfractaires méritent tout notre courroux , et ceux qui les recèlent ne doivent s'attendre qu'à la peine de mort. » La réquisition était une levée de dix-huit à vingt-cinq ans, que le gouvernement avait ordonnée en 1792. Ceux qui étaient atteints par cette loi , étaient appelés réquisitionnâmes. Un grand nombre d'entre eux s'étaient réfugiés dans les montagnes pour éviter le service militaire.

Le citoyen Carelli a été commissaire du directoire du département jusqu'au 18 mars 1795. Il fut remplacé alors provisoirement par .le citoyen Garin; mais il reprit ses fonctions le 12 mai. Pendant ces deux mois, on n'a presque pas exercé de poursuites contre les prêtres. L'administration municipale de Chambéry avait refusé l'étape et le logement dus pour le cheval et le conducteur qui avaient amené le prêtre Ducrey, déporté. Le 26 mars 1795, M. Garin écrivit à la municipalité que ce refus n'était pas fondé; nous parlerons plus tard de l'évasion de Marin Ducrey.

Dans la séance du directoire de Chambéry, du 4 mai 1795, on lut une lettre interceptée , qui annonçait qu'il y avait au Noyer en Bauges un prêtre réfractaire. Le direc-

toire chargea le citoyen Grand, son président , de le faire arrêter et traduire dans les prisons de Chambéry.

Le citoyen Burnier, maréchal des logis de la gendarmerie de Carouge, avait reçu ordre d'aller procéder à la recherche des prêtres réfractaires dans les communes de Lucinges et de Fillinges ; il refusa d'accepter cette mission. Le 4 mai 1795, le directoire de Carouge ordonna son arrestation et l'envoi des pièces au directoire du département.

Le 23 juin 1 795, le directoire du département se trouvait réuni en séance générale aux personnes des citoyens Grand, président, Bertier, Lapalme, Raymond, Gabet, Chabert, Rivet, Émery, administrateurs, Mermoz, procureur général syndic; on annonce que le nommé Joseph Berard , ci-devant curé de Pallucl, arrêté par la gendarmerie de l'Hôpital, est dans les bureaux de l'administration sous la garde de deux gendarmes. Le détenu est introduit et aussitôt le président lui fait subir un long interrogatoire en présence de tout le directoire. On le trouvera aux Pièces justificatives , n° 45.

Dans la séance du 29 juillet 1795, on lut au directoire la pétition du citoyen Jean -Claude Burnod, ex -agent national du district d'Annecy, détenu depuis un mois, à l'effet d'obtenir son élargissement. Le directoire, considérant que le pétitionnaire est noté dans l'opinion publique comme l'un des principaux suppôts de la tyrannie de Robespierre et que son nom est resté classé d'un accord unanime sur la liste des terroristes , arrête qu'il sera maintenu en état d'arrestation. Burnod s'était toujours montré en effet un révolutionnaire furieux ; son arrestation était un bienfait de la Providence.

Dans la séance du 8 août, le directoire du département

arrête que les directoires de district donneraient la note des cloches encore entières qui pourraient exister dans les dépôts de chaque arrondissement; on ajoute qu'il sera ensuite pourvu à la restitution d'une cloche par commune, autant que cela serait possible.

Dans le courant du mois de mars 1795, les deux vicaires capitulaires se déterminèrent à donner une nouvelle édition du Catéchisme du diocèse de Chambéry, parce que la précédente était épuisée; ils en adressèrent un exemplaire à chacun des prêtres émigrés en Piémont. Le 9 février 1798, le commissaire du directoire du département fit saisir chez M. Burdet , à Annecy , tous les exemplaires du Catéchisme de M. de La Palme qu'il avait encore et ordonna l'arrestation de M. Burdet.

Nous avons vu que MM. Rey Humbert, Desgeorges et Laroche étaient partis de Turin le 26 novembre 1794; ils remplissaient secrètement les fonctions de missionnaires dans le diocèse depuis quatre mois, lorsque M. Laroche fut arrêté aux Échelles , dans la nuit du mardi au mercredisaint, le 31 mars 1795 , à deux heures du matin. Il y passa le reste de la nuit dans un mauvais cachot; il profita de ce temps pour adresser aux fidèles de la paroisse des Échelles, où il était vicaire , une lettre où il exprime les sentiments d'une foi ferme et généreuse : « Quel que soit le jugement qu'on va bientôt porter contre moi , leur disait-il , j'espère de la bonté de Dieu qu'il voudra bien me donner la force de le confesser généreusement devant mes juges. Ne me plaignez pas, Jésus sera avec moi. Les peines dont je serai accablé se changeront en douceur. Je ne serai point triste, et la mort, si Dieu veut me faire cette grâce, me sera douce, puisqu'elle m'unira à mon unique bien. » Le lendemain, à cinq heures du matin , il fut traduit des Échelles dans les

prisons de Chambéry ; sa vieille mère le suivit en pleurant jusqu'à la porte delà prison. Quelques jours après, par l'effet d'une protection bienveillante, il fut élargi sous caution. Il continua d'exercer le saint ministère dans les paroisses des environs de Chambéry pendant quelques mois; il rendit ainsi de grands services au diocèse et se concilia l'estime de beaucoup de personnes honorables ; mais ensuite il fut arrêté de nouveau au Biolley , traîné par la ville à demi vêtu et maltraité ; peu de jours après , il fut de nouveau jugé et déporté à l'île de Rhé1. Comme émigré rentré , d'après le décret de la Convention nationale , du 25 brumaire an m , il devait être condamné à mort. Il paraît que ses juges n'eurent pas connaissance de son émigration. Étant revenu dans le diocèse à l'époque du Concordat, il travailla de nouveau aux Échelles pendant quelque temps comme vicaire. C'était un homme de piété et de bonnes mœurs, mais plus zélé que prudent; il se forma aux Échelles un parti qui le demandait instamment pour curé et un autre qui lui était extrêmement opposé. Pour le soustraire à ce conflit , Mgr de Mérinville l'envoya à Saint- Genix, qui n'était pas encore alors cure de canton. Il s'y forma aussi en peu de temps un parti pour lui et un parti contre lui. Pour se soustraire à ces tracasseries , il demanda et obtint la permission de passer dans un autre diocèse. En 1805, il publia à Lyon un mémoire justificatif qui ne

1 On avait fait courir le bruit que, lorsque le convoi partirait, on tenterait de l'enlever. M. le médecin D... , révolutionnaire ardent, l'accompagna jusqu'à la sortie de la ville ; il lui plaçait de temps en temps un pistolet sous la figure et disait : « Situ bouges, je te brûle la cervelle. » Au retour de l'exil, ils se rencontrèrent dans un salon. M. Laroche s'cmpres6a de le saluer : « M. le docteur , lui dit-il , je suis charmé de vous revoir en bonne santé. »

fait que médiocrement honneur à son jugement ; il occupa dès lors dans le diocèse de Lyon une petite paroisse où il mourut en 1818.

Pour mettre plus d'ordre dans l'administration du diocèse, les vicaires capitulaires, toujours fixés à Turin, jugèrent convenable de diviser leurs attributions. M. Garellaz fut chargé en particulier de la discipline ecclésiastique , de la réconciliation des prêtres tombés pendant la persécution et de toutes les mesures à prendre pour les y disposer. 31. de La Palme devait s'occuper spécialement des missions, de correspondre avec les missionnaires, de les distribuer dans le diocèse, de leur donner les pouvoirs et les instructions dont ils pourraient avoir besoin.

Lorsque l'on eut connaissance à Turin du décret de la Convention nationale concernant la liberté des cultes , on s'imagina que bientôt tous les prêtres émigrés pourraient rentrer dans leur diocèse et y reprendre les fonctions de leur ministère ; on crut devoir tenir pendant plusieurs jours des conférences pour délibérer sur ce qu'il y aurait à faire dans une circonstance aussi importante. Elles se réunissaient chez Mgr Paget, évèque de Genève , en l'assistance de MM. de Thiollaz et Dubouloz , grands-vicaires du diocèse de Genève , de Maistre , grand-vicaire de Tarentaise , de La Palme , vicaire général de Chambéry , et Goybet , vicaire général de Belley. Mais le décret du 21 février étant demeuré absolument sans effet en Savoie , les résolutions prises dans ces conférences devinrent également inutiles.

Le 4 avril 1795, M. de La Palme permit à MM. Actué, curé des Déserts , et Beget, curé de la Thuile, de rentrer dans le diocèse et d'exercer secrètement les fonctions du saint ministère dans leur paroisse et dans celles des environs. 11 accorda aussi à MM. Richard , Chapellaz et Berard ,

prêtres du diocèse de Maurienne , des pouvoirs pour les paroisses du diocèse de Chambéry situées sur la gauche de l'Isère. On voit par ces dispositions que, malgré les graves dangers auxquels ils s'exposaient, les prêtres émigrés commençaient peu à peu à rentrer en Savoie.

Aussitôt après son installation, M. Panisset s'était occupé à organiser un séminaire ; il était parvenu à y réunir jusqu'à quatre sujets pour un diocèse de six cents paroisses; le directoire du département lui alloua quelques subsides en monnaie de la République pour leur pension. Au mois d'avril 1795, l'un de' ces quatre sujets a fait parvenir aux vicaires capituiaires une rétractation qui a été jugée insuffisante; il en présenta ensuite une seconde, qui a été acceptée ; on y voit qu'il s'appelait Jean-Louis Plattet , de Chambéry; qu'ayant été admis au séminaire de l'évêque Panisset, il y reçut tous les ordres dans l'espace de trois mois, et qu'il exerça ensuite les fonctions ecclésiastiques pendant environ sept mois dans les paroisses de Servoz et de Passy en Faucigny. Les fautes d'orthographe de sa rétractation prouvent qu'il en savait moins qu'un mauvais maître d'école; il avoue que son ministère pendant sept mois s'est borné à dire la messe, faire quelques instructions et administrer quelques mourants. Cela prouve que les fidèles de Servoz et de Passy ne voulaient avoir aucune communication avec lui. En 1794, il livra ses lettres de prêtrise, mais il refusa de souscrire la formule du serment d'Albitte et subit dix mois de prison plutôt que de s'y soumettre. Son nom ne figure pas sur le tableau imprimé.

Nous avons déjà vu quelle a été la conduite de l'abbé Claus en 1792 et 1793. Malgré ses tristes antécédents , le serment d'Albitte lui parut affreux ; il eut cependant la lâcheté de le prêter , malgré l'opposition de sa conscience;

il en éprouva, aussitôt après, de violents remords. Il fit comme Judas, il rédigea une protestation et alla la présenter à la municipalité de Chambéry , qui avait reçu son serment. On refusa de recevoir sa déclaration et on lui répondit comme les Juifs à Judas : Qmd ad nos, tu videris; et au fond sa contrition n'était guère meilleure que celle de Judas ; il y déclare qu'il n'a souscrit cette formule détestable que parce qu'il y a été forcé, et en pensant qu'après cet orage il pourrait encore servir sa patrie. Il se trompait ; sa mort aurait été un bon exemple ; elle aurait réparé ses torts ; tandis qu'en survivant , après s'être avili, sans se convertir sincèrement , il ne ferait que continuer le scandale. C'est le 18 mars 1795 qu'il présenta sa protestation imprimée à la municipalité. Il paraît qu'il n'adressa point de rétractation aux supérieurs ecclésiastiques et qu'il ne leur demanda jamais à être absous des censures qu'il avait encourues. Il mourut à Chambéry , sur la paroisse de Saint-François de Sales, le 28 novembre 1808, à l'âge de cinquante-cinq ans. Il est dit dans son acte de décès qu'il a reçu les sacrements.

Le diocèse de Chambéry étant un démembrement de celui de Grenoble, M. le grand-vicaire de La Palme paraissait croire, à cette époque, que pour dispenser des empêchements de mariage , l'évèque de Chambéry devait avoir les mêmes pouvoirs que celui de Grenoble ; et pour bien connaître les usages de ce diocèse , il écrivit à M. Gigard , grand-vicaire du diocèse de Grenoble , qui se trouvait alors émigré à Martigny en Valais. On trouvera le résumé de sa réponse aux Pièces justificatives, n° 46. Il ne paraît cependant pas que les vicaires capitulairesse soient prévalus de ces usages pour accorder des dispenses. Mais la question s'est reproduite plus tard avec quelque gravité. En 1818,

M. le comte Somis, avocat fiscal général à Chambéry, refusa, pendant plus de deux ans, d'accorder son visa aux dispenses de parenté et d'affinité obtenues à Rome, sous prétexte que l'archevêque pouvait les accorder luimême comme successeur, en ce point, de l'évêque de Grenoble. On lui répondait 1° que l'ancien usage du diocèse de Grenoble était lui-même très contestable et contraire aux lois canoniques; 2° que ce droit, en le supposant légitime , n'aurait pas passé au diocèse de Chambéry , parce qu'il aurait été inhérent au siège et non au territoire qui en avait été démembré ; 3° que , même en le supposant inhérent au territoire , on n'aurait pu en user que pour les soixante-quatre paroisses du décanat de Savoie , et non pour les six cent vingt-cinq paroisses qui composaient alors le diocèse de Chambéry. Toutes ces raisons ayant été exposées dans un mémoire adressé au roi Yictor-Emmanuel Ier-, alors régnant, l'obstacle a été levé et l'opposition du Sénat a cessé.

INous avons vu que le décret du 20 février 1795 sur la liberté des cultes était demeuré sans effet en Savoie. La Convention nationale paraissait cependant se disposer peu à peu à faire quelque chose en faveur de la religion. Par un décret du 30 mai 1 795 (voy. Tièces justificatives, n° 47), elle rendait aux communes le libre usage des édifices originairement destinés au culte et non aliénés ; mais elle y ajoutait la condition qu'aucun prêtre ne pourrait y faire des fonctions avant d'avoir promis, devant la municipalité, suumissïoîi aux lois de la République, sous peine de 1 ,000 livres d'amende. En Savoie , ce décret n'a pas été plus utile à la cause de la religion que celai du 20 février précédent, 1° parce que les vicaires capitulaires de Chambéry et de Tarentaise et l'évêque de Genève furent d'avis que cette

soumission ne pouvait pas être promise à cause du grand nombre de mauvaises lois qui avaient été publiées depuis trois à quatre ans; 2° parce qu'il n'y avait presque pas alors de prêtres en Savoie; les vieillards étaient encore en détention et il était défendu, sous peine de mort, aux émigrés de rentrer. La décision relative à la soumission était peut-être un peu sévère ; il ne s'agissait pas d'une approbation des mauvaises lois , mais seulement d'une soumission passive; il n'y a pas de gouvernement qui n'ait des lois plus ou moins mauvaises, on peut s'y soumettre passivement sans les approuver , comme les premiers chrétiens se soumettaient aux lois des empereurs païens. Cependant, en 1795, les circonstances étaient telles que cette soumission illimitée n'aurait pas réellement pu être promise. Le gouvernement aurait pu prétendre que cette soumission générale renfermait une adhésion à la constitution civile du clergé qui n'avait pas été abolie.

Dans le courant du mois de mai 1 795 , le représentant du peuple Gauthier fut rappelé et remplacé par le citoyen Bion. Le 12 juin suivant, il y eut à l'administration du département une séance publique assez extraordinaire. Les administrateurs du district et la municipalité y avaient été invités. Un grand nombre de citoyens et de citoyennes remplirent la salle. Le représentant Bion y entra, accompagné de son secrétaire et du citoyen Bertier , qui était allé le prendre à son hôtel. Il prononça un discours dans lequel il attaqua vivement les jacobins et les terroristes. Il invita tous ceux qui avaient des plaintes à former, à dénoncer publiquement leurs oppresseurs.

« Citoyens, dit-il, la Convention nationale, sans cesse occupée du bonheur du peuple , envoie dans les départements des représentants pour être instruits des moyens les

plus propres à l'opérer. Le peuple ne peut être heureux si chaque individu met sa volonté à la place de ce qui est réglé au nom de tous. Le peuple ne peut être heureux dès que des ambitieux et des hypocrites sont assez adroits pour faire illusion sur leurs vues antipatriotiques. A la faveur de leur démagogie, ils ont soulevé le citoyen qui n'est pas propriétaire contre celui qui a des possessions; à la faveur de leur démagogie, ils se sont permis des incarcérations , des dilapidations , des vols et des meurtres. Citoyens , telle a été la doctrine de Robespierre et de ses sectaires, telle est la doctrine exécrable des buveurs de sang et des terroristes, doctrine enseignée et pratiquée par la secte des jacobins.

« Il n'est que trop vrai qu'il existe dans cette cité et dans ce département des individus imbus de tous les principes antisociaux de ces terroristes. Citoyens , qui êtes dignes de ce nom , désignez avec sagesse et avec une prudente modération ces êtres qui ont désolé vos villes et vos campagnes. »

Le peuple présent à la séance ne s'empressait point encore de nommer ses oppresseurs. Le représentant reprit la parole pour inviter ceux qui avaient des plaintes à former, à dénoncer librement, sans crainte et sans bassesse. Une liste, renfermant vingt-deux noms, lui fut remise pendant la séance; il la fit lire publiquement par son secrétaire; mais ayant remarqué ensuite qu'elle était anonyme, il la retira en assurant qu'il prendrait des renseignements sur chacun des individus.

Des citoyens des tribunes ont ensuite pris la parole pour exposer au représentant que les cantons d'Yenne et du Pont-Beauvoisin étaient encore affligés de la présence de quelques terroristes ; que , dans quelques municipalités ,

des membres placés par Albitte avaient encore échappé à l'épuration de Gauthier. Le citoyen Bion les invita à remettre leurs dénonciations au directoire du département. Le procès-verbal de la séance est signé par les citoyens Grand, président; Mermoz, procureur-syndic; Léger, secrétaire général.

Du 12 au 16 juin 1795, le représentant Bion fit mettre en liberté les citoyens Louis Livron , Louise Lambert , sa femme, Gabrielle Vibert-Michal, Joséphine Balland, Basin du Chanay, Joseph-Marie Regard de Vars, Charles-Albert Favier, Pierre d'Authurin, Jean-Joseph Bracorens, Marie Chapel, sa femme, Claude-Humbert, son fils, et Célestine, sa fille, Joseph Déville et Jeanne Martinet, sa femme, Antoine Cize et la citoyenne Rochette , sa femme , la citoyenne Mongelaz, les citoyennes Bertrand veuve Millet d'Arvillard , Jenny et Joséphine , ses filles , Bertrand de la Perrouze.

Dans le courant du mois de juin 1795, les vicaires capitulâmes apprirent par les lettres qu'ils recevaient de la Savoie, et surtout par les rapports des missionnaires , qu'un certain nombre des religieuses chassées de leur couvent et retirées dans leur famille oubliaient beaucoup trop leurs engagements sacrés et tombaient peu à peu dans un fâcheux relâchement. Le 24 du même mois, M. de La Palme leur écrivit une lettre dans laquelle il exprime la profonde affliction que cette nouvelle lui a causée ; il leur recommande de mieux se tenir en garde contre les dangers du monde, il leur expose les motifs les plus propres à les ranimer dans le service de Dieu et dans la pratique des vertus religieuses. « Nous savons, leur disait-il, que, malgré les vexations auxquelles vous avez été exposées , plusieurs d'entre vous ont montré une conduite et des

sentiments dignes d'elles, sans jamais se démentir. Elles peuvent avoir l'assurance que tous les mouvements de leur piété sont consignés dans le livre de vie ; mais, hélas! il en est quelques-unes parmi vous qui sont devenues un sujet de gémissement pour les âmes chrétiennes. Il nous en coûte de tenir à des religieuses un langage de plainte. Cependant nous ne devons point vous dissimuler que ce ce qui nous est revenu sur votre compte nous a profondément attristé ; nous nous hâtons de vous exhorter de nouveau à méditer les engagements que vous avez voués en face des autels et les avis que nous vous avons donnés ci-devant de la part de Dieu. Non, vous ne voudrez pas perdre le fruit de tous les sacrifices que vous avez faits , de toutes les victoires que vous avez remportées sur vousmêmes et de tous les mérites que vous vous êtes acquis; la seule idée d'une mort qui vous surprendra peut-être au premier jour , du rigoureux examen que vous subirez devant le juste juge ; ces idées , sérieusement méditées , vous feront trembler sur les périls auxquels vous vous êtes exposées. »

La Savoie a encore éprouvé, en 1795, la disette qui l'avait déjà si gravement affligée en 1794. Le 5 février, le directoire de Chambéry envoya à Marseille le citoyen Jean- Marie Guy pour y acheter des grains et mit pour cela à sa disposition une somme de 250,000 fr. et 510 sacs. Le 25 juillet de la même année, le conseil général du département fit préparer à l'évêché un emplacement où l'on pût déposer 2,000 quintaux de blé, qui n'avaient pu entrer dans les autres magasins.

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