‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 18 sur 61 · CHANTRE XV · texte numérisé non relu

CHANTRE XV

Favre-Buisson, accusateur public. — Antoine Barrioz. — Jean-Baptiste Perréard. — Richardel. — Le marquis de Chignin et M. Dunoyer. — Sociétés populaires. — Encombrement des prisons. — Hoirie de Mgr Conseil. — Emeute de Cognin. — Le marquis d'Oncieu. — Le P. Urbain. — Etienne Bouvier. — MM. Joguet etNeyre. — Martine Meilleur. — Laurent Reine. — M. Panisset. — Sanche. accusateur public. — MM. Pollet, Desgeorges, Ennemond Rey. — Maisons soupçonnées de receler des prêtres. — Larocbe. — Jacques Avet et Joseph Masson. — Jean-Baptiste Clarésy. — Le prêtre Léger. — Cocarde nationale. — Humbert Rey. — Jean-Claude Têtu.

Ayant eu l'occasion de lire la correspondance du citoyen Favre-Buisson , accusateur public , nous avons jugé utile d'en faire un extrait, parce que les renseignements que l'on y trouve éclaircissent et confirment plusieurs des faits racontés dans ces Mémoires. Le citoyen Jean -François Favre-Buisson1 a été nommé accusateur public par Albitte le 1 8 floréal an n (7 mai 1 794). Il fut remplacé par le citoyen

1 Jean-Francois Favre est né à Rive , hameau de Thonon , en 1754 ; lorsque ses opinions révolutionnaires l'eurent amené à Chambéry, il épousa Jeannette Buisson et prit dès lors le nom de Favre-Buisson. Après le Concordat , il retourna à Thonon où il plaida comme avocat. Pendant plusieurs années , il eut pour curé ce M. Neyre qu'il appelait brigand dans sa correspondance et qu'il regrettait de n'avoir pas pu faire fusiller avec M. Joguet. Il mourut à Thonon en 1836 , à l'âge de 82 ans.

Sanche, avoué, le 6 octobre 1794. Ses fonctions n'ont donc duré que cinq mois. C'était un républicain ardent, ennemi du clergé et très disposé à exécuter toutes les volontés du représentant Albitte.

Le 22 floréal au n (11 mai 1794), il écrivait au président du tribunal criminel d'Annecy que le 18 floréal il avait été nommé accusateur public par Albitte, qu'il lui avait exprimé son empressement à concourir avec lui à exterminer le vice et le crime, à défendre et à protéger V innocence et la vertu. Malheureusement la suite de sa correspondance prouve que souvent Y innocence et la vertu étaient vice et crime à ses yeux.

Le 13 mai, il adresse une circulaire aux sept districts du département. Il leur envoie un arrêté du représentant Albitte, portant épuration et réorganisation du tribunal criminel; il leur donne l'assurance qu'il concourra de tout son pouvoir à dévoiler et à faire punir les traîtres et les scélérats de toute espèce qui s'opposaient au triomphe de la République.

Le 21 mai , il écrit au directoire du département qu'un nommé Antoine Barrioz, de Vénissieux (département de l'Isère), frère convers des Lazaristes d'Annecy, sorti du département en 1793, avec les autres scélérats de cette maison, y était rentré depuis lors ; il désire vivement le faire condamner à mort , à ce qu'il paraît ; mais il fallait pour cela : 1° qu'il fût déclaré émigré, par le directoire du département; 2° qu'il fût jugé par le tribunal criminel. Il invite le directoire à prononcer au plus tôt sur la première question, pour qu'enfin l'on fasse justice dans ce département, dit-il, de l'un de ces scélérats qui ont fait des plaies siprofondes à la patrie. Il est fâcheux, ajoute-t-il, qu'il ne s'agisse ici que d'un frère boulanger et que l'on ne tienne pas le supérieur.

Le même jour, 21 mai, il écrivait à l'administration du district d'Annecy que la loi contre les émigrés et les prêtres déportés ne tarderait pas d'être appliquée au nommé Antoine Barrioz : // est bien temps, dit-il, quelle frappe matériellement sur quelqu'une de ces têtes coupables qui ont fait tant de maux à la République.

Le lendemain, 22 mai, il écrivait à l'agent national du district de Chambéry qu'il avait reçu les pièces relatives à Antoine Barrioz ; que , dans peu de jours , le tribunal serait nanti de celles concernant Jean-Baptiste Perréard , l'un et l'autre dans le cas des peines portées contre les prêtres émigrés et rentrés , et que bientôt il serait fait justice de ces deux scélérats. « Quant au prêtre Richardet, ajoute-t-il, je vais me procurer les renseignements nécessaires, et son sort ne tardera pas d'être également décidé. » M. Richardet était curé d'Epersy.

Le 24 mai (5 prairial an h) , il écrivait à la commission militaire d'Annecy qu'il avait reçu les pièces saisies sur le prêtre réfractaire Jean-Baptiste Perréard, consistant en un Nouveau Testament, ou étaient renfermés quatre grandes hosties, une lettre du magicien de Rome, du 23 juillet 1764, et deux lambeaux d'un écrit fanatique; comme on devait avoir aussi saisi sur lui un livre intitulé Heures à trois offices, un chapelet et quelques autres petits objets, il demandait que tous ces effets lui fussent adressés sans délai, afin que tout pût être placé sous les yeux du tribunal criminel pour le jugement. C'est sans doute le Pape que Favre-Buisson appelle ici le magicien de Rome.

Le 26 mai 1 794 (7 prairial an n), il invite le directoire du département à prononcer au plus tût sur l'émigration des individus en arrestation à Chambéry, tels que les nommés Métrai (Métrai de Chàlillon, marquis de Chignin) et Dunoyer

(le baron Dunoyer, beau-frère du marquis de Chignin), qui se sont évadés, dit-il, de la maison commune, sont allés donner un bonjour aux Piémontais et sont rentrés quand ils ont vu qu'ils ne pouvaient pas venir avec eux égorger la patrie et tous les patriotes; il ajoute qu'il y a urgence, parce que l'un de ces -individus se trouvait très malade (M. de Chignin , qui est mort à l'Hôtel-Dieu peu de temps après).

Dans une lettre du 28 mai, il félicite la municipalité d'Aix d'avoir dressé un procès-verbal contre les citoyens Daignet et Moulié, voituriers, prévenus d'avoir insulté les habitants du département en les traitant de Savoyards, car, dit-il, ceux qui qualifient les habitants du Mont-Blanc de Savoyards se révoltent contre le décret de notre réunion.

Une femme de Grésy-sur-Aix , nommée Dijoud, étant décédée, le tiers de son hoirie passait à la nation comme représentant son frère, ex-curé de Mognard, déporté. Les citoyens Durand, Brunoz et Ailloud, qui s'étaient emparés de quelques-uns de ses effets , furent dénoncés à l'accusateur public parle citoyen Michaud, membre du club d'Aix. Le 28 mai, Favre-Buisson transmit la dénonciation au juge de paix de la Biolle avec ordre d'informer.

Les Sociétés populaires étaient l'un des principaux rouages du gouvernement révolutionnaire; partout elles étaient chargées de surveiller et de dénoncer. Le 28 mai 1794, Favre-Buisson écrivait à celle d'Aix : « Soyez toujours, frères et amis, les sentinelles vigilantes du peuple , et continuez d'avoir l'œil sur tous ceux qui contreviennent aux lois, et particulièrement sur les fonctionnaires publics, doublement criminels lorsqu'ils les enfreignent euxmêmes. J'ai besoin de la vigilance des Sociétés populaires, surtout pour me faire connaître les coupables ; indiquez-les

moi, et je vous prouverai par mon ardeur à les poursuivre que je partage vos sentiments, que le crime et le vice me trouveront toujours inflexible, en même temps que l'innocence et la vertu trouveront en moi un défenseur. » Partout les membres des Sociétés populaires sortaient des bas-fonds de la société ; on comprend quelle pouvait être la sécurité des honnêtes gens dans un gouvernement comme celui de la Convention sous Robespierre , où tous les clubs avaient mission de surveiller et de dénoncer, même les fonctionnaires publics.

Le même jour, 28 mai, Favre-Buisson écrivait au directeur du jury d'Annecy : « Il est très vrai, citoyen, que la maison de justice (les grandes prisons de la ville) est engorgée, qu'il en est de même de la maison d'arrêt (Tévêehé) et de celle de détention (le couvent de Sainte-Claire en ville) et qu'en ce moment une nécessité impérieuse exige que l'on suspende toute translation de prévenus; il existe même dans ces différentes maisons un principe d'épidémie; ce serait le rendre toujours plus dangereux d'y rapprocher davantage les individus. Dès le 15 de ce mois, nous travaillerons au dégorgement et nous y travaillerons sans relâche. » Cette lettre prouve que les clubs avaient bien surveillé et beaucoup dénoncé. ÀChambéry, on avait triplé le nombre des prisons et toutes étaient engorgées.

Le Ier juin (13 prairial), il écrivait à l'agent national du district d'Annecy : « Je viens de recevoir ta lettre avec le paquet dûment cacheté, renfermant le surplus des effets trouvés sur l'ex-prêtre Perréard et formant le supplément du corps de délit; je les ai remis au greffe; dans peu il subira la peine due à son exécrable apostolat. » Ce langage violent prouve qu'il es érait le faire condamner à mort comme émigré rentré. On a déjà vu que le principal corps

de délit était un évangile et un chapelet. M. Perréard était un prêtre respectable du diocèse de Genève. C'est à tort qu'il l'appelle ex-prêtre; il n'avait point prêté le serment d'Albitte. Après le Concordat, il fut nommé curé de Saint- Julien, où il mourut en 1808.

On voit, par une lettre du 7 juin (19 prairial ami), que le citoyen André Burnier, agent national de la Motte, était prévenu de plusieurs délits commis dans la vue de nuire aux enchères qui avaient eu lieu à la Motte le 19 floréal pour la vente des effets de V émigré Mont for t. Il est probable que le citoyen Burnier avait cherché à soustraire quelques objets pour les Gonserver à la famille de Montfort.

Le 8 juin , Favre-Buisson écrivait à l'agent national du district de Chambéry : « Je t'invite à ne pas perdre de vue l'hoirie de feu Michel Conseil, qui se trouve dévolue à la nation, suivant la dernière loi concernant les prêtres déportés. Or, il était dans le cas de la déportation; il était même en arrestation comme prévenu de contre-révolution. Fais donc tes instances pour mettre à couvert des biens qui sont ceux de la République. » Cependant Mgr Conseil n'avait jamais été condamné à la déportation, il ne pouvait pas même y être condamné à cause de son âge de 77 ans.

M. le marquis de La Pierre, propriétaire du château de Corinthe, à Cognin , était très aimé de ses fermiers et de tous les habitants de la commune. Son arrestation, par ordre d'Albitte, excita parmi eux une profonde affliction. Un nommé Benoît Darmaisin s'avisa un jour de sonner le tocsin; il forma ainsi un attroupement de deux cents paysans; ils délibérèrent de venir à Chambéry demander la délivrance du marquis. Ils s'avancèrent courageusement jusqu'au sommet de Mâché ; là un nommé Louis Roche leur représenta prudemment qu'ils n'étaient pas en état de

résister à la garnison de la ville, qu'ils allaient se compromettre gravement et tout à fait inutilement; ils le comprirent et de suite l'attroupement se dispersa. Darmaisin fut dénoncé à Favre-Buisson par le citoyen Marc Collomb, le 14 juin 1794; mais l'insurrection de Cognin avait déjà eu lieu le 19 août 1793, époque où l'on annonçait la prochaine arrivée des Piémontais. Le 17 juillet, l'accusateur public écrivait au district de Chambéry : «J'ai reçu, citoyens, votre lettre de ce jour et les informations prises sur le tocsin sonné à Cognin le 19 août dernier, jour d'exécrable mémoire, où les scélérats s'agitaient de la sorte pour rendre la liberté aux suspects et perdre la liberté publique. On y voit que les contre-révolutionnaires Gabet, juge de paix du canton de Couz, et Menou, vicaire de Vimines, étaient du nombre des fauteurs de la contre-révolution; ils ont émigré, et le glaive national ne peut plus les atteindre. »

Le 17 juin 1794, Favre-Buisson écrivait à l'agent national du district de Chambéry que plusieurs individus suspects , détenus dans les prisons nationales , demandaient avec instance une décision et un adoucissement à leur sort, parce qu'ils étaient malades et renfermés dans des cachots où ils se trouvaient très mal ; entre autres, Deville(M. le marquis de Ville de Travernay). Il lui recommande de prendre au plus tôt les informations nécessaires pour faire décider s'ils doivent être transférés à Paris. « Si ce sont des contre-révolutionnaires, comme je le crois , ajoute-t-il , il faut se hâter de les expédier pour ne pas obstruer plus longtemps les prisons qui s'engorgent chaque jour. »

Le 27 juin (9 messidor), il fit arrêter Thérèse Simon , de Bellecombe en Tarenlaise, et Marie Perret, de Blanches- Eaux (Aigueblanche), prévenues d'avoir chanté une carmagnole contre-révolutionnaire, dont le refrain était : Vive le

son! vive le son du Piémont! vive la royauté et nos braves chapeaux bordés !

En 1793 , le marquis d'Oncieu était en détention à l'évêché ; son domestique, Benoît Bourget, fit faire des pétitions dans plusieurs communes du canton pour obtenir son élargissement. L'accusateur public ne s'en aperçut que plusieurs mois après ; le 1 7 juillet I 794 (29 messidor an n), il écrivait aux administrateurs du district de Chambéry qu'il avait examiné les informations prises sur les manœuvres employées pour faire élargir l'ex-noble d'Oncieu dans la journée du 18 août : « Vous verrez, leur dit-il , si vous ne devez point dénoncer comme contre-révolutionnaire le nommé Benoît Bourget, ci-devant domestique de d'Oncieu, qui agissait et faisait agir auprès des municipalités de Barby, Saint-Alban, la Ravoire, Curienne et Puisgros, pour qu'elles se réunissent pour .demander l'élargissement de ce cidevant, et si d'Oncieu lui-même ne déviait pas être traduit au tribunal révolutionnaire comme l'auteur principal et l'objet de ces manœuvres, quoique les pétitionnaires n'aient point fait de violence pour obtenir cet élargissement, parle fait que leur démarche tendait à exciter des troubles, comme de fait elle en a excités, ce qui ne sera jamais oublié parmi les patriotes. Vous verrez enfin si vous ne devez point dénoncer et faire traduire aussi Hyacinthe Chaffardon, maire de Barby, qui, dans son billet joint à la procédure , promettait des récompenses à ceux qu'il convoquait à la municipalité de Barby pour obtenir cet élargissement. Si l'on se rappelle que celte démarche coïncidait avec les manœuvres de tous les scélérats qui levaient audacieusement leurs têtes criminelles à cette époque, on se convaincra que c'était là l'un des fils de la contre-révolution que les ci-devant nobles et leurs agents cherchaient à

opérer dans le département, à l'approche des Piémontais. » Dans une lettre du 20 juillet 1794 (2 thermidor), adressée à l'agent national du district de Cluses, il demandait des renseignements sur un père Urbain, capucin (M. Moënne- Loccoz) : « Est-il à Cluses, lui disait-il? A-t-il prêté serment dans le temps? Dans quelle capucinière était-il à l'entrée des troupes de la République dans la ci-devant Savoie? A-t-il fait la déclaration qu'exigeait la loi, de ne rien retenir et de ne rien divertir au préjudice de la nation? On a découvert à Nernier, district de Thonon, une caisse déposée par lui, dans laquelle se trouvaient des lavabo, des couvreautel, aubes, nappes, etc., qui annonce que ce frère indigne a dû prendre son petit lot dans la capucinière. Cette caisse était, depuis une année, en dépôt à Nernier, où cet excapucin prêchait ce que l'on appelait autrefois le carême. » Après le Concordat, le P. Urbain fut nommé recteur des Brévières en Taren taise , où il mourut en 1809.

Le 24 juillet 1794 (6 thermidor an n), Favre-Buisson écrivait au comité de surveillance de Chambéry : « Il vous souvient, citoyens, de l'évasion qui eut lieu l'année dernière, au mois d'août, des nommés Dunoyer, Chignin, Dubourget et Déville -Lacroix, détenus dans la maison commune ; il vous souvient des dangers que couraient alors le déparlement et toute la République; les contre-révolutionnaires, vendus à l'aristocratie, s'efforcèrent de procurer aux ci-devant nobles leur liberté. Les quatre prénommés s'évadèrent à l'aide des instruments qui leur furent transmis pour couper les barreaux des fenêtres. Le nommé Jean Forneri, de Carmagnole en Piémont, détenu dans la maison d'arrêt, est le scélérat qui a fourni les instruments pour procurer cette évasion. Vous pourrez entendre le citoyen Perrot, gardien des maisons d'arrêt et de justice, lequel

vous indiquera Garrot dit Cize, qui est instruit personnellement. On a découvert une sorte de lime formée par une moitié de lame de faulx, emmanchée à une petite poignée en bois, et quelques autres instruments. Il faut m'en faire l'envoi au plus tôt pour la punition du crime. Je vous rappelle l'affaire Dunoyer, qui doit être déclaré émigré; veuillez prononcer sur son sort. »

Le 29 août 1794, il écrivait aux administrateurs du district de Montsalin qu'un nommé Etienne Bouvier , cidevant homme de loi , était prévenu d'avoir mêlé du foin avec de la paille de froment pour la litière de ses vaches, d'avoir laissé pourrir à dessein son foin sur le pré, d'avoir refusé d'acenser ses terres , d'avoir préféré les laisser en friche, tandis que la République avait un si grand besoin de foin et qu'elle en faisait transporter à Monlsalin du département de l'Ain et de celui du Rhône, « et il existe à Montsalin , dit-il , un homme qui , plutôt que de livrer à l'armée l'excédant de. sa consommation, le laisse perdre misérablement, un homme qui refuse de vendre du blé à des malheureux et de leur prêter du pain dans leur plus pressant besoin, un homme enfin qui s'obstine à faire pourrir ses œufs dans un fumier ; c'est une exécration. Cet individu était en usage de vendre cet excédant aux Piémontais, et il ne veut point le céder à la République; il préfère de le faire pourrir; c'est une horreur, c'est l'incivisme le plus criminel, c'est un fait contre-révolutionnaire. Suivant la loi du 12 germinal, ceux qui, par malveillance, laissent volontairement périr des denrées propres aux subsistances sont punis de mort et de la confiscation de leurs biens. C'est ici le cas. »

M. Joguet était un prêtre pieux et dévoué, qui n'avait eu d'autres torts que d'émigrer pour ne pas adhérer au

schisme et de rentrer ensuite en Savoie comme missionnaire. M. Neyre était un prêtre distingué par ses talents ainsi que par ses vertus. On ne pouvait reprocher à Marie Clarey-Clarésy que d'avoir donné l'hospitalité à M. Joguet, son neveu. Les colères de Favre-Buisson contre ces trois personnages prouvent qu'il méritait lui-même tes injures qu'il leur prodigue. Le 11 septembre 1794 , il écrivit au général Pouget et au général Dours pour obtenir les pièces relatives au jugement à rendre contre Marie Clarésy, Pernette Alys, Joseph Mongelaz et Jean-Joseph Ravier: « L'exemple du scélérat Joguet, disait-il, produira sans doute une épouvante salutaire à la République. Il est bien malheureux que Vautre scélérat Neyre , son camarade , se soit échappé et n'ait pu subir le même sort; mais comme ces sortes de brigands n'auraient jamais empoisonné notre département de leur funeste doctrine , ni souillé son sol de leur présence, si personne ne leur avait donné asile, il est bien important maintenant de faire quelques exemples de ceux qui les ont recelés et qui seront reconnus coupables de complicité avec ces scélérats. »

Le même jour, 11 septembre, il écrivait au général Pouget, commandant les troupes de la République au Mont-Cenis : « Dans le cas où tu n'aurais pas laissé ou transmis à ton successeur dans le commandement du district de Cluses , le général Dours , les procès-verbaux de saisie et les réponses données tant par le prêtre réfractaire Joguet , jugé et condamné ta mort par la commission militaire, que par Marie Clarey-Clarésy , Joseph Mongellaz, Jean-Joseph Ravier et Pernette Alys, tous complices, à ce qu'il paraît , de ce prêtre et de son camarade Neyre qui , malheureusement a échappé , je t'invite, citoyen général , à me faire parvenir ces pièces , avec un extrait du juge-

ment rendu par la commission militaire contre le scélérat Joguet. » On voit clairement par cette lettre que c'est le général Pouget qui commandait à Cluses lorsque M. Joguet a été fusillé. C'est sans doute lui qui a formé la commission militaire et ordonné l'exécution; peut-être même l'a-t-il présidée? On voit aussi par celte lettre que si M. Neyre n'avait pas échappé, il aurait certainement été livré à la même commission et fusillé avec M. Joguet. Son évasion a causé un profond regret à Favre-Buisson.

Le même jour , 1 1 septembre , il écrivait au général Dours , successeur de Pouget dans le district de Cluses : « J'ai lieu de croire que le général Pouget t'aura remis ou fait remettre les procès-verbaux de saisie et les réponses données par le prêtre réfraclaire Joguet (fusillé le 14 août précédent) et par Pernette Alys , veuve de Gaspard Girard, de Saint-Jean de Lessy (sic), par Marie Clarésy, de la commune du Crest-Yolland, Joseph Mongelaz et Jean- Joseph Ravier, d'Héry , tous deux de la première réquisition , saisis par la garde nationale de Mégève, dans la nuit du 22 au 23 thermidor, dans la maison de ladite Clarey- Clarésy, où étaient le prêtre Joguet et encore Jean Neyre, de Flumet, autre prêtre réfraclaire , qui se disposaient à y chanter messe. Le premier seul a subi la peine due à ses crimes par jugement d'une commission militaire formée d'après la loi ; l'autre a réussi à s'évader. Le district de Cluses ayant renvoyé au tribunal criminel fes complices de ces prêtres , il est nécessaire que j'aie toutes ces pièces ; c'est pourquoi je les réclame auprès de toi , ainsi qu'un extrait du jugement de la commission ; veuillez bien m'en faire l'envoi. »

Quelques années avant la révolution de 1792, Martine Meilleur, de la commune des Allues en Tarentaise, était

au service de Madame de Tarnezieux , veuve de Syon-Saint- André, en qualité de femme de chambre. C'était une fille d'un caractère énergique et décidé. Ayant besoin de faire un voyage en France , Madame de Syon la chargea de lui chercher un cocher. Ne trouvant pas ce que sa maîtresse désirait, elle lui dit : « Tous savez que je ne conduis pas mal la voiture , si vous voulez, je m'habillerai en garçon , je porterai livrée et je ferai le cocher. » Par irréflexion ou par légèreté , Madame de Syon consentit à la singulière proposition qui lui était faite. Martine prit le nom de Martin et le voyage se fit heureusement. Cet excellent domestique rendait de grands services à sa maîtresse ; il était tout à la fois valet de chambre, cuisinier , coiffeur et cocher et faisait tout avec une remarquable prestesse; mais Martin était fier de sa livrée et d'une humeur quelque peu tapageuse ; un jour qu'il assistait à une réunion de gens de sa condition , à une sorte de vogue , il eut une rixe, on l'appela en duel au pistolet, il accepta, tira juste et tua son adversaire. Dès que Madame de Syon l'eut appris, craignant les poursuites de la police , elle repartit pour la Savoie. En arrivant, Martin reprit les vêtements et le nom de Martine, et personne ne l'inquiéta.

Madame de Tarnezieux habitait à Lémenc dans la maison qu'ont acquise plus tard les Carmélites et qui appartenait alors à un peintre nommé Bérenger. Lorsqu'Albitte eut ordonné l'incarcération de tous les nobles, Madame de Syon se cacha pendant quelque temps dans une commune des environs de Chambéry, où Martine lui fournissait secrètement des moyens de subsistance. Dès que le directoire se fut aperçu de son départ, il saisit son mobilier et fit mettre la domestique en détention à l'évèché , où elle demeura plusieurs mois. Elle rendait beaucoup de services

aux dames qui y étaient détenues avec elle ; elle les distrayait agréablement par ses réparties pleines d'esprit et d'à-propos. Elle soignait d'une manière particulière celles qui étaient âgées et infirmes , et au besoin elle tenait tête aux inspecteurs et au concierge de la prison pour modérer leur grossièreté.

Lorsque Madame de Syon eut connaissance de la détention de Martine, elle prit le parti d'émigrer. A l'arrivée du représentant Gauthier, Martine obtint son élargissement. Favre-Buisson, qui en parle dans une lettre du 23 septembre 1794, adressée aux administrateurs du district de Chambéry, l'honora d'un calembourg : « Je souhaite, dit-il, que l'épreuve de la détention qu'elle a subie pour ses bons services envers une ennemie de la patrie , la rende meilleure. »

Quelque temps après son élargissement, elle épousa un homme de Saint-Alban, nommé Claude jNielloud; elle n'en eut point d'enfants ; en 1818 , ils furent reçus l'un et l'autre à Chambéry, à l'hospice de la Charité, non comme pauvres, mais comme pensionnaires ; ils donnèrent pour cela à l'administration le peu qu'ils possédaient. Martine y mourut le 5 novembre 1828; on trouvera son acte de décès aux Pièces justificatives, n° 56.

Favre-Buisson s'était toujours montré très favorablement disposé pour le citoyen Laurent Reine; il en donna des preuves jusqu'au dernier jour de ses fonctions d'accusateur public. Le 7 septembre 1794, il écrivait aux administrateurs du district de Chambéry : « Citoyens, l'exécuteur des jugements criminels me fait part que vous lui aviez avancé une somme de 000 fr. à son arrivée dans ce département et que vous étiez dans l'intention de lui retenir celte somme sur son traitement; je vous prie de solliciter

l'autorisation nécessaire pour lui en faire condonation, afin de ne pas faire souffrir un citoyen utile à la chose publique. »

A l'arrivée d'Albitte en Savoie, M. Panisset a tout à fait cessé d'exercer les fonctions épiscopales , il se trouva dès lors sans traitement, dans une position fort gênée. Au mois de septembre 1 794 , il fit parvenir une pétition au représentant Gauthier par la médiation de Favre-Buisson. « J'ai reçu avec ta lettre de ce jourd'hui , lui répondit celui-ci, la pétition que tu destines au représentant du peuple; je lui donnerai cours demain. J'en solliciterai l'effet ; je souhaite qu'il réponde à tes vœux et aux miens, désirant sincèrement que ton sort soit aussi doux que le méritent les vertus que tu as toujours professées et dont tu as donné l'exemple à tes concitoyens. »

Au commencement d'octobre 1794, le représentant du peuple Gauthier remplaça Favre-Buisson , comme accusateur public, par le citoyen Sanche, avoué. Favre-Buisson fut alors nommé juge au tribunal du district de Chambéry. Le 30 décembre 1 794 , Sanche demandait des renseignements au maire du Betonnet sur quelques individus de sa commune , accusés d'avoir enlevé une cloche de la maison nationale du Béton.

Le 15 janvier 1795, il écrit au juge de paix de la Trinité qu'on lui a dénoncé des rassemblements fanatiques qui devaient avoir eu lieu dans ladite commune ; il lui ordonne d'informer. Ces rassemblements consistaient, à ce qu'il paraît, en ce qu'un certain nombre de fidèles s'étaient réunis un jour, de grand matin , pour entendre la messe dans une maison particulière. Voilà à quoi se trouvait réduite alors la liberté des cultes.

Le 1er février 1795, il écrivait à l'agent national du

district de Chambéry qu'il existait dans la maison de justice trois prêtres réfractaires, Hugues Richardet, ci -devant curé d'Épersy, Jean -Baptiste Perréard, sans fonctions publiques, et Jean - François Thonin, ci -devant vicaire d'Annecy, outre un nommé Barrioz, frère lais. « J'ai fait assembler le tribunal, dit-il, pour mettre ces individus en jugement; mais un doute s'est élevé : il s'agit de savoir si on doit les juger d'après la loi du 30 vendémiaire ou les traduire au tribunal révolutionnaire. Quant à Richardet, je n'ai aucune pièce ; le département doit les avoir envoyées à l'administration du district de Chambéry. Il peut se faire qu'il soit seulement dans le cas de la déportation ; parce qu'il est détenu dès le 1er novembre 1793 et alors il était dans le terme pour se présenter à l'administration. »

Le 6 février , Sanche écrivait aux officiers municipaux de la commune de Thônes : « On m'a rapporté que l'exprêtre réfractaire Jean-Baptiste Perréard , de la commune deVulbens, a habité quelque temps à Thônes, qu'il y a exercé les fonctions de prêtre en qualité de vicaire ; je vous invite à prendre des renseignements là-dessus et à m'en rendre compte. »

On appelait réfractaire alors tout prêtre qui avait refusé de prêter le premier serment, qu'on ne pouvait prêter sans être schismatique , ou le serment d'Albitte qu'on ne pouvait prêter sans se rendre coupable d'une infâme apostasie. Les prêtres réfractaires étaient donc des hommes honorables, des hommes qui avaient tout sacrifié pour obéir à leur conscience; c'était dans toute la France l'élite du clergé catholique; hé bien, ce sont ces prêtres réfractaires que le tribunal criminel de Chambéry retenait en prison pendant des années entières dans le doute s'il devait les condamner à la déportation ou à la mort. Le

représentant du peuple Gauthier se montra indulgent envers les nobles mis en détention par Albitte : à son arrivée , la plupart obtinrent leur élargissement ; mais on continua à traiter les prêtres avec la même sévérité qu'auparavant.

Le 23 mars 1795 (3 germinal an m), Sanche écrivait aux citoyens maire et officiers municipaux de la commune de Chambéry : « J'ai reçu votre lettre du 1er courant, par laquelle vous me marquez qu'il existe dans cette commune des prêtres déportés qui sont rentrés , et vous me désignez quelques maisons que l'on présume les avoir recelés ; je profiterai de cet avis pour tâcher de découvrir et faire punir les coupables. »

Le 29 mars , l'accusateur public adressait à la gendarmerie du département un ordre où il disait : « Considérant que , suivant le bruit public , plusieurs prêtres déportés doivent être rentrés dans ce département et même dans la commune de Chambéry, où ils exercent furtivement les fonctions du culte etjettent dans les âmes faibles et crédules des maximes contraires au gouvernement et aux intérêts de la République ; que des lettres de la municipalité de Chambéry, en confirmant ces bruits, ajoutent qu'il est difficile de les arrêter, parce qu'ils changent souvent de retraite; ils parcourent différentes maisons où on leur fournit des asiles secrets, requiert la gendarmerie nationale du département d'arrêter et traduire dans la maison de justice les nommés Pollet Joseph, Martin-Cyprien Dégeorges, Ennemond Rey, Joseph Rey, Simon Rey et Gabriel Rey, tous prêtres déportés. La gendarmerie nationale est autorisée à requérir les dépositaires de la force publique; elle pourra entrer dans les maisons désignées ci-après.

« Signé : Sanche. »

Note des maisons suspectées de receler des prêtres déportés.

La citoyenne veuve Desgeorges ;

La citoyenne Mongelard (madame de Montgelaz) ;

La citoyenne Métral-Châtillon (madame de Châtillon) ;

La veuve Pomel, née Revenat, rue Voltaire (madame Pomel) ;

Le citoyen Pingon (le comte de Pingon) ;

Le citoyen Pillet aîné, place de la Liberté ;

La citoyenne Dalbert, cafetière au faubourg Montmélian ;

Le citoyen Ernest, chez les Bellegarde, au 3e étage ;

La citoyenne Chiron , née Beauregard ;

La citoyenne Heurteur, vendeuse de tabac, rue Fraternité ;

L'Hôtel-Dieu ;

Le citoyen François Villat.

Signé : Sanche.

Ces renseignements renferment des inexactitudes ; M. Desgeorges s'appelait Jean-Baptiste et non Martin- Cyprien. Il n'y avait pas alors dans le département de prêtres nommés Simon Rey et Gabriel Rey.

Le 2 avril 1795 (13 germinal an m), le citoyen Sanche écrivait aux administrateurs du district de Chambéry : « J'ai reçu , citoyens , votre lettre d'aujourd'hui et les trois pièces énoncées, dont l'une, signée Roulet, est relative à l'arrestation du prêtre Laroche, des Echelles; je le ferai juger aussitôt que les autres pièces nécessaires m'auront été remises par la municipalité dudit lieu. » Le 4 avril, il écrivait à l'agent national du directoire de Chambéry : « J'ai reçu une lettre de la municipalité des Echelles concernant le prêtre Joseph-Marie Laroche, détenu depuis peu dans la maison d'arrêt, comme prévenu d'émigration ou de déportation ; nous verrons ce qu'il en sera après l'instruction. »

Le 6 mai (17 floréal an ni), Sanche écrivait aux administrateurs du district de Carouge : « Je vous transmets une ordonnance que le tribunal criminel a rendue le 15 de ce mois, concernant Jacques Avet et Joseph Masson, ci-devant curés d'Essert et de la Muraz; je vous envoie en même temps leur réclamation conformément à l'art. 5 de la loi du 25 brumaire dernier , concernant les émigrés ; je vous invite, citoyens, à prononcer de suite sur celte frivole réclamation et à transmettre d'abord votre arrêté au comité de législature, afin que l'on puisse enfin donner un exemple aux réfractaires qui veulent avoir le droit de venir fanatiser impunément les habitants du Mont-Blanc. » La loi du 25 brumaire an m portait la peine de mort contre les émigrés rentrés; c'est par l'application de cette loi que Sanche voulait donner un exemple.

Le 26 mai , Sanche écrivait aux administrateurs du district de Chambéry qu'il avait reçu leur arrêté et celui du directoire de Cluses, relatif à l'arrestation du prêtre Jean- Baptiste Clarésy, qui n'était point inscrit sur la liste des déportés, et à son évasion, avec fracture, de la commune de Flumet. Il promet de faire au plus tôt les poursuites nécessaires.

Le 7 juin 1795, il écrit aux administrateurs du district de Chambéry que, le 4 juin, trois femmes de la commune de Méry, qui n'avaient pu obtenir la permission d'exercer leur culte dans l'église, s'étaient permis de troubler la séance de la municipalité et d'outrager avec menaces l'un de ses membres. L'affaire est renvoyée à la police correctionnelle.

Le 1 7 juillet 1 795, il écrivait au greffier de la municipalité de Chambéry qu'il avait reçu les pièces concernant le prêtre Léger, qui, voulant rétracter son abjuration du sacerdoce ,

impute à la municipalité un prétendu déni de justice et se plaint que l'abjuration lui a été arrachée par menaces et violence.

Dans une lettre du 10 août, adressée au maire et aux officiers municipaux de la commune de Chambéry, Sanche rappelle que, d'après la loi du 8 juillet 1792, tout homme doit porter la cocarde nationale. Un nommé Eustache Bocquin avait été mis en arrestation pour avoir refusé d'en prendre une; l'accusateur public ordonne de procéder contre lui.

Nous avons dit, dans le chapitre xn de ces Mémoires, que Rd Humbert Rey, chef des missionnaires du diocèse de Chambéry, avait été arrêté à Franchi le 21 du mois d'août 1795; le lendemain, 22 août (5 fructidor an m), Sanche écrivait au procureur général syndic du département : « J'ai reçu votre lettre d'hier par laquelle vous m'annoncez l'arrestation du prêtre Rey, prévenu d'émigration, et vous me dénoncez un attroupement séditieux formé à cette occasion pour enlever ledit Rey. Je vais faire informer par le juge de paix du canton des Marches sur les auteurs , instigateurs et complices de cette révolte. » Le 23 août, il écrivait au juge de paix de Montmélian : « Je gémis du malheur que la commune de Chignin s'est attirée en s'attroupant pour enlever un détenu des mains de la force armée; mais je ne puis m'empôcher de faire poursuivre les moteurs et instigateurs de la sédition. Je vous invite donc à informer pour découvrir et faire arrêter les principaux coupables , et pour vous assurer si le prêtre Rey n'a pas prêché dans votre canton la révolte contre les lois et les autorités constituées. A ce sujet, vous entendrez l'aveugle qui mendie sur le chemin ; vous vous ferez remettre par le nommé Viboud les titres et papiers que ledit Rey peut

avoir laissés chez lui. » Le 24 août, il écrivait au procureur général syndic du département qu'il avait reçu la procédure instruite par la municipalité de Chambéry, en quatre-vingtdouze feuillets, sur la rentrée du prêtre Rey et autres déportés et l'asile qu'on leur fournissait à Chambéry. Nous avons vu ailleurs qu'après avoir passé environ une année en prison, M. Rey avait réussi à s'évader.

Le 10 septembre 179o (24 fructidor an m), le citoyen Sanche répondait au citoyen Cassagoe , représentant du peuple en mission dans le département du Mont-Blanc : « Vous me chargez de faire prendre des informations sur les auteurs, complices et colporteurs d'une brochure perfidement royaliste, sous le nom du maire de Montagnole, répandue dans ce département à l'occasion des assemblées primaires. Quoique je n'aie point d'exemplaire de cette brochure , j'ai déjà pris des informations et je les ferai continuer. Suivant le style de cet ouvrage et les connaissances qu'il suppose, il a paru aux uns qu'il sortait de la plume des frères Lazari, émigrés, et à d'autres qu'il a été composé à Chambéry et imprimé à Annecy. » Tout le monde sait parfaitement maintenant quel était l'auteur de la brochure de Jean-Claude Têtu. Nous terminons ici le résumé de cette intéressante correspondance; il nous a été impossible de nous en procurer la suite.

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