‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 2 sur 61 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Construction de la Sainte-Chapelle. — Établissement d'une collégiale. — Privilèges qui lui sont accordés. — Sa dotation. — Démembrement du décanat par Sixte IV. — Érection d'un archevêché à Chambéry par Léon X demeurée sans effets. — Union d'Hautecombe à la Sainte-Chapelle. — L'abbé de Saint-Michel de la Clusa cède à l'évêque de Grenoble tous les bénéfices qu'il possède en France en échange du décanat. — Rd Alex , nommé vicaire général. — Projet d'agrandir le décanat. — Érection du diocèse de Chambéry.

Le duc Amédée IX et la duchesse Yolande de France , sa femme, qui étaient l'un et l'autre d'une piété éminente, exposèrent au pape Paul II qu'ils étaient dans l'intention de faire construire une chapelle ducale à côté de leur château de Chambéry , pour y conserver une relique du Saint-Suaire qu'ils avaient à leur disposition. Ils prièrent

le Pape d'y ériger une collégiale dont ils assureraient la dotation. Par bulle du 21 avril 1467, le Pape érigea dans cette chapelle , qui était alors en construction , un chapitre composé de douze chanoines, de six prêtres de bas-chœur, de six enfants de chœur, quatre clercs et un organiste.

Par cette bulle, le chapitre établi dans cette chapelle , qui a été appelée depuis lors la Sainte-Chapelle, a été déclaré exempt et totalement indépendant de la juridiction de l'évéque de Grenoble et de celle, de l'archevêque de Vienne , et soumis directement à celle du Saint-Siège. Le Pape accorda au doyen juridiction sur tout le reste du chapitre et l'autorisa à porter la mitre , l'anneau et le bâton pastoral , en présence du duc , de la duchesse et de leurs descendants, les jours de Noël, de la Circoncision, de l'Epiphanie, de Pâques, de l'Ascension , de la Pentecôte, de la Fête-Dieu , aux fêtes de la Nativité , de l'Annonciation, de la Purification et de l'Assomption de la sainte Vierge , le jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste, aux fêtes de saint Pierre et saint raul , saint Jacques et saint Philippe , saint Etienne , saint Laurent , saint Maurice , saint François, sainte Marie-Magdeleine et le jour de la Toussaint. Le Pape dit que le duc et la duchesse faisaient construire cette chapelle spécialement pour y conserver une certaine relique précieuse qu'il ne nomme pas , pour ne pas paraître en reconnaître officiellement l'authenticité. En même temps le Pape accorda au duc et à la duchesse le droit de faire les présentations , en cas de vacance, pour le doyenné au Pape seul, et pour les canonicats au doyen qui pourrait lui-même accorder les institutions.

Le Pape mentionne six prieurés qui existaient alors dans le décanat de Savoie : celui du Bourget et celui d'Arbin, dépendants de l'ordre de Cluny; celui de Saint-

Philippe1 , dépendant du monastère de Saint-André le Bas , de la ville devienne; celui de Bassens et celui de Thoiry , dépendants de Saint-Martin du Miséré, et celui de Clarafond, dépendant de Saint-Georges, soit de Saint-Jeoire en Savoie. Il déclare que les trois premiers de ces six prieurés , qui viendront à vaquer, seront, par le fait même, unis et incorporés au chapitre de la Sainte-Chapelle.

Par bulle du 1 G septembre 1 472 , le pape Sixte IV , successeur de Paul II, établit à la Sainte-Chapelle la dignité de chantre et celle de trésorier; il en accorda le patronage au duc et L'institution au doyen. Par la même bulle , il unit à la Sainte-Chapelle le monastère du Béton , le prieuré du Bourget et celui d'Arbin , avec leurs biens et revenus., à la charge de faire desservir les paroisses du Bourget et d'Arbin par des vicaires capables. Ces deux prieurés étaient probablement devenus vacants depuis la bulle de Paul II. Cet usage d'unir les bénéfices à un chapitre, en faisant desservir les paroisses par des vicaires, devait avoir de bien graves inconvénients.

Par bulle du 1er octobre '1172, le pape Sixte IV accorda encore en faveur de la Sainte-Chapelle de Chambéry les privilèges suivants , savoir : 1" au doyen, le droit de porter la mitre, l'anneau et le bâton pastoral, non-seulement les jours désignés dans la bulle d'érection , mais encore le jour de saint Denis , celui des Trépassés , aux processions solennelles , au baptême des enfants des princes , à la sépulture des princes ou de leurs enfants, soit que les princes fussent présents ou non , et cela même en l'assistance d'un évêque ou d'un légat , ainsi que la permission de donner la bénédiction solennelle après la messe et les

1 La bulle dit : Snint-Philippoii.

vêpres, et d'accorder des indulgences de quarante jours ; 2° au doyen et à tous les chanoines de la chapelle ducale , le droit d'occuper la première place dans les processions publiques avant tous les autres prêtres séculiers ou réguliers.

Après la mort d'Amédée IX , arrivée le 30 mars \ 472 , à la demande de la duchesse Yolande , par bulle du 20 juin 1 474 , le pape Sixte IV démembra le décanat de Savoie du diocèse de Grenoble et de la province devienne, et l'unit à la Sainte-Chapelle de Chambéry, avec la juridiction , tous les droits , revenus et dîmes du même décanat , qui avaient appartenu jusque-là à l'évoque de Grenoble. La juridiction sur le décanat devait être exercée depuis lors par le doyen et par le chapitre, sous la dépendance immédiate du Saint- Siège, avec pouvoir de faire conférer les saints ordres, bénir les saintes huiles et consacrer les églises par l'évêque qu'il leur plairait de choisir. Le doyen et le chapitre étaient autorisés à tenir le synode , à conférer les bénéfices et à faire tous les actes de juridiction nécessaires pour l'administration du décanat.

Par la même bulle, le Pape établit à la Sainte-Chapelle un archidiacre comme seconde dignité. Il devait être institué par le doyen, sur la nomination du duc, qui ne pouvait présenter qu'un docteur en théologie. Il lui assigna pour prébende les dîmes de la paroisse des Marches, qui avaient appartenu jusque-là à l'évêque de Grenoble. Le Pape unit en même temps la paroisse de Saint-Léger à la mense capitulaire, celle de Cognin à la dignité de trésorier, et celle d'Hermance à la dignité de chantre , à la charge de faire desservir ces paroisses par des vicaires amovibles. Ces réunions devaient être peu utiles au salut des âmes. En ce qui concerne le démembrement du décanat de Savoie

du diocèse de Grenoble , cette bulle parait être demeurée tout à fait sans exécution. Nous n'avons pu découvrir de quel côté est venue l'opposition. On ne peut l'attribuer qu'à l'évêque de Grenoble, à l'archevêque de Vienne et au roi de France.

Cependant la Maison de Savoie ne renonçait pas au projet d'obtenir le démembrement dil décanat et d'y faire établir un ôvèché. Le duc Charles III s'adressa au Pape Léon X , et fit si bien qu'il le détermina à publier une bulle datée du aimai 1515, par laquelle le décanat était séparé du diocèse de Grenoble et érigé en archevêché ; mais François Ier, quoiqu'il ne fût âgé que de vingt-un ans et roi de France seulement depuis quelques mois , s'opposa à l'exécution de cette bulle avec violence et obstination ; il en fit un casus belli et menaça le duc de Savoie de lui déclarer la guerre, s'il ne se désistait pas. Cette bulle demeura donc sans effet comme celle que la duchesse Yolande avait obtenue de Sixte IV quarante-un ans auparavant.

L'abbaye de Saint-Michel de la Clusa ou de l'Etoile, au diocèse de Suse, possédait en Savoie un certain nombre de paroisses , où elle avait droit de nommer les curés et de percevoir les dîmes et d'autres droits féodaux. Par lettre du 12 mai 1742, Rd Jean-Jacques Millo , qui en était abbé, nomma Rd Louis de Montfalcon , archidiacre de la Sainte- Chapelle , son vicaire général et officiai dans le duché de Savoie, pour le représenter et agir en son nom, en tout ce qui concernait les bénéfices et biens ecclésiastiques que l'abbaye de Saint-Michel possédait en Savoie.

Sur la demande du duc Charles - Emmanuel III , par bulle du 11 avril 1752, le pape Benoît XIV réunit l'abbaye d'Hautecombe au chapitre de la Sainte-Chapelle , avec tous

ses droits honorifiques et utiles, à la charge de veiller à la conservation des bâtiments et à l'entretien des religieux qui s'y trouvaient encore alors au nombre de douze.

Après les tentatives faites inutilement en 1474 et en 1 51 5 , il se passa plus de deux cent cinquante ans sans qu'il fût question de l'érection d'un nouveau diocèse à Chambéry. En 1 770 , le roi Charles-Emmanuel III voulut s'en occuper de nouveau et plus sérieusement encore qu'on ne l'avait fait jusqu'alors. Ce projet offrait de nombreuses difficultés. Parmi ceux qui s'y intéressaient, quelques-uns proposaient d'obtenir la séparation du décanat et de le faire unir à l'archevêché de Tarentaise, pour ne pas avoir à faire les frais qu'exigeaient l'érection et la dotation d'un nouveau diocèse; mais il fallait pour cela obtenir le consentement du roi Louis XV et dédommager l'évêque de Grenoble, ainsi que l'archevêque de Vienne, qui s'opposait aussi au démembrement en sa qualité de métropolitain. Par cette séparation , l'évêque de Grenoble subissait nonseulement la diminution de sa juridiction, mais encore celle de sa dotation , parce qu'il était décimateur dans un grand nombre de paroisses du décanat et que ces dîmes formaient une partie assez notable de son revenu.

Le diocèse de Genève possédait quatre-vingt-deux paroisses sur la droite du Rhône, dans le Yalromey; Louis XV aurait volontiers consenti au démembrement du décanat, si on lui avait cédé ce territoire en compensation ; mais 1° ces paroisses ne pouvaient presque pas être incorporées au diocèse de Grenoble , parce qu'elles n'étaient pas contiguës; il y avait solution de continuité; 2° Mgr Biord, évèque de Genève, qui était un homme de beaucoup de talents, mettait tout en couvre et faisait agir tous les protecteurs qu'il avait à Turin et à Paris pour conserver Pin-

tégrité de son diocèse; il exposa lui-même dans un long mémoire toutes les peines qu'il a prises à celte fin. H assure que c'est le comte Bogino, ministre de la guerre, qui sollicitait le duc Charles-Emmanuel et l'engageait avec insistance à s'occuper de cette négociation1.

Après avoir mûrement examiné tous les moyens proposés , on en découvrit un qui parut offrir moins de difficultés et qui pût être mis à exécution. L'abbaye de Saint-Michel de la Clusa, ou de l'Etoile, bâtie au sommet d'un rocher , sur la droite , à mi-chemin de Suze à Turin, près du bourg de Saint-Ambroise , possédait des paroisses dans un grand nombre de diocèses de France. Elle avait le droit d'y nommer les curés ; mais elle ne pouvait pas y envoyer de ses religieux, parce que, outre la difticulté de la langue, il fallait être régnicole pour posséder un bénéfice en France. Elle avait aussi le droit d'y percevoir une partie des dîmes; mais ce droit était grevé de beaucoup de charges, en sorte que depuis quelque temps elle n'en retirait presque rien. Cependant le roi de France tenait beaucoup à se libérer de cette servitude.

L'abbaye de Saint-Michel consentit donc à mettre tous ses bénéfices à la disposition du duc Charles-Emmanuel ; nous ignorons si elle en a reçu une compensation. Quoi qu'il en soit, par un traité passé à Versailles le -1er février

1 Le roi Charles -Emmanuel avait l'habitude de se lever toujours de grand matin ; il voyait de sa chambre , au fond de la rue , la fenêtre d'une chambre où la lampe s'allumait tous les matins aussitôt (me la sienne. Ayant fait prendre des renseignements , il apprit que cette chambre était habitée par un jeune avocat nommé Bogino, qui avait des talents et qui travaillait beaucoup. Il le fit venir et lui promit de s'intéresser à lui; et, en effet, un peu plus tard , il le nomma avocatgénéral à Nice et ensuite ministre.

1 773 , peu de jours avant la mort du duc Charles-Emmanuel III, S. Em. le cardinal Charles -Albert Guidobono, abbé commendataire de l'abbaye de Saint-Michel de la Clusa, et le chapitre de la collégiale de Giaveno, qui était le chapitre de ladite abbaye, cédèrent à Mgr de Cairol de Madaillan , évoque de Grenoble , tous les bénéfices dépendants de ladite abbaye situés en France , avec faculté à l'évêque de les rétrocéder au roi et à la couronne de France, moyennant telles indemnités qu'il appartiendra, à condition que l'évêque de Grenoble consentirait à ce que le décanat de Savoie fût démembré de son diocèse.

Les diocèses de France où il y avait des bénéfices dépendants de l'abbaye de la Clusa , cédés par ce traité , étaient ceux de Bourges , de Cahors , Carcassonne , Clermont, Comminges , Condom , Conserens , Die , Embrun , Gap , Grenoble, Limoges, Dijon, Montpellier, Narbonne, Poitiers, le Puy, Toulouse, Verdun et Uzez ; vingt en tout.

Les formalités à remplir et la mort du duc Charles- Emmanuel, arrivée le 20 février 1773 , occasionnèrent des retards. Cependant , sur les instances du duc Victor* Amédée III , successeur de Charles-Emmanuel , par bulle du 8 juillet 1 773 , le pape Pie VI prononça définitivement le démembrement du décanat de Savoie de l'évêché de Grenoble, en déclarant que, de ce côté, les limites civiles de la France seraient aussi les limites du diocèse de Grenoble. Par cette même bulle, le Pape a uni et annexé le décanat, avec tous ses droits honorifiques et utiles , à l'abbaye de Saint-Michel, en déclarant que le révérendissime seigneur abbé serait vicaire général irrévocable pour tout le territoire ainsi séparé du diocèse de Grenoble, avec pouvoir de sous-déléguer , pour régir et administrer ledit décanat , tant au spirituel qu'au temporel ; mais tout cela

provisoirement et jusqu'à ce qu'il eut été décidé par qui de droit si l'on établirait un évêché à Chambéry ou si ce territoire serait incorporé à l'un des autres diocèses de la Savoie.

Ce n'est que le 24- novembre 1 777 que Rd Michel Conseil, vicaire général et officiai du diocèse de Genève, délégué par le pape Pie VI , fit la publication de cette bulle , en l'assistance de Rd Jean-Baptiste Sinton, chanoine et vicaire général de l'évoque de Genève, député par Mgr l'évêque de Grenoble , et Rd sieur Ferrero , procureur spécial de Mgr Gerdil , évoque de Dibonne in partions infidelium, nommé depuis quelque temps abbé de Saint- Michel de la Clusa.

Par lettres du 4 juillet \ 778 , Mgr Gerdil , proclamé cardinal par le pape Pie VI le 1 5 décembre 1 777 , nomma Rd François Alex , chanoine de la Sainte-Chapelle , vicaire général et officiai pour administrer en son nom le décanat de Savoie.

Tandis que l'on négociait pour le démembrement du décanat, on proposait aussi de céder à l'évêque de Belley ce que le diocèse de Genève possédait sur la droite du Rhône, en échange de ce qu'il possédait lui-même en Savoie, entre le Rhône et la montagne de l'Épine. On aurait pu ainsi ériger à Chambéry un diocèse beaucoup plus grand. L'évêque de Belley fut appelé à Paris pour donner des renseignements. Il se conduisit dans cette négociation avec une louable modération. Mais Mgr Biord, évoque de Genève, s'opposa à ce projet avec beaucoup d'ardeur. Le parti qui proposait l'échange était appuyé par le comte Bogino , ministre de la guerre ; par M. de Lascaris , ministre des affaires étrangères; par l'avocat Despine, secrétaire au même ministère , et par l'abbé Crotti , régent de l'économat

général royal apostolique. Ce projet était spécieux, parce que , si on l'adoptait, les limites civiles et les limites ecclésiastiques entre la France et la Savoie devenaient les mêmes.

Mgr Biord représentait que par un tel traité on céderait quatre-vingt-deux paroisses contre trente-trois ; que les paroisses situées sur la droite du Rhône demandaient instamment à ne pas être séparées de son diocèse; que par une telle cession on amoindrirait considérablement l'ancien et beau diocèse de Genève; qu'il n'y donnerait jamais son consentement si on ne lui assurait une juste compensation. Il se rendit à Turin pour bien exposer ses raisons; il était appuyé par M. deMonroux, ministre des affaires internes ; par le cardinal des Lances ; par le confesseur du roi et le baron de Viry. Après avoir bien pesé les raisons de part et d'autre , le roi se montrait opposé au traité ; mais il trouvait qu'on s'était trop avancé et qu'on ne pourrait peut-être pas en revenir, d'autant plus que M. de La Marmora, ambassadeur à Paris, paraissait avoir engagé sa parole.

Mais il survint clans l'intervalle un remaniement complet dans le ministère du roi : M. de La Marmora fut rappelé ; il eut pour successeur le comte de Viry, qui était favorable à Mgr Biord. M. Bogino et M. de Lascaris furent remplacés ainsi que le secrétaire Despine. Le comte de Viry chercha à ralentir, à ajourner et enfin à écarter tout à fait les négociations. On n'en parla plus et l'on se borna à ne faire ériger un diocèse à Chambéry que pour le décanat.

Cette érection se fit par bulle de Pie VI, du 18 août 1779. Le Pape avait, au préalable , fait faire une enquête de commodo et incommodo par Mgr Laurent de Saint- Agnès, archevêque de Tarentaise , de laquelle il résulte que tous ceux qui avaient intérêt à cette érection, y donnaient

leur consentement. Le Pape expose dans la bulle que la ville de Chambéry lui paraissait mériter cette faveur, qu'elle était la capitale du duché, qu'il y avait un château royal où la cour avait fait autrefois sa résidence , un chapitre érigé en collégiale, richement doté par les ducs de Savoie et enrichi par le Saint-Siège de plusieurs privilèges ; que le premier chanoine avait le titre de doyen et celui d'abbé d'Hautecombc ; qu'outre le doyen il y avait dans le chapitre un archidiacre , un chantre , un trésorier , dix chanoines et six prêtres d'honneur , tous de nomination royale; qu'il y avait dans la ville une population de douze mille âmes , distribuée en trois paroisses , celle de Lémenc , celle de Saint-Pierre de Mâché et celle de Saint-Léger; que, depuis la translation des Pères conventuels dans la maison des Jésuites , la paroisse de Saint-Léger avait été établie dans l'église des Mineurs conventuels , assez grande pour servir de cathédrale; qu'il y avait de plus dans la ville six monastères d'hommes , six monastères de femmes et quatre hospices pour les malades , pour les pauvres , pour les tilles orphelines et pour les pèlerins.

Par cette bulle , l'église des Mineurs conventuels , qui était dédiée à saint François d'Assise , fut érigée en cathédrale sous le titre de l'Annonciation de la sainte Vierge. Le Pape accorda à l'évoque le titre et tous les droits honorifiques et utiles de doyen de la Sainte-Chapelle et d'abbé d'Hautecombe. Le chapitre de la Sainte-Chapelle devint le chapitre de la cathédrale. Il y avait eu jusqu'alors dans ce chapitre trois dignités : l'archidiacre , le chantre et le trésorier, dix chanoines et six prêtres d'honneur. Les prébendes des six prêtres d'honneur furent érigées en canonicats ; le roi y ajouta six prêtres de bas-chœur. Il y eut donc dès lors dans le chapitre de la cathédrale trois dignités , seize chanoines et six bénéficiers inférieurs,

Le décanat érigé en ôvêché comprenait alors soixantequatre paroisses ; on en trouvera les noms aux pièces justificatives , n° 1 . Ce nouveau diocèse fut déclaré exempt de la juridiction de l'archevêque de Vienne et soumis immédiatement au Saint-Siège. Le Pape assigna à l'évèque, pour sa dotation , la prébende du doyen et de l'archiprêtre de la Sainte-Chapelle , les revenus de l'abbaye de Saint-Jean d'Aulps , qui avait été supprimée , les revenus de la maison des Célestins de Villard-Sallet , supprimée aussi par lettres apostoliques du 6 août 1778. Ces revenus ont été accordés à la mense épiscopale , à la charge de payer annuellement 1,500 liv. à la mense du chapitre pour l'entretien de l'église et de la sacristie.

Par la môme bulle , le pape Pie VI accorda au roi Victor- Amédée et à ses successeurs le droit de nomination à l'évêché , à tous les canonicats et môme aux bénéfices du baschœur.

Pour que le service de la Sainte-Chapelle ne fût pas négligé , le Pape y établit quatre chapelains de nomination royale, chargés d'y célébrer une messe basse chaque jour et une messe chantée les dimanches et fêtes, et d'y acquitter les services fondés. Le Pape imposa encore au chapitre de la cathédrale l'obligation d'y aller célébrer une messe solennelle trois fois par an, les jours de saint Joseph, de saint Maurice et du bienheureux Amédée , l'un des principaux fondateurs. Il recommanda ensuite à l'évèque d'établir un séminaire le plus tût possible d'une manière conforme aux prescriptions du saint concile de Trente; il lui accorda pour dotation les revenus du prieuré de Saint-Baldoph. Mgr Laurent de Saint-Agnès , archevêque de Taren taise , fut chargé de la publication de cette bulle.

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